Disclaimer : Hormis mes OCs, les personnages et l'univers de TIGER&BUNNY appartiennent aux studios Sunrise.
Bêta-Lectrice : Sayuri-Geisha, comme d'hab :)

Kerô : Merci pour ta review. Je suis contente de savoir que le passage avec Lina, concernant l'histoire du "malaise" t'a amusé ! A la rédaction de ce passage, j'avais aussi la scène en tête ! xD Et je suis tout aussi heureuse de savoir que tu apprécies Lina ! En effet, elle ne mâche pas ses mots, et elle a bien raison ;). Pour ce qui en est de Barnaby, je peux comprendre qu'il soit agaçant, mais il va évoluer !
Par contre je n'ai pas trop bien compris ta dernière phrase. Plus que la mort d'Ethan, c'est la phrase finale qui t'as attristé c'est ça ? En fait, tu es surtout triste pour Lina et Naomi?

Sayuri-Geisha : Je pense que si Barnaby voyait qu'on le suivait, l'histoire serait déjà terminée xD Il est vrai que les enchaînements sont plutôt rapides concernant le "retour" du jeune couple. Je dois avouer que dans mon plan, je ne comptais pas leur dédier plus de chapitres que ça. En fait je voulais chercher à "perturber", à "surprendre". Un meurtre c'est censé nous prendre par surprise, même si ça donne à l'histoire une impression de rapidité. Concernant Ethan, je ne voulais pas lui donner un énorme background, parce que ça aurait rallongé l'histoire qui est déjà bien longue en soit, si tu vois ce que je veux dire XD. Barnaby n'est pas doué en effet, mais Ascelin est assez professionnel (il doit quand même se racheter auprès de "son" Aiden hinhin) du coup il passe inaperçue le saligaud ! xD.
Merci pour tes review, et surtout pour tout le travail que tu fournis en tant que bêta reader, tu es géniale ! :3


Chapitre XXII : Adieux

Lina fixa le drap recouvrant le corps inanimé de son mari, incapable de prononcer un mot.
Une heure auparavant, la sonnerie du téléphone l'avait réveillé pour lui annoncer l'affreuse nouvelle, sans lui laisser le temps de s'y préparer, à l'image d'une traînée de poudre prenant feu afin d'enflammer son bien le plus précieux. Au départ, elle se croyait victime d'une mauvaise blague, d'une malencontreuse erreur de numéro, cependant, la voix de l'inspecteur Crowel l'incita à éjecter les pensées refoulées de son esprit. Ce n'était pas un cauchemar, ni même une blague : Ethan avait quitté ce monde.
Tremblantes, ses billes sombres se figèrent sur le cadavre caché de son époux.
Elle refusait d'y croire ! Pourtant, malgré ses efforts à fuir l'évidence, la réalité la rattrapait. Elle venait de perdre le seul homme qu'elle avait aimé. Comme ça, sans crier gare, sans même un « adieu » ou une dernière étreinte. Jamais plus elle ne se perdrait dans ses grands yeux bleus, dont l'expression mêlait à la fois dureté et tendresse. Elle n'entendrait plus sa voix grave, révélant tout l'amour qu'il lui portait. Et elle ne verrait plus son sourire, certes souvent hypocrite, mais si touchant. Non, dorénavant, la page du plus beau chapitre de sa vie s'arrachait violemment, emportant avec elle le prologue de l'existence de Naomi.
D'un pas affaibli, la veuve s'avança vers le drap nacré en murmurant des mots inaudibles. Désormais, son mari embrasserait l'éternité, endormi sous ce bout de tissu aux tons purs, à l'instar d'un avant goût du paradis lui ouvrant ses portes.
Le paradis...
Cette idée anéantit Lina, encore trop faible pour accepter ce départ injustifié. Ses lèvres chevrotantes prononcèrent doucement le prénom du défunt, et, épuisée, elle tomba à genoux en laissant la tristesse la dominer.

- Tout est de ma faute... !

Bien qu'étouffés par les sanglots, ces mots restèrent distincts. Sa main droite s'accrocha désespérément au drap, serrant fermement son emprise dans l'espoir vain que cet acte réveil son aimé. Tandis que les ronces de la déprime la paralysaient dans un carcan de douleur, ses larmes s'éclatèrent, dans un bruit sourd, sur le carrelage glacé de l'hôpital.

- Je t'en supplie Ethan... ! Réveille-toi... Notre fille a besoin de toi... J'AI besoin de toi..., répétait-elle, en posant son autre main sur celle du concerné.

Adossé depuis tout ce temps contre le mur de la chambre, Walter s'approcha discrètement de la femme avant de s'agenouiller à ses côtés. Celle-ci ne semblait pas l'avoir remarqué. Mal à l'aise, l'associé de Dean se ressaisit, et porta sa main sur l'épaule de Lina dans le but de la rassurer.

- Madame Lina..., je crois qu'il serait préférable pour vous de prendre un peu l'air, conseilla Walter.
- Ethan... Oh Ethan..., murmura Lina.

Elle ne prêta guère attention au jeune homme, préférant s'enfermer sur l'horrible vision que le Destin lui imposait. Par la suite, elle releva lentement son visage rougi par les larmes pour observer une énième fois le corps dissimulé sous le tissu blanc.

- Voilà donc ma punition pour t'avoir envoyé ici ? Ethan... Ethan ! Ne nous abandonne pas !, suffoqua-t-elle.
- Madame Lina ! Calmez-vous !, s'emporta Walter avant de lui prendre la main.
- S'il y a un Dieu en ce monde, je vous en conjure, ramenez-le !

Walter la tira alors vivement vers la sortie, et elle remarqua enfin sa présence. Toutefois, en voyant qu'elle s'éloignait progressivement de son aimé, elle hurla aussi fort qu'elle le put et se débattit violemment.

- LACHEZ-MOI !, s'époumona-t-elle.

Malgré les coups de pieds qui s'acharnaient sur ses tibias, le jeune homme ignora les ordres de sa cliente, et l'obligea à quitter la chambre.

- Vous pourrez y retourner quand vous serez calmée !, pesta-t-il.

Sur ces mots, le collègue eut raison de la jeune femme et l'amena de force dans les jardins de la structure.


Pendant ce temps, l'inspecteur répondant au nom de Dean Crowel s'était permis de s'installer dans le bureau du personnel, afin de s'entretenir avec Barnaby Brooks Jr., lui aussi informé de l'incident. Ce dernier se faisait difficilement violence pour ne pas laisser ses émotions le dominer. Les dents et les poings serrés, il fixait Dean sans vraiment le remarquer, trop occupé à se battre contre des pensées négatives et inutiles.
Quelqu'un avait assassiné Ethan, au détour d'une matinée qui s'annonçait pourtant calme et sereine. Face à cette horreur, le Héros ne réussit à retenir l'ascension de la culpabilité assaillir son cœur. En effet, il avait continué de mener sa petite enquête personnelle alors qu'il se sentait épié depuis des jours. Au lieu de s'y attarder, il s'était persuadé que cette sensation oppressante ne provenait que de son imagination, au pire d'un journaliste assoiffé d'infos.
Intuition stupide.
Cette suite d'événements le poussait donc à penser autrement : et si un de ses ennemis cherchait à lui mettre des bâtons dans les roues ?
Lorsque Barnaby se jura de retrouver les membres d'Ouroboros, dans le but de venger Blue Rose, il ne se doutait pas que cette enquête aux désirs égoïstes conduirait un Next dans les bras de la Faucheuse.
Quel idiot.
De plus, l'ultime pièce du puzzle s'était déchirée définitivement entre ses mains pour le ramener narquoisement à la case départ.
Frustré, le Next siffla entre ses dents inconsciemment, passa une main tremblante dans ses cheveux, et jeta un œil à Dean qui s'assit derrière le bureau.

- Installez-vous, proposa l'inspecteur.
- Rester debout me convient, rétorqua froidement Barnaby.
- … Comme vous voudrez, mais prenez un ton moins agressif s'il-vous-plaît. Cette nouvelle nous affecte tous ici, ne l'oubliez pas.

Le Héros détourna la tête en entendant le ton calme, mais sévère du quarantenaire. Monsieur Crowel l'observa en silence, attendant qu'il regagne un peu son calme, puis reprit la parole :

- Vous lui avez rendu visite hier soir, c'est ça ?
- Oui... Malgré son amnésie, il semblait savoir quelque chose et m'a promis de me recontacter, dévoila Barnaby.
- Je vois...
- Je pense que nous étions épiés à ce moment là...
- Ça ne fait aucun doute, avoua Dean.

Cette phrase heurta Barnaby, qui cherchait involontairement à se dissuader de l'idée. Pourtant, l'hypothèse affirmée par l'inspecteur s'avérait plus véridique que jamais. Le Next maudit son ignorance, évitant le regard attristé de Crowel.
Comment pouvait-il encore porter le titre de « Héros » après tous ces funestes événements dont il était en parti fautif ? Pourquoi ses fans se permettaient encore de croire en lui dans de telles circonstances ? Depuis quelques temps, l'estime si grande qu'il se portait, diminuait considérablement au point de le pousser à se sentir coupable pour un rien.
Il n'était plus un Héros, juste un Next incapable.
Soudain, alors qu'il ouvrit son esprit à la déprime, la voix de l'inspecteur le ramena sur terre :

- Ah, et j'ai du nouveau.
- Hum ?
- Peu après les événements de novembre, mon équipe et moi avons fouillé les égouts dans le but de trouver des indices. Après plusieurs recherches, Walter a récupéré des mèches de cheveux que nous avons analysées.
- C'est gentil de me prévenir maintenant, souffla Barnaby d'un ton sec.
- Désolé, mais j'estime qu'il vaut mieux attendre les résultats avant d'avouer certaines choses, expliqua Dean, en jetant un regard sévère au jeune homme.
- Et vous en avez ?
- Oui et... non.

Derrière leurs vitrines rectangulaires, les yeux de Barnaby se plissèrent en écoutant les propos inattendus de son aîné. Toutefois, sa dernière réponse le força à rester sur ses gardes et de ne surtout pas s'emballer. Il remarqua l'expression égarée de l'inspecteur, perdu sur un objet quelconque reposant sur le bureau, et fronça les sourcils en constatant qu'un silence glacial s'installait entre eux.

- Expliquez-moi au lieu de rester muet ! ordonna le Héros, agacé.
- Pardon. Le laboratoire m'a contacté hier pour me faire part des résultats des tests ADN, commença le quarantenaire.

Il s'arrêta un instant, encore interloqué par les révélations qu'il avait entendues. Néanmoins, la figure agressive de Barnaby le poussa à continuer :

- Elizabeth Lance, Joshua Hopkins, et Nel Casi. Voilà les propriétaires de ces dites mèches.

A cet instant, quelque chose se brisa en Barnaby. Sauf qu'il ne sut affirmer s'il s'agissait de son impatience ou tout simplement de sa frustration. A l'image d'un trio de puissantes cloches d'une cathédrale abandonnée, les trois noms tambourinèrent violemment contre son crâne. Il connaissait enfin l'identité des bourreaux de sa collègue, ou du moins une bonne partie. Son cœur s'allégea, une part de rancune s'en alla, et son visage s'adoucit légèrement, heureux de se dire que Karina serait bientôt vengée.

- Néanmoins..., reprit Dean. Deux des trois suspects ne pourront être interrogés.

La phrase de trop. Celle qui arracha de force le léger sourire en coin sur les lèvres du Next.

- Pardon ?, souffla-t-il. Et pourquoi ça ?!
- C'est impossible...
- Et pourquoi ça le serait ?! Vous travaillez au nom de la justice, comment osez vous parler d'impossibilités ?! brailla Barnaby, excédé.
- Parce que Joshua Hopkins et Nel Casi sont morts depuis maintenant cinq ans !, tonna méchamment monsieur Crowel.

A la suite de cette révélation, un sursaut s'empara du corps de Barnaby. Il aurait préféré que l'inspecteur lui annonce qu'ils cavalaient simplement dans le pays, voire qu'ils demeuraient introuvables pour le moment. Au moins, l'espoir ne s'éteindrait pas d'un coup, et la lueur continuerait de crépiter de toutes ses forces.
Hélas, non. Selon le quarantenaire, ces deux là n'existaient plus en ce monde depuis cinq ans.
Cinq ans.
Ces hypothèses ne tenaient pas la route aux yeux de Barnaby. Pour lui, ce duo vivait toujours au-delà de la rumeur, jouissant d'elle pour commettre des actes impardonnables. Cependant, le doute se joua de lui quand il vit la mine tourmentée de son aîné. Croyait-il en ces sornettes ?

- Je suppose que vous comprenez ce que ça veut dire ?, marmonna Dean.
- C'est évident. Ils ont fait croire leur mort pour repartir à zéro, confirma le Héros.
- Les retrouver ne sera pas une chose aisée.
- Nous y arriverons.
- « Nous » ?

Sous le regard interrogatif du Next, l'inspecteur Crowel quitta sa chaise avant de s'avancer vers lui. Au moment où seuls quelques centimètres les séparèrent l'un de l'autre, l'homme âgé dévisagea Barnaby de son expression autoritaire. La bouche pincée, les sourcils froncés, la carrure droite comme un « I », il s'apparentait au vétéran d'une guerre perdue. Silencieux, il agrippa l'épaule du blond, et serra brusquement son emprise de sa main tremblotante. Dans ses yeux verts se reflétait un sentiment obscur. Un mélange indéfinissable de tristesse et de colère, de haine et de douceur, mais aussi une pointe de bienveillance.

- Il n'y aura pas de « nous », Barnaby Brooks Jr., dit-il. Voyez où vos désirs de vengeance vous mènent. Si vous êtes bel et bien observé, d'autres innocents finiront comme Ethan.

Le concerné tenta d'émettre son avis sur la chose, néanmoins, la mention des innocents l'obligea à se taire. Heurté par ce commentaire malheureusement véridique, et impuissant, il se mordit les lèvres et peina à rendre les armes. Se battre pour une cause personnelle demandait énormément de sacrifices, or, il se refusait d'agir pour de telles infamies. Le monde ne tournait pas autour de lui, son égocentrisme avait déjà fait une victime, répéter les mêmes erreurs s'avérerait beaucoup trop ignoble de sa part, même pour Blue Rose.

- Promettez-moi de me tenir au courant, se résigna-t-il.
- Je vous le promets.


Tenu à l'écart des atrocités de la ville, le manoir d'Itsuki Shirow s'enveloppait d'une agréable atmosphère féerique. Les arbres pointaient de leurs branches étirées et dégarnies l'immense bâtisse de pierres aux teintes pâles, invitant les visiteurs les plus courageux à s'y aventurer. Les fleurs d'hiver, telle que les hellébores et les pensées, garnissaient le jardin de la propriété en formant un petit chemin fleurit jusqu'à l'étang se tenant au centre. Sous l'eau gelée de ce dernier nageaient gaiement plusieurs poissons insensibles au froid. Avec son ambiance singulière, l'endroit s'apparentait à une illustration provenant d'un livre de contes de Noël. Pourtant, l'extérieur contrastait lugubrement avec l'intérieur. Certes, le manoir recelait de grandes pièces magnifiques, mais son ambiance se voulait plus sérieuse et ancienne : les meubles lustrés, les rideaux de satin, la majestueuse cheminée dans le salon ainsi que les trophées de chasse, révélaient la véritable nature de leur propriétaire.
Derrière la fenêtre de sa chambre, Lian-Hua contemplait silencieusement le paysage hivernal qu'elle trouvait séduisant. Songeuse, elle ferma ses yeux bridés et se remémora la soirée du 5 octobre. Revoir Aiden l'avait à la fois enchanté et ennuyé, car elle comprit que sa venue n'annonçait rien de bon, surtout lorsqu'Itsuki l'avait convié à le suivre dans sa chambre. Elle ne supportait plus ces soirées artificielles que son supérieur donnait tous les mois, surtout quand Aiden y invitait une jeune femme innocente.
Par ailleurs, que devenaient-ils ? Depuis deux mois, elle ne recevait plus de nouvelle de son collègue, ni d'Ascelin. Etaient-ils à ce point encombrés par leur mission ?
L'asiatique étouffa un petit ricanement en saisissant l'inquiétude qu'elle leur portait.

- Lian-Hua ! s'écria une voix familière.

L'interpellée roula les yeux en reconnaissant le ton hautain de Shirow, son supérieur. Sans cesse sollicitée par cet homme qui la retenait prisonnière depuis toujours, la jeune femme supportait de moins en moins le son de sa voix. Toutefois, elle n'avait pas le choix : quand monsieur Shirow l'appelait, Lian-Hua devait le rejoindre dans l'immédiat.
Alors, agacée, elle marmonna des injures qu'elle seule put entendre, et quitta la pièce en s'étirant. Au faible son qu'émettait l'élocution d'Itsuki, elle sut sans mal qu'il se trouvait à la salle à manger.

- Oui monsieur ?
- Cela fait plusieurs minutes que je ne cesse de t'appeler !, grommela-t-il.
- Veuillez m'excuser, je ne vous ai pas entendu. Vous n'aurez qu'à venir me chercher dans ma chambre la prochaine fois, sourit Lian-Hua de manière perfide.

Elle savait qu'une telle pique se révélerait dangereuse. Pourtant, elle peina à cacher la fierté illuminant son petit visage moqueur. Plus particulièrement quand Shirow la fixa d'un air blasé. Néanmoins, il ne répondit que par un soupir affligé, et lui fit signe de s'installer à table, où l'attendait un repas consistant.
Une succession de plats reposaient sur la grande table de bois, dont certains étaient aisément identifiables, tels que du rôti de bœuf, du mouton, ou du magret, servis sur des feuilles de salades, cuits dans des pommes au four, ou encore garnis de cerises à l'eau de vie. D'autres plats se révélaient plus énigmatiques avec leurs viandes noires camouflées dans des sauces épicées. Comme Shirow aimait jouer sur les détails, le rouge et le noir recouvraient l'immensité de la table, aux couleurs de l'organisation.
Au début, Lian-Hua se demanda pourquoi il ordonnait au cuisinier de préparer autant de choses pour si peu de personnes, puis abandonna toute question logique au fil du temps. Son supérieur appréciait simplement l'extravagance de temps à autre, quitte à gaspiller. Rien de plus.
Sous l'œil attentif d'Itsuki, la jeune femme se servit un peu de canard et des pommes de terre, et attendit qu'il lui accorde la permission de manger. Bien que cette attitude l'insupportât, elle n'avait pas le choix.

- Bon appétit, énonça l'homme.
- Merci, vous aussi.

Sur ces formules de politesse, les couverts tintèrent la porcelaine des assiettes et s'entrechoquèrent pour couper la viande tendre et fondante. Lian-Hua avala un bout de canard, et rechigna intérieurement de dégoût en voyant son supérieur manger si goulûment. Un filet rouge glissa sur le coin de sa bouche, coula sur son menton, puis s'écrasa sur la nappe de dentelle, écœurant l'asiatique.
« Il ne cesse de me dire de me conduire correctement, mais n'écoute même pas ses propres conseils ! », pensa-t-elle, avant de boire une gorgée de vin.

- Lian-Hua.
- O-Oui ? bégaya l'appelée, croyant qu'elle venait de penser à haute voix.
- Demain, nous rendrons visite à Aiden et Ascelin.

Prise au dépourvu, l'asiatique manqua de s'étouffer. Annoncer ce genre de choses, et de manière si solennelle, ne révélait rien de bénéfique pour les concernés. Toutefois, aux vues des derniers événements, Lian-Hua s'attendait à cette initiative.

- C'est à propos de leur échec ?, osa-t-elle.
- Ces insouciants..., pesta l'homme. Et dire que je faisais confiance à Aiden !
- Et ce n'est plus le cas ? Malgré ses grands airs, Aiden J. Howards est encore bien jeune pour porter sur ses épaules d'aussi grandes responsabilités. Vous devriez garder l'estime que vous lui portez.

Sous le regard hargneux de son supérieur, la femme conserva une attitude calme et distinguée. Elle ignora les grognements inaudibles de son supérieur, préférant essuyer le coin de ses lèvres pourpres. Il la dévisagea de ses yeux bleus, d'une expression agacée.
Itsuki Shirow détestait les leçons de morale de Lian-Hua, surtout lorsqu'elle se permettait de défendre les coupables.

- Décidément, en trente années d'existence, tu restes une petite sotte ! siffla-t-il.

Cette insulte fit réagir l'asiatique, et ses longs doigts resserrèrent vivement le verre de vin désormais vide. Seulement, elle jugea bon de ne pas se laisser emporter face à lui. Alors, d'un mouvement délicat, elle reposa son verre, plongea son regard de jais dans celui de l'homme, et attendit qu'il développe.

- Même gamine, tu aimais prendre la défense des autres, non ?
- … Et alors ? Il fallait bien que quelqu'un le fasse.
- Oui, enfin, quand on voit où ton entêtement t'a mené.., ricana Itsuki.
- Taisez-vous !
- Oh ? J'ai touché le point faible ?

Excédée par ces remarques blessantes, Lian-Hua mit fin à cette conversation en quittant la table d'un pas pressé. Itsuki ne répondit que par un sourire narquois, fier d'avoir eu le dernier mot. Il savait que le passé n'était pas un sujet qui enchantait l'asiatique, elle qui refusait de s'y accrocher et de ressasser les erreurs d'antan.
D'un geste nonchalant, il se tourna vers la fenêtre du salon, où glissaient les perles d'eau éphémères, tandis que d'autres s'écrasaient sur le sol du jardin. Il se perdit alors dans ses pensées, nostalgique.

De son côté, Lian-Hua se hâta de rejoindre sa chambre. Malgré la douleur provoquée par ces pics, cette dernière ne pouvait nier la véracité de ces propos. En effet, à cette époque, elle ne représentait qu'une enfant optimiste et désireuse de vivre en toute liberté, dans un monde où la tolérance ne se résumait pas à une vulgaire chimère. Quoi de plus normal pour une jeune fille d'espérer le meilleur, tout en se certifiant intérieurement que le monde réel ne se voulait pas forcément mauvais.
« Rêver » et « espérer », deux mots qui définissaient parfaitement la Lian-Hua d'antan. Malheureusement, ces deux verbes fantasmagoriques s'effacèrent de son esprit la veille de son dix-septième anniversaire.
Ce jour terrible où elle perdit à jamais sa tendre liberté.
Sentant la boule au ventre remonter jusqu'à sa gorge, nouée par un désagréable sentiment de frustration, la femme retourna près de sa fenêtre, puis se perdit dans le flux de ses souvenirs. A quel moment les engrenages de son Destin s'étaient enclenchés ? A sa naissance ? Dès l'apparition de son pouvoir ? Quand elle décela une étincelle de haine dans le regard de sa mère, l'année de ses cinq ans ? Résignée, ces questions futiles ne trouveraient jamais de réponse, Lian-Hua le savait. Et à présent, sa seule préoccupation se résuma à comprendre la cause de cette pitoyable existence.
« Pourquoi moi ? », se répétait-elle dans ses rares instants de faiblesse.
Torturée par de violentes réflexions, ses paupières se baissèrent au moment où elle reconnut le prélude de la pluie. Plusieurs gouttes s'éclatèrent sur la vitre, accordant à la femme un peu de répit qu'elle accepta volontiers. Comme pour prononcer un mot imperceptible, ses lèvres s'ouvrirent à moitié, évadant un peu d'air chaud contre les carreaux, pour ensuite emporter, dans un murmure, l'étrange phrase qu'elle s'adressa.
Lian-Hua adorait la pluie.
De sa symphonie mélancolique, celle-ci semblait nettoyer le monde des pêchés des hommes, humains comme Next. De plus, chaque fois qu'elle se sentait désemparée, elle savait inconsciemment qu'une petite averse s'abattrait au dessus d'elle, à l'image du ciel compatissant à sa douleur, prêt à pleurer à sa place.
Vaguement apaisée, Lian-Hua s'assoupit contre la vitre, bercée par la mélodie de la pluie.

Ainsi, ce fut au détour d'une soirée pluvieuse, que quatre personnes se remémorèrent ces dernières années.


Note de l'auteur : Je me doute que depuis tout ce temps, vous avez du oublier Lian-Hua et Shirow. A vrai dire, je ne voyais vraiment pas comment les ramener au récit un peu plus tôt. Et je pense que ce chapitre était la meilleure occasion pour le faire : Shirow est relié à Aiden et à Ouroboros (pourquoi? ça vous le saurez aux prochains chapitres ! ^^) de ce fait, l'échec d'Aiden pousse Shirow à "revenir" vers lui (il est l'expéditeur de la lettre qu'il a reçu dans le chapitre précédent... et dans le prologue, aussi !). Pour vous remettre dans le bain et vous rafraichir un peu la mémoire avec ces deux personnages, je vous renvoie au chapitre 11 :).
Attendez vous à des flash-back dans les prochains chapitres. Des flash-Back qui lèveront le voile sur le passé de certain de mes OCs. Il leur faut bien un background après tout !
N'hésitez pas à me laisser votre avis si le coeur vous en dit ! En attendant, je vous dis "à dans deux semaines" ! :)