16.

Les températures polaires et la neige avaient figé la nature entourant le château d'Heiligenstadt.

En revanche, une douce chaleur régnait dans la Nursery et Alveyron trottina vers son père qui venait de rentrer.

- Je te mettrai ton manteau tout à l'heure, mon petit cœur. Est-ce que tu te rappelles où ta maman va t'emmener pour la semaine de vacances avec elle ?

- Plage !

- Oui, dans un lagon. Viens, donne-moi la main, on descend.

Le garçonnet de trois ans préféra alors tendre les bras pour se retrouver dans ceux de son père.

Alveyron serré contre lui, Alguérande se dirigea vers le majestueux hall d'entrée du château familial.

Il ferma les boutons du chaud manteau, nouant une écharpe autour du cou de son fils et lui enfonça son bonnet sur la tête. Il lui mettait ses moufles quand au son de la cloche, une bonne se précipita pour aller ouvrir les portes.

- Bonjour, Madaryne. Il est prêt. J'ai juste préparé un petit sac pour lui.

- Sa valise pour le séjour est bouclée et dans la voiture. Nous partons immédiatement pour l'aéroport.

Alguérande et Madaryne échangèrent un baiser simplement amical, l'année ayant passé sur les sentiments exacerbés des débuts.

Le jeune homme se mordit néanmoins la lèvre.

- Tu pars… seule ?

- Non.

- D'accord. Prends bien soin d'Alfie.

- J'ai tout prévu pour toi, mon petit cœur : tu te baigneras avec des dauphins et Mulgastyr a loué un bateau.

- Maman, pépia le garçonnet en souriant à sa mère de toutes ses dents de lait.

- Mulgastyr… souffla Alguérande. Pourquoi ça ne me surprend pas ?

- Il est très gentil et ma vie est parfaitement paisible avec lui.

- Seul ton bonheur m'importe. Bonnes fêtes de fin d'année, Mady.

- Et toi, quels sont tes projets, Alguérande ?

- Je dois finir de préparer mon départ avec le Pharaon.

- Où allez-vous ? Si tu peux m'en parler, bien sûr.

- Je vais vers l'Œil d'Ichar.

La jeune femme leva un regard préoccupé sur son ex-époux.

- Est-ce vrai que des flottilles battant pavillon Mécanoïde franchissent cet Œil ?

- Là, je ne peux rien te confier, s'excusa le jeune homme.

- Je comprends.

- Bonnes vacances.

- Merci.

Madaryne prit la main de son fils et alla à pas rapide vers la berline dont le moteur tournait au bas des marches de l'entrée.

Mulgastyr ouvrit la portière, inclinant la tête en signe de salut à l'adresse d'Alguérande.

- Je prendrai soin d'eux. Bonnes fêtes de fin d'année à vous.

- Oui, elles vont être géniales, marmonna Alguérande entre ses dents, agitant la main pour Alveyron nez collé à la fenêtre jusqu'à ce que la voiture quitte la cour intérieure.


Alguérande ouvrit des yeux ronds.

- Papa, maman, quelle bonne surprise !

- Alhannis à la montagne, Alcéllya dans la famille de son petit ami, nous n'allions pas te laisser seul.

- Oh, je suis grand, je m'y étais préparé !

Salmanille eut un petit rire.

- Attention, Albator, dans un instant cet impertinent gamin va ajouter qu'on l'encombre !

- Ben quoi, je m'étais organisé tout un planning, moi ! gloussa Alguérande en clignant de l'œil.

- Désolé pour tes projets solitaires. On va t'étouffer d'amour.

- Comme d'hab., papa. J'espère bien ! Venez, le thé est servi dans la véranda Ouest.

Entouré de ses parents, Alguérande sentit son cœur déborder de reconnaissance à leur égard.

- Le premier passage à un an nouveau sans Alveyron…

Albator passa le bras autour des épaules du jeune homme et le serra très fort.

Sourire retrouvé, Alguérande avait bu son thé et fait un sort à trois part de gâteau à la crème.

- Alors, direction l'Œil d'Ichar, fit Salmanille. Est-ce que tu comptes le franchir ?

- Si MégaMéca continue de construire des cuirassés et de les envoyer, oui, j'irai porter la contre-attaque terrestre jusqu'au cœur de la galaxie des Mécanoïdes ! gronda le jeune homme. Un grand classique : les machines qui se rebellent. Comment a-t-on pu laisser les choses en arriver là ?

- Ça partait d'un bon sentiment : leur donner l'autonomie à laquelle leur niveau d'intelligence leur donnait droit, expliqua Albator. Sauf qu'il n'y a eu aucune surveillance et que les travers biologiques ont déteint sur eux. Une galaxie ne leur suffit plus. La République de Warius est aux premières loges d'attaque, si je puis dire. Je suppose que tu vas te joindre à lui, Algie ?

- En effet.

L'ordinateur d'Alguérande émettant un bip d'appel, il alla sourire à Alveyron qui venait d'arriver sur la plage de ses vacances.