Disclaimer : Hormis mes Ocs, les personnages et l'univers de Tiger&Bunny appartiennent à Keiichi Satô, à Masakazu Katsura, et aux studios Sunrise.
Bêta-Lectrice : L'irremplaçable Sayuri-Geisha (que je remercie toujours pour tout le travail qu'elle fournit) !

Bonjour ! Nous voilà donc avec le chapitre 21 de "La triste mascarade". Comme d'habitude, j'espère que ça vous plaira ! Je n'ai pas eu de mal à rédiger ce chapitre tant il m'inspirait. Je vous souhaite donc une bonne lecture !


Chapitre XXI : Requiem

Au pied d'une immense bâtisse aux couleurs ternes reposait un Barnaby dubitatif. Confortablement bien enfoui dans son accoutrement, il balaya du regard les environs, craintif de se faire épier par un journaliste buté. Ces derniers temps, il se sentait de plus en plus comprimé par une mystérieuse impression de présence dans son dos, à l'image d'une proie sur le point d'être dévorée.
Tendu, le blond se retourna vivement, glissa ses émeraudes de gauche à droite, puis de haut en bas.
Personne. Juste un silence.
Un souffle apaisé s'échappa de ses lèvres, et d'un pas plus assuré, il pénétra dans le bâtiment pour prendre l'ascenseur sur la gauche. Il jeta ensuite un œil sur la note de Lina, et appuya sur le bouton menant au quatrième étage.
« En espérant que ça ira... », pensa-t-il.
Quand les grandes portes de l'élévateur s'ouvrirent, le Next hésita à les traverser.
Et s'il faisait fausse route ? Si ce détour ne lui servait qu'à gaspiller son temps ? Il déglutit à cette suggestion, tout à coup paralysé par une sensation gênante. Puis, les éternelles questions survinrent en son esprit : jusqu'où était-il prêt à aller pour retrouver la trace d'Ouroboros ? Aussi infime soit l'indice ?
De toute évidence, Lina l'attendait, et rebrousser chemin s'apparentait dorénavant à prendre lâchement la fuite. Barnaby prit alors une profonde inspiration, le cœur bondissant, et sortit rapidement de l'ascenseur immobile.
« Qu'est-ce qui me prend en ce moment ? », s'étonna-t-il de cette attitude défaitiste et tourmentée.
Sans pour autant s'attarder sur son comportement, il longea un couloir à la tapisserie violette et aux formes géométrique noires, et s'arrêta devant une porte contenant le numéro similaire que sur sa note. Avant de frapper, le Héros profita de sa brève solitude pour vérifier, une énième fois, s'il se trouvait au bon endroit. De toute façon, il ne se trompait jamais. Pourquoi diable s'inquiétait-il pour des choses aussi insignifiantes aujourd'hui ?
Comme pour essayer de se changer les idées, il frappa trois fois son poing sur la porte, espérant qu'on lui ouvre au plus vite.

- Voilà, j'arrive !, annonça la voix de Lina de l'autre côté.

« Au moins, je suis dans le bon appartement. », se rassura-t-il.
Finalement, la porte s'entrouvrit pour y dévoiler Lina, tenant fermement un bébé d'environ deux mois dans ses bras.
Sa fille.
Blottie contre son cœur, l'enfant possédait un visage bien rond, dont le haut se cachait sous une impressionnante masse de cheveux noirs. Ses petits yeux, à moitié clos, s'agrandirent lorsqu'ils distinguèrent l'inconnu. Dans son regard, expressif et intense, brillait une lueur de curiosité face à ce drôle de personnage à lunettes. Par la suite, des syllabes s'échappèrent de sa bouche baveuse.
Lui demandait-elle de se présenter ? D'expliquer sa venue ? Le saluait-elle ? L'incroyable langage codé des bambins restait un mystère pour les adultes, surtout pour Barnaby qui se contenta simplement de lui sourire. Toutefois, la petite fille ne se laissa pas prendre au piège, et conserva sa mine intriguée tout en le dévisageant profondément, comme prête à lire dans son âme.

- Oh, bonjour monsieur Brooks Jr. ! Vous avez enfin trouvé du temps ?, s'émerveilla la mère.
- Bonjour madame. Oui, en effet... Veuillez m'excuser pour l'attente, répondit calmement le Next.
- A vrai dire, je pensais que vous aviez jeté mon papier depuis longtemps... Oh, mais entrez, entrez !

Sans se faire prier, Barnaby traversa le seuil et observa silencieusement les alentours. L'entrée donnait sur le salon, servant à la fois de salle à manger, et sur la gauche se trouvait une porte menant à la cuisine.

- Installez-vous ! Je vais coucher Naomi en attendant.

Et sur cette annonce, Lina déposa un baiser sur la tempe de sa fille, avant de disparaître derrière une porte située au fond de la pièce principale. Après une dernière analyse de la pièce, Barnaby prit place sur le canapé en cuir, et s'y enfonça si profondément qu'il crut être avalé vivant. Il se redressa légèrement, en mettant les mains dans les interstices entre les coussins.
Au même moment, la voix fluette de Lina s'éleva dans les airs et transmit une douce berceuse aux paroles aimantes et apaisantes. A l'entente de cette comptine maternelle, le ventre du Héros se broya sous l'emprise de la mélancolie. Il se souvint alors de la dernière image de ses parents qui, au travers d'une illusion douce mais sournoise, s'étaient matérialisés devant lui pour tenter de l'emporter dans les ténèbres.

- Désirez-vous un thé ?

Éjecté de ses pensées, Barnaby sursauta en remarquant la jeune mère face à lui. Il refusa gentiment sa demande, peu désireux de boire de l'eau chaude artificiellement aromatisée. La réponse négative fit hausser les épaules de la femme, et elle s'assit à ses côtés.
Cet échange marqua un mutisme gênant qui irrita le Next. Cependant, Lina fut la première à briser le mur du silence.

- Comment se porte Blue Rose... ?

Question dangereuse à poser. Non pas qu'elle l'ignorait, cependant, elle lui brûlait les lèvres. L'état de l'héroïne l'inquiétait énormément, surtout quand elle lisait les revues promettant de relater les nouvelles sur sa santé ; ces magasines mensongers ne donnaient que des versions différentes et toutes plus farfelues les unes que les autres. Lire de telles calomnies et y croire se résumaient à pousser l'humiliation de Blue Rose à son paroxysme. Et pour Lina, il en était hors de question !
Sauf qu'à présent, impossible pour elle de savoir si son héroïne préférée se portait bien ou non, et cela la frustrait excessivement. C'est pourquoi, elle ne ressentit aucune crainte lorsqu'elle interrogea Barnaby Brooks Jr.
Qu'importe les réprimandes, les remarques et les cris, Lina souhaitait simplement connaître la vérité.

- … Pour être honnête, je ne suis pas plus informé que vous, avoua le jeune homme.
- … P-Pardon ?
- Tout ce que je sais, c'est qu'elle réside à l'hôpital des Héros, et refuse toute visite.
- Mais... Elle endure seule cette épreuve, alors ?!, s'inquiéta la mère.

Les ongles du Next s'enfoncèrent instinctivement dans la paume de sa main. La supposition de Lina sonnait comme une réprimande aux tons amers, et enferma davantage Barnaby dans l'impuissance et la culpabilité.
Toutefois, malgré l'évidence, il souhaitait s'accrocher à une parcelle d'espoir. Une douteuse, mais indispensable parcelle d'espoir.

- Le personnel s'occupe d'elle, lâcha-t-il.
- Certes... Mais ce n'est pas pareil... Ils ne connaissent que Blue Rose, pas la femme derrière le masque ! Ils ne pourront jamais lui apporter un véritable réconfort !, s'emporta Lina.

Un mot après l'autre, le suivant toujours plus douloureux que le précédent. Les paroles de la jeune femme renforçaient cette pénible sensation de honte dans le cœur du Héros.
Voilà ce qui l'insupportait chez les spectateurs de l'émission : cette manie à donner des conseils et des leçons aux Next.

- N'êtes-vous pas d'accord avec moi... ?, tenta Lina, en voyant l'étrange mine de son interlocuteur.
- Je ne peux rien faire, lâcha-t-il avec fatalité.
- C'est faux et vous le savez ! Pas un jour ne passe sans que vous ne sauviez des vies. Alors, si vous êtes là pour ces inconnus, vous pouvez être là pour Blue Rose, non ?
- Taisez-vous !

Ses émeraudes cinglants la fixèrent avec mépris. Qu'est-ce qu'une civile comme elle savait de lui ? Pourquoi se permettait-elle de lui faire la morale, alors qu'elle ne le connaissait pas personnellement ? Ses conseils mièvres et énervants n'avaient pas de sens, il ne s'agissait de que de tentatives futiles pour se rendre intéressant.
Du moins, pour Barnaby.

- Pourquoi fuyez-vous ?, murmura cruellement la mère.

Prête à riposter au moindre danger, Lina ne redoutait pas l'éventuelle colère du Next.
Les yeux plongés dans les siens, elle le dévisagea avec une intensité incroyable. Dès lors, ses pupilles perçantes révélèrent une expression déterminée et audacieuse. Et à l'image du guerrier en quête de vérité, plusieurs interrogations à l'intention de Barnaby se lurent dans son regard éloquent.
« Savez vous au moins ce que vous désirez réellement ? »
« Vous sentez-vous concerné pour vous énerver de la sorte ? »
« Pourquoi ne pas l'admettre dans ce cas ? »
Stupéfait, le Next se mordit la langue dans l'intention vaine de le décontracter.

- Réfléchissez bien à cela..., termina la mère.

Néanmoins, le blond ne montra aucun signe d'accord ou d'opposition à l'écoute de ce conseil, seuls ses yeux demeurèrent, perdus, sur un point imperceptible.

- J'ai à mon tour une question, dit-il, après un moment de silence.
- Je vous écoute ?
- Le jour où nous nous sommes rencontrés au poste de police, monsieur Walter m'a certifié que votre mari était peut-être concerné...
- Oui. L'inspecteur Crowel me l'a aussi informé ce soir là, affirma Lina, en baissant tristement la tête. Mais tout d'abord, permettez-moi de vous donner quelques explications.
- Je vous en prie.

Bien que tremblantes, les lèvres de Lina s'étirèrent un peu. Puis, elle ferma les yeux, cherchant ses mots. Pour commencer, elle expliqua l'étrange comportement de son époux, les cauchemars récurant qu'il subissait, et l'affreux sourire hypocrite qu'il offrait à la traditionnelle question « Tout va bien ? ». Elle enchaîna sur son attitude de plus en plus inquiétante, ses insomnies plus constantes, les somnifères qu'il ingurgitait sans précaution. Elle s'arrêta un instant, égarée dans le flux des souvenirs tortueux, et essaya péniblement d'empêcher les larmes de couler.
Suite à une profonde inspiration, la jeune mère reprit. D'abord, elle croyait que son travail l'épuisait au vue des heures effectuées, cependant, même en vacances sa dépression persistait, et elle ne réussissait pas à lui extorquer la moindre information. Et un jour, la goutte déborda.
En effet, après de longues minutes à expliquer son ressenti, Lina révéla enfin le dernier acte de cette histoire : l'énième cauchemar qui réveilla son amant, sa tentative futile de prendre une énième fois des cachets, l'intervention de Lina, et enfin le départ de son époux.

- Si seulement j'avais su..., murmura-t-elle sombrement.
- Vous n'y êtes pour rien, répondit Barnaby.
- Si, je suis fautive. J'aurais dû le suivre... Ou bien l'aider à trouver une solution...
- On vous aurait aussi attaqué. Et je doute fortement que votre mari l'aurait accepté.

Il appuya cette tentative de réconfort en portant sa main sur celle de la mère, serrant doucement son emprise dans l'espoir qu'elle croit en ses paroles.
Son petit sourire en coin prouva qu'elle lui accordait sa confiance.

- Et après l'arrivée de Blue Rose ?
- Ethan, mon époux, m'a finalement avoué qui il était. C'est-à-dire un Next.
- … Il vous l'avait caché ?
- Oui... Il craignait que je le repousse et le vois comme un monstre.

Le poing de la mère se comprima à cette révélation. Durant toutes ces années, Ethan s'était enfermé dans la crainte et le mutisme, sans même chercher à se défaire des chaînes de la dépression. Ne lui accordait-il pas assez de confiance pour partager ses peines et ses douleurs avec elle ? Certes, son passé n'était pas rose, il ne retenait de son enfance que la honte et le mépris, seulement Lina véhiculait-elle cette image ? Lui rappelait-elle sa génitrice ? Ressemblait-elle à cette folle ?
Cette fois, les larmes brisèrent le dernier rempart, et glissèrent rapidement sur ses joues.
Elle craquait.
Bien que ce passé se trouvât loin derrière elle maintenant, se le remémorer s'avéra douloureux, à l'instar d'une blessure peinant à cicatriser.

- Vous souhaitez rester seule ?, proposa Barnaby, mal à l'aise.
- Non, non, pardon..., rétorqua Lina en essuyant ses yeux d'un revers de main.

Préférant ne pas jouer les impatients, Barnaby attendit qu'elle retrouve son calme, et la laissa reprendre la conversation.

- Bref... Après s'être confessé, il n'a pas vraiment su m'expliquer ce qui lui était arrivé, et il semblait émotionnellement affaibli. De ce fait, et avec son accord, j'ai demandé à l'hôpital le plus éloigné de la ville de le prendre en charge. Il ne supportait plus le vacarme et le stress de Sternbild, il souhaitait simplement être au calme. Cependant...
- « Cependant » ?
- Je voulais savoir. C'était plus fort que moi... Je souhaitais comprendre pourquoi, et surtout comment Ethan avait pu en arriver là. J'ai attendu, insisté pour qu'il m'en parle, pour qu'il ne répète pas les mêmes erreurs, et quand il s'est enfin décidé à m'expliquer... c'était le vide. Il ne se souvenait de rien. A part d'un homme, et quelques brides de ce qu'il avait enduré.

« L'illusion ? », se questionna le Héros, de plus en plus subjugué par les explications de la jeune mère.

- Vous a-t-il détaillé son expérience ?, demanda-t-il.
- Ce n'est plus très net de ce que j'ai compris... Tout ce que je sais, c'est qu'il a revécu un événement traumatisant de son passé. Je n'aime pas trop le questionner sur cette épreuve...
- C'est pourquoi vous avez embauché l'inspecteur Crowel ? conclut Barnaby.

Elle acquiesça d'un timide signe de tête, et continua :

- J'ai contacté Dean début septembre. D'abord, il refusait continuellement mes demandes, alors j'insistais. Pas un jour ne passait sans que je n'appelle au moins trois fois à son bureau. Puis, j'ai perdu patience, et je me suis rendue au poste de police malgré mes huit mois de grossesse !

Elle ponctua son discours d'une moue à la fois fière et légèrement moqueuse, surprenant à l'occasion Barnaby qui demeurait sérieusement concentré jusque là. Ensuite, Lina marqua une courte pause pour reprendre son souffle, à moitié amusée par cette situation.

- Finalement en voyant mon gros ventre, et en simulant un malaise, il a fini par accepter ma requête !

Encore heureuse de son exploit, un petit gloussement s'évada de ses lèvres.
« Je rêve ou elle a parlé d'un malaise ?! » pensa le Héros, pas vraiment certain de vouloir connaître la réponse.
Lina se racla la gorge quand elle distingua l'expression sidérée du jeune homme, se doutant qu'elle était peut-être allée trop loin. De ce fait, son visage reprit progressivement son sérieux, et elle enchaîna :

- Maintenant, j'espère que nous coincerons ce dingue... Surtout s'il a un lien avec les bourreaux de Blue Rose.
- « Si » ? Cela ne fait aucun doute qu'ils étaient complices, déduit Barnaby.
- Ne vendez pas la peau de l'ours avant de l'avoir tué, quand même.
- Je sais, je sais. C'est pourquoi je souhaiterais m'entretenir avec votre époux dans les plus brefs délais. Peut-être que j'en apprendrais plus.
- Ça tombe bien, je comptais lui rendre visite après la sieste de Naomi ! révéla la mère, qui se doutait bien que cette proposition arriverait tôt ou tard.

Sur ces mots, un sourire silencieux, mais sincère, se troqua entre eux.


Il n'en pouvait plus !
Caché depuis maintenant une bonne heure derrière l'un des murs de l'immeuble d'en face, Ascelin bouillonnait intérieurement. Quand Barnaby Brooks Jr. sortirait de ce bâtiment ?!
Il souffla d'impatience, incapable d'entrer dans la bâtisse sans paraître louche. Si seulement il avait pensé à appréhender son arrivée ! Au lieu de cela, il s'était convaincu qu'il ferait mieux de rester discret, afin de ne pas éveiller les soupçons, trop soucieux d'endurer un nouvel échec, et principalement le courroux de son supérieur qui n'acceptait, dorénavant, plus aucune erreur.
Depuis le mois de novembre, Ascelin obéissait scrupuleusement à l'ordre donné par Aiden, pour se racheter de sa honteuse maladresse : suivre le jeune Héros incognito, et relever, dans un rapport détaillé, ses moindres faits et gestes.
Cette mission, peu facile, nécessitait une concentration indéniable en plus d'une parfaite discrétion. Le moindre faux pas, une seule petite étourderie, et Ascelin pouvait dire adieu non seulement à sa vie, mais aussi à l'estime que portait Monsieur J. Howards à son égard.
« Non, quitte à mourir, autant le faire avec dignité ! », se répétait-il en serrant les dents.
Mis à part ses nombreux défauts, le marionnettiste se fichait bien des rumeurs circulant à son sujet. Qu'importe s'il véhiculait une mauvaise image au sein de l'organisation, si le dégoût se lisait sur la figure hautaine des membres les plus influents. Oui, qu'importe ! Le monde pouvait se retourner contre lui, l'écraser, l'humilier, le broyer, le torturer, il resterait indifférent à la douleur la plus insoutenable, tant qu'Aiden J. Howards lui accordait son entière confiance et son respect. A l'inverse d'Elizabeth, Ascelin connaissait la véritable facette de son chef. Cette raison le poussait donc à lutter à chaque instant contre sa conscience pour ne pas se laisser, à son tour, dévorer par le lion. De toute façon, malgré tout le respect qu'il portait à son aîné, la personnalité du cadet se révélait beaucoup plus sage et avisée que l'humaine crédule. De ce fait, une part de méfiance résidait en lui, prête à le protéger d'un éventuel danger.
Même si les sentiments s'en mêlaient, jamais il ne se laisserait berner.
Jamais.
Car si Aiden le manipulait comme Lance, tous les compliments à l'égard d'Ascelin, qu'il considérait comme son plus loyal sujet, se transformeraient en mensonges cruels et exécrables.
S'il se révélait aussi horrible avec lui, lui l'ami avant l'associé, alors cela signifierait qu'il l'abaissait au même rang que cette bécasse d'Elizabeth. Et cela, Ascelin se le refusait !
Enfin, deux voix distinctes s'élevèrent dans les airs, révélant deux silhouettes adultes : celle d'une femme tenant contre elle un nourrisson, et celle d'un homme replié dans son grand manteau et son chapeau.
Barnaby Brooks Jr !
Guettant sa proie, le membre d'Ouroboros fronça les sourcils lorsqu'il reconnut l'épouse du Next qu'il avait tenté d'amadouer. Certes, il se doutait déjà de quelque chose en reconnaissant l'appartement, seulement, avec une naïveté aberrante, il crut qu'il ne s'agissait que d'une farce du hasard.
Préférant remettre ses réflexions à plus tard, le marionnettiste observa minutieusement Barnaby. Accompagné par la mère, il se dirigea vers une petite voiture bleue métallisée, et entreprit d'ouvrir la porte arrière à la femme pour qu'elle puisse y installer son enfant. Par la suite, il s'installa sur le siège passager de devant, et attendit que son accompagnatrice démarre son véhicule.

- Où vont-ils comme ça ?, s'énerva Ascelin.

Préférant rester sur ses gardes, il patienta quelques minutes avant de rejoindre sa voiture, et les suivit le plus discrètement possible.


Après une bonne heure de route, ponctuée de conversations futiles, Lina et Barnaby quittèrent la zone urbaine pour arriver en pleine campagne. Dans ce secteur, ni l'air pollué de Sternbild, ni ses chemins artificiels ne subsistaient. A la place, seule l'odeur des plantes, de l'herbe humide et de la terre interpellaient les passagers, leur offrant avec cela, un magnifique paysage naturel. Les oiseaux de saison gazouillaient sur les branches nues des arbres, chantant les louanges du bonheur. Jusque dans ses couleurs, ce paisible endroit pâle contrastait assurément avec la ville obscure et ses nombreux dangers.
Accoudé sur la porte, la tête posée contre son poing, Barnaby contempla silencieusement les environs en se perdant graduellement dans ses pensées. Parviendrait-il à en apprendre plus sur les bourreaux de sa collègue ? Ou bien finirait-il par n'enchaîner que les échecs ? Pour le moment, ces questions se révélaient inutiles, toutefois, les expulser de sa tête s'avérait plus compliqué. Il voulut interroger Lina, cependant, en la voyant aussi concentrée sur la route, il jugea préférable de la laisser tranquille et observa une nouvelle fois les alentours.
Soudain, sa curiosité ressurgit au moment où ses yeux décelèrent, au loin, une petite tour au toit pointu.

- Ah, le clocher ! s'exclama la femme. Nous sommes bientôt arrivés !

Vingt minutes plus tard, la voiture atteignit finalement un petit village campagnard. Une agréable ambiance de cordialité ressortait de son paysage rural : les enfants gambadaient gaiement non loin de chez eux, tandis que les hommes rangeaient leurs étalages du marché en remarquant l'heure presque tardive. Certaines femmes, habillées sobrement par rapport à leurs cousines citadines, aidaient leur conjoint à remballer leurs articles. Dans leur démarche s'accompagnait un hymne de courage qu'elles chantaient en chœur, procurant aux hommes la motivation de terminer leur tâche.

- Ce village respire la tranquillité, vous ne trouvez pas ? demanda Lina.
- Ça donne l'impression que ce n'est qu'un bonheur éphémère, répliqua durement Barnaby.
- Vous dites cela parce que vous résidez à Sternbild. Ça vous a rendu pessimiste...
- « Pessimiste » ? Non, réaliste. Que ce soit dans la plus grande ville du pays, ou dans le plus petit village du monde, le danger se trouve partout.

La figure jusque là apaisée de Lina se recouvrit d'un voile de tristesse. Barnaby avait un franc parlé qui ne lui plaisait guère, elle qui, en bonne mère, endurait déjà bien des angoisses. Néanmoins, elle s'abstint de lui répondre, craignant d'amener la conversation à une dispute juvénile. A la place, elle continua sa route, emprunta quelques virages, et arriva au parking menant à l'hôpital du village.
Les deux adultes quittèrent le véhicule, la mère prit Naomi dans ses bras, et elle passa l'entrée en compagnie du Héros à nouveau caché dans son manteau. Aux aguets, Ascelin, qui espionnait toujours discrètement sa proie, suivit d'un œil attentif l'avancée de cette dernière. Quand les portes de l'hôpital se refermèrent derrière elle, il sortit de sa voiture, referma son épais manteau gris sur lui, et pénétra à son tour dans la structure médicale.

- Bonjour, nous voudrions rendre visite à monsieur Galveen Ethan, s'il vous plaît, annonça Lina à l'accueil.
- Oui bien sûr ! Veuillez signer ce prospectus je vous prie, demanda la secrétaire, en lui tendant une feuille.

La femme attrapa le stylo qu'on lui offrit, et signa d'un geste vif le papier administratif après y avoir déposé la date et l'heure. De son côté, Barnaby demeurait muet, attendant qu'on le conduise à la chambre du patient. Ascelin, lui, observait furtivement les actions de celui qu'il considérait dorénavant comme sa prochaine victime.

- Voilà !, s'exclama la mère. C'est la chambre numéro 12, il nous suffit de traverser ce couloir. Suivez-moi !

Sur cette proposition, le Héros acquiesça d'un hochement de tête et la laissa prendre les devants. Les bruits de leurs pas résonnèrent dans le corridor aux teintes nacrées, avertissant les patients de leur venue. Et alors que la marche de Barnaby se mêlait à celle de Lina, ce premier se stoppa subitement : la désagréable impression de se sentir épié paralysa une nouvelle fois sa conscience. Il se retourna brusquement, fixa les alentours en restant attentif au moindre détail, les yeux plissés, puis soupira d'énervement en ne remarquant personne de suspect.

- Tout va bien ?, s'inquiéta Lina.
- … Oui pardon.

Sans même savoir que ses intuitions s'avéraient véridiques, le Next reprit sa route tandis qu'Ascelin passait la porte de sortie de l'hôpital. Étant donné que leur destination se trouvait au rez-de-chaussée, il pouvait les suivre plus facilement, sans se faire repérer. De ce fait, il lui suffisait simplement de découvrir la fenêtre de la bonne chambre, et ainsi continuer ses observations en toute discrétion.

- Je vous laisse voir Ethan en premier, déclara la femme.
- Je risque d'être long, vous allez vous fatiguer avec la petite dans les bras.
- Ne vous inquiétez pas pour ça ! De toute façon, je doute qu'il accepte de se confier en ma présence... Alors allez-y !

Elle fit comprendre à Barnaby qu'il ne devait pas s'opposer à cette décision, et la moue renfrognée qu'elle lui adressa, clôtura l'échange. Il la remercia d'un signe de tête, frappa à la porte, et entra. Dans la chambre, une douce brise caressa son cou, lui procurant un frisson. Sur sa gauche, les fins rideaux de soie immaculés de la fenêtre, grande ouverte, s'agitaient au rythme du vent.

- Qui êtes-vous ?, l'interpella une voix.

Le Héros se tourna vers son interlocuteur, et retint un sursaut.
Enfoui dans ses couvertures, et adossé contre un coussin, Ethan dévisagea, de ses yeux cernés, le nouvel arrivant. Physiquement parlant, le patient semblait affaibli ; ses cheveux en pétard, ses lèvres blêmes, et ses joues creuses le prouvaient facilement. Pourtant, malgré cette apparence dégradante, il luttait courageusement contre son état. En effet, une puissante aura de vie illuminait son regard bleuté, et ses élocutions s'évadaient avec aisance.
Jugeant que le bon moment était venu, Barnaby ôta son chapeau et son caban. Il se dévoila alors entièrement au patient, qui refusa d'y croire, comme le signifiait son mutisme.

- Veuillez m'excuser de cette soudaine arrivée, monsieur Galveen Ethan, articula le Next.
- Heu... Je... Mais..., balbutia le sujet, abasourdi.
- N'ayez pas peur. Je ne suis pas là pour vous faire du mal. Je souhaitais simplement vous poser quelques questions.
- D... Des questions ? Vous êtes avec l'inspecteur Crowel ?
- Plus ou moins.

A cette réponse, les sourcils d'Ethan se froncèrent.

- Je lui ai déjà tout dit sur ce que je savais, c'est lui que vous devriez interroger !, braya-t-il.
- Je préfère passer par vous. Vous avez peut-être omis des détails en sa présence, osa le Héro.
- Je n'ai plus rien à expliquer... Rien...

En entendant le ton désespéré du patient, Barnaby comprit qu'il ne se sentait tout simplement pas prêt à raconter une nouvelle fois ses honteuses péripéties. Quoi de plus normal pour un homme ayant toujours refoulé ses blessures les plus secrètes. Qui plus est, même s'il savait que Barnaby Brooks Jr. représentait un Héros célèbre, il n'en demeurait pas moins qu'un simple inconnu à ses yeux. Ce dernier comprit aisément ce geste, cependant, il refusa de s'en montrer tolérant.

- Vous mentez... Écoutez, je connais déjà le plus gros, mais je veux savoir les détails !
- Partez, tonna Ethan.
- Je refuse !

Dès lors, un duel de regards entre les deux Next débuta.
Tandis que les pupilles azurées d'Ethan fixèrent avec mépris le Héros, Barnaby ne se laissa pas impressionner, et accentua son expression déterminée en plissant froidement ses émeraudes. Cet échange à la fois silencieux et dangereux dura cinq minutes. Cinq insignifiantes et longues minutes, qui impatientèrent progressivement le patient.

- Ça ne doit pas être nouveau pour vous, mais il y a de cela un mois, Blue Rose s'est faite humiliée par des Next, souffla Barnaby entre ses dents. Il se peut que ses bourreaux aient un lien avec le vôtre.

Prêt à défendre son opinion, l'époux de Lina ouvrit à moitié les lèvres... puis les referma aussitôt en voyant les traits glacials de son interlocuteur. Une lueur intense, que lui seul parvint à déceler, brillait dans les pupilles de Barnaby depuis qu'il avait osé parler de l'héroïne. Ce regard profond et expressif recelait de tout : de la culpabilité, un désir obsessionnel de vengeance, l'inévitable colère... Oui, ce regard abritait les sentiments mêlés à la rage et au désespoir.
Inconsciemment, Ethan s'imagina à sa place, Lina remplaçant Blue Rose. Et il se sentit immédiatement compatissant vis-à-vis du Héros. Se montrer hypocrite ne mènerait à rien, et il savait que s'il avait vraiment été dans son cas, ses réactions auraient été similaires à celles de son visiteur.

- Je veux savoir ce qu'« il » vous a dit avant de vous attaquer, déclara le blond.

La demande se transforma irrémédiablement en ordre. Barnaby ne cherchait plus à dissimuler son exaspération. Il détestait se montrer insistant, seulement aujourd'hui, il n'avait pas le choix. Il voulait une explication, un simple indice permettant de coincer Ouroboros et venger Blue Rose.
En demandait-il trop ? Apparaissait-il trop exigeant envers Ethan ? Honnêtement, cela lui importait peu. Aussi infime et douloureux soit le témoignage, il se refusait de laisser passer cette chance, même si elle se révélait minime.
Alors, le cœur haletant, il lança un regard plein de menaces au patient, espérant que ce geste l'incite à coopérer, et non à attaquer.

- … Tout ce dont je me souviens, c'est qu'il savait mon identité..., avoua enfin Ethan.
- Comment ça ?
- Il connaissait mon nom et mon secret. A ce moment là, je n'avais pas encore révélé à Lina que j'étais un Next. De plus, il savait que ma femme attendait un enfant.

Ses saphirs s'attristèrent en se remémorant ses instants dérangeants, et s'égarèrent dans le vide. Barnaby baissa le regard et culpabilisa de sa propre dureté.

- Et vous ne le connaissiez pas, vous ?, questionna ce dernier.
- Non.
- Vous êtes sûr ? N'aviez-vous pas un ami de longue date que vous auriez oublié avec le temps ?
- Je n'ai jamais eu d'amis, répliqua tristement le mari.

A l'instar d'un coup de tonnerre imprévisible, le cœur du Héros bondit violemment dans sa poitrine, en entendant cet aveu à l'intonation résignée. Par conséquent, Barnaby préféra se taire, et murmura un vague « désolé », qui imbiba la chambre d'un mutisme perturbant. Néanmoins, Ethan n'y prêta pas attention, perdu dans le flux des souvenirs méprisables. Quelque chose titillait son cerveau, jouait avec, le manipulait, comme si ce quelque chose cherchait à réapparaître plus clairement en sa mémoire. Il sentait que cette drôle d'impression révélerait une information primordiale.
Alors il réfléchit. Il essaya de rejouer l'atroce scène dans sa tête, et malgré des brides de souvenirs encore imprécis, de nouvelles images apparurent au bout d'un long moment de réflexion.
Les derniers mots de son tortionnaire.

- « Nous t'aiderons à oublier, viens avec nous, rejoins notre base », répéta-t-il.
- Pardon ?
- Je crois qu'il m'a dit ça à un moment...

Finalement, peut-être que cette visite ne s'avérerait pas vaine.
Les yeux grands ouverts, Barnaby entrouvrit la bouche mais n'adressa pour le moment aucune phrase au père de famille.
Avait-il bien entendu ?

- Une base... ? Vous a t-il donné le nom ?, questionna-t-il enfin.
- Je ne sais pas... Ou du moins, je ne m'en souviens plus..., murmura Ethan.
- Essayez de faire un effort ! Ce n'était pas « Ouroboros » par hasard ?

Espérant que ce nom ravive la dernière parcelle de souvenirs d'Ethan, le Héros se concentra sur l'attitude qu'il adopterait à l'entente de ce mot.
Attendant nerveusement sa réponse, Barnaby ferma le poing, et sa respiration s'accéléra au même rythme que les battements de son cœur, croyant de toutes ses forces que la réponse du patient serait positive.

- Je suis désolé, ça ne me dit rien...

A l'image de l'eau coulant des mains du rêveur trop naïf, les espoirs du Next lui glissèrent entre les doigts, sans crier gare.
Retour à la case départ.
Toutefois, têtu de nature, Barnaby s'accrocha obstinément au moindre fragment d'optimisme.

- Si jamais la mémoire vous revient, je vous invite à me recontacter, conseilla-t-il, en offrant bout de papier contenant son numéro. Je vous fais confiance, gardez le pour vous.
- Je n'hésiterai pas ! Et ne vous inquiétez pas, je le mets à l'abri des regards ! promit le père.
- Je vous remercie, sourit Barnaby, avant de lui serrer la main. A bientôt j'espère !

Alors qu'il s'apprêtait à quitter la pièce, le regard du blond s'attarda sur la fenêtre ouverte.

- Vous voulez que je la ferme, tant que j'y suis ?, proposa-t-il.
- Ho non, merci. J'aime bien laisser la fenêtre ouverte le matin et en début de soirée, ça m'apaise...
- Vous allez attraper un rhume...
- Oh, ne commencez pas à parler comme les infirmières ! râla le malade.

Barnaby s'excusa poliment, et jugea bon de ne plus s'attarder.
Il chercha Lina, un peu inquiet de ne plus la voir dans le couloir, et soupira en la remarquant non loin du distributeur. Sa fille, sans doute impatiente ou fatiguée de rester dans ses bras, gigotait vivement dans l'espoir que sa mère la lâche. Hélas, la femme ignora ses gestuelles, et d'une main de maître, saisit la canette qu'elle venait de payer.
Calmement, le Next la rejoignit avant de lui expliquer brièvement l'entretien avec son époux. Lorsque Lina franchit la porte à son tour, Barnaby put entendre les joyeuses salutations qu'elle échangea avec son aimé, le poussant à se perdre dans ses pensées, l'angoisse au ventre.
Quand Ethan retrouverait la mémoire ?


Assis à son bureau, les perles argentées d'Aiden s'égarèrent une énième fois sur l'enveloppe reçue en début de matinée. De la plus longue phrase à la plus insignifiante des virgules, il connaissait le contenu de la lettre par cœur, sans omettre le moindre petit détail. Un souffle irrité s'évada de sa bouche, et il se massa le crâne pour tenter de guérir sa migraine imprévue. Puis, par précaution, il se hâta de sortir une nouvelle fois la petite feuille de son enveloppe, et la relut avec la gorge nouée :

« Monsieur J. Howards,

C'est avec regret que j'ose vous faire part de ma plus grande déception à votre égard. Votre plan ne semble pas avoir porté ses fruits, malgré tous les espoirs que je lui portais. Avec votre orgueil et votre trop grande confiance en vous, vous vous aventurez dans la forêt de la défaite. Désirez-vous donc suivre les traces de feu Maverick ? N'oubliez jamais que ce sont les vaniteux de son espèce qui font la honte d'Ouroboros !

De ce fait, je viendrai vous rendre une petite visite le quatorze de ce mois, en fin de matinée, pour m'entretenir avec vous et sur ces bêtises indignes de vous. J'espère que vous réfléchirez, d'ici là, à une nouvelle idée pour redresser votre réputation au sein de l'organisation. »

La missive se terminait sur une menace déguisée.
Pas de signature, ni même de formule de politesse, juste un avertissement cherchant à l'intimider.
Lui, Aiden J. Howards.
Humilié, il écrasa son poing sur la table, en hurlant des injures à l'encontre de son expéditeur : tout ce qu'il avait construit, bâti avec ardeur, tout ce qu'il avait entrepris dans le seul but de réussir là où les autres échouaient... Toutes ces choses se voyaient maintenant détruites, brûlées par les flammes du Destin. L'indignation le paralysait, il ne se reconnaissait plus. Son plan s'avérait pourtant jusqu'ici parfait, il avait calculé dans les moindres détails ses chances de réussite, et il savait qu'il ne pouvait pas échouer si près du but. Malheureusement, la fatalité s'en était mêlée, et il se retrouvait au point de départ avec des soucis en plus. Et aujourd'hui, son supérieur le réprimandait comme un adulte grondant un enfant peu sérieux.
Pour qui se prenait-il ? Ne voyait-il pas qu'Aiden demeurait son sujet le plus rusé et raisonnable ? Cherchait-il à le ridiculiser au travers de cette lettre pour évacuer sa propre faiblesse ?
En tout cas, monsieur J. Howards s'en convainquit, bien trop fier pour accepter de telles critiques. Il n'était pas orgueilleux, juste bien décidé à réussir. Quoi de plus normal ?
S'il existait une chose qu'Aiden haïssait, en plus des humains, c'était de se sentir menacé.
Afin de se détendre un peu, il saisit sa théière et remplit sa tasse de sa boisson préférée. Toutefois, il dut se restreindre à la boire dans l'immédiat quand on frappa à sa porte. Après autorisation, Ascelin entra, et une mauvaise impression se joua d'Aiden en remarquant la mine déconfite de son sujet.

- Qu'as-tu encore fait, Ascelin ?, fulmina le supérieur.
- Rien Aiden ! J'ai suivi Barnaby comme tous les jours, et il s'est passé un sale truc !

Le chef se redressa sur sa chaise et fronça les sourcils, attendant que son cadet développe.

- Il est remonté à une de mes victimes !
- … Quoi ? Il lui a dit quelque chose ?!
- Non, il semblerait qu'il ait perdu la mémoire, heureusement. Mais rien ne dit qu'il ne la retrouvera pas tôt ou tard. Il a promis de recontacter Brooks Jr. si ça arrive !

Aiden se fit violence afin de contenir toute la colère en lui. S'énerver ne mènerait à rien, il refusait de se laisser dominer par ses émotions, à l'instar de ces humains faibles et idiots. Alors, il attrapa sa tasse, en avala une gorgée, et poussa un long soupir étrange avant de prendre la parole :

- Pourquoi es-tu revenu ?
- J'attendais ton avis là dessus, et puis, je ne pouvais pas l'éliminer de suite étant donné que sa femme lui rendait visite, indiqua Ascelin.
- Tu sais ce que tu dois faire. Trouve un moyen de le tuer sans te faire repérer, ordonna Aiden.

Ascelin ne répondit que par une inclinaison, et après un échange de regard entre lui et son aîné, il quitta le bureau sans un mot.
Tasse à la main, monsieur Howards fixait un point invisible en se perdant dans ses pensées.
« Le quatorze... C'est après-demain », se dit-il, avant de boire la dernière goutte de son thé.


Dans la chambre numéro 12, aux alentours de neuf heures moins vingt du matin, un coup de feu retentit, alertant les patients des chambres voisines et les infirmières. En ouvrant ladite porte, elles remarquèrent, comme d'habitude, la fenêtre ouverte. L'air était incroyablement doux ce jour là, et le vent poussait doucement les rideaux blancs, à l'image des nuages purs et délicats du paradis.
Malgré cette image apaisante, le cri d'une des soignantes résonna dans la pièce, et de son doigt tremblotant, elle désigna le corps ensanglanté d'Ethan gisant au sol.
Ses yeux, d'un bleu céruléen, ne pétillaient plus de ce désir de vivre et d'exister. Éteints à jamais, ils paraissaient surpris, comme si leur dernière vision s'apparentait à un fantôme du passé refaisant surface. Comme si l'ultime parcelle de souvenir s'était rallumée, avant de s'étouffer brusquement dans les ténèbres. Sa bouche, entrouverte, accueillait le liquide rouge qui s'échappait lentement du trou entre ses sourcils haussés.
En ce macabre jeudi treize décembre, une femme perdit son époux, et une fille, son père.


Note de l'auteur : Et voilà... Oui, je ne suis pas très gentille avec mes OCs, car voici le deuxième qui perd la vie. A vrai dire, j'appréhende vos réactions là dessus. Certes Ethan n'était pas non plus un personnage récurent, mais j'ai déjà traumatisé ma bêta lors de la correction xD Et puis ce n'est pas une mort gratuite : elle sert d'élément déclencheur pour quelque chose. Vous verrez par vous même dans quelques chapitres :)
Je vous donne rendez-vous le 28 pour la suite ! A bientôt.