Culpabilité


Adamaï avait rejoint les autres, pour être interpelé par Evangelyne qui avait remarqué l'absence d'Amalia et lui demandait, visiblement inquiète, s'il l'avait vue. Yugo, lui aussi, s'était arrêté pour savoir où était la princesse.

« Elle se sentait un peu fatiguée et a décidé de rester en arrière un moment, pour se reposer. Elle nous rejoindra après.

- Elle est restée seule, s'écria Evangelyne ? Non, ça ne va pas, il faut que quelqu'un reste avec elle ! »

La jeune Crâ n'eut cependant pas le temps de faire quoi que ce soit, avant que son bébé ne se fasse sentir, et que sa fille Elely ne lui prenne la main pour l'entraîner avec elle pour lui montrer quelque chose.

« Attends Elely, je.. »

Mais rien à faire, sa fille ne l'écoutait pas. Yugo décida d'aller rejoindre la princesse. Evangelyne tenta une dernière fois de l'accompagner, mais sa fille ne lui laissa pas la moindre chance, et elle ne put que regarde le jeune Éliatrope disparaître sans l'attendre. Adamaï s'approcha de la jeune Crâ et lui dit :

« Ne t'inquiète pas, Yugo va veiller sur elle. Et puis... je crois qu'ils ont des choses à se dire.

- Tu as sans doute raison... Mais je ne peux pas m'empêcher de penser que je devrais lui parler...

- Pour le moment, ne devrais-tu pas plutôt t'occuper de ton fils ? Il a l'air bien agité...

- Oui, en effet ! Doucement bébé, je vais te nourrir... »

Elle regardait encore derrière elle, alors qu'il n'y avait déjà plus aucune trace de Yugo. Les autres avaient fini par trouver un endroit où installer un camp et se mettaient au travail. On se reposait, on se soignait. Rapidement, tout le monde finit par s'endormir à cause de la fatigue accumulée.

x

Yugo trouva rapidement la princesse, complètement recroquevillée sur elle-même. Il pouvait entendre les sanglots étouffés.

« Amalia... ça va ? »

En entendant sa voix, la jeune femme sursauta et essaya d'essuyer ses larmes en vain. Elle lui répondit difficilement :

« Oui, tout va bien, je vais bien ! Tu peux y aller !

- Tu pleures ?

- Non ! Tout va bien ! Laisse-moi ! »

Mais au lieu d'obtempérer, l'Éliatrope s'approcha de la Sadida et lui prit doucement les épaules pour la relever et voir son visage en pleurs.

« Amalia... Qu'est-ce qu'il y a ? S'il-te-plaît, dis-moi...

- ... Ce n'est rien.

- Visiblement, si c'est quelque chose...

- C'est juste que... Je... Ils... Ma faute... J'aurais dû...

- Qu'est-ce que tu racontes ?

- Echo et Oropo ! Ils ne nous pas suivi... Ils sont morts !

- Ce n'est pas de ta faute !

- J'aurais dû faire quelque chose ! J'aurais dû agir... faire quelque chose ! Les convaincre ! J'aurais dû...

- Amalia ! Ce n'est pas de ta faute. Si quelqu'un doit porter le blâme pour ça, c'est moi... »

Mais Amalia ne l'écoutait déjà plus, ne pouvait plus l'entendre, alors qu'une culpabilité sourde l'envahissait en remontant doucement comme une vague. Elle continuait à parler, sans savoir vraiment ce qu'elle racontait, ni si ce qu'elle disait avait un sens.

« Et mon père ! Et mon frère ! Je devrais être à leurs côtés, pour les soutenir, pour les aider, pour, pour... Je... Je ne devrais pas être ici à batifoler ici à ne rien faire ! Armand a raison, je suis une honte ! »

Et de repartir en sanglots devant un Yugo atterré alors qu'il commençait à saisir l'ampleur de la détresse de son amie. Il ne savait pas trop quoi faire, ne parvenant pas à trouver les mots pour la calmer, et la prit donc dans ses bras, la serrant un peu plus contre lui à chacun de ses sanglots. L'Éliatrope passait sa main dans les cheveux de la Sadida en murmurant doucement qu'elle n'y était pour rien et qu'elle n'était pas une honte, essayant de la calmer comme il le pouvait. Il lui rappelait tout ce qu'elle avait fait de bien, listait ses qualités, et la laissa pleurer, pleurer et pleurer autant qu'elle le voulait et qu'elle en avait besoin.

Au bout d'un moment, Amalia finit par s'endormir, toujours dans les bras de Yugo qui l'allongea doucement sur ses genoux, restant à ses côtés pour veiller sur elle. Il utilisa son wakfu pour vérifier où se trouvait les autres, avant de s'endormir à son tour.