Disclaimer : Hormis mes OCs, les personnages et l'univers présent dans cette fanfiction appartiennent aux studios Sunrise et à Masakazu Katsura
Bêta-Lectrice: Mon irremplaçable siamoise ; Sayuri-Geisha !

Saluuuuut ! En espérant que vous vous portez bien en ce "début" du mois de Novembre. Moi ça va en tout cas, même si je suis épuisée xD. Je tenais à remercier encore une fois mes lecteurs qui prennent la peine de me laisser leur avis sur mon histoire ! J'ai hâte d'avoir votre avis sur la suite, de connaitre vos réactions sur certaines scènes et tout ce qui s'en suit :)

Sayuri-Geisha : Comme je te l'ai dis la semaine dernière, je comprends que tu trouve la réaction de Karina un peu trop froide, mais dans ma logique, elle avait enchaîné les mauvaises choses aux cours des derniers jours. Elle est déjà très affectée par Kotetsu, la réaction qu'elle adopte, et à côté elle n'a plus aucune nouvelle de ses amies et les cours sont compliqués à suivre. Du coup, la remarque de Barnaby a été la goutte de trop...

Kero :
Oui, Karina est un peu hypocrite, mais peut-on vraiment la blâmer ? Elle se cache derrière un sourire, c'est un moyen de défense, un bouclier. Bien sûr ce n'est pas la meilleure des choses à faire, et je comprends que ça puisse t'énerver xD Mais ça finira bien par s'arranger, faut se dire ça ! Merci pour tes compliments, ça me fait toujours autant plaisir en tout cas /

Allez, bonne lecture à vous tous !


Chapitre XIII : La Vierge qui clamait sa dévotion

Un silence oppressant s'installa sournoisement entre les Héros, encore décontenancés par ce qui venait de se produire. Pao-Lin fut la première à se tourner vers Barnaby, en attente d'une explication. Mais son regard s'attrista, quand elle remarqua l'expression bouleversée du héros à lunettes.

- Que s'est-il passé ? demanda avec inquiétude Nathan.
- Elle ne semblait pas bien..., ajouta Antonio.

Barnaby n'entendait pas les paroles qu'on lui adressait : les mots, froidement prononcés par Karina, résonnaient péniblement dans sa tête. Si bien qu'il en oublia son environnement, perdu sur une cible imperceptible.

- Hey ! Barnaby !

L'interpellé sentit alors une main gantée se poser vivement sur son épaule. Ce geste le fit sursauter avant de le ramener à la réalité : Keith le fixait d'un air grave.

- Ça va ? Tu veux t'allonger ? lui proposa ce dernier.

Peu à peu, ses muscles se décontractèrent, puis il dévisagea ses collègues qui l'observaient timidement, sans doute encore inquiets à son sujet.

- Non, non. Tout va bien, dit-il enfin.
- Et Karina ? Que s'est-il passé pour qu'elle quitte ainsi la soirée ? questionna Pao-Lin.
- Elle s'est mise à crier et..., commença Rock Bison.
- Ça suffit maintenant ! coupa Agnès.

Déconcertés, tous les Héros à l'exception de Barnaby se tournèrent vers leur productrice.

- Je peux comprendre que cela vous perturbe, mais gardez votre curiosité pour vous. Aujourd'hui, c'est l'anniversaire de Barnaby, alors ne le gâchons pas pour des histoires, expliqua-t-elle.
- Mais Karina..., lança Dragon Kid.
- Laissons la tranquille pour l'instant. Elle préfère peut-être rester seule.

Les protagonistes du show s'échangèrent plusieurs regards intrigués, cependant, ils ne revinrent pas sur leur choix : Agnès avait raison, insister pour des explications ne ferait qu'aggraver les choses, alors que tout se déroulait si bien. De ce fait, chacun vaquèrent à leurs occupations sans relancer le sujet, laissant Barnaby reprendre ses esprits.


Aiden arriva à la base sans un mot. Les mains jointes dans son dos, droit comme un « I », ses yeux fixant les Next qui lui adressaient le salut habituel, et son sourire en coin, il entra dans son bureau où l'attendait Ascelin.

- Je t'ai fais attendre ? demanda le chef.
- Pas vraiment.

Faussement rassuré, Aiden lâcha un petit rire énigmatique, offrant à son collègue une certaine incompréhension.

- Allez, fais moi ton rapport, dit Howards.
- Oui.

Obéissant, Ascelin prit une posture plus adaptée, une profonde inspiration, et articula méticuleusement chaque parcelles d'informations :

- J'ai poussé d'autres Next à nous rejoindre. A l'heure d'aujourd'hui, nous sommes environs quatre-cent cinquante sujets réunis. La majorité de nos partisans possèdent des pouvoirs simples mais efficaces, telle que la manipulation des éléments.

Tout en écoutant attentivement les explications de son ami, l'aîné se dirigea vers son bureau pour y remplir une énième tasse de son breuvage préféré. Dos à Ascelin, il y trempa ses lèvres et en avala une longue gorgée.
L'odeur fruitée de la boisson se faufila jusqu'aux narines du jeune sujet, l'agaçant par la même occasion. Il détestait n'entendre que le tintement de la porcelaine en guise de félicitations. Lui qui avait toujours montré fidélité à Aiden J. Howards. Lui qui faisait tout son possible pour effectuer, avec minutie, les tâches qu'on lui attribuait. Lui qui ne cessait de croire en son supérieur.
Lui qui...
Ses dents se serrèrent sous le coup de l'insatisfaction, en même temps que son poing dont les ongles s'enfonçaient douloureusement dans sa paume. Tout ce qu'il désirait, c'était de recevoir des compliments, aussi futiles soient-ils. Qu'importe, tant que son supérieur le congratulait.

- Tu devrais cesser de boire ce thé, tu commences à en devenir accroc, marmonna Ascelin.

Pour seule réponse, il entendit la tasse se poser sur un meuble quelconque. Étonné, le jeune homme releva la tête, et sursauta en voyant Aiden face à lui.

- Tu m'as l'air à fleur de peau en ce moment, Ascelin. Je me trompe ?

L'élocution de sa voix se glissa mesquinement dans l'oreille de son interlocuteur, ce qui créa à ce dernier un frisson involontairement interdit. Néanmoins, Ascelin ne laissa rien paraître, adoptant une expression calme et sérieuse : il avait l'habitude.

- Non, du tout.

J. Howards rit à nouveau, pas vraiment convaincu de la sincérité de cette réponse banale. D'un mouvement gracieux, il releva son poignet et dirigea lentement sa main sur la cravate de son cadet, le même sourire fixé aux lèvres. D'une expression mystérieuse, il fit glisser le morceau de tissu dans le creux de sa main avant de plonger son regard métallique dans celui d'Ascelin.

- Vraiment ? Tu sais, si quelque chose ne va pas tu peux m'en parler, susurra Aiden.

Ascelin déglutit. Plus les choses avançaient, plus il s'avérait difficile de dissimuler ses désirs et surtout ses émotions. De plus, sentir le souffle chaud de son chef à quelques centimètres de lui, sans ignorer sa main qui effleurait involontairement sa chemise, lui procura plusieurs sensations contradictoires : il aimait et détestait, souhaitait à jamais rester ainsi, tout en espérant que cela cesse. Mais au final, il se laissait séduire par l'affreux sentiment de culpabilité charnelle.
Son cœur tambourina violemment contre sa poitrine. Cependant, Aiden n'entendit rien, trop occupé à l'observait dans les yeux.
Ah...
Quelle calomnie ! Quelle honte que de devoir porter sur ses épaules, le poids d'un amour déplorable ! Ascelin savait parfaitement bien vers quoi il se lançait s'il se laissait dominer par ces sentiments imparfaits. C'est pourquoi il essayait tant bien que mal de les refouler, les enfermer à jamais dans le coffre de la raison.
En vain.
Il ne pouvait lutter trop longtemps, prisonnier dans les mailles du filet d'une Venus têtue et insistante. Tremblant légèrement d'exaltation, le jeune homme releva la tête pour observer son chef. Toujours près de lui, les yeux à demis clos, Howards fronça les sourcils en remarquant le teint blême de son ami.

- Ascelin ? Que t'arrive-t-il ?

Il lâcha la cravate avant de reculer d'un pas, stoppant l'instant de réflexion qu'Ascelin s'était accordé. Ce dernier ne sut donner un nom à l'expression qu'arborait son supérieur : était-il inquiet ? S'en fichait-il ? Dans l'incapacité de répondre à sa propre question, il porta une main à son front, et la guida vers sa chevelure pour plaquer quelques mèches rebelles en arrière.

- Ce n'est rien, un coup de fatigue, mentit-il.
- Je vois. Tu peux rentrer te reposer. De toute façon, je dois recevoir Elizabeth.

Ascelin sursauta à l'entente de ce prénom : quel était le rapport ? Non, que faisait-elle encore là ? Que comptait-il faire avec elle ?
Cachant sa colère, il tira sur le col de sa chemise dans l'espoir de se rafraîchir un peu. Mais la jalousie, joueuse et tyrannique, incita la fureur à l'ébouillanter. Pourquoi devait-il, inéluctablement, et chaque jour, entendre ce nom maudit ? Cette catin n'était-elle qu'une ombre cherchant à le nuire ? A l'enterrer vivant dans le cercueil des oublis ? Avec son regard innocent, son corps frêle et ses longs cheveux de blé, ne désirait-elle pas conquérir Aiden pour mieux l'éloigner d'Ascelin ?
On toqua doucement à la porte, et Howards sut de qui il s'agissait.

- Ah Elizabeth, tu es là ! Entre voyons !, dit-il d'un air enjoué.
- Merci.

Miss Lance pénétra dans la pièce, puis observa les alentours avant d'adresser un doux sourire de salutations à Ascelin. Celui-ci détourna vivement la tête pour lui faire part de son ignorance.

- Je vais vous laisser, déclara-t-il froidement.
- Oui merci, rajouta Aiden.

Le jeune homme dévisagea la secrétaire d'un air arrogant, à la limite cruel. Plus le temps passait, plus sa haine s'amplifiait. Il passa devant son supérieur, lui adressa un regard en coin, et quitta enfin le bureau sans un mot de plus, laissant Elizabeth dans un embarras désagréable.

- Je crois qu'il ne me porte pas dans son cœur..., suggéra la blonde.
- Il a passé une journée assez éprouvante, la rassura Aiden.

Elle ne fut pas vraiment convaincue par cette explication. Néanmoins, elle préféra faire profil bas, par peur de paraître paranoïaque aux yeux de son aimé. Silencieusement, la secrétaire observa Aiden qui l'invita à s'asseoir.

- Tu désirais me voir ? demanda la femme, en prenant place.
- C'est exact. C'est au sujet de ce que je t'avais dis en début de mois. Tu te souviens ?

Elizabeth baissa la tête à l'entente de cette dernière phrase. Et à cet instant, elle ne put s'empêcher de repenser à la grande soirée qui s'était déroulée comme dans un conte de fée. Cette danse inoubliable, échangée avec Monsieur J. Howards, demeurait enfouie dans un coin de son cœur, tel un trésor précieux.

- Cette soirée s'est révélée bien plus belle que je n'avais osé l'imaginer..., lâcha soudainement le supérieur.
- Vraiment ?

Howards sourit en voyant le teint de sa secrétaire virer au rouge : elle dévoilait au grand jour sa naïveté maladive. Non pour en déplaire au manipulateur qui se félicitait d'avoir encore une fois réussi son coup.
Toutefois, il ne fallait pas relâcher sa garde.
Alors, derrière son masque emprunt de noblesse, il s'avança vers le pantin et lui offrit son expression la plus douce et rassurante.

- Je suis sincère, Elizabeth. Et heureux d'avoir pu passer cette soirée en ta compagnie : au milieu de toutes ces femmes superficielles et hypocrites, tu étais là avec ta petite robe de dentelles, craignant le regard des autres...

La gorge de la blonde se noua vicieusement, lui procurant un désagréable picotement. Rêvait-elle de nouveau ? Elle essaya de s'en convaincre : les choses qu'elle vivait ces derniers temps se révélaient bien trop belles pour être vraies. Pourtant, la douleur liée à un cœur battant trop fort et rapidement, l'envie de pleurer à tout instant, le bonheur envahissant... Ces sensations paraissaient tellement réelles... Alors, fallait-il y croire ? S'abandonner aux sensations extravagantes de l'amour ? Et si elle ne rêvait pas ?
Cet instant de doute fut de courte durée. En effet, la main d'Aiden se posa délicatement sur la sienne, lui offrant par la même occasion un agréable frisson.

- Et que dire de cette danse que nous avons tous deux échangé... Je me croyais revivre !, continua le manipulateur. J'aurais souhaité que cela dure plus longtemps...
- Ce que tu dis me touche énormément... Tu sais, je ressens la même chose... C'était fantastique.

Monsieur J. Howards contempla sa proie de son habituelle expression charmeuse : il savait pertinemment qu'Elizabeth était à sa merci.
Pauvre sotte se croyant princesse d'un conte merveilleux, sans se douter un seul instant qu'elle n'était que l'héroïne d'une sombre tragédie.

- Es-tu toujours d'accord pour me rendre service ?, demanda Aiden. Tu as le droit de refuser, tu sais...

Cette dernière phrase s'imbibait d'hypocrisie. Néanmoins, et comme toujours, Miss Lance crut naïvement aux paroles de son supérieur.

- Je veux t'aider. Je n'ai pas peur ! avoua-t-elle.

L'homme plissa les yeux, se félicitant intérieurement de la réussite de son plan. Par la suite, il sourit noblement à sa marionnette. Mais il fut interrompu par un de ses sujets, qui toqua à la porte.

- Entrez.

Un Next d'une quarantaine d'années pénétra dans le bureau sans un mot. Il observa les alentours, avant de froncer les sourcils à la vue d'Elizabeth. Peu confiant, il s'avança vers son chef, et lui murmura quelque chose à l'oreille :

- Monsieur. Toutes les caméras sont installées ! Nous attendons dorénavant vos ordres.

Les perles d'Aiden se fermèrent lentement. L'histoire de sa mission et de ses idéaux s'ouvrait sur le chapitre final.
Ah, quel plaisir éphémère ! Dans quelques heures, les Next seraient à sa merci, et la ville plongerait ensuite dans un désespoir inguérissable.
Bientôt, une nation créée de toutes pièces verrait le jour. Une nation dirigée d'une main de fer par les membres d'Ouroboros.
Heureux, mais encore lucide, Aiden mit en route les rouages de son plan.


Voilà une heure que la soirée en l'honneur de Barnaby s'était terminée, l'invitant à rejoindre son appartement. L'horloge dans le salon indiquait minuit et quart, et la table de la salle à manger accueillait les cadeaux que le jeune héros avait reçus de ses collègues. En observant la pile d'objets reposant sur la table, il constata qu'on l'avait bien gâté cette année : vêtements, bijoux, et alcools furent les trois présents qui revinrent le plus souvent au moment du déballage. Toutefois, malgré la valeur des bijoux, la qualité des breuvages, et la beauté des habits, Barnaby s'attarda sur le petit stylo plume acheté par Karina.
Étrangement, cet objet se démarqua des autres. Hélas, malgré son charme artisanal et ses couleurs attrayantes, le regarder forçait Barnaby à se remémorer les derniers mots de Blue Rose.
Des mots douloureux.
Il resserra son poing, frustré de ne pouvoir contacter l'héroïne pour remettre les choses en ordre. Il connaissait le caractère parfois impulsif de Karina, mais jamais il n'aurait pensé qu'elle irait aussi loin.
Alors qu'il commençait à se remettre en question, quelqu'un frappa à sa porte. Intrigué, l'homme se leva et s'avança lentement vers l'entrée, en restant sur ses gardes : recevoir de la visite si tard n'était pas dans ses habitudes.

- Qui est-ce ? demanda-t-il.
- Bunny, c'est moi !

Barnaby reconnut la voix de Kotetsu derrière la porte, cependant ses sourcils se froncèrent à l'entente de ce surnom qui le pourchassait encore, même au fil des années.

- Tu ne pourrais pas m'appeler par mon prénom une fois de temps en temps ?, pesta le blond.
- Ah, désolé, c'est un réflexe !
- Et bien débarrasse-t-en !
- Promis, promis ! Tu peux me faire entrer maintenant ?

Bien que la porte les séparât, empêchant l'un de voir l'expression de l'autre, Barnaby se persuada que son ami arborait une moue moqueuse en parlant. Cette pensée le fit soupirer, et il finit par lui ouvrir sans grande conviction.

- Ah, ça y est tu te décides enfin ? plaisanta le vétéran, en entrant.
- Je peux revenir sur mon choix si tu ne...

Le Tigre stoppa Barnaby dans son élan en lui présentant une poche nacrée. Suspicieux, le plus jeune arqua un sourcil en espérant recevoir une explication de la part de son ami.

- Hum ? Ce n'est pas ton anniversaire, aujourd'hui ? s'inquiéta Kotetsu.

Les lèvres du blond lâchèrent un énième soupir.

- Tu n'étais pas obligé de venir maintenant. Tu as vu l'heure ? râla Barnaby.
- J'étais en mission, du coup je n'ai pas pu participer à la petite fête en ton honneur. J'ai donc voulu me rattraper ! Allez, prends !

Sans laisser le temps à son ancien coéquipier de répondre, Kotetsu lui donna avec insistance le petit sac blanc. Excédé, mais trop fatigué pour crier, le héros à lunettes souffla de résignation et se rendit au salon pour ouvrir son cadeau.
Ses yeux s'écarquillèrent : dans la poche reposait une bouteille de vin renommé. Néanmoins, il préféra conserver une attitude neutre dans le but de taquiner le Tigre.

- Je suis gâté question alcool cette année, dit-il.
- Heiiin ?! Moi qui pensais faire dans l'originalité ! s'écria Kotetsu, déçu.
- Tu te rattraperas l'année prochaine.
- Tu te moques de moi ?!

En guise de réponse, Barnaby adressa un sourire joueur au vétéran, faisant alors comprendre à ce dernier qu'il était tombé dans le piège de son ami moqueur.

- Haha, très marrant Bunny, marmonna le brun.

Contrairement à ce que Kotetsu souhaitait, Barnaby garda une expression calme et sereine, et rapporta deux verres qu'il déposa sur la table.

- Et si nous buvions un peu ? Il y avait longtemps, déclara ce dernier.
- Quoi ? Tu vas carrément entamer le vin ?
- Et puis quoi encore ? Non, je le garde pour une grande occasion celui-là. J'attendais simplement ton accord pour apporter une autre bouteille.

Un peu gêné, le Tigre porta une main sur sa nuque en riant nerveusement : il avait soudainement peur que son ami le prenne pour un profiteur. Par conséquent, il se hâta d'accepter sa proposition, en prenant place sur le fauteuil derrière lui. De son côté, Barnaby arqua de nouveau le sourcil, incapable de comprendre l'attitude soudainement bizarre du vétéran. Il préféra ne pas chercher à savoir, et revint avec une bouteille de vin rosé qu'il posa sur la table.

- Alors ? La fête s'est bien passée ? demanda Kotetsu, une fois son verre rempli.

L'homme à lunettes, qui s'apprêtait à boire son breuvage, s'arrêta dans son élan en entendant la question de Wild Tiger. Décidément, il n'y avait que lui pour lancer un sujet sensible de manière si involontaire.

- Oui, très bien, se contenta-t-il de répondre, avant de reposer son verre.
- Ça devait être génial !

« Génial au point de me faire humilier en public. », pensa Barnaby, en repensant douloureusement aux mots de Karina.
Cependant, l'agressivité de la Rose n'était pas illogique en soit : elle devait vivre avec un amour à sens unique.
Un amour à sens unique.
Barnaby releva la tête en direction de Kotetsu T. Kaburagi. Il se tenait là, buvant tranquillement son verre de vin, confortablement bien installé sur le fauteuil. En ne se doutant pas un seul instant de la souffrance qu'il faisait subir à Karina Lyle.
Involontairement.
Naïvement.
Cruellement.
Et en ne prenant pas conscience que son sourire ne cessait de la faire atrocement souffrir, il restait là, persuadé que la page était désormais tournée. Incapable de remarquer la douleur qu'il infligeait à cette jeune femme en quête d'amour.

- Barnaby ? Ça va ?

L'interpellé sursauta à l'entente de cette phrase qui paraissait lointaine. Éjecté de ses pensées, il remarqua sa main trembler nerveusement, et son corps paraissait un peu plus chaud que la normale. La colère s'était sournoisement infiltrée en lui, le temps d'une réflexion sur le comportement de Kotetsu.
Elle ne lâcha pas sa proie.

- Oui, ça va, pesta sévèrement Barnaby.
- Tu es sûr ?

Le héros à lunettes poussa un long soupir agacé. Parler de la fête et ainsi repenser à Karina le mirent dans tous ses états. Il savait qu'il n'avait pas été tendre dans ses propos, il comprenait la colère de Blue Rose à ce moment là.
Alors pourquoi ?
Pourquoi n'arrivait-il pas à calmer cette sensation envahissante ? Parce que les mots de la Rose ne cessaient de tambouriner encore contre son crâne ? Parce qu'il se sentait impuissant face à elle ?
Impuissant de quoi au juste ?

- Ce n'est pas à moi que tu devrais poser la question, s'emporta-t-il.
- H... Hein ? Comment ça ?

Les émeraudes du blond se levèrent froidement vers le vétéran. Son ignorance l'excédait.

- T'es aveugle, c'est pas possible. Tu ne comprends pas que depuis que Karina t'a parlé, elle n'est plus elle-même ?!

Surpris par les propos de son ancien coéquipier, Kotetsu sursauta légèrement : pourquoi parlait-il de Karina ? Existait-il un rapport avec la fête ? Préférant ne pas se précipiter, il observa Barnaby silencieusement, attendant avec inquiétude ses explications.

- Elle t'a avoué ses sentiments, non ?, continua ce dernier. Tu n'as pas remarqué son expression, les rares fois qu'elle te voyait ?
- Elle semblait avoir tourné la page. La preuve, elle ne cessait de sourire..., déclara Kotetsu, se sentant soudainement agressé.

La réponse prévisible de Wild Tiger agrandit la frustration dans le cœur du plus jeune. Peu après, il poussa un soupir indigné.

- Tu n'as pas l'air de bien connaître les femmes, lâcha-t-il, d'un ton blasé.

Le brun ne sut comment prendre cette remarque : se moquait-il de lui, histoire de détendre l'atmosphère, ou bien était-il sérieux ?

- Que veux-tu dire par là ? Soit plus clair dans tes propos Barnaby, tonna sévèrement le vétéran.

Comprenant que s'énerver ne mènerait à rien de positif, Barnaby tenta de regagner son calme, et passa délicatement une main dans ses cheveux dans l'espoir que cela fasse effet. Un énième souffle s'échappa de ses lèvres, puis il fixa Kotetsu qui arborait une mine sérieuse.

- Elle n'a cessé de cacher sa peine, avoua enfin le blond.

Le père de famille fronça légèrement les sourcils, essayant de comprendre les propos de son cadet : à ses yeux, ils manquaient de sens.

- Ce sourire qu'elle affichait, cette joie de vivre... Tu ne comprends pas ? Ce n'était qu'un masque pour dissimuler son mal-être. Je ne sais pas si les autres l'ont remarqué... Mais pour moi, ça sautait aux yeux. Elle fuyait ta présence.

Pris de court, les deux billes dorées de Kotetsu s'élargirent au fil des révélations. Jamais il n'aurait pensé que Karina était du genre à souffrir en silence. Lui qui l'avait toujours connu honnête, impulsive, et surtout caractérielle.
Il posa son verre vide sur la table, et se perdit un instant sur un point invisible, sans doute en conflit contre ses pensées.

- Es-tu certain de ce que tu avances ? questionna-t-il, dans l'espoir que Barnaby se trompe.
- Mes doutes se sont confirmés pas plus tard que ce soir : elle est entrée dans une colère noire quand j'ai lancé le sujet.

Wild Tiger serra les poings, ne voulant pas y croire. Cependant, l'emprise imaginaire se relâcha doucement, et, il releva la tête vers Barnaby, et lui adressa une expression déterminée.

- Je dois en parler avec elle. Elle ne peut pas rester éternellement ainsi !

Le héros à lunettes observa le vétéran en silence : il n'aurait pas cru que ce dernier prendrait une décision aussi importante, et surtout en si peu de temps. De plus, cette initiative balaya progressivement la fureur qui se jouait de Barnaby, le libérant de tout mal-être et frustration.
Il était soulagé.

- Bonne idée. Mais je doute qu'elle veuille voir quelqu'un ce soir. Et puis, il est tard.
- J'irais la voir demain alors ! Ah, mais quel idiot ! s'énerva Kotetsu.
- Le plus important, c'est que tu veuilles en discuter avec elle.
- Ouais. Merci...

Leurs regards se croisèrent un bref instant, et Barnaby put lire dans les yeux de Kotetsu une certaine culpabilité.
Se sentant fautif de cette triste expression, le blond leva son verre en direction de son ami, et l'invita à boire encore un peu. Un sourire en coin se dessina sur les lèvres du Tigre, et il accepta cette proposition.


Aiden monta dans l'ascenseur, et attendit que les grillages se referment sur lui. Désormais seul, il patienta d'un sourire en coin que la cage monte jusqu'au point culminant, menant au parking privé de la base. Les ombres souterraines dansèrent autour de lui, et s'éclaircirent davantage durant sa progression. En effet, au même instant, l'aube aux doigts roses se levait doucement sur Stern Bild, baignant la ville d'une douce lumière aux couleurs chaudes, réconfortante après une nuit froide et sèche. Les travailleurs déjà actifs souriaient à l'apparition de l'astre naissant, tandis que ceux qui se préparaient encore ressentaient un étrange bonheur lié à cette vue lumineuse.
Cependant, le divin Soleil, insensible d'habitude à ces milliers de vies, fit une exception cette fois-ci pour Aiden, puisqu'à la sortie de celui-ci, il l'enveloppa de ses puissants rayons dorés, comme s'il accueillait la venue d'un nouveau dieu. Ainsi, Aiden quitta l'ascenseur, et avança sous le feu de ces projecteurs, la stature droite et fière. Il se mit ensuite à marcher, et se dirigea en direction d'Elizabeth qui l'attendait patiemment près de sa voiture. La jeune femme, au contraire de son supérieur, se fondait dans le décor ténébreux du lieu. Sa silhouette se distinguait visiblement, et seule la présence d'Aiden lui permit d'exister réellement. Après tout, elle, misérable humaine, malgré toute la bonté et sincérité qui existaient au fond de son cœur, ne pouvait désormais vivre qu'aux côtés de cet être déifié, ce dictateur sans âme qui la manipulait habilement avec son hypocrisie naturelle.

- Toujours à l'heure à ce que je vois, commenta l'homme.
- C'est normal voyons !

Howards répondit d'un sourire, et invita Miss Lance à prendre place dans sa décapotable. Une fois au volant, il fit rugir le véhicule avant de quitter les lieux.
La crinière dorée d'Elizabeth se laissa emporter par le vent, ce qui sembla l'apaiser au vue de son expression calme et tendre. Ses saphirs, à moitié clos, s'égarèrent un long moment sur le paysage défilant comme la pellicule d'un film émouvant. Elle glissa ensuite une de ses mèches de cheveux derrière son oreille pour l'immobiliser, et son regard se posa sur le conducteur à sa gauche : les cheveux de jais d'Aiden dansaient eux aussi au rythme du vent, et ses billes sombres fixaient la route avec une attention déconcertante.

- Nous devons rejoindre quelques Next pour faire un dernier briefing, expliqua l'homme, sans détourner le regard.
- D'accord, je comprends.
- Tu ne peux plus faire marche arrière maintenant. Tu n'as pas peur ?

Touchée par cette demande, les lèvres d'Elizabeth s'étirèrent légèrement. En guise de réponse, elle hocha la tête.

- Je n'ai pas peur Aiden... Je n'ai pas à ressentir une quelconque anxiété de toute façon. Je t'aide, et rien que ça... C'est un immense honneur.

Elle s'arrêta un moment et détourna le regard afin de contempler une nouvelle fois les alentours. Puis elle reprit :

- Le simple fait de me dire que je peux un tant soit peu t'être utile... Suffit à balayer n'importe quel doute en moi. Alors aie confiance en mes capacités, Aiden...

Même s'il ne pouvait la voir, le conducteur comprit que le visage de sa secrétaire s'empourpra au fil des aveux qu'elle lui adressait. Elle mettait son cœur à nu, et sa voix tremblante retenait sans doute des larmes de bonheur.
Aiden rit intérieurement : elle avait choisi la mauvaise personne. Et ses sentiments, aussi sincères et purs soient-ils, finiraient tôt ou tard souillés de manière bien infâme.

- Merci Elizabeth. Ça me touche...

La femme n'ajouta rien de plus, mais ressentit une joie immense suite à cette conversation. Il y avait longtemps qu'elle n'avait pas échangé ainsi avec son supérieur.
Le silence demeura maître durant l'heure suivante, et quand Aiden arriva enfin à Stern Bild, il se gara non loin du centre-ville, puis sortit de son véhicule, et ouvrit la porte à Elizabeth qui le remercia.

- Où allons-nous maintenant ? questionna celle-ci, en refermant la porte.

Mais le supérieur ne donna aucune réponse, préférant accélérer le rythme de ses pas. Miss Lance dut presque courir pour le rattraper, cependant, cela ne l'empêcha pas de poser d'autres questions sur le lieu de rendez-vous.
Après plusieurs longues minutes de silence, Howards arriva devant une petite ruelle et se stoppa net, surprenant par la même occasion Elizabeth qui se heurta à lui.

- Ah, monsieur !, s'exclamèrent trois hommes face à lui.
- Bonjour. Vous êtes prêt ? lança Aiden dans un ton supérieur.

La femme dévisagea les membres du trio.
Aux premiers abords, ils ne paraissaient pas amicaux : arborant une carrure imposante et droite, gonflée par des muscles, les hommes renvoyaient à une caricature grotesque de trois gorilles anthropomorphes à cause de leurs mâchoires relevées en avant et leurs sourcils froncés. Leur chevelure et la couleur de leurs yeux permirent néanmoins de les différencier : le premier arborait une crinière rousse plaquait en arrière par une bonne quantité de gomina, et ses perles noires fixaient solennellement celles d'Aiden. Le second, quant à lui, semblait négliger l'état de ses cheveux : d'un blond platine, ils paraissaient secs et emmêles, en plus d'être abîmés par le temps. Toutefois, le regard de l'homme rattrapait l'apparence miteuse de sa chevelure : d'un bleu profond, il observait attentivement son supérieur, donnant alors l'impression qu'une flamme essayait misérablement de survivre dans cet océan bleuté.
Pour finir, le crâne du troisième ne jouissait aucunement d'une crinière à l'inverse des autres, ce qui renforça son apparence intimidante. De plus, ses yeux, d'un vert émeraude, ne cessaient de dévisager Elizabeth d'une manière insalubre.

- Tout est en place ! déclara le blond. Nous attendons désormais votre feu vert.
- Très bien. Vous vous souvenez de votre rôle, j'espère ? demanda Howards.
- Oui. Je me charge du braquage ! s'exclama le roux. J'arriverais à les attirer avant qu'ils ne m'attrapent.
- Et nous on se charge du reste, sourit le chauve.

La secrétaire baissa la tête, mal à l'aise. Mais elle ne pouvait pas baisser les bras si tôt, c'est pourquoi, elle demanda à Aiden ce qu'elle devait faire.

- Tu accompagneras Kurt et Ryder, expliqua alors celui-ci, en désignant le chauve et le blond. Ne t'en fais pas pour la suite, les choses se dérouleront automatiquement.

Elizabeth ravala difficilement sa salive : sans comprendre pourquoi, une mauvaise impression l'assaillait. Ces hommes ne lui inspiraient guère confiance, surtout Kurt, l'homme aux yeux vert qui continuait de la fixer.

- N'oubliez pas que l'avenir des Next dépend aujourd'hui de vous, murmura le supérieur, avant de se tourner vers l'homme aux cheveux oranges. Will, sache que si tu te fais prendre, nous pourrons toujours venir te chercher. Cependant, j'aimerais que cela ne se produise pas.
- Comptez sur moi, monsieur !
- Merci. Sur ce, tous à vos postes !

Et sur ces mots, Will partit dans une direction, tandis que Ryder et Kurt s'enfoncèrent dans les ruelles sombres de la ville en compagnie d'Elizabeth et Aiden.
En cet instant, Howards sourit : le destin de plusieurs existences prenait dorénavant un nouveau tournant.


Note de l'auteur : Et voilà ! Comme d'habitude, j'espère que ça vous aura plu. Les choses avançaient lentement mais surement depuis le premier chapitre, mais je pense que d'ici le prochain, ça va aller crescendo dans les actions. N'hésitez pas à me faire part de vos avis, qu'ils soient positifs ou négatifs ! :) Et je vous donne rendez-vous le 22/11 pour le chapitre 14 !