11.
Cette fois, ce fut le plafonnier de l'entrepôt-dortoir qui se transforma en écran géant, pour relayer les images venant de la place ronde des sacrifices.
- Nos charmants hôtes se complaisent à nous faire voir ce qui nous attend, commenta Mulgastyr, afin je suppose que nous ne concevions aucun espoir de survie ou de fuite !
- Ils n'ont sélectionné aucun d'entre nous, objecta Madaryne d'une voix éteinte. Et je n'ai pas vu non plus les tortues se diriger vers un autre dortoir…
- Du moment qu'elles ne sont pas venues ici, grommela le chef d'orchestre, une paume rassurante sur l'épaule de la jeune femme.
- Oui, c'est vrai, je n'aurais pas supporté que vous vous interposiez pour moi…
- C'est pourtant ce que nous aurions fait, assura Gander. Je le dois à mon capitaine !
Madaryne eut un petit glapissement alors que le Deathbird survolait la place circulaire.
- Alguérande !
Le second du Pharaon cligna précipitamment des paupières.
- Qu'est-ce que mon capitaine ficherait sur un cuirassé Pirate, qui ne serait pas celui de son père ? !
- Une longue histoire, soupira Madaryne.
Alguérande plissa les yeux.
- C'est un peu trop désert à mon goût…
- A quoi t'attendais-tu : à une haie d'honneur ? grinça Shynovaé.
- Ce n'est pourtant pas tous les jours que les Écumeurs doivent voir leur cible se jeter dans leurs serres !
- A votre place, capitaine Waldenheim, je ne serais pas pressé de faire leur connaissance, glissa Amarance.
- Il le faudra pourtant bien si je veux les atomiser, aboya le jeune homme. Et au plus tôt je serai face à ces monstres, ce sera le mieux… C'est quoi ce chant ?
- Je n'entends rien, intervint Gahad.
- Je suppose qu'il n'est audible que pour des oreilles biologiques, remarqua Shynovaé. Un véritable chant de sirènes ! J'avais de l'appréhension à m'être retrouvée ici, mais là toute crainte s'est envolée ! J'ai même hâte de fouler le sol de cette planète. Les Écumeurs ne me font absolument plus peur !
- Ça change des attaques en pleine tronche, marmonna Alguérande. Une véritable opération séduction pour empêcher toute résistance de la part de ceux à bord des vaisseaux, et ensuite sans doute les emprisonner ! Je comprends comment on n'a jamais relevé la plus petite trace de résistance ou de combats !
Par réflexe il avait plaqué les mains sur ses oreilles, mais le chant lui parvenait toujours de façon parfaitement distincte !
- Inutile, Alguérande, ce chant s'adresse directement à notre esprit. Et il faut lui obéir car je doute que vous vouliez mener le combat sur votre passerelle ?
- Très bien, laissons les Écumeurs nous amener à eux.
Il ferma les yeux, ressentant au ventre de familiers fourmillements alors que la téléportation lui faisait quitter le Deathbird.
Les trois Écumeurs Primaux étaient en rang d'oignon au centre de la place circulaire, la bouche toujours ouverte sur leur chant.
- Mais vous êtes des enfants ! lâcha Alguérande, stupéfait.
- Nous prenons l'apparence dont nous avons envie.
Les prunelles grises du jeune homme flamboyèrent.
- Ne croyez pas que ça me retiendra de vous frapper. Vous n'êtes pas de véritables enfants Humains ! Je n'aurai aucun scrupule !
- Pour cela, il faudrait que ta volonté soit encore là, siffla Kochal.
Le chant des Écumeurs reprit, semblant transformer Alguérande en pantin sans plus une réaction.
Madaryne tressaillit de tout son être.
- Il ne comprend pas ce qui lui arrive… Il est incapable de faire quoi que ce soit…
- Il va mourir, lui aussi, souffla Gander. Ces Écumeurs vont prendre toute son énergie et leur univers pourrait peut-être se développer alors à un tel point qu'ils pourraient intégrer le nôtre !
- Je le crains… A moins que…
- Oui, à moins que…
- Qu'est-ce que vous insinuez ? aboya Mulgastyr.
Mais, concentré sur la projection au plafond, ni Madaryne ni le second du Pharaon ne lui répondirent.
Les flèches des sept piliers pivotèrent, se positionnant droit sur lui, absorbant l'énergie d'Alguérande.
