9.

Sur la passerelle de son Deathbird, Alguérande observait Shynovaé et Amarance qui se tenaient respectivement aux consoles de communications et d'armes, bien que le cuirassé noir soit entièrement sous le contrôle de Gahad.

La capitaine de la Flotte se leva et vint vers lui.

- Je ne comprends pas bien mon utilité ici, Algie ! Sans mon Impérial, je ne te suis d'aucun véritable appui !

- Tu es ma garantie.

- Comment cela ?

- Tu portes ton uniforme et moi non. Je réalise une mission officieuse. Il me faut donc un répondant auprès de notre Flotte. Tu auras à faire rapport sur cette opération.

- Je comprends mieux.

La jeune femme eut une mimique d'interrogation.

- Et tu as largué ton père et son ami, glissa-t-elle. Ils avaient des cuirassés, eux !

- C'était pour leur bien !

- Et comment tu comptes affronter des Écumeurs, avec deux femmes pour seul appui ?

- Je pense qu'Amarance pourrait te surprendre, fit Alguérande. Nous sommes d'ailleurs déjà occupés à attirer leur attention !

- Pardon ? s'étrangla Shynovaé.

Elle sursauta franchement quand le cœur des deux jeunes gens devint visible et lumineux dans leur poitrine, battant paisiblement mais dégageant une aura de puissance clairement perceptible et allant en s'intensifiant !

- Amarance et moi avons nos talents.

- J'avais su, pour les tiens… Mais d'y assister aussi près, c'est plutôt impressionnant… Et je me doute qu'il ne s'agit là que des prémices !

- J'espère bien, jeta Alguérande, farouche et déterminé. Il me faudra mettre le paquet pour affronter les Écumeurs. Si seulement je savais à quoi ils ressemblent, quel est leur mode de fonctionnement, leurs armes, …

- Ce sont forcément des monstres ! Il te sera facile de faire exploser ta rage justicière, sourit Shynovaé. Oh oui, Alguérande Waldenheim, tu es vraiment un homme selon mon cœur !

- Désolé, Shyn, mais le temps n'est vraiment pas au marivaudage… Et tu sais pour qui j'ai accepté la mission, et pourquoi je me déchaînerai, en effet.

- Madaryne a beaucoup de chance !

- Excusez-moi, mais je doute qu'elle partage ce sentiment ! intervint Amarance, ses prunelles violettes traversées d'éclairs. Cette jeune femme est en train d'expérimenter les épreuves du surnaturel de la plus cruelle des façons, il lui faudra du temps pour s'en remettre.

- Et je serai auprès d'elle pour cela, assura Alguérande. Je prendrai ce temps pour prendre soin d'elle.

Le jeune homme se leva.

- J'ai la dalle, je vais aller demander aux cuisines de me faire servir un en-cas sur le pouce. Je vous laisse le cuirassé, vaquez à vos occupations, nous sommes tranquilles, pour le moment.

- Je pourrai venir partager ton dessert, Algie ? s'enquit Shynovaé. Je raffole des sucreries !

- Je n'ai pas oublié, tu ne me surprends pas. Je serai ravi. Et, joignez-vous à nous, Mademoiselle Von Stern. Après tout, nous sommes les trois êtres biologiques à ce bord, avec Minikun, autant partager ce temps en commun.

- Avec plaisir, sourit la belle informaticienne dont le regard violet trahissait l'héritage Humain et surnaturel.

Mais, une fois Alguérande ayant quitté les lieux, elle tourna un visage plus que préoccupé vers la capitaine de la Flotte terrestre.

- On dirait qu'il ne réalise pas que son épouse aura subi de telles peurs, des doutes et la crainte omniprésente de la mort… Cela ne s'éliminera pas en quelques semaines ou mois… Cette jeune femme n'est pas de notre monde, celui de son mari et le mien !

- Je crains de redouter l'avenir… soupira Shynovaé. Alguérande ne supportera jamais de perdre la femme de sa vie, de la part des Écumeurs ou des traumatismes en découlant… Son aura est noire.

- Vous ne disposez pas de chromosome doré, mais vous interprétez parfaitement les situations, capitaine Kordenbach !

- J'aurais tellement préféré me tromper…

- Et moi donc !


A l'entrée des tortues armées de leurs bâtons incinérateurs – quelques récalcitrants à les suivre avaient été désintégrés sur place – Madaryne s'était réfugiée derrière la stature et le dos rassurant de Mulgastyr, son chevalier aux tempes grises qui était sa seule protection dans l'enfer qu'elle vivait !

- Je ne veux pas…

- Tu n'as que vingt ans, je ne les laisserai pas t'emmener !

- Mais, je ne voudrais pas non plus que tu donnes ta vie, je ne la mérite pas !

- Tu es la plus talentueuse des pianistes solo que j'ai pu diriger dans ma carrière de chef d'orchestre. Tu as tant de notes et de bonheurs à donner, je dois te préserver, pour l'Art !

- Merci, mais…

- Je suis là, c'est tout ce qui importe en ce moment, Madaryne. Les tortues s'en vont !

Madaryne soupira d'aise, mais complètement dévastée, affolée, se laissant tomber sur son lit.

Mulgastyr posa sa veste sur ses épaules, n'ayant que la chaleur de ce vêtement à lui offrir dans l'attente de la douche quotidienne – les Écumeurs étant vraiment prévenants envers leurs prisonniers !