Disclaimer : Hormis mes OCs les personnages et l'univers de TIGER&BUNNY appartiennent à Keiichi Satô.
Bêta-Lectrice : Sayuri-Geisha
Hello, hello. Contente de vous retrouver pour le chapitre 25 de La triste mascarade. Au cours du mois d'Avril, vous avez été nombreux à cliquer dessus, j'avais encore jamais vu autant de visiteurs ! Donc un grand merci à vous ! Je ne sais pas si vous lisez mes chapitres, mais en tout cas, ça me fait toujours autant plaisir de constater que ma fanfiction attire des curieux venant du monde entier !
Kero : Ne t'excuse pas pour le retard, je sais ce que c'est. Prends ton temps pour lire mes chapitres si jamais un jour tu es trop occupée, je ne vais pas te mettre un couteau sous la gorge hein xD. Merci pour tes compliments, et oui, Lian-Hua est bien différente d'Elizabeth lol. A vrai dire, je voulais faire une sorte de contraste entre ces deux femmes.
Sayuri-Geisha : C'est vrai que le pouvoir de Shirow ressemble énormément à celui de Babhem dans RahXephon, mais comme je te l'ai déjà dis, je me suis en réalité inspiré de la première série d'FMA. Je trouve que c'est un pouvoir à la fois fascinant et effrayant ! :) Et c'est vrai que pour la fuite de Lian-Hua, j'étais inspirée par "Mémoire d'une Geisha" (en fait, je me rends compte que je me suis inspirée de pas mal de choses pour ce chapitre 24...)
Allez, sur ce, bonne lecture !
Chapitre XXV : Avoir une Fille
Voilà maintenant un mois et demi que Kotetsu ne dormait plus que d'un sommeil léger. Lorsque Morphée parvenait à l'enlacer pour le conduire dans le monde des rêves, une petite ombre se faufilait perfidement dans son subconscient, prête à arracher un cri de terreur ou une larme d'amertume. Dans la plupart de ses cauchemars, Kotetsu se retrouvait toujours dans une pièce effroyablement sombre, mais légèrement éclairée par une forme humaine à la lueur étincelante. Désirant saisir la seule parcelle d'espoir présente en ce lieu, il cherchait inexorablement à rejoindre cette silhouette. Cependant, à chaque pas effectué, l'optimisme, lié à la lumière, s'affaiblissait doucement. De la fumée noire flottait dans les airs dès qu'il arrivait à destination, enveloppant alors la forme humaine comme la mort s'accapare d'une âme. Pourtant, d'ici, le Tigre pouvait enfin mettre un nom sur cette silhouette.
Karina.
« Tout est de ta faute », murmurait la voix meurtrie de celle-ci.
Captif d'une culpabilité vicieuse et démente, les nuits du Héros renvoyaient les images d'une Karina au visage ravagé par la souffrance et la rancœur.
Dans un sursaut de frayeur, il s'échappa de son délire avant de reprendre difficilement son souffle, et sentit son front mouillé par des gouttes de sueur. Sa respiration, irrégulière, réussit à reprendre un rythme normal au bout de plusieurs minutes, et dans un mouvement robotique, il tourna la tête pour observer son environnement. Malgré l'obscurité dans laquelle la pièce se noyait, le vétéran reconnut son salon, puis comprit qu'il s'était assoupi sur le canapé.
Des bouteilles d'alcool reposaient sur la table basse devant lui, et son verre de whisky ne contenait plus que l'eau des glaçons fondus. Le parfum empoisonné de la liqueur, qui s'échappait doucement de son récipient, lui provoqua un début de migraine qui le poussa à se lever. Ses perles dorées s'égarèrent en chemin sur l'horloge : quatre heures et demie du matin. Il grommela à l'idée de devoir se recoucher, mais son mal de tête le ramena à l'ordre. Le Héros tenait en horreur ce genre de situation où son corps se montrait plus convaincant que sa conscience. Inévitablement, cela le renvoyait à son âge et aux désavantages liés au temps qui passe, et cela le frustrait.
Une fois arrivé à sa chambre, il ôta ses vêtements et se laissa tomber sur son lit, en proie à de nombreuses questions.
Que devenait Blue Rose ? Avait-elle une chance de s'en sortir ? En voulait-elle aux Héros de ne pas être arrivés à temps ? A lui ?
Cette dernière pensée lui arracha une expression tourmentée. Depuis le terrible événement survenu au mois de novembre, le Tigre portait sur ses épaules le poids de la culpabilité, et rien ne lui permettait de s'en débarrasser. Il avait bien rencontré l'inspecteur Crowell et lui offrit son témoignage dans l'espoir de retrouver les bourreaux de la Rose, seulement, cela ne suffisait pas. L'affreux sentiment demeurait, et il se savait à jamais entre ses griffes.
Sur ces pensées négatives, le Héros termina péniblement sa nuit, toujours perturbé par des cauchemars.
En cette matinée du quatorze décembre, Kotetsu prit une décision qu'il jugea inévitable : rendre visite aux parents de Karina pour s'entretenir avec eux. Cette initiative s'avérait dangereuse, car il savait très bien que leur état n'était pas favorable à ce genre d'entretien. Pourtant, une force invisible le poussait à rester sur sa position et à franchir le pas, quitte à terminer la journée sur un échec dérangeant. Il devait essayer, tenter de parler avec Monsieur ou Madame Lyle pour au moins obtenir des informations sur l'état actuel de leur fille.
Détermination égoïste.
Le Tigre se doutait bien que cette idée ne reflétait qu'un simple désir engendré par le sentiment de culpabilité. Toutefois, aujourd'hui, il se fichait de son égocentrisme, car le plus important concernait l'état de Karina.
Une fois douché et habillé, il attrapa la note contenant l'adresse de sa collègue, anciennement donnée par Barnaby, et se rendit au lieu indiqué avec pour seule compagnie, une désagréable boule d'angoisse au ventre.
« Et si je faisais encore une erreur ? », pensa-t-il.
Revenir sur ses pas se révélait de toute évidence bien trop lâche de sa part, et tandis qu'il traversait les allées menant à la demeure de la Rose, Kotetsu sentit son cœur se compresser à la vue des magasines la mettant en première de couverture. Un sourire taquin se dessinait sur son visage photographié, renvoyant alors au vétéran les vestiges d'un passé à la fois proche et lointain, balayés par les méfaits d'une destinée malsaine.
Mal à l'aise, il accéléra sa marche en essayant de ne pas s'attarder sur cette image déchirante, puis se stoppa net une fois à destination. Dans l'air glacial de la matinée, la demeure de la famille Lyle ne possédait plus cette atmosphère charmante et chaleureuse que le Tigre avait relevé lors de sa première visite : les herbes du jardin, longues et ternes, se noyaient dans l'eau que la pluie avait laissé derrière elle, renvoyant l'image d'un petit marécage. En relevant la tête, Kotetsu constata que la maison dégageait une aura effroyablement imposante, comme si elle l'incitait a faire demi-tour pour ne plus jamais revenir. Avec ses volets clos, sa grande porte en bois, ses pierres d'un blanc souillé par le temps... dire que cette propriété abritait des fantômes aurait été excusable.
« Peut-être sont-ils partis ? », se demanda-t-il.
Appuyer sur la sonnette demeurait la meilleure solution pour trouver la réponse à sa question.
Alors, sans prendre le temps de respirer, Kotetsu dirigea son doigt sur le petit bouton, resta appuyé dessus quelques secondes, et attendit en sentant le vent d'hiver lui fouetter le visage. Plusieurs secondes s'écoulèrent dans un silence déconcertant.
Quand il s'apprêta à sonner une seconde fois, la porte d'entrée s'ouvrit doucement, retenant son geste. Peu après, la silhouette de Christina Lyle apparut, fixant de son regard éteint le vétéran.
- Vous... ?, murmura-t-elle avec monotonie.
Sans un mot, le Next ôta doucement sa casquette avant d'observer la femme. L'allure maladive de cette dernière le frappa violemment. Des cernes violettes agressaient ses yeux bruns, malgré la couche de maquillage qui cherchait à les cacher, et sa chevelure blonde, coiffée d'une vulgaire queue de cheval basse, paraissait aussi sèche que de la paille.
Profondément heurté par cette image, Kotetsu se demanda s'il ne valait mieux pas reporter la visite à un autre jour, comprenant que l'apparence de madame Lyle était obligatoirement liée à une déprime. A cette pensée, il se trouva idiot : cette situation s'avérait obligatoire pour les parents de la victime. Croyait-il vraiment qu'il les reverrait avec un sourire aux lèvres ? Non, bien sûr que non, mais jamais il ne s'était douté que la vision du désespoir inguérissable serait aussi douloureuse.
- Nous nous sommes déjà vus... non ?, hésita Christina.
- C'est exact. Je suis Kotetsu, j'étais déjà venu dans l'espoir de m'entretenir avec...
Il s'arrêta, hésitant.
Et si parler de Karina aggravait l'état, déjà affaibli, de sa mère ? Il déglutit à l'idée de la voir fondre en larmes par sa faute.
- … Oui, je m'en souviens, reprit madame Lyle, après un moment de silence. Vous étiez un collègue de travail de Karina n'est-ce pas ? Au bar, de mes souvenirs, non ?
Le Héros releva brusquement la tête à l'entente de cette dernière question, se remémorant soudainement le mensonge qu'il avait bâti le jour de sa première visite.
- Je suis désolée, mais ma fille n'est... pas là pour le moment. Elle s'est absentée et je ne sais pas quand elle reviendra...
Tant de mélancolie et de douleur se dégageaient de sa voix chevrotante. Cependant, entre ces deux sentiments, Kotetsu décela une pointe de colère sans doute adressée à elle-même. A cet instant, l'homme ne put s'empêcher de mordre sa lèvre inférieure : cette mère souffrait atrocement, impuissante devant la fatalité qui s'était acharnée sur sa fille. Et pourtant, malgré toute la tristesse qui enfonçait son cœur dans les abîmes de la dépression, elle tentait de garder la tête haute, de conserver son masque dans le but de protéger l'identité secrète de Blue Rose. Quoi de plus normal vu qu'elle ignorait le véritable métier de Kotetsu, le considérant comme un simple civil à qui il fallait cacher la vérité.
A qui se confiait-elle dans ce cas ? A sa famille ? Cela ne suffirait pas pour balayer toute sa peine.
Frustré, Wild Tiger siffla entre ses dents avant d'enfoncer ses ongles dans la paume de sa main.
Quelle injustice.
Quelle affreuse injustice !
- Je sais qu'elle est absente pour une durée indéterminée, mais c'est justement pour ça que je suis ici, se lança-t-il.
- Pardon... ?
- Madame, je n'ai jamais travaillé au bar de Karina. Cependant, je reste un de ses collègues !
Les deux noisettes de Christina s'élargirent en décelant le double sens de cette phrase. Elle entrouvrit la bouche, toutefois, rien ne sortit. Et dans un étrange mutisme, deux regards se perdirent l'un dans l'autre.
- Alors vous êtes..., hésita-t-elle.
- Oui, je suis un Héros. Wild Tiger pour être exact, confirma l'homme.
A cette révélation, le cœur de la mère s'allégea d'un poids. Néanmoins, la part méfiante de son subconscient la poussa à poser l'interrogation suivante :
- Qui me dit que vous n'êtes pas en réalité un journaliste manipulateur ?
- Ne croyez-vous pas que j'aurais trouvé une meilleure excuse ?, se vexa le Tigre. Et puis, j'ai ceci.
D'un geste vif, il releva la manche de son blouson pour y dévoiler son bracelet de Héros. Il portait exactement le même que Karina, à l'exception de la couleur. Par ailleurs, la vision de cet objet renvoya à madame Lyle des souvenirs amers, par rapport à sa fille. Si elle n'avait pas été alertée ce « jour-là », le pire ne se serait pas produit.
- Entrez, lui proposa-t-elle.
Christina déposa une tasse de thé chaud sur la table de la cuisine où l'attendait Kotetsu. L'odeur fruitée qui émanait de la tasse en porcelaine imbiba progressivement la pièce. Le Héros plongea ses disques d'or sur le reflet que lui renvoyait la boisson chaude, perdu dans ses pensées. Trop de doutes persistaient en lui, et l'impuissance liée à la frustration drainait considérablement son énergie.
Cependant, les plus à plaindre dans l'histoire n'étaient autre que les parents de la victime.
- Vous avez de ses nouvelles... ?, osa le vétéran.
La cuillère dans la tasse cessa ses mouvements circulaires, et sa propriétaire s'égara sur un point invisible. Mal à l'aise, Kotetsu s'excusa de son indiscrétion, et lui demanda d'oublier cette demande.
- Ne vous en faites pas, murmura la mère. A vrai dire, nous n'avons plus de ses nouvelles depuis...
Elle n'osa terminer sa phrase, ce qui renforça le mal être du Next qui se sentit odieux de manquer autant de tact.
- Excusez-moi..., dit-il.
- Vous n'y êtes pour rien..., bredouilla la mère en retenant ses larmes. Je ne pourrais pas vous renseigner à ce sujet. Le médecin nous a dit de nous armer de patience, car à l'heure actuelle, Karina refuse toute visite...
Le regard du Tigre glissa sur un point imperceptible pour s'égarer dans le labyrinthe des réflexions. Si Blue Rose ne comptait même plus sur ses parents pour se soulager du poids de la tristesse, alors à qui se confiait-elle ? L'idée de la voir refouler son chagrin, et porter sur ses frêles épaules le fardeau de son existence, révulsa Kotetsu. Et puis, il existait Christina, faiblement adossée sur sa chaise, l'expression décomposée par la fatigue et le tourment. Pour Wild Tiger, ce tableau aux teintes funèbres renforçait inéluctablement son sentiment d'infériorité. Cette situation lui ôtait toute trace d'honneur et dorénavant, seules la honte et la frustration résidaient au fond de lui. Dès lors, il comprit que rester ici ne se résumerait qu'à une perte de temps. Seulement, au même moment, madame Lyle l'interpella :
- S'il-vous-plaît... J'ai besoin de votre aide...
Surpris, l'homme observa en silence la mère de famille. Le visage abaissé de cette dernière fixait tristement le carrelage, hésitant à se redresser pour voir la réaction de son interlocuteur. Kotetsu fit une moue intriguée, sans comprendre où elle souhaitait en venir par le biais de cette demande : comment pouvait-il lui venir en aide ? Lui qui avait décliné les sentiments de Karina, sans saisir combien cet acte l'avait particulièrement affaiblie. Lui qui ne s'était pas douté, un seul instant, combien elle souffrait depuis cet événement.
Comprenant que, depuis cet événement, refuser une demande de la part de la famille Lyle s'avérait inconcevable, il se doutait que si Christina l'implorait de secourir sa fille, il se retrouverait dans une impasse.
- Mon mari..., reprit la femme.
- P-Pardon ?, balbutia Kotetsu, déconcerté.
Elle inspira profondément, et se fit violence pour ne pas fondre en larmes. Après un bref instant de mutisme, elle continua :
- Depuis ce... terrible événement... mon mari reste enfermé dans notre chambre. Il ne parle plus, ne me regarde plus... Je suis effrayée... Je n'ai plus personne sur qui me reposer...
Le désespoir se lisait sur ses lèvres et son regard humide. Cependant, Kotetsu ne parvint à trouver les mots nécessaires pour la rassurer. Troublé par cette confession sortie de nulle part, il essaya de se remémorer les phrases de Christina, les remit difficilement dans l'ordre, et comprit que cette fois-ci, fuir lui était interdit. Il la dévisagea un moment, serra le poing, et se leva brusquement en manquant de renverser sa tasse encore pleine.
Madame Lyle lui implorait son aide. Sans le connaître, et sans chercher à savoir s'il s'en sentait capable. Épuisée par les épreuves les plus pénibles de son existence, elle souhaitait simplement se libérer d'un poids.
Comment pouvait-il décliner cette demande ? Il n'était pas assez lâche pour cela.
- Où se trouve votre chambre ?, demanda Kotetsu, d'une voix déterminée.
Les yeux de la femme, agressés par les pleurs, se remplirent soudainement de stupéfaction. Elle releva ensuite la tête pour observer le vétéran qui, lui, l'observait d'une expression sincère et rassurante, prêt à lui tendre sa main salvatrice.
- Suivez-moi..., murmura-t-elle.
Depuis combien de temps se trouvait-il là, assis sur son fauteuil à regarder le vide, d'un air éteint ? Quelle importance de toute façon ? Eric Lyle ne bougeait plus, ne parlait plus, et ses yeux argentés ne renvoyaient plus cette étincelle de vie, jadis si belle. Non, à présent, seule sa respiration lente et lourde permettait de prouver aux autres l'ombre de son existence.
Où avait-il fait une erreur ? Pourquoi le bon Dieu s'acharnait-il sur sa fille ? Etait-ce là une punition divine ? Dans tous les cas, Karina souffrait, et il ne pouvait rien faire pour lui venir en aide.
Il ne pourrait oublier ce terrible jour. Impossible de rayer de sa mémoire ce genre d'événements, surtout quand ils concernent un proche. Une progéniture.
Traumatisé par l'image qu'avait renvoyé la télévision ce jour là, la vision de sa fille, attachée comme un vulgaire bout de viande dans la cage aux lions, le tourmentait encore. Au départ, il se crut en plein cauchemar, et tenta de se rassurer en se disant que tout cela prendrait fin très bientôt. Mais le réveil n'avait jamais sonné, tout cela s'avérait bien réel. Et dorénavant, il fallait vivre avec.
Il se détestait. De tout son être. Il se haïssait.
Impossible d'avancer maintenant, ni de trouver la force de sortir de ce carcan de douleur. Il se savait déjà soumis à la culpabilité, et éternellement enchaîné à elle. Voilà donc le père qu'il représentait ? Un père incapable de porter le pire des fardeaux sur ses épaules ? Un père inapte à soutenir son enfant affaibli ?
A l'heure actuelle, redresser la tête, et endurer cette terrible épreuve, relevait du défi infranchissable pour Eric Lyle.
« Je ne mérite pas de porter le titre de « père ». Je n'ai même pas pu te protéger... », pensa-t-il, en portant une main sur son front.
Tandis qu'une larme roulait sur sa joue, un bruit l'expulsa brutalement de ses pensées. Quelqu'un frappait à la porte, derrière lui. Néanmoins, il resta indifférent à cet appel, essuya son visage, et se perdit à nouveau sur un point invisible.
- Monsieur Lyle ?, prononça une voix masculine. Je suis Kotetsu T. Kaburagi, j'ai à vous parler...
De nouveau égaré dans de sombres réflexions, l'homme n'entendit qu'à moitié les propos du dit Kotetsu. Pourtant, ce dernier l'appelait continuellement, et attendait une réponse de sa part. En vain.
Alors, excédé, le Héros ouvrit lentement la porte pour, finalement, pénétrer dans la chambre du couple attristé. Une fois à l'intérieur, une forte odeur de renfermé lui agressa le nez, et ses perles d'or glissèrent sur le grand lit défait, témoignant ainsi la négligence de ses propriétaires. Sa tête se tourna ensuite en direction du fauteuil où reposait le père de la victime.
- Monsieur Lyle... ?, répéta Kotetsu, en s'avançant prudemment vers lui.
Seul un long souffle s'échappa de ses lèvres abîmées en guise de réponse.
L'avait-il au moins entendu ? Calé au fond de son siège, monsieur Lyle s'apparentait à un malade attendant l'arrivée de sa dernière heure : ses yeux, vidés de leur expression, restaient figés sur le mur nacré de la pièce, son dos courbé semblait porter toutes les peines du monde, et sa peau était incroyablement pâle pour un vivant. Et face à cette image désolante, les ongles de Kotetsu s'enfoncèrent violemment dans la paume de sa main.
- Monsieur Lyle !
L'interpellé releva lentement la tête, et fronça les sourcils en remarquant enfin Wild Tiger.
- Qui vous a permis d'entrer ?, tonna-t-il froidement.
- Personne. Mais vous ne répondiez pas, alors je m'inquiétais, expliqua Kotetsu.
- Ne vous moquez pas de moi ! Partez ! Ou j'appelle la police !
- Je suis un collègue de Karina. C'est votre femme qui m'envoie !
A cette révélation, le corps d'Eric se redressa brusquement pour mieux fixer son interlocuteur. De son côté, Kotetsu comprit trop tard l'erreur qu'il venait de commettre. Toutefois, il profita de la situation pour soutenir avec fermeté le regard de monsieur Lyle.
Au moins, il réagissait.
- Vous ne devriez pas vous mêlez ainsi de nos affaires. Vous êtes un Héros, non ? Alors partez et allez faire votre boulot ! De toute façon vous ne pourriez pas comprendre ! Non, vous ne pouvez pas comprendre..., marmonna Eric, en empoignant tristement le tissu de son pantalon. Vous ne pouvez pas comprendre à quel point il est affreux d'assister à la souffrance de son enfant, sans pouvoir rien faire !
- … Bien sûr que si, je peux comprendre..., tenta le vétéran.
- Menteur ! Comment le pourriez-vous ?!
- Parce que je suis moi-même père de famille !, siffla sévèrement Kotetsu.
Impossible de retenir cet élan de frustration. Certes, il était toujours prétentieux d'essayer de comprendre la victime d'une expérience sans l'avoir vécue. Mais on pouvait au moins essayer d'en compatir. Depuis quelque temps, Wild Tiger se posait beaucoup de questions au sujet de Blue Rose, néanmoins, une autre interrogation se jouait de lui dans les pires instants de doute : et s'il s'agissait de sa propre fille qui s'était retrouvée dans ce piège mesquin ? Cette pensée lui offrait obligatoirement un frisson de dégoût, ainsi que le besoin de l'appeler et prendre de ses nouvelles. Jamais il ne se le serait pardonné. C'est pourquoi il parvenait à comprendre l'état de monsieur Lyle.
- Je sais bien qu'en tant que père, avoir une fille n'est pas forcément facile..., continua-t-il.
- Je lui avais pourtant dis... Je lui avais dis qu'elle aurait des problèmes..., bredouilla Eric, au bord des larmes. Pourquoi a-t-elle continué ce travail d'Héroïne ?
Kotetsu ouvrit la bouche, et la referma aussitôt, incapable de lui donner une réponse valable. De ce fait, un silence tendu s'invita entre les deux hommes, et le Héros se sentit pitoyable quand il remarqua la mine anéantie d'Eric.
- Avoir une fille n'a jamais été facile... Surtout pour un homme comme moi, avoua ce dernier. Depuis sa naissance, j'ai toujours voulu la protéger, et aujourd'hui, je suis incapable de la sauver... Elle ne veut même plus nous voir.
Ces mots eurent raison de lui.
Jusque là assez fort pour retenir ses sanglots, le chagrin réussit à l'affaiblir, et des larmes d'amertume roulèrent sur ses pommettes marquées. Cette impuissance le rendait malade, l'affligeait au plus haut point. De plus, savoir que sa propre fille refusait toute visite, y compris celle de ses parents, renforçait cette impression d'inutilité.
Wild Tiger observa tristement la scène, puis posa sa main sur l'épaule de l'homme en guise de soutien. Aussi anodin fut ce geste, il le réconforta un peu.
- Savez-vous au moins pourquoi elle s'oppose aux visites ?, demanda le Next.
- Parce qu'elle nous en veut..., confessa monsieur Lyle.
- Non, pas du tout. Parce qu'elle sait bien que nous souffrons aussi. Surtout vous. Je suis certain qu'elle a peur de votre réaction. Elle doit se sentir aussi coupable que vous... C'est un cercle vicieux.
Troublé par ces propos inattendus, les yeux du père de Karina s'écarquillèrent avant de dévisager le vétéran.
- Tout finira par s'arranger. J'en suis certain. En attendant, restez auprès de votre épouse, elle en a besoin..., conseilla-t-il.
Le cœur d'Eric se compressa à l'écoute de ces mots, et le voile du doute se dissipa un peu. Inconsciemment, c'est tout ce qu'il désirait entendre. Il voulait croire aux paroles de Kotetsu, ôter toute incertitude de son subconscient, et surtout espérer que tôt ou tard, les choses finiraient par s'arranger.
Cependant, le Next avait raison : il n'était pas le seul à chercher ce soutien réconfortant. Christina souffrait aussi, et l'abandonner ainsi à son sort s'avérait impardonnable pour monsieur Lyle. Alors, il jeta un dernier coup d'œil au Héros, ravala ses larmes, et lui posa une question :
- Quel est votre nom de scène... ?
- … Je suis Wild Tiger, avoua celui-ci, après un instant de silence.
- Wild Tiger... Je ne sais pas vraiment quel est votre lien avec ma fille, mais... Merci.
Ainsi se clôtura l'échange entre les deux pères.
Bien sûr, il restait du chemin à faire pour trouver l'apaisement, seulement Eric savait qu'il devait, à présent, avancer et soutenir ses proches, et surtout son épouse. La voie de la rédemption serait peut-être sinueuse et dangereuse, mais il ne pouvait se permettre d'abandonner. Faire confiance à sa fille restait le meilleur moyen d'échapper à l'éternelle souffrance causée par les griffes de l'amertume.
Lorsqu'il se décida enfin à rejoindre sa femme, son premier réflexe fut de l'étreindre de toutes ses forces, avant de lui adresser un « je suis désolé » au creux de l'oreille. Émue, Christina resserra doucement son étreinte, et plongea sa tête contre l'épaule de son aimé, cherchant à étouffer ses sanglots.
Ce tableau à la fois touchant et attristant, poussa Wild Tiger à se remettre, lui aussi, en question : dorénavant, il devait mettre en pratique ses propres conseils, et faire confiance à Blue Rose.
Quand Aiden entra dans l'ascenseur menant à sa base, sa main se posa sur son front moite.
Dérangé par les images d'un passé refoulé, son sommeil ne s'était pas montré réparateur, et l'arrivée de son supérieur, Itsuki Shirow, perturbait toutes ses pensées. Cependant, même en connaissant le coupable de cette nuit agitée, il ne parvenait pas à lui en vouloir, car sa nature responsable et sérieuse le forçait à croire qu'il méritait cette « punition ». Après tout, l'échec n'était pas permis au sein de l'organisation.
« Mon plan était pourtant parfait... », se dit-t-il, dépité.
Tandis que la machine effectuait sa descente habituelle, l'homme s'appuya contre les grilles et repensa au rêve de cette soirée mouvementée : pourquoi donc son esprit s'était embrumé dans les décombres d'un souvenir superflu ? La venue d'Itsuki le dérangeait-il à ce point ? Sornettes ! S'inquiéter autant ne lui ressemblait pas, et il se convainquit que tout ceci ne représentait qu'une farce du hasard.
Peu après, l'odeur désagréable de la terre humide s'infiltra perfidement dans ses narines, l'obligeant par la même occasion à s'exiler de ses pensées. La cachette, dans laquelle il effectuait la plupart de ses rassemblements, commençait à lui faire honte. En effet, placer son repaire dans un lieu si sale et nauséabond, renforçait son impression immonde, qui se trouvait en parfaite contradiction avec ses idées de base si pures et admirables. Après avoir rallié les Héros à sa cause, Aiden prévoyait de quitter cet endroit abject et malodorant pour ainsi s'installer dans un lieu plus convivial. Malheureusement, ses desseins se conclurent sur une défaite dégradante, et à présent, il devait reporter ce projet à plus tard.
Abominable plaisanterie du Destin.
- GLOIRE A AIDEN !, hurlèrent en chœur les partisans manipulés de monsieur J. Howards, une fois celui-ci arrivé à destination.
- Silence, siffla-t-il entre ses dents. Je ne veux plus vous entendre.
Sous le regard insignifiant des Next, l'homme traversa l'unique couloir de la pièce, puis fronça les sourcils en apercevant une silhouette appuyée contre la porte de son bureau. Après quelques pas hâtifs, il reconnut Ascelin qui le fixait avec appréhension.
- Il est là, annonça ce dernier. Lian-Hua aussi.
- … Je vois.
Un souffle énigmatique s'évada de la bouche d'Aiden, et un nœud au ventre lui procura une désagréable sensation d'angoisse. Ressentir ce genre d'émotions, à ses yeux si propres aux humains, l'irrita profondément. Il valait mieux que cela, il ne connaissait pas le désarroi, car seul l'honneur et le courage se conjuguaient avec monsieur J. Howards.
Afin de se changer les idées, il glissa son regard cristallin sur son ami, et retint un sursaut de surprise en remarquant son visage ravagé par la fatigue.
- Tout va bien Ascelin ?
- Oui. J'ai juste mal dormi. J'ai rêvé du passé, et je déteste ça, pesta le concerné.
L'aîné dévisagea calmement son cadet, étrangement interloqué par cet aveu. Néanmoins, plutôt que de chercher à le rassurer, il préféra jouer la carte de la taquinerie :
- Tu as des remords ?
- N'importe quoi...
Amusé par la réponse, Aiden sourit discrètement.
L'air de rien, la présence d'Ascelin calmait toutes ses craintes et ses incertitudes, et cela lui permettait d'appréhender plus facilement les choses à venir. De ce fait, il lui proposa d'entrer dans la pièce ou les attendaient Itsuki et Lian-Hua. Ascelin acquiesça d'un signe de tête, et laissa son supérieur pénétrer dans le bureau en premier.
Une fois le seuil de la porte passé, le duo se retrouva nez à nez avec une Lian-Hua à l'expression enjouée. Habillée d'une longue robe droite de soie qui s'arrêtait aux tibias, ses formes élancées se collaient au tissu, offrant aux hommes simple d'esprit une image à la fois savoureuse et exaltante. Toutefois, Aiden ne s'attarda pas sur ces détails futiles, et balaya la pièce du regard, à la recherche d'Itsuki Shirow. Plusieurs secondes plus tard, il l'aperçut, assis à son bureau, en train de siroter une tasse de thé.
- Désolé, nous sommes un peu en avance, ricana Itsuki, en se levant.
- Nous vous prions de nous excuser de l'attente, prononça doucement Aiden, sans flancher.
- Il n'y a aucun problème, votre comité d'accueil est bien sympathique.
- Parlez-vous des Next à l'entrée ? Voyons, ils sont là pour ça.
Cette fois ci, Shirow ne répondit pas. Il se doutait bien que son sujet, trop fier et orgueilleux, ne montrerait un quelconque sentiment de peur. De ce fait, le Next âgé se tourna vers Ascelin, puis lui adressa un sourire perfide en coin.
- Il y avait longtemps, mon petit Ascelin. Mes petites fêtes sont bien mornes sans toi, commenta-t-il.
- Veuillez m'excuser, j'étais plutôt occupé ces derniers temps, répondit l'interpellé, en s'inclinant poliment.
- Occupé ? Ho, je vois. Tu dois sans doute parler de ce plan minable.
Le poing d'Aiden se serra à l'entente de cette critique hautaine, et il dut se faire violence pour ne pas adresser à son supérieur ses quatre vérités. Dans l'espoir d'éteindre l'étincelle de la colère, il glissa ses perles grises sur Lian-Hua, qui l'observait avec une compassion inattendue. Cette initiative porta ses fruits, et son aigreur disparut rapidement.
- Vous ne pouvez pas savoir à quel point cet échec me désole, reprit Itsuki. Pourtant, il s'annonçait prometteur. Pourquoi a-t-il fallu que vous le ratiez ?! Voyez où cela vous a mené ! Le nom d'Ouroboros revient à la charge sur les couvertures de magasines, et les humains sont plus méfiants que jamais !
- Je suis seul fautif de cette maladresse!, se hâta Ascelin, prêt à en assumer les responsabilités. Nous avions toutes les cartes en main, mais l'une de nos victimes, Barnaby Brooks Jr., a contré mon attaque au dernier moment. Si j'avais été plus attentif, jamais nous...
- Du calme Ascelin !, ordonna Howards, après avoir porté une main sur l'épaule de son ami. Certes, l'erreur qui s'est produite le mois dernier est impardonnable, mais avec tout le respect que je vous dois, monsieur Shirow, j'estime avoir droit à une seconde chance !
Abasourdie par cette demande, Lian-Hua écarquilla les yeux quand elle comprit qu'elle ne rêvait pas. Quel fou ! Réclamer une deuxième chance se rapprochait de l'insolence, frôlant presque la folie. D'une nature rancunière et malveillante, Itsuki n'accepterait pas une telle requête, car pour lui, la confiance s'apparentait à un objet rare, sculpté dans le verre le plus précieux : éphémère si on le négligeait, sa beauté n'illuminerait plus le monde s'il venait à se briser. Et c'est ce que devait ressentir, en ce moment, le grand chef de l'organisation. Lui qui avait porté tous ses espoirs dans l'intelligence d'Aiden et le don d'Ascelin, la faux du Destin s'était acharnée sur eux pour anéantir, en un rien de temps, la dignité et l'ardeur si propre à Ouroboros.
Non, Itsuki n'offrirait pas de seconde chance à ses sujets. Impossible.
- Pourquoi ? Tu as un autre projet ?, demanda le haut gradé, sous le regard surpris de sa servante.
- Plus ou moins, oui, acquiesça Howards.
- Et quel est-il ?
- Laissez-moi d'abord vous expliquer la situation. Comme vous le savez, le mois dernier s'est tenu l'exécution de notre plan : l'agneau sacrifié nous a permis d'attirer les Héros dans le piège, et Ascelin a pu utiliser son don sur eux. Seulement, l'un des sujets, Barnaby Brooks Jr., a su se libérer de l'emprise de mon collègue. Pour vous, il s'agit là d'un échec, mais moi, je le vois comme un avantage.
Sans un mot, Itsuki écouta attentivement ses propos. De sa voix claire et limpide, ni trop lente, ni trop rapide, Aiden énumérait flegmatiquement les événements survenus en ce premier novembre. Son sang froid épatait son supérieur, et ce dernier comprit qu'il ne devait pas totalement douter de lui.
- En effet, Ascelin a pu constater que dans l'esprit du Héros rebelle se tenait une faiblesse non négligeable, continua monsieur J. Howards.
- Et quelle est-elle ?, questionna la chinoise, en se tournant vers le détenteur du pouvoir psychique.
- Il semble ressentir « quelque chose » à l'égard de quelqu'un, répondit Ascelin. C'est pourquoi je me dois de l'espionner pour en savoir plus.
- Et ça t'a mené où ?, souffla Lian-Hua, incertaine de désirer entendre la réponse.
- A rien pour le moment, mais j'ai mes idées. Je continue toujours de surveiller ses moindres faits et gestes, ce n'est qu'une question de temps.
- Une fois la réponse entre nos mains, nous pourrons établir l'acte final de notre plan. Et cette fois-ci, les Héros rejoindront notre cause, conclut Aiden.
Le menton entre le pouce et l'index, monsieur Shirow répétait intérieurement le dialogue, puis sentit un frisson mystérieux lui brûler l'échine. Bien que les jeunes hommes eûssent raté leur premier coup, il ne pouvait s'empêcher de leur accorder une occasion de se racheter. Après tout, ils avaient, à eux seuls, rassemblés de nouveaux partisans à la cause d'Ouroboros, et leur motivation prouvait leur sérieux, surtout pour Aiden. Néanmoins, un brin de doute refusait de quitter son subconscient, et se transforma en un mauvais pressentiment : que faire, que dire ?
- J'ai une question..., intervint Lian-Hua.
Ses doigts s'emmêlèrent lorsque trois paires d'yeux se posèrent sur elle, attendant qu'elle développe.
- Je n'ai pas revu la jeune femme vêtue de blanc... Où est-elle ?
- La jeune femme... ? Tu parles d'Elizabeth Lance ?, interrogea Aiden.
Un rire moqueur interrompit brusquement la conversation. Dos au groupe, Ascelin retenait difficilement ses ricanements macabres, désorientant par la même occasion l'asiatique.
- Ah, Lance... Lance ! Quelle niaise, quelle sotte !, railla-t-il.
- … Qu'est-ce que tu veux dire... ?, s'inquiéta la femme.
Trop occupé à reprendre son souffle, le Next ne lui répondit pas dans l'immédiat. Sous l'expression indifférente des deux autres hommes, son corps se redressa lentement au bout de quelques secondes, et fit face à Lian-Hua avec un sourire mesquin au coin des lèvres.
- On s'en est débarrassés ! Cette humaine de pacotille pensait pouvoir entrer dans les bonnes grâces d'Aiden ! Quelle idiote ! Comme si un Next aussi puissant voulait d'elle.
Cette révélation retentit comme un coup de tonnerre imprévisible, procurant à la chinoise une montée de sang tout aussi inattendue. Elizabeth, la jeune fille rencontrée au détour d'une dangereuse soirée, avait quitté ce monde sans être aimée en retour.
- Et elle n'a rien vu venir en plus ! Ces déchets d'humains se croient tout permis. Quelle délivrance j'ai ressenti en la tuant !, se vanta Ascelin.
- … Pourquoi les traites-tu de déchets ?, s'énerva Lian-Hua. Dois-je te rappeler que ta mère était aussi humaine... mon cher Nel Casi ?!
Le coup de tonnerre devint coup de poignard.
Depuis combien de temps avait-il balayé ce nom de sa mémoire ? Lui-même ne sut répondre à sa propre question, bien trop aveuglé par la colère. Pourquoi le nommer ainsi ? Cette identité ne recelait plus d'importance maintenant, et jamais plus il ne souhaitait l'entendre.
Alors pourquoi ?!
- Lian-Hua !, s'exclama Itsuki.
- Comment m'as-tu appelé... ?, siffla Ascelin.
- Cela te touche ?, répliqua narquoisement l'asiatique. Allez, ne joue pas les hypocrites mon petit Nel, ton nouveau prénom contient les mêmes lettres ! Tu voulais faire honneur à ta mère ? Comme c'est touchant...
- Salope ! Je t'interdis de prononcer ce nom !, hurla le Next, prêt à se jeter sur elle.
- Calme toi !, ordonna Aiden en le saisissant par l'épaule.
Demande vaine. L'irritation d'Ascelin s'avérait déjà bien trop puissante pour l'apaiser. Sa gorge se nouait, ses dents s'enfonçaient dans ses lèvres tremblantes, et ses jambes vacillaient sous le poids de son corps. Le Démon de la haine avait pénétré son âme, et lui procurait une affreuse sensation d'angoisse.
Nel Casi.
Son ancien « lui », l'enfant qu'il détestait.
Malgré le trait tiré sur son passé, entendre à nouveau ce nom le faisait entrer dans une rage folle, et il se sentait incapable de passer au dessus. Dans un cri perçant, il tenta de repousser son ami pour mieux attaquer Lian-Hua, mais sous le regard glacial de cette dernière, Aiden tint bon.
- Vous êtes tous des hypocrites... Vous critiquez les humains, mais ne pouvez vous détacher de votre véritable identité..., siffla sèchement la femme. Et toi Joshua ? N'as-tu pas honte d'avoir sacrifié une pauvre fille qui t'aimait avec la plus pure des sincérités ?!
Ce fut au tour d'Aiden d'afficher une expression outrée. Cependant, il s'attendait à ce que sa collègue le nomme ainsi, c'est pourquoi il arriva à mieux contenir sa haine.
- Ne m'appelle pas comme ça Lian-Hua. Tu pourrais le regretter.
- Et pourquoi pas ? Le « J » de ton nom fait pourtant honneur à ton ancienne vie, non ? Tu ne peux te détacher complètement de ton passé, et c'est pareil pour Ascelin !
- FAITES LA TAIRE !, aboya l'enragé.
- Lian-Hua, ça suffit !, tonna sévèrement Itsuki.
- Tu ne comprends pas Lian Hua. Si nous avons plus ou moins conservé les lettres de notre ancienne existence, c'est pour ne jamais oublier la nature de ceux qui nous ont abandonnés !, développa Aiden, d'un visage hautain.
- CA SUFFIT J'AI DIS !
Le hurlement résonna si fort dans le bureau, que Lian-Hua crut un instant que les murs s'effondreraient. Choqué, Ascelin en oublia sa fureur et leva la tête en direction d'Itsuki, qui fixait fermement ses trois sujets. De son côté, Aiden relâcha doucement son ami avant de pousser un long soupir résigné.
- Ce sera tout pour aujourd'hui, déclara monsieur Shirow. Aiden, je veux bien t'accorder une chance de plus, mais je veux que tu m'expliques, par le biais d'une lettre, ton plan dans les moindres détails.
- Bien monsieur.
- Bien. Sur ce, Lian-Hua et moi n'avons plus rien à faire ici.
Et sans un mot de plus, le chef rejoignit la porte par laquelle il était entré plusieurs minutes auparavant. Suivant le pas, la chinoise balaya du regard une dernière fois la pièce, puis plongea ses billes noires dans celles d'Aiden. Même s'il n'acceptait pas ses propos, elle restait persuadée qu'une part d'humanité résidait dans leur cœur meurtri. Etaient-ils indifférents à la mort d'Elizabeth ? Commençaient-ils à perdre leur conscience ? Il est vrai que l'éducation apportée au sein de l'orphelinat les avaient complètement changés, et seule leur haine envers les humains les aidait à avancer, et à rêver d'un avenir meilleur.
Eux aussi représentaient des brebis égarées, manipulées par le Diable comme Elizabeth de son vivant.
Seulement, l'orgueil d'Aiden et Ascelin les aveuglaient perfidement, et tôt ou tard, cela les mènerait à leur perte.
Note de l'auteur : Je me rends compte que ce chapitre est en fait un gros cliché sur la relation père/fille... Ça me fait bizarre mais à côté, j'aime quand même assez bien le rendu que ça donne ! A côté, l'identité de Nel et Joshua est révélée (alors, ça confirme tes doutes, Kero? xD) mais je pense que vous aviez déjà vos doutes là dessus ! Qu'en pensez-vous ? N'hésitez pas à me donner votre avis, comme d'habitude !
Si tout se passe bien, je vous donne rendez-vous le 23 Mai pour la suite. See ya !
