Comme promis voici le second chapitre.

Bonne lecture et vive les reviews!


Chapitre 26 : Ça va mieux?

Des résidus de neige salis par les passants étaient encore visibles le long des trottoirs. Le soleil déclinait à l'horizon et les ombres des maisons débutaient leur danse d'une nuit, bien qu'il ne soit que 17 h dans les rues de Tel-Aviv.

Ziva, assise à l'arrière d'un taxi, et confortablement installée dans son siège, même si elle aurait préféré aller se dégourdir un peu après toutes ces heures de vol, avait la tête penchée vers la vitre. Elle contemplait cette ville qu'elle n'avait pas vu depuis quatre ans à peu de choses près. Celle qui l'avait vu naître, puis grandir, et par la suite comprendre ce qui était bon pour elle et ce qui ne l'était pas. Les rues avaient changées, mais au fond, elle savait que Tel-Aviv était toujours la même.

Elle regardait tous ces israéliens sur les trottoirs et se demandait lequel d'entre eux était un terroriste qui possédait une bombe cachée sous son long manteau d'hiver, lequel irait trafiquer cette nuit dans les quartiers sombres, lequel appartenait au Mossad, ou encore lequel n'était qu'un banal israélien qui tentait de se faire sa place dans ce monde de brutes.

Elle était nostalgique. Elle aurait aimé retrouver ses yeux d'enfant, et revoir cette ville comme elle la voyait autrefois alors que sa main serrait encore celle de sa mère, quand toutes deux se rendaient au marché par de fraîches matinées.

Ziva sursauta légèrement lorsqu'elle fut surprise dans sa rêverie par le conducteur du taxi qui lui demanda où il devait se rendre, maintenant que de l'aéroport, ils étaient arrivés à Tel-Aviv.

Elle hésita un instant sur sa réponse. Elle n'irait pas voir son père avant plusieurs jours. Elle voulait profiter de sa nouvelle liberté, et se préparer à l'idée de pénétrer au QG du Mossad pour aller y trouver son père, Mr le Directeur. Elle connaissait bien l'adresse de quelques hôtels, également celle de son amie Mélia.

Elle réfléchit un instant puis indiqua finalement l'adresse d'un hôtel au conducteur, surprise par son aisance à parler sa langue maternelle alors qu'elle ne l'avait que très rarement employée ces quatre dernières années. Elle n'avait rien perdu. Cette langue lui rappelait qui elle était, et l'aidait à intégrer le fait qu'elle était redevenue Ziva David, avec ses forces et ses faiblesse, ses combats, et qu'elle n'avait plus besoin de mentir sur qui elle était, ni sur ses origines. Elle pouvait librement être celle qu'elle était devenue.

Une fois dans sa chambre d'hôtel elle en fit le tour rapidement, puis posa ses deux valises dans un coin. Elle en ouvrit une rapidement et se saisit de sa trousse de toilette. Elle prit une douche qu'elle fit durer quelques minutes de plus que nécessaire, puis elle se coucha directement, sans prendre le temps de programmer son réveil, fatiguée par toutes les émotions que généraient son retour.

Lorsqu'elle se réveilla le lendemain aux alentours de 9 h, elle partit courir dans un parc qu'elle connaissait bien. Elle déjeuna ensuite au restaurant de son hôtel, puis alla flâner dans les rues de Tel-Aviv en début d'après-midi, renouant doucement avec son passé, réapprenant à aimer cette Israël dépourvue du Mossad.

Elle rentra à l'hôtel en fin d'après-midi, et après être restée indécise de trop longues minutes à son goût, Ziva se saisit de son téléphone portable. Elle composa le numéro de Mélia, espérant qu'elle n'en avait pas changé, puis plaça l'appareil contre son oreille, écoutant les bips réguliers résonner chacun leur tour durant un temps qui lui parut infini, mais paradoxalement, aussi extrêmement court, jusqu'à ce que quelqu'un décroche à l'autre bout du fil.

- Allo.

Ziva tarda à répondre. Son amie avait décroché, elle n'avait plus aucun choix, plus aucune possibilité d'échappatoire.

- Shalom Mélia.

Ziva sentit à cet instant le doute prendre son amie d'enfance, puisqu'elle aussi tarda à répondre. Elle compris que celle-ci l'avait reconnu au son de sa voix, et qu'elle devait en ce moment même être tiraillée entre ce qu'elle vivait et ce que sa conscience lui criait, ne pas savoir quoi lui répondre.

- Shalom.

L'absence de nom suite à ce « shalom » fit doucement sourire Ziva.

- Je te dérange Mélia? Demanda-t-elle timidement.

- Tout est relatif. Combien coûte une conversation téléphonique avec le monde de l'au-delà?

- Tu n'as pas changé d'humour.

- Non, répondit simplement Mélia.

Ziva laissa le silence s'installer, mais Mélia le rompit.

- Que se passe-t-il pour que tu m'appelles alors qu'on te croyait morte? Dans quel pétrin t'es-tu encore fourrée?

- A vrai dire, si j'étais toi, je demanderais plutôt dans quel pétrin, mon père, m'a encore fourrée, précisa Ziva, entraînant un soupir de Mélia.

- Tu n'en as pas encore fini avec lui? Que te veut-il encore?

- Rien de bien méchant cette fois, il croit toujours que je sui décédée, expliqua Ziva à son amie, qui se détendit légèrement à l'autre bout du fil.

- Alors que se passe-t-il?

- Et bien, pour faire simple, il y a trois ans je ne suis pas morte dans la bande de Gaza, bien que mon père s'en soit vite persuadé. Je l'ai appris après que la nouvelle soit parvenue jusqu'en Amérique. J'ai donc passé les trois dernières années à vivre sous une fausse identité à Paris, voyant par là un moyen de me libérer de mon père. D'être une jeune étrangère tout juste arrivée en France, et non l'officier David, fille du directeur du Mossad. Seulement aujourd'hui… J'aimerais rentrer en Amérique.

- Je peux comprendre. Tu es à Paris? Demanda Mélia.

- Non. Je rentre à Washington dans huit jours. Mais avant cela, je dois passer prévenir mon père de mon retour. Je suis à Tel-Aviv, dans un hôtel.

- Et l'hôtel coûte cher de nos jours, même en Israël…

Les lèvres de Ziva s'étirèrent. La jeune femme était heureuse de retrouver sa plus vieille amie comme elle l'avait quitté. Avec humour et sans rancune.

- Tu comprends toujours tout aussi vite…

- Allez, dépêche toi, ça fait trois ans qu'on ne s'est pas vu, on a du temps à rattraper. Je n'ai pas changé d'adresse.

- Merci.

- De rien, c'est ça une amie, répondit Mélia, qui entendait toute la sincérité qui transparaissait dans ce simple merci.

La conversation se termina là, et Ziva raccrocha. Un léger sourire flottant sur ses lèvres, elle rassembla ses affaires et sortit de la chambre. Elle régla sa note, puis monta en direction de chez son amie d'enfance. La jeune femme était tout de même étonnée de la facilité avec laquelle elle avait pris les choses, et du peu d'informations dont elle s'était contentée. Pour l'instant… Comme si elle avait toujours attendu son retour. Mais bien entendu, elle s'en doutait, de plus amples informations lui seraient bientôt nécessaire. La jeune femme aimait la façon que pouvait avoir son amie de la materner. Elle avait appris à prendre soin de Ziva, sachant qu'elle devait être la seule à se soucier de son bien être aux vues du monde dans lequel elle évoluait.

Le taxi la déposa devant l'entrée de la petite maison en centre ville où Ziva était souvent venue boire le café, avant de devenir cette autre pendant plusieurs années. Elle sonna à la porte, une valise à chaque main, se demandant ce qu'était devenue Mélia.

Une jeune brune aux yeux noirs profonds, légèrement plus grande que Ziva lui ouvrit. Les deux israéliennes se regardèrent, puis se sourirent, enfin, Mélia s'empara des deux valises noires.

- Suis moi, le café est chaud, dit elle en invitant Ziva à pénétrer chez elle.

Le sourire de Ziva s'agrandit. Elle passa devant ses valises, posées au pied d'un escalier qui menait aux chambres à l'étage, puis arriva dans la cuisine. Elle s'assit face à Mélia, deux tasses de café noir et une boîte de biscuits étaient déjà posés sur la table.

- Je suis contente que tu m'accueilles ainsi, que tu ne m'en veuilles pas, lui dit Ziva en s'asseyant et en goûtant à son café.

- Pourquoi je t'en voudrais? Je sais de quoi est capable ton père. Et puis je ne vais pas faire la tête le jour où on m'annonce que ma meilleure amie ressuscite!

- C'est vrai, c'est une façon de voir les choses, répondit Ziva dans un sourire.

- En tout cas, tu as meilleure mine que quand on s'est quittée. Bien que tu sembles un peu sur les nerfs, analysa Mélia.

- Oui, je suis heureuse d'être là, d'être moi, et de petit à petit retrouver tous les gens qui ont de l'importance pour moi. Mais j'ai toujours de l'appréhension vis-à-vis de leur réactions face à mon retour d'outre tombe, expliqua Ziva.

- Je comprends. Je pense que si j'étais toi je ne tiendrais pas en place. Mais pourquoi rentres-tu maintenant? Reprit Mélia après avoir but une gorgée de son café, la curiosité s'avérant plus forte que la retenue qu'on lui avait éduqué.

- A Paris j'ai croisé McGee, un membre de mon équipe du NCIS, par hasard. Il m'a vu, m'a persuadé.

- Le face à face n'a pas du être simple!

- Non, pas vraiment, répondit Ziva dans une drôle de grimace qui déclencha le rire de Mélia.

- Et tu as déjà retrouvé ton beau parleur italien? Demanda Mélia tout en prenant un biscuit.

- De qui parles-tu? Répondit Ziva tentant vainement de feindre l'innocence.

- Ne jouez pas à ce jeu avec moi Mademoiselle David! La dernière fois que tu es venue en Israël tu n'as pas cessé de me parler de lui Ziva.

- Vraiment? Dit- elle en baissant la tête, noyant son regard dans les ténèbres de son café.

Elle la releva quelques instants plus tard face à l'absence de réponse de son amie. Ziva constata alors qu'elle la fixait le sourire aux lèvres.

- Non, je ne l'ai pas encore revu, confessa finalement Ziva.

- Tu le verras à Washington? Insista Mélia.

- Oui, c'est ça.

- Et mis à par ton père, c'est cette partie là de ton retour que tu appréhendes vraiment, n'est-ce pas?

Pour seule réponse, Ziva hocha la tête.

- Tu n'as plus eu aucun contact avec lui ces quatre dernières années? Demanda la plus grande des deux.

- Aucun. La dernière fois qu'on s'est vu c'est la veille au soir de mon départ, ajouta Ziva.

- Tu ne lui avais rien dit, mais vous aviez fait l'amour, finit Mélia à sa place.

- Très bien inspecteur Mélia! Lança ironiquement Ziva. Un sans fautes pour cette enquête, une fois de plus!

- Sans blagues Ziva… la reprit Mélia, s'apercevant de toute la tension que retenait son amie.

- Sans blagues? J'étais dans ses bras quand il s'est endormi, et j'avais totalement disparu de sa vie quand il s'est réveillé. Comment veux-tu qu'il réagisse quand je vais me trouver face à lui à Washington? Il va me rejeter comme il pense que je l'ai fais avec lui il y a presque quatre ans. Il doit penser que je me suis bien moquée de lui, que j'ai bien joué ave ses sentiments. C'est vrai que c'est un beau parleur, mais c'était bien plus que ça cette nuit qu'on a passé ensemble, et je sais qu'on en a tous les deux conscience. Je vais arriver complètement folle de lui après ces quatre années à avoir tenter vainement de l'oublier, pour faire face à un homme qui sera devenu un étranger pour moi, et qui sera passé à autre chose, qui se sera construit une vie dont je ne fais plus partie.

Ziva s'emportait peu à peu.

-Qui ne voudra plus de moi après tout le mal que je lui ai fait, qui contrairement à moi, n'aura plus aucun sentiment pour moi, et qui m'enverra balader comme un vulgaire objet, reprit Ziva.

- Ça va mieux? Demanda Mélia face à ce long discours, en buvant une nouvelle gorgée de son café.

- Pardon? Répondit Ziva, interloquée.

- Est-ce que ça va mieux? Reprit Mélia en reposant sa tasse sur la table et en approchant son visage de celui de Ziva.

- Oui.

- Tant mieux, c'était le but.

Mélia se leva, contourna la table, et s'approcha de la jeune femme qui se leva à son tour.

- Je t'ai déjà dit que tu aurais fait une excellente psychologue?

- Je crois que tu as déjà du me le dire plusieurs fois.

Mélia prit un instant Ziva dans ses bras après cette tirade qui l'avait bouleversé.

- Ne t'inquiètes pas Ziva, si il t'aime comme tu l'aimes, il te pardonnera.

- C'est toute la question…

Mélia s'écarta et essuya une larme solitaire qui glissait sur la joue gauche de Ziva, tout en lui souriant.

- Allez, ça va bien se passer, dit-elle en s'écartant.

- J'espère que tu as raison.

- J'ai raison Ziva, j'ai toujours raison, lança Mélia pour toute réponse. Va t'installer, pendant ce temps là je vais chercher mon fils à la crèche, ajouta-t-elle. L'heure c'est l'heure…

- Ton fils? demanda Ziva surprise.

- Et oui Ziva, tout le monde n'a pas mit sa vie entre parenthèses pendant quatre ans.

Mélia claqua la porte de sa maison derrière elle, et Ziva resta quelques instants à la fixer bêtement. C'était agréable de retrouver ses amis pensa-t-elle, bien qu'une légère jalousie du bonheur que c'était construit son amie lui pinçait le cœur au même moment. Elle aurait aimé elle aussi avoir une belle porte de bois à fermer à clef tous les soirs, ainsi que des horaires de crèche à respecter. Mais on ne fait pas tout ce qu'on veut dans la vie.

Elle avait retrouvé son amie et c'était déjà bien pour le moment. Car savoir Mélia à ses cotés était un grand soulagement pour l'israélienne, elle avait toujours su la consoler et lui redonner le sourire.