Helloooooo :)
Et oui, vous ne rêvez pas, pour une fois, l'échéance est plus ou moins respectée ( n'y prenez pas pour autant gout, parce que je vous jure que c'est rare ;) )
Merci ArianneN pour ta review :) Je suis contente de savoir que la partie de Murphy te plait, car ça continue dans ce chapitre là ;) Et oui, la fin était terrible, je m'en veux ( non en fait pas trop ... ) et je me doute que le début de ce chapitre ne sera certainement pas ce que tu attendais, mais j'espère que ça te plaira quand même :)
Sur ce, voici le chapitre 16 ! Bonne lecture ;)
Clarke se laisse tomber sur le canapé, hilare. Elle n'a pas le temps de se redresser que Bellamy s'affale à coté d'elle. Il ramasse l'un des coussins qu'ils ont fait tomber et le frotte sur la figure de la jeune femme, qu'il tient fermement contre lui. Clarke laisse échapper un cri aigu, mélange de sa surprise et de ses rires. De sa main libre — l'autre tente de la délivrer de son geôlier — elle cherche à tâtons un second coussin avant de balancer le premier qu'elle trouve sur Bellamy.
« Mais quels gamins ! » soupire Nathan.
En pénétrant dans leur salle de réunion, il découvre Clarke, allongée en travers de Bellamy, alors qu'elle tente désespérément de lui prendre le coussin qu'il tient à bout de bras, aussi loin que possible d'elle.
« Je t'ai dis qu'on était arrivé trop tard Miller, elle l'a déjà eu. »
Murphy fait son apparition, suivi de Raven. Il se jette sur le canapé à côté de son meilleur ami alors que Raven et Miller s'asseyent sur le bord de la table.
« T'as pas fini de gigoter toi ? » s'écrit Murphy en attrapant les jambes de Clarke pour l'immobiliser.
La jeune femme éclate de rire lorsqu'elle sent la première attaque des garçons, Bellamy la chatouillant et son ami la tenant fermement.
« Il arrive... » prévient Raven alors qu'elle aperçoit Kane au bout du couloir.
Clarke se redresse aussitôt, à moitié assise sur Bellamy. Les joues rouges, les cheveux en batailles et la chemise froissée, elle se décale à une distance raisonnable du jeune homme. Mais ce dernier la ramène contre lui après avoir passé son bras autour de ses épaules.
Voila bientôt une semaine que l'incident de la Station 13 s'est produit. Lorsque Bellamy est passé chez elle, le dimanche soir, ils ont passé près de deux heures à parler, tout deux désireux de mettre fin au malaise.
Tout oublier. C'est ce qu'ils ont décidé après avoir jugé que repartir à zéro serait trop difficile. Les premiers jours étaient compliqués. Passer l'éponge sur ce qui s'était passé semblait impossible à Clarke. Mais au bout d'une semaine, Bellamy et elle sont plus complices que jamais.
C'est pour les autres que cela devient plus délicats. Aucun des deux concernés n'a révélé ce qu'ils s'étaient dit ce soir là. Et c'est peut-être cela qui leur a permis de se rapprocher d'avantage.
Comme ils s'en doutaient, Octavia n'était pas enchantée par cette nouvelle. Bien évidemment, savoir que son frère et Clarke étaient à nouveau ami ne pouvait que la réjouir. Mais les voir si proches, chahuter ensembles, s'allier contre les autres, se murmurer quelques mots à l'oreille et éclater de rire l'instant d'après, s'est révélé assez déstabilisant. Il a fallu de longues conversations avec Raven et Murphy pour qu'enfin elle parvienne à l'accepter.
Kane entre dans la salle de réunion, se dirigeant directement vers le devant de la pièce. Son air grave ne passe pas inaperçu, et les jeunes agents se taisent aussitôt. Quand leur supérieur est d'humeur massacrante, mieux vaut ne pas l'ouvrir, même Murphy fait un effort. Il salut rapidement ses agents et ne tarde pas à envoyer Raven et Bellamy en mission.
« Clarke, Miller, je vous renvoie aux archives. Murphy ? Suis-moi. »
Murphy déglutit. Ce ton ne dit rien qui vaille. Mais il ne s'attend pas du tout à ce qui va lui tomber dessus.
o.O.o
« Pourquoi est-ce qu'on est toujours envoyés aux archives ? » soupire Clarke en attrapant un nouveau dossier. « Je ne suis pas sortie de l'Arche depuis une semaine, et si je passe une journée de plus dans cette tour dorée, je vais faire une connerie ! »
« Tu veux dire comme te faire un coéquipier ? » plaisante Miller, le nez plongé dans un classeur de rapports.
Clarke relève la tête de ce qu'elle était en train de lire pour lui adresser un regard noir.
« Je plaisante Clarke. Kane ne sait pas, crois-moi. »
La jeune femme se remet au travail mais il lui est impossible de se concentrer. Son attention se tourne sans cesse vers la grande fenêtre qui lui fait face. L'hiver approche et bientôt le soleil aura disparu. Si elle ne sort pas maintenant, elle ne le fera pas avant le retour du printemps.
« Alors pourquoi est-ce qu'on fait ça ? » grogne-t-elle en rangeant rageusement le dossier dans son carton.
« Parce que tout est agent est passé par là. » explique Miller d'un ton faussement excédé. « Et puis tu n'es pas encore agent de terrain à ce que je sache ? »
Clarke lui tire la langue pour toute réponse, et se remet au travail. Voila deux heures qu'elle a l'impression de lire les mêmes rapports. Ce sont des écrits non officiels de son père et bien qu'elle soit émue d'étudier ses travaux, elle a tout de même l'impression qu'on ne devrait pas avoir accès à ses réflexions personnelles.
Les dossiers du carton auquel elle s'est attaquée comportent tous une page ou deux, comme un cahier de bord que Jake aurait rédigé quelques mois avant sa mort. La jeune femme sait que ce ne sont pas les vrais. Des derniers souvenirs qu'elle a de son père, il y a ceux où elle le voit passer des heures entières à griffonner sur des carnets à la couverture de cuir brun. Et pour avoir certains carnets de voyages de son père, elle sait pertinemment que ces papiers ne sont pas si personnels que Kane pouvait le laisser entendre.
Bien sûre, elle ne l'a pas dit. On douterait d'elle, ou pire, on commencerait à douter de son père. Alors Clarke se tait, préférant lire cet énième texte qui ne veut rien dire. Celui sur lequel elle planche à ce moment même est composé de ce qui semble être un aléas de mots dont plus de la moitié n'existe pas.
« Miller ? »
« Hmm ? »
« Est-ce que tu comprends quelque chose à ça ? » demande la jeune femme en lui tendant la page.
Son ami l'attrape, ses yeux la parcourt, et Clarke le voit froncer les sourcils au fur et à mesure de sa lecture. Il recommence deux, trois fois, avant de lui rendre le dossier, dépité.
« Pour moi ce ne sont qu'une succession de lettres Clarke. Passe à autre chose, tout ne vaut pas la peine d'être lu. »
La jeune femme acquiesce. Elle attrape le dernier dossier du carton, ouvre la pochette et se remet à lire.
Odieu celui qui cru que ça ne fonctionnerait jamais.
Si j'eu dis un jour que la ferme était déficiente il m'aurait rit au nez.
Clarke ferme les yeux, incapable de lire un mot de plus. Elle a l'impression que son père était devenu fou. Comment ne pas l'être lorsqu'on vivait enfermé dans l'Arche. Mais pour la jeune femme, c'était difficile à digérer. Epuisée, elle prend l'intégralité du carton dans ses mains, les neufs dossiers ouverts sur la première page. Les fixer ne résoudra rien, mais Clarke ne peut s'empêcher de regarder leur mise en page. Elle décale peu à peu les feuilles, s'en servant pour former un éventail. Ainsi, elle a une meilleure vue sur la totalité du dossier.
Toutes les feuilles sont les mêmes. La date en haut à droite, puis le texte, débuté par une belle lettre manuscrite de couleur rouge. Neuf lettres. S, I, A, O, N, N, M, E, T. Ca ne veut rien dire.
« Raaaah ! » s'écrit la jeune femme, envoyant voler le dossier à travers la pièce.
« Je crois qu'on a besoin d'une pause. » dit Miller, relevant la tête de son travail. « Je vais nous chercher un café, ok ? »
Clarke acquiesce tristement. Elle attend que son ami disparaisse dans la couloir pour quitter sa place. Elle s'agenouille à côté des feuilles et les ramasse une pas une, prenant soin de les classes par ordre chronologique.
Tiens... La numérotation en bas de chaque page ne correspond pas à cet ordre. Intriguée, Clarke entreprend de les ranger selon le numéro de bas de page, puis replace les feuilles en éventail devant elle. Les premières lettres ont changé d'ordre à présent. S, A, N, M, I, E, N, T, O. San mie and to ? S... San. Sanmiento ?
« Sanmiento ? » répète-t-elle plus haut.
C'est à ce moment que Miller revient, deux tasses de café fumant.
« Tu as dis quelque chose ? » demande-t-il.
« Sanmiento... » murmure Clarke, les sourcils froncée, coupée du monde extérieur.
Elle se lève précipitemment et pianote quelque chose sur l'écran de son bracelet. Sanmiento. Ce mot lui dit quelque chose. Mais quoi ?
« Clarke ? » demande Miller, légèrement inquiet. « Tout va bien ? »
Mais la jeune femme n'a que ce mot à la bouche. Sanmiento.
« Ca y est ! » s'écrit Clarke alors que son bracelet retransmet sa découverte sur le mur.
Sanmiento. Des dizaines d'images apparaissent sur le mur. Des rapports, des photos, des ordres de missions, des références.
« Dossier 6BAU. » souffle Clarke.
Miller réagit aussitôt, fouillant dans le carton en question. Il en sort une fiche qu'il parcourt des yeux à toute vitesse.
« Sanmiento ! » s'exclame-t-il. « C'est ça ! Clarke ! Tu as trouvé ! »
Il lâche le dossier pour serrer la jeune femme dans ses bras.
« Il faut appeler Kane. »
o.O.o
Raven se cache derrière une poubelle. Son bracelet vient d'émettre un bip sonore, indiquant un appel entrant en provenance de l'A.R.C.. C'est vraiment pas le moment, son suspect risque de lui filer entre les doigts.
« Agent Kane ? » chuchote la jeune femme.
« Raven. Rappelle Bellamy, revenez immédiatement. » ordonne l'homme avant de raccrocher aussitôt.
La brune déglutit. Lorsque Kane ne s'embête pas avec les formalités, c'est que quelque chose de grave se passe. Elle n'hésite pas un instant à se mettre à découvert pour interpeler son partenaire. Tant pis, ils perdront la trace de celui qui pouvait les mener à Finn.
Vingt minutes plus tard, Raven, Bellamy, Clarke, Miller, Mbege et Wick sont réunis dans la salle, en présence de Kane.
« Sanmiento. » souffle Clarke, encore étonnée de sa découverte.
« Nous étions la bas en début de semaine. » rétorque Bellamy, se remémorant parfaitement leur infiltration dans l'usine.
« Vous y retournez tout de suite. » dit Kane d'un ton sec. « Si ça a quoi que ce soit à voir avec la disparition de Jake, il n'y a pas de temps à perdre. Agent Blake, Agent Griffin, je veux que vous vous y rendiez sous couverture, inventez n'importe quoi. En revenant, Agent Blake, vous prendrez en charge l'opération qui se déroulera ici. En attendant, Agent Miller s'en charge. Epluchez-moi les dossiers, trouvez-moi tout ce que vous pourrez sur Sanmiento : direction, production, financement, employés, tout. »
o.O.o
Perdu. Oui, c'est bien ça. John Murphy est perdu en pleine foret, sa voiture au beau milieu d'un carrefour, un pneu crevé. Alors qu'il fait le tour du véhicule pour prendre la roue de secours dans le coffre, il distingue des traces au sol, laissées par une moto. Un sourire éclaire son visage lorsqu'il réalise qu'il l'a retrouvée.
Les traces tournent dans le chemin de gauche, le plus étroit, et qui s'enfonce dangereusement dans la foret. Le jeune homme récupère deux chargeurs dans la voiture ainsi qu'un couteau, avant de se lancer à la poursuite de sa cible.
Au fur et à mesure qu'il avance, la luminosité diminue, les rayons du soleil bloqués par l'épais feuillage qui forme comme un toit au dessus de sa tête. Le chemin de terre laisse place à un sentier vert sur lequel l'herbe pliée laisse à penser que quelqu'un est passé par ici il y a peu de temps.
Ses pas le mènent jusqu'à une cabane, cachée sous les arbres. Discrètement, Murphy en fait le tour, arme en main, près à se battre. Il s'arrête sous une fenêtre et tend l'oreille. Un murmure étouffé lui parvient, puis une porte qui claque, le grincement du parquet et le murmure devient plus fort, comme un cri d'effroi qu'on aurait tenté de masquer par un bâillon.
« Où sont-ils ? » demande une voix féminine.
Les grognements se font plus affolés et l'instant d'après un coup de feu retentit. Murphy se fige. Le silence envahit la foret. Vient-elle réellement de tirer ? Il y a de l'agitation dans la cabane, comme un morceau de tissu qu'on arrache.
« Je ne le répèterais pas. Où. Sont. Ils ? »
« ... »
« Parle ! » hurle-t-elle, faisant sursauter le jeune homme.
Pétrifié — enfin, Murphy suppose qu'il est pétrifié, car lui le serait à sa place —, ou par pur esprit de résistance, le prisonnier ne répond pas. La femme soupire. Les choses se corsent. L'homme qui doit se trouver en très mauvaise posture laisse échapper un cri de douleur alors que Murphy perçoit le bruit d'une lame qui tranche la chair.
Il n'y a plus un son, juste le bruit du vent des les arbres. Si Murphy bouge, il se fera repérer, et dans ce cas là, il ne donne pas cher de sa peau. Mais il y a quelque chose d'autre, un léger ronronnement, suffisamment éloigné pour qu'on y fasse pas attention. Pourtant le bruit se rapproche, encore et encore, jusqu'à ressembler au vrombissement d'un moteur. Sa cachette ne le dissimulera pas des nouveaux arrivants, qui se rapprochent désormais à vitesse grand V.
Doucement, Murphy se glisse le long du mur, pour pouvoir jeter un coup d'oeil par la fenêtre. Mis à part l'homme qui se vide lentement de son sang, affalé sur une chaise, la cabane est vide. Le jeune homme soupire. Elle a déjà disparu. Il se redresse alors entièrement, prenant le risque de dévoiler sa position, jetant des regards inquiets autour de lui.
Un grincement l'alerte dans son dos, mais il n'a pas le temps de se retourner en direction de la cabane qu'un corps s'abat sur lui. Ils roulent sur quelques mètres en contre bas de la bâtisse, jusqu'à ce qu'un tronc d'arbre arrête leur course.
« Toi. » vocifère la silhouette qui s'est jetée sur lui.
Murphy réagit aussitôt, repoussant le corps avant de recevoir un coup de couteau dans la gorge. Mais l'Hybride parvient à se redresser rapidement, et revient à la charge, armes en mains. Elle blesse le jeune homme au bras, puis au torse lui arrachant des grognements de douleur.
Avoir la certitude qu'il s'agit d'une femme restreint l'agent de l'A.R.C. dans ses mouvements. Et savoir que cette femme lui met une raclée l'irrite au plus haut point. Il tente de riposter, sans trop de violence, mais à chaque coup, elle le fait reculer, le blessant au passage également.
« Tu fatigues ? » demande l'Hybride alors que Murphy évite de justesse un coup de poing qui lui aurait fait perdre la vue.
« Je... Ne frappe... Pas... Les... F... Femmes. » souffle le jeune homme entre plusieurs attaques.
Une lueur de doute passe dans les yeux de son adversaire, le déroutant suffisamment longtemps pour que Murphy puisse lui faire perdre l'équilibre, avant de se jeter sur lui. Le combat se poursuit au sol, sans qu'aucun des deux n'aient de remord à blesser l'autre.
La main levée, prêt à porter son coup, l'Hybride se fige cependant, interceptant le bras de Murphy avant que celui-ci ne bouge.
« Chut. » murmure-t-elle. « Ils sont là. »
En effet, trop occupé par sa lutte, Murphy n'avait pas remarqué que le moteur s'était rapproché. Il est désormais éteint, et des bruits de pas leur parviennent aux oreilles.
« Suis-moi. » ordonne-t-il en se relevant.
Ils remontent discrètement la pente. A quelques mètres de la cabane, Murphy avait remarqué un tas de bois, suffisamment haut pour que les intrus ne les remarquent pas. Ainsi dissimulés, les deux agents ennemis observent un petit groupe d'une demi douzaine d'hommes s'approcher de la cabane. Deux d'entre eux pénètrent dans l'abris, tandis que les autres se séparent pour patrouiller dans les environs. Ceux qui s'étaient aventurés dans la cabane en ressortent rapidement, visiblement irrités. L'un d'entre eux fait signe aux autres de retourner dans la voiture et tous obéissent.
Le véhicule disparaît rapidement, emportant avec lui les hommes armés. Ni Murphy ni l'Hybride n'ont bougé, fixant l'endroit où la voiture avait été vue pour la dernière fois. Au bout de quelques minutes, le jeune homme sent son ennemi se redresser.
« Une minute. » s'écrit-il.
Il pause la main sur son bras gauche. L'hybride, étonné, fait volte-face, oubliant l'espace d'un instant qu'il doit préserver son identité. Ces quelques secondes d'inattention suffisent à Murphy pour apercevoir des yeux noisettes et des cheveux châtains, s'attirant un regard noir. Mais il n'y prend pas garde.
« Où crois-tu aller comme ça ? »
« Je t'ai sauvé la vie. » crache l'Hybride en s'arrachant à l'emprise du jeune homme. « Ne me le fais pas regretter. »
L'instant d'après, le chasseur de tête a disparu, et Murphy entend une moto s'éloigner parmi les arbres.
o.O.o
« Ma première mission depuis deux semaines, » soupire Clarke, « et on s'introduit dans une usine sous couverture. Je ne peux même pas espérer un peu de castagne ? »
Bellamy serre le frein à main avant de couper le contact. Il descend du véhicule et fait signe à Clarke de l'imiter après avoir claqué la portière derrière lui.
« Il n'y a pas de raison de se battre, si tout se passe comme prévu. T'es de retour sur le terrain, ne fais pas trop ta princesse non plus ... »
Clarke lève les yeux au ciel, mais ne fait aucun commentaire. Le jeune homme est tout autant stressé qu'elle, après tout, il était proche de Jake, et lever le voile du mystère de sa mort est très important pour lui aussi. L'usine de Sanmiento est la première piste qu'ils ont depuis des semaines, et elle pourrait avoir un rapport direct avec tout ça.
Alors qu'ils s'approchent de l'usine, un grand bâtiment en briques rouges comme ceux qu'on trouvait autrefois, Clarke réalise qu'ils n'ont pas mis au point un quelconque plan. Mais elle n'a pas le temps d'en toucher mot à Bellamy, ils pénètrent déjà dans le hall d'entrée. Ils sont aussitôt abordés par un homme immense, aussi haut que large, aux cheveux rasés et au regard mauvais.
« Identités ? » demande simplement l'homme qui a un fort accent que Clarke n'arrive pas à identifier.
La jeune femme se tourne vers Bellamy, dans l'espoir qu'il ait un plan en tête. Mais son associé à son attention portée sur les locaux, qu'il détaille assidument.
« Clarke Griffin, contrôle sanitaire, et Agent Blake, MPDC. »
Le colosse se tourne vers Bellamy, probablement en attente d'un justificatif, sans pour autant obtenir une quelconque réaction de la part du jeune homme.
« Ouch ! » souffle-t-il alors que Clarke lui donne un coup de coude dans les côtes.
Il fouille dans sa poche pour en sortir une plaque. Par chance, c'est celle de la police de Washington, et le type ne l'observe pas plus. Il saisit son talkie-walkie, accroché à sa ceinture, et leur fait signe de passer.
« T'as dit que si tout se passait bien, » murmure Clarke alors qu'ils passent une série de contrôles de sécurité, « On aurait pas à se battre. Alors je ne sais pas si t'as envie de te battre, mais concentre toi un peu, Bellamy. »
Ils débouchent dans une salle plus lumineuse, au plafond surélevé, où une trentaine de personnes s'affairent. Sur leur droite, un petit bureau, derrière lequel un jeune homme est au téléphone. Clarke l'observe un instant. C'est le seul qui n'a pas de blouse blanche, de lunettes de protection ou de tout autre accessoire qui indiquerait qu'il travaillerait ici comme chercheur. Il est donc probablement le seul a pouvoir les renseigner. Il les oriente rapidement vers le directeur de l'usine, un certain Monsieur Garcia.
o.O.o
La porte du bureau s'ouvre, révélant le bureau de l'homme qu'ils sont venus voir. Bellamy fait signe à Clarke de passer la première. Ils sont accueillis à coups de grands sourires et de poignées de mains vigoureuses par un homme d'une quarantaine d'année, cheveux bruns, yeux gris, larges épaules et costume sur mesure, qui s'avère être Monsieur Garcia. Clarke reste un instant sans voix devant cet homme, stéréotype même du PDG de grande entreprise, avant d'accepter avec un grand sourire, le fauteuil que lui désigne son hôte.
« Je vous écoute. » lâche le quarantenaire en s'asseyant lentement dans son fauteuil.
Après avoir échangé quelques civilités, durant lesquelles Clarke explique vaguement la raison de sa visite, et Bellamy observe avec attention le bureau, Garcia déclare d'une voix grave :
« Nous avons pourtant reçu vos confrères le mois dernier je ne ... »
« Monsieur Garcia. » le coupe Clarke. « De nombreuses usines de la région ont subit quelques attentats de sabotages durant les dernières semaines. Notre agence nous envoie aujourd'hui par simple mesure de précaution car il se peut que ces opérations aient eu lieu sans que vous ne les remarquiez. »
Le directeur de Sanmiento quitte un instant Clarke des yeux pour se concentrer sur Bellamy. S'il est ravi de la présence de la jolie blonde dans son bureau, ce type brun dans sa veste en cuir ne lui dit rien qui vaille. La jeune femme remarque le regard suspicieux de son interlocuteur.
« Nombreux de nos agents ont dû faire face à quelque … Réticence … de la part du personnel contrôlé. Monsieur Blake est là pour s'assurer que tout se passe bien. »
L'air sévère de Garcia s'adoucit, et il se concentre à nouveau sur Clarke.
« Très bien ! » s'exclame-t-il. « Suivez-moi je vous prie. »
Et sans un mot de plus, il les entraine à travers son usine.
Ils traversent de nombreuses salles, de contrôle, de travail, d'assemblage, longent de nombreuses passerelles, suspendues au dessus de cuves, de tapis roulants, de hangars, discutent avec les responsables de plusieurs départements, le tout pendant près de deux heures.
Et le résultat est affligeant. L'usine est clean. Pas la moindre trace du G.R.O.U.N.D., ou de quoi que ce soit qui leur permettrait de relier l'entreprise à la disparition de Jake.
« Voici la liste des produits qui rentrent et qui sortent de notre usine. » dit Garcia en tendant à Clarke une plaquette.
La jeune femme la scanne discrètement, passant d'un revers du bras sa montre au dessus de la liste. Dans quelques instants, Wick la recevra et pourra entamer des recherches plus approfondies en relation avec les travaux de son père. Pour l'instant, leur mission et terminée, et ils n'ont plus qu'à rentrer à l'Arche.
« Merci infiniment, Monsieur, de nous avoir reçus aussi rapidement. » répond Clarke, un sourire poli aux lèvres.
Quelques minutes plus tard, elle marche avec Bellamy en direction de leur voiture. Son coéquipier ne prononce pas un mot jusque là, et prend place derrière le volant dans le plus grand silence.
« J'n'aurais jamais cru que tu te tairais aussi longtemps. T'es sur que tout va bien ? » plaisante Clarke en reportant à nouveau son attention sur la liste que lui a donné Garcia.
« C'est bizarre... » soupire le jeune homme.
« Qu'est-ce qui est bizarre ? Que tu m'aies laissé me démerder sur toute la ligne ou que ce soit les premiers mots que tu prononces depuis près de trois heures ? » rétorque la blonde d'un ton un peu sec.
« Tout était très différent par rapport à la dernière fois. Je veux dire … Quand on s'est infiltré dans les entrepôts la semaine dernière. C'est comme si … Comme s'ils savaient que nous viendront. »
Il s'arrête un instant puis reprend, plus amusé :
« Et pour ce qui est de t'avoir laissée gérer tout ça, ce type avait à son annulaire la marque blanche d'une alliance, preuve qu'il la porte lorsque ça l'arrange. Tu étais donc plus susceptible d'obtenir des informations que moi. »
Clarke se retourne vers lui, lui lançant un regard interloquée. Les deux amis se dévisagent un instant avant que la jeune femme n'éclate de rire.
« Il n'était pas mon genre, Bellamy. Je ne tape plus dans le plus vieux. » dit-elle entre deux éclats de rire sans se douter de la douleur qui s'immisce dans le cœur de son coéquipier à ce moment.
o.O.o
Vite. Kane n'a que ce mot à la bouche en ce moment. Mettez vous vite au travail. Plus vite que ça. Trouve-moi ces infos, et vite ! Raven laisse échapper un soupire. Clarke et Bellamy sont rentrés en début d'après midi et depuis, la petite équipe n'a pas cessé de travailler.
Wick s'est isolé dans son bureau lorsqu'il a reçu la liste de Clarke, et n'en est pas sorti depuis. Mbege, Miller et Raven épluchent les archives d'Isaac Felmann dans un coin de la salle de réunion, alors que Clarke, seule dans une petite pièce adjacente, lit sans relâche les rapports de son père.
A travers la cloison vitrée qui les sépare, Raven observe son amie. Elle a étalé les dossiers partout : sur la table, dans des cartons posés sur les chaises, sur le canapé et par terre, tout autour d'elle alors qu'elle passe d'une feuille à l'autre sans plus se préoccuper de les remettre dans l'ordre. Le coup de génie qui a pris la jeune femme ce matin semble bien loin. Elle a l'air épuisée, ses cheveux remontés en un chignon désordonné, son visage pâle et ses yeux soulignés de cernes. Constamment, elle passe ses mains sur son visage, pince l'arrête de son nez puis balance sa tête en arrière. Elle soupire, regarde autour d'elle d'un air désolé, avant de se remettre au travail.
« Elle tient le coup ? »
Raven sursaute. Elle n'avait pas remarqué Miller qui s'est glissé derrière elle.
« Etonnement, oui, elle tient le coup. Mais j'ai peur que ça ne dure pas... » soupire Raven.
Miller lui tapote l'épaule, souffle un « t'inquiète, je gère ! » et disparaît malgré les soupires de Bellamy. Il revient une dizaine de minutes plus tard, un sac en papier rempli de bagel, sandwichs, cookies en tasses de cafés en tous genres.
« Clarke ? » demande-t-il en passant la tête par la porte.
Il est accueilli par un grognement, qui se transforme rapidement en gargouillis lorsqu'il vide le contenu de son sac près de son amie.
« Il faut que tu manges, Clarke. » soupire le jeune homme.
« Pas le temps. »
« Clarke. » dit Miller, s'accroupissant devant la blonde. « Quand je reviens, tu as au moins bu quelque chose. C'est un travail de dingue, même pour quelqu'un comme toi. Bellamy commence à flipper, et il me casse sérieusement les pieds. Alors mange un truc, pour le rassurer un peu, ok ? »
Il semble se satisfaire du vague hochement de tête que lui accorde Clarke puisque qu'il sort de la pièce après lui avoir ébouriffé les cheveux. Raven l'embrasse sur la joue, avant de l'entrainer derrière elle et Bellamy, qui attendait à ses côtés depuis qu'il a vu le jeune homme approcher Clarke, le remercie d'un sourire.
Deux bagels, un thé et une énorme tasse de café plus tard, Clarke est de retour au travail. Dans sa tête, les idées fusent, mais la plupart ne sont que des hypothèses. Elle se lève, fait quelques pas, détendant un peu ses jambes courbaturées, en profitant pour soulager son dos endoloris. Jusque là, ses méthodes de recherches se sont révélées improductives, et celles qui ont fonctionné étaient le pur fruit du hasard.
Une connexion. C'est la seule chose qu'elle doit trouver. Une simple petite connexion entre Isaac Felmann et Garcia qui mènerait à une piste sur la disparition de son père. Et ce qu'elle cherche est là, dans les travaux de son père, étalés aléatoirement devant elle. Elle n'a jamais été aussi proche de lui qu'à ce moment là et pourtant, savoir qu'il a mené une double vie l'éloigne d'elle à tel point qu'elle en souffre.
Arrête Clarke, concentre-toi ! S'ordonne-t-elle. Penser comme Jake, voilà ce qu'elle doit faire. Penchée au dessus de toute cette paperasse, la jeune femme réfléchit. Qu'aurait fait son père s'il avait dû rendre par écrit toutes ses découvertes, sans pour autant permettre à chacun de les lire ? Pense comme Jake.
Les minutes passent et rien ne vient. Pourtant, la jeune femme ne se décourage pas. Elle sait ce qu'elle doit faire, elle sait ce qu'elle doit chercher. Elle ne sait pas où, c'est t...
« Mais oui ! » s'écrit-elle, alors que la solution lui apparaît.
Aussitôt, elle se précipite sur le serveur de recherche de la salle, affichant plusieurs documents, les mettant en relation avec les dossiers qu'elle détient. Progressivement, elle trie les dossiers, selon une organisation dont elle seule détient la logique.
De l'autre côté de la vitre, Miller a remarqué ce qu'il se passait. Il s'interrompt un instant, faisant signe à Raven de regarder. Clarke crayonne désormais sur un tableau prévu à cet effet. La plaque transparente est rapidement couverte d'écritures de toutes les couleurs, de photos scotchés, de fils rouges, bleus, verts.
Le reste de l'équipe ne bouge plus, tous fixent attentivement leur coéquipière qui s'active de son côté. Kane et Wick se sont même déplacés sous la demande de Bellamy. Ce qu'il se passe sous leurs yeux est incroyable.
L'affichage s'étend bientôt à tout un mur. La jeune femme court dans tous les sens, cherche dans un dossier, pianote sur sa tablette, raye un mot, un nom, une date, revient sur son dossier, colle une photo. Tout un schéma se met en place. Elle a enfin compris le message que voulait lui faire passer son père.
Clarke repose enfin son stylo. Elle recule de quelques pas, observant son travail dans son ensemble, satisfaite. C'est alors qu'elle remarque que ses amis la regardent avec attention. Kane est le premier à bouger. Revetant son masque de supérieur, il s'approche de Clarke, la félicite d'une poignée de main, puis se concentre sur l'énorme affiche qu'elle a produit en près d'une heure.
« Il va falloir que tu nous explique tout ça... » souffle-t-il, un sourire aux lèvres.
La jeune femme hoche la tête, mais c'est sans compter l'irruption de Raven dans la pièce. La brune a les yeux exorbités, les joues rouges d'avoir couru et le souffle court.
« C'est Abby. »
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Raven est la première a arriver sur les lieux, Clarke à ses côtés. Les deux jeunes femmes quittent le véhicule et traversent d'un pas rapide la rue. Face à elles, la maison où Clarke a passé son enfance, est totalement détruite. La façade, carbonisée, est percée d'une centaine d'impacts de balles, les vitres sont brisées, le portail est déterré, les fleurs sont déchirées, la jolie maison de la banlieue de Washington est saccagée.
Malgré cette vision post-apocalyptique, Clarke sait que sa mère n'a rien subi. Mis à part une grosse frayeur, rien d'autre ne pouvait lui arriver. Les murs sont à l'épreuve des balles, tous comme devaient l'être les fenêtres. Les balles qui ont brisées les vitres ont rapidement étaient bloquées par des rideaux blindés, descendus automatiquement à la première attaque, bloquant toute entrée. Abby était dans une forteresse dont rien ni personne n'aurait pu la sortir.
La rue est rapidement bloquée. Des voitures de polices, et des 4x4 de l'A.R.C. s'alignent pour former des barrages, auxquels ont été ajouté des banderoles jaunes. Kane ne tarde pas à faire une apparition, alors qu'un policier refuse de laisser les deux agents s'approcher de la maison. Dès son accès confirmé par le chef de la police, Clarke se glisse sous la bande jaune. Ses jambes tremblent alors qu'elle traverse le jardin, l'odeur acre du bois brûlé lui parvenant aux narines.
« Clarke ! » s'écrit une voix masculine, que la jeune femme reconnaît comme appartenant à Bellamy.
Il se débat un instant avec l'inspecteur de police mais parvient à passer. Il surgit alors aux côtés de Clarke, suivit par Raven. Réprimant l'envie qu'il a de prendre son amie dans ses bras, Bellamy lance à la blonde un regard qui se veut encourageant.
« Maman ? » demande-t-elle d'une voix tremblante.
Le silence lui répond, lourd, effrayant, puis des pas résonnent à l'intérieur de la maison, un clic retentit, les rideaux métalliques qui obstruaient les ouvertures, disparaissent, et la porte s'ouvre. Jamais Clarke n'aurait cru être aussi contente de voir sa mère. Elle se jette dans ses bras, des larmes ruisselant sur ses joues. Abby, surprise et encore sous le choc, met du temps avant de réaliser ce qu'il se passe. Elle serre sa fille contre elle, sous le regard sévère de Bellamy.
« Tout va bien, Clarke... » murmure-t-elle, la voix secouée de trémolos.
o.O.o
Finn, installé sur le siège passager d'une voiture du G.R.O.U.N.D., attend les nouvelles de leur espion infiltré. La porte arrière du véhicule s'ouvre d'un coup, une femme s'engouffre, avant de refermer derrière elle.
« Démarre. » demande Finn à Lincoln.
Son acolyte obtempère aussitôt et la voiture s'éloigne du quartier dans lequel habitent les Griffin.
« Elle n'a rien. » dit la jeune femme, arrachant un soupire de soulagement au brun. « Sa fille l'a rejoint, accompagnée des agents Reyes et Blake. Leur chef, Marcus Kane est aussi présent. Le quartier est bouclé, la police et la moitié de l'A.R.C. sont sur place. Ils en ont pour un moment. »
Lincoln pile soudainement, et Finn se retourne vers la femme assise sur la banquette arrière. Il sort de sa poche une liasse de billets, qu'il lui tend. Elle s'empresse de les ranger, lui adressant à peine un signe de la tête, et quitte le véhicule aussi rapidement qu'elle y était entré. La portière claquée, la voiture redémarre.
« On lance l'opération alors ? » demande Lincoln tout en prenant la direction du G.R.O.U.N.D..
« Oui. »
o.O.o
Clarke est toujours dans les bras de sa mère lorsque les radios des voitures de patrouille présentes dans la rue sonnent en même temps. Elle se détache à regret pour se retourner vers ses coéquipiers. Tous deux se sont éloignés. Raven parle avec Kane, et leur discussion semble quelque peu agité. Bellamy s'est arrêté un instant auprès des deux agents, prenant part à la conversation. D'où elle se tient, Clarke ne peut voir que son visage, mais l'air sérieux et concerné qu'elle y lit a tôt fait de l'inquiéter.
« Je crois que ... »
« Tu dois y aller. » la coupe Abby, pleinement consciente des devoirs de sa fille.
Clarke hoche la tête, serre une dernière fois sa mère dans ses bras et s'éloigne à regret. Elle rejoint en courant Raven et Bellamy, qui l'attendent déjà dans la voiture. Elle s'autorise deux secondes devant Kane, lui demandant de mettre sa mère en sécurité tout de suite. L'homme hoche la tête, alors que Clarke s'engouffre dans la voiture.
o.O.o
Le parking, encore vide le matin même, est à présent noir de monde. Les voitures de police arrivent les unes après les autres, formant peu à peu un barrage autour des camions de pompier déjà présents. Dans un coin du parking, suffisamment éloigné de la bâtisse en flammes, les secouristes ont installé une tente pour y voir les blessés, mais ces derniers se révèlent tellement nombreux que certains médecins auscultent à l'arrière des camions. Par chance, il n'y a pas morts, mais les blessés n'en demeurent pas moins nombreux.
Raven quitte la voiture avant même que Bellamy n'ai coupé le contact. Une épaisse fumée noire s'échappe de l'entrepôt. Les flammes ont été éteinte mais ce nuage obscurcit l'air, le rendant irrespirable. Sans se soucier des larmes qui commencent à lui monter aux yeux, la jeune femme s'approche de deux agents de police, qu'elle a aperçu en compagnie de Monsieur Garcia.
L'usine a explosé. Bellamy avait pourtant demandé à Kane de placer des hommes aux alentours de Sanmiento. A croire que ça n'a pas été fait. A présent un réservoir a explosé et la moitié des infrastructures ont brulé.
« Bellamy ? »
Le jeune homme sursaute. Clarke est accoudée à la portière du siège passager, ses yeux bleus posés sur lui avec inquiétude.
« Vas-y, je te rejoins. » murmure-t-il.
Elle acquiesce, et se dirige vers Raven d'un pas rapide. La jeune femme est déjà en train de questionner Garcia qui, lorsqu'il aperçoit Clarke, écarquille les yeux.
« Mademoiselle Griffin ? »
« Monsieur Garcia. » répond Clarke d'une voix neutre, tout en signant un papier pour la police. « Nous avons quelques questions à vous poser, vous permettez ? Raven, est-ce que tu peux appeler Wick, s'il te plait ? Demande-lui de venir, il nous faut une étude complète du réservoir qui a explosé. »
La brune s'exécute, aussitôt, laissant Clarke mener son interrogatoire. Elle n'a que peu de choses à savoir, et le directeur de Sanmiento y répond rapidement. En un rien de temps, la jeune femme a les réponses qu'elle attendait. Elle remercie son interlocuteur, après l'avoir escorté jusqu'à une voiture de police. Bellamy la rejoint alors.
« L'explosion a eu lieu à vingt heure trente deux, alors que l'équipe chargée de cette affaire était réunie devant ma maison. Garcia n'était pas sur place, il avait quitté son bureau à vingt-heure quinze, un employé l'a confirmé, et lorsque le réservoir a explosé, il était au poste de contrôle par lequel nous sommes entrés. Quarante trois employés travaillaient, dont quinze agents de sécurité. Six d'entre eux patrouillaient à l'extérieur des bâtiments mais personne n'a vu venir les malfaiteurs. » Elle s'interrompt un instant, reprenant sa respiration, puis ajoute : « Tu crois que c'est le G.R.O.U.N.D. ? »
Alors qu'ils parlaient, les deux agents se sont mis à déambuler parmi les débris en feu de ce qui a causé l'explosion. Le liquide s'est déversé au pied de l'immense citerne dont des morceaux de tôles jonchent le sol. Bellamy s'accroupit alors au pied du réservoir, sourcils froncés, regard braqué sur quelque chose.
o.O.o
« Je suis certain que c'est le G.R.O.U.N.D.. » dit enfin Bellamy, pointant du doigt un G peint à la bombe sur le fond de la cuve. « Clarke ? Tout va bien ? »
La jeune femme a blêmit lorsqu'elle a réalisé que l'attaque qui a eu lieu chez elle n'était qu'une diversion. Diversion qui aurait pu couter la vie à sa mère si leur maison n'avait pas été si bien équipée.
« On a pas encore identifié ce que contenait le réservoir. » poursuit-elle rapidement. « Selon Garcia, c'est quelque chose de totalement inoffensif que nous avions contrôlé le matin même. C'est sur la liste. J'ai fait appeler Wick, il ne devrait pas tarder. »
Ils font encore quelques pas parmi les débris, jusqu'à ce que Kane appelle Clarke. La blonde s'éloigne, laissant Bellamy seul. Perdu dans ses réflexions, il fait le tour du site, marchant lentement entre les entrepôts, les réservoirs, les camions de marchandises. Lorsqu'il revient, deux heures se sont écoulées. Il ne s'en était pas rendu compte, trop occupé qu'il était à comprendre les derniers évènements.
Le parking s'est vidé, ne restent que quelques officiers de police, deux camions de pompiers et les agents de l'A.R.C.. Les locaux ont été entièrement vidés, tous les employés interrogés, puis évacués rapidement, laissant champ libre aux agents pour mener leur enquête.
Clarke, Raven et Kane discutent près du réservoir qui a explosé. Wick et une dizaine de chercheurs s'y activent. Bellamy aperçoit parmi eux Dean, le type avec qui Clarke dansait la semaine dernière, alors qu'ils étaient à la Station 13.
« Agent Blake ? » demande ce dernier en s'approchant de Bellamy. « Kyle Wick m'envoie vous donner ceci. »
Dean donne à Bellamy une plaquette sur laquelle se suivent un tas de mots auquel il ne comprend rien.
« Ce sont tous les produits qui figurent sur la liste que vous nous avez communiqué ce matin-même, ceux qui entrent, et ceux qui sortent officiellement de l'usine. Le réservoir contenait ceci. » poursuit le chercheur, alors que Wick les rejoint, accompagné de Clarke, Raven, et leur supérieur.
« C'est un liquide totalement inoffensif, issus de la distillation de cet alcool là. » explique Wick, prenant la relève. « Ils le stockent dans cette cuve, et le vide une fois par semaine. »
« Alors comment est-ce que tu expliques ceci ? » soupire Bellamy, désignant d'un geste les locaux dévastés.
« J'y viens... Comme je disais, produit inoffensif, c'était impossible qu'il explose. On a donc fait des tests et devinez quoi ? »
Wick, les yeux brillants, se retourne vers ses interlocuteurs, mais ces derniers font preuves de moins de joie que lui.
« On a retrouvé deux produits sur les parois de la cuve. »
« Deux produits ? » demande Raven d'une voix grave.
« Oui. Deux produits, en très faible quantité. L'explosion est due aux gaz, pas à la présence de liquide. Or je vous l'ai dis, notre liquide n'était pas inflammable. Ce qui n'était pas le cas du second liquide. Ils ont mené des tests à l'Arche, et ces deux produits combinés sont hautement explosifs. La quantité de liquide présent aurait du faire exploser l'usine entière pour un seul centilitre ajouté. »
« Tu es en train de dire que la cuve avait été vidée avant l'explosion ? »
Wick hoche vigoureusement la tête.
« Mais alors pourquoi le G.R.O.U.N.D. aurait volé une citerne entière d'un produit déchet ? » s'interroge Bellamy.
« Parce que ça explose ? »
o.O.o
Tous se retournent vers Murphy. Le jeune homme, mains dans les poches et bonnet enfoncé sur la tête, s'approche du petit groupe d'un pas nonchalant. Il vient tout juste de rentrer de sa mission — changer une roue peut prendre beaucoup de temps — et n'ayant pas très envie de passer une autre soirée seul, il a préféré rejoindre la mission.
« Mais pourquoi le G.R.O.U.N.D. serait intéressé par ça ? Ils ont leurs fournisseurs, ils ne vont pas fabriquer une bombe à chaque attentat. » fait remarquer Clarke.
Après tout c'est vrai. Une des principales fonction de l'A.R.C. est de débusquer ces fournisseurs et de leur faire cesser toute activité.
« Peut-être que ce n'est pas pour eux. » dit innocemment Murphy tout en sortant de sa poche un paquet de cigarette.
« Wow wow wow ! » s'écrit Wick.
L'ingénieur se précipite vers son ami, lui arrachant le briquet des mains.
« Tu veux nous faire exploser ou quoi ? »
Murphy, sa cigarette pendue aux lèvres, fronce les sourcils. Il s'apprête à répliquer, mais Kane l'en empêche, l'heure n'est pas aux chamailleries. Si Wick ne se trompe pas et que c'est bien une bombe que leurs ennemis veulent construire, ils ont très peu de temps pour déjouer leurs plans.
o.O.o
Wick a aussitôt été renvoyé à l'Arche, avec pour ordre d'étudier cette bombe hypothétique. Miller et Raven se trouvaient avec lui. A eux trois, ils devraient comprendre le principe de fonctionnement de cette arme, son utilité potentielle et plus important, un moyen de la contrer.
Quelques minutes plus tard, Kane est parti lui aussi, en compagnie de Clarke, Bellamy et Murphy. Par précaution, il a laissé une équipe d'agent aux alentours de l'usine, dans l'éventualité où les grounders referaient surface. Dans le véhicule, personne ne parle, chacun réfléchissant dans son coin.
Clarke recherche toujours ce qui pourrait lier le vol qui a eu lieu ce soir, aux travaux de Felmann. Mais la réponse ne tarde pas à se présenter.
Quelques heures après que chacun ait regagné la salle de réunion, Wick convoque tout le monde. Il semble légèrement tendu, et Raven qui l'accompagne n'a pas l'air plus sereine.
« Je sais ce que compte faire le G.R.O.U.N.D. avec tout ce liquide. » déclare-t-il, la gorge nouée. « Une bombe nucléaire. »
o.O.o
Des mines sombres accueillent cette annonce. La nouvelle n'est pas la meilleur qui soit. Si Wick dit vrai, l'organisation terroriste aurait le pouvoir d'annihiler une partie de la race humaine avec cette arme. De quoi diriger le monde entier, ou du moins les derniers survivants.
Clarke est ébranlée par les mots de Wick. Lorsqu'elle s'était engagée, elle n'avait pas idée qu'un jour, elle aurait à faire à ce genre de menace. Mais malgré la peur qui lui tord le ventre, elle est persuadée que quelque chose ne va pas.
Détruire le monde n'est pas le but premier du G.R.O.U.N.D. Ses dirigeants n'ont jamais cherché à dominer la terre entière. Et puis, une fois les Etats-Unis disparus, ils n'auraient plus rien à combattre. Non, ils font partie de quelque chose de bien plus grand, quelque chose qu'il leur est impossible de comprendre sans chercher à voir l'ensemble du plan. C'était le message de son père, non ?
« Je peux ? » demande la jeune femme en désignant la vitre derrière elle.
Bellamy acquiesce. Il lui tend un feutre et se recule, imité par les autres. Clarke replonge alors dans son raisonnement.
Le produit substitué à l'usine permet de créer des bombes — très efficaces — mais également de détruire une partie de la population mondiale à cause des radiations qu'elles provoqueraient en explosant. Et le G.R.O.U.N.D. est en possession de ce produit.
Or elle sait que ce vol est lié à l'affaire Felmann. Son entreprise travaillait sur l'expression des réactions humaines traduites sur informatique, via des puces. Des puces qui transmettaient des signaux. Parmi ces reéactions figuraient peut-être celles de l'exposition à des radiations radioactives ?
« Mais bien sure ! » s'écrit-elle.
La bombe ! Si la bombe explose, ce sera à titre d'expérimentation. Et les résultats seraient transmis via les puces développées par Felmann, et subtilisées par le G.R.O.U.N.D.
« Wick ? Est-ce que l'une des deux entreprises est financée par un fournisseur d'armes ? »
L'écran de l'ingénieur est projeté sur un mur alors qu'il poursuit ses recherches. Les dossiers des deux entreprises défilent à toute allure avant qu'une croix rouge n'apparaisse. Bellamy voit les épaules de Clarke s'affaisser. L'espace d'un instant, tous avaient cru qu'elle détenait la solution.
« Et aucun vendeur illicite ? » propose-t-il.
Wick se remet à pianoter sur son clavier. Cette fois-ci, la recherche abouti sur quelque chose. Il entre quelques mots clés et des images s'affichent l'une après l'autre. Une carte d'identité, une adresse, une géolocalisation, quelques photos, des rapports.
« Giovanni Mombelli. » lit Raven en se rapprochant de Wick.
« Il a financé un projet de Felmann une dizaine d'année plus tôt. » poursuit Murphy. « Vous pensez que c'est lui qui veut nous faire sauter la cervelle ? »
« Non. Il faut voir plus grand. » dit Bellamy d'une voix grave, s'attirant le regard étonné mais reconnaissant de Clarke.
La pression est soudainement retombée. Bien sure, la menace plane toujours, mais savoir qu'ils ont une piste rassure le groupe. Ils n'avancent plus dans le noir à présent. Dès qu'ils auront les informations, il ne manquera plus qu'un ordre de la part de Jaha, et la mission sera lancée.
« Trouve-nous tout ce que tu peux sur lui. » demande Clarke.
Elle perçoit le sourire en coin de Bellamy qui s'est éloigné.
« Quoi ? » dit-elle en se rapprochant de lui.
« Tu deviens autoritaire, dis-moi. Une vrai princesse ... »
« Moi ? Autoritaire ? Tu as joué les petits chefs toute la journée ! » s'écrit-elle.
Bellamy éclate de rire devant son air vexé. Il passe son bras autour de ses épaules et la ramène contre lui. Ca a été une journée éprouvante pour tout le monde, mais il n'imagine pas à quel point ça a été dur pour la jeune femme lorsqu'elle a cru avoir perdu sa mère.
« Ca va ? » demande-t-il plus bas, le visage de Clarke tout près du sien.
La jeune femme acquiesce avant d'enfouir sa tête dans le cou de son ami. Elle ferme un instant les yeux, humant avec délice l'odeur boisée de Bellamy. Pour la première fois depuis le début de la journée, elle sent enfin que les choses s'arrangent.
« Eh ! Les tourtereaux ! »
Bellamy grogne quelque chose qu'elle ne parvient pas à comprendre. Clarke se sépare alors du jeune homme, mais il la garde contre lui, faisant glisser son bras de ses épaules à sa taille. Wick se tient devant eux, tout sourire, Raven et Miller derrière. Tous les trois ont sur leur visage ce petit quelque chose qu'ont les enfants lorsqu'ils ont fait une bêtise.
« On ferait bien de vous trouver une couverture. Parce que Mombelli organise un gala de charité pour le Nouvel An. » dit Wick, avant d'ajouter plus bas : « Peut-être plusieurs couvertures d'ailleurs, parce qu'à cette période ... »
Cette dernière remarque lui vaut une légère tape à l'arrière du crâne de la part de Raven. Mais le jeune homme ne se laisse pas démonter pour autant.
« Je vous ajoute sur la liste des invités. En tant que Madame et Monsieur Smith ? »
Oui oui, je sais ... Si vous vous attendiez à une scène d'explication entre Clarke et Bellamy, c'est râpé ... Avant que vous ne me lanciez des tomates, je balance le tout sur le compte de mon iPad qui avait bugué et tout fait disparaitre. Mais si, mais si, c'est une excuse valable !
J'espère que le chapitre vous a plu, vraiment, parce que ça a été le chapitre le plus long à écrire de l'histoire ( trois mois pour être exacte x) ). Mais ! Il introduit mes chapitres préférés, les deux suivants.
Alors on se revoit dans deux semaines pour le chapitre 17 :) D'ici là, j'attends de vos nouvelles, comme toujours avec impatience !
