Bonsoir à tous :)
Bon, désolée pour l'attente, j'ai toujours pas de nouvelles de ma chère correctrice, mais on fait avec ( sorry pour les fautes, je fais de mon mieux ) et par dessus tout, je suis en vacances loin de tout.
Oui oui, des vacances sans wifi c'est comme des crêpes sans nutella, c'est terrible...Mais on fait avec !
Alors ... J'ai vu que vous m'aviez laissé des reviews :3 Merciiiiii ! Je n'ai pas pu vous répondre plus tôt, ni aux guest, ni à ceux qui sont inscrits sur le site alors je fais ça maintenant, bien vite avant que vous puissiez lire le chapitre qui suit !
Nanoush, je suis contente que ça t'ait plu, et j'espère vraiment que la suite te plaira autant :)
Leevy, heureuse que tu aies apprécié le duo Raven / Wells ! J'ai adoré écrire dessus, justement parce qu'on ne les voit pas souvent ensemble ;)
Agatheduval, plus besoin de m'envoyer une brigade spéciale, la suite arrive ( et pitié, ne m'en envoie pas non plus à la fin du chapitre, même si tu meurs d'envie de me tuer x) )
Graciel, merci pour ta review. Je t'avoue qu'elle m'a perturbée un moment quand même. Alors peut-être que tu vas pouvoir me rassurer sur un point ? La suite est beaucoup décalée ? Parce que c'est ma plus grande crainte maintenant x) Bon, j'espère que la suite te plaira quand même ;)
GreenEyes, voila, l'attente est terminée, la suite est là, prête à être lue :)
Bon, je ne vous retiens pas plus longtemps, et vous laisse lire ça. On entre véritablement dans les chapitres réécris là, je rappelle que le dernier avait survécu au massacre ( lucky one ... )
Bellamy regarde Clarke se saisir de son hamburger, et en prendre une bouchée. Il n'a pas fallu longtemps à la jeune femme pour le convaincre, et ils ont rapidement changé de direction pour se lancer à la recherche d'un bar.
Ils ont trouvé un petit établissement, à quelques pâtés d'immeubles de l'Arche, en plein centre-ville, un restaurant au rez-de-chaussée d'une bâtisse en brique rouge. L'intérieur est sombre, et la décoration est kitch, mais on les a installés dans ce petit renfoncement, en face du bar, là où les habitués de la maison côtoient les clients qui attendent leur table.
La décoration les avait frappé à leur arrivée : le papier peint beige qui a jauni — ou serait-ce du à l'éclairage ? —, les tables recouvertes d'une nappe en vichy rouge, les chaises en bois verni, Laurel et Hardy sur une balançoire, ici la photo d'un voilier immense, là-bas celle de la mer s'écrasant au pied d'un phare, le gouvernail d'un vieux navire, des filets de pêche qui n'ont jamais servi. Et toutes ces reproductions d'oeuvres célèbres, dans lesquelles Marilyn Monroe s'invitait : ce tableau de Hopper, Nighthawks, où la femme remplaçait la rousse habituelle, où encore celui-ci, sur lequel l'actrice apparaît à un banquet, entourée des plus grandes figures du cinéma américain. L'image de cette icône blonde hollywoodienne s'affiche jusque sur les cartes de visite, sur lesquelles elle affiche son sourire charmeur, ses dents blanches, ses lèvres rouges, ce grain de beauté si connu, et son décolleté. Tout ici est vieux et dépassé, mais on se sent bien dans ce restaurant.
« Quoi ? » demande Clarke, en piquant une frite dans l'assiette de Bellamy.
Le jeune homme sursaute. Il ne s'était pas rendu compte qu'il n'avait pas quitté la jolie blonde des yeux. Il secoue la tête et fronce les sourcils lorsqu'il réalise ce qu'elle vient de faire.
« Eh ! » s'écrit-il.
Mais la frite a déjà disparu dans la bouche de Clarke.
« Comment tu fais pour garder tout ça ? » s'étonne-t-il alors qu'elle croque à pleine dents dans son hamburger.
Clarke prend son temps avant de répondre, savourant son repas, mais par-dessus tout, prenant un malin plaisir à faire attendre Bellamy.
« Je te signale que j'ai trois heures d'entrainement par jour avec toi. Alors je crois que je peux me permettre un petit hamburger de temps à autre. »
Bellamy s'apprête à répondre, quand la serveuse, une jolie brune aux yeux gris, s'approche d'eux.
« Avez-vous terminé ? » demande-t-elle au jeune homme d'une voix cajoleuse.
« Oui, oui. » répond-t-il sans un regard pour la femme.
Clarke la regarde débarrasser leurs assiettes, alors qu'elle prend soin de se pencher vers Bellamy pour qu'il puisse admirer la vue qu'offre son décolleter. Mais devant le manque de réaction du beau brun, elle s'en va, une moue dépitée sur le visage.
Un regard amusé sur le visage, Clarke dévisage Bellamy. Une brunette, grande, mince, serrée dans un jean en cuir et un t-shirt gris qui met en valeur sa poitrine généreuse se penche vers lui et il ne réagit pas ?
« Un problème Princesse ? »
« Je pourrais te retourner la question... »
Le regard étonné qu'il lui lance l'incite à poursuivre.
« Ne me dis pas que tu n'as pas vu les regards qu'elle te lançait ? » dit-elle en désignant d'un signe de tête la serveuse dont le regard revient sans cesse vers leur table. « Nan mais depuis quand tu ne t'intéresses plus aux jolies filles qui se baladent sous ton nez ? »
L'incompréhension qu'il y avait dans les yeux de Bellamy laisse place à de l'amusement, et ses lèvres s'étirent en un petit sourire. Il pose un instant ses yeux sur la serveuse, qui lui adresse un petit signe de la main, mais la chevelure blonde de Clarke demeurant dans son champ de vision, son regard revient toujours vers elle. Avec ses cheveux qui tombent en cascade sur ses épaules, et sa chemise blanche dont elle a remonté les manches, elle est vraiment très belle.
« Qui a dit que je ne m'y intéressais plus ? » dit-il.
Dans un effort vain de cacher sa gène, Clarke baisse la tête. Cependant, Bellamy remarque sans peine ses joues qui se teintent d'une délicieuse couleur rose.
« Je crois que je suis déjà venu ici. » dit-il enfin.
« Tu crois, ou tu en es sûr ? » demande Clarke, qui ne comprend pas comment on peut douter d'une telle chose.
« J'en sais rien, Princesse. C'est Murphy qui m'a trainé ici. »
« Ca ne m'étonne même pas ... » soupire la jeune femme en jetant un regard au pub irlandais, un rictus aux lèvres. « Mais ça n'explique pas le fait que tu aies pu oublier une telle chose ! »
« J'en sais rien, je te dis ! C'était après qu'on ait récupéré Jasper et Monty, après le débrief. Et honnêtement, j'avais d'autres problèmes en tête. »
Clarke tend l'oreille. Ce fameux sauvetage. Celui dont elle ne peut se remémorer la fin de la soirée. Mais Bellamy s'ouvre à elle, lentement. Avec un peu de chance, – et un peu d'aide –, la jeune femme pourrait obtenir quelques réponses...
Bellamy, après avoir fixé son verre avec la plus grande attention, relève les yeux vers la belle blonde qui, un petit sourire aux lèvres et les coudes appuyés sur la table, se penche un peu vers lui.
« Ah cette soirée … Que dis-je ? LA soirée … »
« Dommage que tu ne puisses pas t'en rappeler ... » susurre Bellamy, déstabilisant à son tour la jeune femme.
Mais Clarke ne se laisse pas démonter pour autant. Elle veut savoir. Elle doit savoir.
« Qu'a-t-il pu se passer pour que tu en fasses tout un mystère ? C'est vrai quoi, tu m'as dit toi même qu'il ne s'était rien passé, pas vrai ? »
« Tu aimerais bien savoir … Mais tu ne t'en rappelles pas ! »
« Alors … » soupira Clarke, croisant puis décroisant ses jambes pour se donner une contenance. « Il ne s'est rien passé de bien intéressant, c'est tout ce que je peux en conclure... »
Elle cherche du regard celui de Bellamy, mais les yeux du jeune homme s'attardent encore sur ses jambes. Aaaah ! Elle était certaine que cela fonctionnerait !
« N'est-ce pas ? » insiste-t-elle.
« Hum... Tu disais ? » sursaute Bellamy, quittant le fil de ses pensées.
« Que ce qui s'était passé n'était pas inoubliable. La preuve. »
Il ne se l'admettrait pour rien au monde, mais au fond de lui, cette phrase faisait aussi mal qu'un coup de couteau. Blessure que seule Clarke aurait pu lui faire.
« Allez Bellamy ! » reprend-t-elle d'une voix presque suppliante, n'ayant pas remarqué la douleur passer dans les yeux noirs du beau brun. « Tu ne vas pas me laisser comme ça ?! »
Pesant un instant le pour et le contre, le jeune homme laisse son regard dérivé vers son interlocutrice. Ses cheveux blonds qui ondulent sur ses épaules, ses beaux yeux bleus, ses joues roses, ses lèvres, son attitude provocatrice, tout en elle lui hurle de lui dire la vérité. Mais non. Non. Il s'est promis de ne pas le faire. Et puis, c'est elle qui est rentrée dans le jeu la première. Alors autant en profiter un peu.
Clarke, qui commence à se sentir légèrement gênée de la façon qu'a Bellamy de la regarder, s'est recroquevillée sur elle-même au fur et à mesure que le sourire de l'homme s'élargissait. Peut-être avait-elle fait une erreur ... Peut-être n'aurait-elle pas dû.
« Peut-être qu'il vaut mieux que tu ne saches pas... » avoue Bellamy, revenant peu à peu à la situation actuelle. Puis, un étrange sourire aux lèvres, il se penche en avant, son visage à quelques centimètres de celui de Clarke qui s'est redressée elle aussi : « Peut-être que tu ne pourrais pas encaisser ce que j'aurais à te révéler. »
« Dis toujours, Blake. »
o.O.o
Octavia sort de la salle de sport, son sac sur l'épaule. Elle réajuste son débardeur noir, vérifie les lacets de ses chaussures — il n'y a rien de plus agaçant que de tomber dans le couloir, au milieu d'une dizaine d'agents qui savent parfaitement qui vous êtes, et qui ne peuvent s'empêcher de répéter à votre frère que vous vous êtes encore donnée en spectacle aujourd'hui — et, un grand sourire aux lèvres, s'élance dans le couloir.
Il faut absolument qu'elle parle à Bellamy. Mais maintenant qu'elle y pense, il est parti en mission depuis peu, et à l'heure qu'il est, Clarke et lui sont probablement coincés dans le trafic. Préférant s'en assurer, Octavia presse le pas, et se dirige vers l'appartement qu'elle partageait encore avec son frère quelques mois plus tôt.
Suivant le couloir légèrement courbe qui désert les logements de cet étage, Octavia se sent de plus en plus oppressée par ces murs gris, ce sol gris, ces néons qui renvoient une lumière douce mais parfois blafarde. Quand a-t-elle vu le soleil pour la dernière fois ? Autrement qu'à travers le dôme, la fenêtre de son appartement, celui de son frère ou encore celui de Clarke où elle passait désormais le plus clair de son temps. Quand a-t-elle vraiment ressenti le vent sur ses joues ? Car la légère brise que soufflent les ventilateurs de l'Arche, ou le vent artificiel des salles de tir ne compte pas.
Mais plus important : quand est-elle sortie pour la dernière fois ?
Alors qu'elle arrive devant la porte de l'appartement de son frère, c'est clair à l'esprit d'Octavia. Elle veut sortir d'ici. Et par tous les moyens nécessaires.
o.O.o
« Marcus ! »
Marcus Kane sursaute en attendant son prénom hurlé dans le couloir, ne s'attendant pas à voir débouler devant lui une furie brune.
« Tu as vu mon frère ? » s'enquit Octavia, les joues rouges d'avoir couru.
« Hum... Bonjour à toi aussi Octavia. »
« Ah oui... Bonjour. » dit la jeune femme en éloignant la remarque d'un geste de la main. « Bon, Bellamy ? »
Kane retient un soupire. Octavia est la gamine la plus bornée qu'il connaissent. Après Clarke peut-être. Il jète un rapide coup d'oeil à sa montre, qui lui indique qu'il est déjà en retard. Et Marcus Kane n'est jamais en retard. D'un signe, il propose à Octavia de le suivre et ils s'engouffrent tous deux dans la cabine d'ascenseur.
« Je n'ai pas vu ton frère. » dit enfin l'homme alors qu'il voit que la jeune femme s'apprête à réitérer sa question. « Lui et Clarke ne sont toujours pas revenu. »
Le regard d'Octavia s'assombrit.
« Ecoute. » soupire Kane alors que l'ascenseur s'arrête à l'étage demandé. « Thelonius m'attend. Patiente un peu, Bellamy ne va pas tarder. Je t'appellerais dès qu'on m'aura informé de son retour. »
Octavia hoche la tête, retrouvant aussitôt son sourire enfantin. Elle réalise à quel étage elle se trouve et décide d'y descendre. Sa sortie se ponctue de « pardon », « désolée », « paaaardon », et les portes en verre se referment derrière elle.
Quelques regards amusés se retournent vers Kane. Tout le monde ici sait bien que la fratrie Blake est sous sa protection depuis le décès de Jake Griffin, et bizarrement, tous les écarts de Bellamy et les bêtises de sa petite sœur son aisément oubliés.
L'ascenseur s'arrête enfin au dernier étage et Marcus pénètre dans la salle d'attente de Jaha. Il salue de la tête Mel qui, en pleine conversation téléphonique s'interrompt quand même pour lui répondre. Puis sans prendre la peine de se faire annoncer, et encore moins de frapper, il ouvre la porte du bureau du directeur.
Thelonius Jaha est assis derrière son bureau, enfoncé dans son grand fauteuil en cuir, et ne lève même pas la tête. Trois rides barrent son front alors qu'il fixe ses interlocutrices d'un air grave.
« Marcus... Tu tombes bien. »
Kane s'avance, souriant.
« Que se passe-t-il ? » demande-t-il tout en prenant place à côté des deux femmes qui ne se sont pas retournées non plus à son arrivée.
« C'est à propos de Bellamy... » soupire Jaha alors que Callie est la première à regarder Kane dans les yeux, un petit sourire réconfortant sur les lèvres.
Puis Abby quitte enfin Thelonius des yeux, les plongeant dans le regard noir de Marcus avant de dire d'une voix grave.
« Nous pensons qu'il a une très mauvaise influence sur Clarke. »
o.O.o
Wells jète un coup d'œil dans le rétroviseur arrière. Vu l'état dans lequel se trouve Raven, mieux vaut ne pas prendre de risque. La jeune femme ne pourrait pas se battre, et Wick n'a aucune notion de combat, ou alors très peu.
Il reporte son attention sur la route. La mission les a épuisés. Il sent ses muscles endoloris et sa peau le brûler aux endroits où il a été blessé. Mais ce n'est rien face à ce que Raven a vécu. Il y a eu plus de peur que de mal, bien sûre, mais le choc a été rude.
Wick, très inquiet, l'a inspectée, soucieux qu'elle n'ait une commotion cérébrale ou autre chose tout aussi grave. Mais Raven a tôt fait d'éloigner toutes ces remarques d'un geste de la main, accompagné d'un grognement très disgracieux. Elle était épuisée et la dernière chose qu'elle souhaitait, c'était entendre Wick lui expliquer en long en large et en travers que la puissance du choc qu'elle avait reçu pouvait laisser des séquelles. Elle savait. C'est elle qui avait fait explosé le bar. Elle qui s'en était enfuie en courant. Elle qui avait été propulsée par le choc, pour atterrir quelques mètres plus loin. Et elle qui avait un mal de chien à peu près dans tout son corps. Alors merci. Elle n'avait pas besoin qu'on lui rappelle les risques.
Elle s'est assoupie peu de temps après, malgré Wick qui lui hurlait qu'elle ne devait pas dormir. Mais elle était épuisée, et désobéir au jeune homme blond était trop tentant.
Elle dort désormais paisiblement, sa tête reposant sur l'épaule de Wick. Wells n'a fait aucun commentaire, se contentant de jeter un coup d'œil ou deux à son ami, dont le visage s'était éclairé d'un sourire tendre l'espace d'un instant.
« Quoi ? » grogne Wick alors qu'il surprend le regard du conducteur.
« Hum ? Non rien ... » murmure Wells en se concentrant à nouveau sur la route.
Wick laisse échapper un soupire. Wells peut bien rire s'il le souhaite, Raven dort sur son épaule. Et alors ? La pauvre, elle est épuisée. Le jeune homme la regarde du coin de l'œil. Il a trop peur de la réveiller s'il bouge. Son beau visage est parsemé d'égratignures, une plus grosse sur son front, dont le saignement s'est enfin arrêté, et une autre partant de sa lèvre inférieure, et descendant jusqu'au menton. Sans compter les bleus sur ses mains, dans son cou et sur son visage, ou ceux qu'elle a probablement sur les bras et les jambes.
Ses yeux remontent vers son visage, et il se tourne légèrement pour mieux la regarder. Tant pis. Wells se moquera de lui. Elle n'est plus la même lorsqu'elle dort. Raven semble plus fragile, apaisée, moins dure avec elle même, comme avec les autres. Un instant, Wick se fait la réflexion qu'il aurait peut être aimé qu'elle soit ainsi tout le temps. Et puis non.
Raven est bornée, casse couille, un brin prétentieuse, mais elle est aussi intelligente, forte, sure d'elle, et incroyablement belle. Pour rien au monde il ne voudrait que cela change.
Une fois de plus, Wick ne peut empêcher ses lèvres de s'étirer en un sourire. Et Wells le remarque mais ne dit rien.
Ils approchent du quartier sécurisé de l'A.R.C. et bientôt, Wells tourne à gauche. La voiture s'engouffre dans un parking public. Malgré le faible éclairage, Wells ne ralentit pas. Les pneux crissent sur le béton lisse et il descend les trois étages en quelques minutes puis emprunte la troisième allée sur sa gauche, l'allée S
Toutes les places sont prises, exceptée celle du fond. Wells s'y gare. La voiture est plongée dans le silence l'espace d'un instant, puis le mur face à eux se met à trembler avant de basculer. Wells accélère aussitôt et s'enfonce rapidement dans le souterrain. Il l'a emprunté des centaines de fois. Le couloir s'éclaire au fur et à mesure qu'il s'y avance, par des néons bleus qui donnent au tunnel un aspect futuriste alors qu'il s'enfonce doucement dans le sol.
Ils débouchent dans le parking de l'Arche, et laissent la voiture à la place qui lui est réservée. Alors que Wells ouvre le coffre pour prendre les sacs d'armes et de munitions, Wick tente, le plus doucement possible, de réveiller Raven. La jeune femme grogne un peu, mais finalement, quitte son siège, aidée par l'ingénieur.
Un bras passé par dessus les épaules de Wick alors que le jeune homme la soutient fermement, Raven s'avance vers la porte qui mène au Pont.
« Ca va ? » demande Wells alors qu'elle passe devant lui.
Raven lui répond par une grimace qui le fait sourire. Mais son amusement est de courte durée. Son bracelet émet un * bip * sonore et l'instant d'après l'image de Kane s'affiche en hologramme. Wells reconnaît sans peine le bureau de son père.
Leur supérieur semble contrarié. Il salue à peine ses agents puis leur demande de monter le voir. Immédiatement.
« Ca promet ... » murmure Wick.
o.O.o
« Vous pouvez disposer. »
Wells baisse les yeux après avoir croisé le regard de son père. Ou plutôt devrait-il dire du directeur. Après tout, son père ne s'est jamais montré très affectueux envers lui, encore moins depuis qu'il est lui-même agent de l'A.R.C. .
Le jeune homme ne se le fait pas dire deux fois. Il quitte aussitôt sa place, dans un coin du bureau, et pendant que Wick propose gentiment de l'aide à Raven, il s'éloigne vers la porte. Kane les raccompagne.
« Excuse ton père, Wells. Il est un peu occupé en ce moment. »
Comme toujours. Pourtant, bien qu'il meurt d'envie de le dire, Wells se retient, ce serait extrêmement puéril de sa part. Son père est à la tête d'une des plus grosses agences de renseignement des Etats-Unis d'Amérique, il a des devoirs et des obligations. Dont son fils ne fait plus partie malheureusement.
« Un problème avec Abby ? » demande Raven qui a remarqué la mère de Clarke sortir du bureau quelques secondes avant qu'eux n'y rentrent.
L'absence de réponse de Kane laisse présumer que Raven avait raison. Il y a bien quelque chose qui se passe. Et si Abby est impliquée, alors Clarke l'est aussi.
« Wick, j'aimerais que tu nous fasses ton rapport le plus rapidement possible. A vrai dire, je le veux dans la soirée. » reprend Kane.
Il demande à Raven de le tenir au courant si son état s'aggrave, salue ses agents qui retourne dans le bureau de Jaha, les laissant tous trois perplexes.
Les trois jeunes gens se regardent un instant. Tous pensent à la même chose. Qu'a pu faire Clarke pour que sa mère, Callie, Kane et Jaha se retrouvent en réunion toute une journée ? Mais Wick a d'autres choses à faire. Il prend rapidement congé, après avoir fait promettre à Raven de retourner voir un médecin et de passer à son bureau dans la soirée.
« Des nouvelles de Clarke ? » demande Wells lorsque l'ingénieur disparaît au coin du couloir.
Raven sursaute, elle n'avait pas prévu d'aborder ce sujet.
« Elle accompagnait Bellamy en mission ce matin. C'est tout ce que je sais. »
« Ils passent pas mal de temps ensemble … » fait remarquer le jeune homme, l'air de rien.
« Il est son instructeur Wells. C'est normal. »
« Oui, mais tout de même, j'ai l'impression que … Tu ne trouves pas qu'elle a changé ? »
Cette fois-ci, Raven se raidit totalement.
« Je ne la connaissais pas avant Wells. Certes, elle a changé, mais ce n'est pas pour autant qu'elle est sur la mauvaise voie. »
« Oui mais j'ai l'impression que Bellamy l'y conduit, sur la mauvaise voie. Je veux dire... On le connait Raven. C'est Bellamy Blake. Mais enfin à quoi pensait Kane lorsqu'il lui a confié Clarke ? »
Raven, dont les blessures commencent à se faire sentir, laisse échapper un soupire.
« Wells, je te le répère, il est son instructeur. Clarke est grande et... »
Elle lève les yeux vers lui et leurs regards se croisent. C'est à ce moment qu'elle voit toute la douleur dans les yeux de Wells. Et elle comprend.
« Oh bordel Wells Jaha ne me dit pas que … »
Les quelques personnes qui se trouvaient dans le couloir que les deux jeunes gens venaient d'emprunter se retournent, mais Raven n'en tient pas compte, trop ahurie pour faire preuve de discrétion.
« Chut ! » s'écrit Wells en l'attrapant par le bras.
Il l'entraine à sa suite dans la première salle vide qu'il trouve, et ne la lâche que quand il est sur et certain que personne ne pourra les entendre.
o.O.o
Bellamy ouvre la porte, laissant Clarke passer devant lui. Ils viennent de passer un quart d'heure dans le bureau de Thelonius, en compagnie de Kane pour un rapide debrief de leur mission.
« Bon et bien … Ca ne s'est pas trop mal passé … » soupire Clarke.
« Tu parles. C'est parce que tu étais ... »
Le jeune homme est coupé par une voix féminine, qu'il reconnaît aussitôt.
« Clarke ? »
Il sursaute. Abby s'approche d'eux, un sourire hyprocrite sur les lèvres. Elle enlace sa fille, puis salue d'un bref signe de tête Bellamy. Ce dernier déglutit.
« Alors cette mission ? » demande-t-elle à sa fille.
« On sort du débrief, » explique Clarke en pointant du pouce la porte du bureau de Thelonius. « On a un rapport à faire. »
Depuis quelques temps, sa mère a une attitude étrange, mais Clarke se persuade que tout est dû à son entrée à l'A.R.C. Elle est cependant loin de s'imaginer que tout est lié à Bellamy et elle, dont elle perçoit cependant très bien la gène.
Alors qu'elle s'apprête à saluer sa mère, Clarke reçoit un appel sur son bracelet. C'est Octavia, elle doit répondre. Elle montre à Bellamy le nom de sa sœur qui s'affiche, et s'éloigne rapidement.
« Alors ? » demande soudain Abby.
« Madame Griffin ? » dit Bellamy, légèrement perdu.
Le sourire faussement poli de la femme s'élargit en quelque chose de plus carnassier.
« Mais non, Bellamy, appelle-moi Abby. Tu permets que je t'appelle Bellamy ? Après tout, j'ai l'impression que tu fais partie de la famille ! »
Ah c'était donc ça ! Abby souhaitait des explications. Elle n'en avait probablement pas eu de la part de sa fille alors elle n'attendait qu'une chose : le coincer lui.
« Je crois qu'il y a eu un malentendu, Madame. Euh je veux dire... Abby. Ce que vous avez cru voir, … enfin ce que vous avez vu … n'avait pas lieu d'être et... »
« Epargne-moi tes bêtisses, Bellamy. Je sais ce que j'ai vu. Je connais ma fille, et je te connais, toi. »
Bellamy écarquille les yeux. Il a du mal à voir où Abby veut en venir, bien qu'il ait une petite idée. La femme continue alors.
« Vois-tu, avant que tu ne débarques dans sa vie, elle suivait sa voie, celle qu'on lui avait tracée. Elle était sage, posée, étudiait la médecine et s'apprêtait à devenir un médecin de renom. Et tu arrives, beau jeune homme mystérieux, fauteur de trouble, au cœur de l'action, tu l'entraines derrière toi dans ta vie. Ca t'amuse, elle est belle, novice, et surtout, tu l'attires.
« Tu sais, j'ai eu votre âge moi aussi. Je sais ce que c'est. On arrive ici, on est jeune, on vit tous la même chose. L'espionnage, le danger, le secret, l'action, c'est exaltant. Et on aime ça. J'ai connu ça, vivre avec ses amis, sortir à la Station 13. Je l'ai fait. C'est d'ailleurs comme ça que j'ai connu mon mari. Il était jeune, beau, il aimait l'action, avait le goût du risque, de l'aventure, il n'avait peur de rien et souhaitait aider les gens. Ca attire, je ne le nierais pas.
« Mais je connais aussi ma fille, Bellamy. Elle est intelligente, déterminée, motivée. Comme son père, elle aime l'aventure, l'action, venir en aide aux autres. Mais tout comme l'était Jake, elle peut être très crédule aussi. »
A ces mots, Bellamy se braque. Clarke, crédule ? Et puis quoi encore ? Mais il se retient de répondre. Du moins, pour l'instant.
« Je ne sais pas à quoi tu penses, ah ça non. Mais je peux aisément imaginer ce qui te motive. Je suis peut-être hors-service, mais je sais me tenir au courant. Et j'ai entendu parler de toi. Bellamy Blake. Excellent élève. Agent prometteur. Coureur de jupons. Charmeur de ces dames. Elles tombent toutes à tes pieds.
« Clarke n'est pas comme ça. Est-ce une opportunité ? Un défi ? C'est tellement facile, tu es son instructeur, vous passez vos journées ensembles, tu l'entraines au combat, l'emmènes lors de tes missions, crois-moi, il n'y a rien de mieux pour se rapprocher.
« Mais voilà. Tu es son instructeur, Bellamy. Dois-je te rappeler ce que cela implique. Kane ne cesse de me répéter que tu es l'un de ses meilleurs agents. Ce serait dommage que tu perdes ton poste pour ne pas avoir rempli tes responsabilités tu ne crois pas ? Car il est interdit pour un superviseur de ... »
« Elle ne s'en rappelle pas. »
« Pardon ? »
Si ça lui fait terriblement mal de l'admettre, le ton presque enjoué d'Abby lui retourne l'estomac.
« Vous avez parfaitement entendu, Madame Griffin. Votre fille ne se rappelle pas m'avoir embrassé. Oui, car elle est celle qui a commencé. Vous pouvez croire ce que vous voulez, mais Clarke est adulte. Elle sait parfaitement ce qu'elle fait, et si je vous donne l'impression de lui faire du rentre dedans, croyez-moi, elle n'est pas en reste. » avoue Bellamy, retrouvant peu à peu son assurance alors que le visage d'Abby se décompose.
« Elle ne s'en rappelle pas ? » C'est tout ce qu'elle parvient à dire, avant de retrouver ses esprits. « Ecoute-moi bien. Si Clarke ne s'en rappelle pas, c'est mieux pour elle. Elle n'a pas que ça à faire de perdre son temps avec toi. Ce n'est pas ce pour quoi elle est faite. Ca ne lui permettra pas d'accéder à la grande carrière qui lui est promise. Tu ne lui permettras pas d'y accéder. »
« En aucun cas, je ne comptais lui en parler, Madame. »
Le sourire d'Abby s'élargit. Du coin de l'oeil, elle remarque que sa fille termine son appelle. Elle se penche vers Bellamy et baisse légèrement le ton.
« Alors c'est parfait. Ce sera notre petit secret. »
o.O.o
« Je l'savais ! Yes yes yes, je l'savais ! Je le savais ! » chantonne Raven, peut être un peu fort.
« Chuuuut ! » s'écrit Wells, regardant nerveusement derrière lui.
Mais la jeune femme n'entend pas. Elle est trop fière d'avoir remporté son pari avec Octavia qu'elle ne voit pas le regard blessé que Wells tente de dissimuler. Il baisse les yeux et sa tête rentrée dans ses épaules il murmure quelque chose.
« Qu'est-ce que tu dis ? »
« Pas la peine d'en faire toute une histoire ! » répète-t-il hargneusement.
Raven écarquille les yeux. Wells est vexé. Terriblement vexé même. Bien sûre qu'il l'est. Il est amoureux de Clarke depuis l'enfance. Et aujourd'hui, il réalise que jamais elle ne partagera ses sentiments. Après tout, il a Bellamy Blake en face de lui. Le poulain de Kane. Un prodige de l'espionnage. Le type que toutes les femmes veulent. Face à lui, il n'a aucune chance.
Un petit sourire triste, Raven prend la large main de Wells dans la sienne, y appliquant une légère pression.
« Est-ce qu'elle sait. »
Le regard fuyant de l'homme en dit long. Non elle ne sait pas. Il ne lui a jamais dit. N'a jamais laissé échapper un quelconque signe qui l'aurait trahi. Elle n'en a pas la moindre idée.
« Et qu'est-ce que tu penses ? Qu'elle risque de le deviner, comme ça, au cours d'une mission ? Bon, ça crève les yeux, mais quand même Wells ! Bon sang, tu combats le G.R.O.U.N.D., et tu es incapable de dire à la femme que tu aimes ce que tu ressens ? »
Aucune réponse.
« Rah les hommes ! » soupire Raven, se laissant violemment tomber contre le dossier de sa chaise et grimaçant au passage.
Ils restent silencieux pendant un moment alors que Raven tente de se calmer et que Wells rumine ses pensées. Ce dernier est cependant le premier à reprendre la parole.
« Raven. » murmure-t-il, attrapant la main de celle qu'il espère devenir une amie. « Tu ne peux pas en parler. Ni à Clarke, ni à Octavia, ni à personne. Tu m'entends ? »
La jeune femme acquiesce, soudainement très mal à l'aise. Mais elle comprend la peur de Wells. Clarke est en colère contre lui, et semble bien décidée à ne plus lui parler. Qu'elle sache que Wells en pince pour elle ne changerait rien, et rendrait le jeune homme encore plus malheureux.
« Ne t'inquiète pas. » acquiesce Raven. « Ce sera notre secret »
o.O.o
« Tout va bien ? » demande Clarke en revenant vers sa mère et Bellamy.
Elle aurait juré les avoir vu en pleine conversation, mais ils sont à présent étrangement silencieux. Sans compter cette pesante sensation de gène qui flotte dans l'air.
« Tout va très bien, ma chérie. Bellamy et moi discutions justement de toi. »
« Ah... » murmure Clarke.
Connaissant sa mère, le jeune homme a du en baver. En parlant de ça …
« C'était O. » dit-elle au frère de cette dernière. « Elle nous attend, il semblerait que ce soit urgent. »
Bellamy hoche la tête et sans prendre la peine de saluer Abby, s'éloigne, attrapant le poignet de Clarke au passage.
« A plus M'man ! » crie la jeune femme avant de tourner dans le couloir principal, puis elle se retourne vers Bellamy. « Qu'est-ce qu'il se passe ? »
« Octavia nous attend. »
« Vous avez discuté, avec ma mère ? » demande Clarke alors qu'ils atteignent bientôt l'étage de leurs appartement.
Bellamy qui se tient dos à elle, ne bouge pas d'un poil. Dès lors que la porte vitrée s'ouvre, il quitte l'habitacle et s'élance dans les couloirs, Clarke à sa suite.
Octavia est assise par terre, ses talons posés à côté d'elle, les pieds enfoncés dans la moquette qui tapisse les couloirs. Elle entend le pas pressé de son frère à quelques dizaines de mètres et se lève aussitôt. Lorsque Bellamy apparaît, au coin du couloir, elle voit sur son visage que quelque chose ne va pas.
Alors que Clarke déverouille la porte de son appartement, la jeune femme tente de sonder le visage de son frère, sans réussir à en tirer quoi que ce soit. Aussi, quand leur amie leur propose de venir boire un verre ou grignoter quelque chose, Octavia se voit forcée d'inventer une excuse pour refuser.
« C'est notre soirée... notre soirée fil- … soirée film. »
« Soirée film ? » répète Clarke, perplexe.
Octavia hoche vigoureusement la tête.
« Ok... » répond Clarke, quelque peu déçue. « On se voit plus tard alors ? »
La plus jeune des Blake acquiesce, embrasse son amie sur la joue, puis sa main serant fermement celle de son frère, elle quitte l'appartement en trombe.
Le chemin entre l'appartement de Clarke et celui de Bellamy ne lui a jamais semblé aussi long. Ils arrivent enfin devant la porte, qu'elle déverouille. Sans lâcher la main de son frère, elle gravit quatre à quatre les marches. Puis elle le fait s'assoir dans son fauteuil préféré — un vieux canapé en cuir beige un peu passé — et trotine dans la cuisine pour prendre un soda et un bière dans le frigo.
« Tiens. » dit-elle en posant la bouteille devant Bellamy. « Et maintenant, crache le morceau. »
o.O.o
Bellamy, sa bière à la main, jette un regard perdu à sa sœur. Que veut-elle qu'il lui dise ? Elle sait tout ! Qu'il est un coureur de jupons, un arnaqueur professionnel, un menteur, un lâche, un profiteur. Octavia a grandi avec lui après tout, elle est au courant.
Voyant que son frère n'est pas décidé à parler, Octavia prend une gorgée de coca, l'incitant à faire de même. A la moitié de la bouteille, Bellamy craque. Elle veut savoir ? Il lui dit tout.
Son attirance pour Clarke, le pari avec John, le jeu que c'était au début, puis le défi que c'est rapidement devenu. Sa volonté de tout arrêter, mais son envie de continuer en voyant que la jeune femme résiste. Comment il avait noyé cette obsession grandissante un soir, avant de laisser Clarke l'embrasser. Il l'avait provoquée, il faut l'avouer, mais c'était elle qui s'était jetée dans ses bras. Et puis apprendre qu'elle ne s'en rappelait pas l'avait blessé, il ne l'aurait jamais admis, mais ça l'avait blessé, surtout après la manière dont elle l'avait envoyé bouler. Alors plus question d'abandonner. Il voulait gagner, la faire plier, tomber, la voir ramper à ses pieds. Il voulait Clarke Griffin et il l'aurait. Mais c'était avant qu'il ne la connaisse. Et aujourd'hui, le dilemme était encore plus important. Elle était son amie, mais la voulait encore plus. Puis on ne cessait de lui répéter qu'il ne pouvait pas, que c'était une question d'éthique. Il était son instructeur, il avait été recueilli par Jake. Ca ne se faisait pas. Tout ça le rendait dingue.
Octavia attend patiemment qu'il termine. Et quand enfin il se renfonce dans son fauteuil, elle tend le bras et attrape sa main.
« Tu es certain qu'il n'y a rien d'autre ? »
Le regard qu'elle lui lance le fait craquer. Octavia a toujours su tirer de lui les réponses qu'elle attendait. Même de manière involontaire. Est-ce involontaire aujourd'hui ? Surement pas. Mais Bellamy ne peut résister.
« J'ai parlé à Abby. »
Et c'est reparti pour un tour. Il répète mot pour mot — tout est gravé dans sa mémoire — ce que la mère de Clarke lui a dit. Elle a vu clair en lui. Elle sait qu'il ne souhaite que piéger sa fille. Qu'il est lâche. Menteur. Pas sérieux. Qu'il a changé sa fille, la déviant du droit chemin. Qu'il ne la mérite pas.
Mais est-ce que ce qu'il souhaite, c'est pouvoir la mériter ?
Octavia est restée étonnamment silencieuse, se contentant d'hocher la tête et de serrer la main de son frère. Cette fois, elle sait qu'il a tout dit, qu'il a lâché tout ce qu'il avait sur le cœur. Elle laisse échapper un soupire.
« Bell... »
Bellamy grimace. Au ton de sa voix, il sent que ça va barder.
« Je ne vais pas te faire la morale. » poursuit-elle.
Ah bon ?
« Tu es grand. Tu sais ce que tu fais. Tout comme Clarke. »
Et bien en voilà enfin une qui pense comme lui.
« Mais je crois que tu fais une erreur. »
Bellamy se fige. C'est la première fois que quelqu'un lui dit cela. Quelque chose d'interdit. Une connerie. Une absurdité. Tout ça, il a entendu. Mais une erreur ?
« Clarke est une fille géniale, vraiment, je l'adore, et crois-moi, je suis très heureuse de vous voir si proche. Cependant, je trouve ça idiot que ce rapprochement ne soit dû qu'à cette sale manie que tu as de draguer tout ce qui bouge. Allez Bell ! Vous bossez ensembles, vous passez vos journées ensembles, et vous formez un duo génial, productif et de qualité. »
Elle s'interrompt un instant, posant son regard menthe à l'eau sur son frère.
« On sait tous ce qui va se passer. Tu vas continuer, elle va craquer, tu vas te la taper et ensuite, elle sera soit gênée, soit dans l'attente de quelque chose que tu ne pourras pas lui donner. Pense à tout ce que ça gâchera. Le groupe sera divisé, Clarke ne t'adressa plus la parole, elle continuera sa formation avec Wells et bye bye votre collaboration, Kane sera fâché, Abby te fera virer, et toi, tu resteras seul, dans ta garçonnière, à te sentir con. »
Hum... Et elle ne devait pas lui faire la morale c'est ça ?
« Ce qui me désole, grand frère, c'est que j'ai l'impression que tu ne vois Clarke que comme un butin. Mais elle est plus que ça et je suis certaine que tu t'en rendras compte rapidement. Je ne vais pas te dire d'abandonner, ça t'encouragerait à régler l'affaire Clarke Griffin dans la soirée, mais je te demande de réfléchir. »
La jeune femme se lève tout en parlant. Elle attrape sa canette et va la jeter dans la cuisine. Un coup d'oeil au four lui indique qu'elle risque d'être en retard. Rapidement, elle revient vers son frère, après avoir mis un peu d'ordre sur le plan de travail.
« Et puis, qui sait ? Clarke pourrait être la meilleur chose qui te soit arrivé ! »
Bellamy ne feint même pas de ne pas avoir compris. Il tourne prestement la tête vers sa sœur, et croise son regard espiègle. Elle se penche vers lui, l'embrasse sur la joue, puis s'éloigne vers l'escalier en ajoutant :
« Enfin... Après moi, bien entendu ! »
Et elle disparaît.
Il reste un moment sans bouger après le départ de sa sœur. Les paroles d'Abby lui reviennent à l'esprit. Mais bientôt, celles d'Octavia les surmontent. Clarke pourrait être la meilleure chose qui te soit arrivée. Il se répète encore et encore ces mots, jusqu'à ce qu'un sourire apparaisse sur ses lèvres.
Vers dix-neuf heures, Bellamy sort enfin de ses réflexions. Il a pris sa décision. Ce pari n'apportera rien de bon. Faire craquer Clarke avant la fin du mois n'est plus son objectif. Bien sûre, il désire toujours autant la jeune femme, mais il ne tentera plus rien. Du moins... Il ne sera à l'origine de rien. Car comme l'a si bien dit sa sœur, — et à peu près toutes les personnes qui sont au courant de ce manège — Clarke est grande, et si elle attaque la première et bien … Rien ne lui interdira de se défendre …
o.O.o
Après avoir enchainé les missions, Clarke se retrouve à la tête de quelques jours de repos. Deux pour dire vrai. Depuis le temps qu'elle les attendait ! Sauf que voilà... Octavia est avec son frère, Raven est en débrief, Jackson travaille, elle n'a personne avec qui trainer.
La jeune femme laisse échapper un long soupire, légèrement surjoué, mais qui reflète très bien ce qu'elle ressent. Elle a pourtant tout essayé. Elle a rangé sa cuisine, passé l'aspirateur dans le salon et récuré sa salle de bain. Si seulement elle avait des courses à faire …
Sauf que là, Clarke s'ennuie à mourrir. Décidée à mettre fin à cette misérable soirée, elle gravit quatre à quatre les escaliers qui mènent à sa chambre, attrape un jean dans son dressing, l'enfile puis redescend tout aussi rapidement. Sa veste, ses clés, son arme – on ne sait jamais, même en plein cœur de l'Arche – et la porte se referme derrière elle.
Elle rejoint l'ascenseur d'un pas léger. Se dire qu'elle va faire quelque chose la rend joyeuse. Elle ne presse pas le pas pour autant, profitant de ce sentiment étrange de béatitude. L'ascenseur est rempli, la forçant à attendre le prochain, mais au point où elle en est, ce n'est pas un problème. Cinq minutes plus tard, elle descend à l'étage souhaité.
Le soixante-douzième est très différent des autres étages de logements. Les réfugiés de l'Arche sont installés dès leur arrivée dans un véritable quartier résidentiel. Sur les trois étages qui leurs sont réservés, on trouve des logements, mais aussi des magasins, des restaurants, des salles de sport, dès cinémas, des jardins, tout pour que chacun s'y sente à l'aise. Bien sure, ils sont réservés à l'usage des réfugiés, ce qui explique l'absence presque totale de costumes gris – bien que Clarke n'adhère pas réellement à cette mode, habituée à suivre le marginal Bellamy Blake dans ses missions.
Alors qu'elle passe devant ce qui semble être l'accueil de l'étage, une femme interpellé Clarke. La jeune femme, les yeux écarquillés – comment connaît-elle son prénom ? – s'approche, légèrement méfiante.
« Clarke Griffin ? »
« Mmh oui ? »
« Appartement 7247 » dit la femme, une jolie brune aux yeux gris.
« Pardon ? »
La brune, qui répondait déjà à un autre visiteur, se retourne.
« Vous venez bien voir Jasper Jordan et Monty Green ? Appartement 7247. »
Clarke murmure un petit " oh ... Merci ... " et s'éloigne, perplexe. Allons bon, voilà que l'A.R.C. lit dans les pensées maintenant ? Fichus bracelets !
Elle emprunte cependant le couloir indiqué ( pour que les nouveaux arrivants, ne possédant pas le bracelet des agents et qui leurs permettaient de se repérer dans l'immensité de l'Arche, ne se perdent pas, Thelonius avait fait installé des panneaux ). Ici le sol est couvert de parquet, les murs sont tantôt beige, tantôt vitrés lorsqu'un espace vert ou un lieu commun se trouve derrière, et les lampes propagent une douce lueur de fin de journée, tandis que les ventilateurs maintiennent l'air à une température agréable de vingt degrés.
Arrivée devant la porte 48, Clarke se fige. La femme lui a-t-elle dit 48, ou 47 ? Tentée de frapper à la première, elle s'interrompt cependant. Le bruit d'une explosion qu'on tente vainement de maintenir retentit dans l'appartement voisin. Pas de doute, c'est celui de ses amis.
Étonnée qu'une Armada n'ait pas encore fait son apparition, Clarke frappe fermement à la porte. Des pas pressés se font entendre et la porte est déverrouillée, puis entre-ouverte, laissant apparaître la moitié gauche du visage de Monty.
« Oh Clarke ... » il jète un coup d'œil derrière lui avant de reprendre, gêné. « Qu'est ce que tu fais là ? »
« Moi aussi je suis ravie de te voir Monty. Jasper est là ? Je peux rentrer ? »
À nouveau, le jeune homme regarde derrière lui alors que Clarke perçoit des bribes de conversations pressées.
« Jasp' ? Clarke est là ! »
Aussitôt, la porte s'ouvre un peu plus, juste assez pour laisser passer la tete de Jasper. Il porte ses lunettes de chimiste sur la tête, celle que Clarke lui avait offert pour son dix-huitième anniversaire, et qu'il ne quitte presque plus.
" Clarke ... Qu'est-ce que tu fais là ? "
La jeune femme fait un pas en arrière, gênée. Que se passe-t-il là dedans pour que ses meilleurs amis la rejettent ? Elle s'apprêtent à repartir lorsqu'elle entend une troisième voix.
« Les gars ? Qui est là ? »
« Octavia ? » s'exclame Clarke, les sourcils froncés et les mains sur les hanches.
À l'entente de son nom, cette dernière apparaît elle aussi sur le seuil de la porte.
« Allez Jasper, dégage un peu, et ouvre moi cette porte ! » grogne la brune. « Clarke ! Je croyais que tu passais la soirée chez toi ! Ça va ? »
« Je m'ennuyais. Je pensais que tu étais avec ton frère, je ne voulais pas te déranger, mais maintenant je vois que tu étais très occupée. Je ... Je suis desolee, je n'aurais pas dû venir. On se voit plus tard ! » bégaye-t-elle sur la fin, tout en reculant lentement.
Octavia attrape son poignet au vol et l'attire en avant.
« Mais non, attend ! Pourquoi tu ne ... » Elle écarquille les yeux. « Bravo les garçons! Vous êtes contents de vous ?! Nan mais ça va pas ?! Clarke à tout à fait le droit de venir ! C'est votre amie non ? Allez viens, ne reste pas sur le palier, je crois qu'ils ont quelque chose à te montrer ! » ajoute-t-elle avec un clin d'œil.
Clarke se laisse faire, alors qu'Octavia la traîne dans l'appartement des garçons. Elle est surprise de voir à quel point la jeune femme semble à l'aise dans ce salon qui n'est pas le sien. Elle fait s'assoir Clarke sur le canapé et se rend dans la cuisine pour lui proposer quelque chose à boire.
En attendant, Clarke observe discrètement l'appartement, dont la décoration, tout comme l'agencement, est totalement différente de la sienne.
« Surtout pas ! » s'écrit Jasper alors qu'Octavia dépose deux verres d'eau sur la table basse.
Les deux amies lèvent vers lui un regard perplexe, l'un bleu océan, l'autre d'un vert profond.
« Ça fausserait le goût de notre invention. » explique Monty alors que son ami a déjà disparu dans une pièce adjacente.
Kane a fait en sorte que Monty et Jasper, qui en aucun cas ne voulaient être séparés, aient à leur disposition un appartement dans lequel on avait pu installer un laboratoire. C'était assez petit, mais tant qu'ils pouvaient bidouiller du matin jusqu'au soir, et parfois toute la nuit, les deux compères étaient heureux.
« Qu'est-ce qu'il se passe ici ? » murmure Clarke, qui commence sérieusement à prendre peur.
Octavia lui répond par un clin œil, très franchement pas rassurant tout en vidant l'eau des verres dans l'évier.
Les garçons reviennent avec une bouteille en verre brun, dont on devine à peine le contenu, un liquide qui ressemble vaguement à de la bière. Ils prennent place autour de Clarke, Monty en tailleur au sol, Octavia sur l'accoudoir, tandis que Jasper s'assied sur le bord de la table basse.
« Verre, s'il vous plaît. » dit Jasper comme un chirurgien aurait demandé un bistouri à son apprenti.
Octavia s'exécute en levant les yeux au ciel. Voilà qu'il se prend déjà pour un grand chimiste. Il va falloir que tu redescendes sur terre, Jordan.
À l'aide de Monty, il verse leur " découverte " dans les verres, qui se remplissent peu à peu dans liquide ambré. Lorsque chacun a un verre entre les mains, Jasper prend la parole.
« Nous sommes fiers de vous présenter aujourd'hui le résultat de six mois de recherches. Recherches légèrement ralenties par ce ... »
« Connard. » souffle Monty à Jasper qui ne sait pas quel mot utiliser pour rester poli.
Clarke sourit, et lui fait un signe de la tete signifiant " Tu peux le dire. "
« Hum... Ce connard ... De Finn... Mais ! Avec l'aide d'Octavia » et il lève son verre à la jolie brune dont les joues rosissent légèrement. « Nous avons rattrapé ce retard. Enfin ... Levons donc nos verres à ce ... À ce ... »
Il jète un regard perdu à Monty, ne réalisant qu'à présent qu'ils n'avaient pas trouvé de nom à leur boisson.
« On verra ça plus tard ! » les rassure Octavia. " En attendant, santé ! "
« Ouah ! » s'écrit Clarke. " C'est fort ! "
« Tu nous a pris pour qui ? » plaisant Monty en tapant dans la main quê Jasper lui tend. " On fait pas les choses à moitié. "
Clarke, qui sent encore le liquide lui réchauffer la gorge, pour le verre encore à demi rempli à hauteur de ses yeux. La boisson prend une légère teinte argenté avec les rayons du soleil qui se couche à travers les grandes baies vitrées, projetant sur son visage des ombres étonnantes.
« On dirait de la lune en bouteille ... » murmure-y-elle absorbée par la beauté des couleurs, se demandant si elle serait à même de mieux les reproduire à l'aquarelle ou au fusain.
« De la lune en bouteille... » répète Octavia elle aussi soudainement absorbée par la couleur du liquide.
« Ça sonne plutôt bien ! » admet Monty, observant à son tour le liquide comme le font leurs deux amies.
« Mais oui ! » s'écrit Jasper.
Il se lève précipitamment de la table, menaçant de renverser la bouteille contenant le précieux mélange.
« Au Moonshine ! » dit-il en levant son verre.
« Au Moonshine ! » répondent en cœur des amis.
Ils éclatent tous de rire et finissent le contenu de leurs verres d'une traite.
« Vous savez quoi ? » dit Octavia après un moment de silence, chacun savourant le goût du Moonshine, et la sensation de bien être qu'il diffusait. « Vous devriez le vendre à la Station 13. »
Sa remarque est accueillie par trois paires d'yeux totalement ahuris. Ah oui. Dans son plan génial, Octavia avait oublié un léger détail. Ces trois là viennent de débarquer. Et si aujourd'hui, ils savent très bien que le meilleur café de l'Arche se prend au Unity Day, ils ne connaissent pas encore tous les coins branchés.
« La Station 13 c'est ... Comment dire ? Tous les agents s'y retrouvent le soir. Mission ou pas mission le lendemain. Alors imaginez un peu ! Deux milles deux cent vingt clients ! C'est énorme non ? Bon bien sure, les réfugiés ne sont pas autorisés sans accompagnateurs, mais si vous décidez de lancer les négociations avec le patron, je suis sûre que ça peut s'arranger. Alors ?! Ça vous dit ? "
Elle a les yeux qui pétillent, et les joues roses d'excitation. Mais Clarke est épuisée.
« Demain ? » propose-t-elle. Puis devant l'air déçu de son amie, elle ajoute :« Qu'on profite encore un peu du Moonshine, tant qu'il n'est pas connu dans tout l'A.R.C. ! »
Octavia acquiesce joyeusement, heureuse à l'idée de partager ce moment avec ses amis. La soirée du samedi soir s'annonce géniale, elle avait hate qu'ils sortent tous à la Station 13, en bande, comme elle rêvait si souvent de le faire. Il faut dire que Bellamy ne la laisse jamais y aller seule.
La jeune femme hoquète et ses amis se retournent vers elle, inquiets. D'un signe de la main, elle leur indique que tout va bien.
Bellamy. Elle avait complètement oublié que demain ils se voyaient au bar justement. Lui qui semblait prêt à renoncer à Clarke, la voilà qui la lui sert sur un plateau.
Tant pis. Elle avisera.
J'espère que ce chapitre vous a plu, parce que j'ai vraiment a-do-ré l'écrire. Bon, j'avoue, c'est parce que je savais ce qui se passerait après, et que je ne tenais plus. Non non, ce n'est pas du tout un teaser pour le chapitre suivant ;)
Allez, on se revoit au prochain chapitre !
K. Brooks
