Disclaimer: Hormis mes OCs, les personnages et l'univers présents dans cette fanfiction appartiennent aux studios SUNRISE.
Bêta-Lectrice: Encore et toujours Sayuri-Geisha :3
Bien le bonjour la compagnie ! J'espère que vous profitez bien de votre week-end et que vous ne stressez pas trop à cause de la reprise (que ce soit des cours ou du boulot). Avant d'entamer ce chapitre, sachez que j'ai été agréablement surprise par le nombre de visites de ce mois. Environ 200 ! Pour certain ce n'est pas énorme, mais à mes yeux c'est franchement génial ! Je suis en effet consciente qu'une fanfic Tiger&Bunny ne fait pas franchement l'unanimité si elle ne contient pas de yaoi, et voir que mon histoire parvient quand même a attirer des curieux (de tout plein de pays en plus) me fait chaud au cœur ! N'hésitez pas à laisser quelques reviews si l'occasion se présente à vous, car j'aimerais connaître votre ressenti :).
A côté, j'ai plus ou moins rattrapé le retard que j'avais pris dans l'écriture de mes chapitres, et j'en viens même à réfléchir à une série d'OS que je pourrais écrire par la suite, cependant, je préfère ne pas trop en dire car rien n'est encore décidé.
En attendant, je vous souhaite une bonne lecture !
Chapitre XXX : Mensonges et conspirations
Deux perles sombres se posèrent sur un livre plutôt épais et décryptèrent en silence les lettres imprégnées sur les feuilles de papier jauni.
Durant ses rares moments de détente, Aiden J. Howards se plaisait à plonger dans ce qui le passionnait le plus en ce monde : la lecture. Depuis son plus jeune âge, il passait un temps infini à dévorer diverses œuvres, que ce soit derrière une étagère de bibliothèque, ou bien dans son lit jusqu'à tard dans la nuit. Le livre ne quittait pratiquement jamais ses mains, et plus encore que les enseignements primaires qu'on leur enseignait en classe, il apprenait bien plus dans ces ouvrages que dans n'importe quel manuel scolaire.
« Les livres sont les boîtes de Pandore de la Connaissance et du Savoir », se répétait-il sans cesse. Ainsi, sa personnalité se forgea petit à petit grâce à ses nombreuses lectures variées. En effet, il aimait autant le mystère des polars, l'angoisse des thrillers, que la plongée dans une épopée, un conte macabre, une autobiographie ou un documentaire d'histoire. Chacun de ces genres lui permit d'ailleurs de développer les qualités qui firent de lui, aujourd'hui, un être supérieur. Certes, en tant que Next, il l'était déjà, néanmoins le livre l'éduqua sur d'autres points importants pour l'aider à gouverner.
Tout commença avec l'épopée. Comme certainement un bon nombre d'enfants, il raffolait suivre les aventures épiques d'hommes à l'apparence commune, mais qui possédaient en eux une force et une détermination hors paires. Ces personnages le fascinaient, et créaient en lui un sentiment d'admiration, qui se transforma très vite en un besoin de reproduire ces schémas à sa façon. A cet instant, il se mit en tête de vivre, à son tour, un destin grandiose, digne des plus grandes épopées de l'univers. Personne, dès lors, n'oublierait son nom, et on l'adulerait avec véhémence.
Par la suite, ce fut les « méchants » des polars qui lui apprirent notamment à être minutieux, à ne jamais laisser de trace derrière soi, et à penser que plus on occupait une place sociale élevée, plus on détenait le pouvoir d'appliquer sa propre vision du monde, ce qui lui correspondait parfaitement.
Puis, l'ambiance d'un thriller l'amena à comprendre les ficelles d'une parfaite tension, et à manier les rouages d'une pression terrifiante. Nul doute que ses connaissances dans ce domaine finirent par développer en lui un esprit stratégique. De là, il parvint, avec une extrême maniabilité, à diriger le plan qui avait consisté à enlever l'un des Héros, et à instaurer une peur indicible dans le cœur de ses adversaires. De plus, l'angoisse ressentie par les habitants de Stern Bild à ce moment-là se révéla au dessus de toutes ses attentes.
Cependant, il ne lui fallait pas oublier que ce plan vit le jour aussi grâce aux documentaires historiques qu'il lisait depuis des années. Que cela concerne la construction des monuments essentiels de la ville, tels que la Tour de la Justice, ou bien les fondations qui menaient à des passages secrets, il découvrit énormément de choses à travers ces lectures enrichissantes, et put donc mener à bien son objectif.
Oui, Aiden J. Howards adorait lire. Et tous ces recueils entreposés dans l'immense bibliothèque de son bureau ne constituaient qu'une infime partie de sa collection personnelle. Toutefois, il existait une catégorie qui se démarquait à ses yeux, et qui demeurait sa préférée : les études de grands philosophes et psychanalystes. Selon lui, ces ouvrages reflétaient les problématiques universelles des hommes, en plus d'élucider quelques mystères liés à la vie. Par conséquent, lorsqu'il prit connaissance des écrits liés à la psychologie humaine, un rictus cynique se faufila sur son visage, et ses doutes se changèrent en une certitude implacable ; ces déchets de la race humaine ne savaient définitivement rien faire d'autre que s'observer mutuellement, et ils ne cherchaient même pas à se comprendre naturellement. Finalement, les écrits d'auteurs Next se révélaient beaucoup plus pertinents face à ces brouillons rédigés par des membres de la race inférieure.
Soudain, quelqu'un frappa à la porte, obligeant Aiden à lever le regard de son livre. Après l'avoir refermé d'un geste vif, il invita l'inconnu à entrer, et Ascelin pénétra dans l'enceinte du bureau.
- Je ne te dérange pas ?, demanda le nouvel arrivant.
Le haut placé brassa sa main dans le vide pour lui signaler que non. Suite à cela, Ascelin joignit rapidement ses jambes et se redressa pour se tenir plus droit qu'il ne l'était déjà, à l'image des soldats de guerre prêts à annoncer leur rapport.
- J'ai une bonne nouvelle, déclara-t-il derrière un sourire sournois. J'ai observé minutieusement Barnaby Brooks Jr. comme tu me l'avais demandé, et j'ai l'honneur de t'annoncer qu'il a pris Blue Rose sous son aile.
Les lèvres du supérieur s'étirèrent un peu à cette annonce. Toutefois, il jugea préférable de ne pas s'emporter de suite, et se mura dans le silence un instant, à la recherche de ses mots. Certes, les choses se déroulaient exactement comme il les prévoyait, mais il ne devait en aucun cas reproduire la même erreur et perdre sa concentration. Son dernier échec restait encore trop amer à supporter, et assurer ses arrières demeurait sa première priorité.
Après de courtes secondes de réflexion, Aiden plongea son regard ébène dans celui d'Ascelin, et il quitta son siège pour le rejoindre.
- Tu n'as eu aucun soucis ?
- J'ai rencontré quelques uns de ses paparazzis hier soir, mais je m'en suis occupé et ils ne reviendront plus jamais.
- Bien joué Ascelin. Décidément, tu sais te repentir de tes erreurs.
Une palpitation charnelle chatouilla l'échine de l'interpellé lorsque les compliments retentirent. Il avait presque oublié à quel point les éloges de son supérieur lui procuraient autant de joie. Cependant, dissimulé derrière le masque de l'indifférence, il cachait son bonheur, et continuait de l'enfermer dans le coffre de la honte.
- J'aurais une question..., murmura Howards à l'oreille de son ami. Tu m'avais expliqué que l'ombre présente dans le subconscient de Barnaby incarnait un sentiment puissant...
- Oui c'est exact. Il devait penser à quelqu'un sans vraiment s'en rendre compte..., développa Ascelin. La plupart du temps, cela symbolise un amour inconscient. Un amour qui prend vie.
- « Un amour inconscient » hein ?, ricana Aiden.
- Hum ? Pourquoi ris-tu ?, l'interrogea son cadet, interloqué.
- Pour rien... C'est juste que tu m'expliques cela comme si tu savais tout de l'amour !
Brusquement, les frissons de plaisir se changèrent en électrochoc et paralysèrent Ascelin dans un carcan de douleur. Aussi anodine soit-elle, cette remarque lui procura un désagréable sentiment de remord, prêt à lui arracher le cœur.
« Comme si je savais tout de l'amour ?, se répéta-t-il, attristé. Il est vrai que je ne suis pas doué en la matière, seulement Aiden... Ne comprends-tu donc pas que je suis prisonnier des griffes de la passion ? »
Ces mots effleurèrent les lèvres du jeune homme sans pour autant s'en évader. Sûrement effrayé d'enclencher les rouages d'un Destin beaucoup trop précoce, Ascelin se fit violence pour ne pas dévoiler ses émotions secrètes.
« Et c'est toi, uniquement toi le fautif ! », se dit-il, au moment même où son amour secret lui tourna le dos.
Alors qu'Ascelin se perdait dans les méandres de ses pensées, monsieur J. Howards croisa les bras avant de s'égarer, à son tour, dans ses réflexions. Concentré sur l'élaboration de ses noirs desseins, il ne remarqua pas la mine affligée de son ami.
- Demain soir, à la veille de Noël, se tiendra une grande réunion, reprit le chef. Nos compatriotes ont besoin de connaître plus en détails notre nouveau plan.
- Je vois... Tu veux que je les prévienne ?, demanda Ascelin, avec une pointe de tristesse dans la voix.
Aiden acquiesça d'un signe de tête, puis lui adressa un sourire en coin en guise de remerciement. Un sourire à la fois doux et désagréable aux yeux du cadet, qui ne demandait qu'à pouvoir avouer un jour ou l'autre ses sentiments. Ce fut avec la frustration au cœur qu'il quitta la pièce, et se maudit de sa propre faiblesse.
Un silence morne régnait dans le manoir d'Itsuki Shirow, donnant alors l'impression que toute forme de vie avait déserté les environs. Les fenêtres du salon renvoyaient le paysage pâle de l'hiver, et le soleil pourpre de l'aube filtrait à travers les branches dégarnies des arbres.
Tandis que le propriétaire des lieux dormait encore, confortablement bien enfoui dans ses couettes de velours, Lian-Hua contemplait, sans un mot, le tableau saisonnier. Enfermée dans sa chambre, elle aimait profiter de ces instants calmes, où seule la solitude lui tenait compagnie. Chaque matinée se suivait d'un petit rituel qu'elle prenait plaisir à effectuer : elle se douchait, s'habillait, et se posait devant sa fenêtre pour admirer, rêveuse, le paysage capricieux de la saison. C'était son trésor à elle, son petit moment de plaisir avant de débuter une longue et pénible journée aux côtés de son supérieur.
Cependant, même si elle aimait profiter de cette sérénité, elle ressentait également en elle un profond sentiment de tristesse. Ce sentiment s'accentuait particulièrement lors de l'hiver, époque de l'année où la terre se dessèche, que les oiseaux partent pour de meilleurs horizons, plus chauds, et que la vie semble se désintéresser de toute âme humaine. De plus, généralement, un tapis blanc recouvrait le sol, et amenait avec lui une brise glaciale, qui figeait sur place quiconque oserait se promener dehors sans précaution.
Malgré le danger que représentait le froid hivernal, Lian-Hua se plaisait à s'imaginer franchir sa fenêtre, et s'échapper enfin de sa prison de glace. Car oui, bien que le manoir d'Itsuki Shirow baignât dans l'opulence et dans la chaleur d'un bon feu de cheminée, son cœur ne cessait de se frigorifier au fil des années, plus que si elle affrontait le vent gelé de l'extérieur. Combien de fois d'ailleurs s'était-elle surprise à tenter de s'enfuir, à ouvrir cette vitre et poser le pied sur le sol humide, chaud, mou, dur, avant de tomber dans un bruit sourd, ligotée par une chaîne invisible qui la paralysait littéralement ? L'alliance maudite l'empêchait ainsi d'aller plus loin, et la retenait immobile jusqu'à ce que son supérieur la retrouve, et la corrige à nouveau. Et pourtant, elle persévérait. A moins qu'elle désespérait, et que chaque tentative ne représentait en réalité qu'un besoin d'agir, de se sentir toujours vivante par le biais de la souffrance.
Finalement, elle abandonna, et enferma son désir dans un coffre scellé.
Ainsi, à l'instar d'un oiseau qu'on enfermerait dans une cage, et qui se refusait désormais de chanter, la jeune femme contemplait d'un regard désillusionné le paysage qui se transformait doucement mais sûrement tous les mois, contrairement à elle qui ne changeait pas. Bien sûr, l'idée de se couper le doigt traversa son esprit, et l'espoir de regagner de cette manière sa liberté la motiva longtemps d'aller au bout, seulement lorsqu'elle prit le couteau dans la main, et qu'elle le porta à son annulaire, elle se pétrifia d'effroi. Le courage ressenti plus tôt déploya donc ses ailes d'argent, et s'envola loin d'elle, la laissant une nouvelle fois face à son funeste sort. Il n'existait plus de solution pour elle, plus d'alternative à sa vie de captivité, elle resterait éternellement enchaînée aux rouages d'un destin cruel.
Puis, soudain une autre pensée l'effleura, comme une évidence: celle d'assassiner Shirow. Si elle y parvenait, elle retrouverait certainement son libre arbitre, et pourrait partir sans que cette bague contrecarre ses plans. Cela semblait si facile. Si parfait.
Lian-Hua redressa la tête, et s'éloigna de son petit coin de paradis éphémère, pour s'approcher de sa coiffeuse. De là, elle se saisit d'une clef, dont elle seule connaissait l'existence, et qu'elle accrochait à l'intérieur d'une boîte à bijoux, et l'inséra dans l'un des tiroirs. Une dague recourbée au manche gravé de symboles dorés apparut alors dans son champ de vision. Elle gardait cette arme précieusement, pour le jour où elle se déciderait à le tuer. En effet, même si elle désirait du plus profond de son cœur vivre comme elle l'entendait, elle tremblait d'horreur à la simple image d'enfoncer le couteau dans la poitrine de son supérieur. De plus, si elle ne réussissait pas à se tailler le doigt, comment pouvait-elle se convaincre de poignarder son tuteur ?
Lian-Hua reposa l'arme blanche à sa place initiale, et referma le tiroir avec une assurance peu contrôlée.
Vouée à elle-même, elle dut se faire violence pour retenir la bile qui lui brûlait la gorge. Lorsqu'elle porta une main tremblante à ses lèvres, la sonnette résonna dans la demeure. Surprise, elle tourna la tête en direction de la fenêtre, et plissa les yeux en remarquant trois personnes qui lui étaient inconnues : deux hommes et une femme. Un long soupir s'évada de sa bouche quand le bruit aigu de la sonnette se réitéra. Peu convaincue par l'utilité de cette initiative, elle se hâta pourtant de rejoindre les nouveaux arrivants.
De leur côté, Dean, Walter et Lina attendaient patiemment à la grille qu'on réponde à leur appel. Toutefois, la mère de famille commença à s'irriter devant le manque de réponse, et s'apprêta à appuyer une énième fois sur la sonnette. Heureusement le doyen de l'équipe, plus rapide, la retint.
- Laissez lui le temps d'arriver !, grogna celui-ci.
- Moi je le trouve bien lent, siffla-t-elle entre ses dents.
- Ne savez-vous donc pas contrôler vos émotions ?! Calmez-vous ou ça va mal finir !
- Oh, je vois quelqu'un !, s'exclama Walter, sourire aux lèvres.
A cette annonce, les yeux de l'homme et de la femme glissèrent vers le portail qui les empêchait d'avancer. Dans la brume matinale se dessinait une silhouette fine, marchant avec conviction vers le groupe d'enquêteurs. Ses pas assurés dévoilaient une personne confiante et courageuse, sans pour autant se révéler plus dangereuse que les autres.
Lorsque le trio la distingua un peu mieux, leurs réactions varièrent les uns des autres : la surprise s'empara de Lina, qui, jusque-là, pensait rencontrer un vieillard sénile. Pendant ce temps, les sourcils de l'inspecteur Crowel se froncèrent, car il se sentit étrangement oppressé par cette arrivante. Quant à Walter, ses perles bleutées fixèrent avec intensité la beauté qui se trouvait devant lui. Cette femme aux yeux bridés abordait une expression alliant mystère et douceur, et dans son regard ébène crépitait une flamme d'incompréhension. Elle était une merveille de la nature, une Nymphe sortie des Limbes, et Walter se doutait qu'une telle déesse ne pouvait que cacher un grand secret.
Les bras croisés, Lian-Hua dévisagea le trio en silence, et, comprenant qu'ils ne parleraient pas les premiers, elle engagea la conversation :
- Bonjour ? Je peux vous aider ?
- Bonjour, répétèrent en chœur les enquêteurs, avec plus ou moins d'hésitation dans la voix.
- Nous sommes de la police, nous voudrions nous entretenir avec le propriétaire des lieux, révéla Dean.
L'asiatique eut du mal à contenir un gémissement de surprise quand la déclaration retentit. Que venait donc faire la police ici ? Qu'avait-elle à dire à monsieur Shirow ?
- C'est à quel sujet ? demanda-t-elle, en essayant de paraître la plus calme possible.
- Nous avons quelques questions à lui poser, développa l'inspecteur Crowel.
- Quel genre de questions ?
Un duel silencieux éclata entre le doyen et la chinoise. Les pupilles vertes du premier, fixèrent avec une certaine intensité ceux de la seconde. Néanmoins, celle-ci conserva son sang froid, et continua de soutenir le regard de Dean, comme si elle lisait son âme.
En réalité, elle réfléchissait.
Elle réfléchissait à l'attitude à adopter devant ce type, et aux mots à employer pour que son supérieur ne subisse pas de conséquences fâcheuses. De plus, elle se posait mille et une questions au sujet de cette visite inattendue. De quoi accusait-on Itsuki Shirow ? Le soupçonnait-on de meurtre ? De trafic ? Ou est-ce que les inspecteurs remontaient vers lui par le biais d'une autre enquête ? Qu'importe au final, car elle se doutait que tout cela le ralentirait dans ses projets, et qu'en retour, trois personnes perdraient la vie.
Sauf si...
Lian-Hua porta une main à son menton et s'enfonça un peu plus dans l'univers de ses réflexions. Elle tenait peut-être quelque chose. Quelque chose qui lui permettrait sans doute de regagner sa liberté. Sa tendre et chère liberté...
- Chef, que faisons-nous ?, hésita Walter.
- On va devoir forcer le portail si cette demoiselle ne veut pas coopérer, cracha Dean.
- « Demoiselle » ?, répéta Lian-Huan d'un sourire en coin. Comme vous êtes galant mon bon monsieur. Ça me pousserait presque à vous ouvrir...
- Je crois qu'elle se moque de vous, chef...
- Walter, s'il-te-plaît, ferme la pour une fois.
Silencieuse depuis un moment, Lina se faisait violence pour ne pas laisser la colère et la frustration l'envahir. Ils perdaient du temps, et le comportement de l'Asiatique l'agaçait au plus haut point. Face à cette situation, elle se sentit misérable et inutile en comprenant qu'elle ne pouvait rien faire, juste attendre que les inspecteurs prennent les devants. Sans eux, elle ne valait rien. Elle n'avait aucune expérience dans ce domaine, et donc pas la moindre chance de la convaincre de les laisser passer. A quoi servait-elle alors ? N'était-elle, finalement, qu'un poids pour ses collègues ? Elle se demandait s'ils n'avaient pas fait une erreur en l'acceptant à leurs côtés...
Soudain, alors qu'elle sentit les larmes lui monter aux yeux, l'image de son mari lui revint en mémoire. Le deuil s'avérait encore trop douloureux à accepter, et elle ne parvenait pas, pour le moment, à tourner la pager sur cet affreux événement. Quelqu'un lui avait arraché son bien aimé, changeant sa vie pour toujours. Pire, Naomi, sa fille, ne connaîtrait son père que par le biais de souvenirs et de clichés, sans jamais profiter de ses étreintes si chaudes et rassurantes. Jamais elle ne ne comprendrait les bienfaits de l'amour paternel. Et le monstre coupable de cette flétrissure se tenait peut-être là, à quelques mètres de Lina, dans ce manoir si grand et beau.
« Sois courageuse ! Garde la tête haute, et tout se passera bien ! », lui avait dit une fois son époux, lorsqu'elle prit peur devant les échographies dévoilant l'enfant qu'elle attendait.
Pourquoi se souvenait-elle de cela ? Et surtout, pourquoi se sentait-elle allégée d'un poids en y repensant ? S'agissait-il de la preuve qu'Ethan demeurerait éternellement en ce monde ? Dans son cœur ?
Cette idée la força à ravaler ses peines et ses doutes. Puis, dans un élan imprévisible, ses mains s'agrippèrent aux barreaux du portail, interpellant Lian-Hua qui se tourna vers elle, interloquée.
- Pourquoi faites-vous cela ?, s'emporta la mère de famille. Pourquoi cherchez-vous à gagner du temps ?! Laissez-nous passer maintenant ! Ou alors... Ou alors nous entrerons de force !
- Lina... !, s'exclamèrent ensemble Dean et Walter.
Trop concentrée à fixer la chinoise dans les yeux, l'interpellée ne prêta aucune attention à ses collègues. Lian-Hua, quant à elle, resta silencieuse durant plusieurs minutes sans pour autant détourner le regard de celui de Lina. Dans les prunelles sombres de celle-ci se reflétait une détermination fougueuse, emplie d'une tristesse touchante, à la limite bouleversante.
Devant cette expression ferme et audacieuse, l'asiatique ressassa l'idée qui venait de germer en elle : et si ces inspecteurs devenaient la clef qui lui permettrait enfin d'ouvrir sa cage d'or ? Qu'avait-elle à perdre en les aidant de toute façon ? En imaginant un plan aussi invraisemblable, elle goûterait ainsi aux plaisirs du libre arbitre. Quelle délectable pensée... Elle souhaitait donc s'accrocher à cette parcelle d'espoir, aussi infime soit-elle.
Elle devait oser.
Il le fallait !
- Vous ne pourrez pas entrer..., murmura-t-elle doucement.
- P-Pardon ?, bégaya Lina.
- Alors, il a vraiment quelque chose à cacher, n'est-ce pas ?, menaça l'inspecteur Crowel.
- Peut-être bien.
L'élocution énigmatique s'infiltra dans les oreilles du trio, et sans vraiment comprendre comment ni pourquoi, elle déposa entre eux un mutisme angoissant.
- Vous n'aurez aucune chance de vous en sortir si vous le rencontrez aujourd'hui, avoua enfin Lian-Hua.
- Comment ça... ?, interrogea la mère.
- Monsieur Shirow n'est pas vraiment celui que vous croyez. En ce moment, il se repose, mais son réveil est imminent.
- A vous entendre, on dirait qu'un monstre se cache dans ce manoir..., dit Walter.
- C'est le cas.
Walter fut le seul à être heurté par la révélation. En effet, Dean et Lina attendaient impatiemment, bien qu'avec suspicion, plus d'explications. Lian Hua ne se fit pas prier :
- Écoutez, je sais qu'il est difficile de croire une inconnue qui décline vos demandes, mais à l'heure actuelle, je peux vous certifier qu'il est dangereux de rendre visite à mon supérieur ! En revanche, je peux vous donner rendez-vous un autre jour pour...
- Hou, ça sent mauvais tout ça !, s'exclama Dean, en portant une main à sa tête. Qui nous dit que vous ne cherchez pas à nous tendre un piège ?
- C'est vrai ça, confirma Lina. Vous pouvez tout aussi bien prévenir... « Monsieur Shirow », c'est ça ? Et préparer un plan pour nous tuer !
Réaction totalement logique et compréhensive de leur part. Toutefois, de peur d'éveiller des soupçons futiles, Lian-Hua préféra conserver une attitude calme et posée.
- En effet, je pourrais faire cela. Sauf que si c'était le cas, je vous ferais entrer de suite et préviendrais immédiatement mon supérieur. Par ailleurs, je comptais vous conseiller de prendre une ou deux armes avec vous la prochaine fois, histoire de vous protéger un minimum...
Elle ponctua son explication en jetant un dernier coup d'œil aux deux incrédules. Ceux-ci semblèrent se rétracter. Walter, de son côté, la dévisagea intensément, comme si cet acte lui permettrait de déceler le vrai du faux.
Il n'en fut rien, évidemment.
- Auriez-vous un stylo et un papier ?, interrogea Lian-Hua.
Résigné, l'inspecteur Crowel lui offrit son bloc note et son stylo. Elle l'accepta et gribouilla sur la première feuille plusieurs mots avant de le lui rendre.
- Toutes les indications se trouvent là dedans. Je ne vous demande rien d'autre que de me faire confiance...
- C'est assez difficile ce que vous nous demandez là..., souffla le doyen du trio.
- Je sais bien. Mais il en va de votre vie... Monsieur Shirow est un Next, et des humains comme vous ne pourront le stopper...
A l'instar d'une gifle, la révélation choqua les enquêteurs qui s'étaient préparés à tout sauf à cela. Et brusquement, les paroles de Lian-Hua paressèrent plus sincères et véritables, certainement à cause de l'étincelle ardente qui brûlait au fond de ses pupilles. Si un Next se trouvait bel et bien de l'autre côté de ses grilles, alors effectivement, ils ne s'en sortiraient pas indemnes. Néanmoins, Lina ne se laissa pas berner par la peur et ralluma la flamme de la conversation :
- Pourquoi nous aider ?
- … Parce que j'ai confiance en vous. Vous faites partis de la justice et en ce moment, je veux pouvoir compter sur elle..., confessa Lian-Hua, avec une sincérité touchante.
Comment réagir devant une telle révélation ? A cet instant, le trio comprit qu'il pouvait accorder un minimum de confiance à cette femme. Ainsi, après s'être excusés du désagrément occasionné et avoir adressé un geste vif de main en guise d'au revoir, les inspecteurs quittèrent les lieux, avant de jeter un œil sur la note de Lian Hua :
« Revenez au manoir le 10 Janvier à 20h00. Je vous y attendrai. Prévoyez aussi les choses suivantes :
- Un costume noir pour vous, messieurs
- Une robe rouge pour vous, madame
- Des armes facile à dissimuler
Restez avant tout décontractés et confiants quand vous pénétrerez les grilles du portail, car un seul faux pas vous sera fatal.
Bonne chance, et à bientôt.
Lian-Hua. »
- Lian-Hua, hein ?, marmonna l'inspecteur Crowel, tandis qu'il montait dans sa voiture.
Les chiffres sur le réveil indiquèrent dix heures et demies lorsque Karina se réveilla. Ses yeux mirent du temps à reconnaître l'environnement, et une fois familiarisée avec la lumière, elle observa les alentours. Elle qui croyait se réveiller d'un long rêve, elle soupira en comprenant qu'elle logeait bel et bien chez Barnaby. Elle ôta ses couvertures, sortit de son lit, et sentit un désagréable frisson lui parcourir l'échine au moment où ses pieds touchèrent le sol glacial. Cependant, elle s'y habitua rapidement, puis s'avança vers la fenêtre pour y ouvrir les rideaux et les volets. De là où elle se trouvait, elle pouvait apercevoir le marché de Noël s'animer sous les rires des habitants, et les notes d'une musique en provenance du centre ville résonnèrent jusqu'ici.
Cette douce ambiance uniquement présente lors des fêtes de fin d'année comprima le cœur de la Rose, qui l'assimila à une moquerie sournoise : alors que les gens s'amusaient et profitaient des festivités, elle continuait à se battre contre ses mauvais souvenirs et ses douleurs. Certes, cela se révélait égoïste de sa part de penser ainsi, mais sa dépression lui jouait de sales tours, et il s'avérait difficile de s'en débarrasser.
Excédée, Karina referma d'un mouvement brusque la fenêtre, et s'empressa de se vêtir d'un long pull gris en laine qui lui descendait aux cuisses, ainsi que d'un jean délavé. Sans prendre la peine de se coiffer, elle quitta sa chambre et partit à la recherche de son hôte, bien que peu motivée à lui adresser la parole.
Dans le couloir, une douce odeur de pain chaud lui chatouilla les narines. Envoûtée, ses pas la guidèrent dans la cuisine où se tenait Barnaby, installé à table. Habillé d'un tee-shirt noir à manches longues, et d'un pantalon assorti au haut, il porta délicatement ses lèvres dans sa tasse pour y boire son contenu. Ses cheveux humides et attachés en catogan prouvèrent à eux seuls qu'il venait tout juste de sortir de la douche. Karina remarqua même quelques gouttes s'écraser sur sa nuque pour se faufiler le long de son cou. Pourtant, Barnaby n'y prêta aucune attention. A la place, il stoppa sa dégustation, et glissa ses émeraudes sur la nouvelle arrivante, surpris de ne pas l'avoir remarqué plus tôt.
- Ah bonjour..., dit-il.
- Bonjour, répéta la Rose.
Un ange passa. Ce qui, étonnament, perturba le Héros.
- Bien dormi ?, tenta-t-il, sans vraiment y croire.
- Ça peut aller.
L'ange se métamorphosa en démon. Le ton des réponses de Karina paraissait si froid et agacé. Il ne cessait d'engouffrer Barnaby dans le malaise. L'ancienne Héroïne le remarqua, seulement elle ne sut quoi faire pour calmer la tension qu'elle venait d'installer. A son tour gênée, elle déglutit et tenta quand même quelque chose :
- … M-merci, hésita-t-elle.
- Hum ?
- Heu... Je... Je te remercie.
Cette fois, le Next ne donna aucune réponse, et sans comprendre pourquoi, Karina sentit ses joues s'empourprer et ses yeux s'élargirent. A l'instar d'un réflexe de survie, ses disques de bronze fixèrent le sol, et ses doigts se tortillèrent entre eux. Quelle erreur avait-elle faite pour se sentir si honteuse ? C'était bien la première fois qu'elle adressait un quelconque remerciement à Barnaby. Par ailleurs, même si elle ne le regardait pas, elle savait ses yeux figés sur elle. Ils la compressaient, l'embarrassaient, l'étouffaient... Bon sang, qu'est-ce qui lui avait pris de sortir de telles paroles ?!
- Tu as faim ?, demanda soudainement le Héros.
- Pardon ?, sursauta la jeune femme.
- Je te demande si tu as faim. Sers-toi si c'est le cas. J'ai préparé du café, mais j'ai aussi du lait et du thé. Les fruits et les viennoiseries sont sur la table si ça te tente.
Interloquée par ce changement de sujet, Karina releva la tête et arqua un sourcil, à la recherche d'une explication. Cependant, Barnaby ne prononça plus un mot, préférant siroter son café et terminer son petit déjeuner. Quand elle comprit qu'il s'avérerait inutile de chercher des réponses, elle se dirigea vers la table et observa son contenu : pains au chocolat ou aux raisins, croissants bien dorés, fruits de saison, la vision de toutes ces bonnes choses auraient pu lui ouvrir l'appétit, hélas, ce fut l'effet inverse qui se produisit. Depuis sa terrible expérience, la vue de la nourriture l'écœurait au point de la rendre malade, et elle affichait une certaine difficulté à prendre ses repas, tant ils la dégoûtaient, surtout lors de son séjour à l'hôpital dont les plats ne possédaient aucune saveur.
Alors, sous l'œil attentif mais discret de Barnaby, la Rose se servit tout simplement un grand verre de jus d'orange qu'elle peina à terminer.
- C'est tout ?, lança le Next.
- Je n'ai pas bien faim...
- Je vois ça. Mais tu risques de manquer de forces si tu ne manges pas plus.
- Je sais. Je sais. Les infirmières me disaient la même chose.
Même s'il ne l'admettrait jamais, la réplique de Karina blessa Barnaby qui l'assimila à une attaque. Pourtant, il n'osa se permettre de réprimander son invitée, et préféra débarrasser ses couverts afin de penser à autre chose.
- Essaye de manger un peu ce midi.
- On verra, souffla Karina.
- Qu'est-ce qui te ferait plaisir ? Je suis pas un grand cuisinier mais j'ai quelques bases.
La jeune femme soupira d'énervement. Depuis quand le grand Barnaby Brooks Jr s'amusait-il à jouer les bons samaritains ? La prenait-il en pitié ? Cherchait-il à se donner bonne conscience ?
- Je te redirais ça plus tard, se vexa-t-elle, puis elle quitta sa chaise.
L'échange se clôtura sur cette note négative, et la journée se déroula assez bizarrement. En effet, bien qu'elle logeât sous le même toit que Barnaby, Karina restait enfermée dans sa chambre et n'en sortait que pour se rendre aux toilettes, au grand dam du jeune homme qui ne savait pas quoi faire pour l'extérioriser un peu. Néanmoins, il jugea préférable de ne pas s'emporter trop vite, car après tout, Blue Rose n'était ici que depuis plusieurs heures, et il se doutait que la forcer ne mènerait à rien de positif. De ce fait, il devina qu'il devait à présent s'armer de patience, aussi dure et éprouvante soit cette épreuve.
Quand l'heure du midi sonna, Karina ne toucha pas à son assiette malgré la petite quantité de poulet au curry qu'elle contenait. De plus, elle sembla mal à l'aise devant son hôte, et se hâta de quitter la table au plus vite en lui adressant un « désolée » presque inaudible. Barnaby resta tolérant face à ce comportement qu'il ne lui connaissait guère, et occupa son après midi à lire des bouquins, par peur de tomber sur une émission parlant de sa dernière gaffe.
« J'espère qu'elle n'apprendra jamais ce que j'ai fais..., pensa-t-il. Par ailleurs, c'est une chance qu'aucun paparazzi ne soit encore venu... »
D'un geste vif, il referma son livre et fixa un point invisible avant de se perdre dans ses pensées. Son instinct lui murmurait que quelque chose clochait, qu'un danger se préparait, et un mauvais pressentiment s'immisça dans son subconscient. Pourquoi n'avait-il vu personne depuis son retour ?
Tandis qu'il commençait à retourner cette question dans tous les sens, le claquement d'une porte retentit, suivit d'un verrou qui s'enclenche. Ces bruits, en provenance de la salle de bain, firent comprendre à Barnaby que Karina venait de s'y enfermer.
Dès qu'elle franchit le seuil de la porte, Blue Rose se retrouva face au reflet que lui renvoyait le miroir de la salle de bain. Ses cheveux en bataille, ses joues creuses ainsi que ses cernes, lui conféraient un physique ingrat et usé. Seul un mois était passé, pourtant, devant cette image humiliante, elle crut que le poids de dix années lui était tombé dessus.
Horrifiée, elle s'empressa d'avancer vers la douche pour se déshabiller et se fit violence pour ne pas s'attarder sur la vision de son corps dénudé.
En vain.
Au premier pas à l'intérieur, trois doubles d'elle apparurent sur les vitres opaques de la douche, et l'assaillirent d'une vision dégoûtante. Disséminés un peu partout sur elle, des bleus et des brûlures contrastaient désormais avec les parcelles de peau laiteuse qui lui restaient à certains endroits.
A la vue de ces tâches ingrates, qu'elle pensait ineffaçables, Karina se souvint, avec une étonnante mémoire, de la torture infligée par ses bourreaux. Elle se rappela ainsi avec une nette précision de la souffrance ressentie par les coups qui s'abattaient sur elle, et de l'affreuse chaleur des flammes, provoquée par le pouvoir d'un Next, qui dévorait son être lorsqu'il posait son doigt sur elle.
A ces souvenirs, elle sentit une boule d'angoisse former dans son estomac, et remonter petit à petit le long de sa gorge. Elle plaqua une main sur sa bouche, et se força à pénétrer une bonne fois pour toutes dans la douche. Elle tourna ensuite le pommeau du côté de l'eau chaude, attendit que la fumée se diffuse pour colorer les fausses glaces, et s'engouffra en dessous. L'eau glissa alors sur elle et l'enveloppa dans un cocon qui se voulait réconfortant. Les yeux clos, l'adolescente profita de cet instant de répit pour reprendre son souffle. Enfin, d'une main tremblante, elle se saisit du gel et entreprit de se laver, en tentant de ne pas prêter attention aux traces laissées par ses tortionnaires.
Inconsciemment, elle frotta ses bras d'une vive rigueur, dans l'espoir de les effacer, et recommença son geste à plusieurs reprises, d'abord sur sa poitrine, qu'elle passa rapidement par répulsion, puis sur son ventre. Ceci fait, elle descendit à son bassin, et s'apprêta à se frictionner une nouvelle fois avec force, quand une douleur aiguë lui arracha une exclamation de surprise. Hésitante, elle baissa finalement le regard, et constata avec horreur qu'un énorme stigmate s'y trouvait, et dont la couleur violacée, presque noire, prouvait la violence du choc éprouvée à cet endroit. Aussitôt à cette vision troublante, les mots glacials et acerbes de son violeur résonnèrent dans son esprit :
« On se reverra ».
Ces propos narguèrent la jeune femme en s'imprimant de force dans son cerveau, et elle dut s'appuyer contre la douche pour ne pas s'évanouir. La respiration saccadée, elle se mordit les lèvres afin de retenir les sanglots qui profilaient au coin de ses yeux, et elle entendit son cœur tambouriner dans sa cage thoracique. Ses jambes flageolèrent, et elle se laissa tomber à genoux sur le sol. Elle les ramena vers elle, et à présent en position fœtale, elle enfouit son visage entre ses bras trop maigres.
Elle était tellement écœurante.
Si sale.
Si souillée.
Et aucune douche au monde, aucune parole bienveillante, ne parviendrait maintenant à la laver entièrement de ses salissures. Même si, par miracle, elles disparaissaient physiquement, elles existeraient toujours dans ses pensées. Elle devrait donc vivre avec jusqu'à la fin de sa vie. Voilà ce qui l'attendait. Sans échappatoire, ni issue de secours. Elle était enchaînée, attachée, torturée, tourmentée, piégée.
Encore.
Tout à coup, alors que les larmes s'apprêtèrent à briser le dernier rempart de ses yeux, la voix de Barnaby l'arracha de ses pensées négatives :
- Karina ? Tout va bien ?
- … Oui oui, mentit-elle, après un instant de silence. Je... Je vais sortir...
- D'accord. Je te laisse tranquille dans ce cas.
Les bruits de pas résonnèrent dans le couloir, et disparurent enfin. Surprise par cet imprévu déconcertant, la Rose resta muette un long moment et se demanda si elle ne rêvait pas. Depuis hier soir, elle découvrait une facette de son collègue qu'elle ne connaissait pas, et cela la décontenançait. Il lui paraissait se trouver sous le toit d'un parfait inconnu, un inconnu pourtant bien familier.
« Pourquoi lui... ? », s'indigna-t-elle, une fois sortie de la douche.
Complètement chamboulée, elle se rhabilla, s'attacha les cheveux et se hâta de sortir de la salle de bain. Elle devait se l'admettre : l'espace d'un court instant, Barnaby Brooks Jr. avait balayé ses souffrances et ses peurs, et elle ne pouvait se permettre d'ignorer cela.
Les aiguilles de la montre de Barnaby indiquèrent vingt heures et quart lorsqu'il se décida à faire réchauffer le plat de curry laissait depuis ce midi. Pendant qu'il remuait lentement le contenu de la casserole, il médita à une idée d'autres plats pour son invitée. Toutefois, il ne parvint pas à réfléchir plus longtemps car il réalisa qu'il ne connaissait pas vraiment les goûts de Karina.
« Lui demander ne mènera à rien, je ne peux compter que sur moi-même », pensa-t-il.
Un long soupir agacé s'échappa de ses lèvres. Pourquoi se démenait-il ainsi pour elle ? Il ne se comprenait plus.
Hélas, l'heure n'était pas aux méditations, car une petite vibration sur son poignet lui indiqua qu'Hero TV le sollicitait. Sans plus attendre, il se dirigea vers la chambre de la Rose, et la mit au courant de son départ imminent.
- Quoi ? Mais... Mais tu comptes rentrer quand ?, s'inquiéta-t-elle.
- Dès que ce sera fini, se contenta-t-il de dire, en enfilant son blouson.
- Mais...
- Ça ne sera pas long. Et puis je ferme tout à clef, donc ne t'inquiète pas.
Blue Rose dévisagea avec crainte Barnaby.
Paralysée par l'angoisse de se retrouver toute seule, sa tentative de prononcer son désaccord échoua lamentablement, et son hôte quitta les lieux en lui promettant de revenir au plus vite. Cependant, Karina ne réussit à y croire tant la peur se joua d'elle.
Elle était à présent toute seule, vouée à elle-même.
Note de l'auteur : Voilà ! Qu'avez-vous pensé de la rencontre entre les détectives et Lian-Hua ? De même pour les échanges entre Barnaby et Karina ? :) N'hésitez pas à me faire part de votre avis ! En attendant, je vous donne rendez-vous le 12/09 pour la suite.
See ya ~
