Disclaimer : Hormis mes OC, les personnages de cette fanfic ne m'appartiennent pas.
Bêta Lectrice : Sayuri-Geisha
Hey ! J'espère que vous allez bien en ce début Juillet et que vous passez de bonnes vacances si vous en avez :) Je vous remercie encore pour vos reviews ! D'ailleurs, un grand merci à toi, Kero, pour tes avis ! :D Je suis désolée de te remercier par le biais d'un chapitre mais comme tu n'as pas de compte ou d'adresse mail, je me suis permise de t'adresser mes remerciements de cette façon.
Sinon, je me doute bien que mes OC peuvent rebuter vu qu'on commence par eux, mais je peux te certifier qu'il ne remplaceront pas les Héros ou un truc dans le genre ! Certes, il se peut qu'on les voit plus longtemps dans certain chapitres, mais j'ai envie de dire que ce sont des présences nécessaires pour faire avancer le scénario de ma fic ! ;) Je suis aussi contente que tu sois de mon avis concernant Karina et Kotetsu. Encore merci à toi !
Sur ce, bonne lecture à tous !
Chapitre IV : La Cachette Secrète
Un hurlement retentit, laissant son auteur, affaibli, tomber misérablement sur le sol boueux et froid, en position fœtale.
Par la suite, la bile lui remonta le long de la gorge, tandis que des images douloureuses défilèrent dans son esprit, tel un kaléidoscope. Il y vit son passé, atroce et humiliant, qui se résumait à se cacher pour vivre. Ou plutôt survivre.
Une paire de mollets, confortablement enfouis dans des bottes en cuirs lustrées, troublèrent son champ de vision. Il chercha à voir de plus près leur propriétaire, mais la douleur le ramena à l'ordre.
- Votre histoire est assez passionnante, déclara une voix légèrement moqueuse.
Remarquant que sa victime ne pouvait le voir à cause du martyre qu'elle subissait, l'homme aux bottes s'accroupit et l'observa d'un air dédaigneux.
- Permettez moi de me présenter, je me nomme Ascelin.
Le souffrant ne répondit que par un deuxième cri, plus faible cette fois.
Sa respiration, maintenant irrégulière, prouvait misérablement qu'il ne parvenait à se défendre contre ce supplice. Les images devinrent plus fortes : il revécut les horreurs de son géniteur battant violemment sa femme, en beuglant qu'elle seule était fautive de cet « enfantement du Diable ». Insultes, violence, alcoolisme... Les actes de ce père s'accentuèrent devant ses yeux, et le diaporama des souvenirs effacés zooma sur un visage paternel recouvert du voile de la folie.
Le fils, redevenu victime, se tordit dans les épines du malheur et de la honte, implorant son bourreau de l'épargner.
- C'est désagréable, n'est-ce pas ?, murmura Ascelin à son oreille. Et pourtant, ce genre d'horreur arrive à la plupart des gens « différents ». Enfin, je devrais plutôt dire aux « Next ».
Le tortionnaire sourit discrètement, et porta sa main sur la chevelure rousse de son souffre-douleur.
- Vous avez des séquelles que vous ne parvenez pas à oublier, expliqua-t-il, tout en faufilant mièvrement ses doigts dans les mèches du Next. Je le sais, je les remarque. Moi aussi, j'ai un don : pénétrer l'esprit d'une personne afin de la libérer de sa souffrance !
Le roux, captivé par les gestes et les propos d'Ascelin, parvint à reprendre peu à peu son souffle. Subjugué par les paroles compatissantes de son tourmenteur, il en oublia presque son mal.
Il n'était donc pas le seul à souffrir de ce statut qu'on lui avait imposé dès la naissance ?
- N'en avez-vous pas assez d'être pointé du doigt, alors que vous ne cherchez qu'à vivre comme n'importe qui d'autre ? continua le malin.
- S-Si, pesta difficilement le martyr.
- Alors, suivez-moi.
- Je vois, et encore une fois, tu as fais du bon travail. Je t'en félicite Ascelin !
Les lèvres d'Aiden s'étirèrent, affichant une expression doucereuse. Perturbé, son collègue détourna vivement le regard et le dirigea sur un point fixe quelconque.
Les deux compères patientaient, à présent, dans un ascenseur s'apparentant à une cage à oiseaux de type vintage. De forme ovale, il arborait des barreaux ornés de gravures dorées représentant des spirales symétriques, symbole de la création et de l'évolution.
Le commencement et la fin.
- Les Next avec une histoire difficile sont plus faciles à manipuler, constata l'homme aux cheveux châtains.
- Il en va de même pour les humains, tu sais.
- Ne nous compare pas à ces déchets, s'il-te-plaît...
Les deux associés se turent ensuite, tandis que l'ascenseur descendait le corridor. Bientôt arrivés à destination, une odeur nauséabonde agressa soudainement leurs narines
- Décidément, se cacher sous terre n'a rien de glorieux ! cracha Ascelin en abritant son nez dans la paume de sa main.
Le plus âgé du duo ne répondit que par un rire étouffé. Son ami respirait la sincérité quand il s'agissait d'exprimer son mécontentement.
- Viendra le jour où notre base reposera en ville, rassura Aiden au même moment que la cage s'immobilisa.
Ascelin fit une moue, préférant ne pas mettre en doute les paroles de son supérieur et ses plans. C'était un homme influent et surtout très puissant. Un chef incomparable, insufflant la confiance aux gens qui furent délaissés par la déesse du courage.
Les portes de l'ascenseur coulissèrent, permettant ainsi à ses deux occupants d'en sortir et d'accéder à l'entrée de leur cachette.
L'environnement s'avérait beaucoup moins rassurant une fois le pied au sol. A plusieurs mètres sous terre, les ténèbres occupaient la quasi-totalité de la pièce. L'obscurité, tout de même repoussée par des petites lampes à huile rougeâtres, restait chétive grâce à cette installation.
En réalité, le repaire d'un des partisans d'Ouroboros n'était qu'un simple couloir, dont le plancher se pavanait d'une majestueuse fresque aux couleurs de l'organisation. De chaque côté se trouvaient une vingtaine d'hommes vêtus de noir et de rouge.
Des Next.
Ils se fondaient presque dans la masse avec leur costume en cuir sombre. Lorsqu'ils aperçurent Aiden quitter l'ascenseur, ils portèrent vivement le poing sur leur poitrine avant de rugir en chœur:
- GLOIRE À AIDEN !
Le concerné leur adressa un salut en guise de réponse, sa marche, fière et rapide, renvoyait l'image des lieutenants de guerre près à rejoindre le champ de bataille.
- Et qu'en est-il de ce dernier allié ? chuchota l'homme influent à son complice.
- A droite.
Aiden glissa le regard dans la direction indiquée, où se tenait un jeune homme à la chevelure orange et au regard éteint.
« Un compatriote de plus », pensa-t-il avant de rejoindre son bureau.
Dans le monde d'en haut, personne ne se doutait que des choses étranges se produiraient sous peu à Stern Bild.
Un vent harmonieux flottait dans le campus de l'Université, répandant l'odeur des cerisiers en fleur. Leurs pétales tourbillonnaient à leur insu et atterrissaient furtivement sur le chemin goudronné de la sortie. Karina les suivait sans y prêter attention, trop occupée à relire le devoir qu'on lui avait rendu une heure plus tôt.
Elle soupira longuement, fixant le résultat écrit sur son document : elle ne s'attendait pas à recevoir une note aussi basse, bien que dans la moyenne. Les nuits blanches rimaient avec son quotidien depuis son entrée à l'université à cause de son travail d'héroïne qui lui prenait de plus en plus de temps et d'énergie. En effet, sa double vie atténuait sa concentration, voire l'abandonnait carrément lors de longues journées de cours.
Tout serait plus simple pour Karina si elle ne croulait pas sous les devoirs. Or, des études supérieures ne se réussissaient pas sans exercices réguliers et révisions intenses. Néanmoins, elle tenta de positiver en pensant aux cas pires que le sien.
Pour rentrer chez elle, la Rose devait obligatoirement passer par le parc d'en face. Un endroit bien réputé et apprécié d'ailleurs, surtout par les personnes du troisième âge qui devaient revivre en ce lieu, des moments forts agréables de leur vie passée.
Il est vrai que ce jardin de plusieurs hectares avait tout pour plaire : une végétation bien entretenue et valorisée par des lignées d'hibiscus, une clairière calme et reposante, sans oublier l'immense lac qui longeait ce petit coin de paradis, avec ses canards et ses cygnes habituels. Le parc possédait aussi un coin réservé aux enfants, où se trouvaient le majestueux toboggan, la balançoire agitée, le redoutable tourniquet, et la chaleureuse cabane en bois toujours efficace lors des parties de cache-cache.
Les cheveux dansant au rythme du vent, Karina sortit en laissant derrière elle le parc et ses merveilles, afin de continuer son chemin, les yeux constamment rivés sur sa feuille.
Cependant, une tape sur l'épaule la ramena à la réalité.
- Quelle surprise de te voir ici ! s'égosilla une voix familière.
- On avait plus de tes nouvelles ! rajouta une autre voix qu'elle connaissait.
Elle comprit, avant même de se retourner, l'identité des deux arrivantes.
- Jane ! Emily !
Les deux concernées, heureuses de retrouver leur amie, sautèrent de joie et l'enlacèrent gaiement, manquant d'étouffer une Karina surprise.
Jane et Emily s'associaient au Yin et au Yang : deux opposés qui, pourtant, ne pouvaient se séparer.
La première, coiffée d'une coupe au carré et d'une légère franche effilée, arborait une mine sérieuse, à la limite sévère. Derrière une paire de lunettes rondes, ses yeux d'un vert feuille, fixaient intensément tout ce qui l'entourait. Il brûlait, dans leurs prunelles, une flamme mystique et perturbante.
Quant à la seconde, sa longue chevelure était prisonnière dans un élastique aussi noir que ses mèches, se fondant alors dans la masse épaisse. Son visage enfantin affichait à longueur de journée une allure joyeuse et motivante. De la même couleur que sa crinière, ses yeux se noyaient dans un océan expressif et captivant.
- On est heureuses de te revoir ! Tu es occupée ? demanda joyeusement Emily.
- C'est réciproque, sourit la blonde. Non, non pas du tout ! Je rentrais chez moi !
- Vraiment ?
Les deux nouvelles s'échangèrent un regard complice, avant d'empoigner leur amie, chacune par un bras, la surprenant dans la foulée.
- Si on en profitait pour se balader un peu ? proposa Jane, un sourire en coin dessiné sur son visage.
Karina acquiesça poliment.
Même si beaucoup de travail l'attendait à la maison, il était hors de question de décliner l'invitation de ses deux amies.
L'année dernière, quand la fin de la seconde retentit, le trio s'était difficilement préparé à se séparer. Jane et Emily empruntèrent alors un chemin bien différent de celui de l'héroïne, et se rendirent dans une université opposée à la sienne. Les banales visites et rendez-vous entre amies devinrent rares, voire quasi inexistantes, leur emploi du temps leur causant du tort.
Sans même qu'elle le remarque, les deux filles l'amenèrent dans un petit café dont les seuls clients discutaient sur la terrasse, une tasse à la main.
- Je vais prendre l'air, occupe-toi des Next en mon absence.
Sur ces mots, monsieur J. Howards quitta sa cachette en empruntant le même ascenseur. Il remonta à la surface, déchirant peu à peu les ténèbres pour se baigner dans la lumière d'une métropole manipulée. Il se hissa ensuite dignement vers la vie qu'on lui attribuait, telle une avancée forcée, une ascension emblématique.
Cette drôle de cage suivait d'ailleurs le même protocole contradictoire : descente, montée. Régression, progression. Obscurité, lumière. Mal, bien.
Symbolisait-elle la double facette de l'homme aux cheveux noirs ?
La machine s'arrêta au bout de longues minutes, autorisant enfin son locataire à descendre.
Aiden embrassa le lieu du regard, cherchant toute anomalie qui le trahirait. Après tout, Il travaillait auprès d'une organisation criminelle. Heureusement pour lui, rien de particulier ne retint son attention.
Il rajusta le col de sa veste, après avoir enfoui ses mains dans des gants en cuir, puis traversa la place : un hangar désaffecté, reposant loin de la capitale.
Il monta dans sa voiture, une décapotable à la peinture lustrée, aussi funèbre que son propriétaire. Elle rugit à sa demande, avant de foncer dangereusement vers la ville.
Aiden aimait ça.
Quand il pouvait se le permettre, il appréciait prendre l'air et conduire à toute vitesse vers un point précis. Sans aucune limite.
Sa conception de la liberté se résumait à s'évader l'espace d'un instant, et à se laisser guider par le courant d'air que son véhicule lui envoyait péniblement.
Un hurlement venant du moteur retentit soudainement, mais le conducteur n'y prêta guerre attention. Il sourit, glissa le levier de l'accélérateur sur la gauche, et dévala l'autoroute, déserte à cette heure ci, en un rien de temps.
Sa folie se calma une fois l'entrée de Stern Bild franchit. Il y gara sa décapotable dans un parking aléatoire afin de se promener en ville, histoire de trouver des informations croustillantes, ou mieux, de nouveaux partisans.
Avec ses habitants, ses commerces et ses écrans, la cité se voulait à la fois banale et moderne. Un mélange harmonieux au final.
Aiden prit une allée, la longea, et contempla de loin le bâtiment où il travaillait précédemment. Cette bâtisse rectangulaire portait le logo d'une compagnie assez reconnue dans le pays. Ses employés, engagés à des fins administratives, vivaient dans le stress et la décadence. Exploités, abusés, humiliés, leur contrat, une fois signé, stipulait de se coudre obligatoirement un sourire devant la clientèle.
L'ancien employé gloussa discrètement. Les hommes n'en valaient décidément pas la peine : cachés derrière un masque, ils se laissaient écraser par les plus puissants et se vengeaient sur les plus chétifs.
La terrible roue qui tourne sans crier gare.
L'éternel engrenage malsain de la société humaine.
Manifestement, le monde se porterait mieux s'il ne gardait que les Next.
- Monsieur Howards… ? hésita une voix cristalline.
A l'entente de son nom, le concerné se tourna vers la source.
Une femme d'une vingtaine d'années se tenait là, et il reconnut alors Miss Lance, son ex secrétaire.
Elle avait une peau aussi blanche que celle d'une brebis naïve, et sa crinière d'un blond cendré, ondulant jusqu'en bas de ses reins, brillait naturellement. Ses sourcils, eux, s'étendaient comme deux arcs dorés, et leurs pointes se rencontraient à la racine d'un petit nez arrondi. Ses yeux, d'un bleu céruléen, fixaient intensément l'homme. Ce dernier distingua deux poches violettes sous les deux saphirs qui le dévisageaient, amochant alors le spectacle qui s'offrait à lui.
Il eut une idée.
- Miss Lance ! Je suis ravi de vous voir ici !
La jeune femme sursauta, stupéfaite qu'Aiden, ce supérieur qu'elle aimait toujours en secret, se souvienne de son nom et qu'en plus, se montre heureux de ces retrouvailles improbables.
- I-Il en va de même pour moi, bégaya-t-elle en rougissant. Veuillez me pardonner cette question, mais... que faites-vous ici ? Je vous croyais parti.
- C'est exact, cependant... Je désirais prendre de vos nouvelles. Avouons que mon départ fut précipité.
Il marqua une pause, réfléchissant aux mots à prononcer pour captiver l'attention de cette godiche. Il lui connaissait les sentiments à son égard, et, de ce fait, elle pouvait se révéler utile à tout moment, humaine ou non. Ne surtout pas la brusquer afin de ne pas laisser passer cette chance.
- P-Prendre de mes nouvelles ?! répéta la secrétaire, de plus en plus rouge.
- Oui. Je n'ai pas d'autres raisons de venir ici, mademoiselle Lance.
- Appelez-moi Elizabeth... Après tout, il n'y a plus de hiérarchie entre nous, proposa-t-elle timidement.
- Vraiment ? Mais je …
- J'insiste, monsieur Howards ! Ce que vous me dites là... me touche énormément.
Sincère pour l'une, hypocrite pour l'autre, les deux connaissances s'échangèrent quelques sourires au sens opposé. Elizabeth, le ventre remplit de papillons, continua la discussion.
- Pour ce qui est de mes nouvelles, et bien, les choses ne sont plus les mêmes depuis votre départ. Mon nouveau supérieur est assez... Spécial, dirons-nous.
Elle s'égara un moment dans ses pensées, bien que cela semblât durer des heures aux yeux de l'homme aux cheveux noirs.
- Vous paraissez fatiguée, conclut-il d'un air faussement inquiet.
- J'ai beaucoup de travail, et mon collègue n'aime pas les retardataires. Mais ne vous en faites pas pour moi ! Je vais bien.
« Je vais bien ».
Cette dernière phrase claqua douloureusement, tel un coup de fouet involontaire, plongeant alors l'environnement dans un mutisme dérangeant. Elizabeth détourna le regard, et dirigea sa main frêle sur ses lèvres de nacre. Elle essaya d'être la plus naturelle possible, toutefois, Aiden se douta d'un problème
- Vous ne voulez pas m'en parler ? demanda-t-il en s'avançant vers elle.
Pas de réponse.
- Je peux peut-être vous aider, insista-t-il.
Son entêtement enveloppa la secrétaire dans une fumée invisible de mal-être.
Quelle triste journée !
Alors qu'elle venait de retrouver son amour secret, elle s'apitoyait sur son sort au lieu de garder le masque de la force.
Pourquoi en arriver là ? Le destin aimait-il s'amuser cruellement avec elle ?
Sans même connaître la réponse à sa question, son visage se décomposa sous le coup de la frustration et de la fatigue. Des larmes coulèrent abondement sur ses pommettes à la surprise d'Aiden, et elle se libéra finalement de sa prison par des aveux difficiles à raconter.
- Il... Il me touche ! Dans le hall, dans l'ascenseur, dans le bureau, en début de matinée, en fin de soirée ! Il ne cesse de poser ses mains sur moi ! Et je ne peux rien faire, rien du tout..., cracha Elizabeth, les perles d'eau se faisant de plus en plus abondantes. Il dit que, de toute façon, personne ne croira aux sottises d'une secrétaire, et qu'il me le fera payer si je...
Subitement, Aiden la saisit par le bras, l'ordonnant en même temps de se taire.
Il l'attira ensuite vers lui et l'enlaça en une étreinte digne d'un conte de fée, la tenant si près qu'on avait l'impression qu'ils se fondaient l'un en l'autre.
Dans ses bras, Elizabeth eut la sensation que ses alentours se vidaient de ses occupants. Néanmoins avant qu'elle ne puisse exprimer sa surprise, il glissa doucement ses mains sur son cou, et les passa dans sa chevelure. Elle se perdit alors dans un bonheur indescriptible.
L'homme aux cheveux noirs contempla sa cible avec douceur et gentillesse, comme s'ils étaient seuls au monde. D'un geste tendre, il essuya ses larmes sans un mot.
- Veuillez m'excusez de cette démarche. Je ne souhaitais pas vous mettre plus mal à l'aise, débuta calmement monsieur Howards. Mais je me sens si stupide de vous avoir abandonnée ici...
Il observa l'expression fascinée de son ex-collègue. C'était gagné.
- Pourquoi ? Pourquoi faites-vous ça... ? questionna la blonde, prise dans un tourbillon d'émotions.
- Peut-être parce que je vous apprécie fortement, si ce n'est plus.
- Mais... Mais enfin ! Vous êtes marié et père de famille !
- Non, j'ai laissé derrière moi ces statuts en même temps que mon travail.
Elle fronça les sourcils, tentant de le comprendre. Mais l'enchaînement des événements la perturbaient trop, et elle ne put réfléchir convenablement.
- C'est une longue histoire. Je ne peux vous en parler ici. En revanche, je peux vous aider, décréta Aiden.
- Comment ça... ?
- Suivez-moi.
Elle aurait sans doute refusé, voire même fui, si la personne en face d'elle était un inconnu. Sauf qu'il s'agissait d'Aiden J. Howards, l'individu qui partageait, jadis, son bureau et ses clients avec elle. L'homme dont la moindre demande passait en priorité absolue, en digne amour intarissable ressenti par une jeune femme naïve.
Elle marcha donc à ses côtés, intriguée.
Le ciel se couvrait d'un drap orangé et mauve, annonçant l'arrivée du crépuscule. Deux heures s'étaient écoulées depuis les retrouvailles entre Karina et ses amies.
De plus, le trio se décida également à rallonger de quelques minutes leur rencontre en traînant un peu dans les environs. Et aussitôt rentrée dans la librairie la plus réputée de la ville, Jane et Emily se jetèrent sur des magasines people que la blonde connaissait bien.
- Le Monthly Hero Magazine d'Avril est enfin là ! s'extasia Emily, en saisissant le produit concerné.
- Tiens? C'est encore Barnaby qui fait la une, râla involontairement Jane en rajustant ses lunettes.
Karina ne dit rien, fouinant mécaniquement dans les rayonnages du magasin. Même si elle entretenait une bonne complicité avec les deux étudiantes, ces dernières ne connaissaient toujours pas sa double vie.
- Qu'as-tu contre Barnaby ? Il a son charme ! contesta la fille aux longs cheveux sombres.
- Ces derniers temps, je trouve que son statut lui monte trop à la tête, développa son amie.
- De toute façon, toi, à part Sky High, tous les héros ont un défaut.
- Pas du tout !
- Et toi Karina, c'est qui ton héros préféré ?
Celle-ci retint le cri de surprise qui remontait vicieusement à sa gorge. Elle détestait ce genre de question piège. Elle raya aussitôt la possibilité de répondre Barnaby pour diverses raisons, de même que pour Fire Emblem et Sky High.
- Laisse-moi deviner : Rock Bison ! se moqua gentiment Emily.
La blague ne fit pas rire Blue Rose, elle détestait qu'on s'en prenne à Antonio alors qu'il faisait son possible pour aider son prochain.
Certes, son costume de mauvais goût ne faisait pas l'unanimité, et comme les médias ne l'écoutaient pas à cause de son manque de popularité auprès de la majorité des spectateurs, il était devenu has-been aux yeux de ceux-ci. Toutefois, Karina ne permettrait jamais qu'on le raille juste pour suivre le mouvement.
- Non, ce n'est pas Rock Bison, et même si c'était le cas, qu'est-ce que ça ferait ?
- Du calme Karina, je plaisantais !
- Hum...
- Mais tu ne réponds pas à la question, continua Jane.
- C'est Wild Tiger, mon héros préféré, s'énerva Blue Rose.
Cette fois-ci, elle ne put barrer la route aux mots qui chatouillèrent ses lèvres.
Remarquant le visage abasourdi de ses deux amies, une impression étrange parcourut son ventre et remonta à son cœur. La façon dont elles l'observaient la blessait un peu.
- Wild Tiger ?! Mais il est sur la touche depuis un bail celui-là ! s'écria Emily.
- En plus, il a rejoint la deuxième équipe ! Preuve qu'il était, excuse-moi de te le dire Karina, fichu ! développa sa camarade à lunettes.
La blonde se mordit les lèvres, retenant la gifle que son cerveau lui dictait de donner. Ses yeux se fermèrent, dans l'espoir de visualiser dans son esprit la conversation échangée la dernière fois avec Kotetsu, dans l'appartement de Barnaby.
Cependant, les gloussements de Jane et Emily la ramenèrent à la réalité.
- Même avec Barnaby, son sort était compté !, ricana Emily. Il ne servait qu'à guider son coéquipier en haut du podium, comme un bon faire-valoir !
- Bon ça suffit maintenant ! lança froidement Karina, irritée. Vous vouliez la réponse, je vous l'ai donnée.
- Ho, ne le prends pas comme ça...
- Je rentre.
Elle rangea vulgairement le livre qu'elle feuilletait et s'apprêta à se diriger vers la sortie lorsque la voix de Jane l'interpella.
- Qu'est-ce qui t'arrive ces derniers temps, Karina ?!
La blonde, dos à elle, resta immobile, attendant qu'elle développe.
- Tu es de plus en plus irritable, froide, et tu ne prends même plus de nos nouvelles ! poursuivit l'élève sérieuse.
- C'est vrai ça. Tu t'éloignes de plus en plus, et notre amitié en pâtit !
- J'ai des cours, se contenta de dire Karina.
- Nous aussi on en a, mais on trouve toujours un moment pour t'envoyer un mail ou un message ! On a de tes nouvelles que très rarement.
- Et si ce n'est pas nous qui faisons le premier pas, on risque de se perdre de vue. Et ce n'est pas sur toi qu'on peut compter !
Blue Rose n'en revenait pas. Cette fin d'après-midi, s'étant pourtant bien déroulée, se noyait à présent dans un océan de doutes. Et non sans suffire, son bracelet d'héroïne se mit à vibrer rapidement, la sollicitant pour une mission retransmise en direct.
A cet instant précis, elle aurait pu révéler sa véritable identité et tout ramener à l'ordre, mais sa conscience l'en empêcha. Elle tenait à garder le secret, persuadée que cela amènerait moins de soucis que d'avouer la vérité.
- Je suis désolée, confessa-t-elle avant de prendre ses jambes à son cou, et abandonner ses amies.
Celles-ci ne reconnaissaient plus la Karina du lycée.
Karina se blâma, regrettant amèrement son acte. Trop tard pour se racheter maintenant.
Du moins, pour le moment.
Karina, revêtue en Blue Rose, se tenait en haut d'un building et cherchait désespérément le chef d'un clan de braqueurs en fuite. Elle ne parvenait pas à se concentrer sérieusement sur son devoir, réfléchissant désespérément à une idée pour se faire pardonner de Jane et d'Emily.
Son attention se perdit sur un point spécifique de la ville : la tour de la justice, reposant au centre de la place. Ce monument, représenté par une femme ailée, faisait la fierté de Stern Bild et de ses occupants. En ce qui concernait Karina, ce n'était pas la sculpture qui la captivait en cet instant précis, mais plutôt ce qui se trouvait à ses pieds : Wild Tiger.
Cette vue la fit sourire, ôtant de sa mémoire les mauvais instants survenus une heure auparavant. Même si Kotetsu ne possédait plus qu'une image d'un vétéran « sur la touche », il gardait le pouvoir de rassurer, même aux dépens de sa volonté, la jeune femme amoureuse de lui.
Et cela, peu de héros le pouvaient.
Un bruit indéfini retentit à quelques mètres d'elle. La présence inattendue de Barnaby à ses côtés la fit sursauter.
- Tu l'as trouvé ? demanda la Rose en tentant de paraître impassible.
- Tu penses sérieusement que je vais te le dire ? plaisanta le nouvel arrivant, sans avoir remarqué l'attitude de sa rivale.
- Je te signale, mon cher Barnaby Brooks Jr, qu'il s'agit de MA mission !
- Depuis quand Hero TV nous donne des requêtes personnelles ?
- Et puis, il s'agit de MES points ! continua Karina en l'ignorant.
- Et bien, ma chère Blue Rose, je pense que TES points vont te passer sous le nez dans pas longtemps.
- On tient à sa popularité, n'est-ce pas ? C'est pour compenser avec autre chose ?
- Je pourrais te retourner la question.
Comme pour marquer le prélude de sa vengeance, le héros à l'armure rouge porta volontairement le regard sur le décolleté de Blue Rose. Il savait que cette dernière complexait dessus à cause de sa petite taille. Son costume cherchait d'ailleurs à la mettre un peu plus en valeur, la doublant même de volume grâce à son buste plongeant.
Évidemment, la jeune femme n'apprécia pas du tout la critique, son teint virant sur une couleur semblable à celle d'une cerise.
- C-Comment oses-tu ?!, hurla-t-elle, vexée.
- Tu as tendu la perche, répondit simplement Barnaby.
- Je n'ai pas visé d'endroit particulier !
- Hey ! Bonsoir, et encore bonsoir à vous ! les interpella une voix grave, dans le ciel.
Les chamailleurs levèrent la tête et y découvrirent un Sky High leur adressant un salut militaire. Sous son bras gauche reposait le ravisseur assommé. Immédiatement après, l'écran géant sur un des buildings afficha le héros volant gagner quatre-cents points.
Au grand dam de Blue Rose et Barnaby.
Note de l'auteur : En voilà un chapitre long ! Enfin, j'entends par rapport aux précédents ! J'espère que cela ne vous dérange pas car il risque d'y en avoir pas mal de cette longueur à partir de maintenant...
J'en profite pour remercier Sayuri-Geisha pour la correction, ma siamoise a vraiment une patience hors-norme ! D'ailleurs allez voir ses écrits quand vous aurez le temps, elle fait des choses superbes !
Comme d'habitude, n'hésitez pas à me donner votre avis si vous le souhaitez.
A bientôt pour le chapitre 5 !
