12.

- Pourquoi ça dure aussi longtemps ? s'étonna Kyonelle. Il est si jeune et pas bien épais, il devrait déjà…

Madaryne battit des paupières, d'une affolante pâleur, fébrile, mais de l'admiration dans ses prunelles vert d'eau.

- Il les a joués !

Les flèches retrouvèrent leur position habituelle, inoffensive.

Alguérande s'ébroua, étirant ses muscles sous les pantalons et veste de cuir noir, sourit.

- Merci de m'avoir permis de venir et ainsi ouvert la porte, sinon je n'aurais jamais pu rentrer en gardant assez de libre arbitre !

Kochal, Kerdan et Kyonelle sursautèrent, reculant précipitamment depuis leurs positions !

- Que veux-tu dire ? Notre chant… Celui-là était hypnotique, tu n'aurais pas dû pouvoir y résister ! Notre chant…

- … n'a eu aucun effet sur moi, aboya le jeune homme en passant les mains dans sa crinière fauve avant de les poser sur ses hanches, tout défi. J'attendais cette confrontation ! Je l'ai tant espérée ! Je n'avais aucun moyen de parvenir à vous, pour vous tromper en tout cas… Donc, de façon simple et en conclusion : quelles sont les suites des réjouissances ?

- Mais, nous n'avons qu'un but : assimiler l'énergie vitale qui nous maintient en vie, siècle après siècle… Et nous n'avions pas tort vu la puissance que tu dégages avec ton actuelle montée en puissance… Si seulement avant de nous en attaquer bêtement à des navires sans importance nous avions su qu'il y avait bien mieux dans le monde des Mortels – car nous n'avions jamais osé nous attaquer directement à d'autres entités surnaturelles !

- Pauvres marmots ! ricana Alguérande. En temps ordinaires, dans mon monde, je chéris les petits, qu'ils soient Humains ou non c'est le réflexe inné de toutes les espèces. Mais vous, vous vous servez d'une apparence attendrissante comme protection… Seulement ça ne marchera pas avec moi… Vous vous en êtes pris à ce que j'ai de plus cher dans la vie et au cœur. Je n'aurai aucune pitié pour les entités surnaturelles que vous êtes bel et bien !

Alguérande éclata de rire.

- Vous ne m'extrairez pas une once de mon énergie, et je vous éradiquerai de la liste des entités néfastes, qu'elles soient de mon univers ou non !

- La vanité, tant d'entités démoniaques l'ont déterminée comme leur tempérament préféré ! Mais, je doute que tu puisses quoi que ce soit. Et on va commencer par te rendre inoffensif !

Le ciel se déchira soudain et un tourbillon d'énergie en fusion s'abattit sur Alguérande pour le consumer.

L'attaque de fusion disparue, les ailes de dragon qui, repliées avaient protégé Alguérande, se rouvrirent de toute leur envergure.

- Merci, ça fait du bien. Faut dire qu'il fait assez frisquet par chez vous !

Cette fois, les Écumeurs rugirent et leur aspect changea. Les silhouettes enfantines cédèrent la place à des serpents géants à collerette et queue fourchue, la gueule grande ouverte sur plusieurs rangées de dents.

- C'est bien, on y vient, se réjouit le jeune homme, lui aussi prêt au face à face !

Des sept piliers jaillirent des ondes d'argent, frappant Alguérande, au maximum de leur puissance pour tenter de pomper à nouveau son énergie.

Mais le jeune homme balafré s'envola, tournoya une fois autour du Cercle avant de projeter en retour des vagues étincelantes, brisant les piliers les uns après les autres.

- Pas mal, commenta Kochal.

- Impressionnant même, convint Kerdan.

- Possible, mais tu es seul, conclut Kyonelle.

Et, parfaitement synchronisés, ils crachèrent un flux d'énergie, Alguérande projetant le sien pour les contenir.

- Comme si c'était le nombre… ou la taille…

Mais, ayant uni leurs puissances, l'énergie des Écumeurs repoussait lentement, inexorablement, la sienne !

Les flux se mélangeant, ils avaient formé une véritable boule d'énergie, toute proche d'Alguérande à présent.

Amarance apparut.

- Je suis une doppelganger, Alguérande. J'ai tout bien observé, je te transmets ce savoir. Tu peux le faire à présent !

- Vous êtes vraiment têtus, commenta soudain le jeune homme en rompant le combat et en s'envolant à nouveau, une boule de puissance contenue entre ses mains. Alors, vos propres attaques, montrez-moi comment vous les supportez !

Et, avec un rugissement, il jeta la boule animée des six flux sur les serpents.

Alguérande se pencha, ramassa une poignée de cendres, tout ce qui restait des trois Écumeurs Primaux.

- Je ne peux pas m'en empêcher, gloussa-t-il, en soufflant pour les éparpiller.

Il eut un éclatant sourire.

- J'arrive, Madaryne !

Rompant son vol stationnaire, le jeune homme se dirigea vers le dortoir où son cœur lui disait trouver son épouse.

Un dortoir où bien avant sa victoire totale, Madaryne s'était évanouie sous la déferlante des émotions bien trop violentes pour ses vingt ans.