Disclaimer : Hormis mes OC, les personnages et l'univers de TIGER&BUNNY appartiennent à Keiichi Satô et à Masakazu Katsura.
Bêta-Lectrice : Sayuri-Geisha (que je remercie infiniment pour tout le travail qu'elle fournit)
Chapitre V : Une douce chanson
Une semaine s'écoula depuis les événements précédents. Dès l'instant où Karina s'était acquittée de sa mission, il y a sept jours, son seul désir, se résumait, désormais, à envoyer un mail d'excuses auprès de ses amies.
Dans ce courrier électronique, elle disait remarquer son éloignement, assumant que son comportement devenait de plus en plus froid et irritable, et venait même à avouer qu'elle seule devait faire des efforts.
Cependant, elle n'aborda pas volontairement un certain sujet : celui de Wild Tiger.
Même si elle s'efforçait de prendre sur ses épaules le plus gros des responsabilités, elle refusa de pardonner les propos d'Emily et Jane.
Évidemment, elles ne pouvaient pas savoir, toutefois le mal était tout de même là, elles critiquaient aisément Kotetsu sans même le connaître. De ce fait, instinctivement, Karina se sentait agressée : dire du mal de lui, c'était comme l'attaquer indirectement, elle et, surtout, ses sentiments.
Malheureusement, suite à ce message, aucune réponse ne lui parvint, jouant ainsi avec sa patience.
Le mois d'avril céda sa place à celui de mai, laissant derrière lui une pluie mélancolique en guise d'au revoir. Les parapluies multicolores, aux dessins variés, formaient une marée de nuances mouvante et rapide. La plupart de leur propriétaire ne cherchaient pas à s'attarder, préférant regagner leur maison, voire leur travail. Au final, tant qu'ils étaient à l'abri et au chaud, le reste importait peu.
De sa chambre, Karina fixait les gouttes s'éclater sur sa fenêtre, devenant des fissures d'eau. La berceuse de la pluie faisait son effet : elle hésitait à rejoindre les bras d'un Morphée insistant, tandis que l'espoir d'une réponse à son mail la tirait hors de cette tentation.
Le regard, figé sur un écran qui n'affichait rien d'autre qu'une page d'accueil vide, se perdit un instant dans le vague, plongeant alors la jeune femme dans une autre dimension : celle de ses pensées.
L'espace s'engouffra dans un tourbillon obscur, abandonnant Karina et ses questions dans un néant superficiel.
Que devait-elle faire à présent ? Leur rendre visite ? Idée concevable qui tomba immédiatement à l'eau, quand la Rose se souvint qu'elles ne vivaient plus chez leurs parents, mais dans un logement étudiant. Elle se maudit de ne pas leur avoir demandées l'adresse depuis tout ce temps.
Elle songea à les appeler, puis abandonna rapidement. C'était peine perdue les connaissant.
Quelle horrible déchéance. Pourquoi en arriver là ? Cet événement signait-il la fin d'une amitié sans prétention? L'idée de ne plus rien partager avec ses deux camarades se faufilait vicieusement dans son subconscient, semant ainsi la graine du doute qui accentuait le sentiment de peur.
Imaginer les pires situations quant à l'avenir de leur relation fit sursauter Karina, l'extrayant alors du monde de ses pensées, le souffle court.
Son attention se porta immédiatement sur l'ordinateur face à elle.
Toujours pas de réponses.
Immédiatement, son cœur se compressa dans sa poitrine. Chaque minute qui s'envolait, s'apparentait à un bout de distance s'étendant de plus en plus, créant ainsi un gouffre entre elle et ses deux amies.
- C'en est trop ! s'exclama-t-elle en empoignant son portable, pour composer le numéro de Jane.
Une succession de « Bip » la mit péniblement en attente.
« Bonjour à vous ! Vous êtes bien sur le répondeur de Jane ! Comme vous pouvez le constater, je ne suis pas là pour le moment, mais vous pouvez me laisser un message après le bip sonore. Je vous recontacterai dès que je peux ! », expliqua la boîte vocale de la jeune fille sérieuse.
Pendant que le speech habituel se répétait, Karina porta une main à sa hanche tout en fronçant les sourcils. C'était prévisible.
Le bip sonore retentit, la laissant dans une vague d'hésitation. Elle détestait laisser des messages vocaux sur un téléphone.
- Jane, c'est moi, Karina, commença-t-elle. É... Écoute, je sais que mon comportement s'est avéré un peu extrême la dernière fois qu'on s'est vues. Cependant, je suis prête à faire des efforts si c'est ce qu'Emily et toi voulez. J'ai beaucoup de travail, mais... J'essaierai de trouver du temps.
Elle marqua une pause. Une sensation d'infériorité vis-à-vis de Jane naquit en elle. Comme n'importe qui, la Rose avait des défauts : l'un d'eux était sa fierté mal placée. Son amour en prenait évidemment un coup à force d'implorer le pardon à ses amies, et de se vendre pour les retrouver. Néanmoins, au fond, elle s'enfichait tant que ça portait ses fruits et qu'elle pouvait se réconcilier avec elles.
- Rappelle-moi s'il-te-plaît. Dis-moi au moins ce que tu veux que je fasse, reprit-elle. En toute honnêteté, je trouve ça bête qu'on en arrive là. J'aimerais que les choses soient toujours faciles, mais c'est sans doute trop présomptueux de ma part.
Ses lèvres se scellèrent un bref instant, et elle termina :
- Tiens-moi au courant. Bonne soirée.
Son pouce appuya lourdement sur la touche « raccroché », installant par la suite un silence, tout de même perturbé par la douce mélodie de la pluie.
Karina soupira, puis appela ensuite Emily. Elle tomba aussi directement sur sa messagerie, et répéta le schéma précédent.
Elle jeta ensuite un oeil à l'horloge fixée au mur : dix-sept heures. Le temps s'enfuit à une vitesse hallucinante quand on est en week-end.
Ses prunelles fixèrent le plafond, puis ses réflexions s'absentèrent quelques minutes, s'égarant sans doute sur une autre planète.
Tout à coup, une musique entraînante, provenant de son téléphone, la fit redescendre sur terre.
Son cœur s'emporta, tandis que la lueur d'espoir se métamorphosa en éclat d'appréhension : une de ses amies l'appelait-elle enfin ? Elle saisit l'objet rectangulaire impatiemment, et l'actionna sans prendre la peine de lire le nom affiché.
- Oui ?!, s'écria-t-elle.
- Et bien ! Quel accueil, mademoiselle Lyle.
La voix rauque au bout du fil la surprit, la poussant par mégarde, à soupirer une nouvelle fois. Ce n'était ni Jane ni Emily, bien qu'elle reconnût de suite son interlocuteur.
- Ah, bonjour monsieur Abrams.
- Je te dérange ?
- Non, non, pas du tout. Que désirez-vous ?
Monsieur Abrams était le propriétaire d'un bar où travaillait de temps en temps Blue Rose. En effet, elle y jouait du piano tout en chantant, afin d'occuper les clients, selon les dires du patron. De ce fait, lorsqu'il l'appelait, ce n'était donc pas pour prendre simplement de ses nouvelles. Or, pour Karina, ce boulot représentait surtout la passerelle qui la mènerait à son rêve : celui de devenir une idole populaire.
- Et bien, je ne vais pas te cacher que j'ai besoin de toi, annonça Abrams.
- Je sais, répondit la Rose en se retenant de rire.
- Voilà mon souci : la chanteuse d'un groupe que j'ai invité est tombée malade, impossible pour elle de chanter.
- Je vois, c'est embarrassant.
- Oui. Mais c'est là que tu interviens ! Tu pourrais venir dans deux heures ?
Au moins, cela avait le mérite d'être clair.
- Je vais voir ce que je peux faire, répondit Karina, pas vraiment emballée.
- Tu es notre dernière chance ! Même le groupe en question compte sur toi ! insista le patron.
- Bon, bon, d'accord !
- Merci. A plus tard ! Et mets-toi sur ton trente-et-un !
- A dans deux heures. Oui.
Elle coupa la communication et regarda un bref instant l'écran de son portable. Même si elle n'était pas spécialement motivée par cette demande, puisqu'elle aurait préféré passer sa soirée à attendre une réponse d'une de ses amies, elle ne pouvait désormais plus faire marche arrière.
Et puis, cela lui changera les idées.
Coiffée d'un chignon en vrac, dont deux mèches ondulées encadraient soigneusement son visage légèrement maquillé, Karina arriva en avance à destination. Elle ne passa pas inaperçue en franchissant la porte d'entrée du bar.
En effet, elle portait une magnifique robe cocktail noire, dont le haut sans manche encerclait délicatement sa petite poitrine. Néanmoins, celle-ci était mise en avant grâce à un ruban, satiné et pailleté de poussière argentée, qui resserrait sa taille, faisant ainsi ressortir ses attributs de femme.
La robe s'évasait ensuite au niveau de la taille, et s'illuminait de milliers tâches dorées, à l'image d'une pluie d'étoiles filantes dans un ciel obscur.
La tenue s'arrêtait ainsi à mi-cuisses, laissant alors dévoiler les longues jambes fines et élégantes de sa propriétaire. Cette allure charmante s'accentuait d'ailleurs par la paire de talons hauts qui la grandissait de quelques centimètres, la rendant, de ce fait, plus adulte.
- Ah, Karina ! s'égosilla Abrams en la rejoignant. Tu gardes tes bonnes habitudes à être aussi ponctuelle'!
- Je voulais simplement me familiariser avec le groupe en question..., avoua celle-ci.
Le patron rit à l'entente de cette réponse. Il appréciait beaucoup Karina, et ce depuis la première fois qu'elle était venue visiter son enseigne, il y a maintenant trois ans. Son sérieux et sa maturité s'avéraient être un atout pour lui, surtout que des personnes comme elle se faisaient de plus en plus rares. Il aimait surtout son côté appliqué et engagé dans les tâches qu'on lui attribuées, à la limite perfectionniste.
L'homme mit une main sur l'épaule dénudée de la Rose, sans arrières pensées, et la poussa amicalement vers une petite table où reposaient quatre hommes au physique banal.
- Les gars, je vous présente votre nouvelle chanteuse !
Les membres se retournèrent, et contemplèrent Karina. « Cette jeune femme paraît charmante », pensèrent-ils sans se détourner de l'image qui s'offrait à eux.
- Enchantée de vous rencontrer, dit doucement la jeune femme. J'espère vous convenir pour votre prestation.
- C'est même parfait ! clama le batteur du groupe.
- Vous êtes sublime ! avoua le guitariste, après avoir bu cul-sec sa bière.
- Du calme les mecs, vous allez lui faire peur ! plaisanta le pianiste.
- Vous pouvez pas rester tranquilles deux minutes ? Vous nous donnez une mauvaise image, râla enfin le bassiste pour clôturer cette flopée de compliments.
Karina, amusée, examinait le quatuor sans un mot. Leurs gestes et leurs paroles paraissaient involontairement synchronisés, donnant alors l'impression que le spectacle commençait plus tôt que prévu.
Ils s'échangèrent leur nom, puis quelques informations sur le groupe, telles que son histoire, et le récit les ayant amenés à cette passion commune, nommée "musique". La jeune femme les écouta poliment, impressionnée par leur chronique ingénue. Des amis d'enfance qui décident de former un groupe dans l'espoir de devenir un jour célèbre, elle ne le voyait que dans les œuvres de fictions.
Dans une ambiance bon enfant, les musiciens et la chanteuse trinquèrent en l'honneur de leur concert, tout en se montrant les partitions des morceaux qu'ils souhaitaient jouer. Karina les lut silencieusement, se familiarisant avec l'air et les paroles. L'anxiété se dissipa lentement quand elle constata qu'il s'agissait avant tout de reprises de chansons connues.
Dix-neuf heures trente sonna, interpellant les cinq associés jusque là occupés à raconter des anecdotes insignifiantes.
Par la fenêtre, la blonde remarqua la pluie qui continuait sa course, ses gouttes tambourinant contre les vitres du bar.
Au début doux et reposant, le temps s'éprit d'une colère irrationnelle contre l'averse, la transformant alors en un début d'orage violent et bruyant.
- Ça va être à nous, allons y ! indiqua le bassiste tout en se levant.
Karina hocha la tête et s'empressa de suivre l'équipe, muette, le stress revenant au fil de ses pas.
Ne pas avoir peur serait mentir, surtout dans ce genre de situation. Mais cela ne voulait pas pour autant dire qu'il fallait nécessairement l'avouer. De plus, personne n'aurait compris le sens de son angoisse.
En effet, Karina côtoyait ce bistro depuis ses seize ans, et en deux années de services, elle avait pu constater que Kotetsu aimait s'y rendre pour y boire un verre, parfois en compagnie d'Antonio. Par ailleurs, il lui arrivait même d'offrir un pourboire à la jeune fille, ce qui la mettait mal à l'aise. Elle n'appréciait pas trop dépenser l'argent du vétéran, voyant plus ça comme un cadeau à valeur sentimental.
Une fois sur scène, elle balaya le lieu du regard, et se sentit rassurée de ne pas voir le concerné assis à une table, ou au comptoir.
Après une présentation animée, le concert débuta dans la joie et la bonne humeur.
Sérénades reposantes, swings entraînants, ballades sentimentales : les genres musicaux variés résonnèrent dans la pièce, se mariant à la perfection au timbre de Karina.
Cette union irréprochable plongea les clients dans une atmosphère chatoyante, colorant le lieu de nuances flamboyantes et chaleureuses, réchauffant leur cœur, enfermé dans une cage d'amertume depuis un certain temps. Les reprises de chansons ouvrirent alors la porte de cette prison, pour amener ses auditeurs sur le chemin de la nostalgie, qui reposait sous un ciel teinté d'optimisme.
La tempête, cette diva, désireuse de savourer les regards braqués sur elle, se fit plus déchaînée et bruyante. Mais en vain. La voix de la Rose, douce et émouvante, passionnait bien plus que les caprices du temps.
Un tonnerre d'applaudissements résonna à la fin du morceau, réclamant avec insistance une autre chanson.
- Merci à vous tous pour votre soutien ! clama le batteur. Nous passons une excellente soirée en votre compagnie, j'espère que vous aussi !
- OUI ! hurla en chœur le public.
- Avant de vous dire « au revoir », nous vous accordons une dernière composition ! déclara l'homme au piano. En espérant que vous l'apprécierez !
Sollicités par des cris enthousiastes, les membres observèrent Karina du coin de l'œil, attendant son feu vert.
Elle hocha la tête avant de chantonner un couplet à cappella.
« Au lieu de verser des larmes, fredonne une douce chanson.
Au lieu de sombrer dans la tristesse, ressens cette chaleur. »
La foule se laissa bercer par les premières notes, se calmant immédiatement. Et quand la jeune femme termina son introduction, les musiciens l'accompagnèrent paisiblement.
L'orage durait, se voulant plus imposant que jamais, et ses gouttes continuaient de marteler les fenêtres du bar, lui offrant alors une atmosphère onirique.
« Même si le monde est ainsi,
Je ne pense pas qu'il soit facile de le changer.
Tout en purifiant silencieusement les ténèbres,
J'ai l'intention de continuer à marcher. »
La chanteuse ferma les yeux, s'immergeant inconsciemment dans l'émotion que lui procurait la musique. Elle l'appréciait, car elle se sentait concernée par ces paroles emplies d'espoir.
Les paillettes de sa robe étincelaient à chaque mouvement de sa part, aussi infime soit-il. Sa propriétaire était éblouissante, son expression rayonnant de sincérité et de tendresse.
Alors que le refrain retentit, elle porta doucement une main à sa poitrine, comme pour prononcer des aveux utopiques.
« Je me demande si je peux me rapprocher, même lentement,
Des fragments de mon rêve, et de la personne que j'aime.
Je continuerai toujours, toujours à chercher
La silhouette de l'amour que j'ai dessiné dans mon cœur. »
Ses deux perles de bronze s'ouvrirent, fixant l'audience, toujours autant subjuguée par son interprétation.
Un éclair éclata subitement, tel un cri de fureur. Malgré cet instant intimidant, les clients purent contempler, grâce à l'éclairage produit par la foudre, le visage de la Rose emprunt d'une discrète mélancolie.
La tristesse que ressentait Karina en chantant était pourtant bien présente, la ramenant terriblement à la réalité. Elle ne cessait de se revoir dans les couplets, faisant alors le lien avec Kotetsu, cet homme dont elle voulait se rapprocher.
L'ironie du sort.
« Au lieu de chercher pourquoi j'abandonnerai,
Il vaut mieux que je pense aux choses que je peux faire.
Même si parfois je trébuche,
Et même si j'ai l'impression de faire marche arrière,
Malgré tout cela, j'ai pris ma décision. »
Et quand elle reprit une seconde fois le refrain, la porte s'ouvrit pour y dévoiler une silhouette familière.
« Les choses que je peux faire pour toi
Ne sont peut-être pas vraiment nombreuses,
Mais malgré cela, je veux t'enlacer.
Au lieu de sombrer dans la tristesse, je vais ressentir cette chaleur
Je me demande si je peux me rapprocher, même lentement,
Des fragments de mon rêve, et de la personne que j'aime.
Je continuerai toujours, toujours à chercher
La silhouette de l'amour que j'ai dessiné dans mon cœur. »
Fixant continuellement le nouveau venu, la jeune chanteuse ne put s'empêcher de trembler. Pourquoi diable Kotetsu était-il là ? Du moins, pourquoi devait-il venir pendant son interprétation ? Se sentant rougir, elle détourna en vitesse le regard en tentant de fixer son attention sur la mélodie.
« Concentre-toi sur le public, Karina ! Ne pense pas à lui ! », s'ordonna-t-elle, en captant autant que possible son attention sur la musique.
Un second éclair tonna violemment. Le visage de la chanteuse renvoyait une expression angoissée.
Toutefois, elle disparut quand elle préluda les derniers couplets.
« Le globe tourne et tourne encore,
Le temps s'écoule encore et encore,
Aux confins de ce monde, tu trouveras l'amour.
Avant d'atteindre le bonheur, réalise ton rêve. »
Elle écarta de quelques centimètres le micro de ses lèvres, tentée de se tourner vers le vétéran qui s'installait au comptoir. Cependant, elle préféra se résigner, affolée à l'idée de trop attirer l'attention.
Son attention.
L'amour est un sentiment qui nous rend idiot et naïf. Il nous secoue dans une tempête d'émotions contradictoires : joie, tristesse, peur, fierté, honte... Karina goûtait d'ailleurs à toutes ces sensations en ce moment même.
Elle était heureuse de pouvoir chanter en compagnie de musiciens qui l'appréciaient, même si le morceau choisi la perturbait. Terrifiée à la pensée que Wild Tiger n'aime pas sa voix, elle essaya de se rassurer en observant les gens en face d'elle. Ils adoraient toujours autant. De ce fait, elle reprit facilement confiance : si la totalité du bar aimait, il en serait de même pour Kaburagi, non ?
Se prendre autant la tête pour de telles sottises la mit dans l'embarras. Elle n'était qu'une idiote qui se réfugiait dans un cocon au lieu de lui avouer son amour.
« Je me demande si je peux me rapprocher, même lentement,
Des fragments de mon rêve, et de la personne que j'aime.
Je continuerai toujours, toujours à chercher
La silhouette de l'amour que j'ai dessiné dans mon cœur.
Au lieu de verser des larmes, fredonne une douce chanson.
Au lieu de sombrer dans la tristesse, ressens cette chaleur. »
Le quatuor clôtura la chanson sur quelques notes de piano et de guitare, autorisant par la suite les clients à applaudir leur prestation. L'horloge sur le mur montrait alors vingt-deux heures.
Tandis que les cris et les compliments envahissaient la salle, la blonde se tourna vers le comptoir dans l'espoir d'y trouver Kotetsu. Ses lèvres révélèrent un sourire délicat quand elle le vit, en train d'y boire un verre.
- Oh, Karina ! Tu n'es pas avec tes amis ? s'étonna le Tigre, en la voyant prendre place à ses côtés.
- Non, je leur ai dis que j'avais des choses à faire, bredouilla-t-elle en commandant une boisson non alcoolisée.
Elle ne l'avait pas remarqué auparavant, mais, maintenant qu'elle se trouvait à ses côtés, elle repéra la chemise de Kotetsu qui lui collait à la peau, dessinant à peine le contour de ses muscles. La pluie était sans doute fautive, et les gouttes qui perlaient sur sa chevelure lui confirmèrent cette théorie.
Le feu aux joues, elle tenta tant bien que mal de ne pas se laisser subjuguer par le spectacle qui s'offrait à elle.
Une fois que le serveur la servit, elle avala cinq bonnes gorgées de son diabolo, offert par la maison. Elle n'avait rien bu depuis le début du concert, et chanter sans temps-mort pouvait bien vite assécher une gorge.
Elle inspira profondément tout en reposant son verre vide, néanmoins, une étrange impression l'envahit par la suite, comme si on la fixait.
Elle en comprit la source en glissant son regard vers le vétéran.
- Quoi... ? interrogea-t-elle, mal à l'aise.
- Rien. Ta chanson était très jolie !
Ce compliment inattendu la fit presque sursauter.
- Merci, se contenta-t-elle de dire.
- Les choses avancent pour toi. Bientôt, ce sera dans des salles de concert qu'on t'acclamera ! s'exclama Wild Tiger, en gardant le même sourire qu'il arborait d'habitude.
- Qui sait...
- Donne-moi ta main !
Intriguée, et surtout suspicieuse, Karina obéit, bien qu'elle lui demandât à quoi rimait cette demande si soudaine. Évidemment, l'homme qu'elle aimait ne lui offrit aucune réponse. Au lieu de cela, il saisit doucement le poignet de la Rose avant d'écarquiller ses doigts pour ouvrir sa main.
Normalement, elle se serait rebellée en lui criant dessus, le traitant ensuite d'idiot ou d'une insulte similaire, avant de s'en aller énervée. Mais cette fois-ci, elle ne parvint même pas à retenir Kotetsu. Électrocutant ses sens et ses pensées, les mains chaudes lui touchant banalement la sienne lui procurèrent un plaisir coupable, l'empêchant ainsi de se détacher de cette sensation fort agréable.
Puis, quelque chose de froid se posa dans sa paume.
Une pièce.
- Désolé, j'ai plus que ça pour ton pourboire..., s'excusa-t-il en la lâchant.
Pas tout à fait remise, elle jeta un œil sur la monnaie qu'on venait de lui donner. Elle soupira.
- Tu n'es pas obligé de me payer pour si peu, marmonna Karina en déposant son pourboire sur le comptoir.
- Ce n'est pas « si peu » à mes yeux, affirma Kotetsu en la regardant sérieusement.
Déconcerté par l'attitude du héros, la jeune femme lui adressa un regard interrogatif. Le remarquant, il développa :
- Entre tes cours, la chanson, et ton travail d'héroïne, je trouve que tu as une motivation et un courage immenses pour tenir sans flancher.
Le sourire de Kotetsu s'estompa sobrement quand il aperçut Karina détourner la tête, fixant par la suite l'intérieur de son verre dégarni.
- Je ne suis pas « courageuse », murmura-t-elle.
Ces cinq mots sortirent inconsciemment. C'était durant ce genre de conversation qu'on se rendait compte si notre interlocuteur nous connaissait réellement ou non.
En effet, le courage faisait défaut à Blue Rose. Certes, elle pourchassait les criminels, s'organisait du mieux qu'elle pouvait entre ses études, sa carrière d'héroïne, et son petit boulot de chanteuse, mais dans quel but, au final ? L'homme dont elle était amoureuse ne savait toujours pas les sentiments à son égard, et elle ne se confesserait pas ce soir.
- Ne sois pas modeste, lança Kotetsu.
- Je ne suis pas modeste. Et de toute manière, tu ne peux pas comprendre ! pesta la blonde en serrant les poings.
Un silence s'installa entre eux, la culpabilité s'invitant par la suite dans le cœur de Karina.
- Excuse-moi. Je suis à cran, expliqua cette dernière. Tu vois, je ne suis pas audacieuse, je n'ai même pas la force de porter le masque du sourire en toutes circonstances.
Son front se réfugia dans la paume de sa main. Ses nombreuses pensées négatives, au sujet de Kotetsu et de ses sentiments, l'épuisaient véritablement. Qui plus est, elle n'avait toujours pas de réponse de la part de ses amies, ce qui commençait sérieusement à l'exaspérer.
- Ça n'a rien à voir, prononça le vétéran. Il y a une différence entre endurer et accepter.
- … Comment ça ? demanda la Rose en se tournant vers lui, les sourcils tristement froncés.
- Tu parles d'endurer en portant un « masque », débuta-t-il après un moment de silence. Or, je pense qu'accepter ses faiblesses est une preuve de courage, plus puissante que celle de vouloir les cacher.
Karina écarquilla les yeux. Elle l'entendait rarement dire des choses si sérieuses et pertinentes. Touchée par ses propos, elle sourit.
« Accepter ses faiblesses, une preuve de courage » ? Cette thèse pouvait se tenir, néanmoins la jeune femme, têtue de nature, n'en fut pas totalement convaincue.
Après tout, la peur l'empêchait d'avouer ses sentiments à l'être aimé, de ce fait, elle ne se trouvait pas "courageuse".
Elle se retint de lui répondre par cette phrase bien trop révélatrice.
- Merci Kotetsu. Ça va un peu mieux, maintenant.
- Tu m'en vois ravi dans ce cas, sourit ce dernier.
S'échangeant par la suite quelques nouvelles de leur vie privée, la soirée se déroula tranquillement, offrant ainsi à la chanteuse la sensation de flotter sur un nuage.
Cependant, une sonnerie la fit redescendre sur terre.
En prenant son portable, elle constata qu'elle avait un message non lu, et s'empressa de le lire.
« J'ai bien reçu tes messages, et je m'excuse de ne répondre que maintenant. Je dois t'avouer que mon emploi du temps est assez chargé avec les examens qui approchent...
Je me sens idiote. Moi qui t'ai crié dessus car tu mettais du temps à donner de tes nouvelles, je me rends compte que ce n'est pas aussi simple qu'on le prétend.
Dans tous les cas, j'accepte tes excuses et te présente les miennes. Je pense qu'il en sera de même pour Emily.
Il faudrait qu'on essaie de se voir une fois la période d'examens passée. Ça ne pourra que nous ressourcer !
Comment vas-tu sinon ?
Gros bisous, Jane »
N'en revenant pas, Karina se frotta les yeux. Elle eut tellement de mal à y croire qu'elle relut trois fois le sms que son portable affichait : non seulement on lui répondait, mais en plus, Jane lui pardonnant en avouant, elle aussi, ses torts.
Son cœur martela si fort contre sa poitrine, qu'elle crut en faire un malaise. L'adrénaline liée au stress s'affaiblit, descendant furtivement à ses jambes afin de les rendre aussi légères que du coton.
Quel soulagement !
- Tout va bien ? interrogea Kotetsu, perturbé par cette soudaine bonne humeur.
- Ça ne peut pas aller mieux ! s'exclama Blue Rose, les lèvres étirées au maximum.
Sous l'expression égarée de l'homme, elle attendit un instant pour se lever, ne décrochant pas le regard de son portable.
- Il se fait tard, je vais rentrer ! Déclara-t-elle, après avoir pris connaissance de l'heure.
- Je comprends. Je te dis « à bientôt » ?
- Oui, bien sûr !
Alors qu'elle se hâta de sortir du bar, Kotetsu l'interpella :
- Au fait, c'est plus agréable de te voir sourire !
Ses sourcils se levèrent en voyant la concernée accélérer ses pas, quittant rapidement le lieu sans un mot.
Dorénavant seul, accoudé au comptoir, le trentenaire se demanda si Karina l'avait entendu.
- Quel idiot ! cria Karina, pourpre, une fois dehors.
Elle s'empressa de répondre à Jane pour se changer les idées, heureuse de se dire qu'à présent, cette dernière lui répondrait forcément.
En cet instant, la pluie cessa.
Note de l'auteur : Voila le chapitre « musical » que mes (fan)fictions connaissent à chaque fois depuis mes débuts ! Oui oui, je me sens toujours obligée d'écrire un chapitre à la manière d'une song-fic. Vous penserez peut-être qu'il n'apporte pas grand chose, que nenni ! Il développe un peu plus la psychologie de Karina et de ses sentiments. Pour les curieux, les paroles viennent de la chanson « Chikyuugi », l'opening de Saint Seiya Hades. Inutile de vous dire que je trouvais qu'elle collait parfaitement à notre Rose.
A dans deux semaines pour le chapitre 6 !
