Merci beaucoup pour vos reviews.
L'heure des premières confrontations est enfin arivée... Savourez, car les suivantes ne viendront pas avant longtemps!
J'ai pris beaucoup de plaisir à écrire ce chapitre, alors j'espère que vous en prendrez autant à le lire.
Bonne lecture et vive les reviews!
Chapitre 15 : Tu nous présentes?
L'avantage des missions sous couverture du NCIS, c'est qu'elles vous apprennent à entrer dans la peau d'un personnage, et à devenir quelqu'un d'autre pour quelques heures, voire quelques jours selon votre poste. Vous apprenez à déguiser la vérité et à jouer un rôle, à vous travestir pour ne plus être vous, et duper les autres.
McGee n'avait pas participé à beaucoup de missions de ce type, et celles auxquelles il avait pris part avaient souvent été de courte durée. Toutefois le peu qu'il y avait appris lui était bien utile ce midi. Depuis qu'il était devenu agent de terrain, il avait compris qu'il appréciait que l'action tienne une place importante dans sa vie, et il s'en souvenait d'autant plus à cet instant. Il appréciait de moins en moins les diplomates, les grands patrons qui faisaient de belles promesses et de beaux discours sans volonté, qui se pliaient aux moindres désirs de certaines personnes lorsqu'ils y trouvaient un intérêt. Gibbs lui avait appris à se détacher de ce genre de personnes et à ne pas obéir aveuglément, les missions sous couverture lui avait appris à masquer ses vraies pensées, le tout lui permettaient aujourd'hui d'être capable de faire bonne figure malgré son ennui.
McGee avait le sentiment de jouer la comédie, assis à cette table derrière son repas. Il discutait gentiment de sa vie avec Mr Stirau. Il lui parlait de son inspiration, de son roman, de sa suite, et de l'avancement du projet avec Melle Blémont. Il se garda bien d'aborder ses récents différends avec Sarah… Cela ne le concernait en rien, et il ne voulait pas faire du tort à son amie, qui faisait très bien son travail. Il fut donc très surpris lorsque Mr Stirau aborda le sujet.
- J'aurai quelque chose à vous demander Mr McGee. Je sais que vous vous entendez bien avec Melle Blémont, et que le travail que vous faites ensemble est de bonne qualité, mais Sarah a quelques soucis familiaux actuellement, et elle se voit dans l'incapacité de mener à bien le contrat qu'elle a signé avec vous.
- Rien de grave j'espère? Demanda Tim, étonné.
- Je ne sais pas, continua Mr Stirau, elle n'a pas souhaité trop s'étendre sur le sujet, et je n'ai pas voulu l'importuner. Un membre de sa famille serait malade. J'aimerais donc savoir si vous accepteriez de finir votre traduction avec une autre de mes employés, Melle Zivdid. C'est Melle Blémont qui a désiré que se soit elle qui la remplace, elles s'entendent très bien toutes les deux, cela facilitera la transition, et Melle Zivdid maîtrise très bien l'anglais. J'espère ne pas vous gêner en vous proposant cela Mr McGee?
Tim avait horreur qu'on l'appelle Mr McGee. Il avait également horreur de voir cet homme orner sa proposition de tant de fioritures. Il accepta, s'inquiétant faussement pour Sarah, se doutant bien que sa famille allait très bien et qu'elle avait utilisé ce prétexte pour qu'ils n'aient plus à travailler dans des conditions similaires à celle du matin même, pour leur intérêt à tous les deux. Cette dernière matinée avait été un calvaire pour elle comme pour lui, et leur avait paru interminable à tous les deux.
McGee se sentit comme libéré à la fin de ce repas, voilà une bonne chose de faite, pensa-t-il. Il regagna directement le bureau de Sarah pour lui faire part de ce que lui avait dit son patron et lui dire qu'il était reconnaissant de ce qu'elle avait fait, qu'il se ferait malgré tout une joie de rester son ami. Il devait également faire connaissance avec cette Ava Zivdid dont Sarah lui avait déjà parlé à plusieurs reprises.
Ziva avait toujours le stylo de son amie à la main, elle venait tout juste de signer le transfert de contrat. Tout était désormais en règle. Elle était donc assise, sa boîte de repas chinois coincée en équilibre entre ses genoux, face à son amie de l'autre côté du bureau. Elle avait les avant-bras appuyés sur ce meuble de travail lorsqu'elle entendit sa voix sur sa gauche, au niveau de la porte. Elle ferma instantanément les yeux et contracta ses muscles à son insu, sentant les ennuis arriver à grands pas. Elle porta sa main gauche à son front, pour ensuite la faire passer dans ses cheveux, et la laissa là, cachant comme elle pouvait son visage. Elle jeta un œil par la fenêtre à sa droite. Elle savait que dans quelques secondes à peine, une partie d'Ava Zivdid allait mourir, et qu'une partie de Ziva David allait renaître, toujours à son insu. Elle sentait la peur lui mordre le ventre, elle n'avait jamais voulu en arriver là. Elle n'avait aucune idée de la manière dont allaient se dérouler les événements, aucune idée de la manière dont McGee réagirait, et elle craignait naturellement le pire.
- Sarah?
Tim s'arrêta au niveau de la porte d'entrée du bureau n'osant avancer plus, voyant que sa collègue si il pouvait l'appeler ainsi, n'était pas seule. Sarah le regarda et lui sourit.
- Salut Tim.
- J'espère que je ne dérange pas…
- Non pas du tout, au contraire, répondit Sarah en se levant, sans toutefois se déplacer.
Ziva se sentait en position de faiblesse, à être la seule assise à cet instant. Elle n'avait pas besoin de ça pensa-t-elle.
- Je viens de terminer de déjeuner avec Mr Stirau. Il m'a dit que tu avais des soucis familiaux et que tu ne pouvais donc pas terminer notre contrat, expliqua-t-il en avançant d'un pas vers Sarah.
- Euh oui… Commença à répondre la jeune française, confuse. Elle ne savait pas vraiment comment s'expliquer. Elle jeta un œil à Ava, qui n'avait pas bougé.
- C'est bon, ce n'est pas la peine de te justifier, j'ai bien compris que ta famille allait bien, et que tu avais agi ainsi dans notre intérêt à tous les deux. Je t'en suis reconnaissant, je pense que tu as eu raison, dit Tim, lui facilitant ainsi la tâche.
Sarah sourit.
- Je suis soulagée que tu n'y vois pas d'inconvénients. J'avais peur que tu le prennes mal et que tu ailles raconter la vérité à mon patron.
- Non, ne t'inquiète pas, je n'aurai jamais fais ça. Je ne trahis pas mes amis, répondit Tim en lui souriant.
Sarah soupira de soulagement à l'entente de cette dernière phrase, sentant un poids s'envoler et la libérer.
- Moi non plus je ne trahis pas mes amis.
Sa dernière phrase lui paraissait un peu futile, mais il s'agissait là de la seule chose qu'elle avait trouvée à dire. Elle était encore un peu gênée en la présence de Timothy.
Ziva quant à elle n'avait pas bougé. Elle tentait de respirer calmement, et de gérer cette énorme boule de stress qui lui brûlait le ventre, qui grossissait seconde après seconde et s'emparait d'elle.
- Mr Stirau m'a dit que j'allais travailler avec ton amie Ava, dont tu m'as déjà parlé, reprit Tim.
- Oui j'ai pensé que ce serait préférable et plus facile pour nous deux.
- Tu pourrais me dire où se trouve son bureau s'il te plait, que j'aille la rencontrer? Lui demanda-t-il.
- Bien sûr! Son bureau est situé à l'étage inférieur, mais elle y est rarement. Ava préfère travailler chez elle, répondit Sarah en posant ses poings sur ses hanches, et en se tournant vers la concernée.
- N'est-ce pas Ava? Tu aurais au moins pu te présenter, je ne te savais pas si timide!
Ziva bougea légèrement la main qu'elle avait placée dans ses cheveux, ne trouvant pas le courage de faire plus. Sarah se tourna de nouveau vers Tim, ne comprenant pas l'attitude d'Ava qu'elle trouvait relativement impolie.
- Je suis désolée que tu ne l'aies pas compris plus tôt McGee, je te présente Ava, dit la jeune femme en faisant un signe de tête envers sa collègue.
Tim fut légèrement surpris que cette femme ne se soit pas présentée plus tôt, comme Sarah l'avait fait remarquer, puisque c'est avec elle qu'il allait travailler désormais. McGee fit quelques pas en direction de la jeune femme qui lui tournait pratiquement le dos et dont il n'avait toujours pas vu le visage, il lui tendit sa main droite.
- Bonjour, je suis Timothy McGee, l'auteur de « Deep six ». On a dû vous parler de moi récemment, déclara le jeune homme d'une voix claire.
Ziva inspira profondément. Elle aurait aimé prendre ses jambes à son coup et fuir le plus loin possible, mais elle était coincée sur cette chaise, à devoir faire face. Elle aurait aimé ne jamais vivre ça, éviter cela à Tim. Le pauvre n'allait rien comprendre, l'accabler de tous les torts. Elle s'en voulait d'infliger une telle chose à celui qui avait su être un très bon ami pour elle. Elle s'en voulait.
Ziva se leva finalement, replaçant ses cheveux derrière son oreille de sa main gauche, la tête toujours légèrement inclinée vers le bas. Elle avala sa salive et tendit son autre main en direction de son ex-collègue, son ex-ami. Elle se mordit doucement la lèvre inférieure avant d'expirer un bon coup et d'oser affronter une situation sans échappatoire. Elle redressa alors la tête, et saisit la main de McGee qu'elle serra tout en relevant son visage.
- Bonjour. Ava Zivdid, dit-elle le plus distinctement possible, pour être certaine de ne pas avoir à se répéter. Elle n'en n'aurait pas la force.
Leurs yeux se croisèrent alors qu'elle venait de lui dire bonjour, et restèrent quelques secondes sans se lâcher. Ziva se sentait paniquée et honteuse face à l'expression de son ami, elle aurait voulu éviter cela à tout prix. Le regard de Tim était perdu, loin, très loin, quoiqu'elle pouvait sentir qu'il la sondait profondément, cherchant la preuve de ce qu'il voyait. Elle retira sa main de la sienne, et vit celle de Tim rester encore en l'air un court instant, avant qu'il ne se reprenne et ne rabaisse son bras.
Il ne rêvait pas. Il cherchait la faille, le signe qui lui ferait comprendre qu'il se trompait. Mais plus il l'observait plus ça lui sautait aux yeux, même s'il refusait d'y croire, même si ça lui paraissait trop impossible pour être vrai. La femme qui se tenait debout face à lui les mâchoires serrées était bien Ziva, sa collègue qu'il croyait décédée depuis trois ans. Il ne comprenait pas. Une tombe portait son nom, il avait assisté à son enterrement, tout le monde à Washington avait pleuré sa perte, et pourtant Ziva était là, il ne pouvait le nier plus longtemps. Elle se trouvait là et lui faisait face, en France. Ziva travaillait dans cette maison d'édition sous un faux nom. Il devait y croire, même s'il avait encore du mal à formuler cette pensée. On n'aurait pas eu beaucoup de mal à le persuader qu'il rêvait. Quelle était la probabilité que quelqu'un dont il avait porté le deuil réapparaisse un jour devant lui, comme ça, par hasard? Il en avait déjà calculé des probabilité, des tas même. Mais il n'avait jamais pensé qu'un jour il ferait face à celle-ci. Ava Zivdid. Mais qu'est-ce qu'il avait pu être bête! Pourquoi n'avait-il pas fait le lien plus tôt? Ava Zivdid, Ziva David, c'était pourtant si simple. Un anagramme basique. Et il ne l'avait pas vu. Certainement car son cerveau n'était pas conçu pour ce genre de situation inenvisageable. Il restait ainsi à fixer bêtement la jeune femme, l'air ébahi. Sarah attendait silencieusement, regardant l'échange atypique. Tim se reprit légèrement et baissa son bras. Les mots restaient coincés dans sa gorge, il ne savait pas quoi dire, pas quoi faire. Il avait encore du mal à formuler une pensée cohérente, il était donc bien incapable de dire un mot. Même si des tonnes de questions apparaissaient déjà dans son esprit.
Il resta immobile à la regarder reprendre vie avant lui, reprendre le cours de sa vie. Il était toujours sous le choc, alors que Ziva qui sentait chaque parcelle de son corps se tordre et la faire souffrir réagissait enfin. Elle voyait dans les yeux de Tim le tourbillon qui s'emparait de son esprit. Elle l'avait vu la reconnaître, ne pas y croire, se poser un tas de questions, refuser la réalité, comprendre, se perdre d'avantage, ne pas savoir que croire. Il était perdu, commençait à lui en vouloir pour tout ce qu'elle leur avait fait subir. Elle ne pouvait supporter plus longtemps la vue de Tim se posant toutes ces questions.
Elle avait souffert ces trois dernières années, elle se doutait qu'eux aussi. Mais à présent elle envisageait à quel point cela avait pu être dur pour eux aussi. Elle avait espéré qu'ils s'en remettraient rapidement, elle comprenait aujourd'hui que non, que ça n'avait pas été le cas. Elle réalisait qu'ils avaient parcouru un long chemin depuis son départ, et que ce brutal retour en arrière anéantissait tout ce en quoi Tim pouvait croire. Elle était confrontée à tout ce qui se passait dans la tête de Tim, elle était confrontée à sa souffrance, et elle ne pouvait supporter ce spectacle plus longtemps.
Pour elle aussi tout cela était douloureux. Elle replongeait dans son passé, dans ces trois années qu'elle avait vécu loin d'eux. Elle revoyait toutes les souffrances qu'elle avait enduré, tout ce par quoi elle était passée, à quel point elle avait peiné pour se reconstruire un semblant de vie. Elle se revoyait en Israël, juste après avoir quitté Washington. Et elle repensait à la vie qu'elle avait mené, avant. Elle revoyait le NCIS, ses amis, le bonheur qu'elle y avait trouvé et qu'elle ne pensait pas pouvoir retrouver.
Elle voulait couper court à toutes ces images qui lui revenaient, à l'expression qu'affichait Timothy. Il ne servait à rien de s'enterrer dans cette situation sans mots, cette situation d'incompréhension douloureuse où ils étaient.
- Merci pour le déjeuner Sarah, dit elle avec difficulté mais le plus distinctement possible, alors qu'elle était toujours troublée. Je vais retourner à mon bureau prendre mes affaires et rentrer chez moi, continua-t-elle, tentant d'abord avec des gestes mécaniques de reprendre vie.
- D'accord, répondit simplement Sarah, elle aussi un peu perdue après ce qu'il venait de se passer et l'échange de regards auquel elle avait assisté impuissante, sans comprendre.
Ziva resta quelques secondes encore face à Sarah, sans réellement la regarder, toujours perdue loin d'ici entre deux pensées douloureuses. Elle se tourna finalement face à Tim qui n'avait pas bougé, toujours sous le choque. Elle le comprenait le pauvre. Si elle avait vu sa petite sœur debout, là, devant elle, elle non plus n'en aurait pas cru ses yeux. Elle aussi aurait été totalement perdue. Cependant elle était obligée de faire face à Tim si elle voulait quitter cette pièce. Lorsqu'elle le regardait elle le voyait encore en train de se torturer, elle tenta donc timidement comme elle le put, sans le brusquer, de le faire redescendre sur Terre.
- C'est un plaisir de vous rencontrer McGee, Sarah m'avait parlé de vous. Dit elle d'une voix peu assurée en balayant son visage du regard, n'osant pas recroiser ses yeux qui étaient toujours perdus dans le vague. Sarah m'a dit que vous repartiez en Amérique demain soir… Ziva marqua une pause. Par Amérique, elle entendait NCIS, et ses amis, sa vie d'avant. Son cœur se serra encore un peu plus. Elle refusa de se laisser aller plus longtemps à ces pensées qui lui faisaient du mal.
- Je n'avais pas prévu de travailler avec vous, on m'a prise de court, poursuivit-elle avec vérité. Demandez mon adresse à Sarah et venez demain, à l'heure qui vous arrange. Je travaille toujours chez moi. D'ici là j'aurai fini de lire votre roman.
Elle osa finalement croiser ses yeux un bref instant. Il la fixait sans rien dire, l'écoutait de loin, tentant d'intégrer ce qu'elle disait. Il faut dire que ce roman ne leur facilitait pas la chose. Tous deux savaient que ce roman relatait les aventures du NCIS, de Lisa et Tommy, Tibbs et les autres… Tout ça ne ferait que rendre plus difficile encore la tâche qui les attendait.
Elle soupira face à tout ce qu'elle allait bientôt devoir vivre.
- À demain. Au revoir Sarah.
- Salut Ava.
Elle prit ses affaires et contourna Tim d'un pas hésitant, alors qu'il lui adressait un faible « au revoir », une parole de politesse mécanique. Puis elle quitta la pièce sans se retourner, accélérant le pas, fuyant cette réalité qu'elle venait de vivre. Elle ne dit pas un mot à Diane et Émilie lorsqu'elle repassa par son bureau, elle n'avait aucune envie de discuter. Elle enfila sa veste et enroula la lanière de son sac en bandoulière autour de sa main, puis l'attrapa, et sortit rapidement de l'établissement. Une fois sur le trottoir elle commença à courir jusqu'à son appartement, trouvant son rythme, quelques larmes qu'elle ne pouvait retenir coulant sur ses joues. Elle avait besoin de vider sa tête de toute pensée, d'oublier. Elle savait que pendant quelques instants la course le lui permettrait. Elle n'avait jamais voulu en arriver là, et faire tant souffrir ceux qu'elle aimait. La situation lui avait échappé, jamais ils n'auraient dû la retrouver, jamais l'un d'entre eux n'aurait dû venir jusque dans ce bureau.
