Disclaimer : Les personnages et l'univers propres à TIGER & BUNNY ne m'appartiennent pas.
Bêta-Lectrice : Sayuri-Geisha
/!\ Note importante à lire : Comme je l'ai dis précédemment, les horreurs que subit Karina continuent. J'ai essayé de faire le plus soft possible mais je préfère prévenir, encore une fois, les âmes sensibles. Bonne lecture à vous tous !
Chapitre XVI : Avons nous besoin d'un Héros ?
Dans les studios d'Hero TV se trouvait une petite télévision qui retransmettait, elle aussi, l'affreux programme du dictateur. Keith, Nathan, Barnaby ainsi qu'Agnès suivaient difficilement les images défilant sous leurs yeux offusqués. Derrière la porte résonnaient les faibles sanglots d'une Pao-Lin choquée, mêlés aux paroles timidement rassurantes d'Ivan.
Comment cette situation improbable avait-elle pu se produire ?
Les perles bleutées de Sky High se baissèrent quand la caméra zooma sur le visage de Karina, tandis que Nathan trembla de fureur.
D'apparence, Barnaby restait silencieux, mais en vérité il bouillonnait à l'intérieur, prêt à exploser. Les sourcils froncés, la mâchoire et les poings serrés, il hocha la tête vers la productrice.
- Qu'attendons-nous au juste ?!
- Rock Bison, répondit Agnès. Nous ferions mieux de nous y mettre à plusieurs.
- Regardez donc ce qu'ils lui font en attendant ! s'énerva Barnaby.
- Je vois très bien ce qu'ils lui font !
La phrase de la productrice tonna sévèrement, venant même à stopper les pleurs de Dragon Kid. Jusque là, Agnès réussissait à cacher ses inquiétudes en plus de garder son sang froid. Toutefois, elle demeurait humaine, et ne pouvait canaliser ses émotions plus longtemps.
D'un mouvement rapide, elle glissa ses émeraudes dans ceux de Barnaby pour lui offrir une expression cinglante.
N'étant pas du genre à se laisser impressionner, le jeune homme soutint son regard, malgré son agacement et sa frustration.
- Où veux-tu aller ? Tu reconnais l'endroit dans lequel elle se trouve ? demanda la femme.
- Non, mais...
- Réfléchis un peu au lieu de te laisser berner par tes émotions !
- H-Hey ! Calmez-vous..., tenta Keith.
- Laissez-moi au moins terminer ma phrase avant de vous jeter sur moi ! s'écria le héros à lunettes.
Ignoré, Sky High observa la productrice et Barnaby entamer une dispute inutile. Les propos grossiers prononcés par le Next chauve derrière l'écran se mélangèrent aux intonations froides et intransigeantes des collègues du chevalier du ciel. Les mots se heurtèrent les uns aux autres, et la télévision prolongea les images intolérables de Karina qui commençait à gémir faiblement.
Anéanti et surtout incapable de réfléchir correctement, Keith ferma les yeux aussi fort qu'il le put, avant de plaquer ses mains sur ses oreilles.
- STOP !
Trois paires d'yeux se tournèrent vers vers la voix. Fire Emblem fixait froidement Agnès et Barnaby.
- Vous croyez vraiment que le moment est bien choisi ?! Vous réglerez vos comptes plus tard ! ordonna le travesti.
S'énervant rarement, Nathan devenait effrayant lorsque cela se produisait. C'est pourquoi, Agnès et Barnaby se calmèrent et préférèrent s'en tenir là.
- Je crois qu'il va encore parler ! s'exclama Sky High, en pointant l'écran.
Les trois personnes se tournèrent vers l'appareil : l'homme masquait souriait une énième fois à la caméra, satisfait de son plan.
Cette expression poussa Barnaby à lâcher un soupir d'indignation.
- Avons-nous vraiment besoin de héros en ce monde ? Cette question n'a pas de sens tant sa réponse est évidente, prononça Howards. Je m'adresse à vous, Next souillés par la société humaine ! Pitoyables pantins, regardez-vous ! Vous prenez partis d'une race inférieure à la nôtre ! Et voyez où cela vous mène.
Dans un geste rappelant celui des marionnettistes, Aiden désigna Karina qui commençait à respirer un peu plus fort que la normale. Cette dernière sentit son ventre se retourner, quand Kurt glissa mielleusement ses doigts dodus sur le bas de son costume. Elle serra les poings jusqu'au sang, cherchant à conserver une expression froide, mise en contradiction par ses joues devenues rouges.
« Il ne le fera pas... Non, il ne peut pas... Il ne le fera pas... », pensa-t-elle, à cran.
- Il ne lui reste que quelques heures à vivre, sourit le dictateur. Mais vous pouvez toujours la sauver. Nous ne sommes pas si loin de vous après tout. Joignez-vous à Ouroboros, et elle sera saine et sauve !
Barnaby sursauta à l'entente de ces mots : la funèbre organisation, coupable de la mort de ses parents n'était toujours pas éteinte ? Il ne parvint à s'en convaincre, bien que la cage du déni peinât à se refermer sur lui. Finalement, la voix irritante d'Aiden reprit la parole, et énuméra une énigme.
- « Les ténèbres règnent aux alentours de ce labyrinthe, et en haut se tient la femme aux valeurs nobles mais corrompues. »
Les héros s'échangèrent un regard inquisiteur, peu inspirés par la devinette.
- Dépêchez-vous de trouver la réponse, elle vous conduira à moi. Sachez aussi que mes hommes vous surveillent, et sauront me dire si vous êtes accompagnés de renforts ou non. Ne faites pas de mauvaises tentatives si vous cherchez à revoir votre amie vivante, menaça Aiden dans un ton effroyablement calme. Sur ce, mes chers amis, je vous dis à bientôt ! Le temps vous est compté.
Un rire luciférien résonna dans la pièce où les bourreaux se trouvaient, puis la caméra filma une dernière fois le visage anéanti, et surtout épuisé, de Karina. Blue Rose releva difficilement la tête : ses paupières, à demi closes, dévoilèrent deux yeux vides, égarés sur un point invisible.
Par la suite, l'écran n'offrit plus aucune image convenable. La caméra s'était coupée pour laisser l'opportunité aux spectateurs de s'imaginer ce qui allait advenir de leur héroïne.
Barnaby eut du mal à détourner les yeux de l'appareil pourtant éteint. Le bruit d'une porte qui s'ouvre le ramena sur terre : Pao-Lin, accompagnée d'Ivan, rejoignit silencieusement ses collègues, les yeux rougis.
Peu après, Antonio, suivi de Kotetsu, pénétrèrent dans la salle, surprenant ainsi les autres héros.
- Kotetsu ?! s'exclama Nathan.
Les regards se braquèrent sur le Tigre, cherchant à comprendre la raison de sa venue, même si elle s'avérait facile à deviner.
De son expression grave, le vétéran leva sa main pour ôter solennellement sa casquette avant de la blottir contre sa poitrine mutilée par les battements d'un cœur affolé. Ses perles dorées se posèrent sur ses anciens partenaires et rivaux, et affichèrent une mine épuisée, emprunte d'une once de doute, mais tout aussi audacieuse.
Barnaby écarquilla les yeux face à ce tableau : jamais une telle fougue ne s'était lue dans le regard de Kotetsu.
- Je décide de me joindre à vous, avoua-t-il enfin, dans un souffle.
- Te joindre à nous ? Comment ça ? interrogea Agnès.
- Vous savez très bien de quoi je parle ! Je ne peux pas rester inactif avec ce qui vient de se produire !
- Tu n'as qu'une minute de pouvoir. Cela ne mènera à rien, tu vas plus nous ralentir qu'autre chose.
La voix de la productrice s'infiltra cruellement dans les oreilles de Wild Tiger : il n'existait rien de plus douloureux que d'entendre la cause de nos faiblesses. Malgré tout, l'homme garda la tête sur les épaules, prêt à se défendre :
- Je ne vous ralentirai pas. Je vous suivrai, et conserverai mon « Hundred Power » jusqu'au moment fatidique. Je peux le...
- Tu ne tiendras pas, coupa madame Joubert.
Le chapeau du vétéran s'écrasa sous son emprise. Pourquoi ne lui laissait-elle pas une occasion de prouver sa force et ses valeurs ?
- Qui l'en a décidé ? siffla Kotetsu. Je connais mieux que quiconque mes limites ! Agnès, je ne peux pas abandonner Karina. Je me dois de vous suivre dans vos démarches. Après tout, le fautif dans cette histoire n'est autre que...
Il ne put terminer sa phrase. Sa mâchoire trembla sous le poids des révélations, et la culpabilité accentua la pression douloureuse sur sa poitrine. Néanmoins, il ne pouvait le nier : oui, il était en partie le coupable de cette sinistre affaire.
Le silence s'imposa furtivement en maître, imposant l'homme à finir ce qu'il avait commencé. Dans une once d'incertitude, il redressa la tête en direction de ses amis qui l'observaient avec consternation. Seul Barnaby conservait son aspect calme et impartial. C'est d'ailleurs lui qui réussit à redonner un peu de courage à Kotetsu.
Pourtant, il le coupa dans son élan
- Qu'importe le fautif, il faut faire vite. Si Kotetsu veut venir, qu'il vienne. Ne perdons pas notre temps à réfléchir à ça.
- Je suis d'accord, confirma Keith.
- Bon, je suppose que je n'aie pas le choix, souffla Agnès, agacée.
- Mais comment la trouver ?, s'inquiéta Pao-Lin, prête à craquer à tout moment.
- Ho, c'est vrai que tu n'as pas entendu les derniers propos de l'homme, dit Nathan.
- Hum ? Comment ça ? demandèrent en chœur les derniers arrivants.
- « Les ténèbres règnent aux alentours de ce labyrinthe, et en haut se tient la femme aux valeurs nobles mais corrompues. », récita Keith.
Barnaby saisit son menton en écoutant Sky High, tel un détective tentant de trouver la clef de l'énigme. Ses yeux glissèrent doucement de gauche à droite de manière continuelle, comme si un livre invisible se tenait là, devant lui. Tandis qu'Ivan cherchait à comprendre le double sens de ce problème, Wild Tiger fit les cents pas dans la pièce, rappelant le fauve dans sa cage. De son côté, Dragon Kid s'efforçait de garder son sang froid, mais en échange, elle n'arrivait pas à réfléchir.
L'horloge dans la pièce, pourtant si discrète d'habitude, envahit les lieux de son tic-tac à répétition.
Tic...
Plus long.
Tac...
Plus fort.
Tic...
Plus déchirant.
Tac...
Plus cruel.
Agnès essaya de trouver la réponse de cette pénible équation sur le net. Hélas, ses recherches la ramenèrent aux sites journaliers qui relayaient déjà l'information sur les sévices de Blue Rose et ses bourreaux.
« L'héroïne aux couleurs de la marque Pepsi Nex, menacée de mort ! », clamait un journal en ligne.
« Une drôle de charade adressée aux Héros ! », annonçait un concurrent.
La productrice frappa le bureau de son poing : c'était une véritable chasse aux informations ! Et il ne s'agissait pas de sauver l'héroïne en danger, mais plutôt d'attirer les lecteurs pour faire grimper le compteur des visiteurs ! Les médias osaient se faire de l'argent sur une cause atroce, jetant la population dans le puits de l'impuissance. Même les Héros.
- « Un labyrinthe rempli de ténèbres... », répéta Antonio.
- Tu as une piste ?, s'impatienta Fire Emblem.
- C'est juste que ça me laisse perplexe. Je pense que... Enfin, je me trompe peut-être mais...
- Quoi... ? insista Kotetsu.
L'heure n'était pas aux hésitations, si Rock Bison avait une idée, il ne devait pas hésiter.
- Et bien, la ville en elle-même est un labyrinthe, alors je me demandais s'il n'évoquait pas Stern Bild en pleine nuit, constata-t-il.
- Ça se tient ! s'exclama Keith.
Barnaby, silencieux, observa du coin de l'œil ses amis. Après un instant de réflexion, il soupira avant d'émettre son avis :
- La ville est illuminée le soir. De ce fait, elle ne baigne pas dans « les ténèbres ».
Il rajusta minutieusement ses lunettes, et continua :
- De plus, qui serait la « femme aux valeurs nobles mais corrompues » ? Ça ne tient pas la route.
- Je ne faisais qu'une déduction..., se défendit Antonio.
- Une femme..., murmura Ivan.
La salle se noya dans un mutisme inquiétant, abandonnant les Next à leur sort. Barnaby resta dans son coin en prenant bien soin d'énumérer dans son esprit la charade. Il essaya aussi de redessiner dans son esprit le lieu dans lequel Karina se trouvait.
En y réfléchissant, il avait remarqué que des gouttes d'eau s'écrasaient au sol. Par ailleurs, l'endroit ne semblait pas vraiment hygiénique à en juger par son aspect.
Ses paupières se fermèrent : la piste s'avançait, se dévoilait au fil de ses pensées. Quel endroit pouvait être sombre et confus au point de le comparer à un labyrinthe ? Et à qui correspondait la femme énoncée par la suite dans l'énigme ? Il hocha la tête en s'ordonnant de ne pas y penser dans l'immédiat, car il fallait avant tout trouver l'endroit.
Ses suggestions frôlèrent à maintes reprises une impression de réussite, et elles s'agrandirent au fil des secondes, s'éclaircissant progressivement dans son subconscient.
Eau.
Ténèbres.
Labyrinthe.
Impureté.
Bien sûr !
- Je crois que j'ai trouvé..., marmonna-t-il.
- Ha ?! Dis-nous ?! s'écria Agnès.
- Et bien... Je pense que Karina est prise en otage dans les égouts de la ville.
L'équipe sursauta à cette idée. Cependant, en y réfléchissant, cette déduction tint la route. Plusieurs regards s'échangèrent, et Kotetsu fut le premier à prendre la parole :
- Allons-y alors.
- Et si Barnaby se trompe ? intervint Agnès.
- Alors quoi ? Vous préférez rester ici à vous tourner les pouces ? On a déjà assez perdu de temps comme ça !, s'emporta le vétéran.
Antonio s'apprêta à inviter Kotetsu à se calmer. Toutefois, il se restreint et baissa la main avant de se perdre sur un point mort : au final, son ami avait raison. Le temps tournait continuellement pendant que lui et ses collègues se prenaient la tête à comprendre le sens de l'énigme de leur ennemi.
- Il a raison !, ajouta brusquement Pao-Lin, les larmes aux yeux. J'en ai assez de rester ici à essayer de me contenir ! Nous avons peut-être une piste, autant l'essayer...
Elle essuya ses yeux humides du revers de sa manche, et releva la tête afin d'adresser à ses complices une mine plus décidée que jamais. L'air de rien, cet acte réussit à redonner un semblant d'espoir à l'équipe.
- J'y vais, conclut Dragon Kid.
Sur ces mots, la chinoise avança de quelques pas rapides. Pourtant, un poids sur son épaule arrêta sa démarche : Kotetsu la retenait, et plongeait son regard doré dans les prunelles de jade de Pao-Lin.
- Je t'accompagne, dit-il.
- C'est de la folie ! Vous n'allez quand même pas commencer à vous séparer ?, contesta la productrice.
- Nous ne nous séparerons pas.
La voix de Barnaby résonna dans la pièce comme la parole ultime. Avec stupéfaction, Agnès leva les yeux en direction du jeune homme : dans son regard émeraude crépitait la flamme du courage et de la détermination.
Celui-ci se tourna d'un geste vif vers ses collègues, en conservant la même expression. Son quota de patience avait atteint sa limite, l'empêchant alors de rester lucide face à cette situation frustrante.
- Nous irons ensemble, n'est-ce pas ?
Un sourire en coin se dessina sur les lèvres des Next. Qu'importe les protestations que madame Joubert hurlerait, ils étaient bien décidés à écouter Barnaby Brooks Jr., et surtout leur instinct. Il fallait essayer, se contenter d'idées et de déductions, puisqu'ils ne pouvaient faire autre chose en ce moment.
- On ne peut laisser Karina dans cette situation, dépêchons-nous ! s'exclama Nathan.
- Je suis d'accord ! Non, j'approuve ! dit Sky High.
Agnès observa les Héros acquiescer à la proposition du jeune homme à lunettes, la boule au ventre. Ses doigts fins pénétrèrent sa chevelure cendrée, comme pour se rassurer des événements à venir : contester ne servirait à rien, elle le savait et c'est justement cela qui l'inquiéta. Néanmoins, elle se força à garder la tête froide et à leur faire confiance. Après tout, l'important était d'en finir et de sauver Blue Rose.
- Allez vous changer alors, ordonna-t-elle dans un souffle.
Sans se faire prier, les protagonistes de l'émission se hâtèrent de revêtir leur tenue respective. Par la suite, la productrice les rassembla pour un dernier briefing :
- La bouche d'égout la plus proche se trouve à quelques mètres de la sortie. Je resterai en contact avec vous par le biais de vos bracelets. Compris ?
Les Héros acquiescèrent d'un signe de tête. Avant de partir, Agnès les interpella une dernière fois :
- Je ne le répéterais jamais assez : faites attention à vous. Surtout toi, Wild Tiger.
Le concerné hocha la tête, et se tourna vers ses partenaires. Chacun échangea un bref regard empli de nostalgie, et le temps se stoppa lorsque Kotetsu croisa celui de Barnaby. Bien que leur masque respectif dissimulât leur visage, les deux Héros, jadis partenaires, n'eurent aucun mal à saisir le sourire adressé à l'autre.
Au final, leur duo se reformait sans crier gare. Qu'importe si l'un d'entre eux était blessé ou affaibli, leur duo continuait à « briller » de son éclat d'antan grâce à l'intervention du destin. Et pour rien au monde, Barnaby et Kotetsu ne l'auraient retenu.
Une fois dehors, l'équipe constata rapidement que les alentours se trouvaient démunis de leurs habitants. En effet, la plupart demeuraient au centre-ville, encore horrifiés par les terribles événements survenus précédemment, tandis que les autres avaient jugé bon de s'enfermer chez eux, alarmés.
Profitant de cet instant de panique, les Héros accoururent vers la bouche d'égout la plus proche et s'empressèrent de l'ouvrir. Pao-Lin et Ivan descendirent les premiers, puis vinrent le tour de Keith, Barnaby et Kotetsu. Enfin, Nathan et Antonio pénétrèrent dans le lieu.
Baignant dans les ténèbres, les égouts arboraient une ambiance froide et funèbre. Tel un labyrinthe menant fatalement à la mort, plusieurs couloirs offraient la possibilité aux visiteurs de s'y perdre facilement.
Des cris de rats se mêlèrent au son des gouttes s'éclatant au sol, ce qui fit sursauter Dragon Kid. De plus, l'odeur nauséabonde poussa la plupart des Héros à protéger leur nez avec leur main.
- Et maintenant ? demanda Ivan.
- Nous devons trouver la réponse à la deuxième partie de l'énigme, expliqua Barnaby.
- « La femme d'en haut, aux valeurs nobles mais corrompues », hein ? répéta Wild Tiger, en avançant prudemment.
Un grésillement interrompit les protagonistes dans leurs réflexions. Ils baissèrent les yeux, et constatèrent que ce bruit provenait de leur bracelet respectif. Perplexe, Barnaby releva son poignet et tenta de contacter Agnès en appuyant sur les boutons de son gadget. Ses collègues l'imitèrent aussitôt.
Mis à part des grésillements plus forts que les premiers, personne ne répondit.
- J'ai l'impression que le réseau est mauvais ici, remarqua Antonio.
- Ce n'est pas bon signe..., s'inquiéta Pao-Lin.
- Si. En soit ça l'est, dit Kotetsu.
Interloqués, les protagonistes de l'émission se tournèrent vers le vétéran, qui affichait maintenant une expression un peu plus confiante qu'auparavant. Le poing serré, il analysa les alentours sous le regard intrigué de ses coéquipiers.
Par la suite, ses lèvres s'étirèrent légèrement derrière le masque.
- Ce n'est pas la première fois que nous effectuons une mission dans les égouts. Et Agnès n'avait aucun mal à nous contacter jusque là, commenta-t-il.
Les Next écoutèrent attentivement le Tigre, et attendirent qu'il développe sa théorie.
Ce qu'il fit :
- Nous sommes sur la bonne voie, j'en suis certain.
Comme pour clôturer cette conversation, il pointa du doigt quelque chose de difficile à distinguer sous le drap obscur des égouts. Cependant, et grâce à leur don respectif, les Héros n'eurent aucun mal à apercevoir ce que le vétéran cherchait à leur montré, du bout de son index : des fils électriques longeaient vulgairement le plafond, bloquant volontairement le peu de réseau en ces lieux.
- Qu'est-ce que..., s'étouffa Keith.
- Ils ont l'air malin..., déduit Nathan.
- Au moins, on sait qu'ils se trouvent vraiment dans les égouts, souffla Barnaby. Dépêchons-nous maintenant de trouver « où » exactement.
Sur ces mots, les Héros se perdirent un long moment dans leurs réflexions, cherchant désespérément à comprendre le sens de l'énigme. Il fallait pourtant faire vite, car le temps continuait de tourner douloureusement dans le vide, rapprochant sans doute Karina d'une mort atroce. Toutefois, il était préférable de se concentrer sur la charade d'Aiden, plutôt que de s'inquiéter sur des théories non fondées concernant l'état de leur amie. Oui, le temps pressait, rendant chaque minutes précieuses et dangereuse, et se laisser dominer par ses émotions n'arrangerait guère l'état de Blue Rose. Pire, cela la mènerait à sa perte.
- « La femme aux valeurs nobles mais corrompues »..., murmura Nathan, en essayant de garder le peu de calme qui lui restait.
- Tu as une idée... ? interrogea Ivan.
Après un instant de silence, qui s'apparenta à une éternité, Fire Emblem balaya du regard ses collègues, et reprit :
- Je pense qu'on devrait plus se concentrer sur « les valeurs nobles mais corrompues » que sur « la femme »...
- Mais qu'est-ce que ça pourrait-être ?!, s'impatienta Pao-Lin.
- Une valeur ne peut être corrompue si elle est noble, ajouta Keith.
- Je crois qu'on réfléchit dans le mauvais sens.
Interloqués, les Next se tournèrent vers l'auteur de cette dernière phrase : Barnaby conservait une expression méthodique, et fixait silencieusement la pénombre imposante des lieux.
- Que veux-tu dire ? demanda Wild Tiger.
- Et bien... Nos réflexions sont trop axées sur nos propres idées. Peut-être qu'en nous mettant à la place de notre ennemi, on cernera mieux cette énigme.
- Mais on ne sait pratiquement rien de lui..., souffla Rock Bison.
- Si ce n'est qu'il vient d'Ouroboros..., ajouta Nathan.
Kotetsu observa Barnaby du coin de l'œil : la macabre organisation, coupable du meurtre de ses parents, n'était finalement pas éteinte.
A quoi pensait-il en cet instant ? Lui qui avait mené un combat éprouvant, dans le seul but de venger ses géniteurs. Lui qui avait appris, il y a peu, que celui qu'il considérait comme son père adoptif se servait uniquement de lui pour des fins personnel.
S'en voulait-il en ce moment ? Culpabilisait-il de ne pas avoir compris plus tôt qu'Ouroboros pouvait à tout moment resurgir ? Le vétéran ne réussit pas à trouver de réponse convenable : à l'heure actuelle, son ancien coéquipier se concentrait principalement sur le sauvetage de la Rose.
Perdu dans ses pensées, Barnaby tenta d'élucider le mystère qui l'empêchait d'avancer. Il savait que la solution filait malicieusement entre ses doigts tellement elle paraissait évidente. Ses yeux verts se fermèrent, comme si cet acte lui permettrait de mieux réfléchir et de trouver, ainsi, plus facilement la réponse.
En vain.
Inconsciemment, ses pensées s'égarèrent dans le couloir des souvenirs : caché dans l'ombre, Ouroboros continuait ses lugubres desseins. Pourquoi fallait-il en arriver là ? N'en avait-il pas fini avec eux ?
Il se mordit les lèvres face à sa naïveté : une si grande organisation ne disparaissait pas aussi aisément. Par ailleurs, il ignorait le nombre de partisans qui lui offraient ses services.
- Maudit soit les membres de cette affreuse communauté ! s'énerva Antonio.
- Nous ne devons pas baisser les bras ! Tôt ou tard, la justice leur réglera leur compte ! s'exclama Sky High, en faisant de grands gestes.
La déduction de Keith ramena de force Barnaby à la réalité, et tel un électrochoc inattendu, de nouvelles hypothèses tonnèrent intérieurement en son subconscient.
- Qu'as-tu dis ?
- Hum ? Que nous ne devons pas baisser les bras !, répéta Keith, en reproduisant les mêmes gestuelles.
- Non, après, s'impatienta le Héros à lunettes.
- Que la justice se chargera d'eux ?
Barnaby ne répondit pas dans dans l'immédiat, et se parla à lui-même. Il ignora un instant les regards surpris et inquisiteurs de ses collègues, et finit par se tourner vers eux après un long moment de silence :
- Je crois que j'ai la solution.
Déconcertés, les protagonistes d'Hero TV sursautèrent à l'entente de cette supposition. Plusieurs regards s'échangèrent, et Pao-Lin fut la première à demander plus d'explications.
- Les valeurs nobles mais corrompues... Il doit sans doute s'agir, en premier lieu, de la justice, développa Barnaby.
- La justice... ? répéta Kotetsu, troublé.
- Oui. Après tout, il n'est pas rare que des gens se plaignent du système judiciaire de notre pays. Qui n'a jamais entendu des rumeurs à propos des pots-de-vin qui permettent au suspect d'échapper à la prison ?
- C'est donc de là que viendrait la « corruption » ? suggéra Nathan.
- C'est probable, oui.
Un silence oppressant s'initia dans les lieux. A bien y réfléchir, cette solution paraissait la plus logique. Néanmoins, il restait un mystère à élucider.
- Qui est « la femme », alors ? interrogea le Tigre.
- C'est pourtant simple..., murmura Barnaby.
Bien que ce dernier eût souhaité que ses confrères trouvent par eux-mêmes la réponse, il préféra ne pas les faire mariner davantage :
- Selon moi, il s'agit tout simplement de l'emblème de Stern Bild : la tour de la justice, formula-t-il calmement.
La déduction eut le même effet qu'un coup de tonnerre insoupçonné, et surprit l'équipe qui écoutait attentivement les paroles de Barnaby. Alors, les pensées des Next se démêlèrent progressivement des liens de l'incompréhension.
Oui, à présent, tout s'éclaircissait, tout devenait plus net. L'énigme était résolue ou du moins, ils s'efforcèrent d'y croire. Peut-être par naïveté, ou sans doute par peur.
Ils portèrent donc leurs espoirs sur cette idée, et s'y accrochèrent sans porter la moindre objection.
Désormais, ils devaient agir rapidement.
- Il faut donc nous rendre sous la tour, dit Ivan.
- Essayons toujours, déclara Pao-Lin. Je pense connaître le chemin !
Les Héros acquiescèrent d'un signe de tête avant de suivre Dragon Kid qui emprunta plusieurs couloirs étroits. L'odeur nauséabonde s'accentua, donnant ainsi le tournis à Fire Emblem. Au fil de leurs pas, les Next s'engouffrèrent ensuite de plus en plus dans les ténèbres.
Au bout d'un long quart d'heure, Barnaby ne prêta plus aucune attention au chemin que suivait l'adolescente, et abandonna l'idée de se le remémorer pour repartir plus facilement.
Peu après, l'héroïne les conduisit dans une pièce circulaire qui se terminait en un cul-de-sac. Le tintement des gouttes d'eau, s'éclatant sur le sol crasseux, résonna péniblement.
- Je crois que c'est ici..., dit-elle.
- Tu crois ?, souffla Antonio.
Kotetsu soupira intérieurement : cet endroit désert ne pouvait être celui énoncé par Aiden. Il refusa pourtant d'admettre que Barnaby s'était trompé. Il le connaissait mieux que quiconque, il croyait aveuglément en ses paroles et en son raisonnement qui avait, jusque là, fait ses preuves. Par conséquent, le vétéran observa les alentours, confiant dans l'orientation de Dragon Kid. Nul doute qu'un énième problème dissimulait tout bêtement le chemin final conduisant à Karina.
Sa main glissa alors sur le mur froid et rocailleux, puis ses disques d'or le fixèrent dans le but de trouver une faille ou quelque chose qui confirmerait les idées de ses collègues. Ces derniers l'observèrent sans un mot, puis l'imitèrent.
- On perd notre temps !, râla peu après Rock Bison.
Mais personne ne répondit, trop concentré sur leurs recherches.
De son côté, Barnaby effleura du bout des doigts les pierres grisâtres du mur, et les tapota de son poing. Par la suite, ses émeraudes s'égarèrent un instant un peu plus bas : quelque chose clochait. En effet, les pierres situées à ce niveau de la bâtisse paraissaient plus neuves que les autres.
Intrigué, il se décida à toucher du bout de son pied les briques en question, et un son plus perceptible s'en échappa.
« Ce serait donc ici ?! », se dit-il en écarquillant les yeux.
D'un mouvement précipité, Barnaby s'agenouilla, et tenta de les retirer. Il demanda ensuite de l'aide à ses amis, ce qu'ils s'empressèrent de faire, à la fois affolés et soulagés.
Finalement, ils ôtèrent trois rangées de briques, créant alors une petite ouverture qu'ils infiltrèrent un à un.
Une fois de l'autre côté, ils constatèrent qu'il ne s'agissait que d'un couloir vulgairement creusé, en plus d'être étroit. Si étroit que l'armure de Rock Bison l'empêchait d'avancer en toute liberté, et ne cessait de le ramener à l'ordre.
Tandis qu'Antonio peinait à trouver une position adéquate, afin de se déplacer plus facilement, les autres Next regardèrent devant eux, et y aperçurent une porte
- Restons sur nos gardes, on ne sait pas à quoi s'attendre, conseilla Ivan.
Barnaby hocha la tête en même temps que Fire Emblem. Ce dernier enclencha son pouvoir, suivi de Pao-Lin et de Sky High. Enfin, l'équipe s'avança vers la porte et l'ouvrit brusquement pour entrer dans l'ultime salle.
Ils n'oublieraient jamais l'affreuse vision qui s'offrait à eux.
En effet, dans un coin de la pièce reposait une forme humaine recroquevillée en position fœtale. Affaiblie, elle haletait difficilement, peinant à trouver un peu d'air. Son corps dénudé reposait cruellement sur le sol froid et humide de la pièce, et d'affreuses marques pourpres agressaient dorénavant sa peau normalement laiteuse.
Une goutte tomba sur sa hanche, glissa lentement le long de sa cuisse, et termina sa course sur son bassin.
Choqués, les Next se rappelèrent alors d'un des bourreaux se trouvant derrière la caméra : il manipulait l'élément du feu. Malgré les preuves accablantes, ils refusèrent de reconnaître l'identité de la forme immobile.
Soudain, ce corps étranger eut un sursaut.
De gémissement. D'angoisse. De pleurs. De désespoir.
Ce fut juste un sursaut, néanmoins il dévoila avec horreur l'accablante vérité : Karina se trouvait là, allongée sur ces dalles glaciales, la peau reluisante d'une substance visqueuse et blanchâtre.
- Et bien, j'ai cru que vous ne viendriez jamais, se moqua une voix dans leur dos.
Pris au dépourvu, les Héros se retournèrent vivement pour faire face à Aiden et Ascelin.
Malheureusement, Ascelin ne leur laissa pas le temps d'user de leur don, et s'empressa d'enclencher aussitôt son pouvoir.
Le piège s'était, à présent, refermé sur eux.
Note de l'auteur : Voilàààà ! J'espère que ce chapitre ne vous a pas trop paru bâclé ou que sais-je encore, parce que j'ai eu un peu de mal à le rédiger. Surtout au niveau de la charade et de la façon dont les Héros trouvent la solution (j'avais peur qu'il la trouve trop vite, ou de manière trop random.) De ce fait, j'espère que ce n'est pas l'impression que vous avez eu. Concernant Karina... Je me doute qu'une telle tournure peut choquer certains lecteurs, et je vous comprends parfaitement. Cependant, si cela peut vous rassurer, cet événement est plus qu'important dans le cadre de mon histoire, et je ne cherche pas à faire du remplissage vulgaire/inutile avec cette scène. Et puis, il n'y en aura pas d'autres.
Je suis assez stressée concernant vos avis, car j'espère que la tournure de ma fanfiction ne vous décevra pas, et que vous prendrez toujours plaisir à la suivre !
En attendant, je souhaite aux plus chanceux de bonnes vacances, et aux moins chanceux un bon courage. Joyeuses fêtes à vous tous, et à l'année prochaine pour le chapitre 17 ! (le 3 janvier, normalement :D)
