Colinou : J'allais t'invier à nous rejoindre, mais c'est déjà fait^^ C'était une bonne idée pour Hargren, la patrouille du 3.01...

titesouris : Curieux réconfort, en effet...

Abeille : Je te l'ai dit, ta review me fait trop marrer. Non, il n'a pas craché le morceau...

DAM : Ton chien va faire beaucoup d'exercice aujourd'hui.

Précédemment dans Celui que l'Histoire Oubliera : Sur les ordres d'Uther, Hargren conduit six des Chevaliers d'Aering dans une mission suicide pour retrouver Morgane en Escetia. À sa grande frustration, Fyren, jugé trop important pour risquer d'être capturé, est enfermé dans une chambre puis dans la partie centrale du manoir après s'être énervé sur Liam qui essayait de le réconforter, il se calme et discute avec lui de ses projets pour reprendre Escetia après la mort de Cenred...

Je ne peux que vous conseiller de mettre une musique bien triste, celle de votre choix, à partir du deuxième ~(-)~ (en comptant celui avant le titre du chapitre).

Les mouchoirs sont prêts ? C'est parti...

~(-)~

Chapitre 65: Perte d'un Dirigeant ~Partie 2~

C'était un matin nuageux, une menace de pluie taquinant ceux qui auraient pu mettre du linge à sécher dehors. Les habitants de la ville vaquaient à leurs occupations, comme d'habitude, tout comme ceux du manoir... du moins jusqu'à ce que la cloche de la garnison commence à sonner.

Tout s'arrêta à ce son, la majorité des gens retournant à leurs tâches, quand elle s'arrêta après n'avoir sonné que cinq fois. Mais à l'intérieur du manoir, certaines personnes explosèrent presque en action, ce quintet de carillons étant le signal convenu que le groupe de recherche avait été aperçu, se dirigeant vers la porte extérieure de la garnison.

Deux hommes se ruèrent hors de l'entrée principale du manoir, un druide et le chevalier qu'il laissait enfin sortir de confinement. Fyren grommela dans son heaume, souhaitant ne pas toujours avoir à le porter, quand il sortait de la partie centrale du manoir et du terrain des chevaux. Dans des moments comme celui-ci, son temps passé comme serviteur était un véritable inconvénient, car trop de gens ici le reconnaîtraient.

Cela faisait juste six semaines, depuis que le groupe de recherches était parti, pas vraiment assez longtemps pour qu'un si petit groupe fouille, convenablement, un royaume de la taille d'Escetia. Peut-être Hargren avait-il décidé de revenir plus tôt et d'espérer qu'Uther serait trop distrait pour faire le calcul et poser des questions.

Cette théorie disparut, au milieu de l'horreur, à la vue de seulement quatre hommes et cinq chevaux, quand sept d'entre eux étaient partis. Deux de ces hommes avaient été couchés sur des civières, leurs armures tachées de sang et l'un d'eux était le Seigneur Hargren.

Fyren poussa une exclamation et tenta de se ruer au côté du Seigneur d'Ulwin, seulement pour être arrêté par Nellan, les ordres du druide nets et précis obtenant une réaction immédiate.

« Emmenez-les à Forwin, immédiatement ! Les deux qui ne sont pas blessés, restez ici et faites votre rapport. »

Les deux Chevaliers d'Aering acquiescèrent, tous deux arborant l'expression de culpabilité que ressentaient souvent les survivants d'une horrible tragédie. La culpabilité qui vient quand on se demande, pourquoi le sort vous a choisi pour vivre et pas l'un de ceux qui sont morts.

Nellan garda Fyren à distance d'Hargren, le convoi de soldats en armure, traversant les terres du manoir, attirant l'attention de tous ceux qu'ils croisaient. Des serviteurs haletaient d'horreur, à la vue du seigneur ensanglanté, leurs visages emplis d'inquiétude pour lui. Le mot serait vite passé, mais on ne pouvait rien y faire. Il n'avait pas le temps de faire ça discrètement.

Leur arrivée à l'atelier de Forwin, engendra une autre explosion d'activité, constituée principalement du médecin, chassant tout le monde à l'exception de ses deux patients et de Fyren et Nellan. Lui aussi força le chevalier à rester éloigné d'Hargren, et comprenant que lui et Nellan avaient besoin, qu'on les laisse travailler, il tourna son attention vers le chevalier.

L'homme était Jacob, le troisième meilleur des chevaliers. Il serra les dents, tandis que Fyren l'aidait à sortir de son armure, le procédé révélant des bandages de fortune, trempés de sang enroulés autour de son bras et du bas de son torse, et un autre sur le bas de sa jambe. À l'évidence, il était passé tout près d'être éviscéré, une déchirure sur le côté de sa tunique en cotte de mailles, révélant qu'une épée l'avait traversée par le côté. Il avait eu beaucoup de chance qu'elle ne coupe que sa peau.

Allongeant le chevalier, s'empressant d'aller chercher de l'eau et un linge, Fyren déroula le bandage sur le bras de Jacob et commença à nettoyer cette blessure moins sérieuse.

« Qu'est-ce qui s'est passé ? »

Jacob grimaça lorsque le linge toucha la blessure, mais n'émit aucun son avant de répondre :

« Greg et Benneth sont allés dans une ville pour enquêter, mais on ne savait pas qu'il y avait un bataillon des hommes de Cenred là-bas. Une de leurs patrouilles a trouvé le reste d'entre nous dans les bois et nous a attaqués. Ils étaient en surnombre, à trois contre un, ils nous ont pris complètement par surprise. Jem, Rafe et Ian se sont battus jusqu'à la mort, et ont pris la moitié de la patrouille avec eux, mais même ainsi, le Seigneur Hargren et moi n'avons survécu que grâce aux chevaux. »

Fyren fronça légèrement les sourcils.

« Aux chevaux ? »

Jacob rit, grimaçant lorsque le mouvement tira sur la blessure de son estomac.

« Ouais, il faudra que vous disiez à Yale qu'on lui en doit une. On en a perdu deux, mais les trois étaient, probablement, l'arrière-garde la plus étrange que j'ai jamais eue. Ils ne laissaient pas la patrouille nous approcher par-derrière, ils ont même tué un ou deux de ces enfoirés. À nous deux, on a réussi à finir le reste. Greg et Benneth sont revenus environ une demi-heure plus tard, m'ont aidé à finir de soigner mes blessures et celles du Seigneur Hargren. Au moment où le bataillon aura réalisé que la patrouille avait disparu, ils seront venus nous chercher. Aucun de nous n'a dormi pendant les trois jours de chevauchée qu'il nous a fallu pour revenir ici. »

Fyren reposa le linge, le visage sombre et ombrageux, le poing serré un moment de colère contre Cenred, puis il fit un signe de tête au chevalier.

« Eh bien vous pouvez vous reposer maintenant. Vous l'avez mérité. »

Il jeta un coup d'œil à Nellan et Forwin, le premier ayant écouté la conversation d'une oreille. Il vit la requête dans les yeux de Fyren et tendit la main vers Jacob.

« Swefe nu. »

Jacob devint inerte, envoyé dans un sommeil béni, tout comme Hargren l'avait été au moment où le duo avait commencé à travailler. Fyren demeura où il était, continuant de nettoyer les blessures de l'homme à ses côtés, les recouvrant à nouveau de légers bandages, pour le moment où Forwin puisse y jeter lui-même un œil. À son avis, celle sur le bras nécessiterait des points de suture, tout comme celle sur la jambe, mais l'ouverture sur le ventre de Jacob devrait seulement avoir besoin d'être gardée propre, et d'un bon repos.

Le peu qu'il pouvait faire étant à présent déjà fait, Fyren se retourna pour observer Nellan et Forwin.

Le duo murmurait rapidement et discrètement, plusieurs sorts du premier vaguement audibles de temps en temps. Mais environ vingt minutes après avoir commencé, ils s'arrêtèrent tout aussi soudainement et échangèrent un regard solennel.

En voyant cet échange, Fyren se dressa sur ses pieds.

« Qu'est-ce qu'il y a ? Il va guérir, n'est-ce pas ? »

Les deux hommes échangèrent un nouveau regard, Forwin inclinant ensuite la tête en signe de défaite.

« ...Dame Jancine et le Seigneur Tarven doivent être prévenus. Nous allons déplacer le Seigneur Hargren dans ses appartements et faire en sorte qu'il soit aussi à l'aise que possible. »

Fyren les fixa, une impossibilité lui venant soudainement.

« Attendez, vous essayez de me dire qu'il va mourir ? »

Nellan s'avança, prêt à empêcher tout mouvement brusque du chevalier.

« Il a perdu beaucoup de sang et beaucoup de ses blessures sont infectées. L'infection s'est répandue en lui, il a une forte fièvre. Même si, j'ai purgé la souillure de son corps, le dommage est déjà fait. J'ai fait tout ce que j'ai pu. Il faudrait un Grand Prêtre pour le sauver maintenant, et même si nous avions le temps d'en trouver un, avec la capacité nécessaire, Hargren n'acceptera jamais. La personne la plus proche qui avait le pouvoir de le sauver était Nimueh, à l'Île des Bénis, mais elle est morte. Même si elle ne l'était pas, il serait mort avant que nous ne puissions l'atteindre... Je suis désolé. »

Fyren resta dressé là, en état de choc, commençant lentement à trembler. Puis, alors même qu'il était sur le point de commencer à hurler de déni, un autre 'swefe nu' l'envoya s'écrouler au sol.

~(-)~

La tête blonde passa à travers l'embrasure de la porte, le jeune homme, à qui elle appartenait, entrant, avec hésitation, dans les appartements de l'homme qu'il servait, depuis qu'il avait douze ans. Liam se faufila vers la porte de la chambre, se tenant à l'entrée et essayant de ne pas pleurer, à la vue du grand seigneur gisant, pâle sur le lit.

Hargren sourit faiblement lorsqu'il le vit, faisant signe au jeune homme de venir à côté de lui et remarquant ces lueurs de chagrin réprimées. Sa voix n'était qu'un faible murmure, à peine audible.

« Il est inutile de pleurer, Liam. Je suis allé dans les terres de Cenred en connaissant très bien les risques. »

Liam baissa les yeux vers lui, ne prêtant aucune attention au médecin, qui observait de l'autre côté du lit.

« M…mais… comment sommes-nous censés continuer sans vous ? »

Hargren soupira.

« Tarven dirigera notre Conspiration à présent et tu dois faire ce que tu pourras pour l'aider. Il sait tout ce qu'il doit savoir, sur qui sont nos soutiens et nos alliés, et il y a longtemps que je l'entraîne à me succéder à ce rôle. Vous devrez tous lui accorder la même confiance et le même soutien que vous m'avez témoigné... Il sera le lien qui rassemblera nos efforts à partir de maintenant. »

Forwin hocha la tête à ces mots, s'adressant à Liam :

« Il a déjà été briefé et il a commencé à se coordonner avec ceux de nos alliés qui sont présents à Ulwin. Notre œuvre continuera, elle demeura inchangée. »

Liam se mordit la lèvre, presque comme s'il était sur le point de protester avec quelle désinvolture, il comprenait tout cela. Mais avant qu'il ne puisse l'exprimer, Hargren tendit la main et la posa sur le bras du jeune homme. Il y avait l'étincelle d'un rire et une solennité dans ses yeux quand il évoqua ses souvenirs.

« Je me souviens, à quel point tu étais difficile à contrôler quand tu m'as été confié pour la première fois... Toute la tristesse et la douleur que tu portais dans ton cœur. Ne me laisse pas devenir une autre blessure pour l'alourdir. Au lieu de pleurer ma mort, souviens-toi et chéris ce que j'ai fait dans ma vie comme tu l'as fait pour Kalem. »

Les larmes dans les yeux de Liam débordèrent, coulant sur son visage tandis qu'il acquiesçait silencieusement. Forwin choisit ce moment pour le faire sortir, ayant vu le seigneur dissimuler une grimace, et une fois que le serviteur fut parti, Hargren laissa glisser sa façade.

Il grimaça d'agonie, frissonnant tandis qu'il autorisait sa main à retomber sur les couvertures, et le médecin se rua à ses côtés.

« Hargren ? Là, laissez-moi vous donner plus de médicaments pour la douleur. »

Le seigneur le regarda en secouant la tête.

« Ne prenez pas cette peine, c'est inutile à présent. Au lieu de ça, faites venir ma femme et mon fils... et Fyren également. Je ne pense pas que je vais tenir beaucoup plus longtemps et il y a des choses que je veux leur dire. »

Forwin hésita, mais s'inclina et alla parler au garde qui se tenait dans le couloir. Pendant ce temps, dans la chambre Hargren se tenait là à attendre son retour... à attendre la mort.

Ce ne fut pas long avant que Jancine et Tarven n'arrivent, tous deux étant restés à l'écart, suite aux instructions du médecin. Mais maintenant ils allèrent aux côtés d'Hargren, Jancine s'agenouillant à côté du lit, pour lui tenir la main, tandis que leur fils se tenait solennellement à côté d'elle.

Sa lèvre trembla tandis qu'elle le regardait, tendant la main pour caresser doucement ses cheveux gris.

« Je suis là. »

Hargren tourna la tête pour regarder sa femme, ne laissant que maintenant le regret s'afficher sur son visage.

« Tu me manqueras tellement, mon plus cher amour et ma confidente. L'au-delà sera un endroit bien sombre pour moi, jusqu'au jour où nous pourrons à nouveau être ensemble. »

Son regard se porta sur son fils.

« Tarven, mon fils, souviens-toi de demeurer fort et ne faiblit pas. Beaucoup dépendra de toi à présent et tu dois continuer à bâtir la fondation, à partir de laquelle Merlin et Arthur pourront œuvrer lorsqu'il sera roi. »

Tarven inclina la tête, fermant les yeux tandis qu'il acquiesçait :

« Je jure de ne pas vous laisser tomber, Père. »

La porte de la chambre s'ouvrit, laissant entrer Fyren et Nellan, avant que le druide ne parte discrètement. Il avait de nouveau enfermé le chevalier dans la chambre d'amis et l'avait relâché lorsque Hargren l'avait convoqué.

Voyant la troisième personne qu'il avait demandée, Hargren l'appela.

« Fyren... Venez là. »

Le chevalier vint au pied du lit, s'inclinant respectueusement.

« Vous désiriez me parler, Messire ? »

Hargren demeura silencieux un moment puis prit la parole d'un ton de léger reproche.

« Il n'est plus nécessaire de m'appeler ainsi. Que ce soit la fin de la comédie entre nous, ici à ma fin. Celui qui devrait donner du 'Messire' à l'autre, c'est moi à vous. »

Fyren commença à secouer la tête.

« Non, c'est faux, parce que nous avons toujours été égaux. »

Hargren le regarda avec un léger sourire, sa voix de plus en plus faible.

« Je vous ai tant fait souffrir en vous faisant attendre tout ce temps. En vous disant d'attendre patiemment, tout en vous demandant de vous fier à mon jugement, quand je vous disais que votre intention de reprendre Escetia, ne pourrait être réalisé que lorsque Cenred serait mort. Je vous ai fait jouer le serviteur idiot et mes yeux, là où d'autres ne s'attendraient pas à les trouver. Je vous ai demandé d'être le chevalier et le champion des innocents, ceux qui sont les victimes de la haine malavisée d'Uther. Mais maintenant... Maintenant… vous devez également vous souvenir d'être le prince sage, qui ramènera un jour votre terre natale à la paix véritable. Ce futur est la raison pour laquelle j'ai œuvré si dur pour vous protéger. »

Fyren se figea, les yeux écarquillés devant ces paroles.

« Monsieur, je... »

Hargren l'interrompit fermement.

« Je vous ai demandé tant de choses toutes ces années et cependant pas une fois vous m'avez demandé quoi que ce soit en retour. Vous êtes honnête et juste, acharné et loyal et vous ferez un bon roi un jour... Vous faites honneur à votre peuple, Prince Fyrendir d'Escetia. »

Fyren, le Prince Fyrendir, déglutit avec difficulté, tandis que des larmes commençaient à lui monter aux yeux.

« Vous m'honorez, Seigneur Hargren, et je doute que je rencontrerai jamais un homme que je respecterai davantage. Sans votre bienveillance et vos efforts, je ne serais pas en vie ici aujourd'hui. »

Hargren commença à tousser, tous trois se tendirent, jusqu'à ce qu'il se détende à nouveau. Cependant, sa respiration lui parvenait avec de plus en plus de difficulté, cela était clair.

« Votre oncle, le Roi Herwen, serait fier de vous. Je sais que votre père et lui savent que vous prendrez bien soin de leur royaume quand le moment viendra. »

Il reporta son attention sur sa femme et son fils leur souriant.

« Tout comme je sais que vous prendre bien soin d'Ulwin. »

Jancine se força à ravaler un sanglot lui rendant son sourire au milieu de ses larmes.

« Nous promettons de ne jamais laisser faiblir Ulwin aussi longtemps que nous vivrons. »

Hargren s'étouffa à nouveau, luttant plusieurs secondes, avant de prendre une autre inspiration.

« Et veille à vivre longtemps... Je t'en prie, ne sois pas pressée de revenir à mes côtés. Aussi longtemps qu'il le faudra, je t'attendrai toujours. »

Il ne dit rien de plus, la pièce devenant silencieuse tandis qu'il gardait les yeux fixés sur elle. Plusieurs minutes s'écoulèrent, chaque respiration qu'il prenait plus difficile que la précédente, jusqu'à ce qu'enfin, il ne puisse plus tenir. Il réussit à afficher un dernier sourire avant que la vie ne s'éteigne de ses yeux, son corps se raidissant dans un dernier soupir.

Fyren se tint là, apathique et incapable de bouger tandis que Jancine commençait à sangloter dans la main qu'elle tenait. Il demeura calme, des larmes lui mouillant les joues, mais alors Tarven, le toujours stoïque et solennel Tarven, perdit son calme et commença à sangloter. Il s'effondra sur ses genoux, ses mains cognant le sol tandis que son chagrin débordait.

« P-père... »

En voyant cela, Fyren ne put se retenir un instant de plus. Lui aussi, tomba à genoux de chagrin, aussi pris dans des sanglots déchirants que l'était Tarven...

Hargren, le Seigneur d'Ulwin, son protecteur depuis quatorze ans et fondateur de la Conspiration, était mort.

~(-)~

Bon ben... voilà quoi. J'ai pleuré en traduisant le chapitre, si ça intéresse quelqu'un... Abeille, au passage, tu me retrouveras le passage de Motifs où Hargren meurt ? Ça m'intéresse... :P Colinou, tu n'étais pas loin avec ta patrouille !