Disclaimer : Hormis mes OCs, les personnages et l'univers de TIGER&BUNNY appartiennent à Keiichi Sato
Bêta-Lectrice : La fabuleuse Sayuri-Geisha !
Coucou tout le monde ! Voici venir le chapitre 43 ! Un chapitre qui, j'espère, vous plaira car il s'agit d'un de mes chapitre préféré :) Bonne lecture !
Chapitre XLIII : Viens, douce Mort
Au contraire du regard inquiet et incertain de Lina, celui de Lian-Hua s'encra dans les yeux d'Ascelin, et un silence oppressant s'immisça entre eux. L'asiatique essaya de conserver une attitude calme et confiante, tandis que l'homme resta concentré sur elle, perturbé.
- Que fais-tu ici ? demanda-t-il, en retirant son masque.
- Je viens de la part de monsieur Shirow. Il souhaite s'entretenir avec vous tous pour vous faire part d'une grande nouvelle, répondit l'interpellée.
L'homme arqua un sourcil avant de se tourner vers la femme qui se tenait aux côtés de Lian-Hua. Dès lors, une étrange sensation de déjà-vu envahit ses pensées, et il tenta de se remémorer où il avait déjà pu la voir. Il se creusa la tête et se focalisa sur son objectif, ses pupilles, perçantes, se figeant sur celles de sa victime. Il dévorait Lina de ses iris chocolat, à la recherche d'une vérité effacée. Les deux femmes Les deux femmes s'échangèrent un regard soucieux qu'elles dissimulèrent derrière le masque de l'indifférence.
- Un problème Ascelin ? prononça Lian-Hua, permettant ainsi à son amie de connaître son identité.
Le concerné se tut, préférant analyser la mère qui affichait une mine perplexe. Il demeura un moment ainsi, sans un mot, pour finalement s'entendre rire intérieurement.
Il avait compris.
- Qui est-ce ? dit-il alors.
- Hum ? C'est une des membres, tu ne la reconnais pas ? Itsuki lui a ordonné de m'accompagner, mentit l'asiatique. Et si tu allais sur le parking ? Il ne devrait pas tarder à arriver !
Ascelin enfonça les mains dans ses poches avant d'afficher un sourire en coin énigmatique en guise de réponse, ce qui arracha à la Next un mauvais pressentiment. Par ailleurs, cette impression se renforça lorsqu'elle le vit s'avancer vers elles au lieu de partir en direction de l'ascenseur.
- Oh Lian-Hua. Décidément, tu n'as jamais su mentir correctement, murmura-t-il.
Sans laisser le temps aux deux femmes de réagir, le corps de l'homme s'enveloppa dans une lueur azure, et un ricanement sournois perça le mur du silence. Prises au dépourvu, elles tentèrent de se défendre, mais Ascelin se montra plus rapide et les aveuglèrent grâce à son pouvoir. En tournant la tête, il aperçut Lian-Hua lutter contre l'attaque pour lui adresser une expression méprisante. Elle aussi désirait enclencher son don dans le but de se défendre, hélas, une force invisible, créée par le pouvoir d'Ascelin l'en dissuada et la jeta de force dans les bras de Morphée.
De son côté, Lina s'écrasa au sol, incapable de faire la part des choses. Néanmoins, elle put entendre des mots lointains qui lui parurent abstraits :
- Je n'oublie pas les Next à la solde d'Ouroboros, et hélas pour vous, je me suis souvenu à temps. Cette femme était l'épouse de ce Next de pacotille que j'ai dû assassiner.
Les iris de la veuve s'écarquillèrent à l'entente de ces mots, et tout se mêla dans sa tête pour lui procurer un mal de tête insoutenable. L'assassin d'Ethan... Il se trouvait là, à quelques mètres d'elle. Plus que tout, Lina voulait se relever pour en finir avec lui et ses démons, malheureusement, son corps ne réagissait plus. Enfin, ses paupières s'alourdirent davantage, avant de la plonger dans les ténèbres
- Je vais donc me faire un plaisir de la détruire, ricana Ascelin. Et ensuite, j'irais tirer des informations dans ton esprit, Lian-Hua.
Amusé par la situation, il s'approcha du corps endormi de l'interpellée, s'accroupit pour lui faire face, et l'empoigna par les cheveux. Le visage endormi de Lian-Hua lui procura un frisson de plaisir refoulé, si bien qu'il en vint à imaginer sa réaction, une fois sortie de son sommeil forcé.
Est-ce qu'elle le fuirait en usant de son pouvoir pathétique ? Tenterait-elle de lui faire entendre raison ? Ou bien déciderait-elle de lui tenir tête ?
- Je me demande si tu entends ce que je te dis. En tout cas, sois bien sûr d'une chose : quand tu te réveilleras, cette humaine sera devenue folle, et son seul réconfort se trouvera dans les bras de la mort.
Avec dédain, il relâcha son emprise et se dirigea d'un pas hâtif vers sa nouvelle victime.
Un sourire plus lugubre que jamais se dessina sur ses lèvres au moment où il pénétra dans l'esprit de Lina.
La première chose que ressentit Lina en ouvrant les yeux fut l'atroce migraine qui tambourinait contre sa tempe. Déboussolée, elle porta une main à son front, se releva, et observa les environs. A sa grande surprise, seul le Néant subsistait aux alentours, sans qu'aucune trace de vie ne se manifeste. Dès lors, une ascension de questions lui montèrent à la tête : comment s'était-elle retrouvée là ? Pourquoi ? Dans quel but ?
Dans l'espoir de trouver une réponse, elle essaya de se remettre en mémoire les événements survenus un peu plus tôt, mais dut se résoudre à abandonner au moment où son mal de crâne empira.
Contrariée, elle comprit rapidement que rester immobile dans ce lieu désert ne lui servirait à rien, et entreprit d'avancer jusqu'à trouver de l'aide, voire une sortie.
Ses interrogations persistèrent à marteler son esprit tandis que ses pas résonnèrent dans le vide. Tout ceci n'avait pas de sens, elle était sûrement en train de rêver ! Comment pouvait-elle pouvait-elle être dans un endroit aussi glauque et angoissant ? Un pas après l'autre, sa marche lui parut sans fin, et la fatigue commença à courbaturer ses jambes, pourtant, elle refusa d'abandonner.
Soudain, alors qu'elle s'apprêta à reprendre sa route, un souffle effleura son oreille et s'écrasa sur sa nuque, attirant ainsi son attention pour l'inviter à lever le regard.
Elle sursauta en remarquant la forme humaine apparue devant elle, puis se décida à la rejoindre afin de lui demander de l'aide. Son corps se paralysa lorsque l'ombre devint plus claire, et qu'elle lui dévoila un visage.
Jamais elle n'oublierait l'image improbable qui s'offrit à elle.
Ethan.
Vêtu d'un costard cravate qui lui conférait une allure séductrice, l'homme la contemplait d'une expression tendre, agrémenté du sourire en coin qui, d'habitude, la faisait toujours fondre. Lina déglutit. Elle sentit son cœur frapper sa poitrine quand ses yeux dévisagèrent son amant, et un frisson imprévisible dévala sa colonne vertébrale.
Un frisson qui mêla plaisir et crainte.
Oui, c'était bel et bien lui.
Seulement cela ne se pouvait. C'était impossible.
- Lina... prononça Ethan.
L'appelée sursauta, refusait de croire ce qui se déroulait sous ses yeux. Elle rêvait forcément. Son bien aimé ne pouvait se tenir devant elle, vu qu'il était...
Elle serra les poings à ce souvenir, et reconnut l'horrible culpabilité s'immiscer en elle à l'instar d'un venin inguérissable.
« Pourquoi dois-je rêver de lui ? C'est bien trop douloureux ! », se dit-elle, les larmes aux yeux.
- Lina, tu pleures ? demanda son époux.
Sans lui laisser le temps de réagir, il s'approcha d'elle, posa avec délicatesse ses mains sur son visage, puis plongea ses yeux bleus dans le regard abasourdi de sa femme. Au moment où la peau chaude et douce d'Ethan entra en contact avec celle de Lina, elle ne put retenir plus longtemps ses larmes. La joie de retrouver cette sensation, qu'elle pensait oubliée, s'empara d'elle et balaya tous ses doutes, si bien que dans un élan d'euphorie, elle s'agrippa aux bras de son mari, et les serra aussi fort que possible.
Alors... C'était bel et bien réel ? Elle ne rêvait pas ? Ce corps si chaud, le pouls sous ses bras, ce souffle qui venait s'écraser dans son cou et qui lui procurait un agréable sentiment de bonheur... Cela ne pouvait être que réel, n'est-ce pas ?
Dans tous les cas, Lina voulut s'accrocher à cette idée. C'était tellement bon de retrouver ces sensations perdues, ces émotions liées à un amour éphémère.
- Tu es réel, hein ? bredouilla-t-elle entre ses pleurs.
- Bien sûr que je le suis... commença Ethan.
C'en était trop.
Elle coupa son époux en lui offrant une étreinte passionnée qu'elle souhaita éternelle. Silencieux, Ethan glissa ses longs doigts dans la chevelure de sa femme, souffla dans sa nuque pour lui offrir un frémissement plaisant, et dans ce Néant qui ne semblait plus inquiéter personne, ils s'échangèrent des baisers affectueux, qui se transformèrent en embrassades torrides. Elle ignorait combien de temps dureraient les « retrouvailles », mais elle s'en moquait bien. Elle comptait profiter de cet instant, de ce bonheur, sans jamais laisser quiconque entraver cet instant merveilleux.
Dieu qu'elle aimait les caresses d'Ethan, si tendres et viriles à la fois, c'était comme si elle retrouvait un trésor perdu depuis des siècles, comme si elle récupérait une chose précieuse volée, jadis, par le temps. Pourtant, dans ces gestes d'affection qu'elle prit plaisir à revivre, elle eut l'impression que quelque chose clochait dans l'attitude de son mari, tant il demeurait... muet. Elle daigna lui demander son état, néanmoins, une force invisible l'en dissuada, et des rires enfantins résonnèrent furtivement autour d'elle au moment où il lui murmura la fin de sa phrase à l'oreille :
- ... Pas comme tes sentiments à mon égard.
Surprise par la soudaine formule qui sonnait comme un reproche, Lina leva la tête pour fixer son amant d'une mine consternée. Par la suite, son visage se décomposa lorsqu'elle le vit lui adresser une expression qu'elle ne lui connaissait pas : la haine et le dédain se lisaient dans son regard perçant, ce qui lui glaça le sang.
- Et bien quoi ma petite Lina ? Quel est donc ce visage outré ? Ne dis-je pas là la vérité ? interrogea l'homme, d'un sourire narquois.
- Qu... Qu'est-ce qui te prends ? Je ne vois pas de quoi tu parles...
Un petit rire s'échappa des lèvres d'Ethan, ce qui n'augura rien de bon.
- « Tu ne vois pas », répéta-t-il. Étrangement, ces mots ne m'étonnent pas. Tu n'as jamais rien « vu » de toute façon. Tu n'as jamais rien compris.
- Mais enfin, de quoi parles-tu ?! insista la mère.
Pour seule réponse, les mains de l'homme empoignèrent brutalement les épaules de Lina et la poussèrent avec violence. Dans un bruit sourd, elle s'écrasa sur le sol invisible, émit un gémissement de douleur mêlé à un cri de stupéfaction, puis releva la tête pour le fixer avec incompréhension.
- Les cauchemars, le manque de sommeil, les somnifères... Tu n'as jamais compris pourquoi je vivais un tel calvaire, fulmina Ethan. Tu disais que je devais t'en parler, qu'il fallait que je sorte de ma bulle... Mais pourquoi l'aurais-je fais ? Pourquoi n'insistais-tu pas plus que ça ? Je vais te dire pourquoi : parce que tu connaissais la vérité ! Tu connaissais ma véritable nature mais tu te refusais de l'admettre ! Tu avais honte !
Le visage de Lina se décomposa à l'entente de ces paroles douloureuses. Alors qu'elle essayait de se relever, le vide prit une couleur pourpre, puis s'imbiba d'une odeur putride. Un bruit similaire à du verre brisé résonna, un choc retentit, et le regard d'Ethan adopta une nouvelle expression qui, de nouveau, lui glaça le sang. Ensuite, sa peau prit une couleur plus pâle que d'habitude, tandis que ses lèvres s'étirèrent jusqu'aux oreilles pour dévoiler un sourire effrayant.
Jamais Lina n'oublierait cette image à la fois monstrueuse et funeste, jamais elle ne balayerait de sa mémoire l'attitude choquante de son époux, dont la démence s'était brusquement invitée dans ses iris.
- Allez, dis-le que je te fais peur ! Je suis un Next après tout ! C'est pour ça que tu m'as foutu dans cet hôpital non ? T'avais tellement peur que t'as voulu m'éloigner ! poursuivit son mari, d'une voix grave.
- Non ! C'est faux ! tonna Lina.
- Et dire que c'est là-bas que j'ai été tué... Quand j'y repense, c'est toi qui as causé ma perte !
- Je n'ai jamais voulu ça ! Si j'avais pu te sauver, si j'avais su ce qui allait arriver, alors je t'aurais ramené chez nous ! Je me fichais bien de ta nature, ça n'a jamais changé ce que j'éprouvais à ton égard ! Je t'ai toujours aim...
On ne lui laissa pas la chance de terminer sa confession.
Tandis qu'elle s'apprêtait à déclarer son amour, un coup de feu retentit pour annoncer l'arrivée imminente d'une violence corrompue. La balle se plaça pile entre les sourcils d'Ethan, exactement comme en ce funeste treize décembre, où il fut retrouvé assassiné dans sa chambre d'hôpital. Horrifiée, l'épouse expulsa un hurlement de désespoir, et sursauta quand elle sentit l'homme s'agripper à sa jambe pour lui implorer de l'aide. Son visage ensanglanté la fixait d'un air alarmé, et l'effluve désagréable s'accentua au moment où il cessa de réagir. Ses saphirs, dénués d'expression, s'attardèrent sur un point invisible.
Il était mort. Encore une fois.
Plus que tout, Lina voulut hurler, mais sa voix resta coincée au fond de sa gorge. Ses yeux embués de larmes demeurèrent figés sur le corps sans vie d'Ethan, et dans un espoir illusoire de le sauver, elle s'agenouilla à ses côtés pour l'enlacer, implorant n'importe quel Dieu de le ramener à la vie.
- Que c'est pathétique, prononça alors une voix sortie de nulle part.
Paralysée de peur, Lina tenta toutefois de chercher l'auteur de l'insulte. Elle dut néanmoins se résigner à abandonner quand elle comprit que l'obscurité l'empêcherait de mener à bien son projet.
Dans la pénombre, Ascelin fusionnait avec les ténèbres pour observer les réactions de sa victime et pour interagir avec elle. Un sourire narquois s'esquissa sur ses joues à la pensée qu'il n'épargnerait pas une humaine comme elle, et qu'il en profiterait d'autant plus en faisant durer son supplice.
Ainsi, il claqua des doigts, et rembobina la scène du meurtre, sous le regard affolé de sa proie, qui revit en continue l'horreur.
Le film macabre commençait et se terminait toujours de la même manière : cela débutait par un sourire. Puis continuait par un coup de feu. Et enfin cela se finissait sur un cadavre sur le sol.
Encore et encore. Sans laisser de temps mort à la pauvre femme qui vit ses forces l'abandonner à chaque visionnage.
- ETHAN ! hurla-t-elle.
Tout à coup, le lieu, à la base vide et inoccupé, se métamorphosa progressivement en une somptueuse salle rouge et or. Une scène s'éleva sous les pieds du couple, et des centaines de sièges vermeilles apparurent tout autour pour accueillir des ombres aux sourires sadiques. Des rangées d'autres fauteuils s'élevèrent un peu plus haut pour former des estrades, et les silhouettes énigmatiques contemplèrent le somptueux moment qui se déroulait sous leurs yeux inexistants. En l'espace d'une seconde, le couple se retrouvait acteur d'une tragédie, et un tonnerre d'applaudissements à son éloge résonna dans l'édifice.
Les larmes de Lina ne se tarirent pas, et elle ne prêta aucune attention au changement brusque de l'environnement, trop concentrée à observer la dépouille de son mari, priant de toutes ses forces sa résurrection.
- C'est de ta faute, prononça la voix d'Ascelin. Il est mort par ta faute.
- Je ne voulais pas ! Je ne pensais pas... ! sanglota la victime.
Toujours bien caché dans son coin, Ascelin étouffa un rire avant de glisser ses yeux vers les formes noires, spectatrices de la scène.
Dans le monde de l'inconscience, ces ombres symbolisaient une folie incurable, et à partir du moment où elles apparaissaient, cela signifiait que la victime se retrouvait au bord de la démence. Leur rôle consistait à observer leur proie, à contempler la détresse sur son visage, et à profiter de cet instant de faiblesse pour la rejoindre et l'enlacer dans une étreinte meurtrière. En effet, dès que ces formes enveloppaient la pauvre victime, celle-ci se retrouvait prisonnière des griffes de la folie, sans moyen de revenir en arrière.
Lina ne tarderait donc pas à en faire les frais, mais pour cela, il fallait encore un peu la briser.
- Bien sûr que si tu savais, reprit le marionnettiste. C'est pour ça que tu l'as laissé dans cet hôpital. Tu savais qu'il serait un poids, un boulet, et tu as essayé de l'éloigner de ta vie. Je peux comprendre. C'était un Next après tout.
- Je n'ai jamais voulu tout ça ! Je n'ai jamais cherché à m'éloigner de lui ! Je l'aimais plus que tout, et sa mort me hante encore ! se défendit la veuve.
- Mais tu n'as rien fais pour le protéger. Tu l'as laissé sombrer dans le désespoir et le pire s'est produit. Si tu l'aimais vraiment, tu aurais senti qu'il était en danger, et tu l'aurais sauvé à temps.
- Arrêtez ! cria-t-elle, les larmes aux yeux. J'ai essayé de faire au mieux pour venger sa mort... Je n'ai jamais abandonné l'idée de retrouver le meurtrier !
- Il a du terriblement souffrir, insista Ascelin. Surtout en voyant que personne ne viendrait l'aider. Pas même sa femme.
- Taisez-vous ! Vous ne savez rien ! C'est pour ça que je me suis battue, que je me suis décidée à rejoindre Walter et Dean, car je voulais mettre un terme à toute cette souffrance et à me faire pardonner de mon incompétence !
Elle écarquilla les yeux après ces aveux, comme si un fait lui était soudainement revenu en mémoire.
Dean et Walter.
A l'entente de ces deux noms, tout lui revenait à l'esprit : l'enquête qui l'avait conduite à ces révélations fascinantes, sa rencontre avec Lian-Hua, la soirée au manoir, les dangers rencontrés avec ses coéquipiers, les informations sur Ouroboros...
A cet instant, un étrange sentiment de déjà-vu se joua d'elle, et elle sentit quelque chose lui monter à la tête, à l'image d'une vérité prête à exploser au grand jour.
Pourquoi se trouvait-elle là déjà ?
C'était évident pourtant : une personne l'avait amenée de force dans cet endroit glauque.
Mais qui ?
Qui ?!
Avait-ce un lien avec la voix qui ne cessait de la rabaisser ? En y réfléchissant, elle lui semblait familière...
Seulement, au moment où la dernière pièce du puzzle s'apprêta à se dévoiler, les silhouettes noires se jetèrent sur elle. Dans des rires sinistres, elles commencèrent à s'avachir sur leur proie, se répandant sur elle comme une tache d'encre.
Lina poussa un hurlement, se débattit autant que possible, puis comprit que ses forces disparaissaient à mesure que les ombres s'insinuaient en elle. Cependant, son instinct lui dicta de ne pas abandonner. De ce fait, ses bras, ses jambes, son corps continuèrent vainement de se défendre contre les ennemis intouchables, mais palpables.
« C'est terminé... Oui. C'est fichu, pensa Lina, les larmes aux yeux. J'aimerais renoncer et disparaître une bonne fois pour toutes. Ce serait plus simple, et je pourrais au moins retrouver Ethan... »
Ses perles noires se perdirent sur un point invisible, libérant des larmes qui coulèrent sur ses joues. Alors que la masse sombre commençait à voiler l'intégralité de son corps, Lina gigota avec violence et conviction, à l'instar d'un insecte coincé dans une toile d'araignée.
Un cri de souffrance jaillit de sa gorge, les moqueries résonnèrent dans son crâne, et la démence débuta sa terrible ascension. Malgré son dégoût, son instinct de survie persista, et elle tenta une nouvelle fois de se débarrasser des parasites. Toutefois, sans surprise, son initiative se conclut par un échec.
« Pourquoi je me bats ? Dans quel but ? Il n'y a pourtant plus aucune raison de vivre... »
Ce fut à ce moment-là qu'un miracle se produisit ; par le biais d'une hallucination, le visage de sa fille, Naomi, se dévoila à elle. Plus souriant et innocent que jamais.
Bien sûr. Comment avait-elle pu oublier un détail pareil ? La raison de son combat se trouvait dans cette vision soudaine. Comment pouvait-elle se permettre d'omettre un élément aussi important ?
Comme une traînée de poudre, les souvenirs refirent surface et la cause de sa venue lui revint en mémoire. Ses sourcils se froncèrent lorsqu'elle se rappela les mots qu'elle avait entendus avant de perdre connaissance :
« Cette femme était l'épouse de ce Next de pacotille que j'ai du assassiner. »
- Alors, le meurtrier d'Ethan n'était autre que...
Coupée par l'ombre géante qui finit par l'engloutir, Lina ne put terminer sa phrase.
Par la suite, le silence s'imposa en maître, emportant avec lui les alentours pour plonger l'endroit dans les ténèbres.
Ascelin avait gagné. Il venait de jeter l'humaine dans le gouffre de la démence, ce qui lui arracha un rire empli de fierté.
Tout à coup, un bruit sourd retentit, suivi d'un son semblable à une coquille qui se brise. Intrigué, Ascelin leva la tête. Sans qu'il ne s'y attende, une lumière ovale jaillit de nulle part, éjectant les ombres dans un fracas. A l'image d'un œuf prêt à éclore, la lumière se fissura et laissa s'échapper une forme féminine que le Next reconnut facilement : Lina.
Les cheveux dansant au rythme d'un vent inexistant, le regard plus que jamais déterminé, la femme parvint à se libérer des griffes de la démence, ce qui arracha à son ennemi une expression décomposée.
- C'est impossible ! s'exclama-t-il.
- Bien sûr que si ça l'est. « Monsieur » Ascelin, articula froidement Lina.
Abasourdi par la réponse de sa cible, Ascelin se redressa pour se mettre en position défensive. Pour la première fois depuis des années, quelqu'un daignait s'adresser à lui. Lui qui, pourtant, passait toujours inaperçu dans le monde des illusions.
- Ou devrais-je plutôt dire monsieur « Nel Casi » ? osa Lina, dans un rictus hautain.
Le nom interdit à prononcer. Celui qui offrit à son propriétaire toute la colère nécessaire pour perdre sa lucidité. La fureur masqua la figure d'Ascelin, et l'humiliation d'entendre son ancienne identité de la bouche d'une humaine le poussa à ordonner aux ombres de se jeter sur elle. Hélas pour lui, Lina les feinta avec une facilité déconcertante.
- Ce n'est pas moi qui ai tué Ethan. Ce n'est pas moi qui ai causé sa perte, reprit-elle. Ce serait trop simple de flancher maintenant, alors que ma fille m'attend. Comment ai-je pu l'oublier ? Comment ai-je pu me permettre ? Voilà pourquoi je vais me relever et sortir d'ici ! Il est hors de question de vous laisser gagner ! Je n'ai plus à me laisser influencer par vos propres faiblesses.
- « Mes propres faiblesses » ? De quoi parles-tu, sale humaine !
- Je sais que vous admirez un homme qui n'a jamais su vous apprécier à votre juste valeur. Vous cherchez à vous faire aimer, mais il ne remarque rien, ou alors, il sait la vérité et fait en sorte de l'ignorer, car il vous utilise comme un pion sur un échiquier.
Les pupilles noisette du Next s'écarquillèrent à l'entente de la tirade au ton glacial. Les mots martelèrent contre son crâne, et la colère se transforma en rage.
Comment pouvait-elle savoir autant de choses ?!
Ascelin fixa Lina avec haine, cherchant un moyen de l'arrêter, néanmoins, il sentit les formes se tourner vers lui à mesure qu'elle parlait. Le chasseur devenait gibier, et il comprit rapidement qu'il valait mieux abandonner l'affaire et s'enfuir d'ici, au risque de rester coincer.
Tandis qu'il s'apprêtait à quitter l'inconscience de Lina, un flash l'aveugla, et, avec un peu de concentration, il put discerner la silhouette de l'humaine franchir une immense porte dorée. Sans trop réfléchir, il tenta de la rejoindre. Seulement, à mesure qu'il avançait, les mots entendus plus tôt résonnèrent dans son esprit, à l'image d'un écho lugubre, et ralentirent sa course.
« Vous admirez un homme qui n'a jamais su vous apprécier à votre juste valeur. »
- Que peut-elle savoir ?! pesta-t-il. Aiden m'a toujours fait confiance !
« Vous cherchez à vous faire aimer, mais il ne remarque rien. »
- Bien sûr qu'il ne remarque rien ! Je ne lui ai jamais rien dis ! Je n'ai jamais voulu lui avouer ce que...
« Ou alors, il sait la vérité et fait en sort de l'ignorer, car il vous utilise comme un pion sur un échiquier. »
- Pourquoi est-ce que je me prends autant la tête ?! Ça n'a pas de sens ! Je n'ai que faire des mots d'un déchet comme elle !
La grande porte se referma sur lui, arrachant aux ombres des petits rires amusés. Perturbé, il tenta de l'ouvrir, puis se mit à la frapper dans l'espoir illusoire de sortir de cet endroit. Son corps se retrouva en proie à des tremblements, son souffle s'accéléra, et enfin, il poussa un hurlement exaspéré.
- Pourquoi ? Pourquoi je n'arrive pas à sortir d'ici ?! Merde ! C'est mon pouvoir ! Je devrais être en mesure de m'échapper ! Alors pourquoi ne puis-je pas...
En proie à une soudaine migraine, il plaqua sa main sur son visage et s'agenouilla au sol au moment où ses jambes le lâchèrent. Sous la vision des ténèbres qui le fixait avec un appétit vorace, Ascelin sentit ses forces l'abandonner progressivement, et tout devint flou.
Non, il ne fallait pas flancher.
Il était bien plus fort que cela. Cela n'avait pas de sens. Il avait combattu des ennemis bien plus puissants, des illusions beaucoup plus effrayantes. Céder si facilement, et ce à cause des paroles futiles d'une humaine, ne lui ressemblait pas !
Pourtant, malgré toute sa motivation à lutter contre l'abattement mystérieux qui l'assaillait, ses forces continuèrent de diminuer, et une des phrases prononcées par Lina retentit une ultime fois :
« Je n'ai plus à me laisser influencer par vos propres faiblesses. »
Enfin, tout s'effaça.
Une petite brise vint caresser la joue d'Ascelin, le sortant de son sommeil. Ses yeux s'ouvrirent lentement, et il les cligna plusieurs fois pour s'habituer à la lumière. Puis, après un rapide coup d'œil autour de lui, il se redressa brusquement ; il se trouvait sur une plage. Le ciel se peignait d'une couleur mauve qui se dégradait dans des tons orangés, et le chant de la mer se glissait dans ses oreilles. Sur le sable doré et chaud reposaient des ombres humaines qui semblaient profiter de ce petit coin de paradis, ce qui arracha à Ascelin une mine perplexe. Selon lui, l'attaque s'était retournée contre lui et l'avait envoyé dans sa propre inconscience. Ainsi, et si ses théories s'avéraient exactes, ces formes ne devaient pas être là, puisqu'elles symbolisaient la folie et que leur proie était Lina.
Soudain, une question s'immisça dans son esprit : pourquoi avaient-elles désormais une apparence humaine ?
- Connaissez-vous la nouvelle ? murmura l'une d'elle à une autre. L'homme au nom d'Aiden J. Howards n'est en réalité qu'un usurpateur !
- Bien sûr que je le sais ! C'est un Next qui n'a rien pour lui et qui manipule ses semblables pour ses propres desseins !
- Quelle triste existence. Et dire que son plus fidèle ami le suit sans se douter qu'il se fait manipuler...
Des gloussements se mêlèrent au bruit des vagues, paralysant Ascelin dans un carcan d'interrogations qu'il préféra chasser de son esprit.
Les cheveux au vent, ses paupières se baissèrent au moment où le phonographe de sa mémoire rejoua la conversation. Les rires continuèrent leur course, frôlèrent l'eau salée de l'océan, puis s'élevèrent dans les airs pour effectuer une valse imaginaire avec le vent.
Que pouvaient donc savoir ces ombres ? Pensaient-elles vraiment l'impressionner ? Même si leurs regard vide se figeait sur sa personne, même si les moqueries à son égard lui procuraient une douloureuse sensation de honte, Ascelin était bien décidé à ne pas laisser le doute s'insinuer en lui.
Dans un soupir débité, il s'avança vers la rive, fixa d'un œil éteint l'horizon, et, à nouveau, tenta d'ignorer les paroles sournoises des petites créatures diaboliques. Avec un brin de concentration, il put remarquer qu'une terre trônait de l'autre côté de la mer, prête à l'accueillir.
« Ce monde m'appartient. Je peux y faire ce que je veux ! » se convainquit-il.
Sans un mot il dirigea, non sans hésitation, son pied vers l'eau, et se concentra de toutes ses forces pour transformer ses désirs en une réalité concrète. Par miracle, ses pieds se posèrent délicatement sur l'eau, et un frisson parcourut son échine. Le froid lui rappelait le contact avec de la glace dure, et le reflet que lui renvoyait les ondes l'amenait à croire qu'il marchait sur le verre d'un miroir. Ses yeux s'observèrent un moment, son esprit étant emporté dans un flot tumultueux d'émotions. Puis, il redressa la tête, chassa ses pensées pour se concentrer sur son objectif, et traversa en silence le chemin aquatique. Dans un même temps, il dut s'armer de patience pour ignorer les gloussements funèbres des formes humaines qui ne cessaient de le fixer.
Il existait en ce monde un paradis illusoire que nul n'osait quitter une fois enfermé dedans. C'était comme un cocon de soie dorée, un euphémisme que personne ne souhaitait détruire. Dans cet univers où le prisonnier était à la fois esclave et maître, le désespoir se cachait derrière un paysage glorieux et somptueux. Certains le nommaient « l'inconscient », d'autres « le rêve », et les plus poétiques évoquaient ce lieu béni comme « les entrailles de l'âme ». Il s'agissait en vérité du dernier rempart de la folie, du stade final de la démence, sans possibilité de retour en arrière.
La porte de cet éden fantasmagorique résidait dans le pouvoir d'Ascelin. Mais celui-ci avait toujours su user de son don pour jouer les marionnettistes, et ainsi transformer ses victimes en pantins incapables de réfléchir par eux-mêmes. Il avait toujours fait en sorte de les sortir, à temps, des griffes de l'aliénation, soit pour les lobotomiser et les forcer à rejoindre la cause d'Aiden, soit pour les tuer.
Ce soir-là, il pensait piéger une humaine pour la jeter dans les bras de Mania. Hélas, elle avait réussi à combattre ses démons, et à se libérer d'elle-même de l'emprise de son bourreau, lui renvoyant par la même occasion l'attaque critique.
Pour la première fois de sa vie, Ascelin se voyait captif de son propre pouvoir. Et bien qu'il cherchât à le dissimuler sous un masque téméraire, il était effrayé.
Terriblement effrayé.
Au bout de plusieurs minutes qui s'apparentèrent à des heures, le Next arriva enfin de l'autre côté de la rive. Celle-ci restait identique à la précédente, à la différence qu'une gigantesque statue à l'effigie d'Aiden reposait sur le sable, ce qui lui arracha une exclamation de surprise.
Sculptée dans du marbre infrangible, la statue représentait Aiden avec son éternel sourire en coin, le regard bienveillant et les bras grands ouverts. Il paraissait si serein, si fort et gracieux à la fois, et son geste, immortalisé dans la pierre la plus pure, semblait inviter Ascelin à se blottir contre lui.
L'expression de ce dernier se teinta de mélancolie dès l'instant où ses pupilles contemplèrent la sculpture. Dans un élan de tristesse et d'égarement, sa main effleura la joue glacée de la réplique, avant de la caresser avec tendresse.
Il était son seul et unique Dieu. La seule personne qui se trouvait capable de lui apporter une foi quelconque.
- Ah. Tu es bien trop humble, trop parfait et avant tout trop cruel, Aiden, commença-t-il. Je me demande, après tout ce temps, si tu as fini par comprendre mes véritables sentiments à ton égard... J'en viens à supposer que oui, étant donné que tu as toujours su sonder l'âme des autres, sans même user d'un pouvoir tel que le mien. Me détestes-tu ? Te joues-tu de moi ? Ou bien essais-tu de faire impasse sur tout ça ?
Il poussa un rire amer, puis rapprocha un peu plus son visage de celui en pierre d'Aiden. Par le biais de ce monologue, il souhaitait se confesser à son souverain, à son Dieu, à son aimé. Comme si la sculpture servait d'intermédiaire entre lui et le véritable Aiden J. Howards.
C'était idiot, il le savait parfaitement. Néanmoins, aussi stupide soit ce geste, il le délivrait de son tourment.
- Sache en tout cas que je n'en ai cure. Qu'importe ce que tu peux penser ou faire, je continuerai à te suivre jusqu'à ce que ton souhait se réalise. Tu as toujours su me faire confiance, tu m'as même accordé une seconde chance. Je t'ai juré loyauté, et jamais je ne briserais ma promesse. Voilà pourquoi je dois sortir d'ici... Pour de bon. Je dois m'en aller, sinon, ton rêve d'un monde dirigé par les Next ne se concrétisera jamais, n'est-ce pas... ? Même si c'est une erreur, je n'en ai que faire, je serais toujours à tes côtés !
A ces mots, une fissure apparut sous l'œil de la statue, à l'instar d'une larme invisible. Ascelin fronça les sourcils et un mot résonna aux alentours :
« Menteur. »
Immédiatement, les alentours se noyèrent dans les ténèbres, et l'Aiden de pierre se brisa en mille morceaux pour disparaître dans le Néant, abandonnant Ascelin à son propre sort.
« Tu sais qu'en restant ici, tu pourras toujours retrouver l'être que tu chéris. Une part inconsciente espère le retrouver, tu n'as que faire de ta promesse car tu aimerais qu'il t'accorde plus de reconnaissance ! Dans ce monde, au moins, il saura te juger à ta juste valeur ! »
De sa voix vicieuse et perfide, l'intonation se faufila dans les oreilles d'Ascelin pour l'immobiliser dans une cage d'impuissance.
Qui donc lui adressait ces mots déroutants ? Qui cherchait à le faire lâcher prise ? Au fond de lui il le savait, mais son orgueil le forçait à ne pas y croire, et à continuer ses recherches pour s'enfuir d'ici.
« Ce n'est pas le moment de jouer les faibles ! » s'adressa-t-il avant de prendre ses jambes à son cou.
Tandis qu'il avançait dans le noir, le Néant s'évanouit pour se transformer en quelque chose de plus tangible. En effet, à l'image d'énormes fleurs de béton s'exilant de leur prison terrestre, des immeubles sortirent du sol invisible et formèrent une ville de pierre où seuls les habitants s'avéraient être les ombres de tout à l'heure. Avide de pouvoir, elles contemplèrent la course éternelle de leur proie, rigolèrent en remarquant son visage tiraillé par la peur, et attendirent le bon moment pour attaquer.
Ascelin courait toujours, continuellement, infiniment, sans même relever la douleur qui s'insinuait dans ses jambes chevrotantes.
« Fuir ». Seul ce verbe dominait ses pensées. Il devait simplement imaginer, de toutes ses forces, la porte pouvant le ramener au monde réel. Il avait toujours fait ainsi pour sortir de l'esprit de ses victimes. Il n'y avait aucune raison pour que cela échoue de son côté.
N'est-ce pas ?
Non. L'heure n'était plus aux hésitations.
La course s'éternisa. Il emprunta plusieurs rues au hasard, se glissa entre des buildings, manqua de tomber à plusieurs reprises, refusa ensuite de se reposer pour prendre son souffle, même si le manque d'air brûlait ses poumons.
Continuer.
Encore et encore.
Tenir bon jusqu'à oublier la présence des formes humaines au rire narquois.
Oui ! Il suffisait de ne pas donner raison à ces choses futiles !
Des gouttes de sueur ruisselèrent sur sa frange pour couler sur son front et se loger dans ses yeux. Il n'en tint pas rigueur et se mordit les lèvres pour tenter d'ignorer toute la souffrance qui conquit son corps.
Sa persévérance finit par porter ses fruits : non loin d'un énième gratte-ciel se tenait une porte scintillante ornée d'arabesques dorés et de dessins métaphoriques. A cette vision, un sourire s'esquissa sur le visage d'Ascelin, et il s'empressa de la rejoindre, soulagé de trouver enfin la sortie libératrice.
Toutefois, une chose étrange se produisit. A mesure qu'il approchait, la porte s'éloignait, comme si elle aussi cherchait à fuir.
- Non ! s'exclama le Next, la main tendue.
Il persista à continuer sa poursuite, car il se doutait que s'il la perdait de vue, son espoir de sortie disparaîtrait dans le Néant. Dans son éternelle course, il crut enfin la rattraper, mais les ombres s'accrochèrent à ses jambes et le plaqua brusquement au sol. Croyant avoir glissé, il essaya de se relever, toutefois il ne réussit à bouger, laissant alors la porte disparaître à l'horizon.
- NON ! hurla-t-il.
Il se débattit autant que possible. Ce qui ne servit à rien tant les apôtres de la folie se montrèrent nombreux et déterminés. Désespéré mais encore audacieux, Ascelin rampa au sol pour tenter de rejoindre le petit point lumineux émise par la lumière de la porte. Hélas, les ombres l'immobilisèrent, et elle finit par s'effacer.
Échec et mat.
- Pourquoi ? bredouilla-t-il. Dites-moi pourquoi ça doit se terminer comme ça ? Qu'ai-je fais de si terrible pour en arriver au point de non-retour ? Moi qui ai toujours soutenu Aiden, moi qui ai tant cherché à bâtir avec lui le monde parfait dont il rêvait. Ai-je fais quelque chose de mal ? Quelque chose qui m'incite à abandonner le combat si près du but ? Toutes ces années passées, tous ces projets maintes fois clamés... N'ont-ils désormais plus de sens ?! Pourquoi ne puis-je donc pas m'échapper ?!
« Voyons. Tu sais très bien pourquoi. La part inconsciente de ton cœur souhaite plus que tout rester ici. »
Sous le regard avide des ombres qui, désormais, effectuaient une danse macabre autour de lui, Ascelin releva lentement la tête et fixa le ciel d'une mine désespérée. Ses cheveux voilèrent ses yeux éteints, et ses lèvres, à demi ouvertes, accueillirent des larmes d'amertume.
- Alors... C'est terminé ? Pour de bon ? J'ai échoué ?
Comme si le dernier mot avait enclenché le déclic ultime, des horloges, sorties de nulle part, sonnèrent les douze coups d'un temps effacé.
« J'ai échoué ».
Ah, quelle odieuse révélation, quel infâme poison. Voilà toute une vie à servir son bien aimé qui partait en fumée. Piégé dans sa propre embûche, Ascelin peinait à conserver ses souvenirs, malgré toute sa fougue à s'y accrocher.
Ainsi, il oublia le jour où il rencontra Aiden pour la première fois, la fois où celui-ci prit sa défense, puis le soir où ils échangèrent leurs projets et leur vision du monde. Au fil des secondes, ce fut le caractère de son aimé qui s'effaça progressivement de sa mémoire : quelle était sa plus grande vertu ? Son pire défaut ? Arborait-il un sourire, ou gardait-il une attitude sérieuse ? Et puis son visage ? A quoi ressemblait-il, déjà ?
Un cri de détresse jaillit de la gorge du marionnettiste, et les mannequins en profitèrent pour l'enlacer dans des rires lugubres. Complètement anéanti, il n'y prêta aucune attention et plaqua ses mains tremblantes sur son visage embué de larmes.
- Je ne veux pas l'oublier... Je ne veux pas oublier l'homme à qui j'ai donné ma vie et mon âme !
Personne ne l'écouta.
Les buildings de son monde utopique s'écroulèrent dans de violents fracas tandis que les horloges s'enflammèrent et restèrent coincer sur la même heure pour répéter perpétuellement leurs puissants « ding-dong ». Les moqueries des marionnettes résonnèrent et se mêlèrent au vacarme pour former une symphonie insupportable. Elles continuèrent d'étreindre Ascelin, lui chuchotèrent à l'oreille des phrases inaudibles, et, enfin, l'enveloppèrent presque entièrement. Et alors que son visage s'apprêtait à se voiler pour disparaître dans les ténèbres, une voix familière retentit :
- Ascelin... Ascelin !
L'interpellé ouvrit difficilement les yeux, puis fut immédiatement aveuglé par une lumière pure et chaleureuse. Après s'y être habitué, ses yeux s'élargirent en reconnaissant la silhouette devant eux. Son cœur battit de nouveau.
A l'image d'un Dieu venu chercher son plus précieux fidèle, Aiden se tenait là, à quelques centimètres de lui, l'expression plus douce et sincère que jamais. Le halo de lumière derrière lui, lui conférait une allure divine, comme si tout à coup, le Diable s'était matérialisé en ange divin.
- C'est bon Ascelin, prononça-t-il doucement, avant de poser ses mains sur les joues de son ami. Tu peux te permettre de vivre dans un endroit comme celui-ci. Je ne t'en tiendrai pas rigueur.
- Aiden..., murmura le marionnettiste.
L'aîné sourit une nouvelle fois. Ses cheveux d'ébènes valsaient au rythme d'une douce brise et ses mains, fines et délicates, s'égarèrent dans la crinière de son cadet. A ce contact à la fois agréable et mélancolique, les perles brunes d'Ascelin libérèrent d'autres larmes qui s'écrasèrent sur la masse noire créée par les poupées.
- Pardonne-moi... Pardonne-moi Aiden !, sanglota-t-il. L'espace d'un moment, j'ai bien cru que j'allais t'oublier ! J'avais beau essayé de m'agripper, de tenir bon... Mais il n'y avait rien à faire ! Ton visage s'effaçait et...
- C'est finit maintenant. Nous resterons ensemble.
- H-Hein... ? « Ensemble » ?
- Oui, ensemble. Comme c'était prévu !
Le jeune Next n'en croyait pas ses oreilles, et plus il ressassait les paroles de son aimé, plus le sentiment de soulagement embauma son âme meurtrie.
Pourtant, une partie de sa conscience le poussait à se méfier de toute la beauté qui resplendissait de cette scène onirique. Une part inconsciente de son esprit le laissait penser que quelque chose clochait, qu'il n'était pas là pour rien et qu'il devait terminer ce qu'il avait commencé. De ce fait, il tenta de se remémorer la cause de sa venue dans cet endroit étrange et pourquoi il souhaitait tant que cela assister Aiden... Hélas, une migraine se joua de lui, et il ne put trouver les réponses à ses questions.
- J'avais une mission... Nous devions faire quelque chose, non ? Excuse-moi, ce n'est plus très clair dans ma tête...
- Mais voyons Ascelin, notre mission est terminée depuis longtemps, le rassura Aiden. Ne te souviens-tu pas de notre promesse ? Nous devions créer un monde parfait, à notre image, et nous y sommes !
A mesure que le supérieur discutait, le paysage désertique, chaotique et embrasé reprit peu à peu des couleurs chatoyantes pour se métamorphoser en une immense plaine recouverte de phlox bleues. Par la suite, des arbres gigantesques percèrent leur cage de terre pour s'élever haut dans le ciel. Enfin, le sol se fendit en deux et se transforma en une rivière.
L'Eden parfait se recréait par-delà les émotions d'Ascelin, qui ne remarquait même plus les étranges transformations de son environnement.
- Alors... C'est terminé ? demanda-t-il.
- Oui. Jamais plus tu ne souffriras, car dorénavant, c'est moi qui te protégerais, déclara Aiden, d'une voix apaisante.
Sur ces paroles, il lui tendit la main.
- Allez, viens maintenant...
Le regard d'Ascelin resta figé sur la main de son aimé, et ses joues se teintèrent d'une couleur vermeille. Rêvait-il ? Non, il ne voulait pas partir dans ce débat. Tout semblait si réel, si doux et rassurant, et dans un élan d'égoïsme légitime, il se refusa de croire que tout ce qu'il était en train de vivre, tout ce qu'il ressentait, tout ce qu'il espérait ne pouvait être une illusion.
Ainsi, il leva le bras, dirigea sa main vers celle de son aimé, la recula légèrement par crainte, puis se décida à la lui prendre pour de bon. Dès lors, la lumière les enveloppa tous les deux, et Aiden emprisonna son cadet dans ses bras, ce qui lui arracha un sourire, suivi de larmes de joie.
Pourtant, les ombres demeuraient toujours accrochées à lui, continuant de le recouvrir comme des insectes affamés sur un cadavre. Toutefois, il n'y prêta aucune attention, et il finit par être englouti.
A jamais enfermé dans un univers imaginaire, en compagnie d'un Aiden irréel, Ascelin se fit dévorer par les succubes de la folie.
Depuis combien de temps scrutait-elle ce corps endormi ? Elle ne savait plus. Le temps n'avait plus de valeur depuis qu'elle s'était réveillée.
Le meurtrier d'Ethan se tenait là, face à elle, impuissant et à sa merci, voilà tout ce qui comptait.
Lina déglutit, avança prudemment vers Ascelin et le dévisagea avec dédin. Son visage arborait une mine tiraillée, comme s'il se retrouvait en proie à un horrible cauchemar.
Il paraissait si pathétique, à l'inverse de l'image qu'il montrait quelques minutes auparavant. Et l'air de rien, l'image ravissait la veuve, qui voyait là une part de sa victoire.
Mais ce n'était pas terminé.
Oh non.
Il restait quelque chose à faire. Quelque chose qui clôturerait pour de bon l'histoire de sa vengeance.
Elle attrapa l'arme confiée par Dean, la rechargea, et la pointa sur son ennemi, prête à tirer.
Tirer.
Châtier.
Venger.
… Tuer.
Les perles noires de Lina restèrent figées sur le corps d'Ascelin, et sans comprendre pourquoi, ses bras commencèrent à chevroter malgré tous ses efforts à rester droite et calme.
Il suffisait simplement de viser le crâne, pile entre ses yeux. Exactement à l'endroit où Ethan fut touché.
Cela semblait si simple et à portée de mains... Pourtant, ses doigts se retrouvaient paralysés et incapables d'appuyer sur la détente, à l'instar d'une force invisible prête à tout pour empêcher le pire de se produire.
Elle n'y arrivait pas. Elle était bien trop faible pour endosser un poids pareil sur ses épaules. Aussi abjecte et cruelle soit la personne face à elle.
- Pardonne-moi Ethan... Je... J'en suis incapable... bredouilla-t-elle, les larmes aux yeux.
Le pistolet glissa entre ses doigts pour s'écraser dans un bruit sourd, non loin du visage d'Ascelin. Les larmes brisèrent le dernier rempart, puis coulèrent sur les joues de Lina qui se laissa tomber à genoux.
Note de l'auteur : ... T_T ASCELIN !
Je reprends : et voilà ! J'espère que ça vous aura plu et que l'attente n'aura pas été trop longue. J'ai hâte de connaitre votre avis sur le retournement de situation. Mais Ascelin quoi T_T Ça fait toujours mal d'écrire ce genre de scènes quand elles concernent un OC qu'on chérit !
Pour l'illusion, j'ai fais en sorte de jouer au maximum sur les symboles et les métaphores, et comme d'habitude, ça a été une véritable partie de plaisir :).
On se retrouve le 27 Aout pour la suite !
See ya !
