Disclaimer : L'univers et les personnages de TIGER&BUNNY ne m'appartiennent toujours pas !
Bêta-Lectrice : Sayuri-Geisha
Hello, hello ! Voici venir le chapitre 31 ! Je n'ai pas grand chose à vous dire cette semaine, donc je vais faire court : Bonne lecture ! :) On se retrouve en bas de page pour vous faire part de la date du prochain chapitre.
Chapitre XXXI : Dépendance Inavouée
Voilà déjà dix bonnes minutes que Barnaby Brooks Jr. avait quitté sa demeure, et que l'angoisse avait rattrapé Karina. Pour elle, ce fut un départ bien trop soudain, une blague de mauvais goût malheureusement véridique. Hélas, elle devait faire avec et tenter de regagner son calme, quitte à ce que cela lui prenne du temps. Ainsi, en saisissant son courage à deux mains, elle quitta sa chambre et se dirigea vers le salon, à l'affût du moindre petit bruit suspect.
La pièce principale, baignée dans la lumière, s'octroyait une ambiance rassurante semblable à une terre d'asile. Beaucoup d'objets familiers ornaient les murs et les étagères, tels que des objets technologiques de dernier cri, ou encore des toiles représentant des paysages oniriques. Toutefois, Karina s'attarda avant tout sur les cadres posés sur une commode, non loin de la porte menant à la chambre de son hôte. Ses doigts fins glissèrent doucement sur le bois luisant du petit meuble, et ses disques de bronze s'attardèrent sur les photos emprisonnées dans leur cage de verre. L'une d'elle dévoilait un couple au sourire complice, s'échangeant un regard empli de tendresse. L'homme paraissait plutôt grand, et le manteau d'hiver qu'il portait à ce moment lui conférait une silhouette robuste. Ses cheveux sombres, coiffés en arrière, renforçaient le charisme que Karina lui trouvait, mais sa fascination s'accrut lorsqu'elle observa plus en détail la femme à ses côtes. Plus petite que celui qui semblait être son époux, sa chevelure dorée et bouclée s'associait parfaitement à son visage rond, dont l'expression douce révélait une certaine malice. Ses yeux verts, agrémentés d'une paire de lunettes carrée, brillaient d'amour et de fierté à l'égard de son aimé, et Karina sentit son cœur s'accélérer face à une image si émouvante.
Et elle comprit.
Elle comprit que ce couple n'était pas « n'importe quel couple » : il s'agissait indubitablement des parents de Barnaby. Il ressemblait tellement à cette femme à l'apparence si sophistiquée et tendre. Bien sûr, il avait aussi quelques points communs avec son père, cependant, cela restait plus flagrant avec sa mère.
Le regard de la Rose se figea un moment sur le cliché aux tons nostalgiques. Par delà la capture se reflétait l'immense bonheur et passion du couple. Similaire à une romance tout droit sortie d'un conte de fée ou d'une histoire à l'eau de rose, leur expression respirait la joie, l'audace, la vie.
Oui. La vie.
Cette même existence qui fut trop vite rayée du monde, dans un macabre claquement de doigts. Peu importait la Mort si elle déléguait le titre d'orphelin à un enfant impuissant, puisqu'elle n'éprouve jamais de pitié, et encore moins de compassion à l'égard de ses victimes.
Sans ce tragique événement, sans le départ précipité de ses parents, le destin de Barnaby Brooks Jr. aurait été différent, voire à l'opposé de ses propres principes. Dans tous les cas, Karina demeurait persuadée d'une chose : il n'aurait jamais côtoyé les Héros.
Et elle ne l'aurait jamais connu.
Jamais...
Surprise par ses pensées, elle secoua vivement la tête pour les chasser de son esprit. Quelle mouche lui piquait ? Osait-elle croire que sa rencontre avec Barnaby était une chose positive ? Pourtant, combien de fois ce type l'avait fait sortir de ses gongs ? Combien de fois la frustration s'était jouée d'elle lors de leurs rares échanges ? Certes, les années leurs permirent de gagner en maturité, et aujourd'hui, Barnaby lui venait en aide, mais la rancœur est une sangsue qui draine notre lucidité, et Karina ne pouvait encore se permettre de le pardonner.
Une fois expulsée de ses pensées, elle balaya du regard les autres cadres posés sur le buffet, et constata que son collègue portait un certain attachement aux souvenirs liés à son enfance. En effet, la plupart des clichés dévoilaient un petit garçon en compagnie de ses parents, dont le sourire ne quittait leurs lèvres.
« On aurait presque du mal à le reconnaître... », pensa Karina, en s'attardant sur le jeune Barnaby.
La jeune se détacha finalement du portrait de famille, avec un léger pincement au coeur, et poursuivit ses explorations de l'immense appartement. Elle n'eut pas à faire beaucoup de mètres qu'elle s'arrêta à nouveau en remarquant un petit calepin posé sur une table de chevet et un stylo plume. Ce dernier attira son regard, et elle s'approcha davantage pour confirmer la pensée qui la traversait au même instant. Bien que simple, l'objet en question possédait une certaine classe, voire une beauté indéchiffrable, qui lui permit de le reconnaître aussitôt. Il s'agissait bel et bien de celui qu'elle avait offert à Barnaby le jour de son anniversaire. Et au vue des nombreuses notes inscrites sur le carnet, et qui remplissaient un bon nombre de pages, il ne faisait aucun doute que le Héros s'en servait assez souvent.
Un sourire discret s'étira au coin des lèvres de la Rose. Elle sentit ses joues rosirent également, et une vague de chaleur se diffusa en elle avec délectation. Sans savoir pourquoi, cela lui procurait une sensation de plaisir, de bonheur, à l'idée qu'il utilise son cadeau dans son quotidien. Toutefois, l'éphémère émotion se dissipa en vitesse quand elle se remémora les conseils du psychologue de l'hôpital ; si elle allait mal, elle devait écrire pour soulager ses peines.
Écrire pour évacuer sa douleur. Sa frustration. Sa haine.
Écrire à l'attention de son bourreau. Lui exprimer toute sa colère, ses éventuelles envies de vengeance.
Écrire pour l'aider elle avant tout, disait-il.
Un rire amer s'éleva en son for intérieur.
Écrire ne servait à rien.
A quoi bon écrire puisque personne ne lira ni ne saura ?
A quoi bon écrire si cela ne Le condamne pas ?
A quoi bon écrire, si ce n'est pour souffrir encore plus ?
Au moment où Karina commença à s'égarer dans le labyrinthe tortueux de ses réflexions, une désagréable odeur la ramena sur terre. Instinctivement, elle porta une main à son nez, et ses sourcils se froncèrent lorsqu'elle aperçut une masse sombre flotter dans les airs. Dès lors, elle saisit l'origine de ce parfum agressif : quelque chose brûlait dans la cuisine. L'angoisse au cœur, la Rose s'empressa de s'y rendre. Une fois arrivée, elle sursauta à la vue de la casserole qui éjectait une épaisse fumée noire. Cette dernière, combinée à la forte odeur de cramé, lui tira quelques larmes et plusieurs toussotements. Cependant, elle ne devait pas céder à la panique. Elle ouvrit donc la fenêtre, puis se dirigea vers la gazinière afin de se familiariser avec les boutons.
- Comment a-t-il pu oublier une chose pareille ?!, râla-t-elle, en éteignant l'appareil.
Le voile noir s'évapora au bout de plusieurs minutes, et la respiration de Karina reprit progressivement un rythme régulier. L'air glacial de la nuit se fraya un chemin jusqu'à la fenêtre, et effleura sournoisement la nuque de la jeune femme qui sursauta à son contact. D'un mouvement brusque, elle se retourna afin d'observer les alentours, à l'affût de la moindre trace de présence humaine. Un frisson lui parcourut l'échine au moment où le vent se faufila une nouvelle fois sur sa peau, l'obligeant à refermer la fenêtre.
Dans un soupir dépité, elle quitta la cuisine sans s'attarder sur le plat cramé, et retourna au salon où elle se sentit plus en sécurité.
« Et dire que le froid ne me faisait aucun effet, auparavant... », se dit-elle, en s'asseyant sur le canapé.
Dès lors, ses yeux se posèrent instinctivement sur ses mains. Autrefois rosées et douces, elles n'étaient dorénavant plus que des os recouverts d'une peau sèche et pâle. Ses ongles rongés renforçaient cette impression négligée. Pourtant, il y a encore de cela quelques mois, Karina aimait entretenir son physique.
Au delà de sa vertu et sa fierté, son agresseur lui avait dérobé sa confiance et son élégance : oser entretenir son apparence et conserver une image soignée s'avérait difficile pour la Rose, qui ne voyait plus qu'une fille répugnante de l'autre côté du miroir. Et à l'instar d'un ultime coup de poignard en plein cœur, ses ravisseurs lui avaient ôté son pouvoir, son garde fou, son bouclier...
Que valait-elle à présent ? De ses souvenirs, elle s'était toujours jurée de ne jamais devenir dépendante de son don et de régler ses problèmes d'une manière honnête. Néanmoins, il fallait bien l'avouer, elle se fichait totalement de respecter ses valeurs à présent. Le danger rôdait partout, quelqu'un pouvait l'attaquer à tout instant, et elle ne possédait plus rien pour se défendre.
Non, plus rien.
Toutefois, une infime lueur d'espoir continuait de brûler au fond de son âme, car d'après le chef de son bourreau, son pouvoir reviendrait tôt ou tard. Rien n'était encore totalement perdu, même si à l'heure actuelle, la chance ne jouait pas en sa faveur.
Un autre soupir s'échappa de ses lèvres et elle resta de longues minutes à fixer un point invisible. Seul le silence lui tenait compagnie, plongeant la maison dans une atmosphère étrange, à la limite morose. Inconsciemment, la solitude alourdit sa poitrine, noua sa gorge brûlante, et s'infiltra au plus profond de son âme pour y absorber ses dernières forces. Malgré la densité et l'espace que la maison de Barnaby lui offrait, Karina commençait à se sentir peu à peu compressée par tout ce qui l'entourait. L'air s'alourdit et l'environnement devint abstrait : elle ne savait pas si son esprit lui jouait des tours à cause du manque d'alimentation, ou si elle sombrait dans la folie, mais les murs de la pièce semblaient se rapprocher les uns aux autres, comme prêts à la broyer. D'abord réticente, elle se frotta vivement les yeux et tenta de regagner son calme. Hélas, un vertige l'empêcha de mener à bien son initiative : le parquet tournoyait sous ses pieds tandis que les murs continuaient leur dangereuse progression, et une envie de vomir l'assaillit. Apeurée, elle s'appuya sur l'accoudoir du canapé pour se redresser, puis respira difficilement en constatant qu'elle avait terriblement chaud. Quelques mèches de cheveux tombèrent à l'avant de son visage lorsqu'elle baissa la tête, et des gouttes de sueur perlèrent sur son front. Par la suite, le rythme saccadé de sa respiration brisa l'imposant mur du silence, sans pour autant stopper la terrifiante avancée des murs.
Guidée par son instinct de survie, la jeune femme quitta le salon en titubant et se sentit soulagée de voir le couloir comme à son habitude. Tout en s'appuyant sur les murs, de peur de perdre l'équilibre, elle se rendit à sa chambre et se laissa tomber sur le lit. Son entourage n'avait plus de forme concrète, et les couleurs se mêlaient les unes aux autres, déstabilisant l'héroïne qui ne parvenait plus à reconnaître les choses qui l'entouraient. Par ailleurs, son envie de vomir ne se calmait pas en plus d'accentuer sa migraine. Dans l'espoir d'apaiser ces douleurs imprévisibles, elle décida de s'assoupir, néanmoins, tandis que ses paupières se baissèrent, un bruit inidentifiable résonna dans la maison.
Dans un sursaut de frayeur, Karina se redressa avant d'observer les alentours de ses grandes pupilles apeurées. Bien que la fatigue et la douleur l'empêchassent de se concentrer, son cerveau lui dicta de se lever et d'allumer la lumière. Alors, elle saisit son courage à deux mains, se glissa hors du lit, et se faufila à pas de chat vers l'interrupteur, guettant l'amorce d'un son suspect.
Les murs immaculés de la chambre aveuglèrent un instant la Rose. Elle s'accorda quelques minutes de répit pour reprendre son calme et se familiarisa à la luminosité de la pièce. Malheureusement, son tourment demeura enfoui au fond de son subconscient : subrepticement, sournoisement, l'affreuse sensation d'angoisse s'était immiscée en elle sans prévenir. Une vraie vilenie ! Et à présent, l'ancienne Next ne parvenait pas à se débarrasser des chaînes de la paranoïa, car d'après elle, ce bruit si fort et déconcertant ne pouvait être l'œuvre du vent ou d'un futile animal extérieur.
Dès lors, un électrochoc la paralysa au moment où les mots de son agresseur résonnèrent dans sa tête :
« T'en fais pas ma belle, on se reverra ! »
Non. Non cela ne pouvait être réel. Comment l'aurait-il retrouvé ? En la suivant ?! Mais enfin, pourquoi aurait-il pris cette peine ?! Ces questions sans réponses poussèrent la Rose à se mordre les lèvres, et un autre bruit retentit lorsqu'un fil pourpre s'évada de celles-ci. Toutefois, elle n'eut aucun mal à comprendre que ce bruit provenait du salon.
« Calme toi... Ça ne sert à rien de paniquer... Tu es enfermée... », se rassura-t-elle.
Karina se dirigea vers le salon, terrorisée, et bloqua son souffle tout en marchant sur la pointe des pieds. Son instinct lui conseillait de se conforter dans son idée, cependant son cœur la poussait à rebrousser chemin, et à se cacher sous un lit, dans une armoire, derrière un porte, n'importe où, jusqu'à ce que Barnaby revienne. Elle fronça les sourcils à cette pensée : compter sur Barnaby ? Lui ? Ce héros égocentrique ? Non, même pas en rêve, elle devait s'en sortir seule, elle le pouvait.
Du moins, elle le croyait.
Une fois arrivée au salon, elle se figea d'effroi en réalisant que quelqu'un, ou quelque chose, tentait bel et bien de pénétrer à l'intérieur de la maison. Le loquet se tordait de haut en bas, tournoyait à une vitesse affolante, preuve de l'impatience de son visiteur non désiré. La sueur attaqua ses yeux, et brouilla sa vue.
Qui était là ?
Venait-on pour elle ?
« On se reverra ! »
Juste trois mots. Trois mots qui finirent de la paralyser et de lui procurer un sentiment de chasse, de cavale, de... victime. Oui, elle était la victime désormais. Adieu belle héroïne, adieu glaciale sauveuse, adieu Blue Rose. Elle n'était plus que Karina. La violée. La victime.
Et elle se sentait toujours poursuivie par son bourreau, elle croyait revoir son ombre sur les murs, et l'imaginait se ruer sur elle, l'embrasser dans une étreinte malsaine, avant de se fondre dans son corps, son âme.
Toutefois, tandis qu'elle se perdait dans des divagations plus imaginaires que réelles, elle revint sur terre lorsqu'une symphonie de cliquetis résonna autour d'elle. La personne tentait vraiment de forcer le verrou. Il désirait entrer. Pour elle, elle n'en doutait plus.
Paniquée, la jeune femme sursauta au son singulier, et regarda dans les environs, à la recherche d'une aide, d'un secours. Seulement, elle se trouvait seule. Entièrement seule. Livrée à elle-même. Retranchée sur ses propres forces. Quelles forces ? Elle n'en possédait plus. Elle ressemblait plus à une frêle et sauvage biche que l'on souhaitait attraper pour profiter de sa chair fraîche. Enfin pour ce qu'il lui en restait.
Pourtant, malgré la noirceur de la situation qui se profilait sous ses pupilles noisettes, une image se dessina à elle, et s'imposa comme une évidence, comme son unique survie : Barnaby.
Pourquoi n'était-il pas là ?
Pourquoi avait-il fallu qu'il sorte et la laisse seule ?!
Il devait revenir !
Et vite !
Sinon... Sinon...
« On se reverra ! »
Et alors tout recommencerait.
Il reviendrait. Il se tiendrait devant elle, la mettrait à terre, l'observerait de haut, avec son petit rictus d'homme dominant, et il s'abattrait sur elle, à l'instar d'une faux fatale et inévitable. Elle subirait mille et un supplices, elle aurait envie de vomir, de fuir, de mourir. Mais impuissante, elle ne réagirait pas. Faible, elle le laisserait faire. Encore. Comme ce soir là. Encore. Il continuerait plus loin. Encore. Il jubilerait face à son martyr. Encore. Et elle mourrait. Encore.
Non !
Se défendre, il fallait se défendre !
Bien que tremblante, Karina se précipita dans la cuisine, et se jeta sur le premier couteau qui s'offrit à sa vision floutée par les larmes. Un mal de tête provoquait un tintamarre assourdissant dans son cerveau, et la menaçait de s'évanouir à tout instant. Malgré cela, elle réussit à conserver un minimum de sang froid, et attendit.
Calée contre le mur froid de la cuisine, elle entendit un loquet se déverrouiller, puis un autre, suivi du dernier qui permit à la porte de s'ouvrir définitivement. Aussitôt, la bile lui remonta à la gorge, et la vision d'une masse sombre traversant la pièce principale bloqua ses muscles. Elle ne parvint à discerner la nature de la silhouette, néanmoins, elle paraissait plutôt grande et avançait lentement vers une destination encore inconnue.
Le silence dominait les lieux, et la Rose peina à retenir son souffle, par peur d'être plus vite repérée. Une personne se trouvait là, non loin d'elle, et d'ici quelques secondes, elle se retrouverait nez à nez avec « lui ».
Lui.
Son tortionnaire, son agresseur, son...
Une boule au ventre se joua d'elle lorsque l'ombre meurtrière se rapprocha de la porte menant à la cuisine, et la main de Karina se plaqua instinctivement sur sa bouche quand elle entendit un soupir inaudible flotter dans les airs. Le désespoir enraciné au cœur, elle songea même à adresser une prière salvatrice à l'escroc qu'on nommait « Dieu ».
Elle qui, de sa vie, n'avait jamais cru en l'existence du tout-puissant, voilà qu'elle se raccrochait à une futile parcelle d'espoir, à un vulgaire optimisme mal placé.
Quelle honte...
Maintenant qu'elle y réfléchissait, ses propres actes lui apparurent bien mystérieux.
Qu'avait-elle prévu de faire à l'instant où elle se retrouverait face à son bourreau ? Se mettrait-elle à pleurer ? Serait-elle assez forte pour lever son arme ? Ou est-ce qu'elle...
« Ça suffit !, se décida-t-elle. Ce n'est pas le moment... »
Si elle continuait à y penser, elle s'arrêterait de bouger, et si elle s'arrêtait de bouger, une peur écrasante la paralyserait à jamais.
Karina brandit le couteau et serra de ses mains tremblantes le manche, comme s'il la protégeait d'un monstre à l'affût. Sa présence rassurante, sa promesse de miséricorde, de destruction absolue furent l'unique rempart contre son aliénation. Les bruits de pas lointains se firent plus perceptibles, ordonnant à la jeune femme de se mettre en position d'attaque, toutefois, la lumière s'alluma avant que l'inconnu ne pénètre dans la pièce, et elle ne put retenir son gémissement de surprise.
« Tant pis... Je n'ai plus le choix ! », se dit-elle, avant de faire face à l'intrus.
- Ne vous approchez pas !, tonna la Rose.
A sa grande surprise, la personne devant elle ne fut pas celle qu'elle craignait. La paire d'émeraudes qui la dévisageait avec stupéfaction resta figée sur elle un court instant, dans un silence énigmatique. Karina fixa le nouvel arrivant, et sentit les larmes briser le dernier rempart de ses yeux pour glisser sur ses joues blêmes.
Il s'agissait de Barnaby.
Simplement de Barnaby.
Subjuguée par l'overdose d'adrénaline, les doigts de l'ancienne Next relâchèrent involontairement l'arme qu'elle tenait fermement. Et à l'instar d'une marionnette à qui l'on aurait coupé les fils, elle tomba à genoux sur le carrelage glacé de la cuisine. Peu après, ses forces la quittèrent progressivement, et elle ne put retenir ses pleurs plus longtemps, sous l'œil confus du Héros.
- Karina ?! Que t'arrive-t-il... ?, s'inquiéta-t-il, en s'approchant d'elle.
- IDIOT !, hurla la Rose. Tu m'as fais peur ! Je croyais... Je croyais que...
Elle ne parvint à terminer sa phrase, et seuls ses sanglots résonnèrent dans la petite pièce, plongeant le Next dans les abîmes de la culpabilité. Le visage de la Rose, ravagé par les larmes, lui procura une désagréable sensation de honte : s'il avait su que la soirée se passerait ainsi, jamais il ne l'aurait laissé seule.
- Je suis désolé. Au moment où je suis arrivé sur les lieux du crime, Fire Emblem avait déjà cerné le criminel..., tenta-t-il d'expliquer.
- Tu aurais pu me prévenir !, le coupa la jeune femme.
- J'aurais dû, en effet. Je suis désolé.
Aucune réponse. Juste des pleurs agrémentés de violents toussotements.
Devant cette image attristante, le poing de Barnaby se serra, et sa conscience lui conseilla d'agir au plus vite. Néanmoins, au moment où il s'agenouilla à ses côtés, Karina reprit la parole :
- C'est moi qui suis désolée..., suffoqua-t-elle. Je me sens… tellement inutile. Je suis si faible...
L'expression du Next s'endurcit à l'entente de cette révélation : il découvrait chez son invitée une intonation qu'il ne lui connaissait pas. Et dans un souffle mystérieux, il se releva, saisit le couteau, et l'observa silencieusement tout en réfléchissant aux mots à employer. Par la suite, il rangea l'objet tranchant, puis porta une main hésitante sur l'épaule de l'ancienne Next. Celle-ci sursauta, mais n'y prêta aucune opposition, à la grande surprise de Barnaby.
- Tu n'es pas inutile ou faible. La preuve en est : tu as tenté de te protéger. Peu de personnes dans ton cas seraient parvenues à prendre cette initiative, murmura-t-il avec franchise.
Karina releva la tête et plongea son regard larmoyant dans celui de son hôte. Ce dernier affichait une expression déterminée, et au fond de ses pupilles crépitait la flamme de la sincérité. Le cœur de la Rose s'accéléra face à cette image à la fois perturbante et rassurante : l'air de rien, les mots de Barnaby la touchèrent et pansèrent légèrement les plaies de son âme.
Elle était soulagée de le retrouver, même si elle ne l'avouerait jamais.
Note de l'auteur : J'espère que ce chapitre ne vous a pas trop ennuyé au vu de toute la narration sans dialogue qu'il comporte. J'espère aussi que les réactions de Karina n'étaient pas trop exagérées. Avec ce qu'elle a vécu, je trouve ça normal qu'elle soit effrayée pour un rien, qu'elle essaie de se résonner, et que les paroles de son bourreau lui reviennent en tête, surtout quand elle se retrouve seule. La fin n'était pas trop niaise à votre gout ? Cette scène tournait dans ma tête déjà bien avant que je commence à rédiger cette histoire, du coup, j'ai beaucoup aimé la rédiger ! Et vous ? Qu'en avez-vous pensé ? :)
A très bientôt pour la suite ! Je la posterai le 10 Octobre car j'ai besoin d'écrire un ou deux chapitre d'avance !
A très vite :)
