Time to talk
Quelques heures plus tard, il se réveilla et vit Amalia s'étirait un bon coup, assurément bien mieux. En le voyant réveillé, elle lui sourit et le remercia de son soutien. Yugo lui rendit son sourire, et ils s'assirent l'un à côté de l'autre, un peu gênés. Leurs mains se rapprochèrent et s'attrapèrent, ils se regardèrent, et Yugo allait l'embrasser, lorsqu'elle l'arrêta, en soupirant :
« Non... Je ne veux pas que ce soit à nouveau une erreur.
- Quoi ?
- C'est ce que tu m'as dit la dernière fois. Que c'était une erreur. Je ne veux pas que ce soit à nouveau le cas... Je pense qu'on devrait parler. »
Yugo ne répondit rien, se sentant presque un peu coupable de ce qu'il se passait. Amalia refit sa queue de cheval, avant de reprendre la parole dans un soupir fatigué.
« Très bien, c'est moi qui vais commencer. Je t'aime Yugo. Je t'aime sincèrement. Mais je ne peux pas continuer comme ça, à attendre quelque chose qui ne viendra peut-être jamais. Si tu ne m'aimes pas... dis-le moi, que je puisse passer à autre chose.
- C'est compliqué...
- En quoi est-ce compliqué ? Parce que tu as l'éternité devant toi ? Oui, j'ai entendu quand tu parlais à Ruel... Mais être éternel ne t'empêche pas de m'aimer... si ? Est-ce parce que tu n'as pas grandi ? Si ça te dérange tellement, Adamaï l'a fait, ce qui veut dire que tu peux le faire aussi, sans doute...
- Amalia..
- Qu'est-ce qu'il y a ? Je t'écoute, dis-moi !
- C'est que, je ne suis pas sûr de ce que je ressens...
- Alors tu ne m'aimes pas. D'accord.
- Ce n'est pas ce que j'ai dit ! »
Il y eut un moment de silence gêné, pendant lequel ils n'osaient pas se regarder dans les yeux. Puis Yugo reprit la parole, presque un murmure :
« J'ai peur de me tromper... de confondre notre amitié avec de l'amour...
- Oropo a dit que tu m'aimais.
- Oui, mais il a aussi dit qu'il ferait de Elely une déesse et a menti aux demi-dieux donc je ne suis pas sûr que ce soit la personne la plus fiable !
- Mais tu as réagi lorsque je l'ai embrassé. C'était de la jalousie, non ?
- Je... ne sais pas.
- Bien. Je vais poser la question autrement. S'il y avait un autre Oropo, ou un autre comte Harebourg pour m'épouser, est-ce que tu me soutiendrais ?
- Non ! Ces gens te manipulaient !
- Tu sais très bien ce que je voulais dire, Yugo ! Alors ?
- ... Si c'est ce que tu souhaites...
- Et tu le ferais de gaieté de cœur ? »
Yugo était incapable de répondre, refusant d'admettre la jalousie qu'il continuait à éprouver envers ses rivaux pourtant déjà disparus. Amalia sembla le comprendre, puisqu'elle repartit sur autre chose, sans insister.
« Dis-moi, tu étais heureux pour Evangelynet et Tristepin, lors de leur mariage.
- Bien sûr, ce sont mes amis !
- Tu n'étais pas jaloux, n'est-ce pas ? Alors... si nous n'étions qu'amis, ce serait pareil, non ? Je veux dire... Supposons que je trouve quelqu'un que tu approuves – je ne sais pas, Adamaï, par exemple – est-ce que tu serais aussi joyeux à mon mariage ?
- ... Je...
- Pourquoi tu as autant de mal à l'admettre Yugo ? C'est tellement insupportable de m'aimer ? Je ne suis pas assez pour toi, c'est ça ?
- Ça n'a rien à voir !
- Alors quoi ?
- J'ai peur d'après ! De t'aimer et de te perdre, et de devoir vivre alors que tu ne seras plus là !
- Je suis encore là, Yugo. Ne m'enterre pas aussi vite... Pourquoi penser à si loin ? Je suis là, aujourd'hui et maintenant et pour un moment... De temps en temps, tu devrais prendre davantage exemple sur Tristepin, tu sais... »
Ils se mirent à rire un peu, avant que Yugo ne lui prenne à nouveau la main.
« Tu as peut-être raison... »
Relevant les yeux, il la regarda droit dans les yeux :
« Je t'aime Amalia... »
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Le groupe s'était levé aussi, et la faim commençait à tirailler le ventre de tout le monde, sans que personne n'ait vraiment de nourriture à partager. Evangelyne commençait également à vraiment s'inquiéter de ne pas voir revenir Yugo et Amalia. Ses enfants ne lui laissaient toujours pas une seconde, en particulier son petit dernier, ni même son mari, d'ailleurs.
Heureusement elle finit par les voir arriver, souriant et rigolant. Aussitôt, Amalia leur demanda de la nourriture – qu'ils n'avaient évidemment pas – et soupira d'une exaspération amusée. Elle demanda aux gens de s'éloigner et fit apparaître un buisson de baies, ce qui impressionna tout le monde.
« J'espère que vous aimez les baies, parce que c'est tout ce que je peux vous proposer !
- Wahou, dit alors Tristepin, depuis quand tu sais faire ça ?
- Moi aussi j'ai appris de nouveaux tours depuis le temps. »
Tout le monde se jeta alors sur les baies pour les dévorer avec plaisir. Amalia se servit et vint s'installer avec Evangelyne, qui profitait de la diversion pour parler un peu avec sa meilleure amie, se donner des nouvelles et reprendre contact. Les deux jeunes femmes sentaient qu'elles avaient besoin de ce moment entre elles, parce qu'elles avaient beaucoup à se dire. Après un moment, Datura finit par les rejoindre pour parler surtout avec la princesse Sadida, et Evangelyne vit avec soulagement Amalia paraître si curieuse et passionnée à propos de ce que Datura avait à dire.
Pendant ce temps, Yugo rejoignit Adamaï, Tristepin et Goultar qui parlaient des futurs combats à venir, tandis que Ruel racontait à son épouse toutes ses aventures. Les autres demi-dieux écoutaient autour d'eux, commentant et ajoutant des détails, se présentant et discutant.
C'était le repos bien mérité des héros, avant de reprendre leurs aventures.
