15.

Shynovaé Kordenbach et Gander Oxymonth avaient fait rapport au général Kesdon Oskrel.

- L'opération de sauvetage a été plus qu'un franc succès. Les prisonniers ont tous été récupérés, et cette planète blanche a de nouveau disparu… résuma ce dernier. Cette partie des prévisions se sont réalisées, au-delà des espérances de nos Analystes. Mais la façon dont tout a dérapé n'avait jamais été envisagée… Quelle est la situation, au jour d'aujourd'hui ?

- Le capitaine Waldenheim n'est absolument pas opérationnel, jeta froidement le second du Pharaon.

- Parce que sa femme le plaque ? Il n'est ni le premier ni le dernier ! C'est quoi cette réaction infantile et excessive ?

- Mon capitaine est en souffrances. Ce qui est arrivé l'a beaucoup plus affecté que n'importe qui… Mais il reprendra son commandement, dès qu'il le pourra.

- Ce qui ne semble pas être le cas en ce moment ? remarqua le général de la Flotte terrestre avec sécheresse. Et le Pharaon a besoin de son capitaine pour s'envoler pour sa mission ! Lieutenant Oxymonth, vous pouvez suppléer, non ?

- Parfaitement. Je guiderai le Pharaon jusqu'au retour de mon capitaine.

Shynovaé tressaillit.

- Mais, général, le lieutenant Oxymonth n'est pas formé pour…

- Il saura assurer. Nous lui fournirons les fichiers nécessaires en ce but. Et la Flotte a trop besoin de ses fleurons au top de leurs capacités, donc y compris votre Impérial, capitaine Kordenbach.

- Comment cela ? Après les Carsinoés, une autre menace, plus naturelle si je puis dire et contre laquelle nous aurions nos chances ?

- Possible, ce n'est pas encore déterminé… Mais cela pourrait mettre l'univers que nous connaissons à nouveau sens dessus-dessous… Etat d'Alerte 8 sur tous nos cuirassés, à 2 du 10 donc… Il me faut donc le capitaine Waldenheim en état de fonctionner au plus vite !

- C'est à ce point, général ?

- J'aviserai, le moment venu, avec lui. Qu'on me le remette sur pieds !

- Nous serons nombreux à tout faire en ce sens, assura le lhorois en glissant le doigt sur sa corne pour se porte chance en cet instant précis.

- J'attends un meilleur rapport, à notre prochaine connexion, conclut Kesdon Oskrel en y mettant fin.


Shynovaé et Gander échangèrent un regard profondément préoccupé.

- Encore heureux que nous ne lui avons pas fait part de l'entière réalité des faits !

- Nous devions protéger Alguérande, vous et moi ! Moi, mon ami. Et vous, votre capitaine. Car Algie reviendra, il n'y a aucun doute là-dessus… mais il va endurer un calvaire.

- Il vit déjà un martyre ! gronda Gander, ses yeux de Mécanoïde vraiment humides et émotionnés.

Shynovaé gémit, un infime instant.

- Alguérande a cherché un foyer toute sa vie. Il a eu ses parents, ses frères et sa sœur. Il a eu la famille qu'il a fondée, et il y avait mis tous ses rêves et tous ses espoirs. Il était si heureux ! Et Madaryne vient de tout briser… Il ne reste rien à notre ami… C'est horrible et terriblement injuste ! Lieutenant Oxymonth, si j'ai côtoyé Alguérande durant ses trois ans d'écolage, vous l'avez épaulé durant deux années au feu de la réalité – dès lors, vous et moi le connaissons au mieux, même si nous nous sommes rencontrés pour la première fois il y a quelques jours…

- Je vois où vous voulez en venir…

Shynovaé versa une larme.

- S'il perd sa famille, il ne s'en remettra jamais !

Gander opina du chef.

- Je ne le sais que trop… Mais je guiderai le Pharaon jusqu'à son retour, sur ce point j'ai été sincère ! Capitaine Kordenbach…

- J'ai entendu notre général. Je crois que je peux deviner aisément la vérité. Mais je n'en dirai rien. Tenez-moi juste au courant pour la santé d'Algie ! ?

- Je crains que sa famille ne fasse le black-out, comme trop souvent…

- Dites-moi juste qu'il reprendra un jour ses esprits !

Shynovaé se ferma, triste à l'infini.

- Je vais bientôt convoler, mais j'espérais Alguérande comme témoin, mais je crains qu'il ne soit pas en état… Madaryne lui arraché son magnifique et immense cœur, je ne lui pardonnerai jamais !

- Doucement, capitaine. Ce ne sont pas nos oignons. Alguérande, Madaryne, nous – nous avons à demeurer en coulisses, je pense.

- Je comprends ce que vous voulez me faire comprendre, lieutenant Oxymonth… Je ne sais pas ce que je donnerais pour être un ami vraiment proche de mon capitaine, l'aider, le soutenir, mais je ne serai jamais que son second…

- Vous tiendrez le poste, lieutenant. Je vous fais confiance. A bientôt, peut-être, un de ces jours. Au plaisir, et là je le dis sans aucune ironie.

- Je le conçois. Je le souhaite moi aussi, capitaine. A bientôt.

La capitaine et le lieutenant de la Flotte se serrèrent la main, respectueusement, et de l'estime dans leurs regards respectifs.