Bonjour ! J'ai l'impression que ça fait une éternité que je ne suis pas venue ici !
Comment allez-vous ? Moi bien ! Je continue lentement mais surement la rédaction de ma fanfiction, comme vous pouvez le voir. Et je pense qu'on va rester sur l'initiative d'un chapitre par mois jusqu'à la fin (sauf si j'arrive à rédiger les derniers chapitres avant). J'espère que cela ne vous ennuiera pas...
Un grand merci pour vos visites en tout cas ! Ca fait toujours plaisir !

Avant de commencer à lire, je tiens à prévenir les âmes sensibles que ce chapitre, ainsi que le suivant, comporteront des scènes un peu difficiles ! Donc faites attention si vous êtes du genre... très émotif.

Sur ce, Bonne lecture !


Chapitre XLI : Humiliation

Assailli par une douleur brusque et glaciale, Barnaby ouvrit les yeux pour s'échapper des ténèbres de son inconscience. Les environs lui parurent d'abord flous et amorphes, avant de se distinguer au bout de plusieurs secondes. Il reprit son souffle, tenta de bouger, puis fronça les sourcils en constatant qu'il ne le pouvait pas. En effet, ses poings et ses mollets étaient solidement liés à chaque extrémité d'une immense croix d'acier paralysant ses moindres faits et gestes, à l'image du Christ sacrifié. Inquiet, mais encore lucide, il analysa les lieux d'un simple regard, et sentit son sang se glacer lorsqu'il aperçut des éléments perturbants, tels qu'une immense table d'acier à sa droite, ou encore un nombre incalculable d'objets étranges accrochés aux murs, tous plus macabres les uns que les autres. Ceux-ci, pointus, affûtés, tranchants, semblaient provenir d'un autre monde. Un monde plus glauque et plus cruel. Et même la présence du feu qui se dégageait de la cheminée murale ne parvenait pas à diminuer son mauvais pressentiment. Surtout qu'en y regardant avec plus d'attention, la cheminée correspondait en réalité à un vieux four à pain, dont la chaleur pouvait monter vraiment haut.
Soudain, Barnaby se rappela les événements survenus un peu plus tôt : la copie de Kotetsu, leur discussion, l'attaque des hommes, et sa perte de conscience...
Le Héros comprit bien vite que ses ravisseurs venaient de l'enfermer dans cette salle effrayante, toutefois, il n'arrivait pas à en saisir la cause. Pour quelles raisons l'avait-on attaché ? Pourquoi dans cette pièce en particulier ? Que voulait-on de lui ?
De toute manière, l'heure n'était pas aux questions. Bien décidé à partir d'ici, il ferma les yeux, et se concentra dans l'espoir d'enclencher son pouvoir, priant pour que le délai depuis la dernière fois soit écoulé.
En vain. Évidemment.

- Ça ne servira à rien, Barnaby Brooks Jr.

La voix mielleuse, survenue de nulle part, procura au concerné un frisson de répulsion. Il se souvenait l'avoir déjà entendu quelque part, mais peina à se rappeler exactement où et quand.
Il s'apprêta à réclamer l'identité de l'inconnu, néanmoins, la porte en face de lui s'ouvrit dans un grincement aiguë et bruyant pour y laisser entrer trois hommes masqués. Aiden en premier, suivis d'Ascelin, puis d'un Next, sans doute désigné pour les accompagner. Un électrochoc percuta Barnaby au moment où ses émeraudes se posèrent sur le premier. Tout reprenait vie dans son inconscient, tout devenait clair comme de l'eau de roche, et comme un film passé en accéléré, les images liées à cet énergumène masqué tournèrent en boucle dans son cerveau.
Cet homme... Aucun doute là-dessus, il s'agissait bien de celui qui s'était adressé à la population de Stern Bild par-delà les écrans géants, celui qui avait énuméré l'énigme pour retrouver Karina. Et donc celui qui...

- Hum. A en juger votre expression, je présume que vous me reconnaissez ! sourit Aiden.

Pas de réponse. Juste un regard empli de mépris et de haine.

- Oh allons ! Vous pourriez me répondre. Vous savez, je ne vous ai pas amené ici pour rien.

Il étouffa un petit rire narquois et admira un moment l'attitude de son otage. Son petit minois angélique n'existait plus, balayé par une expression haineuse qui lui conférait une allure valeureuse et digne de son titre de Héros.

- Barnaby Brooks Jr. Décidément, vous êtes le Héros le plus fascinant de ces dernières années, reprit Aiden. Vous avez su vous faire une place dans l'univers hypocrite et répugnant de la télé-réalité. Votre popularité n'a cessé d'accroître et qui plus est... Vous avez réussi à venger vos parents.

Le concerné fronça les sourcils à l'entente de la tirade. Acteur de sa propre scène, son bourreau semblait réciter un texte appris par cœur. Toutefois, Barnaby pouvait ressentir l'aura néfaste qui entourait ce type au visage angélique. Derrière le masque doucereux et calme se cachait en réalité un démon se servant d'une couverture, et cela le rendait encore plus effrayant, forçant le Héros à rester sans cesse sur ses gardes.

- Vous savez... J'ai toujours trouvé cela étrange que des Next aussi puissants se rangent du côté de l'humanité. Cela vous amuse-t-il de vous ridiculiser pour des gens qui ne pensent qu'à leur propre sécurité ? Outre cette émission puérile et abjecte, vous vous collez une étiquette commerciale stupide.

Barnaby ne disait rien, préférant écouter attentivement les propos méprisants de l'homme masqué. Celui-ci fit un signe de tête à ses compères pour les inviter à rejoindre un point précis. Ainsi, le Next se dirigea vers le four, alors qu'Ascelin rejoignit le mur aux ustensiles macabres. Par la suite, Aiden avança d'un pas assuré vers le Héros tandis qu'un petit sourire se dessina sur ses lèvres rosées. Alors que le talon de ses bottes résonnait lugubrement dans la pièce, les yeux de Barnaby se plissèrent au moment où seuls quelques mètres les séparèrent.

- Ne comprenez-vous pas ?, insista le supérieur en penchant la tête sur le côté. Ce n'est pas au sein d'Hero TV que vous devriez travailler, mais à nos côtés !
- Au sein d'Ouroboros ?, demanda Barnaby, avant de ricaner avec mépris. Ne me faites pas rire. Pourquoi auriez-vous besoin de moi ?
- Pas seulement de vous. Tous les Héros et les Next doivent nous rejoindre. Nous sommes des surhommes en quête de reconnaissance. Malheureusement, l'humanité nous barre la route depuis des années, elle nous rejette et nous dénigre.

Voyant que son otage ne réagissait pas plus que cela, Aiden en profita pour passer une main dans ses cheveux, puis réfléchit un instant aux bons mots à employer avant de reprendre :

- En vérité, elle a peur. Terriblement peur. De ce fait, elle tente de nous mettre dans une position d'infériorité. Mais au final, c'est elle la race faible.
- … Même si vos propos s'avéraient véridiques, jamais je ne suivrai une organisation telle que la vôtre ! osa Barnaby, furieux.

Monsieur J. Howards s'attendait à cette réponse. Après tout, Ouroboros lui avait causé pas mal de tort en plus de briser à jamais sa vie. De plus, celui qu'il considérait comme son père adoptif en était un membre bien actif avant de se faire tuer par l'effroyable Lunatic. Il n'était donc pas étonnant que Barnaby voue une haine sans faille à l'organisation. Pourtant, Aiden ne voulait surtout pas abandonner, ni même se montrer compatissant.

- Ne pensez-vous pas qu'il serait temps de laisser le passé derrière vous ? Nous pourrions nous allier et créer, ensemble, une nouvelle ère. Une ère où les Next regagneraient la place qu'ils méritent.
- C'est pour cette raison que vous avez enlevé Blue Rose il y a de cela quelque mois ? Vous souhaitiez la rallier à votre cause et nous faire du chantage pour la rejoindre ?, siffla le Héros entre ses dents.

Un sentiment de fierté embauma les pensées d'Aiden. Il se doutait que ces questions finiraient par être prononcées tôt ou tard. Toutefois, il ne lui répondit pas dans l'immédiat, préférant jouir de son expression perdue, sous l'œil amusé d'Ascelin.

- Et bien quoi ? N'était-ce pas là un plan merveilleux ? lança Aiden.

La question agit comme un coup de poignard en plein cœur. Le Next bouillonnait intérieurement, si bien que son corps vacilla sous les tremblements de colère. Dans un élan de rage, il oublia les liens qui le retenaient prisonnier et tenta d'attaquer Aiden. Hélas, les ficelles le ramenèrent très vite à l'ordre en pénétrant la peau de ses poignets. Cet instant de faiblesse et de désarroi arracha au bourreau un sourire victorieux, empli d'une arrogance malsaine qui poussa le Héros à se débattre malgré tout.
Cela amusa de plus en plus Aiden. Pour autant, il se devait de lui donner quelques explications.

- Au départ, tout s'était parfaitement bien déroulé, commença-t-il. Nous avions l'appât et il ne nous restait plus qu'à vous attirer pour que mon associé vous persuade de nous suivre, développa Aiden, avant de désigner Ascelin d'un signe de main. Malheureusement... il a fallu que vous vous échappiez de notre emprise.

Il demeura un bref instant muet pour se remémorer, non sans haine, l'humiliation qu'il avait subie au cours de son échec. Son plan si parfait, si juste et honorable... Il avait été gâché par un Héros prétentieux et aveuglé par de futiles sentiments refoulés.

- Mais aujourd'hui. Vous ne vous échapperez pas. Vous nous rejoindrez, quoiqu'il advienne. Et vos collègues suivront vos pas ! termina-t-il.
- … Je préfère encore crever, répondit avec fermeté Barnaby, sans détourner le regard de son ennemi.

Un bruit métallique perça le silence apparent des ténèbres, et la lame argentée d'un Katana, qu'Aiden venait de dégainer, renvoya le reflet du Héros impuissant. Il le plaça sous la gorge de sa victime et la força à relever légèrement le menton. Cela ne l'empêcha pas de garder les yeux fixés sur son tortionnaire.

- Je savais que vous diriez ça. Que vous êtes prévisible !

Sans laisser le temps au Héros de s'y préparer, le supérieur positionna la lame de son arme sur son pull, avant de le déchirer d'un geste vif et précis. Le tissu tomba au sol, dévoilant le torse pâle la victime, qui adressa un regard assassin à son bourreau. Ce dernier n'en tint pas rigueur ; il fit remonter le bout de la lame jusqu'à sa joue, appuya dessus pour forcer Barnaby à tourner la tête, puis le contempla dans les moindres détails.
Ah, quelle douceur exquise que de voir le Next, le plus influent de ses dernières années, à sa seule merci, et de surcroît, sûrement paralysé par une peur qu'il masquait sous un visage froid et agressif.
Un poids s'écrasa dans le ventre d'Ascelin, spectateur d'une scène que son inconscience enviait. Ses perles de bronze glissèrent sur les instruments de torture qui se pavanaient sur le mur à côté de lui, et sentit sa peau frémir à l'idée de les utiliser sur ce Héros méprisable et orgueilleux.
Dieu qu'il avait hâte d'admirer le désespoir qu'afficherait son joli minois, d'écouter dans les moindres détails les cris exquis de la souffrance et de la détresse.

- Donc, vous choisissez la mort à notre organisation ? Eh bien, voyons si vous êtes du genre à tenir vos engagements ! déclara monsieur Howards en claquant des doigts.

Dès lors, le Next inconnu esquissa un sourire malfaisant. Il se tourna vers le four, se mit à briller de l'habituelle lueur bleue, et dirigea sa main à l'intérieur sans aucune crainte. Bien que ce fût rapide, Barnaby eut le temps de remarquer la main de l'homme se solidifier et se teinter d'une couleur argentée.
Le prisonnier se mordit la lèvre au moment où il appréhenda la suite des événements à venir, ce que Aiden remarqua.

- Je vous présente Ehoarn. Un Next qui peut transformer n'importe quelle partie de son corps en acier, expliqua-t-il. Je pense qu'il se fera un plaisir de vous montrer ce dont il est capable.

Sur ces mots, le concerné s'avança avec un rictus barbare cousu sur le visage, et une folie évidente dansant dans ses pupilles. Barnaby frémit. Ce dernier baissa le regard, et il sentit son cœur se stopper lorsque ses doutes se confirmèrent. : la main d'acier d'Ehoarn, maintenant colorée d'un rouge vermeille, renfermait la chaleur ardente du four.
Évidemment, Barnaby ne laissa pas la terreur gouverner sa raison. Il ferma les yeux, se concentra, et tenta d'enclencher une nouvelle fois son pouvoir.
Démarche inutile.
L'étrange impression que quelque chose clochait s'immisça en lui : s'il s'était évanoui, alors un laps de temps s'était écoulé, régénérant ainsi l'intégralité de ses capacités.
Dans ce cas, pourquoi rien ne se produisait ?!
Personne ne lui offrit une réponse ou un indice, et une atroce douleur au ventre l'éjecta de ses pensées pour le ramener de force à la réalité : le doigt du Next de fer glissait habilement autour de son nombril. Attaché à sa fierté, le Héros se mordit la langue pour étouffer un gémissement, ce qui ne sembla pas désorienter pour autant ses bourreaux. De toute manière, ils comptaient bien profiter du spectacle. Et plus il serait long, plus il serait plaisant.
Ehoarn remonta son doigt brûlant sur le torse de son jouet, le laissa un moment immobile sur son pectoral gauche pour y déposer une marque un peu plus profonde, et observa avec attention son expression. Barnaby tremblait sous le poids de la souffrance, pourtant, il persistait à garder ses geignements pour lui. Cette attitude orgueilleuse flatta son tortionnaire, qui dans un élan de sadisme et d'impatience, le frappa si violemment à l'estomac qu'il cracha de la bile en plus d'émettre un petit cri de douleur.
« Merde... ! » pensa-t-il, blessé dans son ego.
Le surhomme ne le ménagea pas pour autant : il déposa plusieurs fois ses doigts sur son bassin, son ventre, puis remonta à ses épaules pour redescendre à ses bras. Par la suite, il le titilla en lui effleurant le cou, les joues, les yeux. Avec pour seul projet de l'effrayer, et pour seul désir de l'entendre le supplier d'arrêter. Mais cela n'arriva pas. Tout ce dont le trio eut droit ne fut que des toussotements et des longs soupirs en continu. Appréciant l'image déshonorante face à lui, Ehoarn plaqua, sans plus attendre, une ferme volée de coups aussi sonores que cuisants sur les côtes et l'abdomen du détenu. La spontanéité, alliée à la fermeté de son geste, désarçonna le Héros qui le fixa cependant toujours dans les yeux, les dents serrées. Dans un élan de folie, il se raidit et tenta de donner un coup de boule à son ennemi. La tentative se conclut sur un échec quand Ehoarn bloqua immédiatement son mouvement en le saisissant par le cou de son autre main. En signe de vengeance, un nouvel enchaînement de coups brûlants, aussi inattendu que le premier, vint alors ébranler la volonté de Barnaby.

- Monsieur. Ne pensez-vous pas qu'il serait plaisant de le marquer de notre symbole ? Juste ici..., proposa alors le bourreau, en désignant la joue du Héros sans pour autant la toucher. Que ça soit bien voyant...

Le nœud dans l'estomac de Barnaby se raidit et ses joues s'empourprèrent : l'humiliation venait d'atteindre son paroxysme. Déjà que l'acte et les caresses déplacées de son ennemi l'avaient enfermé dans une coquille dégradante, voilà qu'ils comptaient le marquer du symbole d'Ouroboros, tel un bétail prêt à passer à l'abattoir.
Jusqu'à aujourd'hui, il ne connaissait pas le véritable sentiment de honte. Celui qui se mêle à la douleur et qui murmure à l'oreille de sa victime de s'enfermer quelque part, de fuir loin du monde, voire de disparaître à jamais pour ne plus endurer une telle souffrance. Il n'imaginait pas qu'une situation pareille le pousserait à tenir de tels propos.
Mais il ne se défilerait pas.
Non. Même si son corps se voyait amoché, détruit, brisé, jamais Barnaby ne s'écraserait face à des ennemis. Et certainement pas face à Ouroboros.
De toute façon, il finirait bien par récupérer ses pouvoirs. Il devait juste s'armer de patience. Endurer encore et encore, jusqu'à pouvoir leur rendre la pareille.

- Ehoarn. Il serait dommage d'abîmer un si joli visage ! s'exclama alors Aiden, avant de murmurer à l'oreille du torturé. Vous refusez toujours notre offre ?
- … J-Je ne compte pas changer d'avis !, confirma-t-il, après avoir pris une profonde inspiration.

Le leader haussa les épaules tant la réponse lui parut prévisible.

- Puisque vous semblez supporter les brûlures, nous allons essayer autre chose, déclara-t-il.

Le sang de Barnaby se glaça à l'entente de l'annonce. A ce rythme-là, il succomberait à ses blessures avant même de récupérer l'usage de son don.
Du temps. Il fallait gagner du temps.

- Pourquoi montrez-vous tant de mépris envers les humains ?, demanda-t-il à Aiden.
- « Pourquoi » ? Allons, ne me dîtes pas que la cause de cette animosité vous est inconnue.

Tout en astiquant le manche de son katana, l'homme plongea ses perles d'ébène dans les émeraudes de sa victime, comme s'il espérait entendre une spéculation de sa part, voire qu'elle trouve par elle-même sa propre réponse. Néanmoins, Barnaby garda le silence, attendant des éclaircissements, des aveux, des révélations de la bouche de son ennemi.

- Depuis des siècles, l'humanité nous a humiliés, détestés, chassés, tués... Avec pour seule excuse le fait que nous étions différents, éclaira Aiden. Nous étions traités de sorciers, parfois de démons, et nous n'avions que la culpabilité et la solitude pour seule compagnie.

Les sourcils du Héros se froncèrent à l'entente de cette confession amère. Il crut même déceler un petit tremblement dans la voix de son bourreau. Par la suite, une nouvelle interrogation titilla son esprit :

- « Des siècles » ? Mais les Next sont apparus il n'y a qu'une cinquantaine d'années, tout au plus...
- Non. Nous existions depuis longtemps. C'est juste la société qui a fini par nous attribuer un nom et un titre.
- Plus d'un millénaire pour nous « accepter ». Quelle superbe mentalité.

Les regards se tournèrent vers le propriétaire de la dernière phrase : les poings serrés et l'expression ravagée par la colère, Ascelin ne supportait pas qu'on lui rappelle cette période sombre de l'histoire.

- Notre peuple... Il a souffert et a été martyrisé par une race qui ne cherchait qu'à nous causer du tort, siffla-t-il. Et quand nos ancêtres cherchaient à se défendre ou à revendiquer leurs droits, ils étaient enfermés et sauvagement torturés. Nous étions les boucs émissaires d'un monde irrévérencieux et apeuré par ce qui sortait de « l'ordinaire ».

Un petit rire empli d'une aigreur mélancolique s'évada de sa gorge. Parler ainsi ne lui ressemblait pas, pourtant, une partie de lui l'encourageait à continuer dans sa lancée :

- « La normalité »... Les humains sont vraiment impitoyables et exécrables. Qui a décidé de ce qui serait « normal » ou non ? Qui donc a établi ces lois puériles et égoïstes ? Peut-être qu'au final, c'étaient eux les indésirables !

Aux yeux de Barnaby, leur perception de la situation s'avérait erronée par une haine un peu trop excessive à l'encontre de la communauté humaine. Par-delà les paroles abusives et dégradantes de ses ennemis, le Héros repensait à ses parents, des humains, qui n'eurent pour seul don d'aimer passionnément leur fils malgré sa singularité. L'air de rien, cela lui procurait un désagréable sentiment de frustration, car chercher à déshonorer l'humanité renvoyait à déshonorer ses parents, et donc sa propre personne.
Toutefois, il existait du positif dans ces révélations. En effet, malgré les récentes plaies qui lui agressaient la peau, il gagnait un peu de temps, et retardait ainsi la seconde séance de torture, permettant à son pouvoir de se régénérer.
Il fallait tenir bon. Renchérir pour rester en vie.

- Il est vrai que les hommes sont du genre à se méfier de ceux qui ne leur ressemblent pas..., commença Barnaby. Mais voyez comme les choses ont positivement évolué en l'espace d'un demi siècle ! Nous avons eu une académie spécialisée, nous sommes devenus des idoles, nous pouvons être appréciés et mieux nous intégrer à la société et...
- « Mieux nous intégrer à la société » ?!, le coupa Ascelin. Tu crois vraiment que c'est une bonne évolution, ça ?! T'as été endoctriné par ces déchets, oui ! Du moment que tu les sers ou que tu les amuses, tu deviens quelqu'un d'admirable... Les Héros ne sont que de vulgaires produits de consommation à qui on colle des étiquettes pour gagner de l'argent ! Et tu oses penser que c'est une bonne chose ?!

La tirade de trop pour le prisonnier. Celle qui permit à la colère de l'engourdir dans les méandres de la rage, et qui lui ôta la dernière part de lucidité qu'il peinait à protéger.

- Et vous alors ? Vous croyez que c'est une bonne chose ce que vous faites ? Vous vous plaignez des humiliations et des tortures que l'humanité vous a affligé, mais vous faites exactement pareil en ce moment même, et avec quelqu'un de votre communauté ! Vous me menacez sous peine de me tuer si je ne coopère pas dans vos propres intérêts. Au final, vous n'êtes pas mieux..., fulmina-t-il.
- Espèce de...
- Calme toi !, intervint le supérieur.

Ascelin sentit la main d'Aiden se poser avec délicatesse sur son épaule pour le forcer à reprendre ses esprits. Un échange de regard eut lieu, et le cadet se sentit en émoi face à la mine compatissante de son leader. Il ne connaissait que trop bien cette expression, au point qu'il commençait à la haïr tant elle le blessait. Car même après des années et des années d'amitié et de loyaux services, Ascelin ne pouvait indéfiniment refouler ses sentiments à l'égard d'Aiden.
Ce cher Aiden J. Howards.
Que penserait-il s'il apprenait le lourd secret que son collègue lui cachait depuis longtemps ? Se contenterait-il de sourire sans un mot ? Ou bien serait-il du genre à le repousser pour ne plus jamais lui adresser la parole ?
Dans tous les cas, sa réaction importait peu, car cela ne changerait en rien les opinions d'Ascelin à son encontre : il continuerait de lui porter une admiration sans faille, mêlé à un amour obsessionnel, un besoin irrésistible de l'embrasser et de s'emprisonner dans ses bras pour ne plus jamais en ressortir.
« Pourquoi souhaites-tu à ce point rallier les Héros à ta cause, Aiden ? Leurs présence n'a plus d'importance maintenant qu'une grande majorité de Next t'a juré fidélité et obéissance... Pourquoi te sens-tu obligé de prendre ces traîtres sous ton aile ?! », pensa-t-il, sans oser révéler ses doutes.

- Tu as les nerfs un peu trop à vif. Sors et va prendre l'air, lui conseilla soudainement Aiden.
- Non, ça va. Je peux rester.
- Ce n'est pas une requête mais un ordre. Prends une pause de minimum cinq minutes et reviens quand tu te sentiras mieux.
- Mais...
- Ne t'inquiète pas. Regarde-le. Il est à notre merci, et si jamais quelque chose devait arriver, je sais que je n'aurai qu'à t'appeler.

L'air de rien, les mots prononcés par Aiden procurèrent à son ami une agréable sensation de réconfort. Savoir qu'il lui accordait une si grande confiance purifiait son âme et ses pensées jusqu'alors souillées par un désir sadique et un besoin de reconnaissance inavoué.
Ah, quel sommet de l'euphorie il atteignait lorsque son tendre aimé lui montrait une quelconque importance. Il se languissait à l'idée de voir s'afficher sur ses joues un sourire que lui seul serait en proie de connaître.

- Très bien..., se résigna Ascelin. Alors... à plus tard.

Aiden acquiesça d'un signe de tête, puis se tourna vers Barnaby une fois son ami parti.

- Vous êtes bien trop aveuglé par votre devoir de Héros, Barnaby Brooks Jr, susurra-t-il. Ne comprenez-vous donc pas ? Si vous nous rejoignez, vous et vos collègues, alors la race humaine comprendra que nous n'avons pas besoin de leur affection pour avancer.
- Vous voulez éliminer l'injustice par l'injustice..., siffla le concerné. C'est vous qui ne comprenez pas.

Un petit rire s'évada des lèvres d'Aiden pour résonner dans la salle, invitant Ehoarn, au départ muet, à l'imiter. Le prisonnier profita de cet instant pour tenter de réactiver une énième fois son pouvoir, espérant que cette fois-ci soit la dernière et qu'il puisse enfin se libérer.
Toutefois, ses forces ne répondirent pas et son visage se décomposa sous l'incompréhension.

- Je sais ce que vous tentez de faire, mais ça ne marchera pas, prononça tout à coup Aiden.

Interloqué, Barnaby releva la tête en direction de son ennemi. Un sourire mystérieux ornait les joues de ce dernier, et, tel un dangereux félin ayant trouvé sa proie, il lui tourna autour pour contempler sa misérable situation. Sans vraiment savoir pourquoi, un mauvais pressentiment s'infiltra dans l'inconscient du Héros.

- Vous tentez de gagner du temps pour éviter une nouvelle torture, et récupérer votre pouvoir n'est-ce pas ?

Remarquant que son « invité » ne souhaitait pas répondre, Aiden lui fit face, le fixa droit dans les yeux, et lui fit part de l'ultime révélation :

- Cela ne servira à rien. Vous perdez votre temps et votre énergie pour rien. Car ce pouvoir que vous cherchez tant à enclencher dans l'espoir vain de vous en sortir... Je vous l'ai tout simplement ôté.

La gorge de Barnaby se noua à l'entente de la nouvelle, et dans ses yeux se refléta une ombre de crainte.
Ce fou mentait forcément !
Dans le déni le plus total, il essaya de se persuader que son bourreau cherchait simplement à le troubler pour ainsi l'obliger à abandonner toutes ses futiles tentatives. Après tout personne n'était capable d'arracher le don d'un Next !
Hélas sa conscience lui soufflait à l'oreille que tout ce qu'il vivait, Karina l'avait vécu avant lui. Ce type masqué lui avait aussi ôté son pouvoir pour l'emprisonner dans la cage de l'impuissance. Et aujourd'hui, le schéma se répétait avec lui. Son pouvoir avait disparu, il devait accepter la terrible réalité et croire son tortionnaire.
Tenter de se rassurer ne servirait plus à rien désormais. Il le savait.
Pourquoi n'avait-il pas fait le lien plus tôt au lieu de chercher désespérément à s'échapper ?!
De nouveau, l'humiliation atteignit son apogée.

- Oui, vous voilà réduit à l'impuissance. Comme cette chère Blue Rose qui connut, jadis, le même sort, ricana Aiden. Maintenant, vous devriez être conscient du choix qui s'offre à vous. C'est-à-dire nous rejoindre... ou mourir !

Encore sous le choc et perdu dans le labyrinthe de ses pensées, la victime n'offrit aucune réponse.

- Vous êtes adorable avec cette expression... Vous savez, vos pouvoirs reviendront tôt ou tard si vous nous suivez. Je peux vous le garantir !

La voix d'Aiden s'infiltrait en lui tel un serpent pénétrant l'esprit fragile d'un croyant en quête de vérité. Barnaby ne savait plus, ne comprenait plus, et l'impression de voir sa dernière heure arrivée s'immisça lentement en lui, sachant que de toute façon, il refuserait de rejoindre ces monstres.

Alors voilà comment se terminerait son existence ?
Voilà l'endroit où il périrait ? Dans cette pièce sombre, humide et nauséabonde, au milieu d'objets lugubres et répugnants ?
Peut-être. Mais cela resterait toujours moins répugnant que de servir une organisation corrompue.

- Alors, tuez-moi..., siffla-t-il, résigné.

« Quelle audace ! », se dit Aiden, légèrement blessé dans son ego.
Il arqua un sourcil, posa son menton entre son pouce et son index, puis décida de sortir l'ultime carte de son jeu, celle qui forcerait sans aucun doute ce têtu à revenir bien vite sur son choix.

- Non, pas maintenant. Car j'ai une surprise pour vous.

Il adressa un regard à Ehoarn. Celui-ci acquiesça d'un signe de tête avant de quitter, à son tour, la pièce. Une fois seul avec le Héros, monsieur J. Howards s'avança vers le mur où se tenaient toujours les instruments de torture. Dos à lui, il saisit quelque chose, resta un moment immobile pour contempler son acquisition, et le rejoignit avec un sourire étrange au coin des lèvres.

- Je me demande comment réagirait Blue Rose en vous voyant dans une telle situation.

Le pseudo fit écho dans le crane de Barnaby, et un mauvais pressentiment l'assaillit.
Avait-il bien entendu ? Pourquoi ce monstre masqué parlait-il si subitement de Blue Rose ?!
Alors qu'il s'apprêta à demander plus d'informations sur la nature de sa phrase, Aiden enroula d'un geste tendre ses bras autour de son cou, à l'image de la mort prête à offrir le baiser éternel.

- Je pense qu'elle serait apeurée... Voire complètement brisée, murmura le membre d'Ouroboros à l'oreille du Héros.

De la même manière que tout à l'heure, il desserra son étreinte, et offrit à Barnaby une expression amusée qui lui arracha un frisson de répulsion. Ce dernier ne comprenait plus rien. Par ailleurs, il constata qu'une chose froide et dure reposait sur son cou, sans parvenir à voir de quoi il s'agissait.

- Pourquoi dites-vous ça ?!, s'enquit-il, incapable de cacher sa crainte.
- Chaque chose en son temps. Laissez-moi d'abord vous présenter le petit bijou de technologie qui orne votre cou. Un magnifique collier électrique, capable de créer des décharges très... puissantes.
- Où est Blue Rose ?!

N'appréciant guère être ignoré, Aiden observa sa victime avec dédain. L'air de rien, cela l'irritait un peu de voir ce Héros penser avant tout à « elle » plutôt qu'à sa propre vie. Avec ces pensées en tête, il glissa sa main dans la poche de sa veste pour en ressortir une petite télécommande grise. Ses lèvres s'étirèrent sournoisement, et il appuya sur l'un des boutons qui ornaient l'appareil électrique. Aussitôt, une vive décharge électrocuta Barnaby, qui, surpris, émit un gémissement de douleur. A l'image d'un reptile de foudre se glissant dans sa peau, ses veines, et son sang, l'électricité traversa ses membres et picota son corps, sans pour autant le tuer.
La respiration de Barnaby s'accéléra au moment où Aiden relâcha le bouton.

- Vous devriez éviter ce genre de questions quand je vous explique quelque chose. De toute manière, vous allez la revoir votre chère et tendre Blue Rose.

Il marqua une pause pour afficher une mine hautaine à l'encontre de l'ancien Next. Il était si faible, si soudainement désemparé à l'idée de savoir sa collègue entre leurs griffes, cela en devenait jouissif.

- Cette petite catin... Et dire que c'est à cause d'elle que vous vous êtes réveillé de l'illusion de mon associé..., soupira Aiden.
- De quoi parlez-vous ?!

Aiden ne répondit pas, préférant laisser sa victime dans l'incompréhension. Par la suite, le grincement de la porte déchira le silence pour dévoiler Ehoarn, qui tenait fermement contre lui une Karina bâillonnée, les joues ravagées par des larmes intarissables. La peur pouvait facilement se lire sur son visage blême. Sidéré, Barnaby resta muet face à cette image, toutefois, il se sentit légèrement rassuré lorsqu'il constata qu'elle ne semblait pas blessée, ni même récemment victime d'une séance de torture.
Karina posa ses iris sur lui, et dès lors, un torrent de larmes s'en échappa pour s'écraser sur le sol. Le morceau de tissu, fixé sur ses lèvres, étouffa un mot qu'elle hurla. Sans aucun doute le prénom de son collègue. Celui-ci tenta de la rassurer en lui disant que tout allait bien, qu'elle n'avait pas à s'en faire, et surtout qu'elle devait tenir bon. Hélas, la vision des brûlures, du collier, et l'idée de s'imaginer Barnaby se faire persécuter par ces fous l'empêchèrent de garder son bon sens. La peur se montrait beaucoup trop forte pour elle, si bien qu'elle essaya de se libérer de l'emprise d'Ehoarn, qui lui tenait fermement le bras de sa main d'acier.

- Lâche-la. Et retire-lui ce bout de tissu, ordonna Aiden.

Dans une moue résignée, le sujet obéit à son maître, avant de pousser l'ancienne Héroïne au sol, qui lâcha un gémissement de douleur. Elle voulut se relever, mais ses jambes et ses pieds se trouvaient engourdis et paralysés par les liens qui la retenaient prisonnière. Elle sentit son cœur battre la chamade, puis son souffle s'accélérer sous le poids de l'angoisse et du désespoir.
Malgré le masque qu'il portait, jamais elle n'oublierait la prestance, la voix et l'éloquence du type qui dirigeait les autres, et qui paraissait sournoisement amusé de la situation.
Allait-il demander, une nouvelle fois, à un de ses collègues de s'amuser avec elle ?
Revivrait-elle le cauchemar de sa vie ?
Ou bien s'amuserait-il à la torturer pour lui ôter ses derniers espoirs ?
Avec son masque vénitien sophistiqué, son allure d'aristocrate, et son sourire énigmatique, cet homme était effrayant. Sa noble apparence cachait ses actes barbares, à l'image d'un acteur de renom, capable de duper le plus méfiant des spectateurs.
Tandis que les deux captifs s'échangèrent un regard, sans savoir quoi se dire, un rire résonna dans la salle.

- Et bien, que le spectacle commence ! cria Aiden d'une voix enjouée.


Note de l'auteur : Voilààà... Quelques petites révélations par ci par là et un Barnaby complétement à la merci des ennemis. Je pense qu'on ne peux pas rêver mieux (je déconne, j'ai eu mal pour mon petit lapin en rédigeant ce chapitre). Qu'en avez-vous pensé ? Pas trop inquiets au sujet de Karina ?
La suite arrive le 25 Juin ! Je vous dis donc à très bientôt ! :)