Disclaimer : tous les personnages appartiennent à Stephenie Meyer. Je ne fais que jouer avec eux…
Merci pour toutes vos mises en alertes/favoris et reviews ! Ce début vous a intrigué alors, sans plus tarder, voilà la suite.
Bonne lecture et n'hésitez pas à me laisser vos impressions !
(CPOV)
Au volant de ma Mercédès, filant vers notre maison, je ne pouvais m'empêcher de repasser en boucle la discussion téléphonique que j'avais eue quelques heures plus tôt avec cette Maria. Détruit, choqué et profondément triste, j'avais appelé Esmé dès ma sortie de l'hôpital trois bonnes heures avant l'heure prévue, ce qui ne m'était jamais plus arrivé depuis des dizaines et des dizaines d'années. Mon épouse s'était aussitôt inquiétée et je n'avais pu répondre à ses questions, me contentant de lui annoncer que nous aurions une réunion de famille dès mon arrivée.
Lorsque je coupai le contact, garé au pied de notre immense chalet perdu au fin fond de l'Alaska, à plus de 150km de Denali, je ne pus retenir un long et douloureux soupir. Comment allais-je leur annoncer ce que je venais d'apprendre ?
Je rejoignis la maison à vitesse humaine, chaque pas me coutant plus que le précédent, la lettre pliée dans ma poche de veste s'alourdissant à chaque mètre. Alors que je rejoignais le perron, la porte d'entrée s'ouvrit, laissant apparaitre Esmé et Alice, inquiètes.
-Carlisle ? que se passe-t-il ? Je n'ai eu aucune vision et…débuta aussitôt Alice, de la panique sur le visage.
Je ne répondis rien, me contentant de prendre Esmé quelques courtes secondes dans mes bras pour me perdre dans son odeur si réconfortante pour moi. Surprise, elle répondit aussitôt à mon étreinte mais ne put s'empêcher de me chuchoter son inquiétude à l'oreille.
-Carlisle ? demanda alors Jasper qui s'avançait vers moi, ressentant surement l'angoisse et la tristesse qui m'habitaient.
-Asseyons-nous. éludai-je en m'avançant vers le salon.
Mes autres enfants m'y attendaient déjà, eux aussi inquiets.
-Devons-nous partir ? questionna Rosalie.
Je ne répondis toujours pas, me contentant de sortir de ma veste l'enveloppe avant de m'asseoir. Esmé me rejoignit aussitôt, s'asseyant sur l'accoudoir avant de passer un bras sur mes épaules, me soutenant fidèlement sans même savoir ce que j'allais leur annoncer.
-Bien…commençai-je d'une voix tremblotante. Je…J'ai reçu un courrier ce midi, à l'hôpital…
-Comme tous les jours, non ? me coupa Emmett, dévoilant ainsi son impatience à connaitre la raison de ce rassemblement inattendu.
-Emmett ! gronda aussitôt Alice, ne supportant pas de rester ainsi dans le noir.
Jasper diffusa aussitôt une vague de calme pour laquelle je m'empressai de le remercier d'un signe de tête avant de reprendre.
-J'ai donc reçu un courrier ce midi, à l'hôpital. D'une certaine Maria. repris-je mes explications. Maria est infirmière à l'hôpital de Forks. Elle…elle voulait me parler d'un patient de son service et me faire parvenir une lettre. annonçai-je en prenant l'enveloppe blanche entre mes doigts. Je…je ne sais pas vraiment comment vous annoncer cela alors je vais juste vous la lire puis nous discuterons ensuite, ok ? demandai-je, sans attendre néanmoins de réponse.
J'ouvris l'enveloppe et en sortis les feuillets pliés à entête de l'hôpital de Forks, emplis d'encre bleue, soufflai longuement pour me donner le courage de commencer et débutai ma lecture.
« Très chers Cullen,
Combien de fois ai-je pu recommencer cette lettre juste à cause de ces trois petits mots ? J'en ai perdu le compte après avoir chiffonné mon septième essai. Pourquoi ? Simplement parce que ces trois mots ne peuvent refléter l'intensité de mes pensées et sentiments pour vous tous. Ces trois mots sont tellement courts alors que j'aurais tant à dire sur chacun de vous. Vous qui avez tant marqué ma vie… »
-Qui nous écrit, Carlisle ? demanda Alice, assise sagement au côté de Jasper qui lui tenait la main.
Mais je ne pus répondre à sa question en entendant un faible sanglot venant de mon épouse, assise juste à côté de moi. Je tournai la tête vers elle et croisai son regard. Elle avait compris. Avait-elle lu la première page par-dessus mon épaule ? ou avait-elle reconnu l'écriture si fine et serrée qui emplissait ces feuilles ?
-Oh mon Dieu…Carlisle…murmura-t-elle en plaçant une main sur sa bouche, geste typiquement humain pour retenir des sanglots que nous avions oublié jusqu'à notre séjour à Forks.
Je ne dis rien de plus, me contentant de prendre sa main et de l'embrasser doucement une fois avant d'entrelacer nos doigts. Je pouvais lire dans le regard de mon épouse toute la douleur et la tristesse qu'elle éprouvait désormais. Comment avions-nous pu laisser faire cela ?
-Papa ! s'écria Alice, me ramenant à la réalité avant de se planter devant moi et de s'agenouiller pour prendre ma main. Papa, qui nous écrit ?
J'attrapai la main fine de ma fille et l'observai quelques secondes avant de répondre finalement :
-C'est Bella…
Un hoquet de stupeur se fit entendre dans le salon.
-Bella ! s'écria Emmett en se tournant vers Rose, un immense sourire sur les lèvres. Où est-elle, papa ? On va aller la voir de ce pas et…
-Emmett ! gronda Edward. Nous ne devons plus interférer dans sa vie et tu le sais ! rappela-t-il à son frère.
-Je…laissez-moi vous lire sa lettre avant de réagir, les enfants. le coupai-je.
Alice reprit sa place dans le canapé et moi, je repris ma lecture.
« Aujourd'hui, nous sommes le 13 septembre. Oui, aujourd'hui, j'ai 20 ans. Le bel âge me disait-on durant mon enfance. A 20 ans, on se sent invincible et éternel. Alors, dans un sens, j'ai atteint mon éternité. Différente de celle que je voulais à vos côtés mais je souris en ce moment à l'idée d'être éternelle. Comme vous. D'être en ce jour votre égale… »
Je relevai les yeux sur mes enfants et surpris quelques légers sourires sur les lèvres d'Edward et Jasper.
-Bella ne change pas…murmura Rose, mais d'un ton empreint de nostalgie.
Malgré ce qu'elle avait laissé voir à Bella durant ces mois, Rosalie était profondément attachée à cette humaine qui avait bouleversé nos vies et j'étais sûr que si elle avait la possibilité de revoir Bella, elle changerait son comportement envers cette jeune femme.
« Je ne sais pas si cette lettre vous parviendra un jour mais je vais faire comme si. Voilà deux ans, Edward m'a demandé de vivre ma vie. Pour moi. Pour vous. Alors, cette lettre en ce jour si particulier, c'est pour vous raconter ma vie depuis votre départ. Pour vous montrer ce qu'a été ma vie sans vous à mes côtés. Pour vous raconter ce qu'est l'existence d'une vulgaire humaine qui avait pensé toucher un trésor et qui l'a perdu… »
Je suspendis ma lecture quelques secondes, le temps d'observer mon premier fils dont le masque si patiemment travaillé durant toutes ces décennies ne parvenait plus à cacher sa douleur et son désarroi. Jasper souffrait également. Des émotions d'Edward. Des nôtres. Mais aussi des siennes car, depuis l'anniversaire de Bella, il repensait quotidiennement à cette minuscule faille dans son contrôle de la soif.
-Elle t'aimait tant, Edward…souffla Alice en se levant pour serrer quelques secondes son frère dans ses bras.
-Je le sais, Alice. Mais je ne pouvais pas la laisser mourir pour nous rejoindre…murmura-t-il en retour.
-Je suis persuadée que tout peut encore s'arranger si tu me laissais juste un peu m'intéresser à son futur. ajouta notre Alice.
-Voyons d'abord ce qu'elle a à nous dire, tu ne crois pas ? répondit-il d'une voix plutôt calme par rapport à nos dernières discussions autour de Bella.
Je soufflai une nouvelle fois et repris ma lecture.
« Edward m'a quittée le lendemain de mes 18 ans. Oui. Mais pas uniquement lui. Vous m'avez tous quittée le lendemain de mes 18 ans. Vous qui étiez ce qui se rapprochait le plus de l'image de ma famille. Moi qui avais passé ma vie à ne pas vivre jusqu'à mon arrivée chez Charlie, j'avais eu l'impression d'enfin vivante. D'être quelqu'un. D'être moi. De trouver ma place au sein de votre famille. Et vous avez disparus, tels les êtres mythiques que vous êtes…
Après toutes ces longues heures dont j'avais perdu le fil, là-bas, allongée sur le sol détrempé de cette forêt de Forks, après toutes ces heures à sentir mon cœur partir en miettes, j'avais regagné la maison de Charlie. Un des Quileutes de la réserve, Sam il me semble, m'avait retrouvée après plus de dix heures de recherches, prostrée au pied d'un vieux chêne, à plus de trois kilomètres de votre villa… »
-Edward ! Comment as-tu pu la laisser ainsi, dans cette forêt ? Merde ! C'est Bella ! rugit Emmett, en colère.
-Je…J'ai voulu faire au plus direct et…je croyais juste…balbutia Edward en serrant le poing sur son genou.
-Qu'avais-tu dans la tête ? Tu pensais que Bella, la fille maladroite et déterminée qui avait réussi à percer notre secret et à entrer dans nos vies allait tout simplement rentrer chez elle et reprendre sa vie comme si rien ne s'était passé ? poursuivit Emmett, un peu plus calme, surement grâce à Jasper.
Edward ne répondit rien, s'enfonçant un peu plus dans le fauteuil où il avait pris place et je profitai du silence qui s'était installé pour reprendre.
« Charlie n'a même pas eu le courage de m'enguirlander lorsqu'il m'a rejointe aux urgences de l'hôpital de Forks et s'est contenté de me tenir la main tandis que l'un des médecins lui expliquait que je souffrais d'une sévère pneumonie. Comme dans un état second, je ne m'étais même pas rendue compte qu'il m'avait ramenée à la maison et installée dans mon lit. Et c'est à partir de là qu'a commencé ma nouvelle vie.
Des cauchemars chaque nuit, sans exception. Des journées sans sortir de ma chambre, à guetter par la fenêtre la lisière de la forêt, priant de toutes mes forces pour que l'un de vous n'apparaisse. Charlie avait d'abord supporté mon état, essayant de me soutenir, de me faire parler mais je ne souhaitais qu'une seule chose à cet instant : vous revoir.
Puis les jours ont passé, se transformant en mois. Assise dans mon rocking chair, au pied de ma fenêtre, j'attendais. Les arbres ont pris cette couleur dorée puis se sont déshabillés pour laisser la neige prendre sa place.
Charlie n'entrait dans ma chambre que pour me déposer mes plateaux-repas, sans plus même me parler. A chaque visite, il s'agenouillait à ma hauteur, touchait ma joue, cherchant mon regard. Mais j'étais bien trop obnubilée par cette lisière pour le regarder. Alors, invariablement, il soupirait, se relevait, embrassait mes cheveux et repartait.
Tous les jours.
Puis un soir, un médecin l'accompagnait. Le docteur Gerandy, qui avait repris le service de Carlisle. Lui aussi m'a parlé. Mais à lui aussi je n'ai pas répondu. Je les entendais parler de moi mais je n'intervenais pas. « Dépression profonde »…« choc traumatique »…« internement » les mots résonnaient dans ma petite chambre mais je restais là, immobile.
Comment leur expliquer que mon cœur était mort ? Comment leur décrire la douleur lancinante et constante qui envahissait ma poitrine depuis votre départ ? Les mots n'étaient pas assez forts…alors, je me taisais.
Charlie s'est battu contre ce docteur Gerandy pour m'éviter un internement en hôpital psychiatrique et m'a posé un ultimatum : si je ne revenais pas un peu à la vie, il me renverrait à Phœnix.
Est-ce l'idée de m'éloigner de Forks et donc de ma seule chance de vous revoir qui m'a fait sortir la tête de l'eau ? Je n'en sais vraiment rien. Mais petit à petit, j'ai repris vie. Oh, rien de bien marquant. Juste de quoi soulager un peu mon père. Car après tant de mois cloitrée, comment pouvais-je reprendre une vie « normale » ? Je vous avais perdus. J'avais perdu mes derniers amis du lycée. J'avais raté mes examens finaux tout comme mon inscription à l'université… »
Un sanglot étouffé d'Esmé me fit suspendre ma lecture. Mon épouse souffrait d'entendre ainsi ce que notre dernière fille avait dû endurer. Car oui, Bella était notre dernière fille. La petite dernière. Celle qu'on materne le plus. Et son statut d'humaine n'avait fait qu'amplifier cela.
« Pendant que Charlie était au travail, j'arpentais la forêt de Forks. Qu'il pleuve, qu'il vente, qu'il neige. Elle était mon dernier contact avec vous. Un lien. Moi qui détestais l'humidité et la verdure voilà quelques années, je ne pouvais passer une journée sans mettre un pied au beau milieu d'un des sentiers.
Un soir, en rentrant à la maison, je ne pus que remarquer le policier qui patientait sous le porche. L'adjoint de mon père. Avant même qu'il n'ouvre la bouche, je savais déjà ce qu'il allait m'annoncer…Charlie était mort quelques heures plus tôt, abattu durant le cambriolage du magasin des Newton… »
J'eus du mal à lire ces mots qui m'annonçaient que j'avais perdu un ami. Et je ne pus qu'imaginer la douleur de Bella…
« Le choc m'a terrassée, une fois de plus, et je ne sais pas vraiment ce que j'ai pu faire durant les heures qui suivirent. Ce n'est qu'à l'arrivée de ma mère que j'ai enfin réussi à verser mes premières larmes.
Après l'enterrement, Renée a voulu me ramener avec elle, à Phœnix. Ce que j'avais redouté arrivait. Elle voulait m'éloigner de vous. M'éloigner de ce lieu dans lequel je m'étais sentie si vivante. Alors je me suis rebellée et je lui ai hurlé des insanités, laissant sortir toute la rancœur et la colère qui m'habitaient depuis votre disparition. Renée a insisté un peu mais a finalement vite fait demi-tour pour ne plus jamais revenir.
Aujourd'hui, à cette heure si particulière pour une mère puisqu'à cet instant, j'ai vingt ans, je n'ai plus aucun contact avec elle. Je sais juste qu'elle est quelque part en Europe, aux côtés de Phil qui a signé un engagement de trois ans là-bas, information que j'ai apprise au dos d'une vulgaire carte postale d'une plage de Floride...
Seule, j'ai repris le quotidien. J'ai réussi à me dégoter un travail à mi-temps à la bibliothèque de Port Angelès. Inutile de vous cacher que je ne pouvais que survivre avec le maigre salaire que j'obtenais chaque mois mais cela me permettait au moins de conserver la maison de Charlie et de manger un peu.
A cette période, je pouvais compter sur Billy et Jacob Black, des amis de Charlie… »
A la mention des loups, les garçons sifflèrent mais le regard que je leur lançai les stoppa. Après tout, s'ils aidaient Bella à se sentir mieux, que pouvait bien nous faire leur statut de loups garous ?
« Jake m'aidait. Il réparait ma vieille camionnette qui souffrait beaucoup de mes kilomètres quotidiens, m'aidait dans l'entretien de la maison et essayait de me changer les idées. Autant Edward était mon astre nocturne, autant Jacob était comme mon soleil. Lorsqu'il apparaissait, le trou dans ma poitrine semblait se résorber, un peu. Mais du jour au lendemain, Jake m'abandonna lui aussi. J'ai mis quelques jours à comprendre mais lui aussi avait un secret tel que le vôtre. Et dans une certaine manière, lié au votre puisque vous êtes des ennemis séculaires avait fini par m'expliquer Billy alors que j'avais passé la nuit devant la porte de leur cabanon à réclamer une explication.
Tout comme Edward, Jake ne me pensait pas assez forte pour assumer cela alors il avait choisi pour moi sans me demander mon avis : Jacob est parti lui aussi, me laissant de nouveau seule.
Mais j'ai continué à m'accrocher. Pourquoi ? Je n'en sais toujours rien aujourd'hui. Dans l'espoir de vous revoir un jour ? De me racheter de toutes les souffrances que j'ai faites endurer à mes parents ? Il m'aurait été tellement facile de sauter du haut de la falaise de la Push pour arrêter ce calvaire…mais là encore, j'étais trop faible pour aller au bout de mon idée…
Ce jour-là, j'ai longuement regardé en bas, la danse brutale des énormes vagues qui se brisent sur la roche. J'ai avancé mes pieds jusqu'au bord, tendu une jambe mais…j'ai repensé à cette discussion que j'avais eu avec Esmé et je ne pouvais lui faire revivre une pareille mort… »
-Bella a voulu se suicider…oh Carlisle…nous devrions aller la rejoindre immédiatement…chuchota mon épouse en s'enfonçant un peu plus dans mon épaule.
« Les semaines ont défilé, identiques, et le trou dans ma poitrine ne semblait pas se résorber mais je m'y étais habituée alors j'ignorais les douleurs qui battaient parfois derrière mes yeux et continuais ma petite vie. Un matin, voilà six mois, alors que je rangeais quelques vieux romans en rayon, la douleur fut tellement intense que je me suis évanouie. Combien de temps ai-je été inconsciente ? Un bon moment puisque lorsque j'ai rouvert les yeux, j'étais dans une des chambres des urgences de Forks. Malgré moi, j'ai guetté la chevelure blonde de Carlisle mais je ne vis que le docteur Gerandy, debout au bout de mon lit, observant de nombreuses feuilles blanches qui semblaient l'inquiéter. Sa mine sombre m'alerta aussitôt et avant même que je ne pose une seule question, le couperet tomba : tumeur au cerveau. »
Je butai sur les trois derniers mots tandis que mes yeux semblaient vouloir pleurer des larmes mortes depuis des siècles. Alice laissa s'échapper un petit cri avant de se blottir contre Jasper.
-Est-ce…est-ce que le pronostic est si mauvais ? chuchota Rosalie.
Je ne répondis pas, me contentant de baisser la tête pour reprendre ma lecture. Médecin, je ne pouvais que connaitre ce par quoi Bella était passée depuis ces six derniers mois. Et je craignais désormais de lire la suite de cette lettre.
« Depuis ce jour, je ne suis jamais ressortie de l'hôpital. Les examens quotidiens finirent par nous apprendre que ma tumeur était inopérable. Le docteur Gerandy mit un protocole en place : chimiothérapie… radiothérapie…morphine…Tu dois savoir de quoi je parle, non, Carlisle ? Forcément oui. Alors je ne peux pas te cacher tous les effets secondaires de ces traitements : les migraines, les douleurs lancinantes, les nausées, les vomissements, les brulures, l'impression que ton corps entier se détraque alors que tout cela est fait pour te guérir…
Je peux l'avouer aujourd'hui, après y avoir très longuement pensé, la douleur qu'Edward voulait m'éviter…celle de la transformation…hé bien, elle rivalise avec la mienne. A ceci près qu'elle ne dure que quelques jours à ce qu'Alice m'avait expliqué…alors que la mienne… ».
-Comment peut-elle dire cela ? murmura Emmett, la joue posée dans les cheveux de Rose.
-James l'avait mordue…rappela Jasper tandis qu'Edward tenait sa tête entre ses mains, ses épaules tremblantes.
Jamais je n'avais pensé que ces traitements pouvaient être si douloureux pour les patients. Et le fait que Bella compare ces deux souffrances alors qu'elle avait vécu, certes pendant quelques minutes seulement, la brulure du venin vampirique…
-Carlisle, je t'en prie, arrête de penser à cela ! me supplia Edward, me sortant de mes réflexions. Je…je ne voulais pas qu'elle souffre pour devenir l'une des nôtres mais ce qu'elle vit semble mille fois plus atroce et…c'est ma faute…termina-t-il alors qu'Esmé se déplaça pour le prendre dans ses bras tout en me faisant signe de poursuivre ma lecture.
-Comment peuvent-ils la laisser souffrir ainsi ?! réagit vivement Rosalie, me surprenant. Je croyais que la médecine moderne faisait tout pour éviter la douleur !
-Je ne sais pas, Rosalie. ne pus-je que répondre, ne comprenant pas pourquoi le traitement antidouleur qui était normalement couplé à son type de protocole ne pouvait effacer cette souffrance. Je n'avais pas parlé de cela avec Maria.
« Je ne sais plus vraiment combien de semaines ai-je pu passer dans le service du docteur Gerandy, subissant tous ces traitements, espérant à chaque fois qu'une infirmière venait suspendre cette jolie petite poche argentée à la potence attenante à mon lit que ce liquide sensé être miraculeux traverserait pour la dernière fois mon organisme pour éradiquer la tumeur. Fixer le goutte à goutte sortant de cette poche durant des minutes ou des heures en priant pour qu'un vampire passe la porte de ma chambre pour abréger mes souffrances et me laisser enfin en paix…voilà ce qu'était mon quotidien… »
Bella en était réduite à espérer mourir rapidement….Comment avions-nous pu la laisser seule dans cette situation ? ne pus-je m'empêcher de penser. Et cela ne fit que faire geindre Edward, toujours dans les bras de sa mère.
« Etait car un matin, le docteur Gerandy entra, un dossier à la main, le visage fermé. Je me rappelle mot pour mot ce qu'il a pu me dire ce matin-là. C'était le 15 aout, il était 9h34. Le docteur Gerandy portait une cravate vert pomme qui détonnait avec le blanc de sa blouse de médecin.
C'est étrange comme certains détails peuvent rester graver ainsi dans la mémoire. Ainsi, je me rappelle de la jolie robe que portait Rose lors de mon anniversaire, ou encore de la couleur du papier qui emballait la boite de mon autoradio qu'Emmett ne cessait de me mettre sous le nez. Tout comme je me souviens de la chemise que portait Jasper juste avant que je ne lui fausse compagnie à Phœnix…
Le traitement ne fonctionnait pas, l'opération était impossible…J'ai demandé combien de temps il me restait et le docteur, surement pour me rassurer, me parla de plusieurs mois, d'une année même…Pourquoi mentez-vous ainsi lors de ces annonces, Carlisle ? Je savais parfaitement qu'il me restait beaucoup moins que cela. Je savais parfaitement comment mon corps se sentait, alors pourquoi ? Donner de l'espoir ? A quoi cela peut-il bien me servir puisque que j'ai tout perdu : Charlie, Renée…et vous tous…Pourquoi vouloir continuer à vivre sans ma famille à mes côtés, sans mes frères et sœurs pour me faire rire, sans Esmé pour me prendre dans ses bras comme une maman le ferait pour son enfant malade ?
Je me suis contentée de sourire au docteur Gerandy et de le remercier pour tout ce qu'il avait fait pour moi. Puis deux brancardiers sont entrés pour me transférer dans les services du 3e étage… »
-Qu'y-a-t-il au 3e étage, papa ? questionna Alice d'une voix tremblante.
-Les soins palliatifs, Alice. répondis-je alors que ma main tremblante faisait danser l'écriture fine de ma fille.
« Tout le personnel était très gentil, à l'écoute, mais je n'avais pas vraiment envie de me lier avec eux. Une seule personne a réussi à briser ma carapace. Une infirmière du service de nuit. Maria. Pourquoi elle ? Je ne sais pas vraiment mais le fait qu'elle soit nouvelle à Forks a surement dû jouer. Elle ne vous connaissait pas. Elle n'avait rencontré mon père qu'une seule fois. Elle ne connaissait pas la réserve et les Quileutes. A elle, je pouvais parler un peu de ce que je ressentais sans qu'elle ne pose un regard de pitié sur moi comme tous les autres agents du service.
Je souffrais moins puisque je recevais de la morphine à haute dose. Les repas me semblaient meilleurs et en journée, des bénévoles venaient : des étudiants en théâtre qui en profitaient pour peaufiner leur pièce, des retraités faisant des lectures des grands classiques…
La journée était supportable mais la nuit…
Lorsque tout s'assombrit, que les lumières s'éteignent, que le personnel est réduit et cantonné au bureau des infirmières afin de ne pas réveiller ceux qui réussissent à dormir, je ne peux éviter de supplier toutes les divinités de me libérer de cette mascarade et de me laisser sortir de ce mouroir… Chaque semaine, l'un de nous quitte enfin ce service, enfin délivré et je ne peux m'empêcher ce sentiment ambigu : je ne veux pas mourir mais j'aimerais tellement enfin être libre…
Un service tel que celui-ci coute cher. Charlie m'avait laissée une petite assurance-vie mais tout était déjà englouti par les chimiothérapies et autres traitements. Voilà trois semaines, Maria a eu la charge de m'annoncer que l'hôpital ne pouvait plus me prendre en charge… »
Esmé retint difficilement un sanglot en comprenant ce qu'il s'était passé. On avait enlevé à Bella ce qui fonctionnait enfin un peu, tout cela à cause de l'argent…
Je regardai rapidement mes enfants et ne pus que constater que tous étaient atterrés. Je replongeai aussitôt dans le courrier, n'ayant pas la force d'entendre leurs remarques.
« J'ai aussitôt mis en vente la maison de Charlie. Lorsque l'agent immobilier est venu me faire signer les documents nécessaires, j'ai eu honte. Je me suis vue comme l'un de ces junkies qui vendent père et mère pour obtenir leur dose.
Voilà ce que j'étais devenue…une droguée…
Je ne voulais plus qu'une chose : ne plus avoir mal.
Mais ma malchance légendaire me poursuivait : personne à Forks ne voulait acheter la maison du chef Swan…alors, on a allégé mon traitement. Maria a essayé de se battre pour moi mais je n'avais plus la force pour tout cela et je ne voulais pas qu'elle perde son travail ici. Elle a tout de même réussi à obtenir que je conserve la dernière chambre du couloir : celle qui donne sur la forêt et, indirectement, sur votre maison.
Depuis mon installation dans cette chambre, je passe mes journées dans le fauteuil, face à la forêt et cette vue me permet d'oublier un peu mon quotidien. Je me prends à rêver qu'un jour, vous passerez la porte de cette chambre pour m'emmener à la villa et me permettre enfin de mourir, auprès de vous tous. Mais lorsque je rouvre les yeux, je ne vois que ces murs blancs déprimants et les nuages gris qui n'ont pas abandonnés Forks, eux… »
-çà, c'est pour nous…souffla Emmett. On l'a abandonnée…
« Aujourd'hui, j'ai vingt ans. Maria est venue me voir un peu plus tôt pour déposer une part de gateau devant moi avec une bougie.
-Fais un vœu, Isabella. m'a-t-elle demandé en souriant.
Alors j'ai fait un vœu qui pourrait s'accomplir : avoir encore suffisamment de force pour vous écrire une dernière lettre avant de mourir.
Et cette lettre la voici.
Si vous l'avez dans les mains, c'est que je ne suis plus là et que Maria a respecté mes souhaits.
Si vous l'avez dans les mains, vous avez également dû recevoir le courrier du notaire, maitre Jenks, vous annonçant que la maison de Charlie est à vous désormais Enfin, si l'hôpital a décidé d'effacer ma dette... Peut-être qu'Esmé pourrait en faire un lieu où les gens comme moi peuvent venir passer leurs derniers moments dans le calme et la sérénité, loin des murs aseptisés de l'hôpital ?
Aujourd'hui, j'ai vingt ans…éternellement vingt ans puisque je ne verrais jamais mon prochain anniversaire.
Aujourd'hui, j'ai l'âge de Jasper et Rosalie. Le seul point commun que nous ayons eu le temps de découvrir, à mon grand regret.
Aujourd'hui, j'aurais laissé Alice me coiffer et m'habiller avec toute l'ardeur qu'elle met dans cette tâche. Puis Emmett m'aurait soulevée de terre, comme avant, me faisant croire que je suis une plume, capable de voler.
Aujourd'hui, j'aurais demandé à Carlisle et Esmé le droit de les appeler papa et maman, juste pour connaitre cette sensation de n'être qu'une enfant et ne pas avoir à penser à quoique ce soit, me reposant entièrement sur eux comme j'aurais dû le vivre avec mes parents.
Aujourd'hui, il me manque tellement de choses…
Et une en particulier : le gout des lèvres d'Edward sur les miennes.
Aujourd'hui, j'ai vingt ans et je t'aimerai éternellement…
Prenez soin de vous, je vous aime,
Votre Bella »
