DAM : Entre le compte à rebours et cet épisode, ton oreiller est bon pour être changé !
Abeille : Je sais, c'est triste d'arriver à la fin… Quant à maugréer… Disons que tu ne vas pas faire que ça^^
Colinou : Tu es la seule à faire des reproches à Gaius, les trois autres applaudissent XD
Titesouris : Une défense enflammée de Gaius ! Tu aurais dû faire avocate XD
Bon, cet épisode aurait pu être intitulé, 'sortez vos mouchoirs'. Il y avait longtemps...
Chronologiquement, cet épisode se situe juste après le 2.13 (mort de Balinor, Merlin qui ordonne au dragon de partir...) et aura son équivalent dans 'Une Question de Résolution'. Si Alaia finit celle-là un jour...
~(-)~
Chapitre 64: Perte d'un Dirigeant ~Partie 1~
Des mains retournèrent, délicatement, les différentes cartes, des yeux parcourant les terres qu'elles montraient, tandis que le seigneur notait quelles zones avaient été fouillées ou non.
C'était une chance, que Camelot ait atteint un traité avec cinq des plus larges royaumes du pays et peu de temps avant ces jours sombres. Les choses s'étaient dégradées si vite, l'inattendu arrivant si soudainement.
À commencer par la tentative de vol du Cristal de Neahtid, escaladant jusqu'à l'ensorcellement de la capitale entière et l'enlèvement subséquent de Morgane, quand ce plan avait échoué. Puis le Grand Dragon s'était échappé, cherchant à se venger de sa captivité et du meurtre de tout son peuple, tuant des douzaines de personnes dans sa furie, avant d'être mortellement blessé et chassé par le Prince Arthur. Il était indéniable, qu'ici à Ulwin, ses alliés et lui avaient été soulagés que le carnage soit terminé, mais une partie d'entre eux déplorait quand même la perte du dernier des dragons. Cela avait été un triste jour pour l'Ancienne Magie.
Hargren soupira, tirant vers lui une carte plus proche de chez lui et la considérant solennellement. Une semaine plus tôt, une série d'ordres, des plus indésirables, était venue du roi. Cela faisait presque six mois depuis l'enlèvement de Morgane et les recherches avaient déjà été plus que chères.
Toutes les terres de Camelot avaient été fouillées, ainsi que les terres des alliés et de ceux qui n'avaient pas prêté allégeance mais sympathisaient. On les fouillait encore à l'heure actuelle, mais cela ne suffisait pas à Uther. Dans sa détermination d'avoir toutes les chances de la retrouver, il avait ordonné ce que beaucoup aurait considéré comme de la folie.
Il plongea la main dans un tiroir de son bureau pour lire le message en question, les sourcils froncés. Qu'Uther puisse justifier d'ordonner qu'un groupe de recherches entre et fouille les terres d'Escetia, suffisait à remettre en question sa santé mentale. Une chose pareille briserait l'accord de trêve, mais sachant qu'Uther ne reculerait pas sur ce sujet, il avait fait l'effort d'au moins tenter une solution diplomatique d'abord.
La porte de son bureau s'ouvrit sur un coup discret, l'homme dont il avait attendu le retour, entrant en silence. Nellan avait l'air solennel en regardant l'homme derrière le bureau et il répondit à la question silencieuse dans les yeux d'Hargren.
« J'ai reçu des nouvelles de mon messager. Ils ont parlé au Roi Cenred en votre nom et la réponse est à la fois bonne et mauvaise.
- Je m'y attendais un peu, soupira Hargren. Je vous en prie, asseyez-vous, et dites-moi avec quoi je dois composer. »
Nellan tira l'une des chaises sur le côté de la pièce, la plaçant près du bureau, mais pas en face de lui. Il prévoyait que davantage d'individus seraient bientôt convoqués.
« Il a accepté d'autoriser à un petit groupe de recherche de pénétrer sur ses terres, pas plus de vingt hommes, et ne le considérera pas comme un acte de guerre. Mais en même temps il a prévenu que s'ils sont repérés par son armée, ils seront attaqués à vue en tant qu'intrus. Concrètement, sa réaction à la requête pour un groupe de recherche est 'cherchez-la si vous pensez pouvoir le faire sans que mes hommes vous attrapent, mais si vous vous faites prendre vous mourrez.' »
Hagren inclina la tête, son visage exprimant tous les jurons qu'il ne pouvait dire à voix haute. Au lieu de cela, il conserva son sang-froid, son expression devenant celle de quelqu'un qui venait de prendre une décision difficile, sa voix s'élevant pour appeler l'homme à l'extérieur.
« Garde. »
Le garde à l'extérieur ouvrit la porte et jeta un œil à l'intérieur.
« Oui, Messire ?
- Convoquez Fyren et faites-le venir ici immédiatement.
- Oui, Monsieur. »
La porte se referma tandis que Nellan la contemplait.
« J'ai le sentiment que vous prévoyez quelque chose qu'il ne va pas apprécier. »
Hargren soupira à nouveau et acquiesça :
« Je n'ai qu'une seule force armée à ma disposition, possédant les talents nécessaires, pour fouiller Escetia dans ces conditions, et il s'agit des Chevaliers d'Aering... Mais sous aucune circonstance, je ne puis autoriser Fyren à poser un pied sur les terres de Cenred. S'il était pris et reconnu, ce serait un désastre. »
Nellan fronça les sourcils.
« Voulez-vous qu'une partie de mon clan aille avec eux ?
- Non, si le groupe de recherche est aperçu, et qu'Uther apprend qu'il y avait des druides avec eux, cela entraînerait la destruction de tout ce que nous avons construit, ces dix dernières années.
- Alors qu'est-ce que vous avez l'intention de faire ? »
Hargren eut l'air sombre.
« Je ne risquerai pas inutilement des vies, pour ce que je sais être une entreprise de fou. Si Morgane était à Escetia, Cenred l'aurait retrouvée il y a longtemps et aurait pris grand plaisir à parader avec son cadavre le long de la frontière. Dans ces conditions, cette fouille n'étant qu'une charade destinée à apaiser le désir du roi de la chercher partout... Je conduirai moi-même le groupe de recherches. Fyren n'en fera paspartie. »
Nellan eut un mouvement de recul, une lueur d'inquiétude dans les yeux.
« Quoi ? Mais c'est... »
La réponse fut définitive.
« Je ne risquerai pas davantage de vies que je ne le dois. »
Hargren frappa la surface de son bureau de la main.
« Uther est mon ami et s'il est résolu à faire cette fouille, alors je la conduirai moi-même. Six des Chevaliers d'Aering viendront avec moi, les six autres resteront ici pour garder Fyren et s'assurer qu'il n'essaye pas de me suivre. »
Le druide laissa échapper un rire, en dépit du sérieux de la situation, et du fait, qu'il était résigné au chemin que prenaient les événements.
« Six chevaliers ne le garderont pas ici, pas plus que toute votre garde personnelle combinée.
- C'est pourquoi, acquiesça Hargren. Je vous demanderai de les aider là-dessus. Il est trop important pour qu'on se permette de le perdre.
- Puis-je demander pourquoi ?, interrogea Nellan en penchant la tête. J'admets qu'en savoir si peu à son sujet me rend perplexe.
- Je ne répondrai pas à ça, déclara Hargren en secouant la tête. Moins de personnes le sauront, mieux ça vaudra. À part moi et Fyren, seules deux autres personnes sont au courant et ceux sont ma femme et mon fils. Je l'ai accueilli dans ma maisonnée pour le protéger et c'est ce que je vais faire. »
Leur conversation fut interrompue, par un autre coup à la porte, laissant entrer Fyren. Apparemment il était déjà dans le manoir et pas au terrain des chevaux, car c'était la seule explication pour son arrivée si rapide.
Il posa un regard interrogateur, entre le druide et le seigneur, immédiatement soupçonneux.
« De quoi est-ce que vous vouliez me parler ? »
~(-)~
Six chevaliers et un seigneur étaient partis, à cheval des portes de la garnison, ces sept hommes se dirigeant vers l'est, dans la lueur faible d'une fausse aurore. Peu les virent partir, encore moins savaient qui ils étaient et quelle était leur mission et un homme fut défendu de les voir partir.
Nellan s'éloigna de la fenêtre de la chambre d'amis, localisée au cœur de la partie centrale du manoir. Une petite pile de possessions avait été déplacée ici, depuis une hutte derrière l'écurie dans le terrain des chevaux, minus armure et armes de toute sorte. Tout ce qui était particulièrement fragile avait également été enlevé de la pièce, l'absence de tout objet autre que les plus lourds des meubles, donnant à la pièce l'air d'être une prison... et en y réfléchissant, c'était exactement ce qu'elle serait pour l'homme assis sur le lit.
Le druide alla s'asseoir sur la chaise à côté, des yeux solennels parcourant le visage de Fyren. Il avait protesté de façon véhémente au moment où Hargren lui avait révélé son intention, si véhémente, que seule la magie avait pu le retenir. Le druide avait été obligé de plonger le chevalier dans le sommeil, avait promis de l'y garder jusqu'à ce qu'Hargren et les six chevaliers qu'il avait choisis, aient passé la frontière d'Escetia.
Nellan soupira, un regard à la fenêtre lui apprenant qu'il se faisait tard. Il était temps de réveiller Fyren et de se préparer à l'inévitable explosion de fureur qui suivrait.
« Awace. »
Le mot s'évanouit dans le silence de la pièce, l'ordre qui lui était inhérent, devenant évident, dans le léger creusement d'un froncement de sourcils qui se forma sur le visage de l'homme endormi. Et alors... Alors, ses yeux s'ouvrirent brusquement et il s'assit en vacillant, une expression de déni sur le visage.
« Hargren ! »
Il regarda autour de la pièce, avec confusion, quand il vit Nellan assis à côté du lui, il commença à gronder de colère.
« Où est-il ? »
Nellan demeura impassible devant le ton de Fyren, s'y étant entièrement attendu et sachant que le chevalier ne possédait pas la capacité de dépasser sa magie pour lui faire du mal.
« Il est parti, il y a des heures, avant l'aube. Le soleil se couche à présent et le groupe de recherche qu'il mène, est déjà loin au-delà de la frontière. »
Il se leva, se dirigeant vers l'autre côté de la pièce et la porte située là-bas.
« Je vais aller dire à Tabar de vous amener de la nourriture. Vous n'avez pas mangé pendant toute une journée. Je reviendrai bientôt. »
Fyren commença à dévaler du lit, le suivant.
« Hé là, attendez une minute ! »
Son chemin fut, abruptement, coupé à la porte de la chambre, quand il se cogna dans la barrière invisible qui avait été placée en travers.
Entendant l'impact, Nellan jeta un regard en arrière.
« Le Seigneur Hargren a requis que j'aide à vous empêcher de le suivre. J'ai ensorcelé toute cette pièce, porte et fenêtres incluses. Vous ne pouvez pas les passer et il serait inutile d'essayer. »
Il ignora le cri de rage de Fyren qui suivit, ignora les sons des poings frappant la barrière, et d'un marmonnement modifia le sort, de façon à empêcher le son de passer en plus de la présence physique de l'homme. Il n'aimait pas l'emprisonner de cette façon, mais une promesse était une promesse.
La véritable identité de Fyren était un secret qu'Hargren avait dissimulé, même à lui, mais s'il insistait tellement sur l'importance du chevalier alors il accéderait à la requête sans hésitation. La rage et les tentatives de Fyren pour s'échapper diminueraient avec le temps, et avec de la patience ne continueraient peut-être pas trop longtemps.
Cela s'avéra être un espoir idéaliste et mal placé, car jour après jour, pendant cette première semaine, Fyren cogna les murs de sa prison jusqu'à que ses poings saignent, hurlant à s'en casser la voix des jurons et des exigences d'être relâché.
Il y avait une nuance d'autorité, dans la façon dont il le faisait, un côté différent de l'homme que le druide n'avait jamais vu auparavant. Un aperçu de son passé remontant à la surface, où autrefois il avait dû donner des ordres et les voir immédiatement obéis. Mais ces jours auraient été avant la conquête d'Escetia par Cenred. Ces jours n'étaient plus dans le présent.
La deuxième semaine, il cessa de hurler, plus en raison de sa gorge irritée que parce qu'il en avait vraiment pris la décision. Forwin avait fourni des médicaments pour l'apaiser, avait soigné la peau écorchée des phalanges de Fyren, presque sans un mot... C'était comme si tout le monde marchait sur des œufs, ne voulant pas l'agiter, alors même qu'ils partageaient ses inquiétudes de leur côté, pour la sécurité du Seigneur Hargren et du groupe de recherches.
La troisième semaine, Nellan l'autorisa enfin à sortir de la chambre d'amis, plaçant de nouvelles barrières sur toutes les sorties de la partie centrale du manoir. Fyren était désormais libre de se déplacer dans cette zone, de visiter le jardin miniature, situé dans la petite cour, qui fournissait la lumière des fenêtres des chambres intérieures.
Il y passait beaucoup de temps à fixer le petit carré de ciel visible au-dessus de lui, ses hurlements, désormais remplacés par un silence complet, il affectait d'ignorer tous ceux qui lui parlaient. Il ne prit pas la peine d'essayer d'escalader les murs de la cour, afin de s'échapper par-là, il savait que Nellan ne l'aurait pas autorisé à sortir, si des précautions n'avaient pas été prises, contre cette idée.
La quatrième semaine se termina par un silence maintenu de Fyren, mais accompagné par un regard mauvais, qui s'assombrissait constamment, dirigé vers toute personne qui tentait de lui parler. Il était comme un loup en cage, à faire les cent pas, indéfiniment, cherchant à s'échapper, et tel un loup en cage il était prêt à craquer à tout moment.
Quand effectivement il craqua, ce fut à la fois une bénédiction et un hasard malheureux que se soit cette personne qui le provoqua.
Liam, inquiet pour son ami, convainquit finalement Tabar de le laisser apporter ses repas à Fyren. Il choisit tous les plats préférés du chevalier, parmi ce qui était cuisiné ce jour-là, entrant d'un air hésitant dans la chambre d'amis avec le plateau chargé, mais même nerveux il afficha un léger sourire de salutations. Il avait à peine vu Fyren, depuis qu'Hargren était parti et surtout de loin. Il voulait essayer de lui rendre le sourire.
« Je t'ai amené ton dîner, Fyren. Mademoiselle Parean a cuisiné son jambon assaisonné spécial, aujourd'hui. Je l'ai convaincu de me laisser en prendre quatre tranches pour toi, de grosses tranches. »
Il déposa le plateau, tournant la tête vers l'endroit où Fyren était assis, près de la fenêtre à contempler l'horizon.
« Fyren ? »
Le chevalier ne le regarda pas mais sa voix contenait une note d'avertissement.
« Laisse juste la nourriture ici et va-t'en. »
Liam fronça légèrement les sourcils, traversant une partie de la distance entre eux.
« Je sais que tu es inquiet pour le Seigneur Hargren, on l'est tous. Mais il ne faut pas que tu oublies, qu'il a six des Chevaliers d'Aering avec lui. Tu les as entraînés, tu sais qu'ils sont assez forts pour veiller sur lui. »
Des doigts se serrèrent en une poigne, qui blanchit leurs phalanges, au bout de l'accoudoir du fauteuil.
« Et apparemment, en dépit du fait que c'est moi qui leur ai tout appris, tout ce qui leur permet de faire ça, il ne peut pas me faire confiance pour veiller à ma propre fichue sécurité et aller avec lui. »
Liam hésita, se mordant la lèvre.
« Mais tu sais que ce n'est pas la raison. Il veut juste te pro...
- Comment est-ce que m'enfermer comme ça est censé me protéger ? Je suis un Chevalier d'Escetia ! Je n'ai pas besoin d'être enfermé et mis à l'abri comme un gamin ! »
Il jeta un regard furieux à Liam.
« Va-t'en ! »
Liam recula d'un pas, mais n'alla pas plus loin.
« Fyren, je t'en prie. Fais-lui juste confiance.
- Je lui ai fait confiance ! Chaque jour pendant presque quatorze ans ! Et voici ce que j'obtiens en retour ! Maintenant va-t'en ! »
Quand Liam ne bougea toujours pas, le contrôle de Fyren atteignit sa limite. En un clin d'œil, il saisit le lourd fauteuil de bois, dans lequel il était assis et le lança au jeune homme. Liam plongea frénétiquement sur le côté, criant lorsque l'un des pieds du fauteuil lui frappa le bras et l'épaule. Il tomba sous la force du coup, puis regarda Fyren avec terreur, avant de s'empresser de se remettre sur pieds, pour fuir la chambre en serrant son bras blessé.
Fyren resta figé, bloqué sur place, par la façon choquée et blessée dont le jeune homme venait de le regarder. Il venait de blesser Liam, l'homme qui avait presque été comme un petit frère, qui le suivait partout quand ils étaient, tous les deux, les serviteurs d'Hargren. Même après qu'il soit devenu commandant des Chevaliers d'Aering, Liam avait quand même été là comme ami pour lui. Un peu hésitant, mais toujours là, prêt à offrir des paroles de soutien ou juste à être quelqu'un à qui il pouvait parler... Et il venait de lui faire du mal.
La colère se changea en culpabilité, Fyren se trouvant enfin capable de bouger. Il poursuivit Liam, appelant son nom, seulement pour rentrer dans l'une des barrières de Nellan, qui l'empêchait de suivre le passage, qui était le chemin le plus direct vers l'atelier de Forwin. Liam avait seulement essayé d'être gentil, de le sortir de sa déprime... Il n'avait pas mérité de se faire hurler dessus comme ça. Il n'avait certainement pas mérité qu'on lui jette un fauteuil.
Fyren resta là, appuyé contre la barrière, dans l'espoir que Liam reviendrait par ici. Avec un peu de chance, son bras n'aurait qu'un bleu, s'il était cassé alors Fyren ne savait pas s'il serait capable de se pardonner.
Il resta là, appuyant contre le mur de magie, jusqu'à ce qu'enfin un jeune homme blond arrive dans son champ de vision.
Le bras de Liam était en écharpe, mais il n'avait pas été mis dans une attelle, et ils'immobilisa lorsqu'il vit le chevalier qui se tenait là, apparemment appuyé contre le vide.
« Fyren ? »
Il hésita, eut un léger mouvement de recul et d'incertitude, et voir cela, faillit déchirer le cœur de Fyren.
Il baissa la tête de honte, la voix pleine de remords.
« Je suis désolé, je n'aurais pas dû faire ça. Tu voulais seulement bien faire, et je... Je... »
L'expression de Liam se changea en inquiétude, puis en un sourire hésitant tandis qu'il se ruait vers lui et passait la ligne, où se tenait la barrière.
« Ce n'est pas grave, je n'aurais pas dû te pousser à parler. Tu étais en colère et je t'ai provoqué. »
Fyren secoua la tête. Hors de question qu'il laisse Liam se blâmer pour cela.
« Non, j'étais en colère et tu essayais de me raisonner. Je me suis provoqué moi-même en ne t'écoutant pas. »
Il regarda le bras bandé de Liam.
« Comment ça va ? »
Liam y jeta un regard.
« Forwin dit que je ne dois pas l'utiliser pendant un jour ou deux, pour laisser le gonflement redescendre, mais il n'est pas cassé. Il, euh... »
Fyren saisit l'implication, baissant à nouveau la tête.
« Il va me faire la leçon plus tard et je le mérite. »
Il fit signe à Liam de le suivre.
« Viens, je vais partager un peu de ce jambon avec toi. Quatre tranches risquent d'être un peu trop pour ma 'délicate' constitution. »
Liam laissa échapper un vrai sourire devant la plaisanterie, incapable de retenir un rire. Si Fyren plaisantait alors il était en voie de guérison.
« Bien sûr, ça me plairait. Forwin m'a dit de prendre le reste de la journée. Il va le dire au Seigneur Tarven. »
Fyren grimaça.
« Génial, deux sermons... »
Ils revinrent à la chambre d'amis, chacun s'asseyant d'un côté de la table, où le plateau de nourriture, désormais froid, attendait toujours. Au bout d'un moment, quand la moitié du contenu eut été dévoré, Fyren reposa le morceau de pain qu'il tenait et soupira.
« Je suppose que toute ma colère n'était pas vraiment de la colère... C'est surtout de la frustration. »
Liam pencha la tête d'un air interrogateur.
« A quel sujet ? »
Fyren se renfonça dans son fauteuil, le regard distant.
« Escetia est ma maison et je n'y ai pas posé le pied, depuis que Cenred m'ait tout pris. Ma famille, mes amis... Hargren m'a dit d'attendre le bon moment, mais combien de temps est-ce que je dois encore attendre ? Combien de temps avant que l'occasion n'arrive ? »
Liam fronça un peu les sourcils.
« Quelle occasion ? »
Fyren le regarda sérieusement.
« De reprendre Escetia et de la restaurer, afin qu'elle soit le royaume qu'elle devrait être. C'est la seule chose qui me fait avancer. Cette idée, ce rêve. »
Liam appuya son bras intact sur la table, se penchant en avant.
« Pourquoi est-ce que tu as attendu ?
- Un seul homme ne saurait vaincre une armée... »
Fyren passa la main dans ses cheveux, cette même frustration remontant à la surface.
« Quand Cenred a pris le pouvoir, ça a été si rapide et brutal, qu'aucune personne loyale à l'ancienne cour n'a survécu. Pas à moins de lui jurer fidélité, et même dans ce cas, il conserve leur loyauté en gardant un membre bien-aimé de leur famille en otage. L'armée a été balayée, alors à part la population, il ne restait rien à sauver. Et peu importe à quel point, il a été donné avec réticence, le soutien des nobles survivants lui a donné un degré de légitimité. Demander à Uther de répliquer, de forcer Cenred à partir dans ces circonstances, aurait seulement résulté en une guerre prolongée et sanglante. Il n'aurait jamais accepté, pas quand il était déjà engagé dans des escarmouches régulières contre Mercia. »
Liam hocha la tête avec compréhension, mais était quand même curieux.
« Alors comment comptes-tu la reprendre ? Il a toujours son armée. »
Fyren commença alors à afficher un sourire rusé.
« Ah, mais son 'armée' se compose de mercenaires. La pauvre situation d'Escetia réduit les revenus provenant des taxes, alors il fait des économies en n'ayant pas de véritable armée, et ne veut pas se fier aux petits bataillons, que certaines des plus proéminentes familles maintiennent elles-mêmes, au cas où ils essaieraient de le poignarder dans le dos. À la place il a une force centrale de mercenaires, qu'il paie en permanence pour garder son château et ses terres centrales, puis achète les voyous les moins chers qu'il peut trouver pour les jeter sur ses ennemis. S'ils meurent, il peut toujours en engager davantage. »
Liam eut un mouvement de recul, dégoûté.
« Mais c'est...
- Barbare, je sais, acquiesça Fyren. Mais c'est aussi mon avantage. Ça signifie qu'il n'y a aucune force locale qui tiendra ces terres une fois que Cenred sera mort. Dès que l'un de ses plans le fera tuer, toute son armée ira chercher un salaire ailleurs. Certains traîneront dans le coin, pour piller, d'autres pourraient former des milices en amateurs et essayer de s'approprier des sections de territoire, mais la différence sera que je n'aurai pas besoin d'une armée pour m'occuper de ceux-là. Une petite force d'hommes bien entraînés et des préparations poussées, et je pourrais les nettoyer bout par bout. Ça prendra un moment, mais ce serait plus que possible. Je n'aurais pas du tout à demander son assistance à Uther. Je demanderais juste à Hargren et il me l'a déjà promise, expliqua-t-il avant de grimacer. Savoir que je pourrais reprendre Escetia, et comment, voilà pourquoi c'est frustrant. Parce que jusqu'à ce que Cenred meure je suis juste coincé ici... à attendre.
- Et à t'inquiéter pour le Seigneur Hargren. »
Fyren grimaça de nouveau, mais se força à regarder le côté positif.
« Tu avais raison, cela dit. Il a les six meilleurs Chevaliers d'Aering avec lui, à part moi. Ils resteront dans les bois, n'entreront dans les villes et les villages que par deux et habillés en roturiers pour observer et écouter à la recherche de signes de Morgane. Hargren restera toujours avec les quatre autres dans ces moments-là. Ils ne le laisseront pas faire quoi que ce soit d'imprudent. »
Ils se turent tous les deux, restèrent silencieux, jusqu'à ce que Liam soupire.
« Mais quand même, j'espère qu'ils reviendront bientôt.
- Moi aussi. »
~(-)~
Bon ben, comment dire. Rendez-vous au prochain chapitre, et gardez les mouchoirs sous le coude !
Pour celles qui m'attendaient sur FB hier et ne m'ont pas vue : problème d'ordi. Genre gros problème, je l'ai ramené à la Fnac ce matin. Je le récupère en fin d'après-midi, soit la manip de la conseillère aura marché et j'aurai perdu mes données mais ça c'est pas grave je les récupèrerai, soit il est foutu et je suis bonne pour en racheter un dès que j'aurai touché ma bourse d'octobre. Auquel cas la maj de dimanche devra attendre lundi…
