13.
Bien qu'ils sachent que ce soit vain, Albator et Warius avaient fouillé le Deathbird qui dérivait, avec Minikun pour seul écho de vie à bord.
- Comment aurions-nous pu être d'une quelconque aide pour Algie alors qu'il va là où nous ne pouvons le suivre ? soupira son père après l'évident constat du cuirassé désert.
- Je sais que notre devoir est de protéger nos enfants, mais je reconnais que les tiens battent tous les records de particularités !
- Vous allez quand même chercher Alguérande et les deux filles ? interrogea Alhannis alors qu'ils étaient revenus sur la passerelle du cuirassé noir.
- On va effectuer des rondes dans le coin, je ne vois pas trop quoi faire d'autre, marmonna Albator avant de demander à Gahad un balayage des environs.
Son fils aîné pointa alors le doigt vers la baie vitrée.
- C'est quoi, ça ? !
- C'est une planète, rétorqua paisiblement Warius.
- Mais elle n'était pas là il y a un instant ! glapit le jeune homme.
- Oui, ça arrive tout le temps, avec tes jeunes frères, fit son père, flegmatique. Gahad, Toshiro, tenez-vous prêt à la moindre attaque, ajouta-t-il cependant.
- Marina, état d'alerte, ajouta pour sa part Warius dans son oreillette.
- Je préfèrerais quelques vaisseaux cargo pour évacuer les prisonniers survivants, que vos canons, remarqua Alguérande en se matérialisant à côté de son frère.
- Algie, tu vas bien ? firent trois voix à l'unisson.
- Oui, les Écumeurs Primaux réduits à néant, les autres n'osent plus moufter ! J'ai ramené ici Madaryne, l'orchestre et les membres d'équipage du Pharaon qui l'avaient rejoint quand il a été pris. Si Surlis et Machinar pouvaient assister Leyne Dox pour faire passer un check-up aux passagers ?
- Nous te les envoyons, assurèrent son père et Warius. Madaryne va bien ?
- Non, pas trop. Je vais aux nouvelles d'ailleurs !
- Heu… Et la planète ? jeta Albator.
Sur le seuil de la passerelle, son fils à la crinière fauve se retourna.
- Elle ne représente plus aucun souci. Je la laisse là le temps que les prisonniers soient évacués et renvoyés chez eux.
- Tu as besoin de quelque chose, Algie ? s'enquit doucement Warius.
- Non, vous êtes là, c'est tout ce qui importe ! Le cauchemar est fini !
Gander Oxymonth et un homme aux tempes grises se tenaient dans la salle d'attente du bureau de Gaylllie la Doc Mécanoïde du Deathbird.
- Gander !
- Capitaine.
- Nos membres d'équipage sont saufs ?
- Oui. Les Écumeurs n'ont pas eu le temps de s'en prendre à nous.
- Bien. Nous ferons le point une fois que la capitaine Kordenbach et moi aurons référé à l'état-major.
- Je me tiens à votre disposition, assura le lhorois en saluant avant de se retirer.
Alguérande se tourna alors vers l'inconnu.
- C'est vous qui étiez avec Madaryne quand je vous ai rejoint à ce dortoir ?
- Oui, capitaine Waldenheim. Je m'appelle Mulgastyr Winguilfried.
- Mulgastyr ! Vous êtes si vieux !
- J'approche de la quarantaine. Je suis plus jeune que votre père, à ce qu'il me semble !
- Je pensais à… quelque chose, au passé… Mais n'y prêtez pas attention !
- Je ne crois pas que nous nous soyons jamais rencontrés, remarqua le chef d'orchestre. Généralement, c'est votre épouse qui vous rejoignait lors des escales de votre cuirassé. A ce propos, je me suis permis de venir aux nouvelles…
- J'attends aussi impatiemment que vous ma Doc.
- Je vais vous laisser avec elle, fit Mulgastyr alors que Gaylllie venait d'ouvrir la porte de son cabinet.
- Vous pourrez la voir ensuite, assura le jeune homme. Et merci d'avoir veillé sur elle durant tous ces jours.
- C'était normal.
Après s'être entretenu, quelques minutes durant avec sa Doc Mécanoïde, Alguérande était entré dans la chambre où Madaryne récupérait de son éprouvante séquestration.
Alguérande l'avait passionnément embrassée avant de s'asseoir sur le lit.
- Gaylllie dit qu'avec du repos et de la tranquillité, tu évacueras progressivement le traumatisme, fit-il doucement. Je ne pourrai jamais faire en sorte que cela n'a jamais eu lieu, moi, mais je ferai tout pour t'aider. Et ce même si je ne peux différer mon départ en mission que de quelques jours. Ce sera toujours cela de pris. Je ne te quitterai pas !
- J'ai eu tellement peur, souffla Madaryne. J'ai bien cru que mon heure était venue… Sans Mulgastyr.
- Oui, je sais, je l'ai déjà remercié. Mais là, c'est de toi dont il est question, mon cœur. Nous nous sommes retrouvés. Je peux tenir ma promesse à Alveyron et lui rendre sa maman ! Oh, Mady, si tu savais à quel point je me suis inquiété. Tu n'aurais jamais dû passer par ces épreuves. Les créatures des autres mondes sont généralement mes ennemies exclusivement !
- Tu peux le dire… Je n'étais absolument pas préparée à cela… J'ai bien cru que je ne reverrai jamais mon fils !
- Tu pourras bientôt le serrer dans tes bras.
Alguérande prit les mains de sa femme entre les siennes pour y poser ses lèvres.
- Je ne te quitte pas, sois sans crainte. Tu peux te reposer tranquillement, je serai là à ton réveil.
Madaryne se dégagea de l'étreinte, le regard aussi mal assuré que la voix.
- Je ne veux plus jamais avoir à endurer quelque chose de ce genre, lâcha-t-elle enfin.
- Je te promets de tout faire pour te l'éviter, sourit Alguérande.
- Non, même avec la meilleure volonté du monde, tu ne peux pas t'y engager. Il n'y a qu'une seule façon pour toi de me protéger, et pour moi de mettre Alveyron à l'abri !
- Je ne comprends pas…
- Je suis sûr que si !
- Mais, en ce cas, qu'est-ce que tu veux ? ! hoqueta Alguérande, paniqué.
- Je veux que nous mettions un terme à notre mariage ! Je demande le divorce !
