Merci beaucoup à Luciaellana et à Misaya67 pour vos reviews. J'ai rajouté le chapitre 21 à ma fiction après avoir écrit la suite et je trouvais ce chapitre assez risqué, c'est pourquoi vos remarques me font très plaisir.
Je m'excuse pour l'attente de ce chapitre, mais une fois de plus je n'ai plus accès à internet de chez moi.
Ce chapitre est important pour la relation entre Tim et Abby, et j'ai eu du mal à l'écrire, alors j'espère que vous l'aimerez aussi.
Je m'y base sur la relation précédente qu'il y a eu entre eux, et j'espère avoir été claire dans ce que j'ai écrit. Toutefois si vous avez des questions n'hésitez pas!
Bonne lecture et vive les reviews!
Chapitre 23 : Tout est de ma faute.
Timothy se dirigeait vers chez lui. Il était rentré à D.C. depuis une petite quinzaine de jours, et il n'avait toujours pas trouvé le temps de discuter avec sa compagne. Même si ça n'était pas faute d'avoir essayé. Elle l'avait soigneusement évité à son retour, et lorsqu'ils s'étaient retrouvés tous les deux seuls, elle s'était montrée la plus joyeuse possible comme elle savait si bien le faire, évitant tout sujet de conversation un peu trop sérieux.
Elle avait ensuite multiplié les soirées bowlings avec ses amies nones, elle était allée deux fois au cinéma avec Hélène, qui ne comprenait définitivement plus rien au comportement de son amie, elle avait également passé plusieurs soirées avec une de ses cousines de la Nouvelle Orléans, en visite pour quelques jours à Washington. Elle s'était arrangée pour occuper son temps au mieux, loin de Tim.
Et lorsque McGee avait enfin réussi à la calmer et lui faire comprendre qu'elle devait cesser son petit jeu auquel il voyait clair, un soir alors qu'ils n'étaient plus que tous les deux dans son labo et qu'elle n'avait plus eu aucun échappatoire, son portable avait sonné, annonçant une nouvelle enquête. McGee avait soupiré puis décroché son téléphone, il avait lancé un dernier regard avisé à Abby avant de regagner l'openspace.
Cette enquête les avait occupé toute la semaine, chose assez rare pour son équipe. Mais le meurtrier avait bien fait les choses, et pendant quelques jours McGee avait presque oublié qu'il devait sérieusement parler à Abby. Il ne l'avait quasiment pas vue durant cette semaine, elle n'était pas venue chez lui et il n'avait pas eu le temps de se rendre jusqu'à son appartement. Ils avaient toutefois fini par trouver leur assassin cet après-midi, et il pouvait à présent penser à autre chose qu'à cette histoire de meurtres sous forme de chasse au trésor. Toutes ses pensées se tournaient de nouveau vers Abby, et il n'avait qu'une hâte, tirer la situation au clair.
La jeune femme l'attendait chez lui. Gibbs lui avait ordonnée de rentrer à une heure convenable après qu'ils aient arrêté le meurtrier. Les autres agents avaient dû rester encore quelques heures au NCIS pour finaliser l'enquête et commencer leurs rapports. Quand Abby été passée par l'openspace pour leur dire bonsoir, McGee lui avait gentiment intimée d'aller chez lui, et elle avait vite compris que derrière son regard aimable il ne lui laissait pas le choix. Gibbs avait regardé la lutte silencieuse qu'avait mené ces deux là d'un œil avisé, et McGee l'avait remercié, avec un pointe d'inquiétude, de la laisser rentrer plus tôt que les autres. Car il y avait définitivement quelque chose qui ne tournait pas rond chez la jeune femme.
Il était donc 21h30 et la nuit était tombée lorsque Tim rentra chez lui. Il accrocha sa veste au porte-manteaux et laissa ses chaussures dans l'entrée. Depuis quelques temps son appartement était quasiment devenu leur chez eux. Abby possédait toujours le sien, mais c'est chez lui qu'ils passaient la majeure partie de leur temps quand ils étaient ensemble. Abby y avait amené quelques une de ses affaires, et bien que rien ne soit encore officiel, elle savait qu'elle vivait presque ici. Sauf quand elle prenait grand soin d'éviter son compagnon.
Tim trouva Abby confortablement assise dans le canapé, fixant la télévision, tout en changeant régulièrement de chaîne. Il était content de voir qu'elle avait compris le message et ne l'avait pas fui ce soir encore. Il commençait à en avoir marre de ne plus l'avoir à ses côtés quand il rentrait du NCIS. Il ne supportait plus d'arriver chez lui pour découvrir que son appartement était vide. Il s'était habitué à sa présence.
- Il n'y a rien de bien à cette heure-ci, dit Tim en s'approchant de la jeune femme.
Il l'embrassa, puis fit le tour du canapé pour s'installer à ses côtés.
- Je vois ça, ça va faire un quart d'heure que je zappe sans rien voir d'intéressant.
- Alors tu devrais envisager de faire autre chose, suggéra Tim.
- Peut-être. Vous avez vraiment bouclé l'enquête cette fois? Je ne t'attendais plus. Je commençais à envisager l'idée d'aller me coucher.
- Je suis désolé de rentrer si tard, mais Gibbs a refusé de nous laisser partir plus tôt, même Ducky a dû rester. Il n'y a que toi qui aies eu droit à un traitement de faveur, ajouta Tim en jetant un coup d'œil à sa compagne.
Il avait remarqué que son patron avait tendance à protéger Abby ces derniers jours. Il soupçonnait Gibbs d'en savoir plus que lui sur ce qui tracassait la jeune femme.
- Bien, je n'ai pas encore mangé. Je vais nous faire à dîner. Tu as une préférence avant que je ne commence? Parce que moi des pâtes m'iront très bien, dit Abby en se levant soudainement, et en gagnant déjà la cuisine.
- Non des pâtes c'est très bien, mais viens là, on à le temps. On mangera plus tard, répondit Tim en se retournant pour la voir.
Leurs regards s'accrochèrent une seconde, et Abby se sentit mal. Elle reprit aussitôt la parole pour combler ce silence qui l'oppressait.
- Quoi? Qu'est-ce que tu veux? Demanda la jeune femme en s'approchant, gardant toutefois ses distances.
Elle voyait bien que Tim était décidé à lui parler, et que cette fois elle ne pouvait plus faire marche arrière, ils avaient déjà attendu trop longtemps. Mais ce n'est pas pour autant qu'elle avait envie d'en parler. Elle savait qu'elle devait, qu'elle ne pouvait indéfiniment nier la situation. Mais ça pouvait encore attendre un jour ou deux, non?
- Viens t'asseoir, qu'on discute un peu, on ne s'est quasiment pas vu ces quinze derniers jours, continua doucement Tim.
Abby détesta ce ton bien trop gentil qu'il employa.
- Je sais, on a été très occupé. Je te promets qu'on rattrapera ça, répondit-elle en se forçant à lui sourire et en se rasseyant.
Elle restait prête à s'en aller à tout moment.
- C'est maintenant que je veux rattraper le temps perdu Abby, dit Tim alors qu'il se préparait à entrer dans le vif du sujet. Je vois bien que quelque chose te tracasse. Tu fais tout pour m'éviter depuis que je suis rentré de France. Tout le monde au NCIS a remarqué que tu avais changé, et j'aimerais savoir ce qui ne va pas. Je suis là tu sais. Je m'inquiète.
- Je sais Tim, mais je n'ai pas du tout envie de discuter maintenant, je suis fatiguée, c'est pourquoi j'aimerais manger rapidement et aller me coucher, dit la jeune brune alors qu'elle se relevait et repartait en direction de la cuisine.
McGee la vit faire, déçu. Faire parler Abby pouvait parfois être très difficile. Son comportement le faisait de plus en plus craindre ce qu'elle lui cachait. Il se leva et la rattrapa par le bras avant qu'elle ne s'éloigne et l'obligea doucement à lui faire face. Il la regarda droit dans les yeux.
- Pourquoi est-ce que tu me fuis et tu me mens ainsi Abs, j'ai fait quelque chose de mal? Demanda Timothy d'un air concerné qui effraya Abby.
Elle vit dans ses yeux qu'il s'en voulait, qu'il avait peur d'avoir mal agi, et elle s'en voulut davantage si c'est possible. Elle n'avait jamais voulu lui faire du mal à lui aussi. Elle avait cru qu'en ne disant rien, personne ne serait blessé. Elle avait cru que nier les faits pourrait les faire disparaître.
- Non Timmy, tout est de ma faute, je suis désolée, prononça faiblement Abby tout en baissant les yeux. Tu n'as rien fais de mal.
- Regarde moi Abs, chuchota Tim.
- Non, répondit-elle en fuyant les yeux de McGee qui cherchait les siens.
- Pourquoi Abby? Je t'aime, tu le sais, je ne te ferais jamais de mal.
- Je ne peux pas… Reprit a jeune femme dans un murmure.
- Abby, je ne peux rien faire pour toi si tu ne m'aides pas un peu, lui intima-t-il calmement en passant une main sur sa joue.
- J'ai honte… Lâcha-t-elle finalement, ne supportant pas plus longtemps qu'il la retienne et la regarde ainsi pour la faire avouer.
Elle voulait fuir. Elle ne méritait pas qu'il se soucie tant d'elle. Elle avait encore tout gâché.
- Honte? Mais de quoi? Tu n'as rien fais de mal!
- Si Tim, mais tu ne sais pas, déclara Abby en relevant les yeux. J'ai tout cassé, une fois de plus. J'ai refais les mêmes erreurs, finit-elle en frissonnant légèrement.
McGee ne comprenait plus rien. Il avait beau tenter de reconstruire le puzzle dans sa tête, il ne voyait pas où Abby pouvait s'être trompée et pourquoi elle pouvait s'en vouloir autant. Il était complètement perdu et n'aimait pas voir Abby se morfondre ainsi.
Il l'attira contre lui et la prit dans ses bras, la serrant doucement. La jeune femme se laissa faire, mais elle ne bougea pas pour autant, elle resta stoïque alors qu'il passait une main dans son dos. Après quelques secondes, face à son comportement, il s'écarta un peu et força la jeune femme à relever son visage. Il aperçut alors ces larmes qui roulaient doucement le long de ses joues. Il les essuya de son pouce et fixa de nouveau ses yeux, à la recherche de réponses.
- Parle moi Abby, dis moi ce qui te met dans cet état, je t'aiderais, je te le promets.
McGee cherchait désespérément à apaiser la jeune femme, mais il ne parvenait pas selon lui à trouver les bons mots. Il avait horreur de la voir dans un tel état.
- Je ne peux pas Tim, je t'aime trop, et tu me détesteras une fois que je t'aurai tout dit. Je ne peux pas t'en parler.
- Je te jure le contraire Abs, quoi que tu me dises je resterai là, je t'aiderai. Et puis rien ne pourra être pire entre nous que toutes ces cachotteries. Je ferais n'importe quoi pour que tu arrêtes de pleurer Abs, tu le sais.
Abby s'éloigna comme elle put, repoussant Tim, que l'inquiétude gagnait de plus en plus. Elle savait qu'il ne voulait que son bien. Il était trop gentil avec elle. Il ne la méritait pas. Elle avait peur qu'il la fuie comme la dernière fois. Elle ne voulait pas le perdre.
- La dernière fois tu m'as laissée tomber Tim, tu m'as laissée toute seule, se résigna la jeune femme, comprenant qu'elle n'y couperait pas ce soir, qu'il réussirait à la forcer à parler.
Elle se dit qu'au moins comme ça il comprendrait peut-être qu'elle avait tout gâché. Elle lui en avait voulu pour le comportement qu'il avait eu la dernière fois. Peut-être que si elle le lui reprochait encore une fois il s'énerverait et la laisserait. Elle ne méritait pas mieux de toute façon. Il valait mieux qu'il s'en aille plutôt qu'il apprenne la vérité, même si c'était ce qui lui faisait le plus peur, qu'il la quitte, qu'il ne l'aime plus, qu'il l'abandonne maintenant.
- De quoi parles-tu?
- Quand Kate était encore là.
- Mais où veux-tu en venir Abby? Demanda Tim complètement perdu. Est-il vraiment nécessaire de parler de Kate maintenant? Continua-t-il, lasse.
- Non, non, répondit Abby en le regardant une courte seconde. Mais la dernière fois elle avait été là pour moi, alors que toi tu m'avais quittée. Et là, même elle, elle n'est plus là.
- Tu parles de quand nous avons rompu Abby?
Pour simple réponse, la gothique hocha la tête.
- Mais c'était il y a des années, s'étonna Tim, avant de lâcher un profond soupir.
- Je suis désolée… Souffla Abby en baissant la tête et en se triturant les doigts, alors que Tim restait face à elle.
McGee commençait à se lasser de ce petit jeu. Il était fatigué et voulait que cela cesse. Il ne voulait plus tourner autour du pot, il ne voulait pas la perdre encore une fois, c'est pourquoi il haussa légèrement le ton.
- J'en ai marre Abby. Tu vas t'expliquer maintenant, s'emporta-t-il doucement en battant des bras. On a rompu il y a onze ans! Et ça fait déjà plusieurs mois qu'on s'est remis ensemble. Je t'aime Abby, tu n'as pas à douter de ça! On a fait une pause tous les deux, mais à présent c'est terminé. Tout allait très bien avant que je ne parte en France, je ne comprends pas...
- Une pause? Tu appelles ça comme ça? S'étonna la jeune femme en commençant elle aussi à élever la voix. Tu ne te souviens même plus de la raison de notre rupture, poursuivit Abby, immobile face à Tim, sentant ses dernières forces la lâcher.
Elle se sentait désespérée.
Tim ne sut pas réellement ce qu'il devait répondre à cette dernière remarque. Bien sûr qu'il s'en souvenait. Mais pourquoi revenir là dessus? Pourquoi maintenant, alors qu'ils n'en parlaient jamais? Et Kate? Pourquoi?
- Si, bien sûr que je me souviens Abby, expliqua-t-il en ayant l'impression de marcher sur des œufs. On avait des secrets l'un pour l'autre, et lorsqu'ils ont été dévoilés à notre insu… on n'a pas su y résister.
La respiration d'Abby s'accéléra, son coeur battit plus fort, elle se sentit profondément blessée, et elle ne put rien contre ça.
- Tu appelles ça comme ça? Des secrets? Demanda-t-elle la voix sèche, pleine de larmes.
Tim ne répondit pas, il la voyait s'énerver face à lui, mais il ne voyait pas ce qu'il pouvait y faire. Il ne comprenait toujours pas pourquoi elle ressassait tout ça, pourquoi ça la travaillait autant, soudainement. Il fit un pas vers elle, mais se stoppa lorsqu'elle reprit la parole.
- On devrait être trois dans cet appartement Tim.
Sa respiration se coupa et il déglutit péniblement. ça y est, elle l'avait dit. Elle avait clairement évoqué ce vers quoi leur conversation avait dérivé. Il se sentait blessé à son tour, et avait le sentiment d'être à des kilomètres de la jeune femme qu'il aimait tant et qui se trouvait juste devant lui. Ils n'avaient pas vécu ça ensemble, ils ne l'avaient pas surmonté ensemble. Il retrouvait avec ces quelques mots le fossé que cela avait créé entre eux, il retrouvait cette douleur, le ressentiment qu'il avait eu envers cette femme qu'il aimait, ce champ de possibilités qui s'était effondré avant qu'il ne puisse rien que l'effleurer. Il retrouvait cette solitude que ça avait généré en lui.
- Abs, ce n'est pas ce que j'ai voulu dire, tu sais bien, tenta-t-il d'une voix faible. Tu sais que ce qu'il s'est passé compte pour moi aussi, que ça ne m'a pas du tout laissé indifférent.
- Non, je ne sais plus Tim. On devrait avoir un fils de dix ans, un petit garçon, avec nous, et toi tu as déjà oublié… Lui dit Abby, sa voix s'éteignant à mesure qu'elle parlait.
Ses larmes coulaient, se succédaient, alimentaient sans cesse ce flot qui dévalait ses joues. Ils se faisaient face, se fixaient, se sondaient les yeux dans les yeux. Ils souffraient.
- On n'en parle jamais, continua Abby après avoir pris quelques grandes inspirations pour tenter de reprendre un minimum le contrôle d'elle même. C'est comme si ça n'avait jamais existé, comme si on n'avait jamais conçu une vie toi et moi, comme si on ne s'était jamais brûlé les ailes, comme si on n'avait jamais perdu cet enfant, ce petit garçon qui aurait été le nôtre et qui aurait chamboulé toute notre vie, poursuivit-t-elle sans s'interrompre, même si certains mots étaient difficiles.
- Je ne pensais pas que c'était ça qui te troublait autant Abs, je pensais qu'on avait tourné la page, lâcha Tim dans un soupir.
Il chercha ses mots avant de poursuivre.
- On a perdu cet enfant Abby, on ne peut plus rien y faire, dit McGee complètement perdu, ne sachant plus comment agir, ses souvenirs reprenant le dessus. On ne peut pas le faire revenir, même si j'aimerais, moi aussi. Même si j'ai des remords, moi aussi. Même si je m'en veux quelques fois quand j'y repense, quand je croise un enfant auquel il aurait pu ressembler. Mais on s'est fait assez de mal comme ça à cause de ça Abby, tu ne crois pas? On est resté assez longtemps bloqué sur cette époque.
Il soupira de nouveau.
- Je pensais qu'on avait enfin réussi à avancer Abs, que ces derniers mois qu'on a vécu ensemble en étaient la preuve.
- Mais tu m'as laissée seule après ça Tim, rétorqua Abby dès qu'il eut finit de parler, tentant de lui faire saisir le sens de ses paroles. Tu m'as abandonnée. Tu m'as fais souffrir davantage encore.
- Mais comprends moi Abby, s'indigna Tim qui refusait d'être tenu seul responsable de tout. Tu ne m'avais même pas dit que tu étais enceinte, articula-t-il en faisant quelques pas sur place. Je... Je l'ai appris quand le médecin m'a dit qu'il n'avait pas pu sauver l'enfant, continua-t-il en plantant de nouveau ses yeux dans ceux de la jeune femme, dont il s'était approché. Je n'avais aucune idée de ce dont il me parlait Abby! Je ne comprenais rien à rien, je... J'étais totalement perdu Abby, je ne savais plus quoi dire, plus quoi penser, je n'avais personne à qui en parler, je ne savais pas pourquoi tu ne m'avais rien dit, je passais pour un idiot, je me sentais comme un idiot. Je me demandais depuis quand tu savais, depuis quand tu me le cachais, depuis quand tu te moquais de moi. Je m'en voulais de n'avoir rien vu. J'essayais soudainement de me faire à l'idée que j'avais failli être papa, mais que finalement je ne le serais pas, et que j'avais failli ne rien savoir, s'emporta Tim, bouillant sur place, faisant peur à Abby qui restait stoïque quelques centimètres devant lui.
Ils n'en parlaient pas, jamais. Tim ne s'était jamais tant exprimé sur le sujet. Elle se taisait, ne l'interrompait pas, et encaissait, comprenant un peu mieux comment il avait vécu tout cela, comment celui qui avait failli être le père de son enfant avait vécu les choses, le mal qu'elle lui avait fait. Une part d'elle était satisfaite d'enfin savoir comment il avait vécu tout cela, se disait que ça leur faisait du bien d'enfin aborder ce sujet.
Plusieurs secondes après qu'il se soit tu, elle comprit qu'il n'en dirait pas plus, que c'était à elle de parler, qu'il était trop bouleversé, trop occupé à reprendre son souffle pour aller plus loin.
- Je n'avais pas osé te le dire, mais je comptais le faire... Je... Je ne savais pas comment, c'est tout, reprit Abby plus calmement en baissant les yeux pour fuir son regard. J'avais peur, je me disais que j'avais le temps, on n'avait jamais parlé d'avoir des enfants toi et moi. Et puis il y a eu cette fusillade au NCIS… Qui a tout changé... Tu aurais dû être là, lâcha-t-elle avec plus de hargne en lui jetant un œil. Tu n'aurais pas dû me laisser seule si soudainement, j'avais confiance en toi, quand je me suis réveillée... Je pensais que tu serais là. Mais non... Tu n'avais laissé que... le vide, pour m'aider à tenir le coup.
- Il me fallait du temps pour encaisser le coup moi aussi Abby! Répéta Tim.
- Il t'a fallu onze ans!
- Mais je ne pouvais en parler à personne Abby, moi aussi j'étais seul! Du peu qu'on en a discuté quand je suis venu te poser des questions, tu m'as interdis d'en parler à qui que ce soit! Même Kate qui t'a aidée ne connaissait pas la réelle cause de tes soucis! Tu as tout fait pour que ça reste secret. Même quand Gibbs t'a questionnée car il s'inquiétait tu as tout mis sur le fait qu'on t'avait tiré dessus. Tu as fait de ton mieux pour cacher la vérité aux yeux de tous Abby, tu n'as dis à personne que tu venais de perdre un enfant. Je ne pouvais rien faire, je n'avais le droit de rien dire... Tu ne m'as pas vraiment laissé le choix Abs.
Il fit une légère pause avant de reprendre, n'appréciant pas la vue du visage décomposé d'Abby qui s'offrait à lui, avec tout ce maquillage qui avait coulé.
- Tu venais tout juste d'apprendre qu'il s'agissait d'un garçon, reprit-il un peu plus posément. On ne devinait encore qu'à peine ta grossesse, tu avais conservé ta taille de guêpe. Comment j'aurais pu deviner que tu attendais un enfant alors que tu t'arrangeais pour ne pas en afficher les signes? Encore aujourd'hui personne ne sait que tu as fait une fausse couche, hormis moi et une poignée de médecins.
Le jeune homme soupira et marqua une pause.
- J'en peux plus Abby. Pourquoi, pourquoi maintenant alors que tout allait si bien entre nous? Pourquoi tu ramènes si violemment ce sujet sur le tapis? Qu'est-ce que tu veux? Qu'est-ce que tu attends de moi? Qu'est-ce que j'ai fais? Qu'est-ce que je dois faire, qu'est-ce que je dois dire? Demanda Tim, face à une Abby aux épaules baissées qui lui paraissait si frêle. Pourquoi on parle de ça? Pourquoi on se refait du mal alors qu'on ne peut rien y changer? Explique moi. Parce que je ne comprends vraiment rien à tout ça. Pourquoi maintenant? Répéta Tim en l'implorant du regard.
Elle se calma doucement. Elle s'aperçut qu'elle venait de rejeter toute la faute sur ses épaules alors qu'ils étaient tous les deux responsables de ce passé commun, bien qu'elle ait eu du mal à l'admettre ces trois dernières semaines, paralysée par la peur. Peur de recommencer, peur de devenir mère, peur de la réaction de Tim, peur de ne pas être prête, peur de perdre cet enfant aussi.
- Je suis enceinte Tim, finit-elle par avouer.
Timothy resta quelques instants perdu à la regarder, figé sur place à quelques centimètres de la jeune femme qui sondait la moindre expression que son visage laissait paraître. Elle était enceinte. Elle était enceinte, se répétait-il. Ils allaient avoir un enfant. Il allait être papa. Un enfant qui était le leur allait naître dans quelques mois. Il pouvait tourner ça dans tous les sens, il en revenait toujours à la même conclusion qui faisait doucement s'étirer ses lèvres, elle était enceinte. Il ne pouvait plus ne penser qu'à ça, il avait déjà oublié tout le reste. Il allait être papa.
- Mais dit quelque chose à la fin! C'est déjà assez dur comme ça! S'emporta soudainement Abby, qui ne tenait plus en place. Tu me tortures à rester là et à ne rien dire. Je n'avais pas envisagé de tomber enceinte Tim! Crois-moi, je n'ai pas fais exprès, c'est une surprise pour moi aussi. Je t'en aurais parlé avant si j'avais voulu qu'on se lance dans cette aventure ensemble. Tu n'imagines pas tout ce que ça veut dire! Tout ce qui nous attend. La peur que j'ai vis-à-vis de la dernière fois. J'ai tellement peur de ne pas y arriver, de ne pas être à la hauteur, de perdre cet enfant aussi. Je préfère encore que tu partes maintenant plutôt que tu me laisses tomber une fois de plus. Si tu dois partir, pars maintenant, je comprendrai. Mais ne reste pas rien que pour me faire croire que tu seras là, alors que tu ne feras que t'enfuir plus tard. Je suis désolée d'avoir tout fait capoter encore une fois. Je… Je vais m'en aller, je sais que c'est de ma faute. Je sais que je viens gâcher encore une fois notre petite routine qu'on venait à peine de se créer... Je suis désolée, lâcha-t-elle d'une traite alors quelle ramassait son sac à main et se dirigeait vers la porte d'entrée de l'appartement de McGee, de nouvelles larmes coulant sur ses joues.
Il la rattrapa au dernier moment, juste avant qu'elle ne passe la porte, récupérant enfin ses esprits.
- Mais... Attend Abby. Je... Ne pars pas. Attend, bafouilla-t-il, reprenant ses esprits.
Il lui attrapa le poignet et la força à le regarder. Il lui sourit, ses yeux plantés dans les siens.
- Ne t'en vas pas, je ne veux pas que tu partes, poursuivit-il dans un sourire qui rassura un peu la jeune femme qui ne savait plus sur quel pied danser. C'est formidable Abs. On... On va avoir un bébé.
Elle resta là à le regarder, écoutant difficilement ce que le jeune homme avait à lui dire, regardant ses yeux se mettre à briller. Il n'avait pas l'air de vouloir la laisser partir. Elle laissa son sac à main retomber au sol et sentit ses muscles commencer un à un à se détendre.
- Vraiment? Fut tout ce qu'elle réussit à articuler.
- Oui, bien sûr, reprit Tim en souriant et en posant une main sur sa joue qu'il caressa de son pouce. On va avoir un bébé Abs, c'est merveilleux!
- Tu ne vas pas t'en aller alors? Demanda-t-elle d'une petite voix, osant enfin imaginer une issue plus positive à cette situation. Ou me demander de partir, ou...
- Abby, la coupa Tim avant qu'elle ne s'enterre plus loin. Je suis là. Tu n'as aucune raison d'avoir peur. Je suis là, et je n'ai pas l'intention de m'en aller, répéta Tim. Je suis content que tu me l'aies dit, soulagée car... c'est une bonne nouvelle! Je m'étais attendu à pire après le comportement que tu as eu ces derniers jours, continua-t-il dans un petit rire en l'attirant un peu plus vers lui.
Abby ne put retenir le rire qui s'échappa de sa gorge. Il ne lui en voulait pas. Tim lâcha un soupire de soulagement quand il vit les lèvres de la jeune femme s'étirer dans un sourire.
- On va avoir un bébé alors? L'interrogea-t-elle, un brin d'excitation dans la voix.
- Oui Abs! Oui!
Elle vint se nicher dans ses bras, et il la serra aussi fort qu'il le put, n'ayant pas l'intention de la laisser s'envoler. Elle prit plusieurs grandes respirations pour se calmer et enfin se permettre elle aussi d'apprécier la situation.
- Je ne te laisserai plus jamais partir de mon appartement maintenant, je te préviens. Lâcha alors Tim en souriant, ému par ce que venait de lui apprendre la jeune femme.
Abby ne put retenir un rire, entre deux larmes qu'elle tentait de sécher, se sentant soudainement beaucoup plus légère, rassurée dans les bras de celui qu'elle aimait. Après tout, il n'avait peut-être pas tort, ils allaient s'en sortir. Il n'y avait pas de quoi avoir si peur, à deux ils y arriveraient. Et ne plus jamais quitter cet appartement était une idée qui lui plaisait bien.
