Coucou tout le monde ! Comme prévu, voilà le chapitre 11 !
Avant toute chose, je tenais à remercier les visiteurs qui se font de plus en plus nombreux au fil des semaines, ça m'encourage à continuer. Un grand merci aussi à July Cece qui m'a laissé un bon nombre de reviews bien détaillées ô_ô. Et je sais que je le dis à chaque note de début de chapitre, mais je tiens à remercier ma bêta-lectrice: Sayuri-Geisha, qui fait un travail monstre en corrigeant mes chapitres pour les rendre plus lisibles ! Je crois que sans elle et ses conseils, je n'aurais jamais pu continuer cette histoire ^^" Donc encore un énorme merci à elle pour ses corrections, et à July Cece pour ses avis toujours aussi plaisant à lire ! Allez donc jeter un œil à leurs histoires quand vous aurez le temps, ça vaut vraiment le coup !
Sur ce, je ne vous retiens pas plus longtemps : Bonne lecture !
Chapitre XI : Le Sorcier déguisé en Prince
Le mois de septembre débuta après le désagréable événement que connut Karina, quelques jours auparavant. Couchée dans son lit, elle observait de sa fenêtre les nuages conquérir le ciel de leur teinte sombre. Bien que l'automne n'arrivât que dans une vingtaine de jours, l'air commençait déjà à se rafraîchir, et le paysage adoptait une coloration morne. Contrairement à la dernière fois, le Soleil ne cherchait pas à s'imposer malgré les nuages qui le cachaient péniblement.
Il s'était résigné. Au même titre que Karina qui, en ce moment, réfléchissait encore à la discussion qu'elle avait échangée avec Kotetsu.
« Je n'aimerais qu'une seule personne dans ma vie. Je suis désolé... »
En se remémorant cette phrase, elle attrapa son coussin et le serra fort contre elle, croyant que cela guérirait son mal-être.
Évidemment, cet acte ne servit à rien.
Et de toute évidence, rien ne pouvait apaiser ce malaise perturbant, cette douleur pénible. Voilà la punition qu'elle recevait, le terrible châtiment que le Destin lui accordait pour avoir osé espérer qu'on répondrait positivement à ses sentiments.
L'oreiller s'écrasa violemment contre le mur, et aussitôt, la Rose fondit en larmes : quelle horrible sentence ! Pourtant préparée à l'éventuel refus, pourquoi souffrait-elle autant actuellement ? Pourquoi les pleurs ne cessaient de monter au point de lui donner la migraine ? La honte et le mépris, associés, profitèrent de cet instant de faiblesse pour conquérir son état d'âme.
Soudain, la réponse à ses questions tonna brutalement contre son crâne : si la souffrance se montrait si forte, c'est tout simplement parce que la réaction du Tigre l'avait étonnée. La riposte de ce dernier s'était imposée si rapidement, sans l'ombre d'une hésitation, qu'elle prouvait à elle seule qu'il ne pouvait oublier sa défunte épouse, toujours vivante dans son cœur.
Kotetsu était un homme fidèle, épris d'un amour que nul ne pouvait stopper. Suite à ce raisonnement, admiration et jalousie se jouèrent de Karina, l'amenant alors dans des pensées toutes plus contradictoires les unes que les autres.
Même si elle avait honte de le penser, elle enviait Tomoe. Cette femme, sans doute parfaite, avait gagné le cœur du vétéran, l'emportant avec elle dans la mort pour le sceller à jamais. De ce fait, elle balayait toutes les chances qu'espérait Blue Rose.
Quelle injustice.
Elle soupira, se trouvant affreuse dans ses propos. Son regard s'égara ensuite sur le plafond, et elle réfléchit un instant à ce qu'elle devait faire. Finalement, elle se leva, marcha machinalement vers la fenêtre, et contempla le paysage de l'autre côté. Plongée dans des couleurs annonçant la disparition de la saison estivale, la métropole rappelait ainsi ses vacanciers à regagner leurs bureaux.
La jeune femme sécha en vitesse ses larmes en entendant quelqu'un toquer à sa porte. Adoptant une expression neutre, elle invita à entrer.
Sa mère franchit le seuil de sa chambre, avec une mine inquiète dessinée sur son visage.
- Tout va bien, maman ? questionna Karina.
- C'est plutôt à moi de te poser la question !
Cette réponse intrigua la Rose avant de l'alarmer intérieurement : elle avait une excellente relation avec sa mère, ce qui permettait à l'une de repérer ce qui n'allait pas chez l'autre lorsque cela arrivait.
Priant que sa mère ne lui pose pas de questions embarrassantes, Karina tenta difficilement de paraître la plus normale possible.
- Comment ça ?
- Tu restes enfermée dans ta chambre depuis plusieurs jours ! Ça ne te ressemble pas, expliqua Christina. Sauf quand tu as le cafard.
A l'entente de cette déduction, Blue Rose retint un soupir, puis simula un fou rire en guise de protection, au grand étonnement de sa mère.
- Tu t'inquiètes pour rien ! Je t'en parlerais si ça n'allait pas ! gloussa l'héroïne.
- Hum... Vraiment ?
- Bien sûr ! Et désolée si je reste dans ma chambre, mais je révise un peu. Après tout, je retourne à l'Université dans peu de temps !
La femme âgée fronça les sourcils : entendre sa fille se justifier ainsi n'était pas dans ses habitudes. En effet, Christina devait souvent insister pour avoir des explications quant aux activités de Karina. Cette dernière déglutit en remarquant les traits sceptiques de sa mère, et implora à n'importe quelle divinité, de produire un miracle quelconque.
Pour une fois, ses prières furent entendues.
Au moment même où sa génitrice s'apprêtait à débuter un interrogatoire interminable, le bracelet de Karina vibra.
- Oh, on a besoin de moi ! s'exclama-t-elle, avant de prendre ses jambes à son cou.
- Karina !
- Arrête de t'inquiéter pour moi, enfin ! Tout va bien, je t'assure !
Et sans laisser le temps à Christina de riposter, Blue Rose referma la porte d'entrée derrière elle.
- Je suis désolée, murmura-t-elle, en se rendant sur son lieu de travail.
Une force invisible l'interdisait de se confier à sa famille et ses amis, aussi proches soient-ils. A quoi bon se plaindre et montrer ses larmes pour une chose aussi insignifiante ? Karina n'était pas la seule jeune femme à encaisser une déception amoureuse. Tout le monde en passait obligatoirement par là, et s'en plaindre ne servirait à rien. Et puis, elle connaissait déjà les réponses qu'on lui adresserait, ces phrases toutes faites qui ne consolent jamais celui ou celle qui les entend : « Il ne sait pas ce qu'il rate ! », « Il s'en mordra les doigts quand il se rendra compte de son erreur ! », « Tu en trouveras un autre ! ».
Des prononciations hypocrites qui ne servent qu'à rassurer bêtement l'amoureux.
Elle souhaitait ne jamais les entendre.
C'est pourquoi, il fallait à présent tenter de tourner la page, écrire le nouveau chapitre d'une existence sans réel projet concret.
La Rose ravala ses larmes, et exécuta sa mission après avoir reçu les instructions. Encore une fois, elle mit un masque cachant ses véritables émotions.
- Cinq-cents points pour Blue Rose ! Elle est au mieux de sa forme aujourd'hui !, s'égosilla le commentateur d'Hero TV.
La concernée adressa plusieurs sourires aux caméras en guise de remerciements. Après que la police ait embarqué les voleurs qu'elle avait assommés auparavant, l'héroïne se dépêcha de rejoindre les studios, craignant de tomber sur un de ses collègues.
Malheureusement, dame Fortune ne pouvait pas toujours l'accompagner dans ses démarches.
- Je vois que tu ne nous as laissés aucune chance aujourd'hui ! s'exclama Barnaby, déjà présent sur les lieux.
Elle eut du mal à retenir un rire moqueur à l'entente de cette réflexion : savoir que Barnaby Brooks Jr. ne triomphait pas des suspects pour une fois, et ressortait sans point, la fit sourire
- C'est vous qui sembliez peu motivé. Surtout toi, rétorqua-t-elle, d'un air taquin.
Le héros aux yeux verts fronça les sourcils, avant de détourner la tête dans un souffle mystérieux. Karina l'observa sans rien ajouter, redoutant de l'avoir vexé. Néanmoins, elle se sentit rassurée en apercevant, peu après, un sourire aux coins de ses lèvres.
- J'étais en forme moi. Comme d'habitude, dit-il, en lui offrant un regard compétiteur.
- Il faut savoir accepter quelques défaites, Barnaby, se moqua Karina.
Barnaby croisa les bras, fixa minutieusement sa rivale, et décida de lui laisser le dernier mot. Il savait pertinemment qu'en continuant ce petit jeu, les heures tourneraient à une vitesse affolante. De plus, l'expression de Karina ne lui paraissait pas aussi naturelle que d'habitude : sa voix portait une intonation presque différente.
L'envie de lui demander si tout allait bien effleura ses pensées, cependant il se restreint en voyant Kotetsu entrer à son tour.
- Tiens, salut vous deux ! lança ce dernier avec son éternel sourire.
- Ha, Kotetsu. C'est rare de te voir ici, constata Barnaby, en portant une main à sa hanche.
- Comment ça « rare » ?! La ville a besoin de la Second League ! Je venais pour me préparer.
- Je voulais dire par là que c'est « rare » qu'on puisse se ren...
Mais Barnaby fut interpellé par l'expression qu'arborait Karina : ses yeux paraissaient vides et perdus sur un point invisible. Bien qu'il soit difficile de le voir, il remarqua aussi ses mains trembler un peu.
Néanmoins, cette attitude s'en alla aussitôt qu'il l'a vit, et Karina releva doucement la tête en direction du vétéran, toujours avec ce même sourire insincère.
- C'est vrai que c'est inhabituel de se rencontrer ainsi !
- Ha, oui ! Mais bon, tant mieux. Ça me motivera un peu ! avoua Wild Tiger. En tout cas, tu as été épatante, encore une fois.
- C'est gentil de dire ça. Bonne chance de ton côté ! Sur ce, je vais me changer. A bientôt peut-être ! répondit Karina avant de partir en direction des douches.
Kotetsu salua Blue Rose d'un signe de main, sans remarquer la mine intriguée de son ancien partenaire.
Barnaby réfléchit : que signifiait cet étrange comportement ? Qu'est-ce que Karina cherchait à dissimuler derrière ce sourire ?
Il posa délicatement son menton entre son pouce et son index, et sursauta en entendant la voix du Tigre qu'il avait presque oublié.
- Je vais y aller aussi Bunny, on m'attend.
L'interpellé conserva son calme malgré le surnom, puis envoya un « au revoir » à son interlocuteur.
C'est alors que la part d'ombre, survenue auparavant, s'éclaircit en un rien de temps. Quelle terrible évidence : Karina avait donc franchi le pas.
« Je comprends mieux maintenant », pensa-t-il, tout en réajustant ses lunettes.
De son côté, la Rose pénétra dans la douche des vestiaires, et fit couler l'eau jusqu'à ce qu'elle soit à une température convenable. Les gouttes tièdes s'échappant du pommeau se confondirent aux larmes qui glissaient sur ses joues.
« Il m'offre toujours ce sourire benêt, son attitude reste la même, et il continue de m'encourager ! se dit-elle, en passant une main sur son visage. Mais au fond... Cela me fait horriblement mal ! »
Anéantie, elle s'adossa contre le mur carrelé, et étouffa plusieurs sanglots : comment parviendrait-elle à tourner la page, alors que l'homme qu'elle aimait ne partageait pas ses sentiments ? Malgré les pleurs, elle préféra rester discrète, de peur qu'on l'entende. Hors de question de jouer le rôle de la mal aimée. Et puis, elle essayait de se réconforter en se disant, qu'au moins, il n'avait pas coupé les ponts avec elle suite à cette déclaration.
Pourtant, peut-être qu'au final, dans un coin refoulé de son cœur, elle aurait préféré cela.
Les jours passèrent ordinairement, sans un quelconque changement. Karina retourna à l'université, et dut à nouveau gérer sa vie d'étudiante, d'héroïne et d'apprentie chanteuse, tout en dissimulant sa tristesse.
Peu après, l'automne marqua son grand retour. Le vent qui se faufilait dans les allées, se montra plus froid que ces derniers mois, courbant alors les branches des arbres, et emportant avec lui les feuilles déchirées par le temps. La végétation se colora d'une teinte orangée, tel le soleil qui, en début de soirée, enveloppait dorénavant le ciel dans un voile rosé.
La première semaine d'octobre arriva ensuite, et dans la nuit du 5, une étrange soirée battit son plein. Se déroulant dans un manoir situé à l'extrémité de la ville, la fête n'avait pour invités que des personnes chics et aisées. La majorité des hommes portaient un costume noir, donnant alors l'impression de se noyer dans un océan sombre. Quant aux femmes, leurs robes adoptaient une forme différente, dont la couleur rouge dominait, rappelant alors la violence du monde, et le sang qu'il versait.
Parmi la foule aux teintes de mort se tenait une Elizabeth mal à l'aise. Seule dans son coin, elle observa sa tenue : une petite robe aux tons d'innocence, soulignée par un bustier très ajusté et rehaussé par un petit nœud lacé dans le dos, mettant ainsi en valeur sa poitrine sans la vulgariser.
Après avoir réajusté la dentelle de sa jupe, elle se sentit idiote : que valait-elle au beau milieu de ces invités sophistiqués et aux allures hautaines ?
- Excuse-moi de t'avoir fait attendre ! s'exclama soudainement Aiden, en la rejoignant avec deux verres d'alcool à la main.
- Hum ? Ne t'inquiète pas, tu n'as pas été bien long.
La blonde aux yeux bleus lui sourit gentiment, et Aiden l'imita en lui offrant un des verres. Elizabeth le remercia mais ne but pas dans l'immédiat, perdue dans ses pensées.
- Impressionnante cette petite soirée, n'est-ce pas ? débuta Howards.
Elle sourit de nouveau, laissant échapper par la même occasion un petit gloussement.
- Peut-être un peu trop « impressionnante » pour moi, souffla-t-elle.
- Ne dis pas de sottises, enfin !
- Excuse-moi. Tu as raison, c'est extraordinaire !
Elle en profita pour observer les alentours : le hall baignait dans une clarté chaleureuse, et en regardant de chaque extrémité de la salle, elle pouvait apercevoir une rangé d'immenses fenêtres aux style rococo, agrémentées de rideaux à la dentelle pourpre. A proximité de l'entrée se tenait une grande table mettant à disposition divers alcools et amuse-gueules.
Miss Lance releva ensuite la tête, et contempla le lustre en diamants accroché au plafond : ses pierres renvoyaient plusieurs billes de lumières multicolores sur le carrelage. Enfin, derrière elle, demeurait un majestueux escalier de soie conduisant les reçus au salon : une pièce luxurieuse, embrumée par la fumée des cigarettes qui enlaçait l'odeur de la vodka.
Troublante atmosphère hypocritement bourgeoise. En voyant les invités se délecter des breuvages interdits, et des gourmandises hauts de gammes, Elizabeth porta une main à son cœur. Jamais l'embarras ne s'était autant joué d'elle. Jamais.
Elle se tourna vers Aiden, et oublia toutes ses peurs : vêtu d'un petit gilet sans manche par dessus une chemise blanche, et d'une longue veste à queue de pie d'un violet dérivant sur le noir, il ressemblait à un noble d'une ancienne époque. De plus, contrairement aux autres hommes, il portait un jabot, et non une cravate, renforçant ainsi cette image.
Il suffisait qu'Elizabeth regarde Aiden pour effacer, le temps d'un instant, ses soucis personnels. Avec ses traits emprunts d'élégance, ses yeux envoûtants, et ce sourire énigmatique qu'il conservait sans jamais divulguer une part de faiblesse... Oui, Monsieur J. Howards était le remède des mœurs de la secrétaire.
Et elle le suivrait jusqu'au bout, qu'importe le prix que cela coûterait.
- J'ai une question, Aiden, lança timidement la femme.
- Je t'écoute ?
- Pourquoi m'avoir invitée ici ?
Il rit, puis but une gorgée de son verre.
- Je savais que tu me poserais cette question ! En vérité, je suis ami avec le propriétaire de ce manoir. Il organise souvent des soirées de ce genre pour s'amuser un peu. Comme je suis souvent invité, je me disais que ce serait une bonne expérience pour toi que d'assister à cet événement.
Sur ces mots, il adressa une expression tendre à Elizabeth, mais arrêta en voyant le malaise dessiné sur son visage.
Décidément, cette brebis galeuse ne ressemblait en rien aux femmes superficielles qu'Aiden côtoyait en temps normal. Doutant un instant de ses plans, il préféra balayer toute spéculation superflue de son esprit. Certes, Elizabeth s'avérait moins artificielle que prévu, cependant, il possédait encore toutes les cartes en main.
- Cela te gêne ? murmura-t-il doucement à l'oreille de sa proie.
- C'est juste... nouveau pour moi, confessa la blonde. Il y a encore quelques mois, j'essayais de faire de mon mieux pour accomplir sérieusement mon travail. Et aujourd'hui, telle une princesse de contes de fées, je me retrouve dans un grand manoir où une grande fête bat son plein. Avec toi qui plus est...
Peut-être en avait-elle trop dit ? Par peur d'être blâmée, elle baissa la tête et tenta d'éviter le regard d'Aiden. Néanmoins, ce dernier ne prit pas compte de ce geste, et lui saisit le menton entre ses doigts. Enfin, il releva doucement son visage de sorte que leurs yeux se croisent.
- Tu n'as pas à avoir honte, Elizabeth. De la soirée, c'est toi la plus resplendissante.
- Ne dis pas n'importe quoi...
- Je suis sincère.
La main de l'homme se glissa lentement dans la chevelure d'Elizabeth, effleurant involontairement son cou. Ses doigts se mêlèrent ensuite aux mèches dorées, les faisant ainsi onduler sur les pointes. Le contact bref d'Aiden sur sa peau la fit frissonner, l'emprisonnant alors dans la cage des tentations interdites.
Quelle douloureuse emprise.
Et les deux perles argentées qui ne cessaient de la fixer avec tendresse n'arrangeait en rien les choses.
- Aiden ! s'écria une voix féminine.
L'appelé tourna la tête en direction de l'élocution, et abandonna Elizabeth à son propre sort. Il retint en soupir en reconnaissant l'auteur de cet appel soudain.
- Lian-Hua, quelle surprise de te voir ici, formula Howards.
- Ce serait plutôt à moi de dire ça, non ?
La secrétaire reprit tant bien que mal ses esprits, avant de s'attarder sur la nouvelle arrivante qui se moquait gentiment d'Aiden.
C'était une femme d'environ une trentaine d'années, aux allures sage et distinguée : ses cheveux de jais arboraient une coupe à la garçonne, dont deux fines mèches rebelles effleuraient ses yeux bridés. Son regard se mariait à la sensualité, et ses lèvres rouges comme des cerises appelaient à se faire embrasser.
La robe chinoise qu'elle portait, massait merveilleusement bien sa silhouette svelte, et l'ouverture sur le côté dévoilait une jambe fine n'attendant qu'à être caressée. Une tenue digne de ses origines asiatiques.
Face à cette image charnelle, Elizabeth se sentit misérablement inférieure.
- Tiens, Ascelin n'est pas avec toi ? questionna Lian-Hua, sans remarquer Miss Lance.
- Non, il avait un... petit travail à faire.
L'asiatique comprit le sens de cette phrase et n'ajouta rien de plus, sauf un petit sourire complice en coin.
- Oh, Elizabeth, laisse-moi te présenter Lian-Hua. C'est une amie.
La présentée sursauta à l'entente de cette dernière phrase et jeta un œil confus à Aiden : il ne l'avait jamais considérée comme telle jusqu'à présent. Toutefois, le regard en coin qu'il lui adressa discrètement, lui permit de comprendre qu'il ne faisait qu'élaborer une sombre stratégie.
- Enchantée de faire votre connaissance ! Je m'appelle Elizabeth. Elizabeth Lance.
- Allons, pas de manières avec moi s'il-te-plaît ! Nous ne sommes pas dans un gala ni chez un monarque ! plaisanta la trentenaire.
- Veuillez m'en excuser..., répondit timidement la blonde, gênée.
- Et je veux que tu me tutoies ! Je ne suis pas encore assez vieille pour les vouvoiements, d'accord ?
- D'accord, pardon !
Aiden rit à plein poumons face à cette scène composée d'ordres et d'excuses, puis ajouta :
- Lian, tu mets Elizabeth dans tous ses états !
Son amusement fut de courte durée.
Il scruta en silence l'escalier. A son sommet, un homme le fixait minutieusement. D'une cinquantaine d'années, sa carrure renvoyait une vision d'un fier soldat de guerre. Ses cheveux châtains, plaqués en arrière, renforçaient les traits de son visage sévère et intriguant, tandis que ses deux saphirs ordonnaient à Aiden de le rejoindre dans les plus brefs délais.
- Veuillez m'excuser, mais je dois m'absenter, déclara Howards, en posant son verre sur la table. Lian-Hua, pourrais-tu montrer la piste de danse à Elizabeth? Je vous y rejoins.
- Très bien.
Il remercia la femme asiatique d'un signe de tête, et adressa une expression rassurante à Elizabeth, avant de monter les marches pour y rejoindre le mystérieux personnage.
L'homme énigmatique amena Aiden dans une grande chambre délaissée par les invités. Le clair de lune, dont les rayons s'infiltraient par la fenêtre, noyait la pièce dans une clarté naturelle.
Aiden sursauta un peu en entendant le plancher craquer sous ses pieds, et aperçut à sa droite un lit à baldaquin poussiéreux. Le personnage lui lança un petit rire moqueur, et s'avança vers la fenêtre qui lui offrait, en guise de tableau, l'astre blanc et ses nuages.
- Vous désiriez me parler, monsieur Shirow ? lança Aiden.
Le dénommé Shirow, dos au jeune homme, hocha légèrement la tête en sa direction. Dans la vitre se reflétait une expression grave.
- Tu peux m'appeler Itsuki quand nous sommes tous les deux.
- Je ne saurais me le permettre.
Un rire étrange rebondit contre les murs fissurés de la chambre, laissant Aiden perplexe.
- Tu es toujours aussi solennel, déclara Itsuki.
- Avec la place que vous tenez, je trouve cela normal. Vous êtes notre supérieur après tout.
- Vu comme ça... Bref, fais-moi ton rapport.
Le jeune homme acquiesça sereinement. Il adopta alors une posture plus droite et formelle, puis débuta le rapport demandé :
- Cela va faire maintenant dix mois que j'ai reçu votre lettre annonçant le décès de monsieur Maverick Albert. J'ai pris en compte votre demande et j'ai élaboré un plan qui permettrait à la société de gravir les échelons, articula Aiden.
- Et ce plan ? Quel est-il ? Parce qu'au final, tu ne m'as rien expliqué.
- Je sais bien, et je m'en excuse. Pour être honnête, je préférais attendre et voir si tout se passait bien. Après tout, vous l'avez dis vous même dans votre lettre : rester sur mes gardes est primordial.
La figure d'Itsuki Shirow s'apaisa à l'entente des explications méthodiques de son sujet.
« C'est sans aucun doute le meilleur membre d'Ouroboros », pensa-t-il, le cœur empli de fierté.
- Continue, ordonna-t-il.
- J'ai donc fait appel à Ascelin pour m'aider à réaliser mon projet : créer une armée de Next qui se rebellerait contre l'humanité, dans l'espoir d'établir une relation paradoxale entre Next et Humains.
- Je vois. C'est pour cela qu'il est absent ?
- Oui, il recherche quelques alliés de plus. Nous pourrons bientôt passer à l'attaque.
Épaté par les propos terrifiants d'Aiden, son supérieur se retourna pour lui faire face et l'observa un long moment. Jamais Itsuki n'avait perçu une aura si puissante de la part de son subordonné. La rareté de cette émanation le poussa même à rester sur ses gardes.
Qui était vraiment Aiden J. Howards ?
- Et cette femme qui t'accompagne ? reprit Shirow.
- Une humaine. Ce n'est qu'un pion sur mon échiquier.
- Vraiment ? A quoi va-t-elle te servir ? Elle ignore où elle se trouve ?
- Elle servira d'appât, je compte bien rallier les Héros à ma cause. Et non, cette idiote ne sait même pas qu'elle assiste à un rassemblement des membres d'Ouroboros. Elle croit même que vous êtes un ami que je côtoie depuis longtemps.
Avec cette ultime explication, Aiden venait de signer le contrat de confiance qui l'unissait à son chef, Monsieur Itsuki Shirow. Néanmoins, ce dernier chercha à le tester, dans l'espoir de trouver une petite faille.
- Et comment vas-tu la convaincre de te servir d'appât ?
- Vous verrez bien par vous-même, sourit Howards.
L'homme âgé ne put s'empêcher de rire : tout cela allait s'avérait bien distrayant, finalement.
Elizabeth fixait silencieusement le contenu de son verre qui lui renvoyait son visage attristé. La salle de danse avait des allures d'une salle de bal : un orchestre jouait plusieurs symphonies envoûtantes, invitants certains couples à se laisser emporter par les notes.
A sa gauche se tenait Lian-Hua qui trempait délicatement ses lèvres dans un liquide incolore. Les quelques mèches rebelles de sa coiffure, effleuraient ses joues rosées par les méfaits de l'alcool.
- Puis-je vous... te poser une question ? osa la blonde.
- Je suis tout ouïe ! rigola l'asiatique.
- L'homme que Monsieur Howards a rejoint... Qui est-ce ?
Aussitôt, Lian-Hua cessa de rire. Ne sachant quoi répondre, elle posa les yeux sur la blonde et l'observa avec consternation.
- C'est mon supérieur, dit-elle enfin.
- Votre supérieur ? Vous travaillez pour lui ?
- Oui... Et je suis aussi...
Elle se stoppa avant de faire des révélations involontaires. De l'impression qu'elle donnait, Elizabeth ne paraissait pas vraiment au courant de la véritable nature des invités. De ce fait, il valait mieux garder les choses pour soi. L'asiatique connaissait un peu Aiden, et elle savait qu'il portait constamment le sceptre de la manipulation. Il lui arrivait même de le comparer à un sorcier en soif de pouvoir.
Elle comprit facilement qu'Elizabeth était une marionnette entre ses mains.
- Veuillez m'excuser pour l'attente, dit Aiden en rejoignant les deux femmes.
- On commençait à se demander ce que tu faisais avec Monsieur Shirow, se moqua la trentenaire.
Il ignora les taquineries de sa collègue, puis offrit à Elizabeth son plus beau sourire.
- Elizabeth... ?
Avant que l'interpellée ne réponde, l'homme fit une révérence en conservant la même expression sur son visage, puis tendit la main à sa secrétaire, tel un noble d'une autre époque.
- M'accorderais-tu cette danse ?
Suite à cette proposition, l'orchestre joua l'introduction d'une célèbre composition du dix-neuvième siècle, poussant alors Miss Lance dans un embarras indéfinissable. Comment converser sa lucidité face à une telle proposition ? Les demandes les plus surprenantes sont souvent les plus touchantes. Sa peau se teinta d'un rouge discret, et les mots n'arrivèrent pas à sortir de ses lèvres à présent humides.
Lian-Hua guetta furtivement l'attitude du couple, et poussa un soupir glacé avant de quitter la pièce.
« Jouer des sentiments d'une femme qui t'aime avec la plus belle des sincérités, n'as-tu pas honte Aiden ? », pensa-t-elle, frustrée.
- Tu pars, Lian-Hua ? intervint Itsuki en l'apercevant dans le hall.
La femme en robe chinoise sursauta. Elle se tourna ensuite vers son supérieur et lui offrit une expression aguicheuse, agrémentée d'un petit sourire en coin.
- Du tout monsieur. Je vais prendre l'air.
- Je vois. Fais attention à toi. Il serait dommage qu'il t'arrive quelque chose, n'est-ce pas ?
Déchiffrant le double sens de cette phrase, l'asiatique fronça les sourcils : s'il y avait bien une personne qui la dégoûtait en ce monde, c'était Itsuki Shirow. Cet homme dont elle connaissait tous les secrets, ce renard qui n'hésitait pas à se servir de ses subordonnés pour parvenir à ses fins.
Ce Next qui l'avait « choisie ».
- Ne vous en faites pas pour moi, dit-elle simplement, en se rendant dans les jardins.
L'homme âgé étouffa un rire macabre, et entra dans la salle de danse sans s'attendre à ce qu'il allait voir.
Quel tableau épatant !
Seuls Aiden et Elizabeth valsaient dans la salle en accompagnant minutieusement la musique. Entouré de Nexts qui l'admiraient hypocritement, le couple, emporté par l'orchestre, leur offrit une prestation romanesque.
Guidée par ce partenaire qu'elle admirait, et charmée par son assurance, Elizabeth s'envola dans un monde où ses rêves devenaient réalité. La main chaude de Monsieur J. Howards, posée depuis le début sur la hanche de sa secrétaire, permit à celle-ci de s'éprendre de plusieurs frissons voluptueux.
Le morceau s'intensifia en même temps que les émotions de la jeune femme, et Aiden en profita pour la faire tourner en toute galanterie. Il la tira ensuite doucement, de sorte à ce qu'elle se retrouve blottie contre lui.
Persuadée qu'il s'agissait d'un rêve, elle songea que le plus doux des plaisirs provenait du parfum de l'homme qu'on aime. Et elle parvenait difficilement à ne pas perdre la tête, serrée ainsi dans des bras aussi entreprenants.
- Je suis heureux, chuchota l'homme, contre son cou.
- Vraiment... ?
- Oui.
Il passa sa main dans la chevelure dorée de sa proie, puis reprit la valse avec plus d'entrain et de joie. Les spectateurs n'étaient que des ombres, dont les yeux brillaient d'une lueur malsaine, et leurs lèvres, étirées jusqu'aux oreilles, montraient qu'ils comprenaient parfaitement le jeu de leur collègue.
Hélas, Elizabeth ne vit rien. Le Prince qu'elle aimait n'était un manipulateur sans scrupules qui prenait un malin plaisir à jouer avec les sentiments qu'on lui accordait.
- J'aimerais te demander un service après cette soirée..., lança-t-il d'une voix sérieuse.
- Un service... ?
- Oui. Bien sûr, tu n'es pas obligée d'accepter.
- Ne dis pas de sottises, Aiden. Si je peux t'aider, je n'hésiterais pas à le faire !
Ses yeux céruléens se perdirent dans ceux de son amant. Ne réfléchissant plus, elle se dévoila entièrement à lui, avec la plus triste des naïvetés. Le sorcier au costume princier en profita alors sans une once de pitié.
- J'ai besoin de toi pour rallier les protagonistes d'Hero TV à notre cause.
La musique s'arrêta. Mais les applaudissements des invités permirent de prolonger l'échange secret des deux danseurs.
- Si cela peut être utile, alors... Je suis d'accord ! s'exclama la marionnette.
Oui, l'amour rend aveugle. Et heureusement pour Aiden, cet adage s'appliquait à merveille sur Elizabeth.
Note de l'auteur : Il est dommage de ne pas pouvoir mettre de liens sur ce site, car j'aurais voulu vous renvoyer à la musique qui m'a grandement inspirée pour la scène de danse. Pour les curieux qui souhaiteraient savoir de quel morceau il s'agit, et bien c'est tout simplement la magnifique "Marche Slave" de Tchaikovsky. L'intro de cette composition est mystérieuse, et contient aussi une impression de "danger" qui se faufile parmi les notes. A l'image d'Aiden, l'ambiance de cette musique est à la fois magnifique et angoissante, voir réaliste et chimérique. J'ai du mal à expliquer mon ressenti XD Mais dans tous les cas, j'espère que vous avez apprécié, et que l'état de Karina ne vous a pas trop attristé (ou énervé ^^). Je vous donne rendez-vous le 25/10 pour le chapitre 12 !
