Disclaimer : Hormis mes OCs les personnages et l'univers de TIGER&BUNNY appartiennent à Keiichi Satô.
Bêta-Lectrice : Sayuri-Geisha
Bonjour tout le monde !
Voilà maintenant un an que je publie cette fanfiction sur ce site. Ça me fait une drôle d'impression. A vrai dire, cela fait bien plus longtemps que j'ai commencé à rédiger "La Triste Mascarade". Pratiquement deux ans. J'arrive toujours pas à y croire, jamais je n'ai tenu aussi longtemps pour la rédaction d'une histoire : la plupart du temps j'abandonnais en plein milieu et je passais à autre chose. Du coup, je ne vais pas vous mentir en vous disant que, pour le moment, je suis assez fière de moi !
Toutefois, je dois vous avouer qu'avec mes soucis d'ordinateur, j'ai pris un peu de retard dans la rédaction de mes chapitres. En effet, au moment où je rédige ces lignes j'en ai écris 37 (dont 11 hors ligne pour le moment), mais j'aimerais en avoir beaucoup plus (genre une petite quinzaine). C'est pourquoi j'ai décidé qu'il n'y aurait aucune publication avant le 18 Juillet. Comme ça, ça me laisse de la marge pour écrire 3-4 chapitres en plus (c'est le but que je me fixe en tout cas) !
Profitez donc bien de ce chapitre, j'espère qu'il vous plaira !
Chapitre XXVI : Oser l'impossible
Une semaine passa depuis la rencontre entre Kotetsu et les parents de Karina. Sternbild restait toujours enveloppé dans son épais manteau gris d'hiver, et le ciel s'exposait sous une teinte morne pour se fondre parmi les immenses building de la ville. Malgré les décorations liées à la fête de Noël qui approchait à grands pas, et les marchés chaleureux situés un peu plus loin, l'air pollué et superficiel de la métropole dominait les environs avec ses routes bondées de véhicules monochromes. Les postes de télévisions renvoyaient les obscénités d'une société consommatrice à travers ses spots publicitaires, glorifiant la dernière marque de parfum à la mode, ou les jouets d'une génération incomprise. Romantisme vulgaire d'un côté, le besoin inévitable des adultes de se sentir aimer, et naïveté malsaine de l'autre, le désir innocent des enfants de se montrer courageux. Telle était la triste destinée de l'humanité : vivre avec cet éternel besoin de plaire et fasciner leur communauté.
Le poste de police demeurait incroyablement calme en cette matinée du 21 décembre. Plongés dans leur pile de papiers administratifs respectifs, les membres du personnel ne s'accordaient aucune pause par peur de prendre du retard dans leur boulot. Par moment, les vibrations de la photocopieuse perturbait la concentration des plus grincheux, et la sonnerie de téléphone du secrétariat leur arrachait un long soupir irrité. Seul le silence devait persister, leur permettant ainsi de puiser toute leur concentration dans ces prospectus à l'intérêt anodin. Cependant, alors qu'une agréable atmosphère envahit la structure, un cri féminin, en provenance du bureau de monsieur Dean Crowel, interrompit cet instant de calme :
- Pourquoi diable refusez-vous ?!
Confortablement assis sur le fauteuil de son bureau, l'inspecteur Crowel fixa d'une mine exaspérée l'auteur de cette attaque : Lina.
Face à lui depuis maintenant une heure, la mère de famille s'était permis d'entrer dans son bureau sans prendre rendez-vous, à l'image d'un ouragan inévitable. A la grande surprise de l'homme, elle ne souhaita pas récupérer les papiers racontant dans les moindres détails l'enquête qu'il avait débuté, ni le rapport de l'autopsie de son défunt époux. Non, dès que Lina eut franchi le seuil de la porte, sa première phrase mit le ton sur ses projets futurs : « Laissez-moi enquêter avec vous ! ».
Habitué à voir les proches d'une victime réclamer vengeance, et en connaissant le caractère de cette femme têtue, Dean se doutait bien qu'elle finirait par le solliciter pour l'intégrer à son équipe. Toutefois, il restait un homme préventif et responsable, refusant de mettre en danger la vie d'une civile, et surtout d'une mère.
Incapable de s'immiscer dans cette conversation, Walter croisa les bras et s'adossa contre le mur de la pièce, puis tourna timidement la tête vers son supérieur, attendant une réponse.
- Vous savez très bien pourquoi, souffla Dean. C'est bien trop dangereux pour vous.
- C'est ça votre excuse ?! Vous croyez que je serais un boulet ?, s'énerva Lina.
Malgré les plaintes qu'il pouvait entendre de la part de ses collègues derrière la porte, Crowel préféra porter le masque de l'indifférence. Il s'apprêta à répondre, mais la veuve se montra plus rapide, et plaqua violemment ses mains sur son bureau avant de porter son regard colérique dans le sien.
- Je refuse de rester chez moi à me tourner les pouces ! Je veux retrouver ce meurtrier !
- Et abandonner votre fille ? Vous pensez vraiment que votre mari aurait souhaité cela ?!, rétorqua aussitôt Dean.
- Comment le saurais-je ? Il n'est plus là pour me conseiller !
Cette phrase calma d'emblée l'inspecteur. Tandis que son regard navré se pétrifia, Lina fit de son mieux pour contenir ses larmes.
En vain.
Ses émotions défonçaient le dernier rempart de son cœur, et elle plaqua une main sur sa bouche, afin d'étouffer ses sanglots. Les perles d'eau s'éclatèrent sur le sol dans un bruit sourd, réveillant Walter, jusque là égaré dans le flux de ses pensées. Dans un murmure imperceptible, elle tourna le dos aux employés et peina à stopper ses gémissements attristés. De ce fait, Walter glissa ses billes bleutées sur son supérieur, lui adressa une expression sévère qui ne lui allait pas, puis rejoignit la mère de famille avant de poser ses mains sur ses épaules.
- Madame..., murmura l'inspecteur, après avoir quitté son siège. Comprenez que cette affaire n'est pas un jeu, et que seuls des professionnels peuvent en venir à bout.
- « Pas un jeu » ... ?, répéta la femme, en se retournant vivement vers lui afin de lui jeter un regard foudroyant embué de larmes. Je le sais bien que ce n'est pas un jeu ! Ne me prenez pas pour une enfant impulsive ! Mais je ne peux accepter le départ précipité de mon mari. Je serais prête à tout pour le venger ! Tant pis si vous n'acceptez pas, je me débrouillerais toute seule !
« Quelle entêtée ! Une véritable tête de mule ! », pensa Dean, désemparé. Néanmoins, sa bonne conscience le dirigeait tout droit vers une impasse : que répondre à cette menace déguisée ? Bien qu'il refusât la présence de cette femme obstinée au sein de son équipe, savoir qu'elle aspirait à agir seule ne le rassurait guère. Alors il réfléchit. Il réfléchit à l'attitude à adopter, aux réponses à donner, et à la manière de s'échapper de ce dilemme, sans avoir à se sentir coupable. Néanmoins, les yeux sombres et larmoyants de Lina ne cessaient de fixer intensément l'inspecteur, comme s'ils cherchaient à l'hypnotiser.
Que faire ? Que dire ? Vite ! Car plus le temps s'écoulait, et plus l'angoissante impression de culpabilité élargissait le trou de son cœur, déjà béant.
- Chef, prenons la avec nous !, déclara soudainement son associé.
- La ferme Walter ! Es-tu conscient de ce que ça implique ?!
- Ça m'est égal, Chef ! J'ai pas envie que madame Lina cherche toute seule et tombe peut-être sur ce malade ! Je serais entièrement responsable de ce choix !
Surprise par cette réponse, la concernée écarquilla les yeux vers Walter. Crowel était tout aussi stupéfait par cette riposte, et il lui fallut une longue minute pour se remettre de ses émotions. Peu après, il dévisagea l'homme et la femme, se persuada qu'il était victime d'une conspiration, et se gratta la tête en marmonnant dans sa barbe.
- Rha ces jeunes ! Tous plus têtus les uns que les autres !, râla Dean.
- Vous... Vous acceptez ?, demanda Lina.
- Je suppose que je n'ai pas le choix... Mais avant, j'ai une question : comment allez-vous faire pour votre enfant ?
- Ne vous inquiétez pas pour cela. Ma mère veut bien me la garder le temps qu'il faudra.
- Hum...
- Merci. Du fond du cœur, merci à vous deux...
Sur ces mots, un petit sourire embellit le visage mouillé de larmes de Lina. Finalement, son côté borné et motivé lui permettait toujours de parvenir à ses fins.
Une symphonie aquatique résonna dans l'appartement de Barnaby. Ses mèches d'or, trempées, camouflaient ses émeraudes qui fixaient le carrelage azuré de la salle de bain. Du pommeau de douche s'évadait de l'eau agréablement chaude, parfaite après avoir passé sa soirée dehors à traquer les criminels. Néanmoins, le jeune homme ne parvenait pas à se relaxer, repensant incessamment à ce que l'inspecteur Crowel lui avait dit une semaine auparavant. Il est vrai que ces derniers temps, son désir de vengeance l'aveuglait et pouvait conduire des innocents dans les bras de la mort. Cette évidence lui arracha un soupir de frustration : dans ce cas, que faire pour aider Blue Rose ?
Savoir que l'organisation d'Ouroboros existait toujours dans ce monde corrompu, poussa Barnaby à frapper violemment le mur à sa droite. Il se le refusait et ne l'acceptait pas. Pourtant, la réalité le rattrapa : oui, Ouroboros persistait, prouvant ainsi que croire en sa disparition était utopique.
Ainsi, le Héros se massa le visage dans l'espoir d'apaiser son tourment, glissa sa main sur son front, et, d'un geste vif, ramena sa chevelure en arrière. Tout ce qui lui restait à faire, pour l'instant, se résumait à accorder toute sa confiance au travail de Dean. Et attendre.
« Attendre ».
Depuis quelques jours, ce verbe l'exécrait. Son sens et ses synonymes disparaissaient de sa mémoire, se gribouillaient, se rayaient, se déchiraient... Et seule l'impression de n'avoir jamais connu ce mot le paralysa. Personne n'aurait été capable de patienter dans ce genre de situation, pas même l'homme le plus stoïque du monde. Finalement excédé, Barnaby sortit de la douche, se sécha grossièrement, et s'enveloppa dans un peignoir de couleur grenat, puis retourna au salon. Mollement, il s'essaya sur son canapé et fixa indifféremment le plafond blanc. Au moment où ses réflexions l'enivrèrent, la sonnerie du téléphone retentit.
- Quoi encore ?, pesta le Next en se relevant. Allô ?
- Bonsoir Barnaby, c'est Agnes.
La voix de la présentée paraissait étonnamment plus froide qu'à son habitude. Toutefois, le jeune homme préféra ignorer ce détail.
- Bonsoir. Que me vaut cet appel ? Un problème ?, demanda-t-il.
- On peut appeler cela ainsi, en effet. Entre nous, Barnaby, depuis combien de temps évites-tu la presse ?
Cette interrogation soudaine lui fit froncer les sourcils. Bien qu'il s'attendît à ce que sa productrice le réprimande de fuir les médias, Barnaby ne s'imaginait pas entendre cette question si tôt. Décidément, rien ne se passait comme il le voulait.
- Je me doute que ça ne soit pas évident en ce moment, mais il serait temps de commencer à faire des efforts comme tout le monde, reprit Agnès.
- Que voulez-vous dire ?, soupira le Héros.
- Depuis la mi-novembre, l'émission a perdu en popularité et les spectateurs restent traumatisés par cette expérience. En tant que Héros, vous devez redonner espoir à la population et leur prouver que jamais vous ne vous laisserez abattre. Pourtant, c'est ce que tu fais, Barnaby. Certes, tu attrapes les criminels, tu rends la justice, mais tu ne t'implique plus pour le reste.
Même si elle parlait extrêmement vite, le Next n'eut aucun mal à la comprendre. Seulement, il ne partageait pas le même point de vue que sa productrice, et voyait en ces paroles la corruption d'une société consommatrice.
Ce jugement lui offrit un frisson : depuis quand cela le dérangeait ? Lui qui avait toujours pris plaisir à répondre aux interview et à se laisser prendre en photos, pourquoi prenait-il si mal les explications de madame Joubert ? En vérité, il connaissait déjà la réponse mais refusait de l'admettre. Dans tous les cas, refuser de se montrer un tant soit peu coopératif ne servirait à rien, et il se fit une raison : il devait cesser de se montrer égoïste.
- Que voulez-vous que je fasse dans ce cas ?, proposa-t-il.
- Oh ? Tu es prêt à faire des efforts ? Parfait !, se réjouit Agnès. L'équipe d'une émission m'a contacté dans l'espoir de s'entretenir avec toi demain soir.
Brusquement titillé par un mauvais pressentiment, les yeux de Barnaby se baissèrent à cette annonce.
- Pourquoi ? Pour essayer de tirer des informations sur l'état de Blue Rose ? Je ne sais rien, et je ne veux pas en discuter avec eux de toute façon !, s'emporta-t-il.
- Rassure-toi, ils m'ont promis de ne pas évoquer ce sujet.
Alors pourquoi la désagréable impression demeurait en lui ? Devenait-il paranoïaque ? Afin d'enlever le doute dans son cœur, il préféra se pencher sur cette solution de facilité, et accepta l'invitation d'Agnès avant de noter les coordonnées de la boite. Sans un « au revoir », il reposa le téléphone sur le meuble et fixa l'appareil en silence, en repensant à cette conversation. Aussi absurde que cela puisse paraître, le rendez-vous de demain lui procurait une abominable boule d'angoisse au ventre.
Demain, il devrait faire face aux médias.
Demain, il aurait à répondre à leurs questions.
Demain...
Barnaby secoua négativement la tête au moment où l'adrénaline étouffa sa respiration. Cela ne lui ressemblait pas de s'inquiéter ainsi.
- Tout se passera bien, se convainc-t-il, avant d'aller se coucher.
Le lendemain matin, la sonnerie du bracelet de Barnaby l'extirpa de son lourd sommeil, indiquant que la ville avait besoin de lui. Dans un gémissement fatigué, il s'appuya sur ses mains, observa les alentours, et sortit de son lit avant de se préparer. La matinée passa donc rapidement grâce à cette intervention, et quand il réussit à arrêter le voleur coupable de son réveil, il ne put s'empêcher de repenser à l'interview qui l'attendait en début de soirée. Les interrogations fusaient dans son esprit, et le mauvais pressentiment demeurait intact malgré sa tentative à positiver.
« Qu'est-ce qui m'arrive à la fin ?! Pourquoi ai-je si peur ? », pensa-t-il, frustré.
Une fois changé, et après avoir pris soin de ne pas rencontrer ses collègues, le Héros repartit chez lui, tourmenté par ces pensées qui n'en finissaient plus. C'était dans ces moments là qu'il ne se supportait pas, lorsqu'il s'inquiétait pour un rien. Il était un Héros, ce genre de choses ne devaient pas l'affoler à ce point. Pourtant...
Pourtant, aujourd'hui, un vide douloureux l'enveloppa, et l'immobilisa dans les méandres de la mélancolie. En cette fin de matinée glaciale, Barnaby comprit qu'il avait besoin de quelqu'un. D'une personne capable de le débarrasser d'un poids en l'écoutant et en le rassurant. Oui, à l'heure actuelle, il avait besoin d'aide. Cependant, qui pouvait le soutenir ? Depuis un mois et demi, il ne faisait que refuser la main qu'on lui tendait, préférant se terrer dans un silence hypocrite. A présent, tout était terminé, et il fallait en assumer les responsabilités.
Quel idiot.
L'esprit ailleurs, il traversa une allée déserte ornée d'arbres dégarnis à chaque extrémité, et arriva finalement chez lui au bout d'une heure. Ces derniers temps, il favorisait la marche à pied plutôt que sa moto, et il fallait admettre que ce changement lui faisait le plus grand bien.
Peu après, un vent sec lui fouetta la joue, le poussant à relever la tête comme s'il souhaitait le prévenir de quelque chose. En effet, immédiatement après, Barnaby aperçut une silhouette familière patienter devant son portail. Le visage du visiteur, qui n'était autre que Kotetsu, se tourna vers lui, et ses disques d'or le dévisagèrent avec une expression bienveillante.
- Ha enfin ! J'ai bien cru que tu ne rentrerais pas !, s'exclama Wild Tiger.
- Qu'est-ce que tu fais ici ?, rétorqua Barnaby.
- Content de te voir aussi...
Gêné, le blond siffla entre ses dents avant de porter une main dans ses cheveux.
- Désolé. C'était pas contre toi, je suis simplement... surpris.
- Je vois ça ! Mais je voulais te faire un petit coucou, ça fait longtemps.
Barnaby fixa son ami un bref instant, et ses lèvres s'étirèrent légèrement à l'entente de son excuse. « Toujours là quand on ne s'y attends pas ! », se dit-il, toutefois soulagé de le voir.
- Alors, comment vas-tu ?, commença le jeune homme.
- Ça va, ça va.
- Tu vas fêter Noël ?
- Oui. Je vais voir de la famille et Kaede pour l'occasion. Bon, à la base, je voulais rester en ville pour m'occuper des éventuelles missions, mais mes collègues m'ont poussé à prendre des vacances..., développa Kotetsu, en faisant plusieurs mimiques.
- Et ils ont bien raison. Ne te tue pas à la tâche, tu as besoin d'un peu de repos de temps en temps. De plus, tu dois manquer à Kaede...
Un sourire en coin égaya la figure du vétéran. Il était rare d'entendre son ancien partenaire le soutenir dans ses initiatives. De ce fait, ce geste de sa part lui réchauffa le cœur.
- Oh. Tu veux entrer ?, proposa Barnaby.
- Ha non. Désolé Bunny, mais je me connais, je risque d'oublier mon train à trop parler.
- Je vois...
Ses émeraudes se figèrent sur un point invisible. Le temps était donc compté avant que Kotetsu ne s'en aille pour plusieurs jours. Aurait-il la force de déballer ce qu'il avait sur le cœur ? Barnaby se doutait bien que sa seule et unique chance de discuter de ses peurs et ses doutes se trouvait devant lui, malheureusement, il s'avérait toujours difficile de faire le premier pas, surtout avec Wild Tiger.
Mal à l'aise, le jeune homme serra le poing, balaya le sol du regard, et bâtit involontairement un mur silencieux entre lui et son ami.
- Barnaby... ?
L'interpellé releva brusquement la tête avant de poser ses yeux grands ouverts sur Kotetsu. Ce dernier arqua un sourcil pour lui faire part de son incompréhension.
- Une question me taraude l'esprit..., confia finalement Barnaby, après un long moment de mutisme.
- Hum ? Quoi donc ?
Il ne répondit pas dans l'immédiat, préférant contempler le ciel terne de la saison. Intérieurement, il se demanda si cet aveu valait vraiment la peine d'être dévoilé, et l'idée d'abandonner l'effleura. Malheureusement, Kotetsu ne le lâcherait plus maintenant. Résigné, le blond se tourna vers son collègue pour lui faire face, prit une profonde inspiration, et se lança :
- Crois-tu que Blue Rose a une chance de s'en sortir... ?
Wild Tiger s'y attendait. Néanmoins, cette demande restait douloureuse, et avant tout surprenante de la part de Barnaby, connu pour son impassibilité légendaire. Sans un mot, il enfouit ses mains dans les poches de son manteau, et observa calmement son cadet, à la recherche des bons mots à dire.
- Tu as peur ?, osa-t-il.
- Pas spécialement, mentit le blond. C'est juste... Que je culpabilise.
Sa voix trembla sur les trois derniers mots. Peu habitué à parler ainsi de ses sentiments, il eut soudainement l'impression de se dénuder devant le vétéran, et cela le gêna énormément. Toutefois, Kotetsu jugea bon de ne pas l'assaillir d'interrogations, de peur que cela le mette encore plus mal à l'aise.
- Ouroboros n'a jamais disparu, compléta Barnaby. J'ai été fou d'y croire... Et maintenant, Blue Rose en paye le prix : en plus d'avoir perdu son pouvoir, ces monstres l'ont...
Non, il n'arriverait pas à terminer sa phrase. A la place, il se mordit les lèvres jusqu'au sang et se mit dos au vétéran afin de conserver le peu de fierté qui lui restait. Cette image, impensable de la part de son ami, heurta profondément le père, et le poussa à reprendre la parole :
- Tu veux l'aider n'est-ce pas ?
Le manque de réaction de son interlocuteur l'invita à continuer :
- Si tu veux vraiment l'aider, tu dois agir. Tant que tu ne perds pas de vue cet objectif, tout se passera bien. Et qui sait ? Peut-être que cet acte te permettra d'aller mieux...
- Qu'est-ce que tu racontes. Que veux-tu que je fasse ?!, s'indigna Barnaby.
- Ça, il n'y a que toi qui peux le savoir.
Et avant que son ancien coéquipier ne riposte, Kotetsu ajouta :
- En tout cas, ce n'est pas de moi dont elle a besoin.
Sur cette énigme, Wild Tiger adressa un sourire mélancolique au jeune homme, et sortit les mains de ses poches. Tandis qu'il fixait sa montre, Barnaby le dévisagea tristement, incapable de dire quoi que ce soit.
Voilà donc ce qu'on lui conseillait ? C'était dénué de sens ! Comment pouvait-il secourir Karina alors qu'elle-même refusait la moindre visite ? Il soupira une énième fois face à ce problème, et comprit que seul le temps l'aiderait à oublier. Cependant, la dernière phrase de son ami le troublait tant elle paraissait hors propos. De toute façon, la Rose ne semblait avoir besoin de personne à l'heure actuelle.
- Bon ! C'est pas tout mais je dois y aller, sinon je peux dire « adieu » à mon train !, déclara brusquement Kotetsu.
- Hum ? Ah oui. Désolé de t'avoir embêté avec mes soucis.
- Pas le moins du monde ! Ça fait plaisir de voir le grand Barnaby Brooks Jr. s'extérioriser un peu !
- Imbécile...
Kotetsu étouffa un petit rire à l'entente de l'insulte, et après un énième coup d'œil sur son partenaire, il lui tapota amicalement l'épaule et le rassura sur son initiative. Il le sollicita de continuer sur cette voie, et de ne jamais ressentir de honte vis-à-vis de cela. Même si sa fierté l'interdit de le montrer, Barnaby fut touché par ces conseils.
Dans un dernier sourire, le vétéran le salua d'un signe de main et partit en direction de la gare. Par la suite, son ami rentra chez lui pour se préparer.
Lorsque dix huit heures sonna, les fans de Barnaby se jetèrent sur leur télévision pour zapper sur la chaîne diffusant son interview. Pendant que certaines admiratrices contactaient leurs amies pour les prévenir de cet événement, les médias, n'ayant pas eu la chance d'inviter l'un des Héros les plus populaire de l'histoire, se braquèrent sur leur poste. Crayon et cahier à la main, ils savaient qu'ils pouvaient encore récupérer des informations croustillantes par le biais de cette émission. Les lèvres des téléspectateurs se pincèrent quand le jingle retentit, égayant le visage des auditeurs en manque de Barnaby. La présentatrice récita tout d'abord le texte présentant la célébrité, titillant la patience des fans et accablant l'invité d'une dizaine de compliments. Par la suite, elle invita son public à applaudir l'arrivée du Héros, et gloussa en le voyant arriver.
Habillé d'une banale chemise noire par dessus un costume rouge bordeaux, Barnaby salua poliment le public, et se familiarisa discrètement aux alentours. Les couleurs pétantes du plateau lui agressaient la rétine, et les projecteurs braqués sur sa personne renforcèrent sa douleur. Cependant, le sourire sur ses pommettes ne s'effaça pas, et il s'empressa de rejoindre la présentatrice pour lui serrer la main, et prendre place à ses côtés.
- C'est une joie que de pouvoir m'entretenir avec vous ce soir, s'extasia la femme.
- De même, mentit l'invité.
- Depuis combien de temps n'avez-vous pas accordé d'interview à la télé ? Deux mois ? Trois ?
- Trois me semble plus correct, en effet.
Il avait beau porter le masque de la confiance, l'atmosphère du plateau télévisé ne le rassurait guère. Les regards figés sur lui en étaient probablement la cause, mais il ne devait pas flancher, au risque de se faire réprimander par Agnes. Dans l'espoir de se changer les idées, ses yeux se posèrent sur l'employée chargée de lui poser les questions.
Il s'agissait d'une femme à la silhouette osseuse d'une quarantaine d'années environ. Ses cheveux châtains, coiffés d'un carré plongeant, accentuaient son apparence squelettique en dévoilant ses joues creuses. Ses mirettes chocolats observaient continuellement le Next, et celui-ci put y déceler une pointe d'ivresse en leur centre, ce qui intensifia sa gêne.
- Monsieur Brooks Jr, avec les fêtes de Noël qui approchent, pensez-vous rendre visite à des proches ?, questionna la femme.
- Non, je ne peux me le permettre. Sternbild a besoin de moi, surtout en ce moment.
- Le métier de Héros n'est pas évident, n'est-ce pas ?
- Comme tous les boulots, je présume qu'il a ses avantages et ses inconvénients...
- Avez-vous des projets parallèles en ce moment ? Comme le tournage d'une pub, un nouveau shooting photo, des produits dérivés...
- Non, pas pour le moment.
Il ne l'avait pas remarqué jusqu'à présent, néanmoins, un mutisme désagréable imbibait la salle. Pas un souffle, pas un toussotement, pas même les murmures joyeux des spectateurs ne résonnèrent. Troublé, il tenta de se rassurer en se disant qu'ils étaient sans doute concentrés sur ses paroles, toutefois, l'expression confuse de l'intervieweuse le ramena à la réalité : les ennuyait-il ? Peut-être développait-il mal ses propos ?
- En somme, vous vous concentrez uniquement sur Hero TV ?, demanda la quarantenaire.
- Heu, oui, en effet. On va dire que je n'ai pas la tête à m'engager sur plusieurs projets en ce moment..., bredouilla Barnaby.
- Ho ? L'affaire Blue Rose j'imagine ?
Il n'aimait pas cette question, ni l'intitulé de l'histoire. « L'affaire Blue Rose », ce titre s'apparentait à celui d'un vulgaire roman noir.
- Oui, se contenta-t-il de dire.
- Cet événement vous heurte encore j'imagine ? Comment le vivez-vous ?
Barnaby bouillit intérieurement.
Pour qui se prenait cette garce à s'immiscer ainsi dans sa vie ? Non, il n'avait même pas besoin de se le demander vu qu'il savait déjà la cause : pour obtenir des informations importantes et faire plus d'audimat, bien sûr ! Seulement, Barnaby refusa de jouer à ce petit jeu vicieux.
- Je ne veux pas en parler, déclara-t-il.
- Cela vous touche à ce point ? Ne vous donne-t-elle pas de ses nouvelles de temps à autres ?
- Je croyais que vous n'alliez pas me parler de Blue Rose ? Si j'ai accepté de faire un minimum d'efforts en vous accordant cette interview, c'est parce que vous aviez promis de ne pas aborder le sujet !, tonna sévèrement le Next, sous les murmures surpris des spectateurs.
- Veuillez m'excuser !, se hâta la femme. Je ne pensais pas que ça vous blesserez autant...
- Vous plaisantez j'espère ? Vous rendez vous compte de vos propos ?! Qui ne serait pas heurté par tout cela ? Bon sang, vous avez tous été témoin de l'horreur qu'elle a vécu, et vous osez croire que je reste indifférent à cette histoire ?!, s'emporta le Héros, en quittant sa chaise.
- Rasseyez-vous s'il-vous-plaît, implora la présentatrice.
- Non, cet entretien est terminé.
Sur cette déclaration, le jeune fit volte-face sans prêter attention aux chuchotements stupéfaits du public, et quitta les lieux. Malgré l'affolement de l'intervieweuse, et les supplications du personnel, Barnaby ignora leur fausse compassion, et enfourcha rapidement sa moto avant de prendre la fuite vers une direction inconnue.
Tous des fourbes. Pas un pour rattraper l'autre. Il regrettait d'avoir accepté une telle invitation, et surtout d'avoir cru qu'ils pouvaient se montrer empathiques.
La haine au cœur, Barnaby accéléra, et se faufila entre les embouteillages pour emprunter une petite route. Le paysage défila rapidement sous ses yeux emplis d'éclairs. Il aperçut ainsi rapidement des maisons éclairées ou bien vidées d'âme, d'autres véhicules roulant à vitesse normale, et des passants. Des êtres tout à fait banals, qui ne possédaient comme soucis que de savoir ce que serait le dîner du soir, ou de connaître les prévisions météorologiques du lendemain. Aucun d'entre eux ne se préoccupait réellement de la vie de ceux qui les sauvaient constamment, jour après jour. Et qui risquaient leur vie pour eux. Comme elle...
Barnaby secoua la tête vigoureusement, et accéléra. Les couleurs des alentours, d'abord ternes, prirent une teinte étrange de combinaisons de nuances, et se mélangèrent bientôt pour ne former qu'une spirale grise. De plus, le vent fouetta son visage, se faufila dans ses mèches dorées libres, et se félicita de lui procurer des frissons indésirables. Pourtant, son contact dans ses cheveux, ainsi que le panorama éphémère de l'hiver, apaisa légèrement le jeune homme.
Finalement, après un long moment à rouler sur les routes de la ville, il stoppa sa course et descendit au parking d'un petit parc dans l'espoir de s'entretenir calmement avec ses pensées. Les mains calées dans les poches de sa veste, le Next traversa les majestueuses grilles d'entrée, et contempla silencieusement les environs : l'air était magique.
Plus personne ne se trouvait ici à cette heure-là, lui permettant alors d'explorer les lieux seul. Enfermé ainsi dans ce carcan de solitude qui le rassurait plus qu'il ne l'oppressait, il profita de la sérénité de l'endroit pour se balader tranquillement et vaquer à ses propres problèmes. Par moment, son regard s'attardait sur les rangées d'arbres dégarnis de feuillage, sur les bancs dénués de toute vie humaine, et sur les attractions proposées pour les enfants, qui, à l'heure actuelle, se trouvaient certainement au chaud, protégé par leurs parents. A cette image, un long soupir s'échappa des lèvres gercées de Barnaby. Il continua alors son errance, toujours perturbé par d'interminables réflexions diverses.
Est-ce que sa réaction n'avait pas été pas un poil exagérée ? Quelle image véhiculait-il au travers de cette attitude ? Ces questions ne servaient à rien, et s'encombraient en plus de superficialité. Dans l'immédiat, il devait aider Blue Rose d'une manière quelconque, et faire en sorte à ce que jamais les médias ne l'assaillent d'interrogations douloureuses.
Hélas, que pouvait-il faire ? Si elle-même refusait un peu de soutien, alors que devait-il faire ?!
Cette énième question le renvoya brusquement aux propos de Kotetsu, quelques heures auparavant :
« Tu veux l'aider n'est-ce pas ? Si tu veux vraiment l'aider, tu dois agir. Tant que tu ne perds pas de vue cet objectif, tout se passera bien. »
Tout prenait un sens, dorénavant. S'il souhaitait à ce point soutenir Karina, alors il ne devait pas hésiter. Même s'il tenait en horreur cette idée, suivre son cœur restait la meilleure des solutions. Et qu'importe si cela s'avérait être un échec, il fallait oser l'impossible !
Barnaby redressa la tête, et osa regarder droit devant lui : sa décision était enfin prise. Dans un élan de foi et de confiance, il retourna à son véhicule en hâte, le fit violemment rugir, et se rendit à l'hôpital où séjournait la Rose depuis un mois et demi.
- Que faites-vous ?!
Barnaby ignora la surprise des infirmières, et pénétra dans le couloir conduisant aux chambres des patients. Sourd aux avertissements qu'on lui adressait, il ouvrit une à une les portes devant lui, à la recherche de la chambre hébergeant Karina. Chaque porte ouverte le ramenait péniblement à son incompétence, toutefois, son besoin de la retrouver l'encourageait à persévérer. Un médecin le menaça d'appeler la sécurité, mais le Héros parvint à l'en dissuader d'un simple regard noir. Et plus il s'enfonçait dans le corridor immaculé, plus l'adrénaline lui montait au sang.
C'est alors qu'il aperçut l'ultime porte du passage. Ornée d'une plaque dorée où reposait le chiffre « 31 », Barnaby déglutit à l'idée de retrouver peut-être l'héroïne qu'il n'avait pas revu depuis le mois de novembre. Avec appréhension, il dirigea sa main tremblotante sur la poignée, la tourna doucement, et...
- BARNABY ! Arrêtez ! Elle n'est pas en état !, cria mademoiselle Strauss, en essayant de le rejoindre.
« Vraiment ?, pensa-t-il. Si nous n'agissons pas, jamais elle ne s'en sortira ! ».
Dans le but de ne pas se faire déranger par le personnel, le Next enclencha son pouvoir, et finalisa son action en ouvrant la porte. Il repoussa quelques médecins sans leur faire mal, et pénétra enfin dans la chambre.
- Blue Rose !, s'exclama-t-il.
Note de l'auteur : Hum... Oui, ce chapitre se stoppe un peu brusquement, j'espère que l'attente ne vous semblera pas trop longue D:
J'ai bien aimé écrire ce chapitre, en tout cas, surtout la scène de l'interview que j'avais en tête depuis le début ! Je l'ai maintes et maintes fois retournée dans mon esprit jusqu'à se qu'elle me plaise à 100%, et je dois dire que je ne suis pas déçue ! Un grand merci à Sayuri-Geisha, aussi, pour m'avoir aidé à rédiger la dernière partie de ce chapitre :) Elle arrive toujours à faire des choses géniale !
Je serais heureuse de connaître votre avis ! Bon comme mauvais ! En attendant, je vous donne rendez-vous le 18 Juillet pour le chapitre 27 !See ya ! :D
