Voici comme promis le deuxième chapitre pour ce soir. Bonne lecture, vive les reviews, et bon début de semaine!


Chapitre 30 : Un maigre sacrifice.

Elle souffla une dernière fois profondément, puis d'un geste décidé appuya sur la clenche et ouvrit la porte. Son père se trouvait assis derrière son bureau, voûté, les lunettes sur le nez, le nez dans un dossier. Rien n'avait changé. Ce tableau lui paraissait familier. Tout était resté à la même place dans cet espace sombre. Son père releva la tête alors qu'elle se trouvait toujours sur le pas de la porte, la main sur la clenche.

Ziva fit quelques pas pour entrer dans le bureau et s'approcher de cet homme qu'elle avait tant haï, et sans se retourner poussa suffisamment fort le porte pour qu'elle se referme dans un bruit sourd. Elle ne voulait pas que, qui que ce soit, soit témoin de ce qui allait suivre. Elle venait régler ses comptes avec le directeur du Mossad, mais aussi avec son père, et personne n'avait à être témoin de sa vie privée. Surtout que maintenant que Silhem connaissait la vérité, la foule se presserait derrière cette porte à l'entente du moindre bruit. Ziva voulait avoir le temps de mener cette conversation jusqu'à son terme, sans que personne ne la dérange. Affronter Eli David était déjà suffisamment éprouvant pour la jeune femme, mieux valait que personne ne l'embête dans ce moment.

Elle vit son père cacher son étonnement du mieux qu'il le pu lorsqu'elle s'avança, tentant de garder un air grave et détaché, sans réellement y parvenir. Il ouvrit la bouche pour débuter leur échange, mais fut rapidement coupé dans son élan par Ziva.

De toute façon, qu'allait-il dire? Il ne le savait guère lui-même. Mais il savait que débuter cette conversation le mettait un peu plus à son avantage. Alors il avait voulu parler. Parler pour ne rien dire, car il aurait sûrement encore dit n'importe quoi et blessé sa fille, simplement pour parler et reprendre le dessus.

Il n'avait jamais était très doué dans les relations familiales. On lui avait bien trop appris à faire passer le travail en premier pour être le meilleur. On pouvait considérer qu'il avait réussi, il occupait le plus haut poste. Mais à quel prix? Il connaissait le revers de la médaille, même si une fois de plus, se réfugiant dans le travail, il ne montrait pas que ce revers le touchait plus qu'on pouvait le penser. Alors pourquoi ayant connaissance de ce revers de la médaille, avait-il inculqué à ses enfants ce qu'on lui avait appris à lui aussi, et qui l'avait rendu si distant? Pour les protéger? Parce qu'à force d'agir ainsi, lui s'était senti devenir moins vulnérable, moins atteint par les réalités de la vie, et que eux aussi ça les aurait rendu plus fort? Tout ça n'était que foutaises. Il aurait du y réfléchir plus tôt. Là, il ne pouvait qu'acquiescer et encaisser.

Comme sur le ring, mettant en œuvre tout ce qu'on avait pu lui apprendre, comme avait voulu le faire l'homme face à elle, Ziva tapa la première pour prendre l'avantage et commença à parler.

- Shalom Directeur. Comment allez-vous? Dit Ziva en avançant jusqu'au bureau. Elle l'atteignit et se pencha pour pauser les paumes de ses mains sur le dessus de celui-ci.

- Inutile de répondre, reprit-elle, voyant que celui-ci s'apprêtait une fois de plus à dire quelque chose.

- Je me fiche de savoir si oui ou non. Le principal est que moi j'aille bien, ajouta Ziva, un masque sur le visage. Si elle commençait à se faire avoir par ses sentiments maintenant, c'était fichu.

- Je vois ça officier David, lui répondit son père, qui s'enfonça dans son fauteuil tout en enlevant ses lunettes. Il se sentait vieux soudainement.

- Il y a longtemps que je n'ai pas eu de vos nouvelles.

Comment pourrait-elle comprendre que derrière cette simple phrase se trouvait tout l'amour qu'il lui portait? Jamais elle ne pourrait penser à cela. Elle n'avait pas été élevée ainsi. Elle n'y verrait que la rancœur d'un Directeur qui a perdu le contact avec l'un de ses officiers et qui le blâme pour ça. Alors que pourtant c'était le père qui s'exprimait à cet instant. Un père qui, ne pouvant faire plus, déguisait son aveu derrière des banalités.

- Pourquoi aurai-je donné des nouvelles? Lança Ziva, le ton calme. Elle savait que si l'un d'eux haussait le ton, cette conversation pourrait prendre des envergures démesurées très rapidement.

- Parce que vous travaillez pour moi.

Il avait bien vu à sa réplique qu'elle n'avait pas saisi, et c'était certainement mieux ainsi. Alors pourquoi s'entêterait-il avec ses doubles sens, alors qu'il pouvait faire plus simple?

- Non. Il y a des années que je ne travaille plus pour le Mossad. Et si par je ne sais quelle folie j'en étais venue à donner des nouvelles, ça n'aurait pas été au Directeur que je les aurais donné. J'aurai, je crois, dans ce moment de démence plutôt espéré trouver un père au bout du fil.

- Pourquoi tant de haine Ziva?

C'est vrai après tout. C'était pourtant bien son père qu'elle avait là, en face d'elle. Elle avait simplement cessé de le voir derrière son masque de directeur.

- Parce que c'est la seule chose que tu m'ais appris à donner, lui rétorqua la jeune femme, écoeurée qu'il ose lui poser une telle question.

- Et des mensonges maintenant…

- Non. La vérité, dit Ziva en approchant un peu plus son visage du sien et en haussant la voix. Il avait vraiment un don pour la mettre hors d'elle.

- Car c'est la vérité que je suis venue chercher aujourd'hui.

- Et quelles sottises vas-tu encore aller inventer? Je ne t'ai pas appris que la haine Ziva. Autrefois nous étions une famille, continua-t-il d'une voix plus posée.

- Aucunes sottises. Je suis venue prendre définitivement mes distances. Et cette famille n'a été qu'une rapide illusion, il y a bien longtemps, répondit Ziva.

- Ce n'est pas ce que tu avais déjà fait, pris tes distance, ces quatre dernières années Ziva? Tu perds vraiment le nord. Répondit Eli David en chassant de sa tête ces images d'autrefois qui lui revenaient. Une époque où il avait une femme et trois enfants en bonne santé qui courraient sur la pelouse et l'embrassaient lorsqu'il arrivait.

Il préférait se montrer méprisant à cet instant. Attaquer pour ne pas montrer qu'on a été touché. Pourquoi en revenait-il toujours à ces instincts?

- Non. Et tes salades n'ont aucun effet sur moi. J'ai passé quatre ans à me reconstruire, et aujourd'hui je reprends ma vie. Je m'émancipe totalement. Je suis venue te dire que tu n'as aucun droit sur moi. Que se soit sur ma vie, mes choix, ou encore ma façon d'atteindre le bonheur, dit Ziva en le pointant de l'index.

- Je ne t'ai jamais fait de mal Ziva, alors rentre tes grands mots, répondit le Directeur en haussant le ton à son tour. Tu as toujours été libre de tes choix.

Pourquoi même lui sentait que cela sonnait faux? Le directeur lui avait fait du mal, et le père avait laissé faire.

- Tu n'as fait que ça pendant près de trente ans. Tu n'as jamais mérité le nom de père. Tu m'as fait connaître l'horreur. Alors là, maintenant, écoute moi bien, car je ne me répèterai pas, je te dis que tout ça est terminé, commença Ziva que la dernière réplique de son père avait fini d'énerver.

- Demain à cette heure je serai à Washington, et je vivrai heureuse avec les gens que j'aime, et qui m'aiment. Qui se soucient de moi et me rendent heureuse. Et tu seras entièrement et définitivement sorti de ma vie. Tu n'existeras plus pour moi, tu n'auras plus aucun impact sur ma vie, je n'existerai plus pour toi. On fera comme si on ne s'était jamais connu. Ai-je bien était claire, Eli?

- Je ne vois pas pourquoi tu en fais tant, et de quel droit tu te permets de m'appeler ainsi Ziva. Je t'ai toujours respecté.

Pourquoi enfonçait-il le clou? Pensa-t-il.

- Ai-je bien été claire? Reprit Ziva en le fixant dans les yeux et haussant encore un peu plus le ton.

Ne comprenait-il pas à quel point cela était difficile pour elle? Quelle dose d'efforts cela lui demandait? Le mal qu'elle avait eu à se dire que sa famille n'existait définitivement plus et à complètement tourner la page? Qui pouvait réellement vivre sans passé, sans aucune attache?

- Oui. Mais tu ne sais pas ce que tu perds, tu n'as pas intérêt à venir pleurer à mes pieds dans un mois.

Qu'est-ce qui lui permettait de penser cela? Il savait pourtant bien que jamais elle ne ferait ça. Elle préférerait réellement mourir cette fois que venir lui demander son aide. Il pourrait toujours y rêver à ce qu'elle revienne, mais il ne pourrait jamais rien y faire de plus.

- Ça ne risque pas, crois moi.

- Bien.

Ziva se redressa et laissa son regard balayer les alentours avant de quitter ce bureau pour la dernière fois. Vraiment rien n'avait changé. Même lorsqu'elle avait cinq ans et qu'elle venait de temps à autre dans ce bureau il était ainsi. Elle pensa à sa sœur Tali, et à son frère Ari. Cet homme les avait tué, tous les deux, mais il ne la tuerait pas elle.

Elle se retourna vers celui qui avait été son père à une époque, et qui fut surpris par l'expression de son visage. Il sentait qu'elle en avait fini de son argumentation et que maintenant qu'elle s'apprêtait à partir, elle avait baissé sa garde, et s'était laissée atteindre.

- J'aimerais tellement que tu sois mort il y a vingt ans et que Tali soit encore là.

Ziva se dirigea vers la sortie.

- Adieu Ziva.

Elle se retourna une dernière fois, regarda celui lui avait fait tant de mal. Elle détailla ces traits durant quelques courtes secondes, tentant de se rappeler la façon dont elle le voyait dans son enfance. C'est-ce qui lui faisait le plus de mal, se dire que cet homme était son père, mais que jamais il ne le serait plus. Ziva se promit alors que si un jour elle venait à avoir des enfants, jamais ils n'auraient un père comme le sien. Pourtant, pourquoi avait-elle la sensation que beaucoup trop de sentiments transparaissaient dans cet « Adieu »?

- Adieu, répondit-elle, ayant la sensation qu'elle devait le dire, là, maintenant, face à cet homme qui ne semblait présentement rien de plus qu'un homme.

Ziva se retourna et ouvrit la porte. Elle sortit pour la dernière fois de ce bureau et referma calmement la porte derrière elle, enfermant à cette occasion dans cette pièce tous ces souvenirs du Mossad qu'elle préfèrerait ne jamais avoir eu. Elle était fière d'avoir passé cette porte, entière, et dans les deux sens. Elle salua la secrétaire puis sortit rapidement. Cette période de sa vie était derrière elle, elle en avait fait son deuil. Elle allait maintenant vraiment pouvoir vivre. Sa vie commençait maintenant. Le directeur du Mossad ne lui causerait plus d'embrouilles, et son père… Son père, bien qu'un brin de regret lui pincerait indéfiniment le cœur, elle en avait déjà fait le deuil il y a longtemps.

Elle sentit le regard de plusieurs personnes se poser sur elle alors qu'elle sortait de l'enceinte du Mossad, mais elle ne s'attarda sur aucun. Ils pourraient jaser autant qu'ils le voudraient, elle ne faisait plus partie de leur groupe. Les commérages iraient bon train, mais elle n'en avait rien à faire. Elle était libre.

Et même si au travers de ses périples elle avait pu rencontrer quelques personnes sympathiques, tant pis. Il s'agissait là d'un maigre sacrifice à faire pour son bonheur. Elle arriva dans la rue et admira cette Israël dépourvue du Mossad qu'elle aimait tant. Elle savait qu'elle reviendrait sûrement un jour dans cette ville pour des vacances, rien de plus, une fois que tous ces événements se seraient bien tassés. Elle prit la direction d'un bar qu'elle appréciait d'un pas léger, elle pouvait traîner un peu avant de rentrer retrouver Mélia, pour une dernière soirée en la compagnie de son amie avant de regagner l'Amérique.

Au même moment, quelques étages plus haut dans son bureau sombre, Eli David se dirigea vers sa fenêtre et posa rapidement son regard sur sa fille. Il venait de laisser son dernier enfant s'en aller définitivement. Comment pouvait-il rester impassible face à ça? C'était impossible. Si sa femme avait été là elle se serait bien moquée de lui. Tout n'avait fait qu'empirer depuis qu'elle était partie.

Mais si sa fille se sentait plus légère après ça, si elle était heureuse, alors il l'acceptait. Il préférait la savoir loin et en sécurité que morte.

Il la suivit des yeux jusqu'à ce qu'elle disparaisse au coin de la rue, puis resta une seconde de trop le regard dans le vide. Il se reprit alors rapidement, on ne lui avait pas appris à se comporter ainsi. Il avait tout le reste de sa vie pour repenser à tout ça, alors mieux valait qu'il se remette au travail à présent. Une pile de dossiers l'attendait.