Hello :)

Ca fait un bail, je sais ... J'espère qu'il reste quelques lecteurs à cette histoire, prêts à lire le chapitre 19, Catch Me If You Can.

Un petit résumé rapide de ce qui s'est passé avant ? Clarke et Bellamy, sont envoyés par Kane dans le Tessin Suisse, pour dérober un tableau à un vendeur d'armes international. Murphy, Raven et Wick sont là pour les assister. Ils se rendent donc sous couverture au gala que donne Mombelli à l'occasion du Nouvel An, sous l'identité d'Emily et Peter Jonhson. En plein diner, Raven donne le signal, ils ont trente minutes pour quitter la table de leur hôte, rejoindre l'étage, passer une dizaine de gardes, gagner le bureau du trafiquant, et récupérer le tableau. Sauf que le G.R.O.U.N.D. était là avant. Oui oui, le tableau est à deux doigts de se faire voler par Finn ...

o.O.o

Finn.

Le jeune homme se tient droit comme i, un couteau à la main, et dans l'autre, la toile du tableau, roulée. Bellamy réagit le premier. Il sort son arme et tire, mais Finn l'évite, se jetant sous le bureau de justesse. Quand il en ressort, quelques secondes plus tard, Clarke lui envoie son poing dans la figure, le faisant chanceler.

« Pas mal… » admet-il en se frottant la mâchoire, un sourire méchant sur les lèvres. « Mais j'ai pas le temps de parfaire ton entrainement.

A ces mots, il bouscule Clarke, la faisant tomber au coin du canapé.

« Clarke ! » s'écrit Bellamy.

« Occupe-toi de lui! »

La jeune femme porte une main à son front saignant. Mais elle a d'autres choses à gérer avant de se préoccuper de la douleur qui lui fracasse le crâne. La porte vient de s'ouvrir sur l'homme qui montait la garde devant le bureau. Par chance, il ne voit pas Clarke, trop intrigué par les deux hommes qui se battent. Allongée au sol, la blonde en profite. Elle sort attrape son arme, tombée un peu loin lorsque de sa chute et tire. La balle fend l'air en silence, et touche l'homme en pleine poitrine. Le corps s'effondre devant elle, le visage figé et les traits tirés par la douleur. Clarke dégluti, les yeux au bord des larmes.

Pendant ce temps, Bellamy se bat contre Finn y mettant toute sa rage. Le brun qui se tient face à lui était son ami autrefois. Aujourd'hui pourtant, il ne saurait se rappelle de leurs bons moments, tant il lui en veut pour tout, pour Octavia, pour Jake, pour leurs amis, pour Clarke. Ce que la nouvelle recru du .U.N.D. a infligé à la jeune femme suffit à Bellamy pour puiser sa force. Il balance violemment son poing dans l'abdomen de Finn, le forçant à se plier en deux sous la douleur. Il en profite pour donner un second coup, dans son menton cette fois, faisant basculer son ennemi. Il s'apprête à donner un dernier coup, lorsque Wick les interromp, paniqué.

« Mombelli arrive ! »

Bellamy se fige, laissant ainsi à Finn le temps de le blesser d'une balle. Cette balle fait plus de bruit qu'un essaim d'abeille aux oreilles de Clarke. Elle regarde avec horreur Bellamy trébucher et s'écrouler. Les larmes coulant abondamment sur ses joues, elle se précipite vers lui.

« Ca va Princesse… » murmure-t-il d'une voix trop faible à son gout.

Comme pour se le prouver à lui même, il lui montre sa veste déchirée, et la plaie qu'il porte à l'épaule.

« La balle n'a fait que m'érafler. » ajoute-t-il, évitant de regarder Clarke dans les yeux, sa peine le faisant plus souffrir que sa blessure. « Allez, viens. »

La jeune femme l'aide à se relever. Fini a disparu, bien entendu, mais ce n'est pas le pire. Comme l'a dit Wick, Mombelli arrive, ils entendent déjà les pas et les hurlements de colère. Les deux agents se précipitent vers le balcon, laissant le bureau saccagé derrière eux. Bellamy défait sa cravate et tire sur l'une des extrémités. Le tissu se découd aussitôt, créant un long fil noir que le jeune homme attache au balcon avant de se jeter dans le vide, Clarke fermement cramponnée à lui.

La neige n'amorti qu'à moitié leur chute, mais ils n'ont pas le temps de se plaindre, un faisceau de lumière se pose sur eux, suivit de cris et d'aboiment.

« Par où est-il allé Wick ? » s'écrit Bellamy en attrapant Clarke par la main, l'entrainant derrière lui dans une course effrénée.

« Le parking. Tout droit. »

Ils traversent le parc à toute allure, malgré la neige qui entrave leur avancée. Les faisceaux des lampes torches sont désormais braqués sur eux, les exposant dans la nuit. Dans l'ombre, les premières voitures apparaissent, réfléchissant la lumière de la lune. Un moteur vrombit, probablement Finn. Ils atteignent la première rangée de voiture, et s'y engage juste à temps pour échapper aux balles que leurs poursuivants tirent. Profitant des ombres que créent les véhicules, ils se laissent tomber par terre, à l'abris des regards.

« Une petite diversion ? » demande Bellamy, à bout de souffle.

« C'est comme si c'était fait. »

Alors qu'ils reprennent leur course à travers le parking, un bruit strident retentit. L'instant d'après, toutes les alarmes sont déclenchées, secouant les voitures dont les feux s'agitent. La panique leur permet d'avancer sans être remarqués, mais bientôt, ils aperçoivent l'allée qui quitte le domaine.

Bellamy désigne à Clarke une voiture noire à leur droite. La jeune femme opine et ils courent vers le véhicule. Les gardes arrivent déjà, leur laissant à peine le temps de démarrer. Les roues crissent sur la neige alors que Bellamy fait demi-tour, renversant un des types au passage.

« J'ouvre la porte Bellamy. Mais magne-toi un peu. »

Ils se fraient un chemin entre les dernières voitures, évitant au mieux ceux qui tentent de les arrêter et débouchent sur l'allée principale. La silhouette du portail se dessine dans la lumière des phares. Bellamy accélère encore un peu et ils quittent la propriété.

o.O.o

La salle est emplie de discussions, de rires, de bruits de couverts, de raclements de chaises, sans oublier la petite musique de fond. Autant dire que Raven n'a jamais eu aussi mal au crâne que ce soir. Son voisin, un type charmant, serait plus appréciable s'il n'y avait pas tout ce boucan. La seule chose qu'elle a comprit, c'est qu'il était l'hériter d'une grande famille dans les pays du Nord, et qu'il s'appelait Roan. Sans oublier son oreillette qui transmet absolument tout. Elle a l'impression d'être à trois endroits à la fois, parfois quatre lorsque Murphy intervient, et elle a beau apprécier la compagnie de Wick et leurs petites sessions de bricolages, elle commence à fatiguer serieusement.

Wick. Si sa voix ne lui revenait pas toutes les cinq minutes aux oreilles, elle aurait déjà sauté sur son voisin, la tout de suite. Enfin tout de suite … Après la mission quoi. Si toutefois elle était menée à bien.

Raven regarde son verre d'eau d'un air dépité. L'inconvénient pour ce genre de mission, c'est qu'il est impossible de boire. Et là, franchement, un petit verre de vin n'aurait pas été de refus. Incapable de se concentrer sur la conversation qui a lieu à sa table, Raven détourne son attention sur le reste de la salle, survolant les convives, cherchant Mombelli.

Son regard parcours deux fois la salle avant qu'elle ne remarque l'homme baraqué qui s'était approché d'une table. En observant un peu bien, elle réalise que c'est à Mombelli que l'homme dit quelques mots à l'oreille, avant que son patron ne se lève.

Raven sursaute. Merde ! Il n'est pas supposé partir aussitôt ! Bellamy et Clarke ont coupé les communications, se concentrant uniquement sur les indications de Wick lorsqu'ils ont aperçu Finn dans le bureau, elle ne sait donc pas ce qui se passe, mais l'arrivée de l'italien ne va probablement pas les enchanter.

Elle prend discrètement congé auprès de son voisin, sourit à la table qui la regarde désormais avec des yeux ronds, et se fraie un chemin parmi les chaises et les tables qui remplissent la salle. Elle n'a cependant pas le temps de le rattraper. Bloquée entre deux tables, elle s'arrête et regarde, totalement horrifiée, l'homme qu'elle devait retenir disparaitre dans la salle de balle.

« Mombelli arrive. » murmure-t-elle.

o.O.o

Murphy suit Raven du regard, alors que la jeune femme traverse tant bien que mal la salle. Il voit Mombelli leur échapper.

« Mombelli arrive. »

Le jeune homme soupire. Ils doivent se dépêcher à présent, Clarke et Bellamy ne vont pas tarder à s'échapper, et le parc du domaine risque de devenir rapidement un terrain de chasse pour les chiens et les gardes de la sécurité.

« Raven. Magne-toi un peu. » marmonne-t-il, plus ou moins à l'intention de la jeune femme.

Aussitôt, il la voit relever la tête, et scruter les grandes fenêtres qui bordent la salle, sans pour autant parvenir à voir à travers. Puis elle se penche vers l'homme dont la chaise la gênait, et avec son regard le plus noir, lui demande probablement de se pousser.

Murphy se rend vers l'entrée du chateau, dissimulé dans l'ombre d'un buisson pour ne pas être remarqué, et attend là que Raven le rejoigne. La jeune femme apparait enfin sur le perron, enveloppée dans le manteau de fourrure que Clarke portait en arrivant. Il lui fait signe et elle trottine jusqu'à lui.

« On y va ? » demande-t-il.

La jeune femme regarde autour d'eux, s'attendant manifestement à trouver Wick aux côtés de leur ami.

« Où est Wick ? »

Murphy s'apprête à répondre quand une orde d'hommes armés dévalent le perron en courant. Partout dans le parc, des ordres sont criés, des chiens aboient, et les lumières fouillent la nuit comme le faisceau de milles phares.

« Il nous retrouvera. » lache Murphy d'un ton sec avant d'attraper Raven par le bras pour l'entrainer derrière lui.

Ils contournent le bâtiment en entier, préférant rallonger leur chemin plutôt que de se faire surprendre par un garde. A maintes reprises, ils sont forcés de se jeter dans les massifs de fleurs, pour masquer leur odeur et pour échapper aux lampes torches. Ils parviennent finalement à travers le parc, et rejoignent la palissade est.

« Tu es sur qu'on l'a passé ce fichu arbre ? » soupire Murphy, lasse d'avoir à trouver une plante pour pouvoir s'enfuir.

« Justement non. » rétorque Raven, qui ne parvient pas à voir à plus d'un mètre dans cette obscurité en plein milieu d'une forêt. « Ah ! Là! »

A la lueur de son bracelet éléctronique, Murphy éclaire l'arbre pour s'assurer qu'il s'agit bien du bon. Il est bien marqué d'une entaille.

« Ok Reyes, on s'active. »

Derrière l'arbre, ils trouvent la première balise déposée par Albert quelques jours plus tôt. Ils suivent les dispositifs lumineux tout en prenant soin de ne pas être suivit et bientôt apparait la palissade.

o.O.o

« Mombelli arrive. »

Wick déglutit. Merde. Clarke et Bellamy n'en n'ont pas finis avec cet abruti de Finn. Il entend le cri vainement étouffé de Clarke. Quelqu'un a été touché, il le sait, la déflagration a raisonné dans son oreillette. Mais sans aucun visuel sur le bureau de Mombelli, pas moyen de savoir ce qu'il vient d'arriver. Cramponné à son ordinateur, il attend.

« Ca va Princesse… » murmure Bellamy d'une voix faible.

Cette fois-ci, ils sont morts. Wick se retient de hurler à Clarke de lui décrire la situation. Manifestement, Bellamy est blessé, et sans lui, peu de chance qu'ils parviennent à boucler la mission. Jamais Clarke n'abandonnera son ami pour poursuivre Finn, bien que ce soit ce que le protocole demande.

« Par où est-il allé Wick? »

La voix de son ami le sort de ses pensées. Aussitôt, le jeune homme se met à pianoter sur son ordinateur, comme si sa vie en dépendait. Dans un sens, c'est le cas. Sur les images des caméras de vidéos surveillance, qu'il a réussi à hacker et ainsi contrôler, il aperçoit une silhouette traverser le parc à toute vitesse, en directions des voitures.

« Le parking. Tout droit. »

Profitant de quelques instants de répis, pendant lesquels il entend les vociférations des gardes, les hurlements de chiens et les respirations saccadées de ses amis, Wick en profite pour réunir ses affaires. Une fois que Bellamy n'aura plus besoin de lui, il lui faudra lui aussi sortir du domaine, et le plus vite possible.

« Une petite diversion ? »

« C'est comme si c'était fait ! » répond-t-il, piratant déjà le système des automobiles.

Depuis qu'il avait déclenché toutes les alarmes de la fac de Clarke, Wick appréciait ce petit tour de magie. Le hurlement des voitures retentit dans son oreillette, et il en baisse automatiquement le son, puis il se remet sur son ordinateur pour ouvrir une voiture. Depuis son poste, il observe ses amis monter dans le véhicule, démarrer, et s'élancer en direction du portail. Fini à quelques minutes d'avance sur eux, peut-être dix, pas plus de quinze.

« J'ouvre la porte Bellamy. Mais magne-toi un peu. »

La voiture passe le portail, et s'engage à toute allure sur les routes de montagne. Aussitôt, Wick attrape son sac, le balance sur son dos, et prend le chemin du retour.

Planqué dans sa cage d'ascenseur, il pousse la plaque de métal à sa droite pour se glisser dans le conduit qu'elle dissimule, puis rapidement, il la refixe avec les vis qu'il avait soigneusement gardé dans sa poche. Sur les coudes, il rampe dans les conduits d'aérations sur plusieurs mètres, tourne à gauche, puis à droite, monte dans celui qui progresse un peu plus haut puis s'arrête devant une bouche d'aération. Elle donne sur les cuisines, juste au dessus d'un petit couloir où les serveurs font des vas et viens avec les plats fumants et les assiettes vides. Il poursuit son chemin sur quelques mètres encore, jusqu'à une énorme turbine, qui apporte l'air dans les conduits. A l'aide de son ordinateur, il en bloque le fonctionnement, puis se dépêche de passer à travers les palmes. Dans dix secondes, le service technique se rendra compte que la turbine s'est arrêtée, et enverra quelqu'un vérifier ce qu'il se passe.

Il balance d'abord son sac à dos, avant de passer lui même. Le froid le saisit aussitôt, et il regrette de ne pas avoir pris un pull plus gros. Son sac sur l'épaule, il avance, tapis dans l'obscurité. Tous les gardes sont à la poursuite de ses amis, et il n'a aucun mal à traverser le parc. La lune éclaire la propriété désormais recouverte d'un épais tapis de neige qui entrave tout mouvement et gèle jusqu'aux os. L'ombre de la foret se profile à une cinquantaine de mètres de lui, lui faisant presser le pas. Quand il rejoint enfin le sentier protéger par les arbres, il frissonne, mais refuse de s'accorder quelques secondes pour se préoccuper de cette sensation bien plus agréable que celle de la neige crissante. Il avance entre les arbres d'un pas assuré, sans pour autant savoir où est ce qu'il cherche.

Plongé dans ses pensées, il ne remarque pas tout de suite qu'il y a du mouvement à quelques mètres de lui. Ce sont les voix qui le sortent de ses réflexions. Aussitôt, il se fige, puis, accroupi derrière un buisson, il tente d'apercevoir qui vient de parler.

« Rentre dans la caisse Reyes. »

Wick reconnait la voix de Murphy. Rassuré, il se redresse et s'apprête à les appeler.

« Non, je ne bougerais pas tant que je ne l'aurais pas aperçu. » soupire Raven d'une voix pleine d'inquiétude.

« Mais il va arriver ton copain, arrête … »

La jeune femme fait volte-face, pour fusiller Murphy du regard, cet air que Wick ne connait que trop bien.

« Ce n'est pas mon co… »

Dans le faible éclairage de la voiture d'Alfred, que Wick voit désormais parfaitement, il aperçoit le sourire qui étire les lèvres de Murphy.

« Je ne savais pas si tendue à l'idée d'évoquer un simple copain. » murmure le jeune homme.

Il attrape un paquet de cigarettes dans le revers de sa veste et en allume une. La fumée qu'il souffle, mélangée à celle de la vapeur d'eau, crée un nuage immense qui disparait lentement dans le nuit. Il éloigne un instant la cigarette de ses lèvres puis se tourne vers Raven :

« Pas vrai, copine ? »

La jeune femme chasse rageusement la fumée qui se déplace vers elle et se retourne vers l'obscurité de la foret. Elle est véritablement inquiète, Wick le voit bien, pourtant il la trouve encore plus jolie ainsi. Sa coiffure, légèrement défaite par la course folle qu'ils ont probablement eu, encadre son visage tiré. Ses yeux sont soulignés de cernes et scrutent l'obscurité, ses lèvres sont figées en une moue assez infantile — celle d'un enfant à qui on aurait promis quelque chose qu'on ne peut pas donner. Malgré son épais manteau de fourrure, elle tremble comme une feuille, mais elle reste droite, devant la voiture, le cherchant du regard, sa main accrochant fermement la couture du manteau.

Wick ressent soudain un pincement au coeur à force de la voir ainsi. Il traverse les derniers mètres qui le séparent de la palissade et s'approche de Raven.

« Wick ! » murmure-t-elle, un sourire immense éclairant son visage.

Puis elle reprend avec un ton qui traduit un peu moins ses émotions :

« Alfred, Wick est arrivé. Nous pouvons y aller. »

o.O.o

La neige tombe à gros flocon sur la route sinueuse. Si la situation n'avait pas été si pressante, Clarke aurait presque pu apprécier ce spectacle, ces boules de coton virevoltant dans la lumière des phares, et s'écrasant sur le pare-brise. Sauf que la nuit était bien avancée, la lune brillait sur l'autre versant de la montagne, plongeant leur route dans l'obscurité la plus totale, la chaussée givrée glissait de plus en plus, et que selon les dires de Wick, Finn avait un peu trop d'avance sur eux.

Regrettant de ne pas avoir récupéré sa veste avant de s'enfuir, Clarke se pelotonne comme elle peut contre son siège, frottant énergiquement ses bras. Elle serait bien tentée de mettre le chauffage, mais elle ne comprend rien aux commandes de cette voiture ultra sophistiquée. Bellamy s'en aperçoit et enlève la veste, le volant dangereusement maintenu par son genou. La jeune femme murmure un merci plein de reconnaissance et enfile la veste sans se faire prier.

Le brun s'est reconcentré sur la route, faisant de son mieux pour conserver une certaine vitesse dans les virages tout en restant sur la route. Malgré ce qu'il a pu dire, Clarke sent bien qu'il a mal au bras, elle le voit grimacer à chaque fois qu'il passe les vitesses, pourtant, elle n'ose rien dire. Avoir croisé la route de Finn ce soir doit énormément affecter Bellamy. Ils n'ont jamais été amis, pourtant, elle sait bien qu'ils étaient proches, et pour cause, ils ont été formés ensemble. Le jeune homme est soucieux, elle le devine à ses traits tirés, et la veine qui pulse à sa tempe, sans parler de sa main crispée sur le volant. Il a défait les premiers boutons de sa chemise, et sa cravate, enfin ce qu'il en reste après qu'ils l'aient utilisé comme filin pour sauter du balcon, doit être dissimulée sous des tonnes de neige. Clarke tente de chasser cette impression de déjà vu, et se concentre elle aussi sur la route.

Bellamy roule à toute allure. Il a toujours aimé conduire, la jeune femme le sait, conduire vite qui plus est, mais bien qu'il maitrise parfaitement le volant, elle ne peut s'empêcher de ressentir de l'appréhension. Elle a ce vague souvenir d'une soirée d'hiver, ses parents s'étaient disputés — maintenant qu'elle y pense, probablement au sujet d'une mission — et sa mère, folle de rage contre son père, avait attrapé ses clés avant de disparaitre dans sa voiture. Ce soir-là, pour lui faire oublier sa tristesse, Jake et elle avaientt fait griller des marshmallows dans la cheminée, devant les Robin des Bois, son dessin animé préféré à l'époque. Tout s'était très bien passé jusqu'à ce que le téléphone sonne. Agée de cinq ans, Clarke avait passé la soirée aux urgences, assise dans la salle d'attente, à regarder son père faire les cent pas en attendant des nouvelles de sa femme. Ce soir-là, Abby avait eu un accident sur Kansas Avenue. Le camion l'avait percuté de plein fouet.

Refoulant les larmes qui montent à l'évocation de ces souvenirs avec son père, Clarke tente de suivre la route. Dans la nuit noire, deux petits points rouges s'approchent d'eux. En se concentrant un peu plus la jeune femme réalise que ce sont les phares arrières d'une voiture qu'ils rattrapent. Un souffle d'espoir s'empare d'elle à l'idée que ce soit Finn, mais en voyant à quelle vitesse roule le conducteur, elle réalise bientôt que c'est impossible. Ils rattrapent le véhicule à l'approche d'un virage. Bellamy peste, l'autre roule trop lentement selon lui. Il rétrograde, appuie sur l'accélérateur et leur voiture, moteur vrombissant, s'élance sur la voix de gauche. Clarke ferme les yeux. Bellamy roule trop vite pour elle. Au détour du virage, un faisceau lumineux apparait. La jeune femme déglutit lorsqu'elle réalise qu'ils vont croiser une voiture. Ils ont déjà dépassé le petit véhicule, mais impossible pour eux de se rabattre, au risque de quitter la route. Les phares les aveuglent désormais. Le véhicule qui fonce sur eux klaxonne. Clarke retient sa respiration.

Bellamy braque violemment, envoyant la voiture sur la voie de droite, puis contre-braque pour rester sur le chaussée. Il roule encore quelques mètres, histoire de mètre de la distance entre la petite voiture et eux. A ses côtés, Clarke est figée, les mains crispées sur sa veste de costume, la mâchoire tremblante. Au premier renfoncement qu'il trouve, le jeune homme s'arrête.

« Clarke ? » demande-t-il doucement. « Ca va ? »

« Bellamy, bon sang, mais que vient-il de se passer ? »

Bellamy sursaute. Depuis quand Kane est-il relié à leurs oreillette ?

« Tout va bien … » murmure Clarke, le visage pourtant livide.

Son ami lui lance un regard appuyé, ne pouvant dire un mot au risque que leur supérieur l'entende. Elle esquisse un faible sourire.

« Finn n'a que quinze minutes d'avance sur vous, pas la peine de vous tuer. » leur rappelle Wick.

Dans le retroviseur, les phares de la petite voiture apparaissent. Avec l'accord de Clarke, Bellamy démarre, et s'éloigne. Ils reprennent la route lentement, guidés par Wick qui leur assure que celui qu'ils pourchassent poursuivra sur la même route encore un moment.

o.O.o

Le trajet jusqu'au manoir se passe dans le plus grand calme. Raven, assise à l'arrière, somnole, de même que Murphy. Wick quand à lui, est très occupé à pianoter sur son ordinateur, à la recherche de Finn, des possibles chemins qu'il peut emprunter, de sa destination, tout ce dont Bellamy et Clarke pourront avoir besoin.

Dehors, la neige a cessé de tomber, mais la route est suffisamment encombrée pour rendre la progression de la voiture difficile. Il leur faut une heure pour rejoindre le manoir, et Wick profite du calme pour diriger ses amis qui, à deux heures de route de là, passent un moment nettement moins agréable.

Albert dépasse la grille du manoir, et s'engage sur la petite route qui s'enfonce dans la propriété. Il s'arrête cependant avant les derniers arbres de la forêt, profitant de l'abri qu'ils offrent au regard pour arrêter la voiture. Wick, jusqu'alors concentré sur son ordinateur, relève la tête de son écran pour regarder Albert descendre de la voiture, et Murphy prendre la place du conducteur. Lorsque le majordome claque la porte du coté passager, la voiture repart et reprend sa route jusqu'à la maison. Il est peu probable qu'à cette heure-ci, il y ait qui que ce soit dans le parc, mais par mesure de sécurité, les jeunes agents ont préféré conserver leurs rôles.

C'est ainsi que lorsque Murphy arrête la voiture, Wick en descend rapidement, contourne le véhicule puis vient ouvrir la portière de Raven. Il tend son bras à la jeune femme, qui s'y accroche encore endormie, et la guide jusqu'à l'intérieur du manoir. La neige, mêlée aux graviers, aspire les talons de la jeune femme à chaque pas qu'elle fait si bien qu'elle envisage un instant de les enlever. Mais le froid qui lui mord la peau l'en dissuade rapidement, et elle franchit les derniers mètres qui la séparent du perron couvert en quelques foulées allongées.

Albert, que Murphy a déposé avant d'aller garer la voiture, les dépasse afin de leur ouvrir la porte. La chaleur les enveloppe aussitôt, délicieuse, envoutante. Ils n'ont cependant pas le temps de s'attarder dessus. Après avoir remercié le majordome, Wick entraine Raven dans les escaliers, qu'ils gravissent rapidement, laissant derrière eux une trainée de neige tombant du manteau de la jeune femme. Ils traversent le couloir le plus silencieusement possible n'osant prononcer un mot, et s'empressent de regagner leur chambre.

« Mon dieu ! » s'écrit Raven, se laissant tomber avec délice sur son lit.

« Oui ? » dit Wick, un sourire amusé sur les lèvres, avant de se recevoir un coussin en pleine figure.

La jeune femme lève les yeux au ciel. Ah les mecs … Elle se redresse pour enlever son manteau dégoulinant et se fraie un chemin à travers la chambre étonnamment impeccable. Le conseil de guerre qu'ils ont tenu trois jours durant semble ne jamais avoir eu lieu. La porte s'ouvre sur Murphy alors qu'elle revient s'assoir dans le petit salon.

« Alors ? Des nouvelles ? » demande-t-elle aussitôt.

Murphy enlève son manteau puis balance ses armes une à une sur le lit.

« Du calme, Reyes … » soupire-t-il en se servant une tasse de café. « On vient d'arriver. »

« On ne sait jamais ! Albert ne t'a rien dit ? Kane n'a pas appelé ? »

« Non, pas de nouvelles de Kane, il est branché sur le canal de Blake. Et Albert a dit qu'il viendrait nous chercher pour l'extraction. D'ici là … »

Le jeune homme s'interrompt alors qu'il traverse lui aussi la chambre avant de se laisser tomber sur un canapé, un peu à l'écart.

« D'ici là, on attend. »

o.O.o

« Non je ne veux pas que vous le descendiez, agent Blake. »

Kane se passe une main sur le front, légèrement nerveux. Il jette un coup d'oeil à la petite assemblée présente dans la salle avant de se retourner.

« Je vous demande de le neutraliser, c'est tout. Le neutraliser et récupérer ce que vous avez à récupérer. »

La réponse de son interlocuteur semble le satisfaire, et il coupe aussitôt la communication.

« Veuillez m'excuser, où en étions-nous ? » dit-il en faisant à nouveau face au petit groupe qu'il avait lui-même réuni.

« La cas de Mademoiselle Blake. » intervient Abby, assise aux premières places.

Dans le fond de la salle, Kane aperçoit Octavia, qui fait les cent pas derrière la cloison de verre. Lorsque la jeune femme s'est proposée pour la mission d'infiltration qu'il prévoit depuis des mois avec Jaha, il lui a été difficile de refuser. Et pour cause, personne ne veut infiltrer le G.R.O.U.N.D., depuis que Finn Collins s'y est enrôlé. Peur d'être reconnu, peur d'être démasqué.

Il regarde un à un toutes les personnes présentes dans la pièce. Abby, Thelonius, Callie Cartwig, Sinclair, Jackson, ainsi que quelques hommes haut placés et dont l'accord sera nécessaire au lancement de la mission.

« Je pense Octavia tout à fait apte à réussir cette mission. » déclare Sinclair qui sent bien que personne ne se décide à parler le premier.

« Cependant, » intervient Jackson, après un regard entendu en direction de Callie. « Octavia vient de débuter sa formation de médecin, ne serait-il pas préférable d'attendre qu'elle en vienne à bout ? »

Un homme renchérit aussitôt, puis un autre et pendant de longues minutes, tous se livrent à ce débat, sous le regard amusé de Thelonius, et les yeux épuisés de Kane. Abby, qui observe la scène depuis un instant, se lève soudain, réclamant le calme.

« Je crois que ce n'est pas à nous de décider. »

« Et depuis quand devrions nous laisser une adolescente décider de cela, Madame Griffin ? » s'exclame un homme d'une cinquantaine d'années, légèrement chauve.

Abby se redresse, et s'approche de Kane, pour leur faire face à tous.

« Depuis que nos agents choisissent de rejoindre nos rangs, Monsieur Shumway. Et où se trouve Diana ? Trop occupée pour se rendre à un conseil d'urgence concernant le G.R.O.U.N.D., je suppose ? »

L'homme, Shumway, se renfrogne sur son fauteuil, et Kane a un mal fou à ne pas sourire.

« Son entrainement se passe parfaitement bien. » poursuit Sinclair qui, en l'absence de Miller, avec qui Octavia s'entrainait de temps à autre, avait le rôle de porte-parole. « Elle passe ses journées en salle depuis que son frère est en mission, et ses professeurs se trouvent très satisfaits de son avancée. Elle est ici depuis un moment déjà, connait parfaitement notre politique de confidentialité, nos manières d'opérer, les enjeux qu'une telle mission représenterait, et peut-être qu'envoyer un agent un peu moins expérimenté que les autres peut se révéler bénéfique. »

« Ne devrions nous pas évoquer son frère ? » souligne Callie, contre toute attente.

Jaha se redresse un peu plus. Jusqu'ici, personne n'avait parlé de Bellamy, qui restait cependant un obstacle majeur. Chacun ici était au courant de la relation qu'unissait le frère et la soeur, et personne n'osait la contester.

« Je pense que c'est à Octavia de décider. » coupe Abby. « Puisqu'elle s'est proposée, elle doit déjà avoir réfléchi à la question. »

Kane, qui n'avait pas prononcé un mot depuis un moment, se rapproche d'Abby. Il se tourne vers son supérieur, attendant son consentement avant de dire d'une voix assurée :

« Alors c'est décidé ? Nous lançons la mission ? »

Tous opinent.

« Faites-là entrer. » ordonne alors Jaha avant de venir lui aussi se placer sur le devant de la salle.

o.O.o

Octavia sursaute lorsque la porte s'ouvre, révélant Jackson, le visage crispé.

« Alors ?! » s'écrit-elle en lui sautant presque au cou.

« Ils veulent te voir. »

La jeune femme grimace. Ces petits mots peuvent dire bien des choses. Elle inspire une grande bouffée d'air et passe devant le médecin. Dans la salle, toutes les têtes se tournent vers elle. Elle aperçoit Callie, à quelques pas de Abby. Les deux femmes lui adressent un sourire. Kane est devant, entre Jaha et la mère de Clarke. Il ne peut pas lui sourire, mais Octavia voit bien dans son regard qu'il l'encourage pour la suite.

« Octavia Blake. » dit Jaha de sa voix grave. « Nous avons discuté de ta demande d'infiltration du G.R.O.U.N.D. »

Octavia grimace intérieurement. Ce n'était pas ce qui était prévu au départ, mais puisqu'ils décident de le présenter de la sorte …

« Nous voulons nous assurer que tu réalises l'ampleur de la situation. Envoyer un individu totalement dépourvu d'expérience et d'entrainement dans le quartier général du G.R.O.U.N.D. est ce que certains pourraient appeler une mission suicide, et nous le reconnaissons entièrement. Les membres du conseil sont assez réticents à cette idée, voila pourquoi nous n'avons réuni qu'un petit comité aujourd'hui. »

L'espace d'un instant, tous les espoirs de la jeune femme s'envolent. Pourtant, elle reste droite. Pas question de montrer à Jaha quel effet ses mots ont sur elle.

« Pourtant, jeune fille, ces derniers mois tu as su nous montrer ta determination et ta volonté d'apprendre. Sache qu'aujourd'hui, tes efforts ont payé. »

Jaha s'arrêta pour contempler le visage de la petite s'illuminer. Il se rappelle encore le jour où elle était arrivée dans les bras de son frère.

« Nous avons décidé de t'envoyer sur le terrain. Félicitation Agent Blake. Vous aller infiltrer le G.R.O.U.N.D. pour votre première mission. »

Sans la présence rassurante de Jackson derrière elle, Octavia sent qu'elle serait tombée à la renverse. La joie qui l'habite est indescriptible et un sourire radieux éclaire son visage. Alors que Jaha s'entretient avec Kane et que les quelques hommes qu'elle ne connaissait pas quittent la salle, Abby et Callie se dirigent vers elle. Les deux femmes la serrent dans leur bras à tour de rôle, la félicitant, puis Kane l'appelle, avant d'ordonner à tout le monde de quitter la salle.

« Félicitation Agent Blake. » dit-il, se permettant un léger sourire à présent qu'ils sont seuls.

« Je crois que je préférais quand vous m'appeler Octavia … » plaisante la jeune femme, ravie.

« Assied-toi. » lui demande l'homme qui devient dès à présent son supérieur, alors qu'il prend lui même place sur l'angle de son bureau. « Octavia je ne reviendrais pas sur ta décision de faire partie de cette mission. Tu connais les risques et j'en déduits que tu les acceptes. Mais je me dois d'aborder avec toi le sujet de Bellamy. »

Le sourire de la jeune femme se fane, et Kane regrette aussitôt d'avoir abordé le sujet. Il le fallait pourtant.

« Bellamy n'est pas un problème. Il comprendra. » affirme-t-elle, faisant un effort pour sourire.

Elle sait pertinemment que c'est faux. Mais quelques années plus tôt, dix-ans, pour être exact, lorsque Bellamy était rentré pour la première fois, couvert de bleu et un oeil au beurre noir, Octavia n'avait pas posé de question. Elle avait huit ans, ses parents n'étaient plus là pour elle, il ne lui restait que Bellamy. Ce soir-là, il lui avait dit qu'il avait trouvé un travail qui, faute de les rendre riches, leur permettrait de vivre heureux, tous les deux. A l'époque, c'est tout ce qu'elle avait souhaité. Vers ses dix ans, elle avait commencé à se poser des questions. Son frère ne rentrait pas tous les soirs, sortaient parfois la nuit, dormait des journées entières, et il portait toujours des t-shirt à manches longues ou des pull pour ne pas qu'elle voit les coups et les blessures qu'il tentait de lui dissimuler. A treize ans, quand il l'avait amenée à l'Arche, pour sa sécurité, quand elle avait compris que son frère ne cambriolait pas des banques ou ne faisait pas du trafic de quoi que ce soit la nuit, quand elle avait réalisé qu'il était en réalité un espion, un agent secret comme ceux dans les histoires qu'il lui racontait, elle n'avait rien dit. Elle ne le lui avait pas interdit. De toutes façons, il ne l'aurait pas écouté. Alors aujourd'hui, c'était son tour de décider, son tour de choisir sa voie, et de se planter devant lui en lui annonçant la chose.

« Quand est-ce que je commence ? » ajoute-t-elle, les yeux pleins d'espoir.

« Et bien, justement… » dit Kane, légèrement mal à l'aise.

Octavia l'avait rarement vu dans cet état.

« Les objectifs de la mission de Clarke et ton frère ont changé. Ils ont … croisé Finn. Qui était sur la même voie qu'eux. Ils n'ont plus uniquement pour ordre de récupérer les… Ce qu'ils doivent récupérer. Ils doivent récupérer Finn aussi, si j'ose dire. »

« Et en quoi ça me concerne ? » demande Octavia, qui ne voit pas trop où il veut en venir.

« Lorsqu'ils auront terminé la mission, le temps qu'ils soient rapatriés ici. »

« C'est à dire ? »

« Demain. »

o.O.o

Raven sort de son bain, dans lequel elle s'est plongé avec délice une bonne demi-heure plus tôt. Elle attrape la serviette qu'elle avait déposé à côté et s'enroule dedans avant d'en saisir une pour ses cheveux aussi. Le miroir au dessus du lavabo est couvert de buée, qu'elle entreprend rapidement de nettoyer. Dans le reflet de la glace, elle contemple un instant les vêtements qu'elle portait ce soir, et qu'elle a négligemment balancé dans un coin de la pièce. Cette mission restera dans les mémoires, elle peut en être certaine.

Son bracelet affiche trois heure vingt-huit, Albert ne va pas tarder à venir les chercher. Elle décide de se sécher rapidement les cheveux avant de s'habiller. Le bruit du sèche-cheveux couvre bientôt les éclats de voix des garçons dans la pièce d'à côté, la plongeant dans ses réflexions. Elle n'entend pas Wick qui l'appelle, et ne remarque la porte qui s'ouvre que lorsque la tête blonde apparait dans le reflet du miroir.

« Wow … » murmure Wick, incapable de détourner les yeux. « Je veux dire … Merde ! Euh pardon… »

« Je ne te dérange pas ? » raille Raven, flattée du regard qu'a posé sur elle le jeune homme.

« Je … Je vais juste … Je … Salut. »

Wick referme la porte, les joues en feux, le souffle coupé et traverse la chambre jusqu'à une fenêtre pour bénéficier d'un peu d'air frais.

« Eh bah qu'est-ce qu'il t'arrive ? » plaisante Murphy. « C'était si terrible à voir ? »

« Oh la ferme ! » soupire le jeune homme, inspirant profondément.

« Tu aurais quand même pu lui dire qu'Albert attend. »

Wick sursaute, revenant brusquement à la réalité. Mais oui! C'était pour ça qu'il avait ouvert la porte, il venait prévenir Raven que le majordome était là, et qu'il les emmenait au lieu d'extraction. Le jeune homme a eu la peur de sa vie lorsqu'il a entendu les premiers bruits dans le mur, comme une clé dans une serrure, puis une porte dont les gons n'auraient pas été souvent huilés. Un pan du mur s'est littéralement ouvert, pour glisser sur le coté et laisser apparaitre un passage, et bien entendu, Albert.

« Bon alors Wick, qu'est-ce que tu avais de si important à me dire pour … »

Raven, qui vient de sortir de la salle de bain, frottant énergiquement ses cheveux avec un serviette — elle a abandonné l'idée du sèche-cheveux, trop dangereux —, se fige en voyant Albert, droit comme un i, devant un immense trou dans le mur de leur chambre.

« Oh … Albert. Qu'est-ce que ? Wick ! Tu as pété le mur ?! »

Murphy éclate de rire, tant par la remarque de son amie que devant la gène du jeune homme. Ecarlate, il n'ose plus regarder Raven dans les yeux.

« Arrête un peu, elle était dans sa serviette, pas la peine d'en faire toute une histoire, mec. » lui glisse-t-il un peu fort, faisant sourire la jeune femme et aggravant son malaise.

Puis il se rappelle que le vieil homme les attend, et se tourne vers Raven.

« Reyes, on attend plus que toi. Alfred nous vire de chez lui. »

« Déjà ? » s'étonne Raven.

« Monsieur Kane a été catégorique. Le Quinjet décolle à quatre heure pétante. Et le voyage est un peu long. »

« Allons-y alors ! » s'écrit Wick tout en se dirigeant vers la porte.

Cependant, il se rend compte bien vite que personne ne le suit.

« Monsieur Wick ? Par ici. » demande Albert tout en désignant la porte dans le mur.

Chacun attrape un maximum de sac et suivent le majordome, qui a déjà disparu dans le mur.

« Je la sens pas cette histoire. » grogne Murphy, qui ferme la marche.

Dès lors qu'il s'est engagé lui aussi dans le couloir secret, le mur coulisse et se referme derrière-lui.

« Oh non je le sens pas. »

« Arrête un peu… » se moque Wick, qui profite lui d'être en tête pour ne pas subir le regard de Raven qui se retournerait vers lui.

Au fur et à mesure de leur avancée, leurs yeux se font à l'obscurité, et ils réalisent que de petites lumières leur éclairent le chemin, vers … Vers quoi au juste ? Albert en tête, semble connaitre le lieu comme sa poche. A maintes reprises, ils croisent des chemins sur les cotés, mais l'homme sait parfaitement où aller. Ils continuent un instant tout droit, puis le sol se met à descendre, avant de se transformer en quelques marches. Ils tournent à droite, puis à gauche, descendent encore une dizaine de marche, et enfin Albert s'arrête. Il sort un trousseau de clés de sa poche et introduit l'une d'entre elles dans le mur. L'instant d'après, une porte apparait, coulisse, et la lumière emplit lentement le couloir.

Albert s'efface pour laisser les agents passer. Wick se dépêche de sortir, et découvre le bureau du majordome.

« Dites, c'est vachement pratique quand même ! Y'en a dans tout le manoir? » demande-t-il le plus innocemment du monde.

« Partout où cela peut s'avérer nécessaire. »

Murphy frissonne à cette réponse. L'idée que les murs soient infestés de passages secrets, véritables trous à rats ne lui plait guère. Vivement qu'ils quittent cet endroit étrange.

« Bon, et maintenant? » demande-t-il, quelque peu pressé.

« Eloignez-vous du centre du tapis, je vous prie. »

Il se retient de faire une quelconque remarque, et rejoint ses amis dans un angle de la pièce. Albert contourne son bureau et ouvre un tiroir. Il déplace des feuilles, soulève quelque chose, puis semble appuyer sur un bouton. Le sol, dans une multitude de bruit mécanique, s'affale, révélant un escalier — aux jolies marches en tapis persan — qui s'enfonce dans le sol.

« Après-vous. »

Raven s'y engage la première, trouvant l'expérience fascinante. Elle dévale les escaliers aussi vite que ses quatre sacs le lui permettent et s'arrête net lorsqu'elle aperçoit la machine qui leur fait face. Ses amis ont la même réaction qu'elle — mis à part Murphy, qui ne peut s'empêcher de lâcher un « Merde… ». La salle est entièrement recouverte de parois métalliques, si bien qu'on se croirait dans un couloir de l'Arche. Une cabine aux portes coulissantes, et à l'intérieur meublé de canapés gris attend au centre de la pièce, posée sur des rails qui s'éloignent dans un tunnel sur leur droite. Albert leur fait signe d'y entrer, et tous s'exécute. Murphy regarde avec appréhension les portes se refermer.

« Je commence vraiment à … »

« Chut. » le coupe Raven.

Il n'a pas le temps de répondre quoi que ce soit, la machine se met en route, et s'enfonce dans le tunnel. Une dizaine de minutes plus tard, ils aperçoivent enfin de la lumière. Ca c'est mauvais signe, ne peut s'empêcher de penser Murphy. Mais le lieu qui apparait peu à peu autour d'eux lui coupe l'envie de faire preuve de sarcasme. La capsule s'arrête, les portes s'ouvrent, et ils descendent.

« Un hangar souterrain … » murmure Wick. « Et dans une base passive ? »

Sur des centaines de mètres, un hangar digne de ceux qu'on trouve à l'Arche, s'étend, éclairé partout de lampes, dont la lumière se reflète sur la carrosserie des engins qui attendent de servir. Deux hélicoptères, un van et trois voitures blindées, deux motos, et au centre de la salle, un Quinjet étincelant.

« Par ici. » dit Albert en se dirigeant vers le vaisseau duquel descend une jeune femme. « Je vous présente le capitaine Monroe. C'est elle qui vous ramènera sur votre continent. »

« Zoé Monroe. » se présente la jeune femme, tendant une main assurée à Raven.

« Enchantée. » répond celle-ci, un grand sourire aux lèvres. « Agent Raven Reyes, et voici Kyle Wick, et l'agent John Murphy. »

« J'ai entendu parlé de vous. » dit simplement leur capitaine, souriante. « Bon, c'est pas tout, mais nous devons y aller. Il nous faut préparer le Quin' et déterminer les coordonnés de vos équipiers. Albert, ce fut un plaisir de vous revoir. » fit-elle avant de remonter dans son engin.

Les trois agents la regardent s'éloigner puis se retournent vers leur hôte. Après l'avoir chaleureusement remercié pour tout, ils le saluent et suivent le capitaine Monroe dans le Quinjet qui va les ramener chez eux.

o.O.o

Sur l'un des innombrables voyants de la voiture, l'heure est affichée en chiffres digitaux. Trois heure cinquante-sept. Bellamy soupire. Leurs amis vont bientôt décoller.

Ils ont roulé des heures, dans la montagne, sur des routes de campagne, traversés des villages endormis, des rivières gelées, et les voila à présent de retour dans la montagne. Selon Wick, ils ont rattrapé Finn. Le jeune homme ne les devance que d'un kilomètre.

Bellamy ralentit légèrement à l'approche du virage. Clarke n'a presque pas prononcé de mot depuis qu'ils ont manqué de se prendre une voiture.

« Tout va bien? » demande-t-il.

« Hum ? » murmure la jeune femme, sortant de ses pensées.

« Tu vas bien ? »

« Mmmh… »

Le jeune homme l'observe du coin de l'oeil. Les sourcils froncés, elle regarde avec attention le rétroviseur arrière.

« Depuis combien de temps cette voiture nous suit-elle ? » fait-elle enfin remarquer.

Bellamy regarde à son tour. Effectivement, les phares d'une voiture brillent dans la nuit. Il accélère, essayant de mettre de la distance entre eux et l'espace d'un instant, croit l'avoir semé. Mais le véhicule apparait, accélérant lui aussi.

« Wick. Combien de mètres avant de rattraper Finn ? »

« Cinq-cent mètres. Tu devrais le voir dans … Deux virages. »

Deux minutes plus tard, à la sortie d'un virage, les deux agents peuvent apercevoir une voiture qui fonce dans la nuit à quelques centaines de mètres d'eux. Malheureusement, s'ils se sont sensiblement rapprochés du grounder, leurs poursuivants les ont eux aussi rattrapés.

Clarke sent que rien ne pouvait empirer lorsqu'elle entend la première déflagration. Par réflexe, elle attrape son arme et se retourne, avant de réaliser que la voiture les protège encore quelques minutes. Bellamy zigzague pour éviter les balles, il ne manquerait plus que l'une d'entre elle éclate un pneu.

« Clarke ! » dit-il, débouclant déjà sa ceinture. « Prends le volant. »

« Quoi ? » s'écrit la jeune femme, après avoir jeté un coup d'oeil derrière.

« Oui. Vite ! »

Malgré sa robe qui la gène plus que tout à présent, Clarke parvient à se glisser sur la banquette arrière. Le jeune homme, pied sur l'accélérateur se décale pour qu'elle puisse s'assoir sur son siège.

« Et maintenant ? » s'enquiert-elle en attrapant le volant.

« Maintenant tu reste comme ça. Ne te rapproche pas plus de Collins, ne les laisse pas nous rattraper. Et surtout, ne reviens pas me chercher si jamais … »

« Si jamais quoi ? » s'écrit Clarke en se retournant pour regarder Bellamy rejoindre la banquette arrière.

« Conduit ! »

Clarke se reconcentre sur la route. Elle n'a jamais été au volant d'une voiture de course, et ne s'attendait vraiment pas à ça. Tout est amplifié, les virages paraissent plus courts, le moteur vrombit alors qu'elle accélère encore et la voiture menace à chaque fois de quitter la route. Les balles s'abattent toujours sur la voiture. Dans ses oreilles, Wick panique légèrement. Elle a enlevé son diadème — trop gênant — et ne peut donc pas voir l'ampleur de la situation. Bellamy quand à lui, a baissé — cassé serait un mot plus juste — la vitre latérale et son corps à moitié dehors, tire sur la voiture qui les suit.

« Au prochain virage Clarke, tu accélère autant que tu peux en prenant le virage au dernier moment. Wick ? »

« Je … Attends … »

« Wick ! » s'écrit la jeune femme, qui voit le virage approché.

« Cent. Et encore, c'est juste. »

« Attend mon signal… »

Clarke déglutit. Cent kilomètre heure. Elle peut le faire. Surveillant du coin de l'oeil Bellamy dans son rétroviseur, elle accélère. L'aiguille remonte sur le compteur. Bellamy charge son arme, se met en position. Elle s'engage dans le virage, le volant bloqué pour ne pas dévier de sa ligne droite.

« Maintenant ! » hurle-t-il, tirant autant de balle que le lui permet son arme, alors qu'elle braque le volant à droite, se sentant violemment projetée à gauche.

« Bell ? » demande Clarke, la gorge nouée.

« Et de deux ! » s'écrit-il victorieux.

Son sourire béat la met hors d'elle. Il frôle la mort et trouve toujours le moyen de rire.

« Eh les gars ! On se concentre ! » les rappelle à l'ordre Wick. « Clarke, dans le prochain virage à gauche, tu fais la même chose, Bellamy, tu vise la roue avant gauche. La gauche, tu m'entends ? »

Tous deux acquiescent, et Clarke se prépare à aborder le prochain virage. Elle a baissé la vitre pour mieux entendre Bellamy et l'air froid lui fouette désormais le visage. Inspirant profondément, elle accélère pour atteindre la vitesse, fixe le fond du virage et au signal de Bellamy, fait tourner la voiture à toute allure. Elle entend les balles ricocher sur le bitume, se perdre dans la nuit, et ses épaules s'affaissent à l'idée qu'il ait raté sa cible. Mais un pneu éclate, des freins crissent, et la voiture qui les suivait est précipité dans le ravin.

« Waaaaahhooouu ! » s'écrit Bellamy en se laissant glisser à l'intérieur, et bientôt Clarke se joint à lui pour hurler leur victoire.

« Et maintenant, on s'occupe de Finn. » dit Clarke d'une voix déterminé, alors qu'elle accélère.

Les virages se font plus larges et au delà des arbres, la jeune femme devine les champs entre lesquels la route va tourner. Bientôt, ils peuvent apercevoir la voiture dans laquelle Finn s'est échappé.

« Deux cents mètres. » murmure Wick.

Clarke se cramponne au volant. Elle ne peut plus laisser les commandes à Bellamy, ils n'ont plus le temps. Finn est là, à quelques minutes d'eux. Elle pousse la voiture autant qu'elle le peut jusqu'à rattraper le grounder. Elle a l'impression qu'ils pourraient l'atteindre, là tout de suite s'ils tiraient. Bellamy, depuis son siège, tente de tirer dans les pneus. Mais l'agent ennemi évite les balles avec aisance.

Il leur reste une centaine de mètres à parcourir.

« File-moi le volant. »

Cette fois-ci, Clarke réagit au quart de tour. Bellamy récupère sa place en quelques secondes, lui tend son arme et accélère. La voiture n'aime pas ça du tout, mais tant pis.

Soixante-dix mètres. Les derniers virages sont expédiés à une vitesse hallucinante. Une ligne droite s'étale devant eux sur un peu moins d'un kilomètre.

Cinquante mètre. Dès qu'il sort du virage, le jeune homme accélère. Avec un peu de chance, Finn n'y aura pas pensé.

Quarante mètres. Ils se rapprochent à vu d'oeil. Clarke se penche par la fenêtre et tire sur le véhicule.

Elle se rassied pour recharger son arme puis se remet à son poste. Trente mètres.

Vingt mètres les séparent dorénavant de Finn. Clarke le voit jeter des regards de plus en plus fréquents dans leur direction.

Dix mètres. La ligne droite touche à sa fin. C'est le moment ou jamais. Bellamy accélère. Voila bien longtemps qu'ils ont dépassé les deux-cent kilomètres heures. Clarke, en position, vise les pneus. La première balle perce la carosserie. Aussitôt, elle tire à nouveau, et la balle ricoche sur le bitume. Derrière elle, Bellamy ne dit rien, l'approchant autant qu'il le peut pour qu'elle réussisse son tire. Elle inspire un bon coup, se place comme il le lui avait montré il y a quelques mois déjà, et tire toute sa recharge.

Bellamy a parfaitement anticipé la balle qui éclate le pneu de Finn. Il lâche l'accélérateur, attrape Clarke par sa robe pour la ramener sur son siège puis serre le frein à main. La voiture tourne sur elle-même. Une fois. Deux fois. Trois. Deux. Un. Il accélère, desserre le frein et laisse la voiture repartir. L'arrière cogne violemment le pare-choc de l'autre voiture, l'immobilisant.

Secouée, Clarke réagit aussitôt. Elle bondit hors de la voiture et arme en joue, s'approche du conducteur., imitée par Bellamy. Finn a moins bien géré la collision qu'eux. L'air-bag s'est déclenché, le rendant prisonnier de son siège, et du sang s'écoule doucement de son front.

« Est-ce qu'il … »

La voix de Clarke se brise. Bellamy s'approche alors, méfiant, son arme éclairant la scène.

« Finn ? » dit-il d'une voix grave.

Un grognement lui répond, puis une voix cassée.

« Blake… »

« On le tient… » murmure Clarke, ahurie.


Voila ... Finn est enfin prisonnier de l'A.R.C !

Désolée pour les discussions dans l'oreillette, j'ai pas pu mettre en italique, un problème avec le site ...

J'espère que le chapitre vous a plu, la scène de course poursuite était assez compliquée à écrire, j'espère qu'elle est réussie :) Pour la petite anecdote, deux jours après avoir terminé ce chapitre, j'ai eu l'occasion d'expérimenté la cascade finale sur un rond point ... Déjà qu'un tout c'est effrayant, alors à la place de Clarke, deux tours sur moi-même et j'aurais rendu mon petit déj...

N'hésitez pas à me dire ce que vous avez pensé de ce chapitre ! Je ne sais pas si je continuerais à publier ici les quelques chapitres que j'ai écrit. J'envisageais de quitter fanfiction pour wattpad, mais ça voudrait dire que ce ne serait plus une histoire Bellarke. Nouveaux noms, nouveaux lieux, et surtout, nouvelles agences ... J'ai peur du moment où il faudra trouver la signification des initiales, comme il a fallu le faire avec l'A.R.C et le G.R.O.U.N.D. ... Mais si vous avez des idées, n'hésitez pas !

J'attends vos commentaires avec impatience !

D'ici là, bnnes vacances ;)