Hey la compagnie ! Voici venir le chapitre 28 ! Mon histoire prend un nouveau tournant, du coup, j'appréhende un peu sur vos réactions. J'espère que ça vous plaira, sincèrement.

A côté, je suis plus ou moins en vacance en ce mois d'août, je vais essayé d'en profiter pour continuer l'écriture et de me booster un peu, car je prends de plus en plus de retard et je n'aime pas du tout ça. Comme dit dans le chapitre précédent, je compte peut-être faire une nouvelle pause, en Septembre, dans l'espoir d'avancer un peu dans l'élaboration de mes chapitres. Mais avec mon travail, je ne sais pas si j'y parviendrai lol.
En attendant, bonne lecture !


Chapitre XXVIII : Le Geste salvateur

Un calme inquiétant s'infiltra dans la pièce où se tenaient les deux Héros, face à face. Les disques de bronze de Karina fixèrent Barnaby, et celui-ci, essoufflé, figea son regard sur sa collègue, à l'image d'un homme retrouvant une vieille connaissance perdue de vue depuis des années. Cette visite inattendue poussa l'Héroïne à croire qu'elle rêvait. Pourtant, il s'agissait bien de la réalité.
« Que fait-il là... ? », pensa-t-elle, chamboulée.
La voix des médecins s'élevèrent dans les airs, hurlant des menaces inquiétantes à l'égard du blond, et lui ordonnant à rebrousser chemin. Cependant, il n'y prêta guère attention, préférant plonger ses yeux dans ceux de la Rose.
Dès lors, sans comprendre pourquoi ni comment, le temps perdit de sa valeur. Et la jeune femme, bien trop occupée à contempler les saphirs de Barnaby, oublia tout ce qui l'entourait jusque là. Les cris devinrent silence, la solitude se transforma en une impression étrange, et la tristesse se changea, inconsciemment, en un espoir fragile.
« Pourquoi est-il là... ? », se répéta-t-elle.

- Faites-le sortir d'ici !, s'écria Mademoiselle Strauss dans une intonation aiguë, ramenant de force la Rose à la réalité.

Sur ces paroles, les employés de l'hôpital s'avancèrent prudemment vers le Next, prêts à l'immobiliser une bonne fois pour toutes.
Tandis qu'un médecin s'agrippa à son bras, un autre à sa taille, néanmoins, Barnaby conserva son attitude insolente, et repoussa vivement les gêneurs sans pour autant les blesser. Alors qu'il pensait être tranquille, trois autres employés se jetèrent sur lui pour tenter de le stopper. Le Next, bien décidé à ne pas se laisser faire, répéta son geste et les éjecta brusquement de la chambre, intimidant par la même occasion les hommes restés en retrait. Devant cette scène déroutante, Blue Rose assimila son collègue à un patient cinglé essayant de fuir l'autorité des médecins : il les poussait, les frappait, sans se soucier du désordre qu'il pouvait créer aux alentours.
Quand il parvint enfin à se débarrasser d'eux, son premier réflexe se résuma à barricader la porte, avant de poser ses billes bleutées sur la patiente qui le dévisagea avec crainte. Des cris offusqués résonnèrent dans le couloir et des bruits sourds rebondirent contre la porte, prouvant à eux seuls la témérité des employés qui ne cherchaient qu'à secourir Karina. Cette dernière reconnut même la voix de Mademoiselle Strauss qui ordonnait de prévenir la sécurité. Néanmoins, Barnaby ne sembla pas s'en inquiéter.

- Pourquoi... ?

Malgré toutes les questions qui perturbaient son esprit, ce fut le seul mot qu'elle arriva à prononcer.
Sous le regard du jeune homme, une sensation inexplicable se joua d'elle. Certes, la raison de sa venue restait obscure, et l'agitation qu'il avait causé l'obligeait à penser que la suite des événements ne serait pas de tout repos, cependant... un battement puissant, au fond de sa poitrine, l'encouragea à ne pas se laisser piéger par le pessimisme.
Depuis combien de temps n'avait-elle pas vu quelqu'un de l'extérieur ? Un Héros qui plus est ? L'air de rien, l'arrivée de Barnaby, aussi surprenante soit-elle, lui offrit, inconsciemment, un peu de consolation.

- J'en avais assez, lui répondit-il, tout en continuant de la fixer.

Intriguée, Blue Rose fronça les sourcils pour l'inviter à développer sa réponse. Mais Barnaby n'en fit rien, préférant plutôt s'avancer vers elle.
Dès lors, elle comprit la raison de sa venue, et son envie de demeurer seule avec elle dans la chambre. Oui, elle saisissait parfaitement ce qu'il désirait lui faire. Tout lui paraissait si limpide à présent. Et de ce fait, il lui était impossible de se calmer, la paranoïa venant en plus de l'enchaîner à une peur futile.
Une boule au ventre alourdit donc sa conscience, remonta sournoisement à sa gorge, et manqua de l'étouffer. Au même moment, le rythme de son coeur s'accéléra progressivement, prêt à exploser. Les pensées négatives s'étendaient en elle comme une traînée de poudre, humidifiant peu à peu son front.

- N-Ne t'approche pas... !, bégaya-t-elle, les larmes aux yeux.

Remarquant la mine affaiblie de la Rose, le Next obéit.

- Va-t-en !, tonna-t-elle.

Le poing de Barnaby attrapa une prise invisible. Bien qu'il s'attendît à une telle réaction de sa part, il ne s'imaginait pas qu'une telle demande se révélerait si douloureuse. Plusieurs secondes après, il sentit ses forces l'abandonner, et comprit que les cinq minutes de son pouvoir s'étaient écoulées. Le bleu de ses yeux disparut pour laisser place au vert, et la lueur azure qui l'entourait diminua lentement, jusqu'à s'éteindre.
Il lui serait désormais difficile de tenir tête aux employés de l'hôpital.

- Je ne suis pas là pour te faire du mal !, annonça-t-il.
- Menteur !, s'écria Karina. Pourquoi es-tu venu ? Pourquoi toi ?!

Barnaby se douta qu'elle ne réussissait plus à conserver le masque de la force au moment où il remarqua des larmes rouler sur ses joues blêmes. En l'observant avec plus d'attention, il put déceler toute la souffrance qui l'avait considérablement anéantie au cours de ce mois et demi. Ses cheveux en bataille n'avaient plus leur éclat doré si singulier, son teint pâle s'apparentait à celui d'un cadavre, et ses joues creuses révélaient sa perte de poids évidente. Ce misérable tableau renforça son malaise. Que faisait-elle lors de ces longues journées ternes et ennuyantes ? Que ressentait-elle au cours de son séjour ? Au fond, il savait déjà la réponse. Il savait qu'au final, elle n'était pas heureuse dans cette chambre blanche et presque vide. Et cette idée l'obligea à ne pas rebrousser chemin, quitte à se faire réprimander.

- Je te l'ai dis : j'en avais assez, répéta le Héros. On se fait tous du soucis pour toi, et les médias ne cessent de ressasser ton absence. Ça nous agace.

Voyant qu'elle ne réagissait plus, il continua :

- Nous voulons t'aider, Karina !

En vérité, le « nous » dissimulait le « je ».
En effet, depuis le début, Barnaby ne faisait que parler en son nom, mais se protégeait instinctivement derrière les autres. Bien sûr, il était concevable que les Héros s'inquiètent pour Karina, toutefois, dans cette histoire, Barnaby demeurait le seul à avoir fait le premier pas, aussi difficile fut-il.

- M'aider ? De quoi au juste ?

Un petit rire nerveux s'échappa de ses lèvres livides, et ses mains serrèrent fermement les draps sur ses jambes. Soudain, le léger sourire se transforma en un rictus agacé, prouvant ainsi au jeune homme que sa dernière phrase n'avait fait qu'aggraver la situation.

- Laisse-moi tranquille, tu n'as rien a faire ici..., murmura cruellement la Rose.

Les sourcils du jeune homme se froncèrent à l'entente de ces mots, puis il sentit une étrange douleur agresser son ventre. Plus il fixait Karina, et plus la frustration se jouait de lui, comme prête à le rendre fou. C'était évident, horriblement incontestable : ce n'était pas lui qu'elle désirait revoir. A l'image d'un parasite mortel, cette déduction s'immisça violemment dans son esprit, et renforça la souffrance qui effaçait lentement sa confiance en lui.
Cependant, face à l'image dégradante de sa collègue affaiblie, sa voix intérieure lui ordonna de ne surtout pas abandonner, de tenir bon quoiqu'il advienne.

- Tu aurais préféré que ce soit Kotetsu à ma place ?, demanda-t-il.

Le regard de la jeune femme s'agrandit quand le prénom interdit résonna dans la pièce. L'entendre lui procurait toujours une désagréable sensation d'amertume.

- Ça n'a rien à voir... bredouilla-t-elle, attristée.
- Vraiment ? Pourtant, j'ai l'impression que tu attendais désespérément sa venue.
- Tu te trompes ! Au contraire, je la redoutais...

Un silence morbide profita de cet aveu difficile pour s'introduire perfidement entre les deux Next. Il fut, cependant, rapidement balayé par les cris derrière la porte, et les coups que cette dernière recevait, annonçant ainsi le retour des médecins.

- Alors qui attendais-tu ?, insista l'homme, sans prêter attention au vacarme derrière lui.
- Personne justement !, s'énerva Blue Rose. Fiche-moi la paix !

Elle clôtura sa phrase par un long soupir épuisé. Néanmoins, Barnaby ne s'avoua pas vaincu, et posa une énième fois ses émeraudes perçants sur elle. Son corps, courbé et tremblotant sous les effets néfastes de la peur et de la frustration, révélaient à eux seuls sa fatigue conséquente. Lorsqu'elle comprit que son collègue n'avait pas obéi, elle tourna machinalement la tête en sa direction, et le dévisagea un long moment de ses yeux humides.

- Pourquoi ne pars-tu pas ? Que me veux tu à la fin ?, demanda-t-elle, d'une voix craintive.
- Je veux simplement...

Il n'osa terminer sa formule, éternisant, à la place, l'échange des regards.

- Ça n'a pas d'importance, reprit-il, après s'être raclé la gorge. Et puis, ne me dis pas que tu es heureuse ici ?

La Rose se mordit les lèvres quand la question prévisible tambourina contre son crâne, à l'image d'un écho immuable dont le volume s'accentue vicieusement dans notre subconscient, prêt à nous faire vaciller dans la folie la plus destructrice. Toutefois, elle ne se laissa pas manipuler, s'accordant à la place un peu de temps pour reprendre ses esprits.
Qui pouvait vivre heureux dans un tel environnement ?
Elle rumina cette interrogation encore et encore, attristée de comprendre où Barnaby souhaitait en venir.

- Je n'ai nulle part où aller...
- C'est faux, et tu le sais !, la coupa Barnaby. Mince ! Pourquoi déclines-tu l'aide qu'on te propose ?
- Je ne décline rien !, dit-elle, en baissant tristement le regard.
- Regarde-moi dans les yeux alors ! Voilà donc à quoi tu t'abaisses ?! Où est passé ta force de caractère ? Ta si grande répartie ? Où est la Blue Rose que je connaissais ?!
- Je t'interdis de m'appeler ainsi !

Sans crier gare, cette injonction cinglante résonna si fort dans la chambre, qu'elle stoppa brutalement le cœur de Barnaby. Parallèlement, le vacarme produit par les médecins, derrière la porte, disparut d'un seul jet. Désormais, seul un calme sinistre dominait la pièce, oppressant le jeune homme qui ne cherchait qu'à aider sa collègue. Peu après, une dizaine de mots se mélangea dans son cerveau, mais aucun ne sortit de ses lèvres. De ce fait, Karina fut la première à briser le mur du silence :

- Je ne suis plus cette héroïne forte et courageuse que tout le monde acclamait ! Regarde-moi ! Je me dégoûte ! Mon corps... Je suis affreuse... J'ai l'air d'un monstre ! Je ne vaux plus rien et je ne mérite pas qu'on me vienne en aide ! Évidemment que je veux partir d'ici, mais pour aller où ? Je n'ai nulle part où aller ! Je ne veux pas que mes collègues, mes amis, ma famille me voient dans un tel état... Tu es encore là ? Va-t-en j'ai dis ! Pourquoi me dévisages-tu de la sorte ? Ne me regarde pas... Pitié... Va-t-en...

Et avant qu'elle ne puisse terminer sa phrase, des larmes de désespoir roulèrent sur son visage pâle et maigre. Ce terrible événement l'avait complètement anéantie, et maintenant, ses pensées négatives la détruisaient à petit feu.
Barnaby planta ses ongles dans la paume de sa main : jamais de sa vie il ne s'était senti aussi inutile. Car dans les paroles de Karina se reflétaient tout le chagrin, la peur, et la détresse qu'elle n'osait admettre. Seule la solitude l'accompagnait dans cette déprime perpétuelle, et face à cette affreuse expérience, elle se savait condamnée à ressasser, éternellement, les même images morbides et cruelles.
Devant cette déduction, le jeune homme eut un sursaut répulsif. Il était hors de question d'abandonner Blue Rose dans cet état, jamais il ne se le serait pardonné.

- Tu auras toujours un endroit où te rendre, déclara-t-il calmement.

Elle ne répondit pas, l'obligeant à développer :

- Je suis prêt à t'accueillir chez moi le temps qu'il faudra. Tout dépend de toi maintenant. Libre à toi de décider si tu veux rester dans cet hôpital ou non. Je ne te force à rien, mais sache que t'aider est ma première priorité.

Surprise par ce discours inconcevable, les pupilles de la Rose se dilatèrent légèrement, et elle se crut en plein délire. Depuis quand Barnaby Brooks Jr. souhaitait secourir une de ses connaissances, hormis Kotetsu ? Cette réaction la chamboula. Mais ce qu'elle ignora, c'est que le jeune homme se trouvait tout aussi troublé par ce qu'il venait de dire. C'était sorti brusquement, sans prévenir, à l'instar d'une déclaration refoulée depuis des années et incapable de rester dans l'ombre une seconde de plus.
La honte se joua de lui, et il sentit son visage virer au rouge, néanmoins, Karina -encore sous le choc- ne sembla pas remarquer ce détail.

- Bref. A toi de décider !, s'exclama-t-il, gêné.
- … Je ...

Karina se fit violence pour ne pas fondre en larmes une nouvelle fois. Elle se perdit un court instant dans le vague, fixa le mur qui ne lui renvoyait rien d'autre que les souvenirs de son séjour à l'hôpital, et prit une profonde inspiration en répétant le dilemme dans sa tête : partir ou rester ? Désormais, elle seule pouvait choisir.
Deux choix, deux chemins, une seule réponse. Une unique Destinée.
Certes, crécher dans cette chambre sans vie ne l'enchantait guère, mais au moins, l'impression de sécurité l'accueillait de ses bras rassurants. Oui, ici, dans cette pièce close et terne se trouvait au moins la certitude d'une existence calme et singulière. Elle n'avait plus besoin d'entretenir sa réputation d'Héroïne, ni même son image de femme fatale, non, ici, elle pouvait se permettre de rester elle-même, sans se soucier du monde extérieur.
Le monde extérieur.
En réalité, c'est lui qui l'incitait à rester cloîtré au lit, quitte à loger dans un hôpital régressif. Stern Bild l'effrayait, surtout en pleine nuit. En effet, malgré ses lumières chatoyantes, ses bâtiments majestueux, et ses activités variées, la ville dissimulait une autre identité : celle des criminels. Blue Rose en était consciente, elle savait que la métropole vivait sous le jugement contradictoire d'une société égarée, seulement, jamais elle ne s'était douté que de statut d'Héroïne, elle passerait à celui de victime. L'idée de devoir supporter le regard insistant des habitants, ainsi que les paroles des médias, l'écœura au plus haut point.
Fuir ou avancer ?
Depuis quelques temps, son esprit vagabondait vers des pensées contradictoires : d'un côté, elle voulait de tout cœur s'enfuir d'ici, abandonner les médecins et les médicaments, et de l'autre, elle jugeait mieux de s'enfouir sous ses couvertures et attendre.
Attendre quoi ? Attendre le point de non retour ? Que toutes les images difficiles s'effacent de sa mémoire ? Ou bien... Attendre la venue d'une personne ?
N'était-ce pas du soulagement qui embauma son cœur au moment où elle entendit la voix de Barnaby derrière la porte ? N'avait-elle pas, l'espace d'un instant, espéré que tout ceci ne soit pas le fruit de son imagination ? Dans ce cas, pourquoi la peur la manipulait dès que ce dernier s'approchait un peu trop près d'elle ? Elle ne se comprenait plus. Par ailleurs, plus le temps tournait, et plus ses questions se mélangeaient dans son esprit, à l'instar d'une énigme sans réponses apparentes.
Que fallait-il choisir ?!
Brusquement, alors que ses doutes s'apprêtèrent à la présenter à la Folie, les mots de Barnaby résonnèrent en elle :
« Pourquoi déclines-tu l'aide qu'on te propose ? »
« Tu aurais préféré que ce soit Kotetsu à ma place ? »
« Tu auras toujours un endroit où te rendre. »
« Sache que t'aider est ma première priorité. »

« Voilà donc la raison de ta venue ?, pensa-t-elle. Pourquoi joues-tu les humbles à mon égard, Barnaby ? Et surtout, pourquoi tes mots me font si mal ? J'aurais beau ressasser encore et encore les mêmes questions, je sais que ce n'est pas toi qui pourra m'offrir une réponse convenable... »

- Je veux partir..., avoua difficilement la Rose. Mais je suis morte de peur, je ne sais pas ce qui m'attend, surtout venant de toi... Je ne sais pas Barnaby... Je ne sais pas quoi faire !

Les paupières de l'interpellé se baissèrent à moitié quand Karina termina sa tirade. Il resta muet un moment, fixa sa collègue, et osa s'avancer vers elle de quelques pas. Il se stoppa dès qu'elle émit un gémissement de désapprobation. Tenter de l'approcher s'apparenter à vouloir rejoindre un petit animal craintif, prêt à s'enfuir à la moindre occasion. Au vue des événements précédents, le jeune homme comprenait parfaitement cette réaction, néanmoins, il y voyait du positif dans cette histoire, car Blue Rose l'écoutait malgré tout.

- Alors pars. Nous aviserons par la suite, je t'aiderai d'ici là, la rassura-t-il.

A ce moment là, un dernier échange de regard eut lieu, et dans un silence apaisant, empli d'espoir, Karina comprit qu'elle ne devait pas le redouter.


L'oreille collée à la porte, Mademoiselle Strauss écoutait attentivement l'échange entre Karina et Barnaby. Au moment même où sa patiente s'était dévoilée, presque entièrement à lui, elle avait ordonné à ses collègues de retourner à leur poste et de la laisser gérer le problème toute seule. Depuis son arrivée, Blue Rose était restée muette quant à son état et ce qui pesait sur son cœur. Les infirmières, et encore moins les psys, n'étaient parvenus à la faire parler, et de ce fait, pouvoir entendre de telles révélations si vite poussa Strauss à ne pas laisser passer cette chance inouïe. Par le biais de cette conversation agitée, elle comprit que le choc psychologique, lié à l'agression, se révélait beaucoup plus profond qu'elle n'avait osé l'imaginer. Elle se remit donc en question, reconsidérant son professionnalisme, et poussa un long soupir en admettant qu'elle s'était peut-être trompée sur toute la ligne. Depuis le début, le docteur n'avait cessé d'obéir aux demandes de l'Héroïne, espérant ainsi pouvoir l'aider au maximum. Mais au final, peut-être que ses méthodes n'avaient servi qu'à renfermer un peu plus sa patiente ?
Quelle catastrophe, et elle osait se dire professionnelle ?
Son esprit s'apprêta à vagabonder vers des pensées futiles, seulement, au même moment, la porte s'ouvrit pour y dévoiler Barnaby et Karina. Le jeune homme adressa une expression froide au docteur, la menaçant d'un seul coup d'œil à ne pas redonner l'alerte ou à s'interposer. Cependant, la femme conserva son sang froid.

- Votre pouvoir est épuisé, déduit-elle, dans un ton presque moqueur.
- Je n'ai pas besoin de mon don pour vous éloigner de nous, siffla le Héros.
- Que vous êtes violent, je vous croyais plus sage.

Il ne prit pas la peine de lui répondre, et fit signe à Blue Rose de le suivre. Cette dernière, mal à l'aise, marcha d'un pas hâtif derrière lui en fixant le sol.

- Vous ne passerez pas inaperçu ici, avertit Strauss.
- Cette histoire ne vous concerne plus !
- Vous souhaitez donc la mettre en danger ?, tonna-t-elle sévèrement.

Barnaby arrêta brutalement sa course à l'entente de cette intonation. Sous l'expression inquiète de la Rose, il tourna la tête en direction du docteur, et lui adressa un regard des plus glacial. Cependant, encore une fois, mademoiselle Strauss joua la carte de l'indifférence, porta une main à sa hanche, puis développa ses dires :

- N'avez-vous donc rien prévu ? Je pensais pourtant que vous étiez stratégique ! C'est en moto que vous êtes venu, non ? Si les journalistes vous voient en compagnie de Karina, ils vont se poser des questions. Et non seulement elle sera traquée, mais les médias comprendront rapidement sa « véritable identité ».
- J'empêcherai tout ça !, s'exclama-t-il, en remarquant la concernée trembler d'angoisse.
- Comment ?, insista mademoiselle Strauss, d'un sourire énigmatique en coin.
- Ne vous occupez pas de ça.

Bien qu'il parût confiant aux premiers abords, Barnaby sentit l'inquiétude le paralyser progressivement. Il est vrai qu'il avait agi sur un coup de tête, sur une impulsion primaire, et maintenant, il se retrouvait dans l'incapacité de réfléchir convenablement à un plan d'évasion. Avec la mésaventure survenue lors de son interview, il se doutait bien que les paparazzis se délectaient de le trouver pour prendre des clichés intéressants. Impliquer Karina dans cette affaire se résumerait donc à la faire encore plus souffrir.
Il tombait dans une impasse.

- Moi, je peux vous aider, affirma soudainement Strauss.

Prise au dépourvue, Karina poussa un petit gémissement de surprise. De son côté, Barnaby resta méfiant à cette annonce, et garda le silence.

- Ça risque d'être ardu, mais si j'explique la situation à mes collègues, ils finiront par comprendre. Je pense... que nous avons fait fausse route. Mademoiselle Lyle a besoin de s'extérioriser un peu, la laisser enfermer ne rime à rien...

La patiente sentit une boule au ventre grandir en elle. L'explication de Strauss paraissait à la fois honnête et improbable, et d'une certaine manière, cela la rassura. Le Héros, quant à lui, lui fit face pour mieux l'écouter.

- Je peux escorter mademoiselle Lyle chez vous en toute sécurité avec ma voiture de fonction, continua mademoiselle Strauss. Vous n'aurez qu'à repartir seul avec votre véhicule.

Cette idée tenait la route, mais Barnaby préféra attendre l'avis de Blue Rose avant d'accepter quoi que ce soit. Il se tourna donc en sa direction, et l'observa un moment pour lui demander son accord.

- Que désirez-vous en échange ? questionna Karina, un peu suspicieuse devant tant de générosité.
- … Vous voir une à deux fois par mois le temps de quelques examens.
- Je me disais aussi, pesta Barnaby.
- C'est juste pour faire le point. Je ne demande rien d'autre. Je vous rends visite, je discute un peu, et je repars. Rien de plus.

Karina passa une main frêle dans ses cheveux, perdue dans ses pensées : tant de choses s'enclenchaient ce soir là, et cela la fatiguait. De plus, elle pouvait toujours abandonner et retourner dans sa chambre pour ne plus jamais en sortir. Toutefois, quelque chose l'empêcha de revenir sur ses pas. Peut-être était-ce ce soudain élan de gentillesse de la part de son entourage, ou tout simplement la peur de voir la déception sur le visage de mademoiselle Strauss. Elle en ignora la raison.
Alors, d'un hochement de tête, elle acquiesça à la proposition, se tourna timidement vers Barnaby, et attendit qu'il reprenne la parole.

- Bon, très bien..., affirma-t-il.
- Suivez-moi, la sortie de secours n'est pas loin !

Et sur ces mots, les deux Next s'empressèrent de suivre le médecin qui les guida jusqu'à la sortie. Une fois à l'extérieur, elle adressa un agréable sourire à Karina pour la rassurer, et l'invita à prendre place dans sa voiture. Celle-ci hésita un bref instant avant d'entrer, puis, une fois à l'intérieur, posa son regard sur le panorama de la ville qui renvoyait les joyeuses lumières associées à Noël.
Avait-elle fait le bon choix ?
Pendant ce temps, Barnaby rejoignit sa moto, et tandis qu'il démarrait, il s'égara dans le flux de ses pensées : sa vie venait de prendre un nouveau tournant, et il restait lui-même surpris par ses paroles et ses actes.
Dans les ténèbres de la nuit, le véhicule du Héros disparut rapidement pour rejoindre son appartement.


Note de l'auteur: Et voilàààà ! Alors, alors alors ? Rha je stress ! xD N'hésitez surtout pas à me laisser une petite review. Positive comme négative ! Personnellement, j'ai pris grand plaisir à rédiger la conversation entre Karina et Barnaby, car je l'avais en tête depuis longtemps ^^ ! J'espère que ça vous aura plus, et je vous donne rendez-vous le 15 pour la suite ! Bisous !