Précédemment dans Celui que l'Histoire Oubliera :

Un nouveau bond dans le temps de trois ans nous amène à l'anniversaire d'Arthur, et aux vingt ans de la fin de la Purge. Hargren se voit contraint d'organiser un festival comme celui d'Uther, mais organise en secret un mémorial aux victimes de la Purge et de la loi contre la magie.

Liam et Hana sont toujours ensemble, bien que celui-ci hésite à la demander en mariage.

Enfin, Hargren reçoit la visite de Nellan en même temps qu'un courrier du roi annonçant l'attentat contre le prince, et apprend que Merlin, le nouveau serviteur de ce dernier, n'est autre qu'Emrys fraîchement arrivé à Camelot.

Chapitre correspondant dans Destinée : Établissement (Partie 3)

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Chapitre 47: Vingt Ans ~Partie 2~

Les deux hommes se dirigèrent vers les jardins où l'on entraîner les chevaux, l'un un pas derrière l'autre, l'un un seigneur et l'autre faisant seulement mine de ne pas l'être. Le Seigneur d'Ulwin et son serviteur imbécile, tels étaient les rôles qu'ils jouaient. Et ainsi personne ne leur accorda attention, leur permettant de discuter à voix basse la raison pour ce déplacement.

Les yeux d'Hargren erraient sur les divers personnes et serviteurs dehors, adressant un signe de tête à certains alors même qu'il murmurait au jeune homme derrière lui.

« J'ai quelque chose en tête depuis un moment, et je veux que tu m'aides à la mener à bien. Ta réputation te rend idéal, et tu es l'un des rares à qui je peux faire suffisamment confiance pour cela. »

Fyren dissimula un sourire, intérieurement ravi de la remarque bien que son visage idiot le dissimule.

« Alors pourquoi allons-nous vers les jardins ? Vous prévoyez un autre présent pour le prince ?

- En quelque sorte... »

Hargren jeta un bref coup d'œil en arrière, un sourire dans les yeux.

« Tout comme j'ai donné à Arthur l'un de nos chevaux, j'ai également ordonné à Yale de commencer à en former un spécialement pour l'usage d'Emrys, au cas où l'opportunité se présenterait de lui en offrir un légitimement. Nellan m'a informé qu'Emrys est à présent à Camelot, et par le plus grand des hasards a été nommé serviteur du Prince Arthur. »

Fyren bafouilla de surprise, commença à rire puis s'empressa de l'étouffer avant que quiconque alentour ne le remarque.

« Alors je suppose que cela répond à la question concernant Arthur, bien que je ne puisse pas dire que j'envie... Quel est son vrai nom ? Ou est-ce que je n'ai pas le droit de le savoir ? »

Hargren haussa un sourcil, tournant la tête pour regarder à nouveau devant lui.

« Son nom est Merlin, et il a obtenu sa nouvelle position en sauvant Arthur de la sorcière qui a essayé de le tuer au milieu du dernier banquet du festival.

- Une sorcière a essayé de tuer le prince ? Et Em... Merlin l'a sauvé ? »

Hargren soupira, lui aussi avait été choqué lorsqu'il avait appris cela.

« En effet. Il l'a tiré hors de la trajectoire de ce qui aurait été le lancer mortel d'une dague. Le fait qu'il soit maintenant le serviteur d'Arthur signifie qu'il est parfaitement bien placé pour le protéger, et cela me donne aussi l'excuse dont j'avais besoin en ce qui concerne le cheval. Tarven partira cet après-midi pour concourir dans le tournoi à Camelot. Je veux que tu ailles avec lui, et que tu livres le cheval en même temps. »

Ils étaient maintenant arrivés aux jardins, Fyren accélérant à présent le pas afin de marcher puisqu'ils étaient désormais dans le domaine de Yale. Chaque homme et femme marchant dans cette partie du manoir était un sympathisant de la magie. Ici sa façade d'idiotie était inutile.

Il jeta un regard de côté à Hargren, un léger froncement de sourcils sur le visage maintenant qu'il était libre de le montrer.

« Est-ce que donner un cheval à un nouveau serviteur ne va pas sembler suspect ? »

Hargren lui rendit un regard plat, comme si la réponse aurait dû être évidente.

« Arthur passe beaucoup de temps en patrouille, ou à vérifier l'état des villages, et jusqu'à présent Bern était presque toujours parti avec lui. On peut supposer la même chose de Merlin, qu'il sera attendu de lui qu'il accompagne le prince pour bien des choses. J'expliquerai simplement dans le message que tu emporteras, que le cheval ne correspond pas aux standards que je souhaite fournir à la noblesse, mais qu'il sera une monture bien plus fiable et appropriée pour l'usage du serviteur personnel du prince. La dernière chose dont il a besoin est que le cheval de son serviteur panique et échappe à tout contrôle à un moment critique, et l'attentat récent contre lui est la preuve qu'il serait prudent d'être préparé. »

Fyren commença à sourire, l'air impressionné.

« Ah, alors vous donnez le cheval à Arthur, mais parce qu'il n'est pas 'parfait' c'est juste pour que son serviteur s'en serve. Malin. »

Le seigneur eut un rire sec.

« Même si en vérité le cheval a reçu un entraînement bien plus intensif que celui que j'ai donné à Arthur. Yale l'a préparé spécialement à être chevauché par un sorcier. Quand viendra le temps où la magie pourra de nouveau être utilisée ouvertement, Merlin pourra jeter des sorts depuis sa selle et ce cheval ne bougera même pas une oreille. L'effet secondaire, cependant, est qu'il a développé un trait de caractère typique des montures entraînées dans cet objectif. »

Il conduisit Fyren dans l'une des écuries, et vers la stalle dont il savait qu'elle contenait le cheval d'apparence ordinaire et cependant spécial.

Fyren tendit la main pour le laisser la renifler, ne voyant aucune différence particulière dans la créature qui avança vers sa main.

« Il ressemble aux autres pour m.. Hé ! »

Il recula vivement sa main lorsque le cheval tenta de le mordre, Hargren se contentant de tirer un bon coup sur le mors de l'animal et de l'envoyer vers l'arrière de sa stalle.

« Les chevaux entraînés à accepter la présence et la protection d'un sorcier sur leur selle, tendent à se méfier de ceux dont ils peuvent sentir qu'ils ne possèdent pas de tels pouvoirs. Ce cheval tolérera d'être pris en main par un non-sorcier, s'il s'y prend correctement, mais le ciel protège celui qui essaiera de le monter. Yale est la seule personne ici au manoir que ce gaillard accepte sur son dos. »

Fyren, après avoir inspecté sa main pour s'assurer qu'il avait toujours tous ses doigts, leva la tête vers lui.

« Cette attitude servira certainement à renforcer l'excuse 'il n'est pas parfait'. Les gens penseront juste que Merlin a le coup de main, ou que le cheval a juste décidé qu'il l'aimait bien. »

Il soupira, enfouit ses mains dans les poches de sa veste.

« Alors, quand est-ce que je m'en vais ? »

Hargren se détourna de la stalle, solennel.

« Cet après-midi. Liam se chargera de tes corvées jusqu'à ton retour. »

Fyren laissa échapper un petit sourire.

« Vous êtes sûr ? Parce que ça fait longtemps qu'il n'a pas eu à s'occuper des tâches ménagères.

- Tu sais très bien qu'il sait accomplir ces tâches correctement. »

Hargren désigna les portes de l'étable, après lui avoir tendu un morceau de papier plié.

« Maintenant, va préparer tes bagages pour le voyage. J'aurai également besoin que tu fasses passer ce message à nos espions dans le château, tandis que Tarven distraira Uther et Arthur. Je veux également que tu observes Merlin autant que possible, sans attirer l'attention sur toi-même. Nellan me dit certaines choses, mais il en reste beaucoup qu'il ne me dit pas. Je veux un honnête rapport de première main, par une autre paire d'yeux. Je sais que Nellan a ses raisons pour être obscur, c'est un druide.

- Mais ce serait quand même bien de savoir, compléta Fyren en se dirigeant vers la porte. Je vous ferai un rapport dès mon retour. »

Fyren sortit, laissant Hargren se retourner vers la stalle et observer le cheval d'un air songeur. Nellan avait clairement dit certaines choses, qu'ils ne devaient pas interférer directement avec les actions de Merlin. Il ne s'opposerait pas au don du cheval, puisqu'il n'avait pas eu de problème avec le fait qu'Arthur en reçoive un, mais qu'Hargren fasse autre chose et il pourrait couper tous les liens, à l'exception des plus faibles, entre son clan et Ulwin. Il fallait la jouer avec tact, et de tous ceux qui le soutenaient, Fyren était le plus doué pour cela.

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L'arrivée à Camelot un peu plus de deux jours plus tard fut anti-climatique, Fyren suivant 'Messire' Tarven, le 'cheval capricieux' attaché à sa selle par les rênes. À Ulwin, Tarven était toujours 'Seigneur', mais ici à Camelot sa position de chevalier avait plus d'importance que sa place d'héritier d'Hargren. Et quand bien même, cela faisait partie de ses devoirs de chevalier. Il était en-dehors de l'échelle normale de commandement, car Uther ne l'enverrait pas quelque part qui puisse le mettre en danger. Il ne risquerait pas la vie du fils et héritier de son plus fidèle allié, pas quand tous les autres chevaliers étaient des deuxièmes, troisièmes ou même les quatrièmes fils de divers autres nobles à travers le pays. Si la tradition avait été suivie, Tarven ne serait jamais devenu chevalier du tout, aussi au lieu de cela il avait été placé sous les ordres directs de son père et resterait toujours là.

Le jeune seigneur semblait le savoir, son froncement de sourcils perpétuel durant le voyage le disait clairement. À Ulwin il était respecté, mais ici à Camelot il ne savait que trop bien que certains chevaliers considéraient ses circonstances comme équivalent à être chouchouté. Peu étaient les hommes qui pouvaient vivre avec l'humiliation que cela impliquait, mais Tarven le faisait avec une aise apparente. Le sens de la dignité lui venait de son orgueil, qui lui permettait de marcher la tête haute alors même que ses démonstrations de talent dans l'arène réfutaient les rumeurs disant qu'il était un faible combattant.

C'était sa raison d'être là, concourir dans le tournoi avec plus d'une douzaine d'autres chevaliers. Servir de distraction pour que Fyren puisse faire passer les ordres aux espions n'était pour lui qu'un à-côté de ce voyage.

Ils entrèrent à cheval dans la cour du château, le Prince Arthur les attendant déjà sur les étagères puisque leur arrivée avait été annoncée depuis les portes de la ville. Il descendit accueillir Tarven, lui agrippant l'épaule en souriant.

« Ravi que vous ayez pu venir, Messire Tarven. Je commençais à m'interroger, avec le tournoi qui commence demain. »

Fyren observa Tarven lever légèrement le menton, une vague hauteur dans le ton.

« Je vous rappelle que je suis ici parce que si je ne venais pas certaines personnes remettraient ma force en question. À Ulwin, ma position de commandant de la garnison, plus de deux douzaines de batailles aux frontières sous la ceinture, font que mes compétences sont indiscutables. Il est regrettable que beaucoup ne les prennent pas en compte, surtout vu que j'étais en retard mais que je ne pouvais arriver à temps, afin d'assurer que la frontière demeure sûre en mon absence. »

Arthur eut une légère grimace de compassion. À Camelot, les chevaliers étaient surtout connus pour leurs victoires dans l'arène. Les batailles sur une frontière éloignée, bien plus impressionnantes dans un sens tactique, venaient rarement à l'avant-garde de l'esprit des gens. Tarven avait vu bien plus de premières lignes de combat que lui, et pourtant il avait eu davantage de gloire dans l'arène. Dans un combat en tête-à-tête, il ne faisait aucun doute qu'il allait gagner. Mais dans une bataille à grande échelle, avec de nombreux guerriers à commander, il était certain que le résultat serait le contraire.

Il regarda dans la direction de Fyren, le serviteur évitant le contact et faisant mine d'être distrait par quelque chose, mais il était clair pour lui que le prince cherchait une raison de changer de sujet. Le 'cheval capricieux' choisit ce moment pour renifler en guise de protestation contre le fait de rester là, et Arthur sauta immédiatement sur l'occasion de s'éloigner du sujet gênant.

« Un autre cheval de votre père ? Il n'y a pas de problème avec celui que j'ai reçu il y a trois ans, en fait, c'est le meilleur cheval que j'ai jamais possédé. »

Tarven aussi accueillit le changement, désignant le cheval avant de croiser les bras sur la poitrine.

« Il a certains défauts, ce qui signifie qu'il ne répond pas aux critères que mon père s'attendait à voir sur l'un de ses chevaux pour la mise en vente. Quand il est arrivé un incident ... ... à la fête… il y a quelques jours, il a décidé que si votre serviteur personnel continue à vous accompagner comme ils le font toujours, il serait plus prudent pour lui de monter un cheval calme qui ne paniquera pas à un moment inopportun en cas d'attaque à l'extérieur. S'ils peuvent gérer ses caprices, vous êtes libre de le garder pour le monter. »

Arthur haussa les sourcils, légèrement surpris mais également amusé tandis qu'il approchait le cheval.

« Et quels seraient ces caprices ? »

Il tendit la main pour la placer sur le mufle du cheval, pour la retirer en hâte quand la lèvre du hongrese retroussa et qu'il montra les dents d'un air menaçant. Fyren fut obligé de détourner les yeux ou d'être incapable de s'empêcher d'éclater de rire, faisant mine de réprimander le cheval en tirant sur sa longe tandis que Tarven s'expliquait.

« Il est un peu pointilleux avec celui qui tente de le monter. L'utilisation d'une main ferme pourra vous permettre de vous occuper de lui mais à ce jour la seule personne qu'il laisse monter est notre entraîneur en chef. Mon père m'a informé de sa déception car le formateur Yale est très fier de ses chevaux, et je n'aimerais pas voir celui-ci se perdre. »

Surveillant le hongre une deuxième fois, le prince renifla.

« Je crains que l'amener ici ne soit une perte de temps ... Mon nouveau serviteur est un idiot. Ce cheval est plus susceptible de le tuer que d'être un avantage. »

Une silhouette arriva en vue, Arthur commençant à froncer les sourcils tandis que celle-ci s'empressait de descendre les marches de l'entrée du château.

« Et en parlant de Merlin ... Tu es en retard ! »

Au moment où le nom fut prononcé, Fyren se retourna discrètement pour jeter un regard au protecteur et sauveur prophétisé d'Arthur et de Camelot. Le serviteur était fin comme une brindille, grand et mince avec les plus proéminentes des oreilles et des pommettes qu'il ait jamais vu chez un homme. Il avait un visage qu'on ne pouvait ni confondre ni feindre sous une masse de cheveux noirs, et faillit rouler des yeux d'un air presque résigné tandis qu'il affichait clairement qu'il se serait attendu à se faire prendre de haut même s'il était arrivé assez vite au goût du prince.

«Je suis désolé, Altesse ... J'étais en train de retourner dans votre chambre avec votre linge propre. Je ne pense pas que vous auriez voulu que je les laisse au milieu d'un couloir. »

La constatation avait été énoncée d'un ton plat, mais à en juger par le regard qu'Arthur lui adressa il savait que le sarcasme avait été sous-entendu. Il semblait aussi enchanté que Merlin par leurs circonstances.

Le prince désigna le hongre, aboyant un ordre.

« Il fais partie de mon écurie personnelle, informe le capitaine d'écurie qui lui est sous tes ordres. Tu as de la chance, paraît-il, parce que tu es devenu mon serviteur juste à temps pour avoir la chance de monter l'un des meilleurs chevaux que tu aies jamais approché d'aussi près. »

Il y avait eu une certaine tension dans sa voix, Fyren réalisant immédiatement qu'Arthur espérait que Merlin se ferait mordre. Au lieu de cela, Fyren observa tandis que Merlin s'approchait et acceptait la longe qu'il lui tendait... et le cheval s'approcha de lui sans qu'on le lui ordonne.

Merlin lui caressa maladroitement le nez, avant qu'il ne l'enfouisse avec satisfaction dans sa chemise et il commença à sourire.

« Tu es un beau cheval. »

Arthur resta bouche bée un moment, avant d'apparemment décider que si Merlin pouvait le faire alors lui aussi.

« Passes-le ici pour le moment... »

A l'instant où les doigts semblèrent s'arrêter, le hongre leva la tête au-dessus de l'épaule de Merlin et claqua des dents à moins de trois centimètres de la main d'Arthur, qu'il retira. Cette fois Fyren fut forcé de se dissimuler derrière son cheval afin de reprendre son calme hors de vue, sa joie renforcée par le commentaire que fit ensuite Merlin.

« Peut-être qu'il n'aime tout simplement pas les blonds... »

Il s'étouffa dans sa main, avant de se forcer à adopter un visage lisse et de revenir en vue. Arthur semblait livide, le prince pointant rapidement l'entrée principale tout en regardant fixement son serviteur d'un air furieux.

« L'écurie ... Maintenant ... Et prend les deux autres chevaux aussi.

- Oui, Altesse. »

Merlin prit en charge les trois chevaux une fois que Fyren eut enlevé ses sacs et ceux de Tarven, avant de prendre les rênes et de les conduire hors de la cour. Il longea les murs autour du château jusqu'aux écuries. Première impression de Merlin... C'était exactement le genre de personne dont Arthur avait besoin à ses côtés s'il devait jamais cesser d'être si arrogant. Il avait de la répartie et du sarcasme, et n'hésitait pas à dire les choses franchement et directement. Pour la plupart des gens il aurait eu l'air d'un idiot, mais pour Fyren, qui avait fait d'une telle façade un art, il était clair que Merlin était plus intelligent qu'Arthur ne le soupçonnait.

Fyren aimait déjà cet 'Emrys'...

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Je rappelle que cette scène (depuis l'arrivée à Camelot jusqu'au départ de Merlin) peut être lue selon le point de vue d'Arthur et Merlin dans Destinée, chapitre 6 (Etablissement, partie 3)