Julie Winchester : Désolée, je sais que j'avais prévu ce chapitre pour le début du mois ! Il se trouve que j'ai été retardée, pour diverses raisons cela dit j'ai maintenant mon propre ordinateur, ce qui va me permettre d'aller bien plus vite dans les traductions !
Remerciements à Jindri pour ce chapitre, ainsi que les deux suivants.
Pour le rythme de publication, je vais essayer de passer à deux par semaine, mais c'est un essai – il est évident que si ça m'empêche de travailler suffisamment (je commence une fac d'économie) je repasserai à un chapitre par semaine.
Chapitre 4 : Le Seigneur au grand cœur ~Partie 1~
« Eh doucement, vous deux ! On ne voudrait pas le laisser tomber maintenant, pas après avoir gravi tous ces escaliers ! »
Samer tenait fermement un bout du cabinet qu'il avait fabriqué la semaine passée, ses deux aînés tenant l'autre bout en-dessous de lui dans l'escalier. La veille, il avait passé tout son temps à le huiler et le polir, l'avait encore poli ce matin avant de l'emballer et de le charger dans la charrette familiale. Le meuble était d'ailleurs toujours enveloppé, les trois hommes se servant des cordes de sécurité comme de poignées supplémentaires afin de le bouger. Durant tout ce temps, Dame Jancine les suivait avec anxiété.
Malgré ce que la plupart des roturiers pourraient penser, elle n'était pas effrayée qu'ils puissent laisser tomber et endommager le cabinet ; elle redoutait qu'ils puissent se blesser. C'était une femme au grand cœur, parfaitement assortie au Seigneur Hargren. Ils formaient un couple harmonieux, et vraiment rare dans l'aristocratie…Ils se souciaient réellement de toutes les personnes attachées à leur service, quel que soit leur statut social.
Le père et les fils atteignirent le haut des escaliers, la suivant jusqu'à ses appartements au troisième étage. Samer défit les cordes, enleva la toile rêche de l'enveloppe extérieure faisant apparaître une seconde protection de coton doux.
Lorsque Jancine vit qu'il avait utilisé une partie du tissu de confection d'Alina pour le protéger, elle se tourna vers lui :
« Samer, vous n'auriez pas dû. »
Il sourit légèrement tandis qu'Alan défaisait les cordes de la seconde protection.
« Ma femme a insisté. Si le tissu n'est pas abîmé elle pourra toujours le revendre, sinon nous le garderons pour nous. Grâce à vos deux commandes généreuses et une commande pour des chaises, nous pouvons nous le permettre. Maintenant. » Il passa par-dessus le cabinet et enleva doucement le vêtement qui le recouvrait. « Si Ma Dame voulait me dire si le cabinet lui convient. »
Le cabinet arrivait à hauteur de taille, ses deux larges portes étant décorées de motifs de diamants encastrés que l'on retrouvait sculptés sur les côtés et élevés à l'arrière du cabinet. Cette dernière pièce avait été ajoutée afin d'empêcher les éléments placés sur le cabinet d'être poussés dans le vide. Le bois brillait d'un rose chaud et profond, le charpentier ayant décidé de ne pas teinter le cabinet en noir comme il l'avait originellement prévu. Il avait tiré tout l'avantage possible du chêne qui possédait les plus belles fibres qu'il avait jamais vues. Les veines du bois, légèrement visibles, ajoutaient à la richesse de la pièce. Elles auraient semblé légèrement voyante si le bois avait été teinté en noir, couleur appréciée par la plupart des nobles.
Dame Jancine le contempla un moment avant d'esquisser un délicieux sourire.
« C'est parfait. Vous vous êtes surpassé une fois de plus, Samer. Vous êtes réellement le plus fin charpentier d'Ulwin. »
Samer se pencha légèrement, tout comme ses fils.
« Vous m'honorez, Ma Dame. C'est un plaisir de savoir que mon travail vous a plu. »
Elle continua de sourire avant de pointer une alcôve vide à la gauche de son foyer de cheminée.
« Si vous vouliez bien le placer ici, je serais votre obligée. »
« Bien évidemment, Dame Jancine. »
Samer fit un signe de tête à ses deux fils qui soulevèrent prudemment le cabinet et le transportèrent à travers la pièce. Elle observa un moment les deux fils qui inséraient doucement le cabinet dans l'alcôve prévue à cet effet, puis elle fit une pause avant de se tourner vers le charpentier se tenant à côté d'elle.
« Samer, mon mari m'a demandée de vous informer que vous êtes invités, vous et votre famille, à assister au festin de ce soir. »
Samer se crispa de surprise et tourna le visage vers elle, incertain de ce qu'il devait répondre.
« Ma Dame… ce serait un honneur, mais assurément ce n'est guère approprié d'inviter des roturiers à un tel événement. »
Elle étreignit les mains en face d'elle, l'air à la fois gentille et légèrement réprobatrice qu'il se calomnie lui-même.
« La vôtre n'est pas la seule famille invitée Samer… Comment pourrions-nous mieux manifester notre appréciation de ceux qui apportent la prospérité continue à Ulwin ? Les artisans comme vous sont les éléments vitaux du commerce d'Ulwin avec les nations extérieures à Camelot. Sans des hommes et des femmes comme vous et votre épouse, Ulwin ne serait guère plus qu'une cité fermière. C'est le choix de mon mari que vous soyez récompensés pour vos efforts, je vous prie donc d'accepter cette invitation. »
Il la regarda une seconde dans un silence abasourdi avant de profondément s'incliner en signe de gratitude.
« Ce sera un grand honneur de participer, Ma Dame. »
Elle sourit.
« Dans ce cas, je vous verrai vous et votre famille ce soir. La fête démarrera au crépuscule. »
Il la remercia une fois de plus avant qu'il ne parte du manoir en compagnie de ses deux plus vieux fils afin de rapporter les nouvelles à sa femme.
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« Nous avons été invités au festin ? Tous ? »
Alina, malgré son amitié confuse avec Dame Jancine, contempla son mari avec ahurissement à l'entente de l'invitation.
Il lui sourit, acquiesçant de la tête alors qu'il commençait à ricaner.
« Oui, nous avons tous été invités au festin. Nous ne sommes pas les seuls, note. Elle a dit que d'autres artisans et leurs familles ont eux aussi été invités. »
Elle se détourna de lui, commençant aussitôt à paniquer.
« Oh, je suis si heureuse d'avoir ces nouvelles robes confectionnées pour Helen et moi, mais toi et les garçons. » Elle se tourna à nouveau vers lui et l'attrapa par le col de sa chemise dépenaillée. « Vous quatre ne possédez pas une seule chemise de décente. Je ne vous laisserai pas, toi et les garçons, aller habillés comme des pauvres hères à un festin avec des nobles ! C'est décidé, venez avec moi, nous allons au marché. »
Elle ne lâcha pas son col, le tirant jusqu'à la porte où il commença à protester.
« Mais Alina, je dois commencer ma prochaine commande. »
« Ne mens pas, Samer… Je sais pertinemment que tu n'en as pas encore à moins que quelqu'un ne vienne et te demande cet après-midi. Tu réparerais seulement ces vieilles roues de charrette si je te laissais partir, et elles peuvent très bien attendre. »
Elle l'écarta en le poussant de la porte, rapidement suivie par leurs trois fils, avant de revenir derrière eux avec une petite poche de pièces de l'endroit caché entre le plancher et le sol. Des quatre mâles, seulement un semblait excité par tout ceci : Liam suivit joyeusement sa mère en lui demandant s'il pouvait choisir la couleur de sa chemise et esquissa un sourire lorsqu'elle lui répondit qu'il pouvait. Samer et leurs deux aînés se regardaient du coin de l'œil et traînaient derrière, pas particulièrement excités à l'idée de passer l'après-midi à choisir des chemises qu'Alina ne leur laisserait jamais porter pour travailler.
Elle marquait un bon point néanmoins : aucun d'eux ne souhaitait ressembler à un pauvre durant ce festin de nobles.
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Le doux bruit de pas devant la porte du bureau annonça son ouverture. Dame Jancine entra dans la pièce aux étagères de livre alignées, un petit plateau supportant un gobelet de vin sur une main. Non pas qu'elle soit allée le chercher aux cuisines, elle avait demandé à un serviteur de le faire, cependant elle aimait être celle qui amenait à son mari sa boisson habituelle de l'après-midi. Il s'agissait d'un petit geste d'amour envers lui et leur offrait l'opportunité de discuter à propos des problèmes actuels.
C'était le cas aujourd'hui puisqu'elle posa prudemment le plateau au bord du bureau et s'assit gracieusement sur la petite chaise posée à côté.
« J'ai veillé à ce que les cinq meilleurs artisans et leur famille soient invités comme vous l'avez demandé mais je crains que la présence de roturiers au festin de ce soir ne soit pas autant apprécié par les membres de notre cour. »
Hargren leva les yeux du document qu'il était en train de lire et nota la touche d'inquiétude dans ses yeux noisettes.
« Laissons-les médire s'ils le souhaitent. Il est temps qu'ils apprennent que la noblesse n'est pas un droit mais un devoir. Je suis juste et généreux envers ceux que je gouverne, et c'est en partie ce qui a rendu Ulwin si grande dans les quinze dernières années, c'est-à-dire depuis qu'Uther m'a confié la direction de ces terres. Même Camelot n'affiche pas autant d'artisans talentueux que notre belle ville, et c'est parce que j'ai donné à ces artisans de bonnes raisons de souhaiter s'y établir. »
Jancine fronça légèrement les sourcils, une main faisant tournoyer une boucle de ses cheveux auburn.
« Vous devriez vraiment lui adresser une pétition afin d'autoriser Ulwin a être nommée cité. Sa taille égale celle de Camelot et je ne vois pas pourquoi elle ne serait rien de plus qu'une 'ville' sur les cartes. »
Son mari la regarda avec un sourire petit mais solennel, ses yeux bleus dansant derrière ses boucles noires soigneusement entretenues.
« Ah, mais agir ainsi impliquerait que je veuille rendre ces terres totalement miennes, et me séparer de son royaume même si je ne le souhaite pas… Il est un bon ami Jancine, et ma fierté n'est pas élevée au point que je souhaite entacher la confiance existant entre nous pour une chose aussi insignifiante qu'un titre. Non, rien ne serait pire que de perdre un ami de cette manière-ci. Pas même Ulwin s'appelant cité, pas même moi appelé roi. » Il l'atteignit, la prenant par la main et souriant. « Je possède déjà tout ce que je souhaite et ce dont j'ai besoin. S'il décide un jour de réellement me les donner alors je les accepterai, mais je ne voudrais jamais les prendre par la force. »
Elle soupira, secouant légèrement la tête.
« Ce n'est pas étonnant que la plupart des nobles pensent que vous manquez d'ambition. Vous pensez si différemment d'eux qu'ils sont incapables de réaliser à quel point vous êtes en réalité ambitieux. »
« Je n'ai pas besoin d'être un roi pour magnifier ces terres sous ma protection. » Il lâcha sa main, se pencha en arrière dans sa chaise et montra les documents répandus sur toute la surface de son bureau. « Chaque année, la prospérité d'Ulwin croît, portée plus haut encore grâce aux épaules des gens qui y vivent. Leur dur labeur est ce qui nous a menés si loin, et après la cruauté du noble qui était intendant ici avant moi ce n'est pas une surprise qu'ils soient volontaires pour faire des efforts. »
Sa femme renifla délicatement.
« En effet… Le Seigneur Gamel était un homme cruel et il traitait le peuple d'Ulwin comme des esclaves. Ce n'était pas une grande surprise que le trésor soit vide quand nous l'avons remplacé, aucun de ses gens n'avait de motivation pour travailler. La ville ne disposait pas de forgeron, seulement d'un charpentier et de deux tisserands…Les maisons tombaient en ruines, peu de gens possédaient des vêtements décents et ceux souhaitant ferrer leurs chevaux devaient se rendre à la forge trois villages plus loin. »
Hargren sourit.
« Et désormais, Ulwin est le plus grand foyer commercial de tout le royaume et de tous ses voisins pas même Camelot ne peut rivaliser avec lui puisque la plupart de ses échanges surviennent ici… Où se trouve le manque d'ambition là-dedans ? »
Elle ricana.
« Uther est chanceux de vous avoir comme ami… Si vous vouliez vraiment prendre possession de ces terres, vous pourriez bloquer ses routes commerciales et il ne pourrait pas faire grand-chose pour vous arrêter. »
Son mari s'empara du document qu'il lisait auparavant, jeta un coup d'œil à la femme qui se levait pour partir.
« Et c'est pourquoi son amitié compte autant pour moi parce qu'il sait que j'en suis capable mais me fait confiance pour ne pas le faire. Tout autre seigneur aurait des représentants de Camelot surveillant leurs moindres faits et gestes, mais il me laisse gérer les choses sans ces interférences. C'est l'unique raison dont j'ai besoin pour être satisfait de ce que j'ai bâti ici. »
Ainsi il continua son travail, Jancine quittant le bureau un sourire aux lèvres. Laissons nos camarades nobles se poignarder les uns les autres avec leurs conspirations et leurs jeux de pouvoir. Elle et son mari avaient appris depuis un long moment déjà que la plus grande des récompenses provenait de l'honnêteté dont on faisait preuve envers ceux sur lesquels on régnait, et envers ceux qui régnaient sur nous.
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