Chapitre 3 : De l'intérêt d'un local poubelle.

Il fait froid. L'eau suinte des murs de pierres de la salle voûtée qui pourrait contenir un avion de ligne. D'énormes cuves d'aluminium entourent une plateforme surélevée où culmine un cylindre de verre. Des tuyaux translucides le rattachent aux cuves par le haut. Des câbles électriques et de réseaux partent de sa base pour rejoindre des armoires informatiques noires qui sans un bruit clignotent pour prouver leur fonctionnement.

Le cylindre ressemble au cercueil des contes de fée où dorment des princesses attendant le baiser d'un prince charmant. Mais si le corps nu de la jeune femme qu'il retient prisonnier pourrait être celui d'une Reine, ses spasmes montrent qu'il n'est pas paisible, il est dévoré d'angoisse. Et la chose qui s'approche de lui n'a rien du physique d'un amoureux.

Naomi reprend conscience. Ses yeux sont ouverts. Ou est-elle ? Elle ne peut pas bouger. Aucune entrave ne la lie mais aucun de ses muscles ne lui obéit. Les images reviennent, l'oiseau, les monstres, le bruit des explosions et tout s'effondre. Il ne reste que les mains d'Emily dans les siennes, ses mots qui veulent la rassurer. Et cette chute en elle-même, longue, éternelle, la perte de son être et une seule chose qui la raccroche à sa vie, deux lumières, deux fentes, deux iris qui irradient, deux pupilles qui ne la quittent pas. Elle arrive à murmurer, « Emily »

« Belle volonté ! » Une voix métallique. Doucement, le couvercle du cylindre glisse pour libérer son visage. Un bec se penche presque à toucher sa bouche. Sa terreur est à son comble. Elle voudrait hurler. Prisonnière d'un fou. Qu'a-t-il fait d'Emily ? Peut-être a-t-elle pu se sauver ? Il y avait cet homme étrange, qui jetait des fils, une araignée. Une araignée est-elle plus gentille qu'un vautour ? Elle prie. Ce charognard peut bien la tuer, il suffit qu'Emily soit sauve.

« Tu as une vigueur insoupçonnée. »

Non, il ne fera pas d'elle une simple victime. « Calme toi Naomi » Elle veut le défier du regard.

« Il y a beaucoup de vie en toi. J'ai de la chance. » Il parcourt son corps de ses yeux fixes et noirs. Elle ne peut même pas frissonner de dégout.

« Tu ne sentiras rien. C'est sans douleur. » Il prend des électrodes et les posent sur son front et son cœur. « Les vautours ont une très mauvaise réputation, à tort, crois-moi. Ce sont des animaux utiles et très intelligents. » Il appuie sur des boutons situés sur le côté du cylindre. Naomi ne voit que son masque et les pierres sales du plafond. « Mes congénères animaux se repaissent de chairs parfois mortes, moi c'est de ton énergie dont je vais me nourrir. Par contre, avant cela, tu seras en parfaite santé, cet appareil va nettoyer ton organisme de toutes les scories qu'il pourrait contenir. » Il se met à rire. « J'ai inventé la machine à mourir en bonne santé. Sois heureuse, ta misérable vie va permettre à un génie de poursuivre son œuvre. »

Le couvercle se referme inexorablement. « A tout de suite. »

Une larme coule sur une tempe et vient se perdre dans des cheveux blonds.

Le Vautour se dirige vers une cabine vitrée qui surplombe l'ensemble de la salle. Un second cylindre s'y trouve. A peine a-t-il ouvert la porte, qu'un petit rire aigrelet suivi d'une voix haut perchée, crispante, se font entendre. « En avez-vous encore pour longtemps ? Cet endroit me donne la nausée. » Une petite femme replète, habillée entièrement de rose, est installée dans un superbe fauteuil en tissus anglais aux motifs de fleurs d'un bleu tendre noyés dans un vert menthe à l'eau. Elle touille doucement, le petit doigt délicatement relevé, une tasse de thé au lait.

Le Vautour marque un temps d'arrêt.

« Effectivement, je me suis mise à mon aise. » Elle émet à nouveau un rire qui ressemble plus à un gloussement. « Alors mon brave, êtes-vous sûr que votre procédé fonctionne ?»

Le Vautour agacé enlève son masque. « Il fonctionne, je vous l'ai dit miss Ombrage. Je l'ai déjà testé. Il m'a permis de me régénérer après ma maladie. Et grâce à cette charmante jeune fille, vous allez en avoir la preuve. »

« Ne vous énervez pas. Car si c'est le cas, mon Maître, Lord Voldemort fera de vous le roi de cette ville. Vous avez pu constater l'efficacité de ses troupes et ce n'était qu'un petit aperçu. »

« Efficacité ? Il y a tout de même l'intervention de cet homme de votre monde. »

« Ne vous inquiétez pas. Nous sommes à sa recherche. Il ne nous importunera pas longtemps. »

« Si vous le dites. De toute façon, Il ne pourra pas nous trouver ici. En tout cas votre Lord machin pourra se régénérer lui aussi. Il suffit pour cela d'avoir un cobaye jeune et en bonne santé. »

Dolores Ombrage sourit mielleusement. « Les cobayes jeunes et en bonne santé ne manquent pas. Nous avons pour cela une école bien fournie. Je vois même les premiers qui pourront participer. »

« Bien, laissez-moi travailler. » Le Vautour se pose devant un écran d'ordinateur et tape sur un clavier. Des formules mathématiques apparaissent. Il entend un bâillement derrière lui. « Toute cette technologie moldu est harassante. »

Un rayon commence à balayer le corps de Naomi. Il accélère au fur et à mesure que les données apparaissent sur l'écran. Le Vautour souffle de dépit. « Ces gamins n'ont plus d'hygiène de vie. Hamburgers, alcools, drogues. Regardez-moi ça, son métabolisme est plein d'addictions. Il faudra plus de temps que prévu pour le nettoyer. » Son regard est attiré par une donnée qui se met en surbrillance. « En plus » ne peut s'empêcher de râler le Vautour.

« Que vous arrive-t-il mon cher, une mauvaise nouvelle ? »

« On les prend jeune pour se prémunir et voilà ... » Il montre l'écran de son doigt.

« Oui et que suis-je censée remarquer ? »

« Un cancer, elle a un cancer. Elle ne doit même pas le savoir. Il est déjà bien avancé, en plus. Ce n'est pas grave, je vais pouvoir l'éradiquer facilement. Mais enfin, avouez que ce n'est pas de chance. »

Il appuie sur la touche « entrée » du clavier. Le rayon devient si rapide qu'une lumière intense illumine le cylindre pendant qu'il se remplit d'une vapeur à la couleur putride.

« Et ensuite que se passe-t-il ? »

« Lorsque son corps sera nettoyé. Je m'installerai dans le deuxième cylindre. Ainsi son énergie sera transférée dans le mien. C'est une opération complexe, vous n'avez pas les moyens de la comprendre si vous n'êtes pas docteur en électronique, biochimiste et neurologue. »

Dolores Ombrage fait une moue de dédain. Elle se demande bien pourquoi le Maître veut cette machine. Cette technologie moldu ne lui inspire pas confiance et ce Vautour est pathétique. Elle se ressert une tasse de thé et se cale dans le fauteuil en baillant.

Noami a perdu connaissance, pourtant dans ses yeux restés ouverts, une lueur existe encore.


Emily fixe cette esplanade, elle ne peut pas croire qu'il y a encore seulement quelques heures, elle tenait Naomi dans ses bras ici même. Et maintenant, ... Une main de fer se pose sur son épaule.

« Tu vas rester près de moi et quoi qu'il arrive tu m'obéiras. Cela va être très dangereux. »

Elle soutient le regard d'acier d'Iron Man. « Je n'ai plus peur. »

« Je sais. C'est pour cela que tu dois faire attention. »

Il se tourne vers Spiderman. « Peter, les plans donnés par l'ordinateur sont clairs. Dans ce local poubelle, il y a une bouche d'égout. Elle n'est plus utilisée. Si c'est l'antre du Vautour, il a dû la sécuriser. Mais il existe des entrées de chauffage urbain qui sont alimentés par ces conduits d'aération à 500 mètre d'ici. » Un plan de l'ensemble du sous-sol du quartier se matérialise en 3D sous leurs yeux, flottant dans le vide. Séverus apprécie à sa juste valeur. C'est presque aussi bien que la carte du maraudeur.

Spiderman se gratte la tête. « C'est étroit mais je pourrais passer par elles, par contre les égouts ne communiquent pas avec les conduites de chauffage. Et si je fais tout sauter, cela va alerter nos amis. »

« Je pourrais vous accompagner, malgré l'épaisseur des murs, je devrais pouvoir percer un trou sans bruit. Cela me permettra aussi de vérifier si des sortilèges ont été utilisés. »

« C'est une excellente idée, Professeur. Mais il faudra être très doux, Le Vautour doit utiliser des détecteurs de mouvement telluriques pour éviter les surprises. »

« Mais je sais être très doux » réplique Rogue dans un semi sourire.

« Vous voyez cette immense salle, elle servait d'entrepôt lors des travaux. Elle ferait une cache très utile. Si le Vautour est dans le coin, c'est là qu'il se terre. Vous arriverez par derrière. Quand vous serez passés, je descendrai par les égouts avec Emily. »

« Bien, puisque tout est calé, qu'attendons-nous pour aller couper les ailes à cet oiseau de malheur ? »

Tony retient Peter par la main. « Fais attention à toi. » Sous son casque, l'homme de fer sait que personne ne peut voir son anxiété.

« Comme toujours. Toi aussi. » Peter serre la main dont, malgré le gant d'acier qui la recouvre, il sent la chaleur. Derrière son masque, il sait que personne ne peut voir son émotion.


Accroupis derrière la balustrade qui entoure l'esplanade, Tony et Emily voient leurs amis s'enfoncer dans la nuit. Emily fixe le local poubelle.

Tous les sens d'Iron Man sont en alerte, tous ses capteurs sont ouverts, il est prêt à toute éventualité. Son traceur suit la lente progression de Peter. Malgré cela il ne peut pas s'empêcher de jeter un œil admiratif à Emily. Elle n'a aucun pouvoir, aucune technologie à sa disposition et pourtant, elle est prête à affronter les pires monstres de l'univers.

« Tu aimes énormément Naomi, n'est-ce pas ? »

Emily est tendu comme une corde. « Oui, plus que ma vie. »

Tony hésite. « Depuis longtemps ? »

« Nous avions 12 ans. »

Il hoche la tête. « Mais le fait que ce soit, ... enfin, je veux dire, une fille. Cela ne t'a pas posé de problèmes ? »

Emily tourne vers lui des yeux de défis. « Des problèmes ? Moi je n'en ai jamais eu. J'aime une personne, c'est une fille, elle s'appelle Naomi, c'est tout. Ce sont les autres qui ont des problèmes avec ça. »

« Bien sûr. » Tony baisse la tête.

Emily mord ses lèvres. La lumière blafarde du local poubelle ne change pas. « Pourquoi ne le lui avouez pas ? »

Tony se raidit. « Avouer quoi ? A qui ? »

« A Peter, que vous l'aimez. » Il n'y a même pas un chat près de ce putain local poubelle.

La lumière pectorale d'Iron Man s'intensifie. « Enfin, qu'est ce qui te fait dire ça ? »

Naomi est juste derrière la porte de ce local poubelle. « Vous êtes peut-être un super héros mais j'ai peur que tous vos ordinateurs ne puisent rien contre cela. »

Tony tripote des diodes électroniques. « Putain le régulateur de température dois dysfonctionner, il fait trop chaud dans mon armure. » Tony commence à suer. « Mais enfin, c'est un garçon, il pourrait être mon fils, enfin, ... »

Elle ne pensait pas qu'un local poubelle pouvait être aussi angoissant. « Et si lui, cela lui convient, vous y avez pensé ? C'est à lui de faire le choix de l'amour qu'il vous porte. Quel que soit votre âge ou votre genre. Pas à vous. Il faut juste lui entrouvrir une fenêtre. Vous verrez bien. »

Iron Man s'étrangle. « Comment l'amour qu'il me porte ? »

Emily arrache son regard du local poubelle. « Finalement c'est rassurant. Vous êtes humain. Vous croyez qu'ils en auront pour longtemps ? »

Iron Man entoure de sa main gantée l'épaule d'Emily. « Je ne sais pas, en tout cas mon traceur m'indique que tout va bien. » Il examine le local poubelle. « Peter n'est pas que courageux, c'est un combattant hors pair, un des tout meilleurs que je connaisse et j'en connais beaucoup. Il va la retrouver. »

Emily s'appuie contre son plastron. Ils fixent ensemble le local poubelle.


Les pieds dans l'eau, devant un grand mur de vieilles pierres, Spiderman se gratte la tête. « Vous pensez pouvoir faire un trou sans faire de bruit, Professeur ? Si c'est moi, ça risque de faire un bordel d'enfer. »

Rogue époussette sa robe. Il enlève cérémonieusement, du bout de deux doigts en pince, le reste d'une toile d'araignée qui pendouille à sa manche. Il n'a pas vraiment apprécié que ce jeune hurluberlu l'attrape avec une de ses satanés toiles lorsque, coincé dans un conduit, il a glissé et failli tomber dans les égouts.

« Je suis désolé, professeur, normalement les conduits de chauffage ne communiquent jamais avec les égouts mais ceux-ci sont très anciens. Et les courants de ces égouts sont très violents quand il se rapproche du fleuve. » A la réaction de son « ami », Spiderman sait qu'il a fait une gaffe.

« Comme je vous l'ai dit, je n'avais pas besoin de votre aide. » Severus n'a surtout pas aimé qu'une fois rattrapé et tiré violemment, il se retrouve tête en bas, sa robe par-dessus tête. Il lui a fallu tout son sang-froid pour ne pas « stupéfier » cet imbécile. Il est aussi idiot que cet incapable de Potter.

D'un geste du bras, il fait écarter Peter. « Laissez-moi inspecter la zone. »

La danse silencieuse de ses mains sur la paroi, effleurant à peine la pierre, subjugue Spiderman. Les yeux de Rogue brillent, son corps bouge au rythme lent du mouvement de ses doigts qui dessinent de fines arabesques. Subitement son geste se suspend. « Ici. »

Il recule, relève ses manches, tend devant lui ses longs bras maigres et blancs. Une onde diffuse se matérialise entre le mur et lui. Sous les yeux toujours stupéfaits de Spiderman, le mur s'estompe peu à peu.

Un espace vide apparaît donnant sur un tunnel qui s'enfonce dans les profondeurs. Avec précaution, Spiderman et Rogue s'y avancent. L'odeur de moisi est insupportable. Des bruits devants eux, des rats détallent, sautant, d'un coté à l'autre de la paroi, essayant de se faufiler dans les interstices pour échapper à ces nouveaux visiteurs. Cela faisait plus de 100 ans que leur tribu était à l'abri dans ces sous-sols. Mais en quelques mois, tout a été chamboulé et depuis deux jours, c'est leur vie qui est en jeu.

Spiderman se baisse, il ramasse le corps d'un rat, d'autres s'étalent devant lui, raide, comme après avoir été frappé par la foudre.

« Avada Kedavra. » Rogue s'est ostensiblement tendu. D'un mouvement fluide, Il sort sa baguette.

« Quoi ? »

« Le sortilège de mort. Un sorcier est passé par ici. » Il regarde autour de lui. « Il n'est pas loin. Il faut se dépêcher, sinon ils vont nous échapper. »

« Ok, la salle est juste devant nous après ce virage au fond. J'averti Tony, il pourra les prendre à revers. »

Collés au plafond du tunnel courent des tuyaux. Perchée sur l'un deux, cachée par le noir, une forme fixe de ses yeux fluorescents les deux intrus. Elle pousse un miaulement inaudible et disparaît.


« C'est bon, ils sont en place, on y va. »

Emily n'a pas sursauté lorsque la voix grave d'Iron Man a déchiré le calme de la nuit. Elle se lève, ajuste son tee-shirt et demande calmement, « vous avez une arme ? » Le casque se tourne vers son visage pendant quelques instants, il ne bouge pas puis l'avant-bras gauche de l'armure s'ouvre devant elle. Un objet brillant à la forme ovoïde en sort. Comme si elle l'avait toujours fait, elle avance sa main. Deux fines lanières sortent de l'objet et viennent s'enrouler autour du poignet d'Emily. L'objet dans sa main ressemble à un bijoux, doux et chaud au toucher. Immédiatement, elle sent qu'il fait partie d'elle-même.

« Tu es connecté à lui. Lorsque tu souhaiteras tirer, tu n'auras qu'à penser à la cible que tu veux toucher. »

Emily n'a aucun mal à visualiser la cible qu'elle souhaite tuer.

Iron Man ne lui dit pas qu'il contrôle l'arme malgré tout. « Reste toujours derrière moi. »

Emily acquiesce sans parler.

Ils s'avancent déterminés vers le local poubelle. Tout est silencieux comme si les lieux étaient sortis du temps. Les immondices jonchent le sol, l'odeur est au diapason du tableau. Un goéland dérangé pendant son repas vespéral s'envole. Le scan visuel d'Iron Man inspecte la porte. « Tout est clair. » lui répond l'ordinateur. Il ouvre la porte. Un relent de pourriture les enveloppe aussitôt. Emily grimace, mais elle refrène son haut le cœur.

Iron Man du pied pousse les ordures et découvre la bouche d'égout. Elle est rouillée, très ancienne, pourtant on voit distinctement autour d'elle sur le ciment, qu'elle a été bougée récemment.

Le rayon rouge qui émane de la visière du casque emprisonne le local dans sa lumière. Il détaille chaque infime éléments du sol, des murs, du plafond. Iron Man tend la main, soulève le couvercle d'une poubelle, attrape les déchets, les jette plus loin. Un boitier électronique apparaît. Avec des gestes sûrs, il ouvre le boitier, connecte une puce sur un des processeurs qui irise la plaque.

De son autre main, il indique la porte du local. « Sort. » Emily s'exécute sans comprendre. Iron Man recule. L'ensemble du plancher se met à glisser découvrant un escalier métallique.

Sans un mot, il prend la première marche, Emily sur ses pas, serrant l'arme.

Après une rapide descente, ils débouchent sur un tunnel. Le rayon rouge continu de balayer l'espace leur indiquant le chemin.

« Comment avez-vous su pour le plancher ? »

« Facile, la bouche d'égout est trop étroite pour que le Vautour puisse y passer. » Iron Man continue à fixer le noir du tunnel devant lui.

« Et si vous aviez essayé de l'enlever ? »

« Tout sautait. »

Emily respire profondément.

Ils s'enfoncent toujours plus sous la terre. De plus en plus d'eau coule à leur pied. Les chevilles d'Emily sont recouvertes d'eau glacée. Ses tennis de toile mauve ne lui sont d'aucune utilité.

« Je peux te porter si tu veux. »

« Non, merci. Ça ira. »

Iron Man fait un seul geste, Emily stoppe. Elle voit des dizaines de points brillants sur les murs. Un fin rayon apparait dans la paume de la main d'Iron Man, il le dirige délicatement vers les points lumineux. Un à un chaque point s'éteint.

« Des détecteurs. » annonce-t-il sobrement.

« C'est bizarre » pense-t-elle. Tout lui semble normal, comme si elle avait toujours vécu ces situations. Elle se sent bien, même ses pieds ne la font plus souffrir. Elle se porte à la hauteur d'Iron Man. L'ombre portée sur la paroi dessine une poupée et un géant, droit, avançant au même rythme.

Une lueur grandit, le bout du tunnel s'éclaire. Emily pose sa main sur le bras d'Iron Man. Elle n'a pas besoin de parler, Iron Man lit son expression mêlée d'espoir et d'effroi, le frisson qui parcourt sa peau. Naomi est ici.


Apparu de nulle part, il passe entre les jambes du Vautour, la queue levée. Il s'étire puis se met droit contre le pied du fauteuil, ses griffes éprouvant en connaisseur la douceur du tissu. Satisfait, il se ramasse sur lui-même, bande ses muscles et saute en ronronnant sur les genoux de sa maîtresse. Tout en tricotant sur son opulente poitrine, il pousse des petits cris plaintifs.

Dolorès Ombrage le prend dans ses bras, se lève et le repose en embrassant son épaisse fourrure, sur le coussin du fauteuil. « Je te remercie. »

Elle arrange les plis de sa veste, sort sa baguette, puis nonchalamment s'approche du Vautour. « Je suis au regret de vous annoncer que nous avons de la visite ... »

Un second chat apparaît, il saute sur le fauteuil, fixe sa sorcière préférée puis vient se lover contre son congénère.

« ... Des deux côtés du tunnel. »

Le Vautour pousse un grognement. « On ne peut jamais être tranquille. » Il valide une dernière opération sur l'écran. « C'est terminé. Elle est propre. » Puis se tourne vers Ombrage. Vos bestioles vous ont dit de qui il s'agissait ? Il y a beaucoup de gens qui vivent sous terre à New York. »

Un éclair de violence travers les pupilles de la sorcière et son sourire s'il reste mielleux n'en est pas pour autant carnassier. « Mes chats même s'ils sont largement supérieurs en aptitude à la grande majorité des humains, sorciers compris, sont des chats. Je peux seulement vous dire qu'un sorcier fait partie de l'équipe avec des humains, dont un serait en armure, un chevalier je suppose. » Elle devient pensive. « Ils ont également ressenti la présence d'un insecte, ou plutôt une araignée. Etonnant, non ? Un disciple d'Aragog ? »

« Quel Aragog ? » Se met à crier le Vautour. « C'est Spiderman. Et votre chevalier, c'est Iron Man. Venom, Sandman bougez-vous ! »

Un éclat de rire démoniaque secoue la pièce. « Nous sommes là, Vautour ! » L'ombre d'un être difforme, de la taille de deux hommes, aux muscles tellement proéminent qu'ils semblent vouloir s'extraire seul du corps, sort d'une cavité sombre creusée dans la roche. Mais lorsqu'il apparaît, on ne voit plus que sa gueule. Une double rangée de dents effilées comme des rasoirs qui coupe sa figure en deux comme si le bas et le haut de sa tête pouvait être autonome. Une langue visqueuse et longue telle celle d'un serpent vient fouetter l'air. Revêtu d'une combinaison noire, mate et froide, une énorme tarentule orne son plastron. « Je savais qu'il nous retrouverait. La fin de Spiderman est proche. »

Derrière lui, un homme se tient. D'aspect banal, presque affable, sa seule particularité est la couleur de sa peau, sable. Son corps est troublé de tremblements. Des particules, de la même teinte, de plus en plus nombreuses, l'entourent, viennent s'agglomérer à lui, faisant grandir et développer sa morphologie. En quelques instant, il est l'égal en taille de Venom. Son expression de visage s'est durci, devenant de marbre, celle d'une brute sans remord. D'une main transformée en marteau pilon, il frappe sa poitrine. « Sandman est prêt. N'oublie pas ta promesse Vautour. »

« Je n'oublie rien. Vous devez les retenir pendant que je finalise ma transmutation. » Il interpelle Ombrage. « Faites appel à vos sorciers et à vos épouvantails. »

Elle lève un sourcil. « Ils ont déjà là. » Deux capes noires, capuche entourant la tête, sont à ses côtés, le visage recouvert d'un masque de mort en or. « Goose, Nasty, occupez-vous du sorcier. Je veux savoir qui il est. Lancez les détraqueurs sur les autres. » Elle pousse un petit cri de satisfaction. « Ce ne sera pas long. » Et s'écarte avec un geste de répulsion de Vénom qu'elle trouve trop proche d'elle.