23.

Sa main dans celle de son grand-père, Alveyron resplendissait de fierté et trottinait sagement auprès de lui. Il eut ensuite un petit cri de joie et courut de se jeter dans les bras de celui qui venait de sortir de l'ascenseur au bout du couloir.

- Papa ! Papa !

- Oh, mon petit poussin, comme tu m'as manqué ! Tu vas bien ? Papa, il va bien ?

- Il tousse encore un peu, mais il est parfaitement remis. Il a beaucoup joué à bord de l'Arcadia, avec Tori et Mi-Kun. Clio a joué de la harpe pour lui et je crois que cela a fait que ses rêves ont été doux et paisibles. Je te laisse avec lui, Algie. Toi et moi, nous nous verrons ce soir.

- Oui, installe-toi, papa. J'ai enfin à profiter de mon petit garçon !

- Bain, roucoula le petit de deux ans.

- Oui, je vais te le donner, promit Alguérande en embrassant encore et encore les joues rebondies, savourant à l'infini le contact avec le contact doux et chaud de son fils.


Après avoir séché Alveyron, son père l'avait ramené dans le salon qui était la pièce la plus chaude de l'appartement, finissant de lui passer ses vêtements et brossant tendrement ses boucles couleur de miel.

- Je t'aime, murmura-t-il passionnément, avant de se raidir, devinant instinctivement qu'une présence s'était matérialisée derrière lui !

Il se retourna, les entrailles retournées par la vision qui s'offrait à lui.

Pour sa part, Phernelmonde eut un sourire éclatant, enfin, façon de parler vu qu'elle était une gigantesque mante-religieuse aux mandibules claquantes.

- Détrompe-toi, je ne vais même pas t'affronter, minable Humain. Mon arme véritable est en chemin, c'est elle qui te portera le coup de grâce. Mais je peux quand même m'offrir un petit plaisir ! On va voir comment tu encaisses mon attaque !

Alguérande frémit tout entier, non à cause de son entière ignorance des pouvoirs de son ennemie mais parce qu'il avait Alveyron toujours accroché à ses jambes, les pupilles dilatées de terreur.

- Tu peux balancer, siffla-t-il, tu sais très bien que je ne peux pas riposter.

Les grandes pinces de Phernelmonde parurent devenir de métal, s'entrechoquant pour produire une sphère d'énergie.

Alguérande ouvrit grand ses ailes de dragon, attrapant son fils contre lui, tournant le dos à son adversaire pour intercepter la frappe qui le secoua douloureusement, lui faisant voir des étoiles.

- J'ai eu le temps de voir, j'ai compris ! rugit Amarance en sortant de la chambre pour copier l'attaque de la mante-religieuse.

Phernelmonde ricana.

- A un de ces jours, Alguérande, quand tu n'auras pas ta nouvelle copine avec toi… Ou plutôt, non, je ne pense pas que tu seras en état de me faire quoi que ce soit avant un bon moment ! jeta-t-elle en disparaissant.

- Merci, Amarance, souffla Alguérande en reposant son fils au sol. Phernelmonde a commis une grossière erreur en me laissant l'opportunité d'un jour me retrouver face à elle !


Appelée par Amarance, la Médecin-Cheffe du Pharaon avait prodigué les premiers soins à son capitaine.

- Vous aurez l'épaule gauche raide un moment, une très belle ecchymose sur l'omoplate, les muscles du dos douloureux, mais vous n'avez pas d'autres dommages.

- Alveyron ? Il n'y a que lui qui compte !

- Apeuré, en pleurs, mais n'est même pas décoiffé, sourit Leyne en finissant d'appliquer un baume apaisant sur la peau meurtrie du jeune homme.

- En ce cas, je pourrai le renvoyer à sa mère sans qu'elle se doute de quoi que ce soit. Elle n'a pas à savoir ça… Et je n'ai pas à en payer le prix fort !

- Vous avez protégé votre fils, c'est bien tout ce qui importe, comme vous le souligniez il y a un instant !

- Il est ma vie, mon futur, ma trace. Il est ma réussite, et je l'aime plus que tout !

- Et il a beaucoup de chance d'avoir un papa comme toi, assura Amarance en déposant un baiser passionné sur ses lèvres.

- Pourquoi je ne suis pas surprise ? siffla Madaryne en entrant à grands pas dans le salon alors qu'Alguérande se rhabillait. Et je suis parfaitement au courant de ce qui est arrivé ! Algie, notre fils a été exposé et a failli mourir pour la seule faute d'avoir été auprès de toi, parce que tu es son père ! C'est à moi de veiller sur lui, de le protéger, de toi !

- Je l'ai défendu. Sans moi, personne d'autre n'aurait pu…

Les prunelles vert d'eau de Madaryne fulminèrent.

- Et sans toi, personne ne s'en serait pris à lui ! Je le reprends, à jamais !

- Non…

- Je suis la mère, j'ai tous les droits, et le devoir de le préserver… Je suis désolée… Il n'y a pas d'autre moyen, ne m'en veux pas. Je ne le fais absolument pas de gaieté de cœur ! Algie ?

Alguérande ne répondit rien, s'étant évanoui, sombrant au plus profond d'un coma qui était son seul échappatoire face à une réalité trop rude à supporter, anéanti, sans plus le moindre espoir en une vie qui venait de lui reprendre la seule chose qu'il ait jamais réalisée.

FIN