Salut tout le monde ! Votre rentrée s'est bien passée j'espère ? Dans tous les cas, je vous souhaite "Bonne Chance" pour réussir votre année sans soucis ^^.
Me revoilà donc avec le chapitre 9 de "La Triste Mascarade". Un chapitre qui va faire prendre un nouveau tournant à mon histoire, et qui j'espère, vous plaira.
Kero : Pour le double sens du titre du chapitre 8, et bien, en fait, ce n'était pas du tout volontaire XD Mais grâce à toi, je le perçois autrement et ça me plait bien :). Pour les sujets "sensibles", il est vrai que mes histoires en comportent toujours. Pour le cas de TIGER&BUNNY, je trouvais que certain thème de ma fic étaient bel et bien présent dans la série d'origine : de mes souvenirs, j'assimilais toujours les membres d'Ouroboros aux Nazis et en y repensant, c'est en fait à cause de l'arc avec Jake Martinez que j'ai fais le lien. Ce personnage est terrifiant, l'air de rien. Pour ce qui est des traumatismes de l'enfance, on a Yuri avec son père et Barnaby avec ses parents. J'ai repris les idées de base en soit :)
Merci encore pour tes review, ça me fait énormément plaisir de les lire.
Bonne lecture à tous !
Chapitre IX : Révélations
Assise au comptoir du bar où elle travaillait, Karina attendait l'arrivée de Kotetsu.
Prise dans un élan de confiance, elle lui avait en effet donné rendez-vous quelques heures auparavant, afin de lui parler d'un sujet « important ».
Plus motivée que jamais, elle ne cessait de se lancer des phrases encourageantes : « Tout ira bien », « Au moins, je serais fixée ! », « Rien ne dit qu'il refusera ! ».
La dernière phrase résonna difficilement en elle. Elle s'attarda ensuite sur le reflet que lui renvoyait le liquide dans son verre. Sa mine resplendissait, bien qu'une pointe d'angoisse se dissimulât dans son regard.
Les choses s'apprêtaient à changer.
- Karina ? prononça une voix familière.
L'interpellée sursauta, manquant de renverser sa boisson sur le comptoir. Elle n'eut pas besoin de relever la tête pour connaître l'identité de son interlocuteur.
- Ah te voilà enfin, Kotetsu, formula simplement la blonde.
- J'espère que je ne suis pas en retard, dit celui-ci, en prenant place à ses côtés.
- Non, tu es à l'heure pour une fois.
Un petit sourire nerveux, se voulant à la base taquin, se dessina sur le visage de la Rose. Voilà qu'elle commençait à perdre son calme.
- Alors ? De quoi souhaitais-tu me parler ?
- Heu, et bien …
Elle déglutit.
Même si elle s'était préparée à ce jour, elle ne savait pourtant pas comment aborder le sujet. Certes, il lui arrivait de s'entraîner devant son miroir en prononçant des phrases maintes fois lues dans les romans d'amour, et en adoptant une attitude calme et posée, cependant, elle se rendait rapidement compte que son existence ne ressemblait à rien à ces histoires fictives.
Malgré un visage à l'apparence détendu, Karina ne pouvait à présent retenir son coeur de battre la chamade.
Comment devait-elle commencer ? Peut-être n'était-ce pas encore le meilleur moment pour lui annoncer ?
Non.
Faire marche arrière signifiait fuir, et cela, la jeune femme se le refusait absolument.
- Oh, laisse-moi deviner ! Tu as besoin d'un avis pour une chanson que tu as écrite ! lança soudainement Kotetsu, tout sourire.
- Non, ce n'est pas ça..., balbutia la blonde, déconcentrée.
- Ah ? Besoin d'un conseil pour une de tes danses, alors ?
- Pas vraiment.
- C'est sûr que tu aurais choisi la mauvaise personne. Hum, quelque chose ne va pas ? Tu as l'air anxieuse.
- Pas du tout ! Arrête avec tes questions, enfin !
Le Tigre sursauta, à moitié étonné de la réaction de Karina. Néanmoins, il se détendit quand elle s'excusa de sa réaction. Il comprit que l'heure n'était pas à la plaisanterie.
- Écoute Kotetsu... Ce dont j'aimerais te faire part n'est pas facile à aborder..., commença-t-elle, en plongeant ses yeux, une nouvelle fois, dans son verre.
- Il est arrivé quelque chose ?
- Oui, depuis longtemps.
Karina releva la tête, offrant ainsi au vétéran son plus triste sourire. La dernière marche de l'escalier allait bientôt être enjambée, et tout en haut reposerait la réponse à cette question qu'elle ne cessait de se poser : « Ai-je une chance ? ».
Elle attendit, espérant inconsciemment que son amour secret lui fasse gagner du temps. Elle pensait qu'il lui poserait d'autres questions, ou plaisanterait, ou même s'emporterait, qu'importe, elle voulait simplement gagner du temps.
Hélas, Kotetsu demeurait maintenant silencieux, le regard figé sur celui de la Rose.
Lui aussi, il attendait.
- Je ne sais pas comment expliquer sans que ce ne soit confus, dit-elle enfin.
- Ne t'en fais pas, prends ton temps. Je ne vais pas m'enfuir !
Karina acquiesça calmement, triant dans sa tête les mots qu'elle devait prononcer. Le plus important, c'était d'être claire, et d'éviter toute source de malentendu.
Mais, tandis qu'elle commençait à trouver les mots, des vibrations sur son poignet l'éjectèrent subitement de ses pensées.
- Hum ? On dirait qu'on a besoin de toi, conclut le Tigre.
Évidemment qu'on avait besoin de ses services et qu'on la sollicitait. Mais elle dans tout cela ? Ne pouvait-elle pas songer, l'espace d'un instant, à se confesser ? Demeurait-elle prisonnière d'un cercle sans fin, qui l'empêchait d'avouer ses sentiments ?
Elle se mordit les lèvres à cette idée. C'est dans ces moments là qu'elle détestait son travail d'héroïne.
- Mesdames et messieurs, c'est tout simplement affreux ! Où sont donc les héros quand on a besoin d'eux ?! s'écria une voix, en provenance de la télé au-dessus du comptoir.
Les deux Next reconnurent la voix nasillarde du présentateur de Hero TV. L'écran montrait alors un bâtiment quelconque d'une dizaine de mètres, où se trouvait au sommet un jeune homme au regard éteint.
- Si les héros n'arrivent pas à temps, cet homme va...
- Karina ! s'exclama Kotetsu.
- Oui, oui, j'y vais !
Sans un mot de plus, la blonde quitta le bar aussi vite qu'elle le put, maudissant cet homme suicidaire qui venait de tout gâcher.
Revêtue en Blue Rose, Karina chevaucha sa moto et emprunta plusieurs routes avant d'arriver à destination. Les médias et les plus curieux se révélèrent bien plus rapides qu'elle. Elle fixa les alentours : Origami Cyclone se trouvait au pied du bâtiment, tandis que Dragon Kid peinait à trouver une entrée.
- Que se passe-t-il ? questionna la Rose à sa cadette.
- Il a bloqué l'accès ! Impossible de passer par les entrées principales ! répondit celle-ci, affolée.
Karina lâcha un juron discret, puis jeta un œil aux portes du bâtiment : Pao-Lin avait raison, elles semblaient verrouillées, en plus d'être bloquées par de lourds objets de l'autre côté. Passer par là se révélait donc impossible pour les héros présents sur le terrain.
- Bon sang ! Où sont Rock Bison et Fire Emblem quand on a besoin d'eux ?! pesta la jeune femme.
- Oh mais regardez ! Ne serait-ce pas Sky High arrivant à la rescousse ?! s'écria le présentateur.
Avec un peu de concentration, Karina aperçut effectivement le chevalier du ciel se diriger vers le jeune homme.
- Tout va bien se passer maintenant ! lança Sky High à celui-ci.
- Laissez-moi tranquille.
Sans laisser le temps au héros de réagir, une lueur bleutée enveloppa le suicidaire. D'un seul regard, et uniquement par la force de sa volonté, il jeta violemment Sky High contre le building d'en face. Naturellement chanceux, Keith s'en sortit simplement avec une migraine, qui lui fit néanmoins tourner la tête. La douleur l'interdisant de bouger, son corps s'engourdit suite à cette attaque.
- Voilà un retournement de situation incroyable, chers téléspectateurs ! Notre victime est un Next ! Et il a terrassé notre bon vieux Sky High ! s'excita le commentateur de l'émission.
Les poings de Karina se serrèrent : elle devait agir rapidement. Elle analysa les alentours, prête à exécuter un acte démesuré. Si elle ne se dépêchait pas, il ne tarderait pas à faire le grand saut.
Cependant, deux questions s'infiltrèrent dans sa tête : Pourquoi ne sautait-il pas ? Qu'attendait-il ?!
« Qu'importe, autant en profiter ! », se dit-elle, en enclenchant son pouvoir.
- Blue Rose ! Que vas-tu faire ?! s'inquiéta Dragon Kid.
Karina ne lui répondit pas. De la glace s'évada de sa main aussitôt après la question de Pao-Lin. Cette dernière comprit alors l'objectif de son aînée.
- Attendez ! cria une voix.
Une femme au ventre rond rejoignit l'héroïne, à bout de souffle.
Blue Rose la scruta d'un air étonné : c'était la première fois qu'un civil parvenait à l'approcher aussi facilement.
- Éloignez-vous ! ordonna Karina.
- Non ! Laissez-moi venir avec vous ! implora l'arrivante.
- Ce n'est pas le moment de jouer la fan inconsciente !
- Non ! Non, vous ne comprenez pas ! Cet homme en haut, c'est mon époux ! Il s'appelle Ethan !
Avait-elle bien entendu ?! Si cela s'avérait exact, tirer des informations sur les pouvoirs de ce Next serait utile.
- Votre époux ? Vous savez quel est son pouvoir dans ce cas ?
- N-Non, pas vraiment...
Karina soupira. Cette femme ne l'aiderait pas finalement. Cependant, le visage de cette dernière, ravagé par la tristesse, la mit mal à l'aise. Et quand son regard s'attarda sur son ventre, la blonde comprit qu'il ne fallait pas traîner.
- Ne vous en faites pas, il ne mourra pas.
- Je vous en supplie, je dois venir avec vous ! Peut-être m'écoutera-t-il !
- C'est de la folie, vous êtes enceinte ! Laissez-moi faire ! Dites-moi juste votre nom !
- Je veux venir avec vous !
- Votre nom !
La future mère releva la tête, prête à fondre en larmes. Le temps était compté, et elle savait qu'elle en faisait perdre à Blue Rose. Elle se résigna, après plusieurs secondes de silence, et finit par répondre.
- Lina. Je m'appelle Lina..., murmura-t-elle.
La Rose lui adressa un sourire rassurant en guise de remerciement. Les bras le long du buste, la glace qui s'échappait de ses mains fit pression sur le sol, lui permettant alors de s'élever de plus en plus.
Du haut de la bâtisse, Ethan scrutait l'horizon. Aussi resplendissant et animé que soit Stern Bild, il ne réussissait plus à reconnaître les environs. Le temps n'était plus qu'un mot sans définition à présent.
Quelle heure affichait la grande horloge ? Il n'arrivait pas à la lire.
Plus rien n'avait de sens désormais. Il était un meurtrier, un bourreau qui ne cessait de fuir son pêché. Qui lui accorderait sa confiance ? Qui accepterait de vivre avec un Next tueur ?
Il ne retint pas ses larmes.
Après tout, il allait sauter, et abandonner cette pénible existence. La folie l'encourageait d'ailleurs à franchir le pas, mais une chose le retenait encore : l'arrivée, improbable, de Lina. Si son épouse prenait la peine de venir ici... Cela prouverait que la nature d'Ethan ne comptait pas.
Cependant, l'ombre de la démence balaya rapidement tous ses espoirs : elle ne viendrait pas.
Le Next fit un pas, se rapprochant considérablement de la mort. Il jeta un œil en bas, les cheveux au vent. La marée de monde l'empêchait de distinguer leur identité. Mais il reconnut celle de l'héroïne Blue Rose, qui s'approchait de plus en plus.
- Arrêtez ça, Ethan ! clama la jeune femme de glace.
Étonné d'entendre son nom des lèvres de l'héroïne, le concerné hésita à enclencher son pouvoir. Intrigué de savoir d'où elle le connaissait, il préféra attendre encore un peu.
- Pourquoi fuir alors qu'on vous attend ?! demanda Karina.
- Vous ne pouvez pas comprendre ! Je ne suis qu'un fardeau ! s'emporta-t-il.
- Et qui l'a décidé ?! Être un Next n'empêchera pas votre femme de vous aimer !
Ethan écarquilla les yeux. La dernière phrase agit comme un coup de couteau en plein cœur. Comment cette Next connaissait-elle Lina ?
- Vous connaissez mon épouse... ?!
- Plus ou moins, elle voulait m'accompagner.
Karina atterrit en haut du bâtiment. Le jeune homme la fixait sans un mot, ce qui l'incita à rester sur ses gardes. Son regard semblait perdu sur un point invisible, et l'héroïne discerna des larmes dans ses billes bleutées.
- Elle voulait vous accompagner..., répéta-t-il, d'une voix tremblante.
Il ne put retenir plus longtemps ses larmes, maintenant trop lourdes à porter. Lina était bel et bien venue, et elle s'inquiétait pour lui. Comment avait-il pu douter de ses sentiments ? Pourquoi s'était-il éprit du jeu de la folie ?
Un sentiment de honte se mêla à celui de la joie. En ce monde ici bas, quelqu'un l'aimait en toute sincérité.
Les pompiers embarquèrent Ethan, une fois la raison revenue. Bien qu'il ne fût plus prisonnier de la fureur, des séquelles perduraient sur lui : ses yeux, rougis par la fatigue et les pleurs, le prouvaient.
A côté du camion rouge se tint une Lina tourmentée, inquiète de l'état de son époux.
- Tout ira bien maintenant. Il aura un suivi psychologique qui l'aidera à remonter la pente, expliqua sereinement Blue Rose.
- Oui, je vous remercie...
La future mère sourit tristement à l'héroïne, avant de se perdre dans ses pensées. Tant de questions résidaient en son esprit.
- Je ne comprends juste pas... Pourquoi il ne m'a rien dit jusqu'à maintenant, avoua-t-elle enfin.
- Peut-être avait-il peur. Peur que vous le rejetiez, supposa Karina.
- Je n'aurais jamais fait ça !
- Il faudra en discuter avec lui, quand il sera apte à en parler. Je suis certaine que maintenant qu'il sait que vous ne l'abandonnerez pas, il se confiera.
Pour clôturer cette discussion, Blue Rose adressa un sourire rassurant à Lina. Cette dernière le lui rendit, éternellement reconnaissante.
Le calme revenu, Blue Rose se dirigea vers les studios pour se changer, mais se stoppa en apercevant Barnaby.
- En retard à ce que je vois, lança Karina, d'un air taquin.
- Du tout. J'ai préféré te laisser gagner. Tu chutes dans le classement, tu te ramollis ? se défendit le jeune homme.
- Toi ? Me laisser gagner des points alors que tu ne penses qu'à ça ?! Ce ne serait pas plutôt toi qui vieillis ?
Barnaby pesta gentiment : peut-être n'avait-elle pas totalement tort dans le fond.
- J'aimerais te demander un service, Barnaby.
- Hum ?
- Ça me gêne de te demander ça... Mais pourrais-tu me donner l'adresse de Kotetsu ?
La mine relaxée du blond s'aggrava soudainement. Il savait que sa rivale ressentait quelque chose envers son ancien collègue, mais il ne se serait jamais douté qu'elle en viendrait à demander son adresse. Il l'observa silencieusement : son expression nerveuse et ses joues pourpres la trahissaient.
- Pourquoi me demander cela ? Fire Emblem et Rock Bison semblent plus aptes à te rendre ce service.
- Ils ne sont pas là, se contenta de dire Karina, en détournant le regard.
En réalité, c'est parce qu'elle connaissait bien Barnaby. Et entre les trois, il était le seul à ne pas se montrer indiscret avec des questions à répétition.
Le concerné réfléchit un instant, puis soupira avant de noter l'adresse de Kotetsu sur un bout de papier.
Le lendemain matin, le soleil peina à se montrer : caché par des nuages gris et imposants, l'astre de lumière ne parvenait pas à dévoiler sa somptueuse couleur chatoyante. Bien qu'il réussît néanmoins à réchauffer la métropole sans trop de difficulté, celle-ci se voyait, malgré tout, recouverte d'un drap de tristesse à cause de l'arrivée imminente de la pluie. Un véritable climat contradictoire. La saison estivale était, après tout, loin d'être terminée.
Sur un trottoir quelconque marchait une Karina anxieuse. Les yeux rivés sur la note contenant l'adresse de Kotetsu, elle ne pouvait retenir les chaînes de l'inquiétude la capturer. Certes, elle se sentait prête à admettre ses sentiments, mais était-elle préparée à accepter son regard ? Sa réaction ? Et surtout sa réponse ?
Elle tenta de visualiser l'attitude qu'adopterait Kotetsu après un « Je t'aime », et s'adressa un « idiote ! » aussitôt : les visions que dessinait son subconscient n'étaient pas objectifs. En effet, telle une enfant croyant inexorablement à l'amour réciproque du prince charmant, la Rose ne cessait d'imaginer le Tigre répondre positivement à ses sentiments, avec un sourire noble au coin des lèvres.
Seulement, ce Kotetsu là n'était en réalité qu'une chimère à la réaction fantasmagorique. Elle le savait. Et pourtant, elle y croyait.
Jonglant entre la note et les noms de rue, Karina continua sa recherche pendant plusieurs minutes. Elle longea ensuite une route, emprunta une ruelle, et arriva enfin devant une plaque bleu-roi, où reposait un nom identique à celui écrit sur sa feuille. Sa destination se rapprochait incontestablement, et l'envie de faire marche arrière avec.
Toutefois, fuir ne mènerait à rien.
Après une profonde inspiration, la blonde traversa divers pâtés de maisons, en gardant un œil sur les numéros qu'affichaient celles-ci. Chaque pas lui donnait l'occasion de s'inquiéter encore plus quant aux prochains événements à venir.
Elle s'arrêta devant la vitre d'un magasin, et y observa minutieusement son reflet : ses cheveux, coiffés d'une queue de cheval sur le coté, resplendissaient naturellement. Habillée sobrement, elle portait une petite veste en cuir, s'arrêtant aux coudes et aux bas des côtes par dessus un long tee-shirt blanc. Ses jambes se cachaient dans une paire de collants foncés, et un mini short, arrivant mi-cuisses, complétait la tenue. A ses pieds, la teinte marron de ses rangers brillait encore, preuve de leur achat récent.
Suite à cette analyse, la jeune femme se sentit rassurée : au moins, elle ne ressemblait pas à une souillon.
Elle reprit donc sa route avec cette idée en tête, et distingua, un peu plus loin, un bâtiment portant le même numéro que sur sa note.
C'était là.
La Rose balaya le lieu du regard. Le calme qui y régnait n'avait rien de lugubre ou d'inquiétant, mais instinctivement, son cœur s'accéléra une fois face à l'appartement de Kotetsu. Elle secoua la tête, et franchit les marches du petit escalier devant l'entrée.
Aussi banale soit-elle, jamais une porte lui parut si imposante et menaçante que celle-ci. Comme si elle lui ordonnait de faire demi-tour.
Il n'en fut rien.
A la place, Karina ravala difficilement sa salive, et dirigea son poing vers la porte. Après un moment de réflexion, elle finit par la frapper timidement deux fois.
Cependant, personne ne répondit.
« Serait-il sorti ? », songea-t-elle, avant de taper avec plus d'assurance.
Elle patienta quelques secondes, qui s'allongèrent en minutes. Mais elle comprit qu'insister ne servirait à rien.
Encore une occasion qui lui glissait bêtement entre les doigts.
Déçue, elle tourna les talons, prête à partir. Néanmoins, une intonation venant de l'autre côté de la porte la stoppa net.
- Deux secondes, j'arrive !
Karina reconnut aussitôt la voix de Kotetsu, et se hâta de retourner à sa place initiale. Les joues un peu plus roses que d'habitude, elle se mordit les lèvres un instant : la dernière occasion de s'éclipser se présenta à elle. Elle déclina finalement cette ultime chance.
Qu'il en soit ainsi.
Au même moment, la porte s'ouvrit enfin, dévoilant un Kotetsu intrigué.
- Bonjour, c'est pour qu... Karina ?!
A l'entente de son nom, la blonde tenta difficilement d'adopter une attitude posée et confiante. Elle regarda ensuite le vétéran, et se lança :
- Bonjour Kotetsu. Je ne te dérange pas j'espère ?
- Non, pas du tout. Tu veux entrer ?
Karina acquiesça timidement, et retira ses chaussures pour pénétrer dans l'appartement de Wild Tiger. Une fois à l'intérieur, la jeune femme se retrouva dans un salon plutôt bien espacé : au centre de la pièce reposait un canapé face à une petite table basse, où plusieurs canettes de bière vides attendaient qu'on les jette. Préférant ne faire aucune remarque, la Rose glissa le regard vers la droite, et y vit une petite cuisine dont la vaisselle débordait exagérément de l'évier. Ces images, typiquement masculines, arracha une moue blasée sur son visage : décidément, la solitude n'arrangeait en rien les manières de Kotetsu.
- Désolé pour le désordre ! s'excusa ce dernier, en s'empressant de jeter les canettes vides.
- Y'a pas de mal, j'aurais dû te prévenir de ma visite. Excuse-moi.
- T'en fais pas, va ! Et installe-toi si tu veux.
Suite à cette proposition, la blonde vint s'asseoir sur le canapé sans dire un mot, tandis que Kotetsu partit en direction de la cuisine. Attendant que ce dernier prenne place à son tour, elle observa une dernière fois son entourage : un grand meuble devant elle affichait plusieurs photos de famille. Son regard s'attrista quand celui-ci s'attarda sur un cadre montrant le vétéran et sa défunte épouse : leur sourire brillait de sincérité et de bonheur, et l'amour se lisait dans leurs yeux. Alors pourquoi dût-il être si éphémère ? Au fond d'elle-même, Karina se sentait désolée pour Kotetsu, car même s'il souriait souvent, son sourire n'était pas aussi resplendissant que sur ces clichés.
Et en aucune façon, Karina ne souhaitait remplacer cette femme. Cela aurait été trop présomptueux et immature de sa part.
Remarquant qu'il ne revenait pas, et qu'un silence plutôt morose s'installait, elle essaya de lancer une conversation.
- Tu étais occupé tout à l'heure ?
- Hum ? Pas à proprement parlé, j'étais au téléphone avec Kaede.
- Elle va bien ?
- Oui, très !
Il rejoignit enfin Karina, deux canettes à la main, et lui en tendit une.
- Une limonade, ça te tente ? Je n'ai plus que ça en boisson non alcoolisée.
- Ah, merci c'est gentil..., murmura Karina, en l'acceptant.
Les lèvres du Tigre s'étirèrent légèrement. Il décapsula sa bière, s'assit silencieusement, et avala trois bonnes gorgées d'alcool.
Cet incessant mutisme joua sur les nerfs de Karina : pourquoi, diable, ne parlait-il pas ?
- Je te dérange ? lança-t-elle, dans un ton presque froid.
Cette question imprévisible manqua d'étouffer Kotetsu.
- Pas du tout !, s'exclama-t-il.
- Tu sembles pourtant ailleurs... C'est rare de ta part, d'habitude il faut te menacer pour que tu te taises.
Le vétéran rit doucement à cette remarque, encourageant Karina à l'imiter. Au fond, elle avait raison, ce n'était pas dans ses habitudes d'adopter une expression si déprimante.
Kotetsu tourna la tête, et se perdit un instant dans ses pensées.
- Kotetsu ?
- Excuse-moi. Ce n'est rien ! dit-il enfin. Mais parlons plutôt de toi, tu continues tes études en septembre ?
Décidément, il n'aimait pas parler de ses soucis. Cette attitude vexa Karina, néanmoins, elle dut faire profil bas. Hors de question de se montrer insistante et se donner une image de fouineuse.
- Oui, j'ai eu mon année, confirma-t-elle. De justesse, mais je l'ai eu.
- De justesse ?
- On va dire que je ne me suis pas « donnée à fond », à cause de mes activités.
- Je vois... Peut-être devrais-tu alléger ton emploi du temps, non ?
Elle arqua les sourcils, attendant qu'il développe son idée.
- Faire autant de choses est tout en ton honneur. Mais je pense que tu devrais faire une pause dans certaines activités. Celle au bar, par exemple, expliqua Wild Tiger.
La dernière phrase agit comme un coup de poignard en plein cœur. Cette proposition manquait de sens pour Karina. Elle refusait d'abandonner son travail de chanteuse au bar. La connaissait-il, finalement ? Elle ne lui avait pourtant jamais caché que son rêve consistait à devenir une idole reconnue. Vivre de sa passion était un rêve qu'elle prenait au sérieux, et Kotetsu osait lui conseiller de quitter cet environnement ? Cette idée était inconcevable ! Surtout que c'était grâce à ce petit boulot qu'elle pouvait garder contact avec lui. Ne le comprenait-il pas ?
- Ah ? Et pourquoi ne pas arrêter d'être une héroïne ? tonna-t-elle, offensée.
- Tu peux le faire aussi. Mais pour être honnête, ça ne me plairait pas.
Voyant qu'elle ne répondait pas, il continua :
- J'ai vu tes prouesses hier, à la télé. T'as réussi à empêcher un Next de faire le grand saut ! Et t'as même pas cherché à l'attaquer, t'as su le toucher par les mots. C'était épatant !
- Hum...
- Tu ne te rends pas compte à quel point tes actes sont dignes d'une héroïne.
- Je m'en fiche de tout ça !, s'énerva Blue Rose.
Un silence oppressant profita de l'occasion pour dresser un mur invisible entre les deux Next. Kotetsu écarquilla les yeux, tandis que Karina le fixa d'une mine grave. Plusieurs secondes, s'apparentant à des minutes, tournèrent dans le vide, laissant le duo dans une atmosphère pesante.
- Tu ne comprends pas Kotetsu. Tu ne comprends jamais rien !, formula tristement la blonde, sans détourner le regard. Je me fiche de cette image que je donne autour de moi, à travers les médias : ce n'est pas moi. Ce n'est que « Blue Rose », une héroïne qui porte un masque invisible !
Les mots s'évadèrent de ses lèvres, se libérant alors de la cage où on les retenait prisonniers depuis bien trop longtemps. Karina comprit que ces aveux n'étaient que le prologue d'une nouvelle histoire qui ne tarderait pas à commencer.
Elle dévisagea un bref instant l'homme qu'elle aimait : son expression demeurait stupéfaite.
Et à présent, elle ne pouvait plus revenir en arrière.
- C'est vrai... J'apprécie mon travail d'héroïne, reprit-elle. Mais j'aime encore plus celui que je fais au bar : il me permet d'imaginer ce que pourrait être ma vie si je réalisais mon rêve, et...
Elle s'arrêta en plein élan, à deux doigts de se confesser sur ses sentiments. Néanmoins, franchir la dernière barrière n'était pas si simple que cela, et le regard insistant du Tigre n'arrangeait en rien les choses.
Mais il fallait se lancer.
Il fallait oser.
Rien n'avancerait sinon, et cette idée était encore pire que de recevoir un refus.
- Et... ? répéta Kotetsu.
Karina se mordit les lèvres.
Si seulement avouer son amour pouvait être si simple. Ne pas ressentir cette boule au ventre, la gorge se nouer, le corps trembler... Comme dans les films à l'eau de rose. Évidemment, si cela se déroulait toujours ainsi, aussi facilement, une déclaration n'aurait plus d'intérêt.
Alors, elle ferma les yeux, prit une profonde inspiration, et se lança une bonne fois pour toute.
- Mais surtout, si j'arrêtais... je n'aurai plus l'occasion de te voir.
- Me voir... ?
- Depuis que tu as rejoins la Second League, plus rien n'est pareil... Nous... Non, je ne te vois presque plus. Plus rien n'a de sens... Je ne peux plus autant te crier dessus, ni discuter avec toi à chaque fin de mission... Rire de tes gaffes, dissimuler mon amusement en te traitant d'imbécile...
L'expression de l'homme s'aggrava à l'entente de cette confession. Mais Karina ne lui laissa pas le temps de l'interrompre.
- C'est pour ça que... Que je ne veux pas arrêter mon activité au bar ! Je veux continuer à te voir, à discuter de tout et de rien, te traiter d'idiot... Je...
- Karina...
- Non, laisse-moi finir... !
Kotetsu obéit, même s'il craignait le pire pour la suite. Comment en étaient-ils arrivés là ? Pourquoi ce sujet arrivait-il si soudainement ?
Ses yeux s'élargirent quand il se remémora soudainement son rendez-vous d'hier, au bar : d'abord, elle lui confiait qu'elle voulait lui dire quelque chose d'important, et aujourd'hui, elle revenait chez lui sans prévenir. Tout s'éclaircissait dans sa tête. Pourquoi ne le remarquait-il que maintenant ?
- Je ne veux pas que ça s'arrête... Toutes ces choses ont tellement d'importance pour moi... Je... Je t'aime Kotetsu ! balbutia enfin la Rose, le visage carmin.
Le cœur du vétéran s'accéléra si soudainement, qu'il eut l'impression qu'il résonna dans toute la pièce.
Note de l'auteur : Ne me tuez pas ! XD Un peu de suspense ça ne fait pas de mal... ou pas.
Comme d'habitude, on se retrouve dans deux semaines pour la suite ! :)
Tchous' !
