Je sais que j'avais dit deux fois par semaine, mais j'ai réalisé qu'Abeille allait bientôt commencer Une Question de Destinée, donc si je publie deux chapitres de CHO par semaine ça en fera trois dans la même semaine. Donc, on va rester à un de chaque par semaine, elle mettra à jour le mercredi et moi je reprends les dimanches.

Et oui je sais qu'on est lundi soir. J'ai totalement oublié hier, et aujourd'hui j'avais cours. Je ne suis pas sûre que ça intéresse qui que ce soit, vu l'absence totale de réactions au dernier chapitre - une fois de plus - mais bon.

Pour ceux qui s'interrogeraient sur l'organisation, il y a deux équipes : d'un côté, l'équipe de Destinée, et de l'autre, l'équipe de CHO. Si Destinée est terminée avant CHO, son équipe commencera la saison 2, Une Question de Résolution. Une fois CHO terminée, les deux équipes se rejoindront pour la fin de Résolution, celle de Motifs, puis pour les saisons 4 et 5 (respectivement Une Question de Fraternité et Une Question de Décisions), et peut-être la saison 6 s'il y en a une d'ici là.

En attendant, chaque équipe a son planning et ne s'occupe pas du planning de l'autre - sinon on ne s'en sortirait pas.

Chapitre 5 : Le Seigneur au bon cœur ~Partie 2~

Le soleil suivait son majestueux chemin vers l'horizon lorsque les six membres de la famille se rendirent à la porte du mur d'enceinte, le plus jeune d'entre eux extrêmement excité à la perspective d'assister à un événement aussi spécial qu'un banquet.

Liam suivait sa mère de près, songeant qu'elle lui avait dit de montrer le meilleur comportement. Il devait rester à côté d'un de ses frères à chaque instant, être poli et courtois envers tous ceux qui lui parlaient. En réalité, elle était tellement nerveuse que son plus jeune enfant fasse quelque chose qui conduise à une mauvaise impression, qu'elle avait menacé son aîné d'une interdiction de se rendre à la taverne durant trois semaines. Alan n'avait pas été impressionné par la menace et l'avait assurée qu'il garderait un œil sur Liam.

Il prenait cette tache très au sérieux : lorsqu'ils furent autorisés à franchir le pont-levis, il tenait le garçon vêtu d'une chemise bleu pâle par les épaules. Néanmoins, il ne le faisait pas à cause de l'ultimatum que leur mère lui avait adressé, il le faisait parce qu'il s'était trouvé assez souvent à l'intérieur du manoir pour savoir que la plupart des nobles n'étaient pas aussi honnêtes et compréhensifs que Hargren et Jancine l'étaient. Certains frapperaient Liam s'ils se sentaient insultés, que l'enfant soit un invité du Seigneur Hargren ou non.

Ils ressentaient un certain degré de nervosité lorsqu'ils arrivèrent à l'entrée principale du manoir, debout à côté de ce qui était assurément un château. Personne dans Ulwin ne savait pourquoi Lord Hargren insistait pour l'appeler son 'manoir' seuls lui et sa femme savaient qu'il s'agissait d'un tact politique de sa part. Il était un Seigneur dans son manoir, pas un Roi dans son château, et il souhaitait que la différence soit bien claire à la cour d'Uther.

Les six roturiers furent conduits de porte en porte le long d'un couloir, des braseros éclairant pompeusement la voie. Ils entrèrent ensuite dans un grand hall où un lustre immense dispensait sa lumière par le biais de bougies flamboyantes.

Ils s'étaient arrêtés en admiration au pas de la porte quand un couple souriant vint les saluer. Le Seigneur Hargren était splendide dans sa robe vert émeraude cependant que Dame Jancine resplendissait à ses côtés, vêtue d'une robe vert de jade, plus pâle. De minuscules diamants de soie avaient été cousus de façon éparse sur le velours de la robe, faisant presque croire à de vrais bijoux qui miroitaient lorsqu'elle bougeait. Cette robe avait été la dernière commande adressée à Alina, et que Lady Jancine la porte à cet événement signifiait beaucoup pour la tisserande.

Extrêmement touchée par ce geste évident d'approbation, Alina n'hésita pas à retourner l'étreinte formelle et rapide que Dame Jancine lui offrit alors qu'elle les accueillait :

« Je suis heureuse que vous soyez tous venus. C'est un plaisir. Je vous en prie, venez avec moi Alina, j'aimerais vous présenter à des amies. »

Le Seigneur Hargren fit un signe de tête à Samer pendant que sa femme menait la tisserande ailleurs.

« Ma femme ne cesse de me dire à quel point elle est impatiente de voir ce que donnera sa dernière commande. À ses dires, j'ai pu comprendre que le modèle est encore plus ambitieux que le précédent. »

Quand son père parut perdu à cause de la complexité de la couture, Helen fit un pas en avant suivi d'une révérence soignée.

« Les petits diamants de soie étaient simples à introduire dans le motif, Mon Seigneur, mais introduire des morceaux larges de velours dans du satin exige qu'un grand nombre de tiges soient disposées sur le métier à tisser. Mère aura dû utiliser trois des harnais pour le satin, en laissant seulement un pour tenir les fils de l'empilement du velours. Cela signifie que j'ai dû contrôler le mouvement de ces fils depuis le dessus du métier à tisser. »

Elle fit une nouvelle révérence après avoir fini ses explications, le Seigneur leva légèrement les sourcils.

« Cela semble compliqué, en effet. Deviendras-tu une tisserande plus tard ? »

Samer posa une main sur les épaules de sa fille.

« Ma femme a déjà commencé à lui apprendre le métier. Si tout se passe bien, d'ici une année ou deux je lui achèterai son propre métier à tisser, semblable à celui de sa mère. Cela nous mettra à l'étroit dans la maison mais ce n'est qu'un petit inconvénient. » Il désigna son fils aîné. « Alan est presque prêt à emménager dans sa propre maison, bien qu'il continuera à travailler avec moi à l'atelier, et Elias n'est pas loin derrière lui. »

Les deux garçons firent un signe de tête solennel quand ils furent présentés, puis le Seigneur Hargren remarqua le petit enfant blond qui jetait un coup d'œil de derrière son père.

« Et c'est votre benjamin…Liam, si je me rappelle bien ? »

Comme son père, il parut surpris que le Seigneur connaisse son prénom mais il s'avança quand Samer lui donna un léger coup de coude. Il s'inclina ensuite nerveusement et se voûta quand il parla d'une petite voix.

« C'est un plaisir de vous rencontrer, Seigneur Hargren. »

Le Seigneur rit doucement, souriant derrière sa barbe soigneusement entretenue.

« Je remarque que vous et Alina avez bien élevé vos enfants. Ils vous rendent fiers. » Il s'aperçut qu'un autre invité pénétrait dans le hall et fit un geste vers l'autre côté de la pièce. « Si maintenant vous vouliez montrer à vos fils où les autres enfants sont réunis, sentez-vous libre de vous mêler au reste des invités. »

Samer le remercia d'un signe de tête, honoré de se trouver en ce lieu, et fit comme lui était suggéré. Dès qu'Alan et ses frères eurent rejoint les fils des autres artisans, le premier prenant sur lui pour vérifier qu'ils se comportaient tous correctement, le charpentier commença à se promener parmi les invités, ravi de sa nouvelle chemise crème. Parmi la foule, ses cheveux soigneusement peignés auraient pu le faire paraître pour un Seigneur mineur si ses bottes, bien qu'impeccablement propres, n'avaient été aussi usées.

Il s'en serait probablement retourné d'où il venait s'il s'était rendu ici habillé de l'une de ses anciennes chemises. Honoré de se trouver en ce lieu ou non, personne ne souhaitait être dévisagé parce qu'il ressemblait à un pauvre, bien que dans une vie de tous les jours, porter une chemise usée signifiait également que tu avais durement travaillé pour gagner ta vie. Il doutait qu'aucun des nobles rassemblés en ce lieu avec leurs vêtements de luxe aient travaillé aussi dur que lui.

~(-)~

La noble dame mena la tisserande à côté du rassemblement des autres femmes nobles, la guidant gentiment mais fermement dans une situation qu'Alina aurait largement préféré éviter. Ces femmes se tournèrent comme une seule pour dévisager la roturière, l'unique fait les empêchant de partir avec dégoût étant que leur hôte la leur présentait.

Dame Jancine leur sourit comme si elle n'avait pas remarqué le dédain à peine caché dont elles faisaient preuve envers la femme à côté d'elle, agissant ainsi comme s'il s'agissait d'une présentation ordinaire.

« Mesdames, voici Maîtresse Alina Morranson. Alina, voici la Comtesse Eleanor, la Comtesse Grecia et la Duchesse Marsilia. »

Alina fit de son mieux pour ne pas laisser paraître son trouble, esquissant une révérence gracieuse dans sa robe en lin jaune et crème. Bien que cet habit ne soit pas aussi cher que ceux portés par les nobles, il était cousu aussi finement …Après tout elle l'avait cousu et teinté elle-même.

« C'est un grand plaisir de toutes vous rencontrer. »

Deux des femmes marmonnèrent avec réticence des courtoisies en réponse tandis que la troisième se tourna vers Jancine dans l'intention d'ignorer la roturière se trouvant à côté d'elle.

« Je dois avouer, Dame Jancine, que votre robe est absolument épatante. Où donc vous l'êtes-vous procurée ? »

Jancine remarqua immédiatement la raison de ce changement de sujet et en profita de suite pour tirer avantage de l'opportunité qu'il lui offrait. Elle lissa d'une main le velours luxuriant et froissé dans lequel s'inséraient des diamants de soie avant de sourire à la Comtesse Grecia et de répondre.

« Ma couturière personnelle en a fait le patron pour moi. » Elle lança ensuite un coup d'œil à la tisserande. « Toutefois j'ai commandé sa couture à Maîtresse Alina en personne. Je dois admettre lui avoir confié un défi et elle a dépassé mes attentes. Je m'attendais à ce qu'elle couse le velours, puis qu'elle pique les motifs de diamants dessus, au lieu de cela elle les a cousus dans le tissu lui-même en dépit de la difficulté que cela impliquait. Et vous pouvez constater que le résultat est tout à fait magnifique et doit être mis au crédit de ses compétences. Elle est ma tisserande de choix pour toutes mes commandes personnelles. »

L'atmosphère à l'intérieur du groupe de femmes changea presque instantanément, la Comtesse Grecia prise sur le fait dans une attitude bien peu féminine avant qu'elle affiche un degré plus convenable de surprise polie.

« Vraiment ? » Elle se tourna vers Alina, soudainement très heureuse de discuter avec elle. « Maîtresse Alina, peut-être pourrais-je vous confier une commande ? »

« J'aimerais moi aussi vous en confier une. »

« Moi de même. »

L'hypocrisie de la situation n'échappa ni à Jancine, ni à Alina. Toutefois, la tisserande resta polie et gracieuse, et sourit doucement quand elle répondit.

« Ce serait un plaisir, seulement je me prépare à commencer la prochaine commande de Ma Dame. Je commencerai à la coudre dès que les soies arriveront de Camelot, mais avec chance je l'aurai achevé d'ici le milieu de l'été. Néanmoins, je serai peut-être amenée à ajouter des harnais supplémentaires à ma machine à tisser, ce qui ajoutera un délai d'une semaine si c'est le cas. La couture de tissus fins ne peut pas être précipitée ou alors la qualité du produit en souffre grandement. » Elle inclina poliment la tête, presque penchée à moitié. « Cependant, si vous souhaitez m'envoyer vos commandes, je serais plus qu'heureuse de préparer les motifs pour vous. Je vais vous demander de garder en mémoire que j'exige que la cliente couvre le prix des matériaux à l'avance. En tant que tisserande indépendante, je ne peux pas acheter des fils chers tels que la soie. Évidemment, ce coût sera déduit du prix total que je réclamerai pour mon travail. »

Dame Jancine sourit et intervint quand elle vit que les trois femmes semblaient légèrement refroidies par l'information.

« Maîtresse Alina est une professionnelle de grand calibre dans son domaine. Payer les matériaux en avance peut sembler décourageant mais chacun doit garder en tête qu'il achète un produit cousu spécialement pour lui. » Une fois de plus elle parcourut la robe d'une main. « Pas une seule fois mes recherches m'ont permise de trouver un velours de cette couleur particulière et sûrement pas doté de ces motifs. Le temps supplémentaire qu'a mis Maîtresse Alina à la coudre en a valu la peine, surtout si je m'étais retrouvée avec un velours d'une qualité moindre et dans un ton de vert qui ne se trouve pas à mon goût. Oui, en effet, l'attente en a valu la peine. »

Ses commentaires achevèrent la discussion et les trois nobles assurèrent Alina qu'elles lui présenteraient des commandes le plus vite possible. Durant ce temps, Jancine contemplait la scène avec un sourire satisfait sur le visage, sachant que la nouvelle se répandrait bientôt dans la cour, jusqu'à ce que plus que seulement trois nobles veuillent commander des vêtements auprès d'Alina. Cette dernière gagnerait beaucoup des commandes qu'elle obtiendrait du banquet, et ces nobles apprendraient au moins un peu la valeur des artisans nés qui créent ou font pousser tout ce qu'eux, les nobles, achètent ou mangent. Même si ce serait peu et dans un but égoïste, ce serait un pas dans la bonne direction.

Elle laissa une Alina plus détendue discuter avec les trois nobles, la tisserande expliquant avec assurance les avantages des différentes coutures pour les différents types de fils. Désormais certaine que la place de la tisserande était sûre, Jancine se promena dans le hall et se plaça de façon à pouvoir observer les enfants des cinq artisans. Une autre partie de la manipulation prudente de la cour qu'avait préparée son mari se mettait en place et elle informa le chambellan d'un signe de tête qu'il pouvait amener son fils.

Elle resta ensuite à la place qu'elle occupait, regardant la scène se dérouler.

~(-)~

Alan surveillait prudemment ses deux jeunes frères discuter avec animation avec d'autres enfants de leur âge, leur donnait un coup de coude à chaque fois qu'ils se montraient trop exubérants pour un rassemblement officiel. Il serait faux de dire qu'il les empêchait de profiter de l'événement mais il imposait certaines règles au groupe de dix-sept garçons et filles de tous horizons. Il était l'image d'un jeune homme bien fait alors qu'il se tenait debout, les mains légèrement serrées dans son dos tandis qu'il s'appuyait doucement contre le mur voisin.

En réalité, son rôle lui imposait une telle dignité que quatre jeunes nobles l'avaient, à cause de sa nouvelle chemise fine, pris pour l'un des leurs, sans doute invité pour la première fois. Tous les quatre avaient été choqués lorsqu'il avait admis n'être qu'un charpentier, en ce lieu avec son père sous l'invitation du Seigneur Hargren. Un avait pris congé à l'aide de faibles courtoisies, deux s'étaient montrés plus tolérants mais le toisaient encore un peu et le quatrième était resté et avait parlé avec lui pendant quelques minutes.

Alan dut admettre qu'il fut déçu que le jeune noble soit rappelé par son père et fut également surpris d'apprendre qu'il n'était autre que le fils d'un homme connu pour se montrer particulièrement acerbe envers les roturiers. Il s'attendait à ce que ce soit le fils du Seigneur Hargren et il dut assurément réviser son jugement quand il rencontra le jeune seigneur un court instant plus tard.

Le chambellan du Seigneur Hargren mena le garçon vers eux, un enfant clairement du même âge que Liam et pourtant on ne peut plus différent. Il était pratiquement une réplique des attitudes de son père mais se montrait soucieux de cacher le pire. L'enfant de sept ans se renfrogna soudainement quand il fut présenté au groupe d'enfants de roturiers.

Décidant de se montrer diplomatique, Alan s'avança et s'inclina formellement devant l'enfant, un regard vers le reste du groupe les poussant à faire de même. C'était le genre d'occasion où il était heureux d'avoir écouté son père et d'avoir fait un point d'honneur à apprendre l'étiquette que les nobles préféraient en ce genre d'occasions. Avec Samer recevant tant de commandes du manoir, que lui et son aîné sachent de leur mieux comment ne pas offenser la noblesse faisait sens.

« C'est un plaisir de vous rencontrer, jeune Seigneur Tarven, votre père nous a gracieusement invités à assister à ce banquet. C'est un grand honneur d'être ici. »

Le chambellan parut vraiment surpris de se retrouver confronté à un roturier apparemment aussi bien élevé mais le garçon à côté de lui ne montra pas une telle réaction.

Tarven laissa échapper le plus petit des reniflements de dédain, sa jeune voix se révélant presque méprisante quand il répondit.

« C'est la décision de mon père de vous autoriser à assister à ce rassemblement. Il se trouve que je ne prends pas autant de plaisir que vous à notre rencontre et je vous prierai de ne plus m'adresser la parole lors de tels rassemblements si vous assistez à d'autres dans le futur. »

Ensuite il se tourna et partit, forçant le chambellan à se précipiter après lui. Ni Alan ni Elias ne virent le regard troublé de Dame Jancine qui les avait observés tout du long quand le premier murmura au second.

« Quel trou du cul. »

Elias renifla et fronça légèrement les sourcils.

« Tu veux dire qu'il a la tête coincée dans son cul. Et il a le même âge que notre frère ? »

Les deux regardèrent Liam qui avait perdu tout intérêt pour Tarven et faisait des grimaces à sa sœur. Ils auraient sans doute dit plus si la petite cloche n'avait sonné, signalant qu'il était temps de débuter le repas du banquet.

Alan s'occupa de Liam tandis qu'Elias prenait soin d'Helen. Ils furent rapidement menés à leurs sièges avec leurs parents, à la table la plus éloignée de celle de Hargren et Jancine. Le Seigneur se leva pour faire un discours.

« Je vous souhaite la bienvenue à cette célébration de la fin des semis de printemps, un temps où le dur labeur ouvre la voie au renouveau, bien qu'également aux dures taches de l'été. C'est un changement de saison, un qui nous affecte tous, soyons-nous de naissance noble ou roturière. Alors remercions cet événement, que tous les hommes doivent célébrer : le flot de l'année, que nos compétences et nos efforts combinés nous permettent de distinguer…Maintenant, que le festin commence ! »

Son geste déclencha l'arrivée d'une véritable nuée de servants qui portaient des plateaux de nourriture, la sélection présentée aux roturiers étant la même que celle servie aux nobles. C'était un petit plaisir dans de grandes proportions pour les artisans et leurs familles, et ceux-ci furent heureux d'accepter ce qui leur était offert. Ils montrèrent tous leurs bonnes manières, même si, dans un cas, un enfant de sept ans dut être arrêté par l'aîné de ses frères car il utilisait ses doigts pour manger.

~(-)~