Bonjour, je me décide à garder au maximum le texte d'origine (sa trame, sa conception) et à l'améliorer avec ma plume actuelle. N'hésitez pas à me faire part de vos avis (aussi bien positifs que négatifs) et de vos éventuelles remarques sur des incohérences ou des points en particulier que vous aimez ou appréciez moins.

Bonne lecture,

Ko'


La neige ne cesse de tomber, inlassablement, telle une vénération pour ton arrivée. Elle t'a attendu et cherché, là où ses doux flocons ont pu voltiger. De son port altier, le Soleil l'a aidé à chercher là où le blanc cotonneux ne peut aller. Finalement, en ce mois où les nez rougissent, c'est en France, près de la frontière germaine, que tu es né : toi, l'élu de son cœur de glace. Tu es un alsacien, en tout cas tu vas l'être.

Le feu dévore voracement le bois dans l'âtre. Il fait froid – trop froid. Ton père, bûcheron d'une nature peu sociable et dont tu as hérité tes yeux océaniques, a cette chance que beaucoup jalousent : il a ta mère, son étoile du soir. Douce, d'une gentillesse et d'une bonté paisible, sa patience est sans aucun doute l'un des plus beaux cadeaux qu'elle ne t'a fait. Tu tiens d'elle ta chevelure, d'un bleu vert royal que j'affectionne.

Mais, de tout cela, tu n'en sais rien.

Pour toi, ce n'est qu'un 7 février, il neige comme d'autres jours identiques à celui-là. Ni vent, ni froideur ne te marquent près du feu qui crépite. Dans ta tête, il n'existe nulle vision de ta mère installée à côté de la cheminée, de ton père qui lui tient la main et l'encourage. Les sages-femmes ne sont qu'un concept abstrait dans ce portrait qui ne t'atteint pas. Bientôt, tu seras. Bientôt, elle mourra. Le médecin l'a prévenu, ses amies aussi : enfanter est bien trop dangereux pour sa constitution chétive. Toutefois, toi qu'elle n'a jamais vu, elle t'aime d'un amour infaillible

Pour elle, il y a de l'espoir. Pour elle, il y a ton père. Pour elle, il y a sa destinée.

Les secondes ont dansé. Les minutes ont joué. Les heures ont chanté. Le corps de ta mère la trahit, alors que le jour suivant s'approche dangereusement. Ton père serre dents et poings tandis que le souffle maternel s'extirpe une dernière fois des lèvres aimées. Tu n'es pas celui que son cœur réclame. Accablé au sol, il te dénigre pour l'être sans vie au visage qui baigne, par-delà le sang, dans une complaisance et un calme souverain.

Il sort. La neige l'accueille et le remercie. Tu es né ! Et elle le fête dans des tourbillons joyeux. Lui, il ne voit que la forêt qu'il l'attire dans un chuchotis sinistre. Il s'y enfonce, encore et encore. Il ne reviendra jamais. La glace du lac, où il a demandé la main de sa douce, le libéra des mois plus tard. Il est aujourd'hui enterré auprès de son étoile. Ensemble pour toujours, voilà ce qu'ils furent, sont et seraient.

Un saint a senti ton cosmos. Lui qui a appelé la neige, lui qui a appelé ta destinée, lui qui a appelé en un avenir meilleur. A toi Camus, à toi mon chevalier des Glaces, à toi qui est mon unique. Il est venu te récupérer et t'emmener en Grèce. Tu n'as pas rejoint le sanctuaire en un jour. Notre confrère sait que ton petit être enfantin a vu le jour pour une armure d'or. Par-delà ton cosmos, ton regard à l'étincelle si vive et assoiffée de connaissance le certifie.

A peine âgé de quatre mois et un jour de plus que toi, j'ai senti l'appel de ton cosmos ce jour enneigé. Le mien t'a répondu, cependant, nous étions bien trop éloignés l'un de l'autre. A tes un an, nous nous sommes vu en vrai pour la première fois. Personne n'a réussi à comprendre pourquoi ou comment nous l'avons fait alors que nos cosmos se sont liés. Il n'existe en cette vie ni pouvoir, ni magie, ni objet capable de couper, ébranler, détruire, anéantir ou affaiblir ce lien. La distance, les saisons, les dieux, nos maîtres, notre avenir ne sont rien pour nous.

Il n'y a que toi. Il n'y a que moi. Il n'y a que nous.

Pendant cinq ans, nous sommes restés ensembles de notre rencontre à ce jour funeste. L'armure du Verseau exige un entraînement lointain en Sibérie. Je me suis tais et laisser emmener sur l'île de Milo. Il ne reste qu'entre nous l'union de nos cosmos. Je sens ta présence rafraichissante en moi sans pouvoir t'atteindre réellement.

Fort. Puissant. Inébranlable. Surhumain. Inhumain. Inatteignable. Nous devons l'être, en tout cas en apparence. Je deviens tous cela et plus, pour toi, pour moi, pour nous. A mes treize ans je revêts avec enthousiasme et joie mon armure. J'apprends de la bouche même du pope que ton tour est proche. Encore un peu et on pourra enfin se retrouver.