Hello :)
J'espère que vous avez bien profité de vos vacances ! Voila le chapitre 20, mais avant de vous laissez poursuivre votre lecture, je voudrais remercier Lectrice Assidue, La super fan et QueenK pour vos reviews qui m'ont fait très plaisir :)
Le soleil brille haut dans le ciel, réchauffant sa peau et quelques rayons percent à travers son chapeau de paille. La lumière trop forte lui brule les yeux, et elle les referme aussitôt, se concentrant plutôt sur les bruits qui l'entourent. Au loin, le vent danse dans les arbres, faisant bruisser leur feuillage, les rires des enfants lui parviennent depuis la plage, couverts par le ronronnement des bateaux à moteurs qui tournent dans la baie, l'eau clapote doucement sur la coque, tandis que le bateau roule sur les vagues.
Une légère odeur de fumée lui parvient, bravant celle des embruns et des pins parasols qui couvrent les montagnes à perte de vue. Wick doit probablement être en train de préparer le déjeuner, car elle entend Raven rire à l'arrière du bateau. Murphy et Bellamy jouent dans l'eau comme deux gamins depuis qu'elle a décidé d'aller bronzer un peu. Mais en tendant l'oreille, Clarke n'entend plus leurs hurlements. Tant mieux.
Persuadée que Raven viendra la chercher — elle y prend d'ailleurs un malin plaisir, surtout lorsque Clarke somnole — quand ils déjeuneront, la jeune femme tente de se rendormir. Elle sent le ciel se couvrir alors qu'une ombre passe au dessus d'elle, cachant son corps des rayons du soleil un peu trop chauds. Cependant, quelques secondes après l'arrivée des nuages, elle reçoit une goute, puis deux. C'est un déluge qui s'abat sur elle. Clarke se redresse aussitôt, envoyant son chapeau de paille à travers le hublot du bateau.
Pourtant, ce ne sont pas de gros nuages gris qu'elle aperçoit, mais le grand sourire victorieux de Bellamy.
« Blake. » grogne-t-elle. « J'essaye de bronzer. »
Le jeune homme ne se défait pas de son sourire, toujours penché au dessus de Clarke.
« Qu'est-ce que tu veux ? » soupire Clarke, essayant désespérément de récupérer son chapeau, un mètre plus bas, gentiment posé sur la table.
« Je suis juste venu voir si tout allait bien. » dit-il, tout sourire.
« Tout va bien. Maintenant pousse-toi, j'ai pas envie d'être mouillée. »
« Quoi mais qu'est-ce que tu dis ? »
Clarke sursaute en entendant Murphy, qui se tient derrière elle, lui aussi trempé, l'eau dégoulinant sur le pont du bateau.
« Tu veux aller te baigner ? » poursuit-il.
« Vos désirs sont des ordres, Princesse. »
A ces mots, ils se penchent dangereusement vers Clarke qui, trop absorbée par son chapeau, ne les voit pas venir. Elle sent seulement des bras mouillés s'enrouler autour de sa taille tandis que deux autres immobilisent ses jambes. La jeune femme laisse échapper un cri de surprise.
« Non non non non ! » crie-t-elle, hilare.
Mais ses cris sont couverts par les rires des garçons, qui la balancent par dessus la filière. La mer apparait sous ses yeux, faisant des aller retours sous le bateau tandis qu'ils prennent un peu plus d'élan.
« Lâchez-moi ! »
A peine prononcés, elle regrette aussitôt ces mots. Mais trop tard. Cette fois-ci, elle ne revient pas vers le bateau. Bellamy desserre ses bras autour de sa taille, et elle sent le vide l'aspirer. Elle entre dans l'eau avec un gros « plouf », suivit de deux autres. Autour d'elle, tout est bleu, translucide, et légèrement froid. Clarke bat des jambes pour remonter à la surface, ses yeux brulés par le sel. Bellamy refait surface à côté d'elle quelques secondes plus tard. De grosses goutes perlent de ses cheveux, qu'il rabat d'un revers de main en arrière, le tout sans se départir de son sourire.
« Tu vas me le payer ! » s'écrit Clarke.
Elle bondit sur lui, s'accrochant fermement à ses épaules et essaye de le faire couler. Bellamy, hilare, se laisse faire, sans pour autant que Clarke soit capable de le faire bouger d'un poil.
« Au secours Murphy ! Je … Je me fais attaquer par … Par un schtrumpf ! »
Redoublant d'effort, Clarke enroule ses jambes autour de sa taille, espérant utiliser son poids, mais rien n'y fait.
« Mais tu vas couler, oui ? » soupire-t-elle, battant des jambes dans le vide pour se donner plus de force.
Dans sa lutte, elle ne remarque pas Murphy qui s'approche d'eux, nageant sous l'eau. Il lui attrape la jambe et l'entraine derrière lui, en profondeur. Clarke laisse échapper un petit cri, mélange de peur et de surprise, bien vite étouffé par l'eau, et s'accroche un peu plus à Bellamy. Si elle coule, il coule aussi. Quand ils remontent à la surface, elle est carrément dans les bras de son ami, tremblante, tant de peur que de rire.
« Qu'est-ce qu'il t'arrive microbe, tu sais pas nager ? » plaisante Murphy, qui flotte dorénavant sur le dos, tournant tel un requin autour d'eux.
« Ah ah … » répond-t-elle, sarcastique.
Elle recrache discrètement un peu d'eau salée. C'est qu'il lui a fait boire la tasse ce bougre ! Puis elle relève la tête vers Bellamy, sur qui elle s'accroche toujours, tel une moule à son rocher. Elle semble prendre enfin conscience de leur proximité et s'empresse de le lâcher, écarlate, avant de replonger sous l'eau et de s'éloigner de quelques brasses. Ils n'avaient jamais été si proches. Enfin si Clarke… En réalité, vous avez été un peu plus proche que ça quand … Stooooop ! s'ordonne-t-elle à elle même. Certes plus proches, mais jamais si dévêtus. Point final bye salut.
Ils plaisantent encore un moment dans l'eau, jusqu'à ce que Murphy décrète qu'il a faim, et que les saucisses que Wick était venu faire cuire sur le barbecue devraient déjà être prêtes. Ils remontent alors sur le bateau, silencieusement, s'étant mis d'accord pour surprendre les cuistots et leur réclamer un déjeuner. Bellamy, qui était le premier sur l'échelle, se fige cependant lorsqu'il arrive sur le pont. Clarke, qui ne comprend pas s'apprête à parler lorsqu'elle aperçoit elle aussi ce qu'il se passe à l'intérieur.
« Wouhooooouuuu ! » s'écrit Murphy, arrivant le dernier.
Raven sursaute mais demeure incapable de faire le moindre geste. C'est pourquoi elle reste immobile dans les bras de Wick qu'elle était en train d'embrasser langoureusement. Ce dernier est plus écarlate que jamais. Il jette un regard ahuri à ses amis, dont les grands sourires sont légèrement intimidants.
« Je comprends enfin pourquoi ils mettent tant de temps à faire le déjeuner. » dit Bellamy à l'intention de Clarke, haut et fort pour que chacun puisse tout de même l'entendre.
Les joues de Raven rosissent, chose que son amie n'aurait jamais imaginé. Voila donc ce qu'il faut pour rendre la courageuse et forte Raven Reyes mal à l'aise.
« Bon ça va … » grogne Raven en attrapant le plat de tomates sur le comptoir. « On va pas en faire toute une histoire. »
Elle grimpe les trois marches qui mènent au pont et se laisse tomber sur le banc à côté de Clarke, avec une mine faussement énervée. Elle ne peut cependant pas cacher la joie qui l'habite. La jeune femme lui adresse un petit sourire, heureuse de voir son amie rayonnante.
« Wick ! Tes saucisses crament ! » s'écrit Bellamy pour faire sortir le garçon de la cabine.
Ce qui s'avère inutile car Murphy est déjà sur le coup, bien trop affamé pour attendre. Il dépose le plat au centre de la table et s'assied à l'arrière du bateau sur le coffre, entre les barres. Wick vient s'assoir à ses côtés, et il en profite pour lui glisser :
« Fait-la souffrir, et je m'occupe de ton cas. »
Son visage blêmit aussitôt, provocant un rire général.
o.O.o
Octavia referme la porte de l'armoire à pharmacie et s'observe un instant dans le miroir. Ses cheveux ont poussé et sa frange ne sera bientôt plus qu'un lointain souvenir. Ses joues se sont creusées, la faisant paraitre plus grande, et ça et là demeurent les cicatrices de longues heures d'entrainement et de quelques bastons qui ont mal fini.
« Octavia ? » l'appelle une voix depuis le couloir.
La jeune femme sursaute, se rappelant de la raison de sa venue ici. Elle attrape la bouteille de désinfectant, versant un peu du liquide sur la plaie qui barre son bras et y colle rapidement un pansement avant de sortir de sa salle de bain. Elle traverse sa chambre rapidement, petite pièce meublée d'un lit, d'une armoire et d'un bureau, attrape sa veste sur la chaise, et sort dans le couloir.
Elle heurte de plein fouet la personne qui se trouve là. Elle fronce les sourcils, dévisageant un instant le grand métisse baraqué qui se tient là, bras croisés, à faire le pied de grue devant sa porte.
« Lincoln ? »
L'homme hausse les épaules, faisant bouger sa musculature saillante sous le t-shirt brun à manches courtes qu'il porte.
« Range-nous ça, tu vas finir par blesser quelqu'un ! » plaisante Octavia qui s'était raccrochée à son bras.
Espérant un sourire, la jeune femme se heurte à un regard impassible. Voila bientôt quatre mois qu'elle est ici, et Lincoln est l'une des premières personnes qu'elle a rencontré. C'est lui qui l'a recrutée, sans pour autant savoir qu'elle était la soeur de Bellamy Blake, l'homme qui avait attrapé son coequipier. Au départ, lorsqu'elle avait appris qu'il s'agissait de lui, Octavia avait craint d'être démasquée, inquiète à l'idée que Finn ait pu parlé de son amour inconditionnel pour son frère. Mais au contraire, le G.R.O.U.N.D. a presque sauté sur l'occasion de récupérer un nouvel agent de l'A.R.C. A moins que Lincoln y ait été pour quelque chose …
Quoi qu'il en soit, depuis ce jour où il lui a fait passé une série de tests pour s'assurer de son honnêteté, Lincoln a souvent croisé la route d'Octavia. Le quartier général du G.R.O.U.N.D. est vaste, un peu trop au gout de la jeune femme d'ailleurs, mais comment ne pas remarquer cet homme parmi les centaines de têtes qu'elle croise chaque jour. Bon … Elle est forcée d'avouer qu'elle passe des heures à la salle d'entrainement chaque jour dans l'espoir de le voir, mais impossible de capter son attention. Et pourtant des efforts, elle en a fait. Elle n'a cessé de s'entrainer, tenté de d'obtenir la confiance d'Indra, la femme en charge d'une section du G.R.O.U.N.D., celle dont elle fait partie, celle dont fait aussi partie Lincoln. Mais le travail est rude, les grounders n'accordent pas forcément leur confiance, encore moins à une petite nouvelle. Sans nouvelles de ses amis, de sa famille, Octavia peine parfois, seule, sans personne à qui parler. Et aussi étrange que cela puisse paraitre, Lincoln est la seule personne à lui apporter un peu de compagnie.
« Qu'est-ce que tu fais là ? »
« Indra m'envoie. Elle veut te voir. »
S'il y a bien une chose qu'Octavia a compris, c'est qu'ici, elle ne peut pas poser de question. Voila une chose pour laquelle s'infiltrer ici aura été une bonne chose. Du moins c'est ce que Kane dirait. Elle suit docilement Lincoln qui la guide à travers les couloirs sombres du G.R.O.U.N.D. jusqu'au bureau d'Indra. Là, il s'arrête, la salue d'un sourire timide, et s'éloigne, laissant Octavia seule face à ce qu'elle s'apprête à affronter.
o.O.o
Sur le chemin qui les ramène chez eux, Raven reste silencieuse, chose assez rare. Au volant de la vielle Jeep rouge mise à leur disposition avec le voilier, la maison et une vieille moto dans le garage, elle ressasse sa journée. A ses cotés, elle sent que Wick l'observe attentivement. Depuis que leurs amis les ont surpris, elle ressent quelque chose d'étrange sur lequel elle ne saurait mettre un nom. Elle est ravie de ne plus avoir à se cacher, mais elle appréhende légèrement ce qui s'annonce. Lorsque personne n'était au courant, ils ne pouvaient rien montrer, et finalement, ça l'arrangeait. A présent, elle a peur de ce que ça va donner, elle a peur que tout casse.
La main que pose Wick sur la sienne la sort de ses pensées. Elle tourne la tête vers lui et se sent immédiatement soulagée alors qu'elle croise son regard. Derrière eux, elle peut entendre le sifflement des garçons, et le rire de Clarke, mais elle n'y prend pas garde.
Après avoir longé les belles villas du bord de mer, ils empruntent un chemin sur la droite qui s'enfonce un peu plus sur la colline. Les pins parasols qui bordent la route en ligne droite voient leurs ombres s'étirer avec le soleil couchant, offrant un peu de fraicheur après cette chaude journée. Au bout de la route apparait déjà le portail en fer forgé, un peu rouillé, qui s'ouvre à leur approche. La voiture s'engage alors dans la propriété, le bruit des pneus sur les graviers retentissant dans le silence environnant. Les pins ont laissé place aux oliviers, sur fond de lauriers, mais leurs feuillages protègent toujours l'allée. Au détour d'un virage, les oliviers disparaissent, laissant apercevoir une maison en pierres, s'élevant sur deux étages par endroits seulement. Les volets bleu sont entr'ouverts juste assez pour laisser l'air passer et le toit, recouvert de tuiles canal si présentes dans le paysage méditerranéen, accueille en ce début de soirée quelques oiseaux qui pillent joyeusement.
Lorsque la voiture s'arrête, Clarke bondit hors du véhicule. Elle vient de passer un quart d'heure serrée entre Bellamy et Murphy, qui ne se sont pas gênés pour en profiter. Si elle sent une chatouille de plus, elle va tuer quelqu'un. Clés en main, elle se dirige vers la porte, presque en courant, pressée de retrouver son canapé. La porte s'ouvre avec un léger grincement qu'elle pourrait à présent reconnaitre entre milles, et elle s'engouffre dans la maison. La fraicheur qu'il y règne la saisit aussitôt, et elle y goute avec délice tout en laissant tomber son sac sur le meuble de l'entrée. Elle bifurque à droite et pénètre dans la cuisine. Tout en contournant l'ilot central, elle trottine jusqu'au frigo pour en sortir une bouteille de jus d'orange. Quand elle revient vers le salon, ses amis sont déjà affalés sur les canapés, tous sauf Murphy, qui se prélasse aux derniers rayons du soleil sur la terrasse, devant les baies vitrées de la cuisine. Raven et Wick ont pris place face aux fenêtres, admirant la vue qu'offre le jardin, tandis que Bellamy, allongé de tout son long, observe le plafond d'un air dubitatif. N'ayant pas plus envie que ça d'aller le déranger, Clarke s'assied sur le sofa, dernier fauteuil de libre, et pose son verre sur la table basse.
Dehors, le soleil disparaitra bientôt derrière les pins, et ce soir là, Clarke est bien décidée à prendre l'apéro tout en observant ce spectacle magnifique. Dans la cuisine, elle attrape un paquet de chips rescapé des garçons, et le bol de cacahuètes qu'elle a entamé la veille, puis les pose sur un plateau. Il reste des citrons dans le frigo, et elle est persuadée d'avoir aperçu une bouteille de cointreau dans le bar, ça ira parfaitement avec le tequila que Murphy a acheté en début de semaine. Des glaçons, un shaker et dix minutes plus tard, Clarke rejoint ses amis dehors, cinq verres à margarita glacés avec soin, et le cocktail brillant sous les derniers rayons du soleil.
Elle sort par la cuisine, qui dans son renfoncement voit son mur percé de trois baies vitrées, élargissant la pièce vers l'extérieur, et offrant un coin arrondi à la terrasse juste devant. Comme toujours, elle est saisie par la beauté des lieux. Sur sa gauche, la terrasse se poursuit en un petit chemin, terminé par un escalier. Une rangée de pieds de lavandes sépare la maison du reste du jardin, qui descend en pente raide sur un mètre ou deux, avant de se heurter de nouveau à un sol en bois. Là, une piscine turquoise s'étend pratiquement sur la longueur de la maison, du mur de la cuisine au salon, avec à son extrémité gauche, une autre terrasse sur laquelle est installé un petit salon de jardin. Le teck poursuit ensuite sont chemin tout autour de la piscine, offrant un bord plus large face à la maison, sur lequel sont alignés des transats.
« Clarke ! » s'écrit Raven en voyant son amie sur le seuil de la porte, contempler le paysage. « On a soif ! »
La jeune femme sourit face à impatience de ses amis. Elle contourne la table de la terrasse, sur laquelle ils prennent habituellement leurs repas, et emprunte le chemin en teck qui longe le salon à sa gauche, les lavandes et la piscine à sa droite. L'odeur des fleurs embaume ses narines, ajoutée à celle du chlore, le tout donnant à Clarke une impression de vacances. Le chemin s'arrête sur quelques marches qui permettent à Clarke de rejoindre la seconde terrasse, où ses amis l'attendent.
« Un peu plus et on ratait — encore — le couché de soleil … » dit Raven, faisant mine de râler pour taquiner son amie.
Elle tend la main et attrape la bras de Clarke, la forçant à s'assoir à ses côtés.
« Regardez-moi ça ! » plaisante Murphy. « Tu crois vraiment qu'en lui faisant les yeux doux, ça va passer plus facilement ? »
Clarke relève la tête, surprise.
« Qu'est-ce qui va passer plus facilement ? »
« Elle va te quitter pour Wick. »
« Murphy! » s'écrit Raven, balançant à son ami une poignée de cacahuètes. « Clarke je … Tu ne m'en veux pas ? »
La jeune femme se donne un air contrarié, avant de prendre son amie dans ses bras.
« Bien sûre que non, je m'en fiche. »
Puis elle se tourne vers Wick, lui levant son verre pour trinquer.
« Bonne chance. Elle donne des coups de pieds la nuit. »
Wick lève son verre en retour.
« Ah ça je sais … » soupire-t-il, s'attirant le regard noir de Raven, et ceux plus amusés de trois autres, avant que tous éclatent de rire.
o.O.o
« Vous avez couvert la piscine ? » crie Raven depuis la cuisine.
Clarke jette tour à tour un coup d'oeil aux garçons.
« Je vais voir si Raven a besoin d'aide … » murmure Wick, qui n'a pas trouvé d'autre excuse.
« Je vais fermer les fenêtres de ma chambre ! » s'écrit Murphy tout en s'éclipsant à son tour.
La blonde le regarde s'éloigner de sa démarche détendue jusqu'à sa chambre, installée juste derrière la piscine, dans une extension de la maison. Lorsqu'ils ont visité leur lieu de vacances pour les quinze prochain jours, Murphy s'est immédiatement précipité sur le lit, tout en réclamant cette chambre.
« Lacheurs … » soupire Clarke.
Affalée dans le grand canapé qu'elle a rien que pour elle depuis une petite demi-heure, elle regarde les lueurs rouges envahir le ciel. C'est si beau. Elle n'a pas du tout envie de bouger.
« Quoi ? Vous êtes toujours là ? »
Murphy apparait devant elle, bras croisés sur son torse, la toisant d'un air mesquin. Il prévoit quelque chose, c'est certain.
« Bon, on la couvre cette piscine ? » dit-il en entrainant Bellamy derrière lui.
Clarke se lève, à reculons. Elle contourne la piscine, lentement, pour profiter encore un peu des dernières secondes magiques du coucher de soleil. Elle se fait pourtant une raison lorsqu'elle approche du bout du bassin, et attrape fermement la bâche bleu en papier bulles. Le nez toujours en l'air, elle fait un pas, puis un autre. La bâche a toujours été lourde, mais ce soir-là, la jeune femme a l'impression de manquer de force. Elle fait encore un pas mais le maudit bout de plastique résiste. Il contre-attaque même !
L'instant d'après, Clarke se retrouve dans la piscine, alors que les garçons, fiers de leur coup, rient à n'en plus finir. Puis, d'un coup, comme ayant retrouvé la raison, Murphy déclare :
« Tu rigoles un peu trop, toi. »
Et jeu de jambes bien maitrisé, il envoi Bellamy dans l'eau.
« Et surtout ne barbotez pas trop longtemps les enfants. Vous allez attraper froid. » dit-il avant de remonter la pente raide en courant et de sauter par dessus les lavandes.
Clarke s'attendait à une eau bien plus froide, mais il s'avère que cette journée de chaleur aura au moins eu le mérite de chauffer la piscine. Si seulement il en avait été de même avec la mer cet après-midi. Elle fait quelques mouvement de brasse jusqu'à Bellamy.
« Bordel ! » jure-t-il tout en essayant de décoller son t-shirt trempé de son torse.
« Quoi ? C'est ce qui arrive quand on fait trop de … »
Elle n'a pas le temps de finir que Bellamy la pousse au fond de l'eau. Aussitôt, Clarke s'éloigne de plusieurs mètres avant de refaire surface.
« Tu viens juste de déclarer la guerre Bellamy Blake. » grogne Clarke en attrapant sur le bord de la piscine, le ballon de volley qui trainait là.
Depuis la cuisine, Murphy et Wick observent la scène. Clarke et Bellamy se battent sous leurs yeux, à grands coups ballons, d'éclaboussements et de qui coulera l'autre le premier.
« Et bien … » murmure Raven en s'approchant discrètement de Wick. « Heureusement que tout est réglé entre eux. »
Elle enroule ses bras autour du torse du blond et pose sa tête sur son épaule.
« Oui. Et heureusement que tu haïssais cet ingénieur prétentieux et insupportable. »
Wick passe un bras autour de la taille de Raven, ramenant la jeune femme contre lui, avant de déposer un baiser dans ses cheveux.
« Il n'y a que les cons qui ne changent pas d'avis. » dit-il enfin.
Raven inspire profondément le parfum de Wick, se calant un peu plus contre lui. Elle surprend le regard de Murphy sur eux. Cependant, ce n'est pas un de ces regards moqueurs, ou critiques qu'elle a l'habitude de lui associer. Non, cette fois-ci, c'est un regard bienveillant, et ça lui réchauffe le coeur. Elle se retourne alors vers le jardin. Dans la piscine, Bellamy a attrapé Clarke par la taille, avant de la balancer sur son épaule.
« Et bien ces deux là … »
Raven n'a pas le temps de finir, que Murphy lui coupe la parole.
« Sont vraiment cons. »
o.O.o
Clarke s'extrait avec difficulté de la piscine, se hissant sur le rebord glissant suite à leurs enfantillages. Difficilement parce que Bellamy n'a pas l'air décidé à la laisser partir. Mais après quelques minutes supplémentaires de luttes, Clarke s'éloigne, victorieuse, sous les applaudissements de ses amis, qu'elle n'avait pas remarqué, perchés dans le salon, à les observer. Bon, elle a tout de même eu recours à une clé de bras et une petite prise que Bellamy lui avait appris à ses début, bien plus efficace sur sol mouillé. A noter.
Après un passage en coup de vent dans sa chambre, histoire de se sécher et d'enfiler des vêtements secs, elle redescend au salon. Raven dresse la table dehors, tandis que Wick surveille le diner. Affalé sur un canapé, Murphy fixe la pénombre qui s'installe lentement dehors.
Clarke s'arrête un instant, observant ses amis. Dans cet environnement si calme, elle les découvre sous un nouveau jour. En leur offrant ces deux semaines de congés, Kane leur a fait un cadeau magnifique. Voila bientôt quatre mois qu'ils ont attrapé Finn sur cette route de la Suisse italienne, et leur supérieur leur avait promis une surprise. Si Clarke aurait très bien accueilli quelques jours pour se reposer à Washington, elle n'a pas rechigné lorsque Kane leur a annoncé qu'il avait affrété un avion pour eux.
« Tu cherches quelqu'un, Griffin ? »
La voix de Murphy la sort de ses réflexions. Mais elle n'a pas le temps de répondre quoi que ce soit, Raven les invite tous à rejoindre la table. Le diner est servi.
Comme tous les soirs depuis qu'ils sont là, le repas se passe dans une ambiance joviale. Murphy ne cesse de taquiner Raven et Wick, tandis que ce dernier se joint facilement à Bellamy pour faire l'idiot. Clarke écoute tout ça d'une oreille distante, heureuse de voir ses amis rire et s'amuser, loin de toutes les angoisses du travail.
« Claaarke ! »
Raven agite sa main devant les yeux de son amie, dont le regard est perdu depuis quelques minutes.
« Mmmh ? »
« Téléphone ! » dit-elle en pointant du doigt la maison.
Clarke se retourne et rejoint le salon en courant. De l'extérieur, elle ne pouvait pas l'apercevoir — en cas d'yeux indiscrets — mais dès qu'elle passe la porte de la cuisine, elle constate que les vitres se sont opacifiée, tandis que le visage de Jasper apparait sur le verre avec l'inscription « Incoming Call »
« Jasp'? » s'écrit-elle, tout en se jetant dans le canapé.
A ces mots, quatre têtes curieuses se tournent vers elle depuis la terrasse.
« Attend, je te transferts sur mon écran ! » dit-elle tout en se précipitant dans sa chambre, pressée d'entendre des nouvelles de ses amis.
Elle revient une demi-heure plus tard, un grand sourire sur les lèvres, et se laisse tomber sur sa chaise.
« Alorrrs? » roucoule Raven.
« Alors leur première semaine s'est bien passée. » sourit Clarke, replongeant le nez dans sa salade.
Quelques jours avant leur départ, Kane a proposé à Jasper et Monty d'intégrer l'A.R.C., les deux garçons s'étant montrés très utiles à maintes reprises. Depuis, ils sont insupportables. Enfin, plus que d'habitude.
« Sinclair tient le coup ? » demande innocemment Raven, tout en jetant un regard entendu à Wick.
« Monty m'a dit que oui. »
« Ca veut dire qu'il sera mort quand on reviendra. » en conclut Murphy, cachant son sourire dans sa bouteille de bière.
Clarke est assaillie de questions par ses amis, tous désireux d'avoir des nouvelles de l'A.R.C., Kane n'étant pas très bavard à ce niveau là. Quand elle a enfin le temps de souffler, la jeune femme se tourne vers Bellamy. Contrairement à d'habitude, il n'a pas prononcé un mot depuis qu'elle est revenue. Il sent son regard posé sur lui et relève la tête. Lorsque les yeux de Clarke croisent les siens, elle comprend immédiatement ce qu'il veut dire. Son sourire se fane aussitôt, mais elle lutte pour le maintenir alors qu'elle secoue négativement la tête. Désolée Bell, ils n'ont aucune nouvelle.
Raven, qui a surpris cet échange silencieux, voit le visage de Bellamy se refermer, alors qu'il détourne le regard, surement pour refouler sa rage.
« Bon. Désert ? » dit-elle d'une voix qui se veut enjouée.
o.O.o
Désormais seule dans sa chambre, Clarke ne parvient pas à trouver le sommeil. A force de se battre contre ses draps qui la collent trop avant de la laisser frigorifiée, elle quitte son lit et avance d'un pas silencieux jusqu'à la fenêtre. Malgré l'obscurité, elle devine parfaitement la piscine, dont l'eau reflète les rayons de la lune. Derrière, les champs d'oliviers s'étendent à perte de vue, quelques fois interrompus par une rangée de pin parasols, ou par quelques lauriers. La jeune femme inspire profondément l'odeur délicieuse des lavandes, de la terre chaude, des embruns de la mer, mêlées à celle de la nuit. Un papillon de nuit se pose sur sa fenêtre, et elle a un mouvement de recul. Malgré cette bête, qu'elle surveille du coin de l'oeil, elle demeure à la fenêtre observant le paysage. Elle est très tentée de sortir sur la petite terrasse adjacente à sa chambre, qui surplombe la terrasse de la cuisine, conservant cette forme arrondie. Mais elle la partage avec Bellamy, et ne voudrait pas le réveiller.
Elle est pourtant loin de se douter que dans la chambre voisine, Bellamy ne parvient pas à dormir. Dès qu'il ferme les yeux, il voit le visage de sa soeur, sa bouille ronde, ses longs cheveux bruns — les mêmes que les siens —, son sourire en coin, ses yeux verts. L'instant d'après, son visage se creuse, laissant voir des pommettes saillantes, ses cheveux sont sales et emmêlés, éparpillés autour d'elle, son sourire s'est fané, et ses yeux ont perdu cette lueur pétillante.
Il préfère ne plus fermer les yeux, fixant le plafond à la recherche d'une petite fissure, d'une tâche, d'un peu de poussière, n'importe quoi pourvu que ça l'occupe. Sa petite soeur, son unique famille, la chose la plus précieuse qu'il lui reste, est à des milliers de kilomètres d'ici, infiltrée dans l'agence la plus dangereuse du monde. Depuis quatre mois, il ressasse sans cesse leur dernière conversation.
« Octavia. J'ai dit non. »
Octavia le fusille du regard.
« Je te signale que tu n'as pas ton mot à dire. La chose est réglée, je pars demain. »
Sur ces mots, elle se précipite vers les escaliers, laissant Bellamy seul dans son salon. La porte claque en bas, et il se laisse tomber sur son fauteuil. Les minutes passent, et il n'a pas lâché des yeux les escaliers de son appartement. Quand il s'apprête à se lever, il entend cependant la porte s'ouvrir. Quelques secondes plus tard, la frange d'Octavia apparait. La moue boudeuse, les yeux baissés, elle s'approche, et s'assoit dans le fauteuil en face du sien.
« Bell ? »
Pas de réponse.
« Bell ? »
Toujours rien. Elle retient un sanglot. Elle ne voulait pas que ça se passe ainsi, ce n'est pas du tout ce qu'elle s'était imaginé. Bien sure, elle n'aura jamais cru que son frère la serre dans ses bras pour la féliciter, mais quelque chose au fond d'elle espérait que ça se passe un peu mieux.
« Bell. » dit-elle d'une voix qui laisse passer trop d'émotions à son gout. « Je sais que tu m'en veux. Je sais que ce n'est pas ce que tu voulais pour moi. Et crois moi je sais que c'est dangereux. Mais … Mais je crois savoir que ce tu que veux, c'est que je sois heureuse. Sauf que Bell, tu n'imagines même pas à quel point je m'ennuis ici. J'en ai assez d'être coincée là, sans avoir le droit de sortir. Bell je ne sais même plus ce que ça fait de se recevoir la pluie, si la neige est aussi froide qu'on le dit et à quel point ça fait mal d'avoir un coup de soleil sur le nez ! »
Elle s'interrompt un instant, mais Bellamy ne lui adresse pas le moindre regard.
« Je veux faire quelque chose Bell. J'ai toujours pu compter sur toi. J'ai toujours pu compter sur vous tous. Enfin Bell, l'A.R.C. m'a accueillie, Jake m'a aidé, Kane m'a adoptée, et moi, qu'est-ce que j'ai fait pour eux ? Mis à part les faire enrager … »
« Mais ils ne t'ont rien demandé ! » s'écrit Bellamy, se levant soudainement de son fauteuil.
« Non. Je sais. C'est moi qui l'ai fait. »
Octavia ne quitte pas son frère du regard, bien décidée à ne pas céder la première.
« Je ne comprends pas. » murmure enfin Bellamy.
Sa soeur s'approche de lui, jusqu'à s'assoir sur son accoudoir.
« Est-ce que tu crois que j'ai compris moi ? Quand ma maison a explosé ? Et quand tu m'as emmené ici ? Et quand tu m'as dit que tu allais botter le cul de quelques méchants ? Non. J'ai accepté, et c'est ce que je te demande aujourd'hui. Alors fait un peu confiance en ta soeur. »
« Oui bah justement. Ma soeur… »
« Oui oui … Ta soeur, ta responsabilité. »
Bellamy écarquille les yeux. Il semble réaliser à quel point sa soeur a grandi. Il ne voulait pas le reconnaitre, peut-être parce que ça voudrait dire qu'il n'avait plus rien à faire. Sauf que ce n'est plus la petite fille qui voulait une histoire d'espion avant de s'endormir. C'est une f… une jeune femme forte — pour ça, il a bien réussi son job — qui sait ce qu'elle veut — un peu trop à son gout — et qui est prête à tout pour le réaliser.
« Tu pars quand ? » demande-t-il, d'une petite voix.
« Demain. » répond Octavia tout aussi bas.
Bellamy déglutit.
« Alors on n'a pas de temps à perdre. Tu choisis les films, je commande les pizzas ? »
Ce soir là, le sourire qu'Octavia lui avait offert avait été le plus beau de tous. Ils avaient passé la nuit à regarder des films, comme ils le faisaient une fois par semaine quand Bellamy avait encore le temps, et comme ils ne pourraient pas le faire tout le temps où sa soeur serait en mission.
A travers la fenêtre de sa chambre, il aperçoit la lune qui brille au dessus des oliviers. Octavia aurait adoré cette maison. Il se demande bien ce qu'elle fait à l'heure qu'il est.
o.O.o
La porte se referme brusquement derrière elle, sur le regard sévère d'Indra. Epuisée, Octavia prend le chemin de ses appartements. Elle longe le long couloir sombre puis tourne à droite, sur un chemin plus large. Les gronder se pressent dans tous les sens, sans faire attention à elle. Se laissant porter par la foule, Octavia débouche sur une grande place bondée. Cet endroit lui rappelle un peu le Pont de l'Arche, mais depuis le sol, et en bien moins haut. La place circulaire est surplombée d'une demi douzaine de passerelles concentriques qui s'entassent jusqu'à une minuscule verrière, seul source de lumière naturelle. Cet endroit est le carrefour du quartier général du G.R.O.U.N.D.. Tous les couloirs y débouchent de sorte qu'on est obligé d'y passer pour se rendre quelque part, les grounders s'y retrouvent pour s'entrainer, manger, discuter.
Autour d'elle, les gens la bousculent, forçant Octavia à reprendre son chemin. Ses muscles la font souffrir, et elle est trop épuisée pour dire quoi que ce soit. Si elle hausse le ton, cela finira probablement en bagarre, et à la couleur violacée de ses poings, elle ne tiendra pas longtemps face à un type baraqué aux bras couverts de tatouages tribaux. Elle parvient à se faufiler jusqu'aux escaliers. Ses mollets la brulent à chaque marche mais elle ne s'arrête pas pour autant. La seule chose qu'elle souhaite, c'est retrouver son lit et sombrer dans le sommeil. Parvenue au quatrième étage, elle tourne à droite, et longe la barrière, observant d'un oeil distrait toutes ces têtes qui s'activent en bas. Réservé aux salles d'entrainements, que ce soit au combat, au maniement des armes comme au tir, le quatrième étage est peu vivant à cette heure tardive. Chacun a rejoint sa cellule, les plus courageux s'entrainent encore, et ceux qui sont en mission ne passeront pas par ici avant le lendemain matin. Mais pour les jeunes recrues, les petits nouveaux qui, comme Octavia, doivent encore prouver leur allégeance, une série de cellules a été aménagée sur une partie de l'étage.
La jeune femme passe devant la salle d'entrainement qu'elle fréquente habituellement à cette heure-ci. Elle est étonnée de ne pas y apercevoir l'imposante silhouette de Lincoln, alors que ce dernier y reste souvent plus tard qu'elle. Normalement, elle aurait poussé la porte de la salle, et aurait passé une partie de la nuit à se défouler. Mais ce soir, elle n'en a pas du tout la force. Après la salle, elle tourne à gauche, et s'enfonce un peu plus dans le dédale de couloirs qui forment le G.R.O.U.N.D.. Elle prend la troisième à droite, puis a dernière à gauche, et encore à droite. Les couloirs se font de plus en plus petit, les lumières de moins en moins présentes. Elle a beau marcher dans ces couloirs depuis quatre mois déjà, à chaque fois qu'elle revient du terrier — c'est ainsi qu'elle a décidé d'appeler cette grande ouverture lumineuse — ses yeux ne parviennent pas à se faire à l'obscurité.
La porte de sa chambre approche. Elle va enfin pouvoir se laisser tomber sur son lit. Ce sera tout de même plus agréable que toutes ces chutes sur le sol dur qu'elle a fait durant son entretien avec Indra. Malgré la fatigue et ses yeux qui la brulent, elle perçoit une silhouette, fondue dans l'ombre derrière elle. Elle fait volte-face et intercepte le bras de son potentiel agresseur. D'un mouvement habile, elle le retourne, et s'aprête à le mettre à terre. Pourtant l'homme — car c'est bien d'un homme dont il s'agit, aux vues de sa carrure — pivote, se retrouvant à nouveau face à Octavia. Sans céder à la panique, elle tend sa main vers la poche latérale de son jean, espérant y attraper le couteau qu'elle garde toujours à cette endroit mais l'homme surprend son geste, et l'arrête avant même qu'elle ait pu soulever le bout de tissu. Puis il la plaque contre le mur, l'immobilisant pour de bon.
Le choc est rude, mais pas autant qu'Octavia l'aurait imaginé. Son dos la fait tout de même souffrir, pourtant, la pression qu'exerce l'homme sur ses épaules n'est en aucun cas douloureuse. Et ses yeux, qui ont eu le temps de s'habituer à l'obscurité, s'ouvrent grand lorsqu'elle réalise qui se tient devant elle.
« Lincoln ? » s'écrit-elle.
Surprise de voir cet homme qui l'attend devant sa porte pour la deuxième fois de la journée, Octavia en oublie un instant l'état dans lequel elle se trouve. C'est Lincoln qui le lui rappelle, lorsqu'il peut enfin discerner la trace sombre qui entoure l'oeil gauche de la jeune femme.
« Qu'est-ce qui t'es arrivé ? » demande-t-il, sa voix pleine d'inquiétude.
Il lâche les épaules d'Octavia, qu'il tenait toujours avec autant de fermeté, et remonte sa main jusqu'à son visage. La jeune femme tourne aussitôt la tête, refusant de montrer ses blessures à ce type dont elle ne sait rien.
« Ne fais pas l'enfant. Fais voir. »
Bien que ce soit un ordre, sa voix reste douce et il attrape son menton pour la forcer à le regarder. Au fur et à mesure qu'il inspecte le visage de la belle brune, son regard se voile. Ses yeux passent sur son front coupé, son oeil au beurre noir, sa lèvre éclatée. Sous son pouce, il sent une blessure encore ouverte qu'elle porte au menton. Octavia, quelque peu gênée par cette proximité, finit par le repousser.
« Ce n'est rien. » murmure-t-elle tout en se retournant pour ouvrir sa porte.
La main de Lincoln se pose sur la sienne alors qu'elle actionne la poignée. Autrefois, Octavia se serait indignée de voir ça. Quand elle disait non à un type, aussi beau et séduisant soit-il, c'était non. Ou ça finissait très mal pour celui qui avait trop insisté. Elle était Octavia Blake nom d'un chien ! Elle n'avait besoin de personne. Mais elle rejette rapidement l'envie de montrer à Lincoln de quel bois elle pouvait se chauffer. Il venait de lui prouver il y a quelques minutes qu'elle n'avait aucune chance contre lui.
« Ce n'est pas rien, Octavia. Laisse-moi t'aider. »
o.O.o
Le soleil se lève à peine tandis que Clarke, qui observe le ciel se teinter de jaune, à l'impression que la nuit ne finira jamais. Parfaitement réveillée, elle a bien tenter de se rendormir, mais en vain. Ca fait déjà deux heures, et elle n'a pas osé franchir le seuil de sa chambre, de peur de réveiller quelqu'un. En bas, la porte du réfrigérateur se referme lourdement et la jeune femme entend quelqu'un pester. Elle saute aussitôt de son lit, attrape un pull et se précipite hors de sa chambre. Prenant soin de faire le moins de bruit possible, elle traverse le couloir et rejoint les escaliers. Le timbre grave de la voix de Bellamy la guide en direction de la cuisine. Elle l'entend parler avec quelqu'un qui n'intervient que pour lâcher un petit « Mmmh » de temps à autres.
Il règne dans le salon un froid glacial, surement à cause de la fenêtre laissée grande ouverte sur le jardin encore plongé dans l'ombre. Bellamy est là, en compagnie de Murphy. Ce dernier, assis sur l'ilot central de la cuisine, mord à pleine dents dans un sandwich dont Clarke ne saurait déterminer le contenu. Cependant, si elle en croit les pots ouverts derrière lui, le jeune homme mangerait un mélange de nutella, de confitures en tous genre et de beurre de cacahuète dans une brioche.
« Raven sait que tu lui siffles sa confiture de mûres ? »
Murphy lui lance un petit sourire narquois avant de reprendre une bouchée de son petit déjeuner des plus écoeurant.
« Tu es tombée du lit ? » plaisante Bellamy, tout en mettant l'eau à chauffée.
Clarke, soudainement convaincue qu'elle a interrompu une conversation importante, s'apprête à faire marche arrière. Mais Murphy lui fait signe d'approcher, et elle s'exécute sans plus de cérémonies. Elle prend place sur un tabouret proche du jeune homme et pousse sa jambe pour qu'il lui laisse plus de place. Elle l'entend murmurer quelque chose comme « Mais quelle Princesse … » sans pour autant y faire attention. Bellamy s'attable face à eux, et Murphy est bien obligé de descendre de son perchoir. Il trouve cependant une place tout aussi confortable sur le plan de travail à coté de l'évier, et entreprend de terminer son sandwich.
« Du thé ? » propose Bellamy, tout en poussant vers Clarke une tasse fumante.
La jeune femme enroule ses mains autour du récipient, humant avec délice l'odeur d'agrumes de son thé préféré, et gratifie son ami d'un sourire timide.
« Et vous ? » demande-t-elle en réponse à la question que lui avait posé Bellamy à son arrivée.
« On va courir un peu. » explique Murphy.
Son repas terminé, il se lève en direction du réfrigérateur.
« Jus d'orange ? » dit-il en secouant une bouteille sous leurs nez.
Clarke secoue négativement la tête avant de se replonger dans son thé. Elle observe du coin de l'oeil Murphy se servir un verre, puis revenir près de l'évier.
« Ca te dit de venir avec nous ? »
La jeune femme sursaute.
« Euh moi ? »
« Si tu préfères rester là à te tourner les pouces jusqu'à ce que les amoureux sortent de leur suite nuptiale pour raconter tout ce qu'ils ont pu faire cette nuit, libre à toi. Moi perso, je vais aller courir un peu, histoire de sortir Papy — il pointe Bellamy du pouce d'un geste rapide — qui commence à rouiller. Alors je te le demande une dernière fois, Griffin. Ca te dit de venir avec nous ? »
o.O.o
C'est ainsi que, pensant se préparer pour un jogging d'une heure, Clarke s'est retrouvée à crapahuter dans la nature pendant près de deux heures, sautant d'un rocher à l'autre, grimpant dans les arbres, dévalant des pentes caillouteuses, se livrant à une course folle dans les sentiers de provence, essayant de suivre le rythme derrière les garçons.
Au bout d'un moment, ils sont bien obligés de s'arrêter. Clarke, essouflée, se laisse tomber dans la poussière, adossée à un rocher relativement plat.
« Alors ? »
Clarke relève la tête vers Murphy. Perché sur la branche d'un arbre, les jambes se balançant dans le vide, il s'est trouvé un hamac naturel qui semble extrêmement confortable.
« Je vous laisserais faire vos petites séances d'entrainement entre mecs à l'avenir … »
Bellamy éclate de rire. Il a trouvé une place entre les racines de l'arbre dans lequel Murphy s'est perché, et regarde Clarke, les yeux encore brillants après leur course.
Le soleil brille haut dans le ciel à présent. Il doit être près de dix heures, avec un peu de chance, Raven et Wick sont réveillés et les attendent pour commencer la journée. Mais aucun des agents n'a l'air décidé à bouger. Ils restent tous trois ainsi pendant de longues minutes, jusqu'à ce que Murphy bondisse de son arbre, pour atterrir aux pieds de son ami.
« On fait la course ? » propose-t-il, tout en tendant une main à Clarke pour l'aider à se relever.
« Oh non … » souffle-t-elle. « Je suis morte. »
A cet instant, elle n'a qu'une envie : se plonger dans la baignoire, et y rester jusqu'à midi, histoire d'enlever toute la poussière qui colle à son corps.
« Même si le premier arrivé à la douche en premier ? »
Clarke pivote aussitôt sa tête vers Bellamy. Comment ose-t-il mettre en jeu la salle de bain qu'ils sont forcés de partager ? Elle attrape la main que Murphy lui tend et se laisse tirer en avant, surprise un instant par la force du jeune homme. Bellamy essaye de se relever lui aussi, mais elle le repousse avec malice, avant de s'élancer dans les allées du champ d'oliviers.
o.O.o
Assise au volant de la Jeep, Raven klaxonne.
« Calme-toi … » lui souffle Wick tout en appliquant une légère pression sur la main qu'elle pose, comme à son habitude, sur la boite de vitesse, prête à démarrer.
La jeune femme se retourne vers lui, et lui adresse un sourire rayonnant. Elle se penche légèrement vers lui, s'apprêtant à l'embrasser, quand Clarke déboule hors de la maison, ses chaussures et son sac dans une main, essayant de rentrer son t-shirt dans son short de l'autre. Derrière elle, Bellamy, les cheveux trempés, n'a eu le temps d'enfiler que son short. Ses lacets défaits menacent de le faire tomber, et son t-shirt va finir par glisser de sa poche arrière, dans laquelle il l'a rapidement fourré. Murphy est le dernier à sortir. Tranquillement, il attrape les clés sur le meuble dans l'entrée, ferme la porte, puis la verrouille avant de s'avancer d'un pas nonchalant, faisant tourner le porte-clés autour de son doigt. Il grimpe à l'arrière de la voiture, sous le regard noir de Raven.
« Ne vous pressez surtout pas. »
« C'est pas de ma faute, Clarke prend trop de temps dans la salle de bain… » maugrée Bellamy.
Mais la jeune femme ne voit pas le regard entendu qu'il lance à Murphy.
« Quoi ? Moi je prends du temps ? Mais tu m'as même pas laissé le temps de me sécher les cheveux, tu t'es invité dans la douche ! »
Raven écarquille les yeux. Que vient-elle d'entendre ?! Dans le rétroviseur arrière, ses yeux rencontrent ceux de Murphy, et elle comprend que lui aussi a hâte d'en savoir plus. Biiiiien. Ils seront deux à attaquer sur ce sujet au déjeuner.
Clarke et Bellamy ont recommencé à se chamailler. Etant donner que ce sont eux qui sont chargés de faire le déjeuner, la chose s'annonce compliquée. Le jeune homme à passer son bras par dessus la dossier du siège et de temps à autre, il chatouille Clarke, sachant pertinemment que ça l'agace.
« Range un peu ça … » soupire Clarke en pointant son torse, que Bellamy prend un malin plaisir à exhiber. « Tu vas finir par blesser quelqu'un … »
Il éclate de rire et finit par enfiler son t-shirt. Puis il se tourne vers la vitre grande ouverte qui laisse passer l'air et l'odeur des lavandes dans la voiture. D'habitude, c'est Octavia qui lui dit ce genre de chose. Voila ce qu'il se passe à force de fréquenter sa soeur.
Ils quittent la propriété et empruntent la route bordée de pins au bout duquel, Raven bifurque à gauche. Ils reprennent le même chemin que la veille. Devant eux, la baie apparait alors qu'ils descendent doucement vers la mer. Le village le plus proche est à un bon quart d'heure de route, et le petit groupe s'y rend près d'une fois par jour, pour rejoindre le port, faire les courses, flâner dans les petites rues. Les premières maisons multicolores sortent de derrière les arbres. Sur fond de mer, leurs tons pastels semblent plus clairs encore.
Aujourd'hui, jour de marcher, le village croule sous la foule. Les touristes viennent de tous les recoins de la région pour acheter leurs fruits et leurs légumes ici. La grande place qui accueille habituellement tournois de pétanque et tables de cafés, est à présent couverte de stands en tous genre. Clarke et Raven, accrochées l'une à l'autre, déambulent entre les étales, sous les tentes colorées. L'odeur des épices surplombe celle du poulet qui cuit doucement dans un camion un peu plus loin et des pâtisseries qu'elles aperçoivent à quelques mètres. Elles longent une immense table sur laquelle des noix, des baies et des fruits séchés tentent les passants, puis une vitrine réfrigérée débordante de fromages en tous genre. Quelques robes suspendues au parasol suivant frôlent la tête de Clarke, alors qu'elles traversent des étalages de tissus.
Les garçons les ont lâchées depuis un moment, préférant la bière fraiche d'un troquet provençal. Alors elles en profitent, prennent plaisir à se promener au milieu de ce marcher. Le panier que Clarke transporte se fait de plus en plus lourd, mais qu'importe, elles le remplissent encore et encore. Des fruits, du pain, du fromage, là un bouquet de fleur qui fera très bien sur la table, et plus loin, un gâteau local, deux brioches séparées d'une épaisse couche de crème pâtissière.
« Avec ça … On est bonnes pour aller courir avec les garçons demain matin … » grommelle Clarke tandis que Raven regarde la boite du gâteau avec convoitise.
« En attendant ma belle, pense plutôt à ce que tu vas nous faire à déjeuner. J'ai faim moi. »
La blonde regarde sa montre. Il est déjà plus de midi. Mais depuis combien de temps faisaient-elles des aller-retours dans le marcher ? C'est en rejoignant les garçons, toujours assis en terrasse, avec quelques cadavres de cacahuètes et trois demi déjà vides, que Clarke réalise qu'elles ont peut-être trainé un petit peu trop …
« Vous êtes certaines d'avoir tout ce qu'il vous faut ? » plaisante Wick, ce qui lui vaut un coup de coude dans le ventre.
Raven prend place à côté de lui, et Murphy quitte son siège pour aller s'assoir près d'elle, bien décidé à l'embêter cette fois. Et puis … Ils doivent aussi toucher deux mots à Bellamy et Clarke. Ces deux-là se retrouvent d'ailleurs à côté. Visiblement, Murphy a très bien joué son coup. D'un geste habitué — qui ne plait pas au serveur qui s'approche — il commande leurs verres aux filles. L'employé repart, les boissons notées sur son carnet, sans oublier de jeter un sourire étincelant à Clarke.
« Mais regarde-moi ça … » murmure Bellamy. « Plus lourd, ça n'existe pas. »
« Oh arrête ! Il m'a sourit, c'est rien … »
« N'empêche qu'il aurait pu faire ça avec plus de tact … »
Murphy laisse échapper un soupire, faisant se retourner ses amis.
« Quoi ? » demande Raven, souriante.
« J'en peux plus de tous ces couples … »
Devant l'air faussement outré de son ami, Clarke éclate de rire.
« Tu trouves qu'on te laisse seul ? »
En disant ces mots, elle quitte son fauteuil et se laisse tomber sur les genoux du jeune homme.
« Je crois que je peux supporter la chose, Griffin. Mais par pitié, dégage. »
« Quoi ? Je te gène ? » demande-t-elle tout en s'étalant un peu plus.
« Ouais … Mais juste un peu. »
« Tu noteras que je n'ai rien répondu au sujet du couple. Alors tu pourrais en faire autant … »
En temps normal, Murphy aurait rétorqué sur le coup, quelque chose de bien sec comme il sait si bien le faire. Mais cette fois-ci, il ne dit rien. Là, parmi les badauds qui se baladent sur la place, il vient d'apercevoir une silhouette se frayer un chemin. Il suit du regard la femme, aisément reconnaissable de part la robe blanche qui met en valeur sa taille fine, et l'immense capeline de la même couleur qui masque ses cheveux bruns. Elle s'arrête un instant, se retourne, et son regard croise celui du jeune homme. Elle repart aussitôt. Cet échange n'a duré que quelques secondes, mais Murphy a l'impression qu'il l'a observée des heures, immobile dans cette foule qui s'active. Il la cherche à nouveau, mais elle a disparu. Tellement obnubilé par cette rencontre, il ne remarque pas ses amis qui le charrient.
« Alors là Clarke, bien joué. Tu lui as fermé son clapet pour de bon. » s'écrit Wick.
Bien qu'elle trouve la situation amusante, la jeune femme s'inquiète tout de même pour son ami. Mais le serveur qui revient la pousse à abandonner ses réflexions. Elle reprend sa place et sirote son verre, tout en surveillant Murphy du coin de l'oeil.
C'est tout pour ce chapitre !
J'espère qu'il vous a plu, n'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé, entre Clarke et ses amis en vacances,
et la première scène d'Octavia au G.R.O.U.N.D. en compagnie de Lincoln ;)
Et des idées sur cette femme en blanc ? J'attends vos hypothèses !
Vous aurez peut-être les réponses au chapitre suivant car il en portera le nom ;)
