Encore un chapitre chargé en émotions et en révélations.

Bonne lecture et vive les reviews!


Chapitre 17 : Moi aussi j'ai souffert.

Tim n'avait jamais voulu dire tout ça quand il avait commencé à parler. Mais tant pis. Il se sentait mieux maintenant, même si il voyait la mâchoire serrée de Ziva, ses doigts aux jointures blanches à force de serrer sa tasse dans ses mains. Il lui avait fait du mal, il le voyait très bien maintenant. Il ne savait pas s'il devait le regretter. Il était totalement partagé. Elle devait avoir ses raisons, il voulait toujours le croire, car il préférait que le contraire soit impossible. Mais ces raisons faisaient-elles le poids face à ce que eux avaient vécu? A cet instant il refusait de le croire. Il la vit déglutir, alors que maintenant qu'il s'était tu on n'entendait plus que les gouttes de café tomber une à une dans la cafetière. Il reprenait son souffle, se calmait un peu, observant Ziva, tendue comme jamais. Il voyait qu'elle peinait à se contrôler et à ne pas exploser sur place comme lui venait de le faire. Quand soudain elle commença à parler. Elle releva la tête, planta dans ses yeux son regard froid étrangement plein de douleur, et commença à son tour, malgré tous ses efforts pour ne pas le faire, à l'asséner comme il venait de le faire avec elle. Timothy avait rarement vu Ziva avec un tel regard.

- Non Tim, non! Lâcha-t-elle froidement, pleine d'une rage trop longtemps contenue. Je veux bien accepter que tu sois en colère et que tu aies de la rancune vis-à-vis de moi, que tu m'en veuilles et me reproches certaines choses, expliqua-t-elle en articulant chaque mot. ça je peux le concevoir, car tu ignores encore tout, mais en aucun cas je ne te laisserai dire ça! Me blesser ainsi. Tu ne sais rien Tim, tu ne sais rien. S'emporta soudainement Ziva face à ses dernières paroles. Elle était pleine de hargne. Elle ne pouvait se taire plus longtemps, elle pouvait comprendre leur peine, mais elle ne pouvait accepter d'être tenue pour seule responsable. Elle ne pouvait pas ne pas lui faire entrevoir ce qu'elle aussi avait vécu, à quel point elle aussi avait pu souffrir. Pour la première fois depuis longtemps elle avait besoin de dire ce qu'elle avait enduré, et non pas de l'enfouir au plus profond d'elle même. Il fallait que ça sorte.

- Je n'étais pas tranquillement dans un cinq étoiles, je n'étais pas en train de me moquer de vous dans le bureau tout confort de mon père, Tim, non, l'interpella-t-elle un fois de plus, forçant son regard à rester accroché au sien. J'étais dans la bande de Gaza, seule, en mission, planquée, à tenter de sauver ma peau coûte que coûte, dans des situations plus que périlleuses, expliqua-t-elle, restant très évasive. Elle ne s'étendait pas sur les conditions, les tâches qu'elle avait accomplies, ce qu'elle avait ressenti. Le peu qu'elle en disait représentait déjà énormément pour elle. Elle se forçait déjà beaucoup pour révéler le peu qu'elle disait. Elle savait que Tim pourrait comprendre ce fait. Tout du moins elle savait qu'à l'époque Tim aurait compris.

- A chaque instant ma vie était compromise, et rien ne s'est passé comme prévu, continua Ziva, alors que Tim était immobile et raide sur sa chaise. Et je ne pouvais en aucun cas compter sur le soutien de mon père ou de qui que ce soit d'autre. Et j'essayais tant bien que mal de me faire une raison, alors que le temps passait et que doucement je commençais à en perdre le fil, je tentais tant bien que mal de me dire que j'étais à ma place et que vous ne deviez déjà plus penser à moi, que j'étais mieux ici qu'ailleurs, que mon père n'était pas un salopard. Je n'avais aucun autre choix à l'époque. J'étais dans une situation inextricable Tim, tu dois comprendre ça. Je ne pouvais rien faire, je n'ai rien choisi. Tu m'entends? Je n'ai rien choisi. Tu peux m'accuser de bien des choses, je suis d'accord. Tu peux m'accuser d'avoir été faible, d'avoir fui, de ne pas être revenue, d'avoir entretenu votre malheur, mais pas d'avoir voulu ça. J'en ai souffert moi aussi, lâcha-t-elle durement. Vous étiez ma famille Tim, je le pense aussi. Alors pour moi aussi ça a été dur de me séparer de vous. Mais écoute moi bien Tim, tu ne peux pas me tenir pour seule responsable. Parce que je ne le suis pas. Je ne le suis pas.

Ziva marqua une pause et respira un grand coup avant de reprendre le cours de son récit. Elle voyait que Tim commençait à entrevoir la situation sous un autre angle. Cela ne se faisait pas sans difficulté, et ça ne se faisait pas sans mal non plus. Chacun avait écouté l'autre, prenant en compte ce qu'il disait tout en campant sur ses positions. Parler de ce qu'elle avait vécu était encore plus dur pour Ziva que ce qu'elle avait pensé, même si maintenant les mots se suivaient un peu plus naturellement qu'au début.

- C'est un ami de longue date qui je ne sais par quel miracle un jour m'a interpelée alors qu'il était en mission dans la région lui aussi, reprit Ziva après une courte seconde de silence. Elle baissa les yeux avant de poursuivre. Il m'a dit que j'étais officiellement morte en Israël et que mon père ne comptait pas venir me sortir de là. Soit mon père pensait vraiment que j'étais morte, soit je l'avais tellement déçu que je ne méritais plus son aide. J'étais seule. Cet ami qui a réussi à me joindre était du Mossad lui aussi. Il m'a requinquée un peu, mais ne pouvant trahir sa loyauté envers Israël, comme il a dit, il a fini par me laisser là lui aussi, toute seule et amochée après avoir été prise dans une explosion.

Des larmes qu'elle n'avait pu retenir face aux images qui défilaient derrière ses yeux dévalaient à présent ses joues, et Tim restait immobile et silencieux, stupéfait, face à cette Ziva qu'il redécouvrait, face à la vérité qu'il découvrait. Ziva avait conscience de son expression et de l'importance de ce qu'elle était en train de révéler, mais elle était partie très loin à présent et ne pouvait plus s'arrêter. Elle savait que de toute façon ces paroles étaient nécessaires.

- Je sais que ça a été difficile pour vous de vous faire à l'idée que j'étais morte, mais met toi à ma place Tim, reprit-elle plus posément. Mon père m'a envoyée sans prévenir dans une mission suicide que je n'ai pas été en droit refuser. Il vous a dit que j'étais morte, mais à moi aussi il me l'a dit, indirectement. Il m'a abandonnée une fois de plus, je n'avais plus aucun espoir. Je savais que vous ne viendriez plus me chercher, et que même si vous le faisiez, mon père vous en empêcherait. Moi aussi j'ai souffert Tim, reprit-elle. J'ai voulu mourir à ce moment là. Et pourtant je m'en suis sortie. Je me demande encore comment.

Elle marqua une pause avant de reprendre là où elle s'était arrêtée.

- J'ai été faite prisonnière, et j'ai fais parti d'un échange de prisonniers contre des vivres. Je suis restée inconsciente plusieurs jours et la croix rouge m'a récupérée et m'a amenée jusque ici, en France, continua de relater Ziva.

Elle s'arrêta encore quelques secondes, sécha les traces de larmes sur ses joues. Elle se revoyait à cette époque. McGee respecta ce silence, comprenant qu'elle en avait besoin, encaissant ce qu'elle venait de lui dire, réalisant l'ampleur des événements.

- Quand j'ai eu repris suffisamment de forces, j'étais officiellement morte en Israël et aux Etats-Unis, reprit la jeune femme. Où que j'aille, Ziva David était morte. Je n'avais pas d'autre choix que de me taire et de me construire une nouvelle vie, de repartir de rien. Tu voulais quoi? Que sept mois après mon départ, alors que vous m'aviez enterrée depuis cinq mois, que vous aviez fait mon deuil, je réapparaisse soudainement et que je vous explique que tout ceci était faux? Vous m'auriez vraiment cru? J'ai mis plus d'un an à me remettre de ce que j'avais vu et ce que j'avais vécu, d'autant que mon père constituait toujours une menace pour moi. Tu crois qu'un an après vous avoir quitté vous m'auriez accueillie à bras ouvert Tim? Je ne crois pas non, et je ne l'ai pas cru à l'époque. Jai eu peur, j'ai été faible. Et ça je veux bien que tu me le reproches. ça je l'accepterais. Je vous ai fait du mal et je me suis fait du mal, mais c'était là la seule solution Tim. C'est la seule qui me soit parue envisageable à l'époque. De ça vous pouvez me tenir responsable, mais moi aussi j'en ai souffert Tim. Moi aussi. Tu ne peux pas nier ça. Tu n'imagines pas ce que j'ai vécu cette année là, comme j'ai du mal à imaginer ce que vous vous avez vécu.

Ziva pleurait. Ces mots lui avaient coûtée. Elle avait su que ce moment d'explications serait pénible pour elle, et c'est pour ça qu'elle l'avait tant craint. Tout comme elle craignait la réaction de McGee. Elle n'avait jamais parlé à personne de ce qui s'était passé à cette époque de sa vie, et le faire l'avait placée dans une sorte de transe dont elle peinait à sortir. Elle peinait à affronter le regard de celui qui lui faisait face après de telles confessions. Elle finit quand même par relever ses yeux après quelques lourdes respirations, et elle fixa McGee de ses yeux rouges. Elle chercha dans ses yeux une quelconque lueur qui prouverait qu'elle s'était faite comprendre et qu'elle n'aurait pas à se répéter. Elle n'avait aucune envie de se répéter, de s'expliquer davantage. Pour le moment ça lui était tout bonnement impossible.

McGee ne lâcha qu'un faible « désolé » face à son ex-collègue, comprenant ce qu'elle venait de lui dire et l'impact que cela représentait. Il la croyait, venant de son père, plus rien ne l'étonnait. McGee acceptait peu à peu l'idée que tout ce qu'il pensait de ces trois dernières années était remis en cause. Il acceptait peu à peu l'idée que Ziva n'était pas morte, et qu'elle aussi avait vécu l'enfer. Il commençait à se dire que ça ne servait à rien de lui en vouloir, même si pour l'instant il ne pouvait encore s'en empêcher. Il avait envie d'en dire plus, de lui faire voir qu'il comprenait même si ça lui était difficile. Il entrevit dans le regard de Ziva qu'elle saisissait, malgré l'absence de mots.

Ils se quittèrent des yeux un moment. Chacun plongea dans ses pensées, se recueillit, se recomposa, se calma. Les mots étaient encore difficiles à trouver. Ziva fut la première à reprendre la parole.

- Ne dis rien aux autres s'il te plait, Tim. Je ne suis pas prête pour ça. Dit-elle faiblement, comme dans une dernière prière, après un moment de silence. Revoir Tim lui avait déjà beaucoup coûté, et elle ne se sentait encore nullement prête à leur faire face à tous. A accepter leurs reproches à eux aussi, leurs regards, leurs visages perdus. Tout recommencer une fois de plus... Elle ne se sentait pas les épaules assez larges pour ce nouveau combat, pour cette nouvelle étape, ce nouveau départ dans sa vie. Tout s'était accéléré ces derniers jours, et elle ne se sentait pas encore prête pour tout cela. Elle avait tout simplement besoin de temps, elle aussi.

Elle surprit McGee, qui releva les yeux rapidement. Il vit son visage, son regard. Il avait beau réfléchir, jamais il n'avait vu Ziva dans un tel état. Jamais elle n'avait à ce point baissé les armes devant lui. Elle lui paraissait dévastée. C'est ce qui acheva de le convaincre de la réalité des faits qu'elle venait d'énoncer. C'est pourquoi sans réfléchir il répondit par l'affirmative, même s'il le regretta quasiment instantanément.

- D'accord.

Ziva soupira de soulagement suite à sa réponse, et hocha silencieusement la tête.

Pourquoi avait-il accepté une telle chose? Comment pourrait-il garder un tel secret? Comment pourrait-il retourner au NCIS après ça et garder toute cette histoire pour lui, ne rien dire à personne? Il s'était encore fourré dans une sacrée embrouille se dit Tim. Pourquoi avait-il dit "d'accord"? Le jeune homme regarda Ziva, et en reposant ses yeux sur elle il comprit sa réponse précédente. Il s'était fait avoir par l'expression de son visage. Il avait voulu la calmer, l'apaiser, car il entrevoyait clairement le mal que ça lui avait causé de se rappeler tout ça, de le revoir, lui rappeler ce passé. Il eut soudainement envie de la serrer dans ses bras, bien qu'il ne se sente pas encore prêt pour ce genre de choses. Tout n'était pas encore réglé entre eux, loin de là. Le plus dur avait certainement été dit, mais ça ne suffirait pas. Il faudrait plus que ça, pour combler trois années. Plus de mots, plus de réflexions, plus de temps, tout simplement. Du temps pour accepter la réalité.

Tim se sentit tout à coup de trop face à Ziva. Il avait l'impression de violer son intimité, de n'avoir rien à faire là. Il sentait qu'elle avait besoin d'être seule après s'être ainsi livrée, et il respectait cela. Il avait besoin lui aussi de repenser calmement à tout cela. Il décida donc qu'il était temps pour lui de s'éclipser.

- Je vais y aller Ziva, dit-il doucement pour ne pas la surprendre en la tirant trop brutalement de ses pensées. Je pense que tu devrais aller dormir, et moi aussi. Je crois qu'on a tous les deux besoin de repos, de cesser de penser à tout ça pendant quelques heures. Je reviens demain, quoi qu'il en soit. Je crois qu'on en a assez dit pour ce soir et qu'il vaut mieux y aller doucement. Le reste attendra la prochaine fois, déclara-t-il en se levant.

Ziva en fut satisfaite. Elle avait en effet bien besoin de le voir s'en aller pour le moment, et de se retrouver un peu seule. De faire le point et de ne plus se forcer à faire bonne figure. Cette journée avait été bien trop riche en émotions. Elle se força à sourire et se leva elle aussi. Le café avait fini de couler et avait refroidi dans la cafetière, leurs tasses restant vides, mais ce n'était pas le plus important. Des premiers mots avaient étaient prononcés, et leurs échanges en seraient à présent plus spontanés, et moins emplis de rancune. Ils se firent maladroitement la bise, ne sachant pas trop comment se comporter vis à vis de l'autre après de telles paroles. Ziva le raccompagna jusqu'à sa porte d'entrée en silence.

Tim partit directement, sans se retourner. Il regagna sa chambre d'hôtel à pied encore totalement absorbé par ses pensées. Il avait besoin de réfléchir seul sur tout ce que Ziva venait de lui dire. Toutefois il ressentait également un fort besoin de partager ce qu'il venait d'apprendre avec ses amis, et d'avoir un avis extérieur. Tout ce qu'il avait appris aujourd'hui lui semblait bien trop lourd, bien trop gros pour qu'il puisse le contenir en lui. Cependant au-delà de la promesse qu'il avait faite à Ziva, une part de lui même le retenait, l'empêchait de se saisir du téléphone et d'appeler Abby. Car comment pourrait-il lui annoncer cela, lui faire croire à ce qu'il disait sans qu'elle ne rie de lui, sans qu'elle ne soit blessée par tout ce qu'il lui dirait? Comment lui faire accepter la situation, la forcer à prendre le temps de l'écouter jusqu'au bout? Il imaginait subitement ce que Ziva avait dû endurer en ne pouvant en parler à personne au cours de ces trois dernières années. Il comprenait de mieux en mieux pourquoi elle n'était pas revenue, restant au lieu de ça tétanisée par la peur. Il comprenait un peu mieux son choix de rester en France, même si tout le monde en avait souffert. Alors qu'il arrivait à l'hôtel, il espérait simplement que suite à cet échange mouvementé leur rencontre du lendemain se déroulerait plus aisément, et serait moins lourde en émotions. Il avait suffisamment donné aujourd'hui. Il sentait qu'il ne survivrait pas à une deuxième journée si celle-ci était aussi riche en rebondissements.

Ziva quant à elle ferma la porte de son studio pour ensuite aller directement sous la douche. Elle prit son temps, se relaxant alors que l'eau chaude coulait le long de ses muscles. Elle tenta de vider sa tête de tous ces souvenirs qui s'emparaient d'elle, de faire le vide. Elle se glissa ensuite dans son lit sans réfléchir plus longtemps, n'ayant plus la force pour autre chose. Elle n'avait qu'une envie, tomber dans le sommeil et dans le néant pour quelques heures. Elle voulait dormir d'un sommeil profond et sans rêves, mais elle craignait que ce soit impossible après les événements de la journée. Les deux tasses vides passeraient la nuit sur la table. La cafetière resterait encore pleine quelques heures. ça n'avait pas d'importance. Pour l'instant tout ce qu'elle voulait, c'était faire le vide. Ne plus penser à rien. Ne plus rien ressentir.