Colinou, je t'ai répondu par MP.

DAM, tu as encore disparu ? Les agneaux te prennent tout ton temps ?

Précédemment dans Celui que l'Histoire Oubliera : Liam et Kalem sont arrivés trop tard à Ulwin : Alan est déjà parti avec sa famille. Ils ont trouvé un travail dans une ferme où Hargren est venu les voir, ce qui lui a permis d'apprendre qu'ils faisaient partie de la bande de Gavin.

De son côté, Gavin entraîne la troupe sur la mauvaise pente, n'hésitant pas à tuer des innocents. Seuls Jarl et Katia regrettent de ne pas être partis avec Liam et Kalem, mais ils sont maintenant coincés : quand bien même ils arriveraient à partir, nul doute que Gavin les retrouverait...

Ulwin, M - 7 ans

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Chapitre 29: Tout Perdre ~Partie 2~

C'est une expression sombre qui se forma sur le visage du Seigneur Hargren, un froncement de soucils creusant profondément son front tandis qu'il observait l'étalage de rapports devant lui. Durant la dernière semaine, pas moins de cinq incidents avaient eu lieu. Chacun était une attaque sur un individu ou un groupe de voyageurs, et chaque fois il n'y avait eu aucun survivant. Ils avaient été assassinés puis dépouillés de tout objet de valeur ou utile, avant d'être laissés à pourrir sur place.

Hargren jura dans sa barbe, quittant son bureau pour se diriger vers la garnison de la ville. Kalem avait prévenu qu'il était impossible de prévoir ce que ferait Gavin par rancune, et il semblait qu'à présent ils l'avaient découvert. Un homme parmi les victimes avait survécu assez longtemps pour donner une description de ses tueurs, un groupe qui était mené par un homme correspondant exactement à sa description. Ce qu'il faisait était clair, il essayait de ruiner le commerce d'Ulwin, et par ce moyen blesser les deux individus desquels il souhaitait se venger. Mais s'il croyait pouvoir s'en sortir avec ça, alors il se trompait lourdement.

Le seigneur traversa le manoir à grands pas et se dirigea vers la garnison, ses manières brusques lorsqu'il arriva au bureau du commandant. Le chevalier n'eut même pas l'occasion de se lever, avant que son seigneur ne lui donne ses ordres.

« Je veux que vous rassembliez chaque homme que nous pouvons prendre des patrouilles, et les prépariez à partir dans l'heure. Le gang, qui causait des troubles dans les terres de Cenred, attaque maintenant les voyageurs sur notre route nord... et je veux qu'on les trouve. L'attaque de ce matin a dû laisser une trace qu'il est encore possible de suivre, aussi j'ordonne qu'une force soit envoyée pour s'occuper d'eux. Capturez-les si possible, mais si nécessaire je vous autorise à les tuer. »

Il n'attendit même pas la réponse du chevalier, se retourna et partit sans une trace de courtoisie. Il était en colère contre Gavin, pour sa folie. Mais s'il voulait jouer de cette façon, alors il ressentirait tout le poids de la loi de Camelot.

Moins d'une heure plus tard, une force de vingt soldats sortirent par la petite porte est de la garnison. Les gens sur les fermes à l'extérieur du manoir levèrent les yeux avec incertitude, l'un d'entre eux bien plus inquiet que le reste.

Kalem fronça les sourcils tandis qu'il observait les hommes sortir à cheval, s'arrêtant sur le chemin du marché. Son regard suivit leur progrès vers la route nord avec inquiétude, étrécissant les yeux avec inquiétude. Des rumeurs circulaient déjà en ville au sujet des attaques le long de cette route, et bien que personne ne sache qui étaient les coupables il n'avait pas de mal à le deviner. Le massacre aveugle, la violence avec laquelle cela semblait avoir eu lieu, étaient typiquement le genre de choses que ferait un Gavin enragé. Si c'était lui, alors ces soldats allaient avoir des ennuis...

Il reprit sa route, les sourcils toujours froncés. Hargren avait dû être terriblement énervé pour envoyer certains de ses hommes de façon si soudaine et téméraire. Pour un seigneur qui considérait si importante la planification stratégique des défenses de la frontière, cela semblait bien trop hâtif. Il n'avait aucune idée d'à quel point Gavin et le gang connaissaient les terres autour d'Ulwin, et il aurait dû être évident qu'ils s'attendaient à être poursuivis au bout d'un moment. Ces soldats chevauchaient plus que probablement droit dans un piège.

Secouant la tête pour en chasser ces pensées, Kalem les mit de côté. Ce n'était pas son problème, pas à moins que le Seigneur Hargren ne vienne lui demander des informations, et pour le moment il avait en tête une tâche bien plus joyeuse et porteuse d'espoir pour la matinée. La dépression de Liam s'était changée en insécurité, le gamin acceptant rarement de laisser le sorcier quitter son champ de vision. Seule la promesse solennelle de Kalem de revenir avant midi avait fait en sorte que Liam reste en arrière à la ferme. La femme du fermier serait encore aux petits soins pour lui, et au moins ça le ferait penser à autre chose.

Kalem passa l'une des portes et entra dans la ville proprement dire, les mains dans les poches sans la moindre intention de les enlever. Ça faisait bizarre de se promener et de ne pas chercher à faire les poches, à tel point qu'il avait décidé de garder ses mains occupées plutôt que de prendre le risque d'oublier ses nouvelles circonstances et de ramasser quelque chose par réflexe.

Il eut un petit rire à cette idée, et sourit légèrement. Ces jours étaient derrière lui à présent. Il allait vivre et travailler comme un citoyen digne de ce nom désormais, gagnant un salaire et payant ce dont il avait besoin au lieu de voler aux riches. Le défi de cette vie lui manquerait, mais ça en vaudrait la peine à long terme. S'il s'y prenait correctement avec le Seigneur Hargren, il pourrait même réussir à obtenir des emplois au manoir pour Liam et lui-même. Travailler pour la noblesse, si s'incliner et frotter les sols pour contenter les odieux ne vous dérangeait pas, était une vie confortable si vous arriviez à progresser et devenir un serviteur officiel. Une fois à ce poste, du moment que vous ne commettiez aucun crime et n'offensiez pas de noble, vous gardiez votre travail toute la vie.

Il réfléchissait toujours à ce sujet fort intéressant lorsqu'il arriva à destination, l'endroit du marché où l'on pouvait trouver les vendeurs de bijoux. Il avait quelque chose de simple mais spécifique en tête, et il lui en fallait deux. Le mieux était de trouver l'homme qui faisait des gravures.

Cinq minutes plus tard, Kalem se trouva à négocier un prix avec l'artisan en question, une paire de simples disques en bronze sur cordes étant l'objet de la discussion. Les pendentifs eux-mêmes n'étaient pas chers, mais l'homme était obstiné sur le paiement qu'il désirait pour y graver ce que le jeune homme de dix-sept ans réclamait. Finalement Kalem céda et lui paya la somme demandée, ne faisant pas le difficile afin d'économiser quelques pièces pour la première fois de sa vie. Malheureusement il n'avait pas de temps à perdre aujourd'hui, pas s'il devait retourner à la ferme pour midi.

Il fallut à peine quinze minutes à l'artisan pour les finir, permettant à Kalem de les prendre et de partir. L'homme avait haussé les sourcils devant une partie de la requête, mais l'avait fait néanmoins, et c'était suffisant pour rendre le sorcier heureux. Il avait un sourire mystérieux sur le visage quand il retourna à la ferme, et Liam le fixa un moment avant qu'une trace de son ancienne curiosité n'apparaisse dans ses yeux.

« Qu'est-ce que tu caches ? »

Le ton presque accusateur dans la question de Liam arracha un gloussement à Kalem, qui hocha la tête en direction de l'épouse du fermier avant d'aller s'asseoir à table avec Liam. Il lui offrit alors l'un des pendentifs, un grand sourire sur son visage.

« C'est pour toi, Liam. Je l'ai acheté avec une partie du salaire de notre première semaine. J'en ai un aussi, tu vois ? »

Liam s'était saisi de celui qui lui était offert, mais regardait maintenant l'autre que Kalem avait sorti de sous sa chemise. Les deux disques de bronze avaient une paire de loups stylisés sur l'avant, et un nom gravé au dos, respectivement Liam Morranson et Kalem Morranson.

Kalem retourna le sien afin que Liam puisse voir le nom, toujours souriant.

« Dans les anciennes légendes, les loups sont décrits comme la représentation de la vraie fraternité. Les loups d'une meute sont loyaux les uns envers les autres, et si jamais on les sépare, chercheront toujours à se retrouver. Nous ne sommes peut-être pas liés par le sang, mais en ce qui me concerne tu es mon frère à présent. Ces colliers sont ma promesse que je penserai toujours à toi de cette façon, cela où que j'aille une fois que tu auras grandi. Je serai là pour toi d'une façon ou d'une autre. »

Liam jeta un œil au pendentif, mais ne sembla toujours pas complètement heureux.

« Tu veux dire que tu vas partir un jour ? »

Kalem tendit le bras au-dessus de la table et plaça une main sur celui de Liam, baissant un peu la voix.

« J'ai un rêve, tu te souviens, celui dont Nellan a dit que j'avais le talent pour. Si je le suis, alors peut-être qu'un jour je pourrai faire une grande différence dans ce monde... et je n'aurais plus à cacher qui je suis vraiment. »

Il serra le bras de Liam pour le rassurer.

« Mais comme les loups, peu importe jusqu'où je devrai aller pour cela, je reviendrai toujours pour être avec mon petit frère. »

Liam commença à sourire, le premier sourire que Kalem lui ait vu depuis qu'ils avaient découvert qu'Alan était parti. Il s'illumina encore davantage, tandis que Liam passait la corde du collier par-dessus sa tête et le laissait fièrement pendre par-dessus sa chemise. Il se leva ensuite de son siège et contourna la table pour envelopper Kalem dans un câlin.

« Merci ! »

Regardant ce visage joyeux, Kalem commença à sourire. Au moins pour l'instant, l'ancien Liam était de retour.

« C'est à ça que servent les grands frères. Maintenant viens, je sais qu'on avait une matinée de congé, mais on doit quand même travailler cet après-midi. Ils ont commencé les champs de blé aujourd'hui, et on est censé aider à moyetter* le grain pour qu'il puisse sécher.

- On fait la course jusqu'aux champs ! »

Liam s'enfuit comme s'il avait été tiré d'un arc long, Kalem incapable de se retenir de rire tandis qu'il lui courait après. Ses inquiétudes au sujet de Gavin étaient bannies pour le moment, mais elles reviendraient. Pour l'instant, cependant, ses pensées étaient tournées vers le bonheurs. Liam souriait, et c'était tout ce qui comptait.

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Château de Camelot

Le cliquetis des sabots ferrés emplit la cour du château, le groupe de deux chevaliers et du seigneur qu'ils escortaient arrivant en toute hâte dans la lumière matinale. Cette visite était inattendue, ils n'avaient envoyé aucun avertissement, et immédiatement l'un des gardes du château alla chercher le roi.

Le Seigneur Hargren descendit de son cheval, l'expression sombre et solennelle. Trois jours auparavant il avait envoyé douze hommes armés et en armure pour traquer et s'occuper de Gavin et de son gang... Trois jours auparavant, seuls deux de ces hommes étaient revenus vivants. Ce qu'ils avaient décrit ? Un massacre, une embuscade tendue par le gang qui s'attendait à ce quelqu'un les poursuive. Un archer les avait cueillis sur leurs chevaux, ceux qui étaient encore en vie après leur chute victimes des lames du gang. Ils avaient également décrit ce qui semblait être deux otages, et cependant aucun n'avait été attaché, juste un jeune homme et une femme, à peine plus qu'une enfant, serrés l'un contre l'autre sur le côté et se tenant à l'écart du combat.

Hargren connaissait le gang, et avait reconnu les descriptions de ses membres. Il était probable que les deux qui n'avaient pas combattu étaient les plus jeunes de ceux qui restaient, entraînés dans cette folie par le reste de leurs supposés camarades. Cela n'avait pas d'importance cependant, parce qu'il fallait s'occuper du gang. Ils seraient épargnés si possible, mais sinon alors il devrait vivre avec ça.

Il entra à grands pas dans le château, après avoir ordonné à son escorte de se reposer tant qu'ils le pouvaient. Il fut ensuite escorté dans la salle du conseil, pour y trouver Uther assis à table avec son fils.

Le prince Arthur, désormais un solide garçon de quatorze ans, se leva et offrit une semi-révérence respectueuse au seigneur Hargren, Uther hochant la tête pour marquer son approbation du geste. Le roi se leva alors à son tour, une main indiquant que son ami devait s'asseoir en face de son fils.

Hargren ne se déplaça pas immédiatement, jetant un œil au prince avant de s'adresser à Uther.

« J'ai de graves affaires à discuter avec vous, et une requête... C'est au sujet d'une récente série de meurtres dans les terres d'Ulwin. »

Uther fronça les sourcils un instant, avant de hocher la tête et de s'adresser à son fils.

« Arthur, tu peux disposer. Tu peux faire ce que tu veux pour le restant de la matinée, mais souviens-toi d'assister à tes leçons cet après-midi. »

Arthur hocha la tête, s'inclinant devant son père avant de se tourner vers la sortie.

« Oui, Sire. »

Il offrit un nouvel hochement de tête poli au visiteur.

« Seigneur Hargren. »

Les deux hommes regardèrent le garçon partir, Hargren attendant que les gardes aient refermé les portes avant de s'asseoir. C'est alors qu'il répondit à la question silencieuse dans le regard du roi.

« Depuis le printemps dernier, des rumeurs au sujet d'un gang barbare ont filtré à travers Ulwin via des marchands venant des terres du Roi Cenred. Il y a un peu plus d'une semaine, une série d'attaques vicieuses a eu lieu contre des voyageurs se dirigeant vers Ulwin et venant du nord. Il y a trois jours, j'ai envoyés les hommes dont je pouvais me passer pour traquer le gang et s'occuper d'eux... »

Uther fronça les sourcils dans le silence qui suivit.

« Qu'est-ce qui leur est arrivé ? »

Hargren soupira.

« Des douze hommes que j'avais envoyés, seuls deux sont revenus vivants. Le gang avait anticipé que je les frapperais, et préparé une embuscade. Après coup je réalise que j'ai été hâtif, car j'ai un ancien membre de ce gang qui travaille pour moi sur l'une de mes fermes.

- Vous employez l'un d'entre eux ? »

Le ton d'Uther était incrédule, et Hargren s'empressa d'expliquer :

« Le jeune homme a quitté le gang en raison de leur brusque changement de méthodes, et il m'a fourni cette information de son propre chef et m'a également averti d'être à l'affût de leur venue. Je sais maintenant que j'aurais dû le consulter afin de les prendre de vitesse, et que ne pas le faire m'a coûté les vies de ces dix hommes... Et cela m'amène à ma requête. »

Uther, désormais solennel, hocha la tête.

« Continuez.

- Je suis venu vous demander de me prêter un escadron de chevaliers, pour la seule tâche d'amener ces criminels devant la justice. J'admets que mes forces sont étendues au maximum ou presque, et cela me laisse peu de flexibilité pour m'occuper de ces brigands. Je suis également en pleine préparation d'un raid depuis les terres du Roi Cenred, au sujet duquel j'ai reçu une indication peu avant les incidents liés aux meurtres. Je ne peux pas priver ma garnison des chevaliers que vous avez envoyés à mon service il y a cinq ans. Ils sont les officiers commandants, et les déplacer priverait dangereusement les forteresses de dirigeants.

- Il semble que vous soyez dans un beau pétrin, mon ami. »

Uther s'inclina en arrière dans sa chaise, réfléchissant avant de donner sa réponse à la requête.

« Je vais faire ce que vous demandez, et vous prêter un escadron de chevaliers... Je vais également assigner des hommes supplémentaires dans vos forteresses. Quand les hommes sont trop étirés, ils se fatiguent. La frontière sera mieux sécurisée s'ils sont davantage à partager les fardeaux. »

Hargren fit une profonde révérence sur son siège, soulagé.

« Je vous remercie, Sire. Vous avez été plus que généreux.

- Et vous avez été plus que têtu. »

Hargren leva la tête, surpris, tandis qu'Uther riait légèrement.

« Je sais depuis un certain temps que vos forces sont étirés, et me suis demandé combien de temps il faudrait avant que vous veniez me demander des hommes supplémentaires. Je sais que vous ne souhaitez pas apparaître faible dans votre gestion de la défense de la frontière, mais en vérité vous avez déjà plus que suffisamment fait vos preuves. Aussi je demande, à l'avenir, que vous soyez un peu plus candide en ce qui concerne la capacité de vos forces à se débrouiller. Cela ne fera aucun bien à Camelot si les défenses tombent parce que vous ne vouliez pas demander de l'assistance. »

Hargren s'éclaircit la gorge, tentant de dissimuler son embarras. Bien que ce n'ait pas été une réprimande, c'était un reproche. S'il était arrivé alors qu'Uther n'était pas de bonne humeur, ça ne serait peut-être pas aussi bien passé.

« Mes excuses, Sire. Je m'en souviendrai à l'avenir.

- Vous avez intérêt. »

Uther se leva, faisant signe à un serviteur qui se tenait près de la petite porte au fond de la pièce. Le serviteur s'empressa de partir, avant qu'Uther ne reprenne sa place.

« J'aurai les chevaliers prêts à partir d'ici cet après-midi. En attendant, si vous y êtes disposé, j'aimerais que vous déjeuniez avec moi. Je crois que vous n'avez pas encore rencontré ma pupille, Morgane. »

Hargren sourit et hocha la tête, sautant sur l'occasion de faire passer ce qui aurait pu être pire qu'un simple avertissement. Déjeuner avec le roi, son fils, et sa célèbre pupille au fort tempérament l'y aiderait.

Ce fut ainsi, plusieurs heures plus tard, qu'il put enfin partir avec l'escadron de chevaliers promis derrière lui. Gavin l'avait surpassé une fois en raison de sa hâte, mais cette fois il serait bien plus prudent... Cette fois il chercherait l'aide de quelqu'un qui connaissait l'homme mieux que n'importe qui d'autre.

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Aaaaaaw pour le passage sur les loups...

*Moyetter : Disposer des gerbes en moyettes.

Moyette : Petit tas de gerbes disposées de façon que la pluie n'y pénètre pas, et qu'on fait dans les champs pour permettre au grain de sécher avant de rentrer la récolte.