Hello :)
En cette belle journée grise ( oui, la fin de l'été est bien triste ... ) voici le chapitre 17 !
Mais juste avant, je remercie Lucie pour sa review :)
Voila, je me tais, et je vous laisse lire ce chapitre ...
La route qui monte le long de la montagne se fait de plus en plus sinueuse, et les arbres qui la bordent rendent la visibilité difficile. Clarke, assise à l'arrière, ferme les yeux. Elle n'est habituellement pas malade en voiture, mais Murphy conduit un peu vite.
« Evite de vomir dans la voiture Clarke, je nettoierais rien. » souligne le conducteur.
La jeune femme lui lance un regard noir à travers le rétroviseur arrière. Depuis que Kane a annoncé à Murphy qu'il serait chauffeur durant la mission, ce dernier est passablement énervé. Il faut dire que celle qui les a habillés pour l'occasion y est allé un peu fort en donnant au jeune homme le costume vert et noir, un peu trop époque Victorienne. Si toute l'équipe a trouvé cela très drôle, personne n'a osé faire de commentaire. Mis à part Bellamy, bien entendu.
Clarke détourne son regard de la route pour le poser sur Bellamy. Assis à coté d'elle, il tente de dormir, lui aussi légèrement affaibli par les virages. Profitant d'un instant où l'attention de Murphy est portée sur sa conduite, la jeune femme détaille attentivement son coéquipier, son profil, son visage parsemé de taches de rousseurs, ses cheveux bruns coiffés en arrières, le manteau gris qu'il porte et qui lui donne cet air étrange d'homme d'affaire — Murphy ne s'est pas gêné pour se moquer de lui. Son regard s'attarde cependant sur l'anneau doré qu'il porte. Elle baisse les yeux sur sa main gauche, à laquelle brille le même bijou. Il faut admettre qu'elle n'est pas très à l'aise à l'idée de porter cette alliance. Bien qu'elle soit fausse, la symbolique reste la même aux yeux des autres.
o.O.o
Quelques mètres plus loin, une berline noire suit la première voiture de près. Assis au volant, Wick ne cesse de jurer.
« Il veut nous tuer cet abruti ou quoi ? »
Raven lui adresse un regard qui se veut sévère, mais le jeune homme voit bien qu'elle ne peut s'empêcher de rire. Il ne comprend pas cette affection de la brune pour Murphy. Il est grossier, buté, solitaire, mais elle semble trouver quelque chose dans leur amitié. Après quelques minutes de réflexions — et qui ne lui apportent aucune solution — Wick se retourne vers Raven. La jeune femme est pâle, les yeux soulignés de cernes, et elle contient avec peine une grimace.
« Tout va bien ? »
Raven a beau affirmer que oui, lui sait qu'elle ne va pas bien. Elle a eu du mal à se remettre de ses blessures, suite à l'explosion du bar grounder. Trois cotes cassées, le poignet aussi, de nombreuses ecchymoses et pas mal de coupures. Mais les tests avaient fait d'autres révélations. Révélations qui ne semblaient pas inquiéter Raven, dans la mesure où elle seule était au courant. Son médecin aussi, évidement, et Sinclair, dont elle dépendait pour sa formation parallèle de mécanicienne et pilote.
Ce jour là, elle n'était pas rentrée directement chez elle. Octavia s'y trouvait et elle n'avait nullement envie d'affronter son amie et sa joie de vivre. Elle alors avait erré dans les couloirs, sans but précis, le regard vague, le dos courbé. Le bureau de Jackson est proche de celui de Wick. Peut-être est-ce pour ça qu'elle avait fini là, assise sur la table à peine débarrassée, à pleurer une déficience qui risquait de lui gâcher sa carrière ?
« Tu es certaine que ça va ? » demande Wick, inquiet. « On peut s'arrêter si tu veux, je les appelle, ils nous attendront, ou on les retrouvera là-bas, mais si tu ne te sens pas bien je m'arrête. On a le temps Raven, surtout pour ça, ne t'inquiète pas... »
« Wick... »
« Non, Raven. C'est ta santé qui est en jeu, bien avant ta carrière. Qu'est-ce qu'il dirait, Kane, s'il était au courant ? »
« Wick. »
Mais Wick n'entend pas. Il ne voit pas l'air agacé de la jeune femme. Il ne pense qu'à s'assurer qu'elle va bien. Malgré les trois semaines de convalescence mises à sa disposition, elle n'en a pris que la moitié, pressée de retourner en mission.
« Enfin Raven ! Tu es malade ! Une jambe en moins, ce n'est pas rien ! »
« Kyle ! » s'écrit la jeune femme avant de se retourner vers la fenêtre. « Je ne suis pas malade ! »
Pour rien au monde, elle n'admettrait ses faiblesses. Elle l'avait fait une fois, et jamais plus elle ne commettrait la même erreur. Mais peut-être qu'elle en avait fait une, d'erreur, lorsqu'elle était allée trouver Wick. Peut-être qu'elle n'aurait pas du lui parler de ça. A présent, il en fait une histoire, un drame qui n'a pas lieu d'être. Jackson l'a dit, ce … — elle ne parvient toujours pas à dire le mot — son problème n'est pas grave, pour l'instant. Mais il peut le devenir si elle force trop.
Une larme roule au coin de son œil, et elle l'essuie d'un geste rapide, avant de se retourner vers Wick.
« On peut repartir, s'il te plait ? » soupire-t-elle. « Murphy ne nous attend pas, je te signale. »
Le jeune homme hoche la tête, démarre le moteur, et ils reprennent leur route. Lorsque Raven est dans cet état, il vaut mieux ne pas pousser trop loin. Or il a franchi une ligne qu'il n'aurait pas dû, il le sait très bien. Elle a abattu le mur qu'elle s'est créé l'espace d'un instant, et il en a profité. Cependant il espère que la jolie brune ne se fermera pas à lui indéfiniment.
Il y a autre chose qui le dérange, mais il ne parvient pas à mettre le doigt dessus. Raven a prononcé un mot qu'il n'avait pas entendu depuis bien longtemps. Et il ne s'attendait pas à l'entendre de sa part.
« Tu m'as appelé Kyle ? » dit-il enfin.
Raven fronce les sourcils. Elle a aperçu le petit sourire en coin du jeune homme.
« Oh ça va ! » soupire-t-elle, se tournant à nouveau vers la fenêtre pour lui cacher son sourire naissant. « Aller, Kyle, accélère un peu. »
o.O.o
Effectivement, Murphy ne les a pas attendu. Il aborde à toute vitesse les derniers lacets de cette route sinueuse. Une centaine de mètres avant le col, la voiture ralentit. Cachée derrière une rangée de sapins, une route poussiéreuse s'enfonce dans la foret. Il vérifie que personne ne les suit, rétrograde et s'engage dans l'allée. Il fait sombre, et le soleil, qui brille faiblement derrière les nuages, ne parvient pas à percer l'épais feuillage qui forme une voute au dessus de la voiture.
Bellamy, réveillé par les secousses, ouvre les yeux sur cette foret qui s'étend à perte de vue. La route cabossée poursuit son chemin entre les arbres sur quelques mètres avant qu'apparaisse l'entrée du domaine. A l'approche de la voiture, la lourde porte en fer forgé s'ouvre lentement, leur laissant le passage. Ils s'engagent alors sur une route goudronnée, qui serpente lentement dans la foret. Au fond, entre les arbres, la lumière perce, une légère éclaircie dans la noirceur de cette forêt.
Les arbres qui bordent la route se font de plus en plus rares, et en l'espace d'un instant, ils se retrouvent aveuglés par la lumière. A ses côtés, Clarke cligne des yeux. Elle commençait à somnoler lorsqu'elle aperçoit le magnifique paysage qui se dessine devant elle.
La neige tombe lentement sur l'immense parc qu'ils traversent à présent. Le domaine, posé en pleine montagne, est cerné par la foret, mais le parc est étonnamment plat. Sur la pelouse désormais blanche, des massifs de fleurs percent l'étendue de neige. Le sentier progresse doucement dans ce paysage, rapprochant peu à peu les visiteurs de la bâtisse qui apparaît à travers le rideau blanc. Ils passent un arche de rosiers et s'engagent sur une cour circulaire, au pied du manoir. L'imposante silhouette se découpe sur les montagnes qui l'entourent. Les pneus crissent sur la neige alors que Murphy freine subitement.
« Eh bien ... » souffle Bellamy qui, depuis sa place, ne voit que le perron du manoir. « Il semblerait qu'on soit arrivé. »
Clarke ne se le fait pas dire deux fois. Elle déboucle sa ceinture en vitesse et ouvre aussitôt la porte, sans attendre que Murphy — jouant parfaitement son rôle de chauffeur — vienne lui ouvrir la porte. Le froid s'engouffre dans le véhicule et elle resserre automatiquement son manteau autour de son cou. Le bon côté des choses, lorsqu'on joue l'épouse d'un riche avocat, c'est qu'on ne se rend pas dans le Tessin suisse sans un manteau en fourrure. Elle regarde un instant ses chaussures se couvrir lentement de neige et relève la tête.
Le manoir se tient devant elle, imposant, presque effrayant. Avec ses pierres grisâtres, il se fond dans le ciel nuageux, et ce n'est que par la présence de mousse et de lichen qu'on en devine les contours. Posé sur un soubassement, le bâtiment s'élève sur deux étages. Clarke ne s'est jamais réellement sentie touchée par un bâtiment, cependant, ce vieux manoir avec ses pierres sales, ses grandes fenêtres, ses balcons, ses moulures, la trouble étrangement. Elle détaille attentivement l'entre-sol, le rez de chaussée, sa tête se penchant au fur et à mesure que son regard s'approche du toit.
La porte s'ouvre, révélant un homme d'une soixantaine d'années. La livrée qu'il porte souligne ses épaules carrées et son torse maigre. Il s'avance de quelques pas, traversant le perron avec assurant, en homme qui a fait ça tout sa vie. Arrivé en haut des escaliers, il s'incline légèrement, les salue, puis leur dit d'une voix grave :
« Entrez-donc ! »
Clarke se retourne vers Bellamy, légèrement intimidée. Elle s'accroche au bras qu'il lui tend et tous deux s'approchent du manoir.
Des soupiraux de l'entresol s'élève une douce odeur sucrée. Pourtant la jeune femme n'a pas le temps d'en identifier l'origine, qu'elle a déjà gravi les quatre marches du perron, son bras fermement serré autour de celui de Bellamy.
L'homme qui les précédait encore à l'instant s'arrête, leur faisant signe de passer devant lui. Les jeunes agents pénètrent alors dans une vaste pièce couverte de boiseries, de tableaux, de tapisseries rouge et dorées. Le plafond s'élève haut dans le ciel, portant un immense lustre. Un escalier en pierre à double quart tournant occupe le fond de la salle, rejoignant l'étage et ne laissant qu'une ouverture, à droite, menant à une salle éclairée par le ciel nuageux de cette fin d'après-midi. De part et d'autre du hall d'entrée, deux galeries desservent les pièces adjacentes, un salon de réception et un bureau à droite, qui profitent de leur exposition à l'est, et de la vue poétique qu'offre le parc, à gauche, les pièces de service, l'escalier menant à la cuisine et aux sous-sols, et le bureau dû majordome, qui donnent pour la plupart sur les écuries du manoir.
Leur hôte s'arrête au centre de la pièce, devant trois femmes et trois hommes, tous vêtus de robes ou de livrés de service.
« Madame, Messieurs, je vous présente celles et ceux qui s'occuperont de vous durant votre séjour. Adressez vous à eux en cas de besoin, ils seront, j'en suis certain, ravis de vous aider. »
Clarke sourit, légèrement gênée. Toute cette mise en scène et ces formalités la rendent mal à l'aise. Le Manoir du Lac avec ses boiseries, ses tapisseries et ses dorures n'est peut être pas le meilleur lieu de résidence pour une mission d'infiltration. Disons qu'on peut faire plus discret …
Sans leur laisser plus de temps, Albert, car c'est ainsi que s'appelle le vieux majordome, fait signe à son équipe de récupérer les bagages dans la voiture, et invite ses invités à le suivre.
« Je vais vous conduire à votre chambre, si vous le voulez bien. »
Ils empruntent le grand escalier dont la vieille pierre blanche, usée par le temps, les chaussures et les jupes de ses occupants, intimide de plus en plus Clarke. Elle n'a pas lâché le bras que Bellamy lui avait gentiment proposé, elle le réalise à présent, alors qu'elle s'y accroche de plus en plus. Murphy, qui les suit de près, ricane discrètement à les voir ainsi.
Arrivés au premier palier, qui domine déjà la salle, ils entendent la porte s'ouvrir derrière eux. Une chevelure brune apparaît, et une tête blonde, tous deux transis de froid, les joues roses et les mains fermement accrochés à leurs col remontés.
« Qu'est-ce qu'il caille dans ce pays de m... » grogne Wick.
La fin de sa phrase reste en suspend grâce au coup de coude que Raven lui assène avec délicatesse.
« Merde ... » murmure-t-il alors, réalisant l'ampleur du hall d'entrée. « La vache. Kane s'est pas foutu de nous ! »
Raven baisse la tête, dépitée par le manque de tact de son collègue, et Murphy éclate de rire, murmurant quelque chose comme " j'aurais pu faire cette remarque ".
Mais Albert, preuve même de la discrétion requise par le poste qu'il occupe, ne semble pas avoir entendu. Il attend patiemment que les domestiques viennent débarrasser les nouveaux arrivants de leurs bagages, avant que ces derniers ne les rejoignent.
« Alors ? » demande discrètement Clarke à Raven lorsque la jeune femme arrive à sa hauteur, et se désintéressant de Bellamy aussitôt. « Comment était le voyage ? »
« Tu veux dire le calvaire d'être coincé dans une voiture avec Wick ? » soupire la brune.
Clarke hoche la tête, un sourire malicieux aux lèvres. Son amie lève les yeux au ciel et laisse échapper un soupire disgracieux. Puis elle entraine la blonde derrière elle pour rattraper les autres.
Les escaliers font un tour sur eux même et rejoignent la galerie du premier étage. Les deux jeunes femmes débouchent sur un palier immense, plus sombre que le hall d'entrée, mais tout aussi majestueux. Leur hôte et les garçons sont déjà de l'autre coté des escaliers où deux portes, l'une à droite, l'autre plus à gauche, percent le mur du fond. Albert ouvre la première chambre, celle de droite, et laisse ses inviter passer.
La pièce est tendue de bleu et de touches d'argent. Le lit, le mobilier, les rideaux, même les cousins sont recouverts du même tissu brodé. Clarke fait quelques pas dans la pièce, le bruit de ses talons étouffé par l'épaisseur du tapis — bleu et argent. Elle longe le lit, à droite de l'entrée, et s'approche du mur de fenêtres qui leur fait face.
« Clarke ! » s'écrit Raven depuis la salle de bain. « Viens voir la baignoire ! »
La jeune femme revient sur ses pas, avant d'avoir pu apercevoir la vue depuis la pièce. Elle contourne le salon qu'on a placé là où la pièce rétrécie à côté de la salle de bain et rejoint l'entrée. La porte du fond, près de l'entrée, donne sur un dressing, la seconde, devant laquelle elle se trouve, mène à la salle de bain.
« Oh ... » murmure-t-elle en entrant dans la pièce.
Bellamy sourit devant tant d'innocence, mais se renfrogne aussitôt qu'il voit le regard plein de sous-entendus de Murphy.
« Si vous voulez bien me suivre... »
Albert traverse la chambre jusqu'à la porte communicante, derrière le salon, les garçons à sa suite.
« Nous avons mis cette seconde chambre à votre disposition. »
« Charmant... » soupire Murphy en découvrant les couleurs de la pièce voisine.
Si la première chambre est légèrement trop bleu pour lui, celle-ci est un peu trop … rose. Elle est exactement comme la précédente, si ce n'est cette couleur qui donne envie à l'agent de se cogner la tête contre un mur. Et les gloussements de Raven lorsqu'elle arrive à ses côtés n'aident absolument pas.
« On prend la bleu ! » s'écrient les jeunes femmes en même temps.
o.O.o
« Mais … T'es sure de toi ? »
A son intonation, Octavia sent que Clarke est tendue. Elle s'y était attendue, bien sure, mais au fond d'elle, elle espérait que ses amies la soutiendraient dans sa décision.
« Qu'a dit Kane ? » demande Raven, jetant un regard inquiet à la blonde à ses côtés.
« C'est lui qui a eut l'idée... »
« Comment ça c'est lui qui a eut l'idée ?! » s'écrit Clarke, les yeux écarquillés.
Lorsqu'elles ont reçu l'appelle d'Octavia, les deux jeunes femmes se sont isolées, espérant trouver, dans la bibliothèque au bout de l'aile ouest, un peu de calme. Mais elles ne s'attendaient pas à de telles déclarations, et si la surprise de Clarke risque de les faire remarquer, elle n'en est pas moins illégitime.
« Il était au téléphone avec Jaha, juste avant de me recevoir, et je les ai entendu parler d'une infiltration. »
« Et laisse-moi deviner... » soupire Raven. « Tu t'es proposée de suite. »
« Il a dit qu'il allait y réfléchir, en parler avec Jaha. Mais il veut une fille, jeune, il faut que ce soit crédible. Je pense qu'il n'aura pas vraiment d'autres choix. »
« Et ton frère ? Il en dit quoi ? »
A l'autre bout du fil, le silence de la jeune femme en dit long. Clarke se lève prestement du canapé dans lequel elle s'était installée. Les yeux exorbités, elle fait quelques pas devant le regard perdus de Raven. Elle a le sentiment d'étouffer, passe maladroitement sa main sur son visage, plaque ses cheveux en arrière et respire profondément mais rien à faire, quelque chose bloque toujours l'arrivée d'air dans sa poitrine.
« Tu ne lui as pas dit ? Tu ne lui as pas dit ! » s'écrit-elle.
Elle se précipite vers la table basse et s'empare du téléphone qu'elles avaient posé là.
« Depuis combien de temps tu nous caches ça O' ? Hein ! Depuis combien de temps tu nous mens ?! » crie-t-elle dans le combiné alors que Raven tente désespérément de récupérer l'appareil.
Octavia est pétrifiée, et les hurlements de Clarke n'aident absolument pas. Elle ne peut pas voir ce qui se passe dans la pièce où se sont réfugiées ses amies, mais d'après ce qu'elle entend, ce n'est pas très positif. Des meubles sont poussés violemment, Raven gronde d'une voix grave, et Clarke continu de crier sur elle, sur Raven, sur tout le monde. Le téléphone tombe et le silence envahi la pièce. Octavia craint le pire. Elle n'entend plus rien, pas le moindre souffle, et pourtant, l'appel est toujours en cours.
Raven maintient ferment Clarke contre elle, les bras de la jeune femme retournés dans son dos. Elle ne tente même plus de se débattre, tant elle est épuisée.
« Tu ferais bien de sortir. » lui dit Raven en ramassant le téléphone. « Octavia ? Toujours là ? »
« ... »
« Non, tout va bien. Non elle ne … Enfin O', essaye de comprendre. »
Après un dernier regard vers Raven qui s'est éloignée dans un coin de la bibliothèque, ramassant ce qu'elles ont fait tomber durant leur combat, Clarke quitte la pièce.
« Mais c'est du G.R.O.U.N.D dont il s'agit O'. Ne sois pas étonnée qu'elle réagisse ainsi ... » soupire Raven.
o.O.o
Du vent. De l'air. De l'air frais. Tout de suite.
Clarke pousse l'une des grandes portes de la salle de réception et sort en trombe sur la terrasse. Elle traverse l'espace d'un pas chancelant, avant de se rattraper sur la balustrade. Elle inspire profondément, emplissant ses poumons d'air frais, réitérant l'action jusqu'à ce que les battements de son cœur s'estompent. Son corps est secoué de soubresauts et ses mains qu'elle tend devant elle ne cessent de trembler. Son regard trouble s'éclaircit pourtant peu à peu, alors qu'elle remarque l'anneau doré à son doigt. Elle le fixe un instant, focalisant sa concentration sur sa respiration puis l'image devient à nouveau flou, alors que son regard s'envole plus loin, sur le paysage qui s'étend devant elle.
Le domaine, construit pratiquement à flanc de montagne, s'élève au dessus de vallons. Les arbres qui descendent le long de la montagne, et les étendues d'herbe sont couverts de neige. Au fond, un lac brille malgré le ciel nuageux, et sépare la montagne d'un village de pêcheurs. L'étendue d'eau est gelée, et d'ici, Clarke peut apercevoir des enfants patiner sur la glace. Elle se penche un peu plus pour mieux voir, sentant le vent et la neige lui fouetter le visage.
« Pitié ne me dis pas que tu vas sauter. »
La jeune femme fait volte-face, se trouvant nez à nez avec Bellamy, qu'elle n'avait pas entendu approcher. Son sourire en coin lui rappelle Octavia, et elle sent son cœur se serrer. Dire qu'il n'est au courant de rien, qu'il ne se doute pas des intentions de sa sœur. Il va être détruit lorsqu'il l'apprendra, et ne pas lui dire fait souffrir Clarke.
« Ca va ? » demande-t-il, son sourire laissant place à de l'inquiétude.
« Oui oui... » répond Clarke en se retournant vers l'étendue de neige.
Bien que perplexe, Bellamy ne fait aucune remarque, au grand soulagement de la jeune femme.
« Je peux ? » dit-il en s'approchant de la rambarde.
La jeune femme hoche distraitement la tête, et reprend sa contemplation des montagnes. La neige tombe de plus en plus, le vent souffle plus fort encore, et l'air se refroidit alors que la nuit tombe peu à peu.
« C'est magnifique. »
Bellamy, les yeux rivés sur le lac, surprend Clarke de part son exclamation. Elle se tourne vers lui, observant avec amusement la neige tomber et s'accrocher à ses boucles brunes. Savoir qu'Octavia va infiltrer le G.R.O.U.N.D. la terrifie, et elle voudrait tant pouvoir en parler avec quelqu'un. Malheureusement pour elle, cette personne s'avère être le frère de son amie, et elle ne veut pas lui infliger la peur qu'elle ressent en ce moment.
« Tu es certaine que ça va ? » demande Bellamy.
Clarke frissonne. L'impression de malaise qu'elle ressent à ce moment-là est mal interprétée par Bellamy. Le jeune homme s'empresse d'ôter son manteau et de le poser sur les épaules de son amie.
« Non mais à quoi tu joues ? Je te signale qu'on est en mission, c'est pas le moment de chopper la crève ! »
Quelque chose en elle lui hurle de rejeter la veste, de repousser cet acte amical et de rester seule, à greloter dans le vent et la neige. Mais au lieu de ça, elle adresse au jeune homme un sourire maladroit, et resserre un peu plus le vêtement autour d'elle. L'odeur de Bellamy l'enveloppe doucement, fraiche et apaisante. Clarke inspire profondément, humant avec discrétion le délicieux parfum qui lui fait oublier ses problèmes l'espace d'un instant.
« Merci ... » murmure-t-elle enfin.
« C'est rien. Aller, viens. Kane et les autres nous attendent. »
o.O.o
Kane, impeccable dans son costume gris, ses cheveux plaqués en arrières et sa chemise d'un blanc immaculé, n'accorde pas un regard à Clarke, lorsque cette dernière, accompagnée de Bellamy, se glisse discrètement dans la chambre. Enfin la chambre ... La pièce pourrait être n'importe quoi, si ce n'est un lieu pour dormir. Le lit est couvert de plans, rouleaux bleu et blanc qui s'accordent étonnamment bien avec le papier peint, le petit salon est débordant de sacs éventrés et à moitié vidés des précieuses armes destructrices qu'ils contiennent. Certaines armes ont trouvé leur place sur le bureau, qu'on a agrandi à l'aide d'une planche et du secrétaire, pour pouvoir y étaler une carte. Mais le territoire qu'elle représente est à moitié caché tant les couteaux, poignard, pistolets et autres jouets dont les jeunes agents sont si friands. Même le tapis a disparu sous les sacs de munitions.
D'où elle se tient, légèrement en retrait par rapport au reste du groupe, Clarke peut apercevoir la salle de bain, dont l'immense baignoire en marbre italien sert d'entrepôts aux armes que Miller leur a confié pour la mission. Ils viennent rencontrer un homme, un seul homme qui si ça se trouve ne pourra rien leur apporter. Alors pourquoi un tel arsenal ?
« Clarke ? »
La jeune femme sursaute à l'entente de son prénom.
« Tu as retenu le changement ? »
Elle hoche rapidement la tête, sachant pertinemment qu'ils referont plus d'un débriefing dans la soirée, voir une reconstitution de la scène jusqu'à ce qu'elle connaisse les gestes par cœur. Alors ce changement de plan, elle aura le temps de le retenir.
« Bon, Murphy, à toi. » dit Kane, s'asseyant sur le bord de la table, et Clarke reconnaît la salle dans laquelle ils ont pris l'habitude de se réunir.
En l'absence de Miller, Murphy est l'armurier du petit groupe, et Wick y ajoute sa petite touche avec bon nombre de gadgets loufoques. Raven se retire, laissant la place à la jeune femme. Au passage de son amie, elle la regarde discrètement. Elle les a vu quelques minutes plus tôt, Clarke en pleine discussion avec Bellamy. Mais rien dans l'attitude des deux agents ne trahirait qu'elle lui ait tout dit. Tant mieux. S'il advenait que Bellamy soit mis au courant, cela compromettrait fort leur mission.
« Voila ce que Miller nous a trouvé de mieux. Je vous passe les habituels fusils, dague, et autres petits gadgets, pour passer directement à ça. »
Il repose le dernier " gadget " dont il avait vaguement parlé pour attraper une boîte noire, frappée du blason de l'agence, deux cercles représentant l'infini. Ses yeux brillent comme ceux des gamins au matin de Noël, intriguant encore plus les deux agents. Pourtant, lorsqu'il ouvre la boîte, Clarke se trouve légèrement déçue.
Tapissée d'un velours rouge, la boîte contient une petite masse noire, informe, et rien d'autre.
« Euh ... C'est tout ? » demande-t-elle, incapable de cacher sa déception.
« Du calme, Griffin. » dit-il en s'emparant du l'objet. « Je vais te montrer. »
Au début, rien ne se passe, et Clarke se retient fortement de ne pas sourire. Mais la tension est tellement forte dans la pièce, qu'elle doute que sa petite crise de fou rire soit la bienvenue. Alors elle observe attentivement Murphy, lorsque ce dernier referme sa main sur l'objet. Elle entend un déclic, et à travers le poing du jeune homme, elle voit l'objet noir se veiner de vert. Aussitôt, une masse jaillit de cet objet étrange, et dans une multitude de cliquetis, un canon se forme.
Clarke, au plus grand bonheur de Murphy, en demeure bouche bée. D'autant plus que le jeune homme, en une pression bien appliquée, vient de faire disparaître tout l'attirail dans cette masse informe.
« La cross est équipée de micros capteurs sensibles à vos empreintes digitales, température, et rythme cardiaque. »
« Autant dire que celui qui ne devrait pas y toucher risque de le regretter ... » murmure Raven.
Clarke, poussée par la curiosité légèrement infantile qui subsistait en elle, avait tendu la main vers l'objet que Murphy avait reposé dans son écrin. Mais la remarque de son amie la stoppe net.
« Vous en aurez tous les deux un. La fenêtre de tire est légèrement différente et l'arme est plus légère qu'un pistolet normal. Albert devrait nous trouver un endroit pour s'entrainer un peu. Mais passons. »
« Bellamy, » poursuit Raven en passant derrière le bureau aux côtés de son ami, « On a ça pour toi. »
Clarke dévisage l'objet que la jeune femme sort d'une boite. Une petite fiole, d'environ cinq centimètres de haut que Raven clipse soigneusement dans une … boucle de ceinture ? Pratique ...Un tas de gadget défile alors sur la table. Une montre qui fonctionne en complément de leur bracelet, un stylo dont la mine est en réalité un rayon laser — idéal pour forcer les serrures selon Wick —, une cravate tissée de fil incassable — dans le cas où ils auraient besoin d'une corde — puis des choses dont Clarke connait à présent les moindre détails, couteaux, shuriken, munitions, traceurs, oreillettes. Bellamy est équipé des pieds à la tête par Wick, Raven et Murphy qui déballent un à un leurs petits trésors.
o.O.o
La jeune femme commençait à s'assoupir, assise sur l'accoudoir d'un fauteuil, fortement encombré lui aussi. Mais que Murphy prononce son prénom suffit à la réveiller. Elle écarquille les yeux, surprise, et croise les regards amusés de ses coéquipiers. Oulah ... Elle sent qu'elle ne va pas aimer.
Elle l'a compris depuis longtemps, sa sécurité est l'une de priorité de l'A.R.C., car avant de faire partie de ses agents de terrain, elle y était réfugiée. Mais pour s'assurer de cette sécurité, Jaha, Kane et sa mère, Abby, n'hésitent pas à la suréquiper. Aussi la jeune femme appréhende légèrement la présentation de son équipement.
Elle reçoit, comme Bellamy, l'arme futuriste, qu'elle pourra facilement cacher dans sa robe, un couteau indétectable, que leur habilleuse aura probablement prévu de noyer sous une tonne de jupons, et trois étoiles argentées, aux pointes aiguisées, pour lesquelles des poches ont été cousues dans la ceinture de sa robe. Raven dépose une paire des traditionnels talons aiguilles de l'A.R.C, d'un nude mat. Elle portera probablement les mêmes le soir du gala.
L'inventaire se poursuit avec les lentilles mises au point par Raven et Jackson au cours des derniers mois, en complément du bracelet gris que portent tous les agents. La jeune femme les essaye aussitôt, suite à la demande de Kane.
C'est vraiment difficile de s'y faire, Clarke. » admet Wick. « Plus tu les porteras mieux ce sera. »
Difficile c'est le mot. La lentille électronique met un certain temps à scanner sa rétine avant d'afficher d'une lumière trop vive, que l'installation a eu lieu correctement.
« Alors ? » demande Raven, après tout, c'est de son invention qu'il est question. « Tu risques d'avoir l'impression d'être restée trop près d'un écran pendant un moment, mais l'effet s'atténue. Normalement ... »
Oh non. Ce n'est pas qu'une impression. Tout est amplifié, tout est plus net, plus lumineux. Lorsqu'elle tourne la tête vers son amie, la fiche d'agent apparaît dans un coin de son champ de vision, et elle n'a plus qu'à regarder cette fiche pour qu'elle s'agrandisse et soit consultable.
« Pouvons-nous poursuivre ? » demande Kane. « J'ai une réunion dans peu de temps. »
Les yeux larmoyants, Clarke se retourne vers le groupe. Murphy lui présente le gilet de protection dont le jumeau a été inséré à sa robe. Partout où elle regarde, des informations jaillissent. Wick, Raven, Murphy, les armes, même les rideaux sont analysés. Impossible pour elle de se concentrer.
« Cligne des yeux deux fois de suite. » lui murmure Bellamy à l'oreille.
Un frisson se propage dans tout son corps alors qu'elle s'exécute. Aussitôt, les images disparaissent, et sa vision redevient normale.
Le gilet pare-balles est invisible, et plus léger que tous ceux que la jeune femme a pu porter. Mais toute cette organisation commence sérieusement à l'effrayer. Les armes, les gadgets, les protections, elle a l'habitude, et elle sait les apprécier. Mais bien qu'elle soit désormais entraînée pour faire face au pire, elle n'est plus certaine de ce qu'elle s'apprête à affronter. On lui a parlé d'un gala, dans un château. Rencontrer un homme, tirer toutes les informations nécessaires, repartir. Alors pourquoi un gilet pare-balles ultra sophistiqué ?
Ses craintes sont rapidement écartées. Murphy, sourire aux lèvres — oui, ça existe —, sort d'un des nombreux sacs, une boîte.
« Et ça ? C'est quoi ? » demande la jeune femme, prête à découvrir n'importe quoi.
Le petit regard que Raven échange avec ses deux acolytes n'échappe pas à Clarke. Elle sent qu'elle ne va pas apprécier. Mais alors pas du tout.
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Octavia fait les cent pas dans sa chambre. La discussion qu'elle a eu avec Clarke et Raven l'a retournée. Lorsqu'elle leur a annoncé sa décision, elle savait au fond d'elle, que jamais ses amies ne la soutiendraient. Pas par manque de volonté, oh ça non. Les deux jeunes femmes sont sûrement les meilleurs amies qu'Octavia ait jamais eu. Mais justement pour ça. Elles l'aiment, c'est indéniable. Tout comme elle les aime énormément.
Elle a beau râler à longueur de temps, se plaindre de ne pas pouvoir quitter l'Arche depuis qu'elle y a mis les pieds, cet endroit est ce qui ce rapproche le plus d'une maison pour elle, et Bellamy, Clarke, Raven, Murphy, Jackson, Miller, Atom, ou même Kane, sont définitivement la famille dont elle a toujours rêvé.
C'est bien pour ça qu'elle a pris cette décision. Quand on aime sa famille, on fait tout pour la garder en sécurité. Et après toutes ces années, sa famille, c'est l'A.R.C. Alors si elle doit se sacrifier pour eux, elle le fera.
Octavia s'arrête alors, en plein milieu de la pièce. Ses yeux se posent sur la photo au bord de sa table de nuit. Elle y voit Bellamy et elle, quelques mois après leur arrivée à l'A.R.C., souriant et heureux. Sa décision est prise.
Elle va infiltrer le G.R.O.U.N.D.
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« Oh non non non ... »
Bellamy éclate de rire devant l'air outré de Clarke. La jeune femme a reculé de trois pas lorsque Murphy, triomphant, a ouvert la boîte, révélant aux autres ce qu'elle contenait.
Clarke s'attendait à tout. À tout sauf à ça.
« Je vous le répète, et écoutez-moi bien, parce que ça semble difficile à comprendre. Je. Ne. Mettrais. Jamais. Et j'ai bien dis jamais. Ce. Truc. »
Elle cherche auprès de Bellamy un peu de soutient, mais ce dernier est plié de rire, et se retient à l'épaule de Wick pour ne pas tomber. Dégoûtée, la jeune femme repose son attention sur l'écrin dans lequel se trouve le bijou étincelant.
« C'est une caméra, Clarke. » lui rappelle Wick entre deux éclats de rire. « Il faut qu'on enregistre tout si on veut des preuves pour arrêter Mombelli. »
« Oui, mais ta caméra t'aurais pas pu la foutre ailleurs ? »
« Oh Princesse... » intervient Bellamy, les larmes aux yeux. « Tu vas pas nous faire un sketch pour ça ? »
Clarke le fusille du regard. Tous, sauf Kane, prennent un malin plaisir à rire d'elle.
« Mais je vais pas mettre une putain de couronne ! »
« Un diadème. » rectifie Murphy. « Lindsey a parlé d'un diadème. Et de toutes façons, Princesse, tu n'as pas le choix. Tu porteras ce truc. »
La jeune femme, forcée d'obtempérer, se tait. Alors que Raven et Wick remballent le matériel, Murphy règle deux ou trois petites choses avec Kane avant que ce dernier ne les quitte. Bellamy, qui pleurait encore de rire quelques minutes plus tôt, s'approche de Clarke.
« Tu boudes ? »
« Pas du tout. » soupire-t-elle.
« Aller Clarke, fais pas cette tête, je suis sûr que ça t'ira très bien la cou... »
Elle lui assène un léger coup de coude dans les côtes, espérant le faire taire. Ça a pourtant l'effet inverse, et Bellamy est soudainement repris par sa crise de rire.
« Bon les amoureux ça suffit là ... » soupire Murphy. « Ramenez-vous, on refait le plan. »
Aloooors ? Qu'avez-vous pensé de tout ça ? L'arrivée au manoir, Octavia, la mission qui se met peu à peu en place ? Un petit chapitre sans trop d'action, mais c'était nécessaire pour la suite. Au début, il était d'ailleurs suivi du chapitre 18, mais c'était trop long.
J'espère que vous prendrez le temps de me faire part de vos réactions :)
Et c'est officiel ! La réécriture des chapitres perdus est terminée ! Youpiiiiiii ! Enfin un peu de liberté dans l'écriture de la suite ! J'hésite toujours à déborder des 25 chapitres fixés, mais ce n'est pas sur, l'idée c'est tout de même de terminer cette fic !
Bref, je m'arrête là :) On se retrouve dans deux semaines pour le prochain chapitre !
K. Brooks
