Disclaimer : Hormis mes OCs, les personnages et l'univers de TIGER&BUNNY appartiennent aux studios Sunrise
Bêta-Lectrice : Sayuri-Geisha (Si jamais vous avez du temps, je vous conseille d'aller lire ses fanfic à elle aussi !)
Bonjour ! C'est avec un peu de retard que je vous poste ce chapitre et je tiens à m'en excuser. Mon week-end s'est avéré plus chargé que prévu et je n'ai pas trouvé le temps de le mettre en ligne plus tôt... Le voilà, maintenant ! De ce fait, je vous souhaite une bonne lecture !
Chapitre XXXII : La veille de Noël
En cette matinée du 24 décembre, Barnaby fut le premier à s'échapper des bras de Morphée. Une fois levé, il se doucha et s'habilla. Lorsqu'il pénétra dans le salon, sa montre affichait neuf heures et demi. Le calme ambiant de la pièce l'apaisa un peu, néanmoins, une part d'inquiétude le titilla quand ses yeux se posèrent sur la cuisine. En effet, les événements de la nuit, qui resurgirent dans son esprit comme un flash back douloureux, le poussèrent à se demander si Karina était, elle aussi, réveillée.
D'un pas discret, il se rendit à la chambre de cette dernière et ouvrit lentement la porte. A sa grande surprise, la pièce baignait encore dans l'obscurité, et la Rose, confortablement enfouie dans ses couvertures, semblait dormir d'un sommeil profond.
« Elle doit être épuisée avec tout le stress qu'elle a accumulé... », pensa le Héros, avant de refermer la porte.
De retour au salon, il porta instinctivement une main à son menton pour se plonger dans ses pensées. La scène d'hier soir se répétait continuellement dans sa tête, l'obligeant à se poser des questions sur Karina, mais surtout sur lui-même : comment lui venir en aide ? Que faire pour la rassurer un tant soit peu ? Quelle attitude adopter face à ce genre de réaction ? Ces interrogations tournoyaient dans sa tête au point de lui donner la migraine.
Quelle désagréable sensation.
Lui qui d'habitude se montrait si réfléchi et perspicace, constater qu'il ne savait pas quoi faire pour soutenir son invitée le dépitait. Après tout, la décision de la sortir de l'hôpital ne provenait-elle pas de lui ? Allait-il se retrouver dans l'incapacité de l'aider davantage ? Non, hors de question ! Il n'avait pas fait tous ces efforts en vain !
Instinctivement, ses émeraudes se figèrent sur le téléphone posé sur le meuble, non loin du canapé. Et, à l'instar d'un écho sans fin, les mots du docteur Strauss résonnèrent subitement dans sa tête :
« Prévenez quand même ses proches, je pense qu'ils en ont besoin »
Comment avait-il pu oublier cette indication ? Lui-même ne se comprenait plus. Cependant, l'heure n'était plus aux réflexions, car le réveil de Karina s'avérait imminent. L'idée de profiter de son sommeil pour contacter ses anciens collègues, et surtout ses parents, effleura à maintes reprises l'esprit du Next. C'était évident, trop simple pour l'omettre : aussi bas soit ce plan, il fallait l'exécuter. Autant pour elle que pour « ses proches ».
Pourtant... Sa main ne parvint à saisir l'appareil, et encore moins à composer un numéro quelconque.
A quoi bon prévenir les autres dans l'immédiat ? S'il existait bien une chose qu'il se refusait, c'était de perdre le peu de confiance que lui portait Karina.
« Tu deviens égoïste... », pensa-t-il en poussant un ricanement amer.
Un silence oppressant dominait les alentours, plongeant Karina dans le malaise. Ses yeux balayèrent les environs et ses sourcils se froncèrent en comprenant que l'endroit où elle se trouvait ne possédait ni présence humaine ni végétation. Seul le néant l'enveloppait dans un carcan d'incompréhension. Toutefois, par delà les ténèbres, quelque chose retînt son attention.
En effet, une silhouette, sortie de nulle part, l'attendait au pied d'un immense escalier en forme de spirale. Titillée par sa curiosité et son besoin inconscient d'en savoir plus, la Rose s'avança prudemment vers l'ombre au visage effacé, puis soupira en la voyant monter rapidement les marches.
La suivre.
Elle devait la suivre !
Les douze coups de midi sonnèrent lorsque Karina ouvrit enfin les yeux pour s'exiler de son profond sommeil. Les rayons du soleil filtraient à travers ses volets, déchirant sur une longue distance les ténèbres qui envahissaient la pièce. Encore un peu endormie, elle porta une main à ses cheveux, les plaqua en arrière, et demeura silencieuse un long moment, en proie aux images qui l'avaient assaillie au cours de la nuit.
Elle restait persuadée que que son rêve symbolisait quelque chose d'important, quelque chose propre à sa personnalité. Néanmoins, elle eut beau tenter de se souvenir en détail, de rejouer les scènes dans sa tête, aucune des images ne lui revint nettement en mémoire. Malgré cela, un sentiment à la fois frustrant et intriguant la poussa à réessayer. Encore et encore.
En vain.
« Ça me reviendra peut-être dans la journée », pensa-t-elle, avant de sortir de son lit.
Elle alluma la lumière, et grimaça à la vue des murs blancs de la chambre qu'elle occupait : décidément, elle supportait de moins en moins cette couleur, tant elle lui rappelait l'hôpital et son personnel hypocrite. La vision des tons immaculés et vides l'incita à s'habiller pour quitter la pièce au plus vite. D'un geste brusque, elle ouvrit la porte et traversa rapidement le seuil, cependant, alors qu'elle se crut enfin libérée de son mal-être, elle se heurta violemment à quelque chose de dur. Chamboulée, Karina releva la tête, et poussa une exclamation de surprise en reconnaissant Barnaby, qui se tenait face à elle, les yeux grands ouverts.
- Tout va bien... ?, osa-t-il.
La Rose demeura muette un instant.
A la vue du Héros, sa mémoire lui renvoya les souvenirs liés à la nuit dernière : sa solitude, sa crise d'angoisse, son besoin de revoir Barnaby au plus vite... et l'arrivée soudaine de ce dernier. Seulement, était-ce la réalité ? Ou bien une hallucination liée à sa démence ? Elle retourna maintes et maintes fois la question dans son esprit, comme si cela lui permettrait de trouver plus facilement la réponse. Mais évidemment, cela ne servit à rien, hormis le fait de renforcer sa frustration déjà bien grande.
- Karina... ?, insista l'homme.
- Oui, oui. Ça va..., sursauta l'interpellée.
Un silence s'installa entre eux, les plongeant dans une atmosphère pesante. Pendant que Barnaby ne parvenait à détourner son regard de Karina, celle-ci fixa le sol en titillant ses doigts. Tout deux égarés dans le labyrinthe de leurs pensées, ils ne surent quoi dire à l'autre. Tandis que la Rose, déchirée entre le désir de remercier son hôte, ou de rester muette, se mordait les lèvres, le Héros se fit violence pour essayer de briser le mur du silence.
Toutefois, un gémissement l'empêcha de mener à bien son projet : adossée contre le mur, la respiration de Karina se saccada, et son teint pâle dévoila un affaiblissement considérable. En proie à la migraine, elle posa sa main sur son front, et essuya quelques gouttes de sueur. Inquiet, Barnaby s'avança prudemment vers elle avant de lui demander la cause de ce soudain malaise.
- Ce n'est rien, j'ai dû me lever trop vite, déduit-elle.
Au yeux du Héros, l'excuse de Karina sonnait faux, et l'impression se renforça lorsqu'il remarqua qu'elle semblait fuir son regard, à l'image d'un enfant apeuré par son propre mensonge.
Barnaby examina un moment la Rose, sans un mot, et sentit son sang bouillir, prêt à le jeter dans le gouffre de la colère. Comment pouvait-elle lui mentir ? Pourquoi cherchait-elle à lui cacher la vérité ? Pour conserver sa fierté mal placée ? Pour jouer les femmes fortes ? Ou tout simplement parce qu'à l'heure actuelle, elle ne lui accordait pas encore la totalité de sa confiance... ?
Étrangement, la dernière interrogation offrit au Next un désagréable sentiment d'impuissance. Parmi toutes les questions qui embrumaient son esprit, celle-ci s'avéra la plus dure, la plus effrayante, la plus douloureuse. Toutefois, elle lui permit de garder un lien avec la réalité, et à ne pas flancher face aux tentations dévastatrices de la fureur.
Après un long soupir, Barnaby plongea son regard, dorénavant sévère, dans les yeux de Karina, procurant à cette dernière un léger sursaut.
- Tu dois manger, suggéra l'homme.
Les disques de bronze de la jeune femme s'élargirent à l'entente de cet ordre déguisé en conseil. Offensée, elle fronça les sourcils et s'apprêta à lui faire part de sa désapprobation, ponctuée d'explications logiques et pertinentes. Mais au même instant, la migraine tambourina violemment contre sa tempe, au point de la stopper dans son élan, la forçant à reposer une main sur son front.
- Regarde-toi. C'est à peine si tu peux me répondre. Tu t'affaiblis de plus en plus, et ça risque de s'aggraver si tu ne fais pas un effort, déclara Barnaby.
- Je te dis que tout va bien, siffla Karina, en peinant à se redresser.
- Tu n'es pas crédible.
- De toute façon, je risque de tout recracher si je me force...
Cette révélation, si soudaine et tranchante, permit au silence de reprendre sa place entre les deux interlocuteurs. Plus que de la colère, c'est un profond chagrin que la voix de Karina divulgua au travers de cet aveu. Et devant son manque de savoir faire, Barnaby serra les poings avant de siffler entre ses dents, frustré.
- Essaies au moins une fois..., osa-t-il, sans conviction. Tu ne peux pas rester dans un tel état.
L'ancienne Héroïne releva doucement la tête pour observer son hôte, consternée par son comportement jusque là inconcevable.
S'inquiétait-il à ce point pour elle ? Lui qu'elle connaissait si narcissique et orgueilleux ?
Elle ne comprenait plus rien.
Néanmoins... Elle ne pouvait cacher que ses réactions, sa façon de l'encourager, sa manière de prendre soin d'elle la touchaient au point de se remettre en question.
« Essayer ». Tenter de se sortir de cette situation contraignante... En soit, Barnaby n'avait pas tort : demeurer faible et constamment effrayée à l'idée de recracher son repas ne l'aiderait aucunement à aller de l'avant. A présent, elle devait prendre le taureau par les cornes et se libérer des chaînes de la dépression, aussi éprouvante et difficile sera cette épreuve.
- Qu'as-tu à me proposer... ?, demanda la Rose.
L'homme tourna la tête en direction de Karina, surpris par ce qu'il venait d'entendre. Cependant, il préféra ne pas s'y attarder, de peur de la blesser encore une fois.
- Ça dépend ce que tu veux. J'ai un peu de tout, tu n'as qu'à demander.
- Ça m'est égal... Quelque chose de léger, qui ne baigne pas dans l'huile...
- Comme du riz sauté ?, proposa le Héros.
- Je n'en ai jamais mangé, mais pourquoi pas...
Un sourire en coin apparut sur le visage de Barnaby : l'air de rien, entendre une réponse positive de la part de son invitée lui procura une sensation d'apaisement, mêlé à une impression de victoire bien méritée.
- Je vais faire ça alors, allonge-toi en attendant, conseilla-t-il.
- Non..., le coupa Karina. J'en ai assez de rester au lit.
En vérité, elle refusait de passer une minute de plus dans sa chambre, enfermée entre ces murs blancs et vides.
- Je vais au salon, je m'assoirai sur le canapé, insista-t-elle, en partant.
Barnaby n'ajouta rien de plus, et attendit que Karina prenne place pour se rendre à la cuisine, afin d'y préparer son riz sauté.
Un plat qui le rendait nostalgique.
Une agréable odeur en provenance de la cuisine s'infiltra dans les narines de la Rose, l'invitant alors à fermer les yeux pour se perdre dans ses souvenirs. A l'instar de la madeleine de Proust, l'effluve lui renvoyait les images liées à sa petite enfance, lorsque sa mère s'occupait d'elle en lui préparant de délicieux petits plats. Petits plats qu'elle se hâtait de dévorer sous son regard attendri. Les souvenirs remontèrent en son esprit une ascension de flash-back délicats : elle se rappela du sourire bienveillant et complice de sa mère, des avertissements protecteurs de son père, des instants rassurants passés en leur compagnie, des disputes futiles... Et une accommodante chaleur enveloppa son cœur meurtri à l'instant où elle repassa en mémoire les repas de famille, dont ceux des fêtes de fin d'année. Notamment celui de Noël, ses cadeaux, l'ambiance conviviale qu'aucune fête n'égale, et surtout les somptueuses décorations qui ornaient sa maison, illuminée par des dizaines de guirlandes électriques. Et ce majestueux sapin qui ne cessait de l'impressionner quand elle était enfant, qu'elle adorait décorer en compagnie de ses parents.
En repensant aux décorations de sa maison, Karina sursauta en réalisant enfin que l'habitat de Barnaby n'en possédait aucune. Pas de guirlandes, de couronne accrochée à l'entrée, pas la moindre présence d'un sapin paré de couleurs chatoyantes.
Rien, le vide. Comme si ce 24 Décembre ne s'avérait qu'un jour de plus, effacé parmi les autres.
- C'est prêt, annonça la voix de Barnaby, ramenant involontairement la Rose à la réalité.
- J'arrive.
Elle se leva doucement, par peur de réveiller sa migraine, et se dirigea à petits pas vers la salle à manger, où une assiette colorée l'attendait sur la table. Sans grande conviction, elle s'essaya sur la chaise, et observa un moment le plat préparé par Barnaby.
Hormis son ingrédient principal, le riz sauté se composait de petits pois et de crevettes roses décortiquées, donnant à la composition, une apparence succulente. Même par delà sa cuisine, la minutie du jeune homme était flagrante.
Karina déglutit, attrapa la fourchette sous l'œil attentif de son hôte, et la remplit d'une fine garniture. Cependant, avant de porter quoique ce soit à sa bouche, elle leva les yeux vers Barnaby, et entreprit de lui poser une question :
- Tu n'as pas décoré ton intérieur... ?
- Pardon... ?, demanda le Next, interloqué.
- Je n'ai vu aucune décoration de Noël... Et je me demandais si tu avais eu le temps de t'en occuper..., hésita Karina, en baissant le regard.
Et soudain, tout s'écroula sous les pieds de Barnaby. Est-ce que ce sujet devait vraiment être traité ? Il savait qu'au fond, elle le remarquerait tôt ou tard, mais il voulait se réfugier dans l'espoir qu'elle ne lancerait pas le sujet. Dès lors, les questions résonnèrent dans son esprit, mais son corps se paralysa, incapable de produire le moindre mouvement, incapable de prononcer le moindre mot. L'étincelle dans ses émeraude s'éteignit, et leur éclat s'attrista, faisant comprendre à Karina qu'elle aurait mieux fait de se taire.
- Heu... Enfin, tu n'es pas non plus obligé de...,
- Je n'aime pas spécialement Noël, la coupa Barnaby.
A l'entente de cet aveu, l'ancienne Next écarquilla légèrement les yeux, puis sentit un pic lui transpercer le cœur. C'était dit d'une manière si aigre, si mélancolique...
- Cette fête me rappelle de mauvais souvenirs, continua-t-il, pris dans un élan de confession.
Il tourna la tête en direction de la fenêtre à sa gauche, qui encadrait le paysage terne de l'hiver.
- Noël est une fête que l'on passe en famille, continua-t-il, avant de plisser les yeux. Elle ne me sert plus à rien.
Un sentiment indéfinissable alourdit brusquement l'estomac de la Rose. Elle ne s'attendait pas à entendre de telles confidences de la part de son ancien coéquipier et rival. A présent, cela coulait de source : renier cette fête symbolisant l'amour familiale s'avérait logique de la part de Barnaby. Il n'avait plus aucun proche, plus un seul parent. Seule la solitude s'inviterait à la fête, prête à l'emprisonner entre ses griffes déchirantes et tortueuses.
Il s'était résigné à passer Noël, isolé dans sa grande maison.
Face à toutes ses réflexions accablantes, Karina repensa à ses propres parents, et comprit à quel point elle était chanceuse sur ce point.
Ses parents...
Que devenaient-ils ?
Fêteraient-ils Noël cette année ? Que ce soit chez eux ou chez des amis ? Ou bien seraient-ils beaucoup trop déprimés pour oser s'amuser ?
Quelle genre de relation entretiendrait-elle avec eux, après ce terrible événement qui ne laisserait qu'une cicatrice inguérissable derrière elle ? Derrière eux... ?
Une boule d'angoisse entrava la gorge de Karina, et elle sentit les larmes monter lorsqu'elle se mit à penser qu'elle était la cause de leur tourment.
- Pourquoi devrais-je jouer le jeu ? Je n'en ai nullement envie, c'est inutile, souffla le jeune homme.
- Ça suffit !, tonna l'ancienne Next, sans remarquer les larmes qui, dorénavant, coulaient sur ses joues. Qu'est-ce qui te prend de tenir de tels propos ?! Ce n'est pas le Barnaby que je connais !
Surpris, le Héros écarquilla les yeux devant les paroles de son invitée, inapte à lui répondre. Plusieurs secondes s'écoulèrent, ponctuées par les faibles gémissements de Karina qui étouffaient difficilement ses sanglots. Les aveux de Barnaby, et le fait de penser à ses parents, l'avaient un peu affaiblie. Toutefois, son besoin d'affirmer son opinion la poussa à tenir bon.
- Tu n'as donc pas compris que nous te considérons comme un membre de la famille au sein de l'équipe... ? On sera tous d'accord pour t'accueillir si jamais tu en as besoin... De toute façon, tu n'es pas seul ce soir, puisque je suis là !
Elle ponctua son affirmation en plongeant ses perles bronzées dans les émeraudes de Barnaby. Ce dernier, toujours sidéré par les propos adressés à son égard, se demanda s'il n'était pas en proie à un rêve ou à une mauvaise blague. Et tandis qu'il tentait de reprendre ses esprits, Karina sentit le sang lui monter aux joues lorsqu'elle comprit le sens de ses propos.
Gênée, elle baissa la tête et s'empressa de goûter le riz sauté, histoire de détourner son attention.
- J'aime bien ton plat..., bredouilla-t-elle, bien que déjà écœurée par la grosse fourchette qu'elle venait d'ingurgiter.
- Prends ton temps.
Karina acquiesça silencieusement, et mangea plusieurs bouchées qu'elle se força à avaler. Même si le contenu de l'assiette s'avéra délicieux, elle ne put la terminer. Toutefois, un sourire en coin discret se dessina sur les lèvres de Barnaby, heureux de constater qu'elle faisait de plus en plus d'efforts.
Et puis, il devait se l'avouer, sa tirade lui avait remonté le moral.
Alors que les lumières multicolores de la ville illuminaient joyeusement les habitants de Sternbild, les compatriotes d'Aiden passaient Noël au cœur même de leur base enfouie sous terre, et dont seules quelques bougies chassaient, de leur faible éclat, les ténèbres propres au lieu. En une année, la cachette secrète s'était irrémédiablement agrandie, et se composait maintenant de plusieurs couloirs souterrains, menant à différentes pièces plus ou moins espacées. La salle où devaient se rendre les larbins de monsieur J. Howards n'était autre qu'une immense salle de conférence qu'il avait faite construire il y a de cela plusieurs mois. En effet, son armée de Next, créée pour le bien de ses idéaux, avait, au cours de ces douze derniers mois, accru d'une manière si faramineuse qu'il s'était senti obligé de faire construire une salle de réunion trois plus grande que son propre bureau.
Les compatriotes longèrent un couloir, marchèrent un bon quart d'heure, et arrivèrent enfin à destination sans s'être échangé le moindre mot, guidé par le rythme de leurs propres pas.
Au centre de la salle d'audience se tenait une estrade en bois, assez haute pour mettre en avant Aiden J. Howards, qui attendait la venue de ses adeptes. A sa droite, Ascelin restait silencieux, les mains dans le dos, glissant de temps a autre un regard en coin à son aîné.
Ce dernier patienta un instant, et lorsqu'il comprit que personne ne manquait à l'appel, il se racla la gorge et entama son discours :
- Je suis heureux de vous savoir tous là !, s'exclama-t-il, en leur adressant un énigmatique sourire.
Les sujets du dictateur lui répondirent par un salut militaire, témoignage de leur fidélité et admiration à son égard. Alignés les uns à côtés des autres, et vêtus d'un sombre costume aux reflets des flammes de l'enfer, ils envahissaient l'endroit à chaque recoin, provoquant une ondulation au moindre geste, à l'image d'un fleuve calme avant la tempête. Et au dessus de tous ces êtres aveuglés se dressait leur Lucifer, ange déchu qui s'apprêtait à se venger d'un affront subi en des temps lointains.
- En cette veille de Noël, je me suis permis de vous donner rendez-vous ici pour vous tenir au courant de quelque chose, reprit Aiden. Nos actions précédentes se sont conclues sur un échec humiliant pour nous tous. Mais l'heure n'est plus aux regrets, et c'est pourquoi il est temps d'en finir une bonne fois pour toute ! Nous n'étions qu'une dizaine au départ, et nous voilà à présent plus de cinq cents !
Avec ses grands gestes expressifs, son visage effroyablement calme, et sa voix éloquente, Aiden n'eut aucun mal à hypnotiser ses partisans. Après tout, seul le fanatisme de ces imbéciles lui permettrait de mener à bien son projet : ils étaient les pions sur son échiquier ensanglanté, car leurs vies protégeaient la sienne, à l'instar d'un bouclier humain.
De plus, ces Next manipulés lui offraient une aide non négligeable dans la capture des Héros.
Ah, ces Héros.
Monsieur J. Howards supportait de moins en moins leurs manières nobles et hypocrites. Ils étaient corrompus par la société humaine, et gaspiller leur temps et leur énergie à les secourir par le biais d'une émission stupide. Ils humiliaient la race pure des Next, involontairement, naïvement, confortés dans l'idée qu'ils faisaient régner la justice.
Pauvres moutons souillés.
C'est pourquoi Aiden désirait à tout prix les attraper et les rallier à sa cause : sans les protagonistes d'Hero TV, les humains perdraient forcément tout espoir, et ils seraient ainsi plus facile de les dominer, voire les éliminer.
- Mais ne nous hâtons pas, continua le dictateur, sous l'œil attentif de ses alliés. Avant de passer à l'attaque, je demanderais à une vingtaine d'entre vous d'observer les moindres fais et gestes des Héros, et de me faire un rapport détaillés de leurs actions. Évidemment, il vous faudra rester discret ! La moindre erreur vous sera fatale ! Ascelin pourra vous aider sur cette mission, il s'y connaît bien.
Comprenant le double sens de la phrase, Ascelin adressa un sourire complice à son supérieur, puis sentit le bonheur alléger sa poitrine.
Jamais il ne se lasserait de ses compliments.
- Par ailleurs..., souffla Howards. J'aimerais que Craig, le Next capable de changer d'apparence, lève la main.
Le poing du sujet se leva vivement à cette demande, arrachant au supérieur un sourire satisfait en coin.
- Bien... Très bien. C'est sur tes épaules que reposera l'avenir des Next. Alors, ne me déçois pas.
- Comptez sur moi, chef !, s'exclama Craig, fier qu'une telle mission lui soit assignée. Quel sera mon rôle ?
Le rire mystérieux d'Aiden résonna dans la pièce, comme s'il cherchait à titiller l'impatience de son fidèle. Peu après, il porta une main à ses cheveux sombres, les plaqua en arrière, et reprit doucement son souffle avant de plonger ses perles noires dans celles de Craig.
- Piéger le célèbre Barnaby Brooks Jr., annonça-t-il.
L'entente du nom eut le même effet qu'un coup de tonnerre, plongeant les Next dans l'incompréhension. Avaient-ils bien entendu ? Était-ce le fruit de leur imagination ? Comment leur vénéré supérieur pouvait attribuer une telle responsabilité à Craig ?! C'était du suicide, de la folie ! Et au bout de plusieurs minutes de débat entre collègues, les première insultes à l'égard de l'élu fusèrent.
- Allons, calmez vous !, ordonna Aiden. Est-ce là ce que je vous ai enseigné ?
- Mais chef ! Sauf votre respect, nous pensons qu'un type comme Craig ne s'en sortira pas !, s'écria un Next.
- Et pourquoi donc ? Vous ne connaissez même pas l'intégralité de notre plan.
Le surhomme énervé baissa le regard, bien qu'encore frustré par cette suite d'événements saugrenus. Au fond, il n'était pas le seul à en vouloir à Craig, car être choisi par Aiden se définissait par un honneur rare à se procurer, et n'importe quel sujet aurait souhaité entrer dans ses bonnes grâces.
Par la suite, le dictateur expliqua dans les moindres détails son idée, répondant de temps à autres à quelques questions. Il finalisa son discours par une énième phrase encourageante, et la conférence prit fin vers vingt trois heures.
- En cette veille de Noël, je vous offre un cadeau !, déclara Aiden. Je vous apporte la promesse d'une nouvelle ère ! Une ère régie par les Next !
Et tandis que la joie et le bonheur régnaient à la surface, les marionnettes hurlèrent le nom de monsieur J. Howards. Car ils le savaient, ils en étaient persuadés, ce supérieur si charismatique tiendrait sa promesse.
Note de l'auteur : Voilà ! Les choses avancent aussi bien du côté Bunny/Blue Rose que celui d'Aiden. Personnellement, j'aime beaucoup rédiger les scènes entre Barnaby et Karina tellement ces deux là m'inspirent xD J'espère que ça vous aura plu, comme d'habitude ! Je vous donne rendez-vous le 24 pour la suite !
Sinon, saviez-vous que Tiger&Bunny allait être adapté en film live Hollywoodien ? Je suis curieuse et impatiente de voir ça si ça se concrétise !
