Hey... Je poste ce chapitre avec un peu de retard car j'avais complétement zappé de le poster hier. Que je suis tête en l'air parfois ! Donc, voici le chapitre 29 ! Je vous souhaite une bonne lecture et vous retrouve à la fin ! :)


Chapitre XXIX : La Boite à Musique

En cette nuit du 22 décembre, le ciel offrait à son auditoire un spectacle utopique. Avec pour seules vedettes ses étoiles étincelantes et sa Lune à la lueur opale, le sombre voile de la nuit se mêlait doucement à la beauté mystique de la lumière. Malheureusement, peu de personnes purent profiter de cette union céleste. Trop occupés à fixer leur montre de métal sur le poignet, à marcher d'un pas pressé ou à discuter avec leurs proches, les habitants de la ville ne profitaient plus des petits plaisirs de la vie.
Karina faisait partie de ce groupe de personnes incapable de remarquer les beautés de la nature, surtout dans la situation dans laquelle elle se trouvait. Assise sur le siège passager de la voiture de mademoiselle Strauss, plusieurs pensées contradictoires fusionnaient péniblement dans sa tête. Parmi les craintes, toutes plus différentes les unes que les autres, qui rôdaient en un coup de vent dans son esprit, une seule et même question ne cessait de revenir à la charge :
« Ai-je fais le bon choix ? ».
Elle secoua négativement la tête quand elle comprit qu'elle n'obtiendrait pas de réponse avant un long moment. Épuisée, elle posa la tête contre la vitre qui diffusait, d'une rapidité anodine, le panorama de Stern Bild. Les lumières multicolores des bâtiments valsaient sur le fleuve, illuminant ce dernier d'un éclat féerique. L'onirisme romantique à son apogée. C'était comme un rêve, éphémère, s'évadant de l'inconscient pour se faire une place dans la réalité, un somptueux tableau d'époque prenant vie. Pourtant, malgré le magnifique paysage qui se dévoilait à la Rose, celle-ci n'y prêta aucune attention, bien trop fatiguée et désorientée.
Barnaby Brooks Jr., ce Next prétentieux, cet homme d'habitude si égoïste et froid... s'était permis de l'inviter à quitter l'hôpital. Quelle mouche lui piquait ? Que devait-elle en penser ? Jamais elle ne se serait doutée que de tous les Héros, il serait le premier à lui venir en aide, ni même à la convaincre de...
A nouveau, Karina remua la tête dans l'espoir de chasser ces idées dérangeantes de son subconscient, et poussa un long soupire déconcerté.

- Ne vous prenez pas trop la tête, conseilla mademoiselle Strauss, en restant concentrée sur la route.

La Next de Glace glissa le regard sur le médecin et resta silencieuse une bonne dizaine de secondes. Passé ce cap, elle se décida à briser le mur du silence :

- Pourquoi avoir fait ça ?, demanda-t-elle. Il en va de votre poste et surtout de votre réputation...
- Je me doutais bien que vous poseriez cette question, répondit Strauss, sans détourner les yeux de la route. J'estime que vous laisser à l'hôpital n'aurait mené à rien de positif. Je préfère perdre mon travail qu'avoir la vie d'une patiente sur la conscience.

Attentive aux explications qu'on lui adressait, Karina demeura muette et haussa les épaules aux ultimes propos du docteur. La suite du trajet se déroula dans le calme, sans qu'aucun échange ne le perturbe. Du moins, jusqu'à ce que mademoiselle Strauss annonce leur arrivée, une fois devant la demeure de Barnaby.
En descendant du véhicule, Karina discerna la moto du Héros garée un peu plus loin, prouvant ainsi sa venue. Pendant que Strauss récupérait la valise de sa patiente, celle-ci observa minutieusement les environs : le silence gouvernait les lieux inoccupés, offrant une atmosphère particulièrement apaisante. Un vent frais caressa les joues de Karina lorsqu'elle s'avança de quelques pas, à l'image d'un hôte lui souhaitant amicalement la bienvenue. Malgré le froid, elle apprécia cette sensation qu'elle avait presque oublié et souffla doucement, rassurée. Quel bonheur que de se sentir vivante.
Cependant, alors qu'une marée de pensées positives s'apprêta à l'envahir, la porte d'entrée s'ouvrit brusquement pour y dévoiler Barnaby.

- Tout s'est bien passé ?, questionna-t-il.
- Oui, ne vous inquiétez pas, répondit mademoiselle Strauss, valise à la main.

Dans un élan de bonne volonté, le Next attrapa la malle que le docteur semblait porter avec difficulté, et en profita pour examiner d'un œil discret les alentours. C'était étrange, presque inquiétant, car la première chose à laquelle il s'attendait dès son retour était de se retrouver nez-à-nez avec une flopée de journalistes, envieux de connaître les raisons de sa colère lors de l'interview. Pourtant, personne ne l'attendait. Pas même un paparazzis insolent.
Mais alors, pourquoi se sentait-il constamment épié ? Pourquoi se doutait-il qu'une personne l'espionnait, là, cachée quelque part ?

- Tout va bien ?, s'inquiéta Strauss, en remarquant la mine bouleversée du Héros.
- Oui. Ne restons pas dehors, le froid se fait sentir à cette heure-ci.
- Moi je vais vous laisser là, annonça le médecin, avant de se tourner vers Karina. Ça va aller ?

A l'instar d'une clef enclenchant le mécanisme maudit de la peur, la question procura à Karina un désagréable sentiment d'angoisse. Elle déglutit pour tenter de reprendre son calme, seulement cela empira la situation. Ses mains moites se mirent à trembler en même temps que ses lèvres qui essayèrent de prononcer quelque chose.
Elle allait devoir loger chez Barnaby.
Chez un homme.
Bon sang, comment avait-elle pu accepter une chose pareille ?!

- Non... Non, ça ne va pas aller !, s'emporta-t-elle. Pourquoi ai-je accepté ? Qui me dit qu'il ne me fera pas de mal ? Je me jette dans la gueule du loup !

Elle s'arrêta brusquement quand elle remarqua les expressions, surprises, du médecin et du Next. Avec difficulté, elle reprit son souffle et sentit les larmes lui monter aux yeux. Honteuse de sa réaction, elle tourna le dos à ses compères, et ravala péniblement ses sanglots avant de croiser les bras.

- Karina..., murmura le docteur en s'avançant prudemment vers elle. Je comprends votre ressenti, et on se doute bien que ce n'est pas facile pour vous, mais...
- Non ! Non, vous ne pouvez pas comprendre... ! Vous dites tous ça pour chercher à m'amadouer, mais vous ne savez rien ! Rien !

Manipulée par la colère et la tristesse, Karina planta inconsciemment ses ongles dans la peau dénudée de ses bras, et peina à tenir sur ses jambes flageolantes. Perturbée par ses éternelles opinions négatives, elle ne parvenait plus à faire la part des choses ni à prendre le temps de réfléchir. Face à ce combat l'opposant aujourd'hui à la peur, elle était condamnée à perdre la bataille.

- Qu'est-ce que tu veux dans ce cas ?, tonna la voix de Barnaby.

Prise par la surprise, elle desserra un peu son emprise et se mordit les lèvres.

- Tu veux retourner à l'hôpital et attendre qu'un miracle se produise ?, continua le Next, dans un ton sévère.
- Non... Bien sûr que non... !, balbutia la Rose.
- Dans ce cas, que désires-tu ? Tu veux que je contacte Fire Emblem ? Dragon Kid ? Tes parents ?

Elle se retourna brusquement à la mention de ses proches et prononça son désaccord catégorique, essoufflée. Sous le regard profond de Barnaby, qui ne cherchait qu'à lui venir en aide, elle se sentit obligée de lui expliquer la raison de son refus :

- Je ne veux pas que d'autres Héros me voient dans cet état, j'ai déjà assez honte comme ça... Quant à mes parents... Non. Je ne suis pas prête à accepter leur regard.

Suite à cette révélation, ses disques de bronze se baissèrent et fixèrent tristement le sol. Si elle refusait de retourner à l'hôpital, elle devait se soumettre au fait de rester un certain temps chez le Héros. Inconsciemment, cette idée l'effrayait. Cohabiter avec un homme ne l'enchantait guère, surtout quand celui-ci se nommait Barnaby Brooks Jr.

- Je n'ai pas le choix, n'est-ce pas... ?, murmura Karina, dans un fatalité touchante.
- Ne sois pas pessimiste. Accorde moi juste un peu de ta confiance, expliqua le Next.

« Accorde moi juste un peu de ta confiance ». Cette phrase sonnait faux aux oreilles de la Rose. Néanmoins, lorsque ceux-ci se redressèrent pour rencontrer ceux de Barnaby, elle se douta qu'il ne pouvait se permettre de lui mentir. Dans la prunelle de son regard vert, une lueur de détermination brûlait ardemment, prouvant ainsi à Karina que ses propos s'avéraient sans mauvaise intention.
Et si elle lui offrait une chance ? Une simple chance ?

- Je vais essayer. Mais sache qu'un seul faux pas te sera fatal !, conclut-elle, avant d'entrer chez lui d'un pas hésitant.

Les lèvres du docteur Strauss s'élargirent devant l'initiative de sa patiente. Ses actes révélaient un effort non négligeable.

- Vous pensez que ça ira ?, la questionna Barnaby.
- Il faudra s'armer de patience, mais nous sommes sur la bonne voie !
- Je parlais pour vous.
- Ah..., souffla le médecin. Oui, ne vous en faites pas. Je n'en ai pas l'air, mais j'ai une excellente influence ! Je demanderai à mes collègues de garder le silence, et de faire comme si elle séjournait encore à l'hôpital, histoire de ne pas éveiller les soupçons.
- Très bien. Merci.
- Prévenez quand même ses proches, je pense qu'ils en ont besoin, chuchota-t-elle à l'oreille du Next.

Et sur ce conseil, mademoiselle Strauss tourna les talons et lui adressa un « au revoir » d'un signe de main, puis le prévint qu'elle reviendrait lors de la première semaine de janvier pour faire le point.
Barnaby poussa un long soupir au moment où la silhouette de la femme disparut dans les ténèbres, et il en profita pour jeter un dernier coup d'œil aux alentours.
Personne, évidemment.


Le premier réflexe qu'eut Blue Rose en pénétrant dans le salon de son hôte, fut d'observer attentivement les environs. Elle s'avança doucement vers le canapé blanc sur lequel elle s'était assise lors de cette soirée de printemps, et s'égara dans le labyrinthe des souvenirs égarés. Comment avait-elle pu oublier cette brève soirée ? Ce soir où Agnès l'avait sollicité pour rapporter la nouvelle carte d'accès de Barnaby ? Elle connaissait plus ou moins cette demeure vaste et ordonnée, et voir que rien n'avait changé depuis sa dernière visite la fit sourire.
Après cette brève inspection, Karina leva la tête en direction de l'horloge accrochée au mur, juste au dessus de la télé : ses aiguilles affichaient vingt trois heures et quart.

- Tu veux manger quelque chose ?, proposa Barnaby en arrivant.
- Non merci. Je... J'ai mangé à l'hôpital, mentit la jeune femme.

Comprenant la supercherie, mais ne préférant pas insister, Barnaby étouffa un soupir et déposa la valise de son invitée contre le mur de la salle de séjour. Il la dévisagea, réfléchit un instant, puis l'invita à lui faire visiter les lieux. D'abord réticente, Karina dut finalement accepter.

Pour commencer, le jeune homme lui présenta la cuisine. Située à droite de l'entrée, la pièce s'avérait banale malgré les objets électroménagers de dernier cri qui la peuplaient. Il longea ensuite le couloir en compagnie d'une Karina au regard éteint, revint au salon, et tourna à gauche pour arriver dans la salle de bain. Spacieuse et colorée de tons azurés, elle paraissait engloutie dans les profondeurs de l'océan, et la douche de verre s'apparentait à un bloc de cristal. A l'extrémité de la pièce se tenait un petit lavabo surplombait d'un miroir qui renvoya l'image des deux Next, ce qui perturba la Rose, n'appréciant guère la vision de son reflet. Heureusement pour elle, Barnaby quitta l'endroit aux nuances bleutées, et lui montra rapidement les sanitaires. Enfin, voyant qu'elle le suivait d'un pas nonchalant qui trahissait sa motivation, il termina sa visite en lui indiquant sa chambre.

- Voilà. Ça te va ?, demanda-t-il.
- Oui.
- D'accord. Normalement le lit a des draps, mais si jamais tu as un soucis, ma chambre est juste à côté.

Les sourcils de l'invitée se froncèrent à l'entente des derniers mots. Néanmoins, elle jugea favorable de garder le silence, et examina consciencieusement la chambre. Noyée dans un blanc semblable à celui de l'hôpital, une grande fenêtre aux rideaux de soie, encadrant parfaitement la pleine Lune et sa lueur argentée, l'accueillait solennellement. A sa gauche reposait un lit simple, doté de draps aux mêmes tons pâles que les murs. A proximité se trouvait une petite table de nuit banale, et qui contenait une lampe de chevet. La jeune femme glissa ensuite le regard vers la droite, et contempla le grand bureau calé contre le mur, ainsi que l'immense penderie qui attendait qu'on la remplisse d'affaires personnelles.
Elle eut un sentiment de répulsion quand elle osa comparer cette chambre à son ancienne, à la clinique. Par ailleurs, un autre détail la dérangea : il flottait dans les airs un parfum familier, perturbant. Un effluve à la fois doux et dangereusement sensuel, dissimulant la bestialité des arômes épicés derrière une odeur fruité et légèrement sécurisante. Oui, Karina connaissait bien ce parfum : Barnaby en était imprégné, et la chambre imbibée.

- Bon, je vais te laisser. Bonne nuit si jamais tu te couches, formula ce dernier.
- Bonne nuit, répéta Blue Rose.

Elle referma la porte derrière elle dès que le jeune homme partit, et fixa en silence le plafond pendant d'interminables minutes. Cette situation l'angoissait, toutefois, elle ne pouvait rien faire pour y remédier. Alors, fatiguée, elle ouvrit sa valise et se changea rapidement, par peur qu'une ombre vicieuse et imaginaire profite du spectacle.
Habillée d'une longue chemise de nuit mauve, l'habit de velours débutait par un col de dentelle, et descendait jusqu'aux genoux de sa propriétaire. Craignant de devoir supporter une nouvelle fois la vision de ses cicatrices, Karina ne portait plus que des vêtements amples et longs. Certes, ces accoutrements la vieillissaient et lui conféraient une allure négligée, mais au moins, elle s'y sentait en sécurité, et c'est tout ce qui comptait.
Épuisée, elle s'installa sur son nouveau lit avant de se perdre dans le vague, et peina à trouver le sommeil. L'environnement inconnu, ainsi que l'odeur de Barnaby qui embué toujours la pièce, la déstabilisa.


L'aube pointait déjà le bout de ses doigts rosés lorsque l'inspecteur Crowel franchit les portes menant à son bureau. L'enquête avançait lentement mais sûrement, et elle risquait de prendre un tournant plus conséquent en cette matinée du 23 décembre. En effet, les recherches s'avéraient beaucoup plus simples depuis que ses collègues du laboratoire, avaient pu mettre un nom sur les trois mèches de cheveux découvertes sur le lieu du crime. Et malgré l'identité fausse de deux des suspects, la troisième demeurait véritable.
Elizabeth Lance.
Au fil des derniers jours à se renseigner sur ce nom, Dean et ses assistants apprirent qu'il s'agissait d'une jeune femme qui travaillait dans une grande boite, en tant que secrétaire. Cependant, du jour au lendemain, elle avait disparu sans laisser de trace, avec pour seule preuve de son départ, une lettre une démission. D'après les témoignages de ses anciens collègues, Elizabeth était une employée sensible et dévouée, et elle semblait connaître des problèmes financiers assez importants. D'autres membres du personnel, plus désagréables, pestiférèrent en sous-entendant qu'elle vendait son corps à droite et à gauche à certain collègues pour se faire une petite promotion. Les rumeurs allaient bon train à son sujet, et intriguée, Lina souhaita plus d'informations sur ce personnel concerné. Néanmoins, on ne donna aucun nom, et le trio d'inspecteurs considéra ces rumeurs comme infondées. Finalement, l'entretien se clôtura par la demande d'adresse d'Elizabeth par Walter.
A présent, Dean Crowel attendait l'arrivée de ses associés dans son bureau, prêt à visiter la demeure de la suspecte, et peut-être même à la rencontrer. Lina fut la première à le rejoindre, et Walter arriva une dizaine de minutes après.

- Prêts ?, s'enquit Dean.
- Oui, allons-y, clamèrent en chœur Walter et Lina.

Et sur ces affirmations, les trois enquêteurs partirent chez mademoiselle Lance.


Un gigantesque bloc de pierre, recouvert de balcons sur chacune de ses parois, se tenait à l'adresse indiquée. Terne et abject, le building s'apparentait à une immense cage à poules délabrée : les fenêtres, alignées les unes aux autres, renforçaient cette impression de compression. Et la pierre, salie par les méfaits du temps, laissait spéculer qu'elle était à la base d'une pureté sans faille.
Lina observa silencieusement la bâtisse délabrée, et se sentit mal à l'aise pour les habitants devant y loger plus par obligation que par choix personnel. Au même moment, Walter jeta un dernier coup d'œil au papier contenant l'adresse d'Elizabeth.
« Appartement 318, étage trois. », indiquées les lettres d'encre bleutée, à moitié effacées par l'humidité extérieure.
Après une longue et bruyante inspiration, les membres du trio pénétrèrent dans le hall et, munis d'une boule au ventre, s'y dirigèrent. Sur leur chemin, ils croisèrent quelques locataires au regard éteint, ainsi qu'une multitude de chats errants attendant avidement leur pitance. Par la suite, ils constatèrent que l'ascenseur ne fonctionnait pas, et que le seul moyen d'atteindre le troisième étage se résumait à gravir les escaliers. Walter, de part sa nature agitée et sportive, enjamba vivement les marches en compagnie de Lina. L'inspecteur Crowel, quant à lui, comprit péniblement que son âge commençait à lui causer du tort : essoufflé, épuisé, et surtout dérangé par une atroce douleur aux jambes, il se sentit inférieur devant ses deux jeunes associés.

- Patron, tout va bien ?, s'inquiéta Walter.
- La ferme, ronchonna Dean, une fois arrivé en haut.
- Normalement, le 318 devrait se trouver au bout du couloir, annonça la femme, préférant changer de sujet.

Sur ces mots, le doyen de l'équipe longea le couloir, contint une mine de dégoût en balayant du regard les environs, puis sourit discrètement lorsqu'il aperçut la porte au chiffre recherché.

- Nous y voilà, murmura-t-il.
- Que faisons-nous, Chef ?
- Tu le fais exprès ou c'est dans ta nature, Walter ?

Lina roula les yeux face à cet échange inutile et s'empressa de frapper trois coups à la porte. L'inspecteur Crowel la fixa froidement, pas vraiment satisfait de cette subite initiative. Cependant, il préféra ne pas insister là dessus, et attendit que quelqu'un leur ouvre.
En vain.
Entêtée, la mère de famille répéta son geste avant d'appeler mademoiselle Lance, espérant que cette dernière réagisse. Hélas, personne ne répondit.

- Personne ?, s'étonna Walter. On fait quoi chef ? On attend son retour ?
- Ça prendra trop de temps. Et qui nous dit qu'elle reviendra ?
- Vous pensez qu'on a le droit de forcer la porte ?, hésita Lina.
- Vous, non. Mais des professionnels comme nous, oui, se moqua Dean.

Cette réflexion arracha une moue boudeuse sur le visage de la mère.

- Donc, c'est à moi de jouer ? sourit le jeune homme.
- Oui. Après tout, c'est pour ce genre de choses que je t'ai choisi, souffla le doyen.

A cette révélation, les lèvres du jeune homme s'étirèrent, et ses perles bleutées brillèrent sous un éclat de joie. Sous l'expression intriguée de Lina, il sortit de sa poche une petite mallette de la taille de son poignet, qui s'avéra être, à la grande surprise de la femme, un kit de crochetage. Deux crochets en main, Walter s'accroupit face à la serrure, et débuta son opération.
La concentration représentait sa plus fidèle alliée lors des phases de crochetage, car la moindre erreur pouvait l'obliger à recommencer ses gestes. Toutefois, le jeune homme arrivait à bout des serrures les plus tenaces en moins de cinq minutes, provoquant souvent la confusion chez ses collègues qui le comparaient à un abruti.
Au final, Walter savait se montrer malin quand il le fallait, et Dean l'avait bien compris.

Un cliquetis résonna subitement, et une mine plutôt satisfaite se dessina sur le visage de Walter : il venait de réussir.

- Allons-y !, s'exclama-t-il.


Une odeur de renfermé agressa leurs narines quand ils pénétrèrent enfin dans l'appartement 318. Sans un mot le trio traversa le corridor étroit, et arriva dans la pièce centrale : une grande table en bois, pouvant accueillir au minimum six personnes, était posée à droite de la salle, et à proximité se tenait une petite télé maintenue sur une bibliothèque. Devant le téléviseur, deux fauteuils et un canapé recouverts d'un épais duvet de poussière attendaient qu'on les nettoie.
L'inspecteur Crowel avança de quelques pas et entreprit d'explorer les environs. Il remarqua alors deux portes sur le mur de droite, et une seule à gauche.

- Profitons en pour trouver des informations, déclara-t-il.

Ses collègues acquiescèrent d'un signe de tête et s'empressèrent d'entrer, chacun, dans une salle. Lina prit la porte de gauche, et déduit qu'elle se trouvait dans la chambre de la suspecte lorsqu'elle y distingua un lit miteux calé contre l'un des murs.
Peu aérée depuis un bon bout de temps, il émanait de la pièce un désagréable parfum qui força la femme à tousser un bon coup, et à porter une main à son nez. Peu après, elle observa minutieusement les alentours, et constata qu'Elizabeth Lance devait apprécier la lecture en voyant des livres traîner un peu partout. Elle se fraya laborieusement un chemin jusqu'au bureau situé derrière le lit, l'effleura du bout des doigts, et se sentit soudainement mal à l'aise en distinguant une petite poupée de porcelaine posée sur le rebord du meuble. Son regard de verre fixait intensément le lit de sa propriétaire, à l'instar d'une oubliée attendant désespérément le retour de sa meilleure amie.
Lina déglutit à cette image, et s'éloigna du jouet pour jeter un œil à la grande armoire juste à coté. Les robes en dentelle s'alignaient sur les cintres par couleur, et formaient un arc-en-ciel aux tons pâles. Au milieu de ces vêtements, reflétant une innocence déconcertante, se trouvait un tailleur noir plutôt moulant. Sans doute sa tenue de travail.
Ce contraste perturba la mère. Selon elle, la tenue des gens en disait long sur leur personnalité, et entrevoir des robes aussi distinguées l'incita à penser qu'Elizabeth n'était qu'une jeune femme candide, incapable de survivre dans le monde des adultes.
Elle referma doucement les portes de la penderie et se tourna vers le lit sans grande conviction. Toutefois, posé sur la table de nuit, un objet particulier retint son attention.
De forme carrée, il s'agissait d'une petite boite rose ornée d'arabesques pourpres. Lina la contempla un moment, perdue dans ses pensées, cependant la curiosité l'incita à s'interroger sur son contenu. Alors, manipulée par le désir d'en savoir plus, elle releva lentement l'opercule, et une musique à la fois douce et entraînante rompit le calme des alentours.
Les yeux de la femme se fermèrent à l'écoute de cette agréable mélodie qui la ramena inconsciemment à ses jeunes années. Elle se remémora les sorties au parc en compagnie de ses parents, se souvint de la captivante odeur sucrée des bonbons, et se rappela de la joie qui n'avait cessé de l'envahir chaque matin de Noël. La composition de cette boite à musique était envoûtante, presque idyllique, et le flash-back des bons moments se termina quand la dernière note retentit. A cet instant, Lina revint à la réalité, et bien que la mélodie reprît de plus belle, elle préféra s'attarder sur ce qu'elle pouvait contenir.
Elle trouva simplement une enveloppe dorée à l'attention d'Elizabeth contenant la lettre suivante :

« Ma chère Elizabeth,

Bien que nous nous voyons tous les jours, j'estime que certains mots sont fait pour être écris. Tout d'abord, sache que je suis heureux de te savoir de nouveau à mes côtés, comme lors de cette époque où nous travaillions ensemble au bureau. Ta présence est un plus qui égaie constamment mes journées, je l'ai su dès l'instant où nos routes se sont de nouveau croisées durant cette journée d'avril.

C'est pourquoi je souhaiterais t'inviter à une fête qui se déroulera le soir du 5 octobre chez un ami de longue date, propriétaire d'un grand manoir. En effet, celui-ci, friand des cérémonies et autres festivités liées aux plaisirs simples de la vie, m'a convié chez lui pour une soirée en compagnie d'autres proches à lui. Voilà pourquoi je me décide de t'envoyer cette invitation : venir seul, et surtout sans toi n'est pas concevable.
Dans le cas d'une réponse favorable, l'adresse du manoir se trouve en bas de la page.

En espérant un retour positif de ta part, je te pris d'agréer, ma chère Elizabeth, mes respectueuses salutations.

Aiden. »

Après la lecture de cette invitation, les billes noires de Lina glissèrent au bas de la page et lurent attentivement l'adresse indiquée. Cet endroit ne lui disait rien, étant donné qu'il semblait se trouver en dehors de la ville, mais ce qui la perturba encore plus était ce nom en guise de signature.
Aiden.
Elle devait énormément tenir à cette invitation pour la cacher dans une boîte à musique. S'agissait-il d'une œuvre d'un amant inconnu ? D'un récent petit copain ? Dans tous les cas, l'amour qui jaillissait de la lettre paraissait véritable.
Toutefois, une part inconsciente dans le cœur de Lina lui demanda de se méfier de ces propos, bien trop romantiques pour être véritables.
Elle relut une nouvelle fois l'adresse, et rejoignit Dean pour lui faire part de sa trouvaille.

- Je connais un peu le coin, affirma l'inspecteur. C'est un endroit plutôt calme et sympathique. Néanmoins, j'ai ouï dire que rencontrer le propriétaire du manoir s'avérait être une tache assez ardue.
- Vraiment ? Et pourquoi ça ?, questionna la mère.
- Je n'en sais pas plus, je n'ai jamais eu affaire à lui. C'est un homme assez influent à la tête d'une grande entreprise, le travail doit lui prendre énormément de temps.
- Assez pour pouvoir organiser de grandes fêtes, en effet...

Comprenant le double sens de la phrase à Lina, Dean plongea son regard dans le sien et demeura silencieux un long moment. Quelque chose clochait. Et cette histoire de cérémonie ne lui inspirait guère confiance, surtout que l'auteur de la lettre paraissait plus malin que prévu. En effet, pourquoi avait-il signé de son prénom alors que tout le reste était écrit dans un langage soutenu et solennel ? Ce simple détail perturbait l'inspecteur, persuadé qu'un indice capital se cachait derrière cette invitation.
Il leva son poignet et regarda l'heure qu'affichait sa montre : dix heures et vingt minutes. La journée risquait d'être longue.

- Que faisons-nous ? Nous ne savons toujours rien sur cette Elizabeth Lance, si ce n'est qu'elle avait rendez-vous le 5 octobre à l'adresse indiquée..., s'inquiéta Lina.
- Je pense que la meilleure chose à faire est de se rendre au manoir. Nous en apprendrons certainement plus à ce sujet, conclut Crowel.
- Mais vous venez de dire qu'il était difficile de rencontrer le propriétaire...
- Essayons toujours. Je ne pense pas qu'il refusera la venue d'une équipe de police, sauf s'il a quelque chose à cacher.
- Certes...

Et sur cet échange, l'homme et la femme s'échangèrent un dernier regard. Peu après, Dean appela Walter pour le tenir au courant de ces informations, et ce dernier annonça qu'il n'avait rien trouvé d'intéressant de son côté. Déçu, le doyen de l'équipe proposa de partir, et déposa un avis de passage sur la table de la salle à manger.
Ce qu'il ignorait, c'est que jamais personne ne le lirait.


Note de l'auteur : Je suis particulièrement contente de ce chapitre en général. L'idée de la boite à musique et la lettre m'étaient venus sur un coup de tête au moment de la rédaction, et même après relecture, je suis fière de mon idée ! Après, je ne suis pas spécialement douée pour écrire des passages qui se rapprochent plus ou moins d'une enquête et de recherches. De ce fait, j'espère que ça vous aura plu malgré tout. Les choses avancent et les pièces du puzzle se rassemblent petit à petit ! J'ai hâte de vous poster la suite !
Rendez-vous le 29/08 pour la suite (dernier week-end avant la reprise, pour ma part... *sniff*)