Disclaimer : Hormis mes OCs, l'univers et les personnages de cette fanfiction appartiennent à Sunrise.
Bêta-Lectrice : L'extraordinaire Sayuri-Geisha !
Coucou tout le monde !
Comme prévu, voici le chapitre 19 qui, j'espère, vous plaira !
Sayuri-Geisha : Ha bon, tu trouves qu'entre les chapitres postés ici et ceux que tu lis actuellement, il y a des changements conséquents ? Je pense que j'ai mûris entre temps, et que du coup, certaines actions sont différentes xD Mais j'aimerais quand même bien savoir ce que tu veux dire par là ^^ Pour le cas de Barnaby, il n'aurait pas vraiment pu mettre une veste sur Karina étant donné qu'il portait son armure à ce moment là. Et oui, Pao-Lin n'a pas de chance :/ Selon moi c'est plus sensible vu que c'est la plus jeune.
Kerô : "Que va-t-elle devenir ?". Je pense que cette question, tout le monde est en droit de se la poser xD Merci d'être toujours au rendez-vous en tout cas !
Chapitre XIX : La Brebis mangée par le Loup
Voilà maintenant près de deux heures que les Next avaient rejoint l'hôpital relié à Hero TV. Prisonniers des murs immaculés de la structure, ils attendaient à présent le retour du médecin de Blue Rose, soucieux des résultats qu'ils ne tarderaient pas à entendre. Pendant que Kotetsu faisait les cents pas devant ses collègues, Banaby restait figé sur une cible invisible, égaré dans ses nombreuses pensées.
Sans réussir à trouver de réponses pertinentes à ses questions, il siffla entre ses dents, frustré d'assister, impuissant, à une telle situation. Et tandis que le tic-tac incessant de l'horloge ne cessait de le renvoyer à ses faiblesses, la main de Nathan se posa sur son épaule.
- On va bientôt nous tenir au courant de son état... J'ai confiance en elle.
Ces mots réconfortants résonnèrent silencieusement dans la salle comme un mensonge peu convaincant. Personne ne prêta attention au travesti, et ses phrases s'avérèrent hypocrites lorsque Barnaby sentit les doigts de son collègue trembler sur son épaule.
Toutefois, le blond estima préférable de garder le silence, et tourna la tête en direction de la fenêtre qui renvoyait une ville noyée dans les ténèbres. Ses poings se serrèrent quand il remarqua la foule de journalistes hurler des questions inaudibles aux portes de l'hôpital. Tels des charognards à l'affût de leur pitance, ces employés en soif d'informations se moquaient bien de ce que pouvait ressentir Karina face à une telle situation.
Dépité, Barnaby se leva avant de jeter un œil discret à ses collègues : encore chamboulés par les événements survenus un peu plus tôt, ces derniers restaient en conflit perpétuel avec leurs pensées.
Eux aussi repartiraient avec des séquelles difficiles à oublier.
Au moment où Kotetsu s'apprêta à faire part de son impatience, une silhouette se dessina au bout du couloir. Elle se fit alors plus nette au fil des pas qu'elle effectuait silencieusement, révélant une femme aux épaules chétives, et aux longues jambes qui lui conféraient une taille fine. Son visage émacié se caractérisait singulièrement par des taches de rousseurs survolant son nez en forme de bec d'aigle, et de larges lunettes renforçant son expression sérieuse. Néanmoins, son regard azuré et profond, reflété dans ses pupilles pétillantes, rassurait plus qu'il n'effrayait.
Toutefois, et sans savoir pourquoi, un sentiment dangereux se percevait dans sa démarche orchestrée par des petits pas rapides. Tellement rapides que sa tunique blanche flottait dans le vide, et ses cheveux, d'un roux flamboyant, dansaient au rythme d'un vent imaginaire. Ses mains, pourtant jeunes, étaient fines, maigres et pales.
Le résultat d'un stress constant.
Les Héros reconnurent aussitôt Mademoiselle Strauss, le médecin ayant pris en charge Blue Rose.
- Alors, comment va-t-elle ?! lança Wild Tiger.
- Elle est épuisée, dit-elle.
Sachant que cette réponse ne conviendrait pas aux Next, elle développa :
- Elle s'est réveillée il y a une dizaine de minutes environ. Elle est encore heurtée par ce qu'elle a vécu, et c'est compréhensible. Nous avons commencé à la soigner et nous ne tarderons pas à lui faire passer quelques examens.
- Des examens ? Quels genres d'examens... ?, s'inquiéta Pao-Lin.
A l'entente de cette question, les protagonistes d'Hero TV fixèrent le sol. Même s'ils ne voulaient pas y penser, la raison s'avérait pourtant évidente.
Hélas, Mademoiselle Strauss n'hésita pas à donner des explications à l'adolescente, ce qui ramena les adultes à l'affreuse réalité.
- Des examens qui nous permettront de vérifier son état. Je me doute que ce soit dur à entendre, mais nous ne sommes jamais à l'abri d'une MST.
Les billes de Pao-Lin doublèrent de volume face à cette révélation, prête à déverser plusieurs larmes. Inquiet, Ivan la saisit par les épaules et l'invita à s'asseoir à ses cotés, et instinctivement, la jeune fille se blottit contre lui pour étouffer ses sanglots.
Apeurée par ce renseignement, qui confirmait automatiquement les doutes sur ce qu'avait vécu la Rose, Dragon Kid ne prêta aucune attention aux excuses du docteur.
De son côté, Barnaby sentit la rage l'étouffer. Jamais de sa vie il ne s'était senti aussi faible et inutile. Karina ne représentait peut-être qu'une collègue, mais l'horreur des actes qu'elle avait endurés, le poussait à se dire qu'il aurait dû veiller sur elle. Ainsi, à l'instar d'une punition démesurée, Barnaby portait sur ses épaules la culpabilité de ses actions.
Pourquoi elle ?
Avait-elle, de sa vie, commis trop de pêchés pour recevoir un tel châtiment ? Non, personne ne méritait de subir une telle atrocité. Pas même le plus exécrable des criminels.
Inconsciemment, le Héros espérait qu'elle resterait forte, et ferait tout son possible pour tourner la page de cette lugubre histoire.
Désir utopiste.
Qui donc parviendrait à se relever après une telle chute ?
Irrité, Barnaby tourna le dos à ses amis et déclara d'une voix glaciale que rester ici ne servirait plus à rien, et qu'il repasserait dans de meilleures conditions. Kotetsu l'observa du coin de l'œil, interloqué, mais jugea bon de ne pas lui répondre dans l'immédiat. Après tout, lui aussi avait besoin d'un peu de repos.
- Revenez dans quelques jours, je pourrais vous faire part des résultats. Au pire des cas, je les enverrais aux studios d'Hero TV, commenta Strauss.
- Il vaudrait peut-être mieux que vous les laissiez ici..., suggéra Origami Cyclone.
- C'est vrai qu'avec ces journalistes, nous ne sommes jamais à l'abri, conclut Antonio.
- Je vois. Alors je vous attendrai.
Le médecin fixa un moment les Next, avant d'ajouter :
- Ne partez pas défaitiste. Continuez à la soutenir, et je suis certaine que tout ira bien.
Aussi cliché et bateau soit-il, ce conseil rassura tout de même l'équipe de Next, sauf Barnaby, qui quitta les lieux sans un « au revoir » ou un remerciement, la haine au cœur.
Une fois à l'extérieur, il ignora l'énorme masse de journalistes, et chevaucha sa moto en conservant un mutisme effrayant.
La fin de la journée sonnait comme le prélude d'un nouveau fardeau à porter.
Quand le grand ascenseur arriva à la base, ses portes majestueuses s'ouvrirent sur un Aiden à l'expression cinglante. Derrière lui se tenaient les hommes qui l'avaient accompagné dans cette mission alliant perfection et dangerosité. Une mission dont les plans s'étaient conçus par l'unique force de la patience et de l'orgueil, prenant alors avec elle presque une année de préparations intensives.
Des mois de travail, gâchés, pour n'essuyer qu'un vulgaire échec. Face à une telle situation, la fierté d'Aiden disparut, entraînant avec elle sa confiance en soi.
Quelle humiliation !
La colère au visage, il fit signe à Ryder et Kurt de passer devant, puis dit :
- Attachez Miss Lance dans la pièce d'à côté, et attendez-moi là bas.
Sur ces ordres, les deux Next baraqués obéirent à leur supérieur, et disparurent peu de temps après de l'autre coté de la porte avec Elizabeth. Par la suite, tel un démon aux intentions corrompues, le silence s'immisça entre Aiden et Ascelin. Le champ de vision du plus jeune s'arrêtait au dos droit et ferme de son supérieur, lui donnant alors l'impression de n'être qu'un simple gosse caché derrière son aîné. Et observer ainsi l'échine de Monsieur J. Howards, procura à Ascelin une fascinante sensation de malaise.
Les ignorants connaissaient Aiden pour sa gentillesse exceptionnelle et ses attitudes nobles et distinguées. Son visage, emprunt d'une douceur réconfortante, ne cessait d'afficher une expression à la fois forte et chaste. Qui plus est, ses yeux semblaient lire dans l'âme de ses interlocuteurs, tant la sincérité se lisait dans son regard.
Pour les idiots, c'était un ange ne cherchant qu'à établir le bonheur pour son entourage.
Et pourtant...
En contemplant le dos de son ami, Ascelin pouvait distinguer le Diable dissimulé dans son camouflage. Sa carrure si droite et assurée, même dans un moment aussi difficile, révélait un homme ambitieux et dangereux, comme si la véritable identité de son âme ne résidait qu'au verso de son existence.
Une telle déduction ensorcela le plus jeune du duo, et il ne put retenir le frisson sur sa nuque.
- Dans mon bureau, tonna sévèrement Aiden sans se retourner.
Les yeux d'Ascelin se fermèrent et il déglutit en silence, redoutant ce qui l'attendait. Les pas du supérieur résonnèrent gravement contre les parois de la base, renforçant l'angoisse du cadet.
Aiden pénétra dans son bureau, avança de quelques mètres, et fit volte-face pour fixer son ami, droit dans les yeux. Un peu effrayé, ce dernier garda le silence en attendant qu'Aiden prenne la parole. Au lieu de cela, le dictateur tourna autour de son sujet et le dévisagea méchamment, comme prêt à l'attaquer.
- Je suis vraiment déçu, souffla-t-il enfin.
A cette révélation prévisible, Ascelin retint un soupir attristé.
- Nous avions des projets extraordinaires, des plans complexes mais décisifs. En mes mains reposait le nouveau testament, et les outils pour créer le monde qu'aspire notre société..., s'emporta Aiden. Je te faisais confiance Ascelin. Vraiment.
Tel un acteur de théâtre grandiloquent, le dictateur mima, avec une certaine exagération, des gestes dominés par la rancune. Il posa une main sur son cœur, fronça les sourcils, plissa ses billes d'argent, et saisit de son autre main la cravate de son cadet, plongeant son regard hypocrite dans celui d'un Ascelin accablé par ses erreurs. Une telle image satisfit l'aîné, qui vit en cet acte la loyauté de son sujet.
Toutefois, le mal était fait, et l'idée de devoir repartir à zéro l'agaça au plus haut point.
- Tu savais pourtant qu'au moindre faux pas, nous échouions ! reprit Aiden.
- Je suis désolé, murmura Ascelin.
- Je n'ai que faire de tes excuses !
Dans un excès de rage, Howards tira vivement sur la cravate de son sujet, et le força à lui faire face. Aussitôt, les pupilles métalliques du premier s'enfoncèrent avec haine dans celles noisette du second. Celui-ci, le souffle à moitié coupé, tenta désespérément de garder une certaine contenance devant son supérieur, et de ne pas baisser le regard. Malheureusement, il sentit sa respiration s'accélérer en frissonnant au contact du souffle chaud et saccadé d'Aiden contre sa peau, et son regard de pierre eut de nouveau un effet hypnotique sur lui. Telle la Méduse des légendes, Aiden possédait le pouvoir de figer sur place Ascelin, sans qu'il ne puisse réagir, ni même ressente l'envie de s'en défendre. D'habitude, il se plongeait à l'intérieur de ces disques avec délectation et crainte. Pourtant, en ce moment, il s'agissait plutôt d'une montée incontrôlable d'adrénaline et d'excitation. Alors qu'il aurait dû trembler de voir le visage si hypocritement souriant d'Aiden se transformer en un air sincèrement colérique, cette métamorphose lui procura, au contraire, une effrayante sensation de plaisir. Et au lieu d'écouter les remontrances de son chef, Ascelin contempla le magnifique tableau qui se dressait devant lui, représentant un être aux traits si parfaits, aux lèvres qui paraissaient si douces, à la voix suave, et surtout, aux yeux diaboliquement ensorceleurs.
- Comment pourrais-je pardonner un acte aussi stupide ?!, siffla Aiden. Surtout venant de toi, un Next n'ayant aucun handicap avec son pouvoir !
L'emprise se fit plus forte et violente, insistant l'allié à pousser un gémissement de douleur, mêlé à un faible souffle. Ascelin comprit le double sens de cette dernière phrase, et ne put s'empêcher de fixer une énième fois son supérieur, la boule au ventre. A l'entente de cette remarque à l'intonation amère, le jeune homme referma ses doigts et planta ses ongles dans la paume de sa main. Un geste censé le rassurer, lui donner du courage, du sang froid, l'encourager à ne pas baisser la tête.
Pourtant, Aiden n'avait pas tort. Lui qui devait porter sur ses épaules, le poids d'un pouvoir limité dans le temps, il parvenait à s'en sortir plus facilement que n'importe quel Next réunit. Sa qualité de manipulateur jouait un rôle important dans ses projets, et la moindre erreur se révélait fatale. C'est pourquoi, il choisissait toujours sa proie avec minutie et réflexion, accordant alors une confiance périlleuse à ses associés. Surtout Ascelin.
Ascelin, le seul allié au courant de son seul et unique point faible.
Ascelin, l'homme en qui il avait placé tous ses espoirs, même les plus fous.
Ascelin, la cause de leur échec.
Frustré, Monsieur J. Howards poussa violemment le traître contre la porte, et lui jeta une expression cinglante, l'ultime de cette querelle.
- Tu as de la chance que mon pouvoir ne revienne que vingt-quatre heures après utilisation. Ôter le tien aurait été un plaisir !, dit-il doucement, de peur de se faire entendre.
Il n'eut qu'une suite de toussotements en guise de réponse. Après un long moment à reprendre son souffle, Ascelin prit la parole :
- Mes actions sont impardonnables... J'ai préféré la fuite au combat, je l'admets. Cependant... Cependant, et avec tout le respect que je te dois, je ne suis pas le seul à blâmer dans cette histoire !
- Comment oses-tu... !
- Non, ce n'est pas toi que je vise ! Je te parle d'une de nos victimes : Barnaby Brooks Jr.
Les yeux d'Aiden s'écarquillèrent quand il entendit ce nom. Remarquant cela, Ascelin continua :
- Il ne s'est pas laissé berner... Il n'a cessé de garder un lien avec la réalité... Il a traversé le mur d'illusions, et a refusé de se laisser emprisonner !
- Oui, je sais. Tu me l'as déjà expliqué..., soupira le supérieur, agacé. Et après ? Tu aurais dû...
- Mais il y a un détail que j'ai omis de dire dans ces explications..., le coupa son cadet.
- … Quoi ?
Comme pour chercher à l'impatienter, Ascelin se redressa difficilement contre la porte, et tenta vainement de prendre une pause plus droite et solennelle. A l'image d'un soldat affaibli qui refusait de quitter le combat, il s'avança faiblement vers Aiden, puis haleta difficilement une fois à quelques centimètres de lui. Le souffle court, il déglutit non sans mal, et se lança.
- J'ai vu une ombre.
Une moue hautaine se dessina sur la figure du chef, qui crut un instant que son associé avait perdu la raison.
- Le subconscient est une chose complexe. Ce que je vois dans la tête de mes victimes s'apparente à un rêve aux images symboliques, développa Ascelin. Chaque objet, chaque couleur, chaque odeur possède donc un sens qui lui est propre.
- Je me fiche de tout cela ! Sois plus concret !
- … L'ombre symbolise un sentiment puissant, mais dont la victime ignore encore l'existence.
Cette fois, le visage d'Aiden s'adoucit.
Pensant saisir où les renseignements d'Ascelin souhaitaient le conduire, un sourire diabolique apparut lentement sur ses joues.
- Continue, jubila-t-il.
- … Cette ombre n'a cessé de suivre Barnaby et de le surveiller. Cela laisse suggérer que ce sentiment l'a forcé à s'attacher à la réalité.
- En d'autres termes, et si je comprends bien, ce sentiment inconscient le protégeait.
- Oui, comme pour l'inciter à se rappeler que « quelqu'un » l'attendait de l'autre côté. Je suis certain que s'il était conscient de ce qu'il ressent pour cette personne, je l'aurais beaucoup mieux distingué. Par contre, ce que je peux déjà en dire, c'est que cette ombre avait une forme féminine..., conclut Ascelin dans un sourire révélateur.
A l'entente de cette déclaration invraisemblable, une étincelle malsaine illumina les pupilles du chef. Certes, leur mission s'était terminée sur un échec cuisant et outrageux, mais une lueur d'espoir ensoleillait à présent le visage d'Aiden. La chance lui accordait le droit à un nouveau lancé de dés. Un lancé décisif.
- Rien n'est encore perdu ! s'exclama le dictateur.
Il dévisagea ensuite son ami d'une expression railleuse avant d'ajouter :
- Je te donne une nouvelle mission. Je veux que tu espionnes Barnaby, et me fasses un rapport détaillé sur ses faits et gestes.
- M-Moi ?, balbutia Ascelin, surpris.
- Ce sera une bonne façon de te racheter, non ?
Bouleversé, le cadet fixa son aimé avec stupeur. Lui qui, pourtant, ne tolérait aucune erreur, il lui offrait une occasion d'expier ses fautes. Aux yeux d'Ascelin, il apparaissait comme un messie indulgent et compatissant, portant alors sur ses épaules une confiance démesurée pour son plus fidèle subordonné.
Ce dernier sentit les larmes monter au point de troubler son champ de vision. Par réflexe, il les ravala de peur de paraître chétif et idiot, toutefois, il ne put empêcher ses lèvres de trembler sous le poids du bonheur.
- M... Merci Aiden !
- N'oublie pas que c'est ta dernière chance, et qu'un seul faux pas te sera fatal ! menaça Aiden.
- Je l'entends bien, et il n'y en aura pas !
- Bien. Ha, et une dernière chose.
Il empoigna Ascelin par l'épaule, se pencha doucement à son oreille, et lui murmura quelque chose. Sa voix grave et sensuelle s'infiltra mielleusement dans la conscience du marionnettiste, et un violent frisson lui attaqua la peau. Enfin, un sourire mesquin apparut sur son visage.
Une forte odeur rouillée éjecta Elizabeth de son sommeil. Ses yeux s'entrouvrirent avec difficulté, et une atroce brûlure au niveau des poignets la ramena à l'ordre. L'environnement peinait à prendre une forme concrète, et l'esprit embrumé de la jeune femme chercha à comprendre pourquoi elle se retrouvait immobile, assise sur une chaise, les mains ligotées derrière son dos courbé et les chevilles attachées aux pieds du siège. Elle essaya par la suite de se familiariser avec l'environnement, mais sa vue n'était pas encore totalement opérationnelle. Sa bouche pâteuse tenta alors, vainement, de prononcer un nom, et seul un souffle affaibli s'évada de ses lèvres livides.
« Que m'arrive-t-il... ? », pensa-t-elle, à peine consciente pour ressentir la peur.
L'odeur, qui ornait la pièce, s'alourdit violemment, pénétrant perfidement les narines de la secrétaire au point de lui faire tourner la tête. Ce parfum pestilentiel s'apparentait étrangement à celui du danger et de la mort, tel un poison cherchant à l'éliminer. Pourtant, Elizabeth regagna progressivement sa lucidité, et au bout de plusieurs longues secondes à endurer l'horrible effluve, elle reconnut les environs : la base d'Aiden.
C'est ainsi que les événements, survenus un peu plus tôt, défilèrent rapidement dans sa mémoire comme un film en accéléré. Oui, tout avait un tant soit peu de sens maintenant. Elle se souvenait des attouchements osés de Kurt, l'arrivée de Blue Rose, la caméra figée sur cette dernière, le début d'une longue et douloureuse humiliation, la véritable nature d'Aiden... et la gifle qu'il lui avait infligé.
Et puis le vide...
Non, il s'agissait forcément d'un cauchemar, une farce de son inconscience ! L'homme qu'elle avait toujours aimé et soutenu n'aurait jamais levé la main sur elle ! Pour quelle raison l'aurait-il fait ? Lui qui ne cessait de sourire et de l'encourager. Lui qui savait la rassurer et la rendre heureuse, tout en se montrant ferme et protecteur.
Lui...
Ce prince que jamais, oh grand jamais, elle ne trahirait.
« Oui, j'ai dû rêver, ce n'est pas possible... Ce n'est pas le genre de Monsieur Howards ! », se convainquit-elle, un sourire au coin des lèvres.
La puanteur l'expulsa de ses pensées, comme pour essayer de la ramener de force à l'effroyable réalité. Néanmoins, elle garda à l'esprit qu'Aiden restait un homme bon, Next ou pas.
Décontenancée par l'odeur putride, l'humaine tourna la tête en espérant y trouver la source. Elle leva le regard, le baissa, et se mit à trembler en remarquant une trace de sang à quelques centimètres de ses pieds. Son cerveau lui dicta de s'arrêter là, hélas, la curiosité surpassa le sentiment d'angoisse. De ce fait, ses saphirs glissèrent vers la gauche, et suivirent avec crainte la tâche pourpre et fraîche.
L'image qui se dressait dorénavant devant elle marquerait à jamais son existence.
En effet, dans cette pièce sombre et silencieuse reposaient les corps inertes de Kurt et Ryder, le visage attaqué par une expression à la fois horrifiée et scandalisée. Leur regard ne brillaient plus, et leurs pupilles ne contenaient plus cette flamme de vitalité prouvant leur existence. Face à cet effrayant tableau, Elizabeth poussa un gémissement de terreur. De plus, lorsque ses yeux se posèrent sur les cadavres, elle déglutit en voyant le trou entre leurs sourcils, et comprit qu'une personne leur avait tiré dessus.
Qui donc ?
Et elle ? Etait-elle entre les griffes d'un meurtrier ? Serait-elle la prochaine victime d'un sort aussi funeste ?
Affolée, elle appela naïvement Aiden dans l'espoir que celui-ci vole à son secours, à l'image d'un roman à l'eau de rose.
- Allons Miss Lance. Inutile de crier, je t'entends, murmura soudainement la voix de l'interpellé dans son dos.
Bien loin de s'imaginer que son sauveur se trouvait derrière elle, un vif sursaut s'empara d'elle. Par la suite, l'homme s'avança et se mit face à sa proie, suivi d'un Ascelin heureux. Bien que leur attitude parût malhonnête et menaçante, Elizabeth n'en prit pas garde, et sentit des larmes de joies couler sur ses joues.
Son aimé lui venait en aide. Son tendre et irremplaçable aimé.
- Oh Aiden..., j'ai eu si peur... Je... J'ai cru ne jamais te revoir ! balbutia la secrétaire.
Les paupières d'Ascelin se baissèrent à moitié.
Idiote jusqu'au bout, cette brebis naïve ne comprenait toujours pas que son prince ne représentait t qu'un loup affamé.
Peut-être fuyait-elle l'évidence ? Peut-être s'égarait-elle dans un cocon sécurisant ?
Cette théorie concevable renforça la joie sur le visage d'Ascelin, et dès lors, son esprit sadique se mit en marche. Cependant, il devait attendre l'ordre de son supérieur. Car aujourd'hui, ses pénibles efforts à supporter cette humaine, candide et stupide, seraient bientôt récompensés. Il fallait juste se montrer patient, et ainsi, le bonheur à la faire souffrir n'en ressortirait que plus jouissif.
- Notre plan s'est terminé sur un misérable échec, pesta Aiden.
- … V-Vraiment ? demanda Elizabeth, après un long silence.
- Oui. J'en suis le premier attristé. Mais il faut savoir aller de l'avant, n'est-ce pas ? De ce fait, nous commençons une nouvelle opération !
- Oh, c'est fantastique Aiden ! Tu auras besoin de moi, n'est-ce pas ? Demande-moi ce que tu voudras et je ferai de mon mieux !
Un petit gloussement s'évada de la gorge de la jeune femme. Ses grands yeux céruléens fixaient Monsieur J. Howards d'une manière étrange, et ses lèvres fines s'étiraient jusqu'aux oreilles. Hypnotisée, magnétisée, obnubilée, Elizabeth ne détournait pas le regard de son adoré.
Des phrases inaudibles s'échappèrent ensuite de sa bouche, vantant les mérites du chef. Elle oublia la douleur dans ses poignets et ses chevilles, ignora la puanteur de la pièce, effaça de sa mémoire l'image des cadavres sur le sol. Qu'importe ce qui l'entourait, ce qu'elle entendait, ce qu'elle sentait. Tous ses sens se voyaient maintenant focalisé sur un seul et même sujet : Aiden.
Elle vivait par delà Aiden, elle jouissait de sa passion, elle était ivre d'amour pour lui.
La folie des sentiments l'avait enveloppé et emprisonné dans une éternelle servitude, la poussant alors à nier les horreurs de son prince et à rejeter la faute sur elle-même.
Cet amour si pur et innocent s'était métamorphosé en addiction déséquilibrée, et revenir en arrière s'avérait être une tâche beaucoup trop ardue.
- Ma chère secrétaire, tu as assez travaillé comme ça. Tu n'es plus d'aucune utilité maintenant.
Ce discours, confessé par son aimé, s'apparenta à un coup de couteau en plein cœur.
Elizabeth fixa Aiden avec consternation, cherchant à remettre en place les mots qu'il venait de prononcer. Toutefois, elle se restreint, et se persuada que la meilleure solution consistait à rester enfermée dans sa carapace protectrice.
De ce fait, elle refoula en elle ses craintes et ses angoisses, et les transforma en joie et en rires.
- Je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour t'aider, Aiden..., rit-elle, comme si elle venait d'entendre la plus belle des déclarations d'amour.
- Ascelin, je te laisse terminer, conclut Aiden, peu touché par l'état de sa proie.
- Avec plaisir.
Suite à cela, les poignets du cadet se craquèrent, et sa marche sinistre résonna contre les murs de la pièce. Sa vengeance allait enfin voir le jour, et il en profiterait jusqu'au dernier morceau.
Pendant ce temps, l'aîné tourna les talons et se dirigea vers la sortie, ce qui blessa l'humaine.
- Aiden... ? Aiden où vas-tu ? Reviendras-tu ? Me donneras-tu un ordre ?, s'emporta cette dernière. Aiden... Ne me laisse pas Aiden ! Je t'aime ! Je n'aime que toi ! AIDEN ! NON, NE PARS PAS ! AIDEN !
Le réclamé ne réagit pas.
Pas un souffle, pas un regard, juste un silence glacial qui poussa Miss Lance à accentuer ses cris.
En vain.
Monsieur J. Howards saisit la poignet de la porte, la tira doucement, et quitta le lieu sans un mot. Pas même un « adieu ».
Pourquoi perdre son temps avec une humaine aussi sotte ?
La porte se referma derrière lui, et en bon tyran, il attendit que quelque chose se produise. Sa patience fut récompensée au bout de plusieurs longues minutes, et un frisson de satisfaction lui remonta l'échine quand il entendit les cris désemparés de Miss Lance, suivi des appels au secours. Parfois, le nom d'Aiden s'égarait parmi les hurlements et les sanglots, et cela ne fit qu'accentuer son plaisir pervers.
Ascelin aussi devait s'en donner à cœur joie.
Un mois entier s'écoula depuis ces événements déplorables, et novembre s'en alla aussi vite qu'il était arrivé. Tout au long de cette période, constituée uniquement de douleurs et de craintes, une lueur d'espérance pointa le bout de son nez quand Mademoiselle Strauss affirma que les résultats d'analyses sur Karina se révélaient tous positifs. Au moins, elle s'en sortait bien côté santé physique.
Hélas, les Héros durent supporter les caprices de la société, une fois de plus. En effet, depuis le désastre, survenue début novembre, la popularité de Blue Rose avait considérablement baissée, et les hauts placés jugèrent que ce terrible accident ne devait en aucun cas rester en mémoire. Ainsi, l'ensemble des produits à l'effigie de l'héroïne fut banni de la vente, de la plus grande figurine en résine, au plus insignifiant porte-clés en plastique. Ses fans les plus superficiels ne voyaient dorénavant en elle qu'une catin, et seuls les admirateurs sincères essayèrent de la soutenir en organisant plusieurs événements qui ne trouvèrent pas leur public.
Une grande partie de la population se voilait la face, et refusait d'admettre qu'une Next aussi pouvait avoir besoin d'aide. Seuls les médias profitèrent de cette situation pour remplir les premières pages de magasines qui se vendaient comme des petits pains.
L'hypocrisie de l'humanité à son plus beau jour : on interdisait les ventes des produits dérivés de la Rose, mais, bien que la justice ne restât pas insensible à cette affaire, l'état acceptait de faire vendre des magasines ressassant la catastrophe.
Qu'éprouvait Karina en ce moment ? Les Héros voulurent la soutenir, néanmoins Mademoiselle Strauss leur expliqua que la Rose refusait de voir quiconque, pas même ses parents. De ce fait, la docteur empêchait aux visiteurs tout accès à sa chambre.
Cette situation frustraient les protagonistes d'Hero TV, mais malheureusement, la seule chose à faire était d'attendre.
Par ailleurs, un autre souci apparut peu après ces événements : Barnaby se faisait de plus en plus discret. Il ne participait plus aux entrevues qu'il aimait tant, ne prenait plus la peine de discuter avec ses collègues après une mission, et Kotetsu révéla même qu'on retrouva son appartement vide du matin au soir. Cette situation perturba les Next qui ne comprenaient pas un tel comportement, surtout que Barnaby gardait le silence à chaque fois qu'on osait lui demander ce qu'il faisait.
« Je suis occupé », répondait-il souvent.
« Ça ne te regarde pas ! » tonnait-il sévèrement, les jours où la fatigue agressait sa figure.
Impossible de récupérer un minimum d'informations avec un homme aussi borné que lui. Par conséquent, les Héros abandonnèrent en pensant, qu'eux aussi, ils avaient leurs soucis.
Quand décembre arriva enfin, le paysage gris pâle semblait s'apparenter à l'état d'âme des Next. Les arbres perdaient leurs derniers feuillages, la pluie inondait les champs, jadis remplis de fleurs colorées et resplendissantes, et les nuages masquaient le soleil qui ne demandait qu'à éblouir la ville.
Dans cette grisaille déprimante, le gaz, s'évadant du pot d'échappement des voitures, paraissait plus perceptible, et la pollution se montrait plus agressive que lors des autres saisons.
Tandis que les sans abris toussaient violemment en respirant la fumée toxique, les familles installaient les décorations de Noël. Les guirlandes lumineuses ornaient les maisons des plus assidus, un petit Père Noël artificiel s'accrochait aux fenêtre des moins fortunés, et les magasins affichaient leurs pubs sur les vitrines. Les fêtes de fin d'année arrivaient à grand pas, et pourtant, le bonheur n'existait plus chez certains.
Note de l'auteur : Je pense que vous arriverez à deviner le passage que j'ai apprécié écrire dans ce chapitre. J'attends avec grande impatience votre avis, surtout au sujet d'Elizabeth et de la limitation du pouvoir d'Aiden. En fait, il y a tellement d'informations dans ce chapitre que j'ai peur de vous perturber. N'hésitez pas si jamais vous ne comprenez pas certaine chose, j'essaierai de vous l'expliquer ^^.
Sur ce, à dans deux semaines !
