Disclaimer : Hormis mes OC, les personnages et l'univers de TIGER&BUNNY ne m'appartiennent pas.
Bêta-Lectrice : Sayuri-Geisha (que je ne remercierai jamais assez pour tout le travail qu'elle fournit)
Salut la compagnie ! J'espère que vous allez bien :) ! Encore merci à ceux/celles qui prennent le temps de me laisser une petite review, ça me fait toujours autant plaisir ^^ Par ailleurs, merci à toi Kero pour tes commentaires toujours aussi pertinents. Je suis contente de savoir que mon histoire peut plaire malgré tout ! Ah, et ne t'en fais pas, c'est bien de pouvoir profiter de ses vacances, donc ne t'en fais pas ;)
Et sur ce, bonne lecture à vous !
Chapitre VII : Raison et Emotions
- Aiden ? Puis-je te poser une question ?
Sur ces mots, le fauteuil du concerné se tourna vers l'auteur de la phrase.
Le regard d'Ascelin pétillait d'une curiosité démesurée, bien qu'il y brillât aussi une lueur de doute et d'appréhension. Remarquant cela, son supérieur retint un sourire en coin, ferma les yeux, et se servit une tasse de thé.
- Je t'écoute ? dit-t-il, après avoir reposé la théière sur son bureau.
Son coéquipier ne répondit pas dans l'immédiat, et réfléchit d'abord à la tournure de sa question. Il ne souhaitait pas paraître bizarre aux yeux de son supérieur.
Après quelques secondes de méditation, et une inspiration discrète, il finit par se lancer :
- Pourquoi avoir ramené cette fille ?
Cette fois-ci, les lèvres d'Aiden ne purent s'empêcher de s'élargir. Connaissant la nature fouineuse et bornée d'Ascelin, il s'attendait à recevoir une interrogation de ce genre.
« Toujours aussi prévisible », pensa l'homme aux cheveux de jais, tout en buvant son liquide chaud. Ce geste fit soupirer son interlocuteur et cette réaction le combla, car il désirait jouer un peu avec sa patience et ses nerfs.
Alors, tel le dandy qu'il était, monsieur J. Howards reposa délicatement sa tasse en porcelaine, la faisant teinter par la même occasion. Enfin, il leva le regard vers son ami qui essayait tant bien que mal de garder son calme, agacé par les gestes lents et modérés de son collègue. « Vraiment prévisible », conclut Aiden dans sa tête, amusé par la situation.
- Cela te pose problème ? demanda-t-il, finalement.
Voyant cela comme une question piège, Ascelin fronça les sourcils et plissa ses deux disques de bronze, avant de rétorquer :
- Pas vraiment. C'est juste que ça fait tout de même deux mois que tu l'as prise sous ton aile, sans m'expliquer tes intentions.
- Cela te pose problème ? répéta Aiden, en le fixant d'un air taquin.
- C'est une humaine, non ?
Le châtain avait volontairement prononcé cette dernière élocution sur un ton froid et venimeux. La race humaine le dégoûtait, et la vision de son chef, en compagnie d'une de ses membres, le rendait malade. De plus, cette femme, non, cette chose, paraissait naïve, faible et doublement stupide. Qu'espérait-il accomplir avec un énergumène pareil ?
Si Ascelin n'était pas en face d'Aiden, la colère l'aurait avalé sans aucune difficulté. Or, il ne pouvait laisser ses sentiments remplacer sa raison.
Car « il savait ».
Il savait que l'homme aux cheveux noirs agissait sournoisement, usant de la manipulation et de la prise de conscience. C'était sa marque de fabrique, il l'avait toujours connu comme ça : en un terrible diable dissimulé dans un uniforme angélique. Un bourreau sadique dont le masque affichait un sourire doucereux et rassurant, captivant même la plus méfiante des victimes.
Oui, voilà ce qu'était Aiden, voilà ce qui se cachait derrière le masque.
Alors pourquoi ?
Pourquoi, malgré tout, Ascelin n'arrivait pas à se sentir un tant soit peu rassuré ? Parce qu'il communiquait avec une humaine ? Une femme ?
Englouti dans un océan d'incertitudes, Ascelin ne remarqua pas l'expression égayée d'Aiden, face à cette misérable scène.
- Enfin, peut-être veux-tu que j'utilise mon pouvoir sur elle ? tenta Ascelin.
- Ce sera inutile.
- Ha bon ?
L'aîné acquiesça et quitta son fauteuil avant de rejoindre son ami. La douceur restait fixée sur son visage, donnant alors l'impression qu'elle se dessinait automatiquement sur ses lèvres, avec impossibilité de l'effacer.
- Allons, ne me dis pas que tu n'as rien vu, rigola-t-il.
- Quoi donc ?
Un rire sincère raisonna dans le bureau. Tout en tapotant gentiment l'épaule de son collègue, Aiden reprit son sérieux et déclara :
- Cette femme est amoureuse, Ascelin ! Incroyablement amoureuse ! Et pour être honnête, cela ne date pas d'hier.
- Oh, souffla le jeune homme, un peu vexé.
- Une brebis égarée est plus simple à attraper pour un loup, expliqua-t-il, avec un clin d'œil.
- Je vois. Donc, en gros, tu profites de ses sentiments ?
- Oui. D'ailleurs, je vais devoir rentrer. Mais avant...
Il sortit un bout de papier et le tendit à son ami. Ce dernier le prit et le lit silencieusement, arquant par la même occasion un sourcil, à la vue de son contenu.
- Une adresse ? interrogea Ascelin.
- Celle d'un Next pour être plus précis. Tu sais ce que tu as à faire, n'est-ce pas ?
Après une demi-seconde silencieuse, les lèvres du plus jeune s'étirèrent sournoisement, prouvant qu'il saisissait les intentions de son supérieur. Il plia, par la suite, le papier et le rangea dans la poche de sa veste.
- Observe le, prends ton temps avant de t'occuper de lui, conseilla le brun, tandis qu'il enfilait son lugubre manteau.
- T'en fais pas pour ça.
- Merci.
Sans rien ajouter, Aiden attrapa la poignée de la porte, la tira, et ajouta avant de partir :
- Ne me déçois pas.
Et il franchit le seuil, empêchant alors Ascelin de répondre à sa demande. Ou plutôt à son ordre.
- GLOIRE À AIDEN ! hurlèrent les Next, en apercevant leur chef traverser le couloir.
Bien qu'il ne prêtât aucune attention à ces saluts grotesques, une envie égocentrique chatouilla subitement ses pensées. Se stoppant net devant l'ascenseur souterrain, le haut placé se retourna lentement avec un sourire moqueur en coin, puis désigna au hasard un de ces hommes.
- Toi ! dit-il.
- Oui monsieur ?!
- Approche.
Sans se poser de questions, le nommé obéit, tout en conservant un voile inexpressif sur sa figure carrée et marquée.
- Peux-tu me dire ton opinion sur la race humaine ? demanda le charismatique leader, les mains dans le dos.
- Elle est inférieure, et n'a aucune raison d'exister, car nous sommes supérieurs.
- C'est exact. Et pourquoi sommes-nous supérieurs ?
- Parce que nous sommes nés avec un don, un don qui nous guidera vers l'éternel salut !
- C'est bien, rit Aiden, en caressant la tête de son soldat.
Satisfait de ces paroles, Aiden ordonna au Next de retourner à son poste. Il s'adressa ensuite à la masse noire qui le fixait avec admiration.
- Les humains nous ont assez torturés comme ça ! Il est temps pour nous de sonner le clairon de la vengeance ! hurla-t-il. J'ai besoin de vous, vous avez besoin de moi. Et ensemble, croyez-moi, nous parviendrons à user du glaive de la destinée, afin d'anéantir ces ordures !
- GLOIRE À AIDEN ! crièrent les manipulés.
- Demain aura lieu une grande réunion, et elle concernera notre avenir. Je ne veux aucun absent ! J'ai bien dit : aucun absent ! insista le dictateur dans un ton effrayant. Sinon, je ne répondrai pas de mes actes.
Et sur ces mots, il quitta le lieu en se félicitant lui-même de ce discours qui semblait porter ses fruits. En effet, il pouvait apercevoir de l'inquiétude et de la peur dans l'attitude de ses sujets, ses vulgaires sujets.
Décidément, Next ou humain, les êtres vivants restaient facilement manipulables quand on jouait avec leurs émotions.
Ah les émotions ! Ces idioties infantiles qui ne causent que des ennuis futiles. Ces niaiseries, nécessaires et indispensables, aux yeux des hommes, cherchant à prouver leur misérable existence. Il n'y avait qu'eux pour clamer de telles absurdités.
Pour Aiden, la véritable force résidait dans la raison, car les sentiments étaient propres aux hommes, et les définissaient à merveilles. De ce fait, l'homme aux cheveux noirs eut une idée : si les émotions représentaient la race inférieure, la raison devrait, coûte que coûte, caractériser les Next.
La tempe collée sur la fenêtre de sa chambre, Elizabeth regardait d'un œil distrait la ville animée de Stern Bild. Rien ne changeait aux alentours : les mêmes passants traversaient la même rue, les enfants sortaient toujours de la même grande école qu'autrefois, et la circulation commençait à ralentir à cause des bouchons.
Comme d'habitude.
Comme tous les jours.
Oui, le schéma répétitif et animé de la métropole demeurait ainsi, et rien ne se transformait à l'extérieur.
Sauf la vie d'Elizabeth.
À quel moment l'avait-elle comprit ? Combien de fois la question tournoyait dans sa tête ? En se reconstituant les souvenirs de sa première rencontre avec Aiden, son poing, ainsi que ses yeux, se refermèrent vivement, sentant le feu lui monter aux joues.
La gêne se lisait sur son visage, notamment quand ses collègues, de vraies commères, lui demandaient d'émettre un avis sincère sur son supérieur. Elle n'aimait pas parler d'amour, et elle ne voyait pas l'intérêt de se montrer honnête devant des femmes aussi superficielles qu'indiscrètes.
« C'est un homme très sérieux », disait-elle, la plupart du temps, en toute franchise.
Néanmoins, lorsqu'elles se montraient excessivement insistantes, elle finissait toujours par perdre son calme habituel, et se cachait derrière un sourire nerveux face à leurs assauts.
« Il est ennuyeux par moment, je ne vois pas ce que je pourrais lui trouver ! ».
Au départ, elle pensait que sa chance de lui avouer son amour n'arriverait jamais. Par ailleurs, selon ses sources, Aiden vivait avec sa femme et son enfant.
Quelle trahison pour Elizabeth.
Cet homme qu'elle aimait... Il connaissait déjà le bonheur.
Un bonheur qui ne s'associait pas à elle.
Et puis, la roue du destin se mit à tourner, continuant inlassablement sa route vers la porte des miracles.
En effet, quelques mois après le départ précipité de son amour secret, elle le rencontra à nouveau, au pied du bâtiment qui avait marqué la prélude de leur histoire, à l'instar d'un lieu associé à une promesse de « retrouvailles ». Et cela aurait pu se terminer sur cette note positive, si la Fatalité n'était pas aussi bornée et joueuse. Dès lors, Elizabeth se confia à Aiden, lui avouant que son nouveau patron la faisait chanter, et qu'il s'agissait d'un pervers dangereux. Cette soudaine confession, prévisible aux yeux d'Aiden, prouva que la victime portait l'espoir inconscient qu'il la sauverait, tel un chevalier salvateur, prêt à secourir sa bien-aimée.
Ce qui se produisit, au grand étonnement de la blonde. Il lui murmura d'abord des mots doux, agrémentés d'une étreinte protectrice, puis l'invita à se joindre à lui, en lui promettant monts et merveilles. Et, naïve, elle y crut. Et elle y croyait toujours.
« L'amour rend aveugle », disait-on, et Miss Lance ne dérogeait pas à la règle. Quand monsieur J. Howards l'amena dans sa base souterraine en lui expliquant ses intentions, l'ancienne secrétaire ne put s'empêcher de ressentir une certaine admiration à son égard. C'était un homme vraiment ambitieux, prêt à tout pour aider les « rejets de la société », les Next en l'occurrence.
Néanmoins, son prince la manipulait, falsifiant volontairement ses véritables intentions, dans le but de l'attirer dans son piège vicieux.
Alors qu'elle sortit de ses pensées, on toqua à la porte. Connaissant l'identité de son visiteur, elle s'empressa de lui ouvrir et l'accueillit avec un large sourire.
- Et bien, quelle mine ! Cela me fait plaisir de te voir ainsi, s'exclama Aiden.
Flattée par ce compliment, la jeune femme ne put s'empêcher de rougir. Tant d'émotions fusionnaient dans son cœur, tels que le bonheur, la satisfaction, et, bien sûr, l'amour. Ces magnifiques sentiments lui procuraient une joie de vivre épatante. Aiden était le remède de sa déprime, et pour rien au monde elle ne désirait s'éloigner de lui.
Une fois à l'intérieur de la pièce, l'homme retira son manteau et le rangea dans l'armoire.
- Tu vas bien ? Je ne te dérange pas, j'espère ? questionna-t-il.
- Je vais bien et toi ? Non, non, au contraire ! Je suis contente de te voir...
- Ça va aussi. Ha bon ?
A l'entente de ce compliment, l'ombre d'un sourire courbé apparut sur ses lèvres, prouvant que Miss Lance était bel et bien prise dans les mailles du filet.
- Oui... Ho, mais ne reste pas debout, voyons ! Installe-toi ! déclara-t-elle, afin de changer de sujet. Tu veux boire quelque chose ?
- A vrai dire, je ne reste pas longtemps.
- Ha... ?
D'un geste humble, le manipulateur porta sa main sur la joue d'Elizabeth, et lui adressa un tendre regard. Il plongea ensuite ses pupilles d'argent dans les saphirs de la jeune femme, ces derniers brillant d'une flamme désireuse et charnelle, bien qu'on pût aussi y déceler une pointe d'inquiétude.
Pour tenter de la rassurer, Aiden glissa doucement la main le long de ses pommettes rosées, sans retirer son éternel masque attendrissant.
- Je dois retourner à la base. On a besoin de moi, expliqua-t-il d'une voix mielleuse.
Son souffle vint volontairement titiller la peau de sa victime. Immédiatement troublée par cet air tiède, les sens d'Elizabeth se décuplèrent en un rien de temps, la faisant frissonner.
- Pourquoi donc ? Tu n'en reviens pas ? murmura-t-elle difficilement, encore perturbée.
- Si, mais j'ai besoin de toi.
Cette demande, onctueusement murmurée à l'oreille fragile de l'ancienne secrétaire, se faufila en elle comme un souffle d'air frais. Elle frémit.
- B-Besoin de m-moi... ?
- Oui, tu es une personne intelligente, après tout. Je sais que tu me seras d'une grande aide, pour mener à bien mon projet, rusa l'homme.
- M-Mais... Que devrais-je faire ? bégaya la blonde, devenue une marionnette.
- Juste m'assister et me soutenir, comme au bon vieux temps.
« Comme au bon vieux temps », ces cinq mots étonnèrent Elizabeth. Attachée aux souvenirs des jours heureux, elle sentit son coeur s'accélérer en constatant qu'Aiden appréciait également cette époque.
Apercevant cela, l'homme s'approcha un peu plus de sa proie, et caressa sa chevelure de blé avec galanterie et douceur.
- Je ne supporte plus d'assister, impuissant, à l'humiliation des Next. Et il est de mon devoir de leur venir en aide ! Appelle-moi « fou », fuis-moi si tu penses que c'est la meilleure des solutions, mais je tiens à te dire que ton soutien me sera d'une grande utilité !
« Distingué et charismatique », pensa Elizabeth.
La façon de se tenir droit du personnage, et la confiance en ses paroles, suggérait une force de caractère. L'expression de ses traits lui composait un visage audacieux, déterminé, qui respirait l'intelligence. Pourtant, sous ses sourcils abaissés se dissimulait une férocité presque sauvage, bien que maîtrisée. Ses manières dignes, dépourvues de toute rudesse, surprirent l'ex-secrétaire.
- Tu n'es pas fou Aiden, tu es courageux. Je ferais ce que je peux pour t'être utile ! s'exclama-t-elle.
- Alors, tu acceptes ?
Elle acquiesça d'un hochement de tête, avant de demander timidement ce qu'il comptait faire.
- Notre premier objectif est de ramener d'autres Next à notre cause, histoire d'être soudés. Par la suite, nous irons voir les Héros, dit-il.
- Les Héros ? Il est vrai que ce sont des surhommes, mais comment vas-tu les contacter ?
- On n'y est pas encore, mais j'ai mon idée.
Sur ce, Howards tapota le dos d'une Elizabeth intriguée et aveuglément confiante, puis l'invita à sortir de chez elle afin de se rendre dans la cachette souterraine. La fierté frappa alors aux portes de son subconscient : il avait réussi. Son plan avançait désormais lentement et sûrement.
En se rendant à sa voiture, il ne put s'empêcher de penser :
« Les héros seront bientôt à nous. Ils plaideront en notre cause, et élimineront avec nous les véritables déchets ».
Dans un appartement sobre où seule l'obscurité demeurait, des gémissements, en provenance d'une des chambres, furent étouffés par des gouttes de pluie s'écrasant sur la fenêtre. Au milieu de la pièce se tenait un grand lit. Un homme s'y réveilla en sursaut, encore chamboulé par l'horrible cauchemar dont il venait de s'échapper. Comme des séquelles, des perles de sueurs roulèrent sur son front, certaines manquant de tomber dans ses yeux bleus perdus sur un point imaginaire. Sa respiration mit plusieurs minutes avant de reprendre son rythme normal, mais son corps, lui, prit plus de temps pour cesser de trembler.
- Encore un cauchemar, déclara-t-il, une fois calmé.
A l'extérieur, la tempête faisait rage et s'accentuait au fil des minutes, offrant alors aux habitants de la ville son spectacle de lumières bruyantes.
L'homme porta son regard sur le réveil à sa droite : trois heures et quart. Après un soupir de frustration, sa tête se tourna sur la gauche, espérant trouver à ses côtés Lina, sa femme.
En vain.
Un peu inquiet, il se leva pour se diriger vers le salon, dans l'espoir de l'y retrouver, toutefois un bruit retentit dans la cuisine, et le fit changer de direction.
Elle était là, posée devant le frigo ouvert, sans avoir pris la peine d'allumer la lumière. L'homme aux yeux clairs rectifia cet oubli, puis porta sa main dans ses cheveux de jais, habitué à voir son épouse ici.
- Encore une petite faim à ce que je vois ? questionna-t-il.
- Oui. On va dire que ta fille est assez gourmande !
Lina saisit une barquette de fraises et referma le frigo avant de faire face à son époux, dévoilant alors un ventre bien rond, où logeait un nourrisson de six mois.
Enceinte ou non, cette femme restait magnifique aux yeux de son mari : ses traits, d'une délicatesse idéale, se dessinaient sur une peau ni trop sombre, ni trop pâle, révélant ainsi ses origines orientales. Ses cheveux, d'un noir aussi foncé que de l'encre, cachaient discrètement ses sourcils derrière une frange droite, et descendaient ensuite en cascade sur ses reins. Toujours complice avec un petit sourire en coin, ses deux diamants sombres dévoilaient incessamment une expression taquine et enfantine. Malgré tout, ses formes avantageuses prouvaient qu'elle demeurait femme, et surtout, une épouse épanouie.
Ethan, son conjoint, n'était pas non plus désagréable à regarder : sa chevelure mi longue, couleur corbeau, contrastait à merveille avec ses perles bleu ciel, tandis que son corps mince et élancé, aux épaules légèrement tombantes, lui donnait un air nonchalant, indifférent au regard des autres. Ses sourcils naturellement froncés, et son nez crochu, lui arrachaient une expression sévère mais juste, rappelant inconsciemment les professeurs de l'époque. Pour finir, ses lèvres étaient plutôt fines, encadraient par un petit bouc qui le rendait irrésistible.
- Etre levée à cette heure-ci est devenu banal pour moi. Mais toi, Ethan ? Pourquoi es-tu réveillé? Est-ce de ma faute ? demanda-t-elle, tout en mangeant les fruits rouges.
- Pas du tout ! Je... L'orage m'empêche de dormir.
- Ce ne serait pas plutôt un cauchemar ?
La main dans le sac.
Néanmoins, Ethan refusa d'admettre qu'elle avait raison, craignant de l'inquiéter, et surtout de subir un interrogatoire de sa part. Lina savait toujours s'y prendre pour lui faire cracher le morceau. « Rusée » et « insistante », voilà deux adjectifs qui la décrivaient à merveille. Sauf que cette fois-ci, il ne dirait rien. Car jamais, ô grand jamais !, il n'avouerait son terrible secret. Ce fardeau responsable de ses mauvais rêves.
- Non, non, c'est vraiment l'orage cette fois.
- Vraiment ?
- Je te le promets, mentit l'homme, en lui adressant un sourire.
- Hum. Essaye quand même de dormir. Tu travailles dans quatre heures, après tout !
- Oui. Je sais.
Pour clore définitivement la conversation, Ethan déposa un tendre baiser sur les lèvres de sa moitié, avant de poser la main sur son ventre arrondi. Tout deux s'échangèrent un regard complice, se montrant alors mutuellement leur joyeuse impatience, au sujet de l'arrivée de cet enfant.
- Il faudrait peut-être songer à lui trouver un nom, proposa l'homme aux yeux bleus.
- C'est vrai. Mais j'en ai tellement en tête..., rigola Lina.
- On y réfléchira ce week-end si tu veux.
- Avec plaisir !
Sur ces mots, le couple partit se recoucher. Tout en s'échangeant quelques caresses affectives une fois dans le lit, ils ne purent s'empêcher de se contempler réciproquement.
Lina glissa sa main chaude sur la joue de son époux, sans détourner son regard ténébreux du sien, fascinée par ce qu'elle pouvait y déchiffrer dedans. Le haussement de sourcils d'Ethan la fit rire.
- Excuse-moi, mais je suis tellement heureuse d'être ici, à tes côtés, avoua-t-elle, en toute sincérité.
Aussi simple et banale que cette phrase puisse paraître, elle n'en fut pas moins touchante aux yeux du futur père de famille. Ayant toujours vécu une existence pitoyablement sévère et dure, il ne cachait pas son émoi lorsqu'elle se montrait si franche avec lui.
Alors, d'un geste tendre, Ethan porta ses lèvres sur son front, avant de lui susurrer avec tendresse un « je t'aime » mielleux, suivi d'un « bonne nuit ».
L'aube se leva en même temps qu'Ethan, l'accompagnant dans ses gestes quotidiens. Une fois vêtu de sa tenue de travail, son regard s'attarda sur Lina, encore prisonnière des bras de Morphée. Peu après, il s'installa sur le balcon pour y déguster une grande tasse de café noir, en feuilletant un journal pris au hasard dans le salon.
L'astre de lumière renvoya ses rayons sur son visage, le narguant par moment, en visant ses deux billes azurées. Bien entendu, l'homme n'apprécia guère les taquineries du Soleil, et préféra terminer rapidement sa boisson chaude, afin de se rendre au bureau.
Tandis qu'il s'installait au volant de sa voiture, une voix d'enfant, en direction du passage clouté d'en face, retint son attention :
- Maman ! Mon ballon ! Mon ballon s'envole !
- Bon dieu, mais c'est pas vrai ! Je t'avais dis de ne pas le lâcher ! Tant pis pour toi, nous sommes assez en retard comme ça !
Insatisfaite de la réponse de sa mère, la petite fille commença à pleurer, tentant de la convaincre de récupérer l'objet perdu. Après tout, n'était-ce pas le rôle des adultes que de récupérer les affaires des enfants ? Cependant, la mère, peu impressionnée par les cris de sa fille, ne sembla pas partager cet avis, et continua donc son chemin, tout en tenant fermement la petite main de sa progéniture.
Les cris se transformèrent ensuite en hurlements, les pleurs en sanglots. Néanmoins la génitrice l'ignora complètement, et accéléra le pas afin d'éviter le regard des passants.
Face à cette scène, Ethan ne put retenir le malaise s'installer en lui, vis-à-vis de cette jeune malchanceuse qui désirait simplement récupérer son bien malencontreusement envolé. Incapable de choisir, ses mains se serrèrent sur le volant, le plongeant dans une réflexion.
Même si son cœur lui dictait de « s'exécuter », sa conscience, elle, lui ordonnait d'abandonner, à cause du risque qu'il encourrait si on l'apercevait « à l'œuvre ».
Histoire d'appréhender ce dilemme, l'homme tourmenté leva la tête vers le ciel, à la recherche de l'objet perdu. Un sourire s'étira lorsqu'il remarqua un ballon de baudruche rose s'élever de plus en plus.
- Je peux encore le récupérer, murmura-t-il, décidé à obéir aux paroles de son cœur.
Avant de s'exécuter, Ethan jeta brièvement un œil aux alentours, pour voir si personne ne l'observait ou serait apte à le prendre en flagrant délit. Constatant que non, il se détendit et se concentra enfin sur la petite sphère volante. Suite à cela, un courant d'air sortit de nulle part, puis caressa la figure de l'homme, dont la concentration restait figée sur le ballon qui commençait à s'éloigner. Quand la brise mystérieuse se faufila dans les cheveux sombres d'Ethan, son corps, ainsi que ses yeux, scintillèrent d'une lumière turquoise.
Au coin d'une ruelle sombre, non loin de la demeure d'Ethan, se trouvait un Ascelin aux aguets.
Appuyé contre un mur quelconque, en pleine confrontation avec ses pensées, il se remit en mémoire les événements survenus quelques heures auparavant. Elizabeth avait désormais officiellement rejoint la base d'Ouroboros, bien qu'elle ignorât les véritables intentions d'Aiden.
Aiden.
Bien qu'il comprenne ses intentions et ses macabres idées, il ne parvenait pas à l'accepter. Voir le visage rayonnant de cette femme l'humiliait au plus haut point, l'enveloppant alors dans un carcan de haine et de frustration. Maudite soit-elle ! Cette humaine superflue, cette catin désespérée ! Elle ne pourrait jamais saisir les véritables sentiments de son supérieur, ni même y adhérer. Et même si cela se produisait, elle n'échapperait pas à la sentence d'Aiden.
Misérable objet, vulgaire poupée de chiffon qui se croyait porcelaine. Jamais Elizabeth ne connaîtrait le bonheur, auquel elle aspirait au fond de son cœur. Ascelin le savait pertinemment, et savoir ceci le rassurait un peu, domptant peu à peu son arrogance insalubre.
Tandis qu'il poussait un soupir d'impatience, une voix d'enfant siffla désagréablement dans ses oreilles, lui offrant une nouvelle occasion de montrer son mécontentement.
- Maman ! Mon ballon ! Mon ballon s'envole !
L'homme chercha l'auteur de ces mots, et cracha quelques insultes en l'apercevant un peu plus loin. Aussi loin qu'il se souvienne, il avait toujours détesté les enfants. Ces êtres insipides, bon qu'à ne casser les oreilles des adultes, et incapables de se débrouiller seuls. Ces choses dépendantes, faibles, qui ne causent des ennuis. L'idée dépravée de torturer un de ces marmots venait souvent titiller son esprit sadique : rien n'était plus jouissif que d'assister au supplice d'un gosse, victime de déception et de peur. Entendre des petits cris plaintifs, appelant désespérément des parents qui ne viendront pas, tout en contemplant la mise en abîme de l'innocence et du bonheur naïf... Oui, voilà ce qu'était le plus divertissant des spectacles aux yeux d'Ascelin.
Imaginer cette scène lui offrit un petit sourire en coin, et son regard jeta des étincelles obscènes : il se trouvait en manque de jouets humains, ses préférés. Car le charme de ces jouets résidait dans le fait qu'ils s'embellissaient, une fois détruits.
La même voix l'expulsa de ses pensées, l'irritant encore plus. Néanmoins, ce sentiment partit en même temps qu'il remarqua, dans le ciel, un ballon briller d'une lueur fascinante, et se diriger dans les mains de la petite fille.
- Que se passe-t-il ?! marmonna-t-il, en balayant les alentours d'un regard intrigué.
Alors il le vit. L'homme qu'Aiden lui avait demandé de trouver et d'observer. Dans son véhicule, Ethan scintillait d'une lumière bleutée, aux nuances vertes. La lumière propre aux Next quand ceux-ci utilisaient leur don.
- Maman, mon ballon ! Tu as vu ?! J'ai retrouvé mon ballon ! s'esclaffa l'enfant.
- Ça alors, tu as eu de la chance ! Tu ne dois surtout pas le lâcher, maintenant, conseilla la génitrice, en attachant la ficelle du jouet au poignet de sa progéniture.
Tandis que les deux civiles reprirent leur route, Ascelin vit le Next reprendre son souffle en même temps qu'il démarra, un sourire satisfait dessiné sur ses lèvres.
« Comment ?! Il est satisfait d'aider des humains ? Comment ose-t-il, ce pauvre idiot !? »
Face à cette scène pathétique, un rire nerveux s'échappa de la gorge du xénophobe, puis se transforma en un gloussement machiavélique. Alors, c'était « ça », le type qui devait intégrer à Ouroboros ? Il allait bien s'amuser ! Mais avant de faire quoique ce soit, Ascelin décida qu'il serait plus intelligent d'espionner sa proie quelques temps, afin d'orchestrer son plan sans encombre.
Note de l'auteur : Je remarque que plus mon histoire avance, et plus j'invente des OCs xD Quelles sont vos premières impressions sur Ethan ? Avez-vous des idées pour le role qu'il va tenir ? Et qu'en est-il d'Aiden et Ascelin qui commencent à dévoiler leur véritable nature ? Je sais qu'il n'est jamais évident de s'attacher à des personnages inventés par l'auteur d'une fanfic, mais j'espère que ces chapitres consacrés à eux ne vous ennuient pas. Je pense que ces chapitres sont obligatoires dans le cas de mon histoire, et que sans eux, la trame n'aurait plus de sens. C'est un point de vue personnel, évidemment, et je vous invites à partager votre avis sur la chose. La place des OC dans la fanfiction a toujours été sujet à des débats après tout.
Sur ce, à dans deux semaines, comme d'hab :)
