Disclaimer : Hormis mes OCs, les personnages et l'univers de TIGER&BUNNY appartiennent aux studios Sunrise
Bêta-Lectrice : La fabuleuse Sayuri-Geisha
Hello hello ! Vous avez passé une bonne rentrée/reprise j'espère ? Voici le chapitre 45 de La Triste Mascarade. Un chapitre qui marque un grand tournant dans l'histoire ! Je ne vous en dis pas plus et vous souhaite une bonne lecture !
Chapitre XLV : Dois-je ôter le masque ?
Vingt minutes, peut-être trente à tout casser. Pas une seconde de plus ne s'était écoulée depuis l'arrivée des renforts. Pourtant, sous terre, Lian-Hua et Lina eurent l'impression d'attendre pendant des heures le final de l'orchestre macabre causé par les cris et les coups de feu. Le temps perdait toute notoriété dans des moments pareils, et la seule chose qui restait à faire était d'attendre que tout cela csse.
Les mains jointes, Lina priait de toutes ses forces pour que le Destin épargne Dean et Walter, et qu'elle puisse les retrouver sains et saufs une fois la bataille terminée.
Ce désir ardent de revoir ses collègues en vie, alors que des innocents mourraient au nom de leur patrie portait le doux nom d'« égoïsme ». Cependant, trop préoccupée à s'inquiéter du sort des deux enquêteurs, la veuve ne souhaita pas s'attarder sur ce détail.
Plus que des collègues, Dean et Walter étaient des amis chers à ses yeux.
De son côté, Lian-Hua observait silencieusement son alliée, elle aurait souhaité la rassurer, mais les mots restaient coincés dans sa gorge, comme si elle-même doutait des propos qu'elle s'apprêtait à prononcer.
« Faites qu'il y ait le moins de morts possible... », pensa-t-elle.
Espoir niais et futile. Son intuition lui murmurait à l'oreille de ne pas trop se bercer d'illusions au risque d'en ressortir déçue.
Quand donc ce cauchemar prendrait-il fin ? Quand sonnerait le clairon de la conciliation ? Peut-être était-elle trop naïve pour espérer qu'un tel changement se produise à son époque ?
La frustration au cœur, elle leva la tête pour fixer le plafond et s'adressa une prière qu'elle transforma en décision : si la chance se rangeait de son côté, et qu'elle parvenait à sortir vivante de cette épreuve, alors elle ferait en sorte de changer les mœurs de la société.
Cela devait cesser. Il était temps de régler, une bonne fois pour toutes, le conflit qui opposait les Next et les Humains.
Tandis qu'un sourire de satisfaction se dessina sur les lèvres de la chinoise, des bruits de pas résonnèrent, soudain, dans le couloir, forçant les deux femmes à se regarder.
- Vous croyez que c'est la police ?! s'emporta Lina.
- C'est envisageable, mais ça peut être aussi des Next..., avertit Lian-Hua, suspicieuse.
Si ce dernier point était véridique, alors elles se retrouveraient dans une bien mauvaise posture, surtout si les ennemis remarquaient l'état pitoyable d'Ascelin.
De ce fait, Lian-Hua se mit en position d'attaque et entreprit de protéger Lina malgré l'inutilité de son pouvoir pour ce genre de situation. Silencieuses, elles attendirent. Les bruits de pas s'accélèrent et se rapprochèrent de plus en plus, se mêlant à des mots imperceptibles. Les mots s'entremêlèrent, sans pour autant qu'elles ne parviennent à les comprendre. Les doigts de la chinoise commencèrent à trembler sous le poids de la peur au moment où, enfin, trois ombres se dessinèrent sur le seuil de la porte.
Et au moment où la crainte voulut s'emparer des deux femmes, l'ombre de la peur se transforma, d'un coup, en une lumière rassurante et réconfortante. En effet, il ne s'agissait pas d'ennemis, mais bien d'alliés, et de taille :
- Dragon Kid ! Origami Cyclone ! Wild Tiger ?! s'écria Lina.
Les interpellés les dévisagèrent de haut en bas. Pas qu'ils s'étonnaient que l'une d'elles connaissait leur nom de Héros, néanmoins ils n'étaient à l'abri de rien. Tout à coup, leur regard se posa sur l'homme, allongé derrière elle, et qui semblait totalement affaibli, voire mal en point. En étaient-elles à l'origine ?
Tandis qu'ils demeuraient sur leurs gardes, Lian Hua décida de prendre les devants pour prouver leur innocence :
Nous ne sommes pas vos adversaires, nous ne voulons aucun mal. Nous sommes rattachées à l'inspecteur Dean, vous devez certainement le connaître.
- Hum et qu'est-ce qui nous le prouve ? questionna Pao Lin, l'arme toujours brandie devant elle.
- Ceci.
A son tour, Lina prit la parole et s'approcha pour leur montrer le révolver qu'elle conservait à son bassin. A cette vision, les Héros eurent d'abord un mouvement de recul, prêts à se défendre, cependant ils réalisèrent très vite qu'elle ne comptait pas s'en servir contre eux. En bon vétéran, Kotetsu se dirigea vers elle et regarda l'arme à feu de plus près. Après inspection, il hocha la tête ; elle ne mentait pas, il reconnaissait le flingue de tous les policiers présents en haut.
- Et qui est cet homme alors ? questionna Ivan, qui s'inquiétait de son état.
- C'est Ascelin, répondit Lian-Hua. Il est l'un des tortionnaires de Blue Rose.
Les Héros sursautèrent à cette révélation, et fixèrent avec dégoût, puis haine, le bourreau devenu victime.
- Comment ça ?! Expliquez-vous ! s'exclama Wild Tiger dont les pensées confuses commençaient à faire monter la colère en lui.
- On vous expliquera plus tard, pour le moment il faut sauver Barnaby et Blue Rose, ils sont en danger ! le coupa Lian Hua.
Les mots provoquèrent un choc électrique aux trois sauveurs.
- Vous savez où ils sont ?! Dites-le nous ! s'emporta le Tigre, qui ne tenait plus en place.
- Oui, suivez-moi, dit la chinoise, avant de se tourner vers Lina. Reste ici, surveille Ascelin, même si je doute qu'il puisse s'enfuir maintenant.
La jeune femme acquiesça sans prononcer un mot. Elle souhaita bonne chance aux Héros et à son amie, et les regarda s'éloigner en direction de la salle de torture. Dès qu'ils disparurent au détour d'un coin, elle soupira, et ses pupilles s'attardèrent sur le corps meurtri du meurtrier de son mari. Un mélange de dégoût et de ressentiment se formèrent dans ses iris, et elle serra les poings à la vue de son état pathétique. Inconscient de ce qui se passait autour de lui, Ascelin fixait toujours le même point invisible et murmurait des phrases imperceptibles, laissant échapper, par moment, des petits gloussements. Dans sa position, il ressemblait à un enfant insouciant, dont le seul plaisir se résumait à s'enfermer dans ses rêves les plus fous.
Jamais il ne se réveillerait.
Lian-Hua faisait de son mieux pour se rappeler du chemin menant à la salle de torture. De ses souvenirs, cette pièce se tenait au centre du labyrinthe souterrain, tel un endroit mystérieux et fascinant, uniquement accessible pour les plus courageux et téméraires... Du moins s'ils n'étaient pas élevés au rang de victime.
Il avait été difficile pour elle de dissimuler son dégoût le jour où Aiden l'avait conduit, en compagnie d'Itsuki, dans cette pièce. Et depuis ce jour, elle avait fait de son mieux pour rayer de sa mémoire, l'image des instruments rouillés et sales, de l'odeur nauséabonde des lieux, et surtout du sourire en coin dessiné sur les lèvres des hommes présents avec elle.
Hélas, aujourd'hui, pour sa première journée de liberté, elle devait se remémorer cet instant qui l'avait secouée, et ce pour mener les Héros vers Barnaby et Blue Rose, les sauver avant qu'il ne soit trop tard. De plus, elle se doutait bien Wild Tiger, Origami Cyclone et Dragon Kid demeuraient encore un tant soit peu suspicieux à son sujet.
Bien décidée à ne pas se laisser abattre, elle emprunta plusieurs couloirs tout en restant concentrée sur les souvenirs liés au chemin. Elle reconnut certains détails, puis, après quelques minutes d'errance, ses lèvres s'étirèrent pour dévoiler un sourire satisfait : la porte d'entrée de la salle de torture se tenait devant eux.
- C'est ici ?! demanda Ivan.
- Oui, affirma Lian-Hua. Normalement, Blue Rose et Barnaby sont...
Mais Kotetsu ne lui laissa pas le temps de terminer sa phrase et ouvrit brusquement la porte avant de hurler le nom des deux concernés. Cet acte impulsif et dangereux arracha à la chinoise une expression blasée, tandis que les deux autres Héros s'empressèrent de le rejoindre.
La vision de l'intérieur de la salle leur glaça le sang, surtout lorsque leur regard se posa sur les divers instruments macabres accrochés au mur. Néanmoins, un autre détail attira leur attention et souleva chez eux des interrogations ; des stalactites et stalagmites jonchaient les murs et le sol à divers endroits, tandis que l'air semblait s'être rafraîchi à cause des flocons qui y voletaient avec légèreté. De la glace sous terre. Il n'existait qu'une seule possibilité à cette incongrue situation. Enfin, la crainte se métamorphosa en soulagement quand ils aperçurent Karina et Barnaby un peu plus loin. Vivants.
Des regards s'échangèrent dans un mutisme incompris, sans que personne n'ose faire le premier pas. Dans l'atmosphère glauque et malsaine des lieux, le souffle saccadé des Héros perça le mur du silence, et vint se mêler à la respiration haletante de Blue Rose et Barnaby, encore sidérés par cette vision inattendue.
- V-Vous... ?! balbutièrent en chœur Barnaby et Karina.
Wild Tiger demeura un moment figé sur l'image des deux prisonniers, perdu dans ses pensées. Ses pupilles s'attardèrent un moment sur son coéquipier de toujours, et son cœur se compressa dans sa poitrine en remarquant son état bien amoché. Certes, il avait connu pire et il semblait passer au-dessus de ses blessures, cependant à la vision de ses nombreuses brûlures, et des multiples bleus, Kotetsu ne pouvait réfréner son sentiment de honte et de culpabilité. Il se doutait très bien de la souffrance qu'il avait dû endurer quelques heures plus tôt, et par conséquent, il se sentait lâche, inutile. Il détourna donc le regard, et serra le poing. Que n'aurait-il pas donné pour empêcher ces tortures, pour les sauver à temps. Quel incapable !
Non loin des deux victimes se trouvait une porte, qui, au vue de leur position, laissait penser qu'ils comptaient la prendre pour quitter la pièce.
Dans quel but ? Ou donc comptaient-ils se rendre dans leur état ? Recherchaient-ils une sortie ? Une cachette pour échapper à leur bourreau ?
Non. Ils paraissaient un peu trop calmes pour ce dernier point. Sous le choc, certes, mais calmes tout de même.
Peu après, les iris du Tigre glissèrent sur Blue Rose pour l'observer plus en détail. Cette Blue Rose qui était devenue sa priorité numéro une, cette héroïne qu'il avait cherché à rattraper dans l'espoir puéril de pouvoir se faire pardonner, et se guérir de sa culpabilité. Il resta ainsi à la regarder sans un mot. Et les questions s'évaporèrent, le doute disparu, pour laisser fleurir un sentiment de satisfaction : elle était saine et sauve.
- Karina... Barnaby..., prononça-t-il en s'avançant vers eux. Je suis heureux de vous revoir !
Tandis que Barnaby affichait une mine perplexe à l'entente de la dernière phrase, le visage de la Rose s'empourpra. Elle ne se serait jamais attendue à retrouver Wild Tiger ici. Si bien qu'un petit sourire en coin s'esquissa sur ses lèvres : décidément, ce Héros parvenait toujours à la surprendre.
- Je suis tellement soulagée, Blue Rose ! s'exclama Pao-Lin, les larmes aux yeux.
L'interpellée sentit le feu lui monter aux joues au moment où les bras de Dragon Kid l'emprisonnèrent dans une étreinte amicale. Son sourire s'élargit à ce contact rassurant, et elle caressa tendrement les cheveux de sa cadette, heureuse de la revoir après tout ce qu'elle venait d'endurer.
- Barnaby, vous êtes blessés ?! demanda Origami Cyclone à la vue de toutes ses blessures.
- Ne t'en fais pas pour ça, ce n'est pas grand chose, mentit-il, procurant à Karina un pincement au cœur. Nous sommes heureux de vous voir ici, mais l'heure n'est pas aux retrouvailles !
- Que se passe-t-il ? questionna Kotetsu.
- Leur chef s'est enfui, il faut le rattraper où il...
Barnaby se stoppa dans ses explications lorsque ses émeraudes remarquèrent une forme, à côté d'Ivan, qu'il ne connaissait pas. Il n'avait toujours pas récupéré ses lunettes depuis son enlèvement, et il lui était difficile d'analyser cette silhouette inconnue.
- Ne vous inquiétez pas, je suis de votre côté, rassura Lian-Hua. Je fais équipe avec les inspecteurs Dean, Walter et Lina. Vous les connaissez n'est-ce pas ?
- Qui êtes-vous ? demanda Barnaby, méfiant.
- Je me nomme Lian-Hua. Mon histoire serait beaucoup trop longue à raconter, mais sachez que je connais celui qui vous a fait du mal : Il se nomme Aiden J. Howards, et il s'avère que je connais aussi son point faible, ainsi que ce labyrinthe souterrain.
Tour à tour, les Héros se regardèrent sans savoir quoi se dire, suspicieux des propos de Lian-Hua. Pourtant, l'heure n'était plus aux doutes, ni aux interrogations. Ainsi, et presque à contrecœur, ils finirent par acquiescer d'un signe de tête. Karina expliqua qu'elle avait vu le dénommé Aiden s'enfuir par la porte située à l'autre bout de la pièce. C'est ainsi que la chinoise partit devant, suivie par les Next.
Les pas d'Aiden résonnaient dans le corridor qu'il venait d'emprunter, sans qu'aucune présence ne vienne lui porter secours. Pour la première fois de sa vie, il fuyait. Et de manière bien pathétique.
Les échos de sa respiration haletante s'écrasaient contre les murs pour lui renvoyer son misérable état à la figure. Pourtant, même si ses poumons commençaient à lui brûler la poitrine et à rechercher un tant soit peu d'air, le Next ambitieux se refusa de prendre une pause. Ses yeux glissèrent continuellement de gauche à droite, à la recherche d'une sortie quelconque, ses dents pincèrent ses lèvres tremblantes, et sa gorge recracha plusieurs toussotements liés à la fatigue, ce qui l'obligea, finalement, à s'arrêter pour reprendre son souffle.
Sa respiration s'apparenta à un sifflement aigu, et des picotements dans son bras droit lui arrachèrent une expression agacée. La douleur le rappela que dans sa course folle, sa manche avait été arrachée par un obstacle et son bras violemment écorché, laissant couler derrière lui quelques gouttes de sang.
« C'est pas vrai ! » pensa-t-il, honteux d'avoir laissé passer cela.
Pourquoi n'avait-il pas remarqué ce détail plus tôt ? Les tâches pourpres trahiraient sa position, et on finirait par le retrouver. Le rattraper. Inévitablement.
Alors, dans un élan de désespoir, il arracha complètement sa manche, et se servit du tissu déchiré pour panser sa blessure, sans se soucier de son état pitoyable.
Après avoir serré au maximum son bandage, il prit une profonde inspiration, glissa sa main dans ses cheveux pour bien les remettre en arrière, et jeta un œil derrière lui pour s'assurer de sa solitude.
A son grand soulagement, il ne remarqua personne, et reprit son chemin, tiraillé par l'horrible sentiment de honte qui lui tortillait les entrailles.
Cela faisait plusieurs minutes que les Next couraient après Aiden, sans pourtant le retrouver. Heureusement, ils remarquèrent très vite des gouttes de sang éparpillées sur le sol, ce qui leur permit de suivre les traces de leur ennemi facilement. Toutefois, leur chance fut de courte durée, puisqu'ils arrivèrent à une intersection. Les héros se regardèrent tous à tour de rôle, et hochèrent la tête d'un accord commun.
- Nous ferions mieux de nous séparer pour avoir une chance de le rattraper, dit Lian-Hua, ne faisant ainsi que confirmer la pensée de chacun. Si nous sommes rapides, nous pourrons le piéger.
Ils acquiescèrent, et deux équipes se formèrent aussitôt ; d'une part Karina, Barnaby et Kotetsu, de l'autre Ivan, Pao-Lin et Lian-Hua.
Cependant, une question trottait dans l'esprit du Tigre :
- Vous disiez connaître son point faible... Quel est-il ?
- J'en viens, répondit l'asiatique en se tournant vers lui. Tout d'abord, sachez que le don d'Aiden est assez... ironique pour un Next comme lui : il peut ôter le pouvoir de ses ennemis pour une durée indéterminée.
A l'entente de l'information, Karina baissa la tête et ne put s'empêcher de se remémorer cette nuit de novembre où tout avait commencé. Quand son bourreau lui avait annoncé qu'elle ne serait plus capable d'utiliser ses capacités, la réduisant ainsi au statut d' « humaine faible et inutile », son monde s'était détruit sous ses pieds. Et bien qu'au début elle se refusa d'y croire, elle avait dû admettre la terrible vérité.
Dans ses pensées, elle glissa son regard attristé sur ses mains. Ces mêmes mains qui avaient lancées, de manière imprévue, des blocs de glace, sauvant ainsi Barnaby.
Son pouvoir lui était revenu, pour une raison qui demeurait encore floue.
Dans tous les cas, elle devait en profiter, au moins pour stopper l'homme dangereux... pour se venger.
- Cependant, son don s'avère à double tranchant, continua Lian-Hua.
- Pourquoi ? interrogea Origami Cyclone.
- Parce qu'il ne peut l'utiliser qu'une seule fois en vingt-quatre heures.
- C'est donc pour ça qu'il nous fuit, il n'a plus aucun moyen de défense.
Les Héros se tournèrent vers l'auteur de la dernière phrase, consternés. Les bras croisés et le regard fuyant, Barnaby ne prononça rien de plus, laissant comprendre à ses anciens collègues le double sens de sa « révélation ».
- … Non ! s'exclama Pao-Lin, en plaquant une main sur ses lèvres.
- C'est donc pour ça les bleus et les brûlures ?! comprit Kotetsu.
Le concerné se mordit les lèvres et sentit la gêne s'emparer de lui. Tous ces regards braqués sur lui le renvoyèrent à son impuissance, à son état lamentable qu'il chercha à dissimuler depuis leurs retrouvailles. Pourtant, une présence non loin de lui l'encouragea à ne pas se laisser abattre, à tenir bon et à relever la tête. Instinctivement, il tourna la tête en direction de Blue Rose, qui la regardait avec conviction, mais aussi avec une pointe de compassion.
Au moins, elle se trouvait là, saine et sauve, à ses côtés, et c'était tout ce qui comptait, au final.
- Es-tu certain de vouloir nous accompagner dans ce cas ? demanda le Tigre. Dans ton état, tu risques de...
- Ça ira, le coupa Barnaby. Blue Rose a retrouvé son pouvoir, elle. Donc je n'ai rien à craindre.
La jeune femme sentit ses joues rosir à l'entente de ces mots. Si bien qu'un sourire en coin, empli de fierté, se dessina sur son visage. C'était tellement agréable de savoir que quelqu'un comptait sur elle, qu'il lui accordait sa confiance.
- Bon, on y va ?! s'impatienta Lian-Hua.
Les Next acquiescèrent d'un hochement de tête. C'est ainsi que les deux équipes partirent dans une direction, prêtes à en finir une bonne fois pour toutes.
Sans chercher à se retourner, Aiden continuait sa course effrénée, avec pour seul but de sortir de sa base. Dans les allées souterraines qu'il traversait, le souffle coupé, une mauvaise impression se joua de lui : ses hommes venaient à peine de débuter la construction de ces couloirs. De ce fait, les murs et le sol s'avéraient plus boueux que d'habitude, et surtout plus fragiles. Pour sa sécurité, il valait mieux ne pas s'y attarder.
Ses pieds s'enfoncèrent à plusieurs reprises dans la boue, salissant par la même occasion ses chaussures et son pantalon. Des particules de poussières se déposèrent ensuite sur ses joues, de base si blanches, pour lui conférer une allure dégradante.
Le Destin voulait lui faire payer son orgueil et son arrogance. Lui qui avait toujours fait en sorte d'entretenir son image d'homme parfait, voilà qu'aujourd'hui, ses magnifiques vêtements se retrouvaient souillés, déchirés, ensanglantés.
Oui, Aiden J. Howards n'avait plus rien du charismatique conquérant en quête d'égalité, il en était réduit à fuir comme un rat sa propre cachette secrète, apeuré par la simple idée d'être retrouvé, arrêté, enfermé...
…Tué.
« Non ! Non, ça ne peut pas se finir comme ça ! Pas moi ! », pensa-t-il, hors de lui.
Sous le poids de l'effroi, ses jambes peinèrent à le maintenir debout, si bien qu'en heurtant un obstacle, il finit par tomber misérablement au sol.
« Merde Aiden ! Que fais-tu ? Que t'arrive-t-il ? Reste calme ! Cette attitude ne te ressemble pas ! », se dit-il avant de se relever.
S'il ne se trompait pas, une échelle menant à la surface se tenait à quelques mètres de sa position. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'il avait favorisé le chemin de droite plutôt que celui de gauche. En effet, bien qu'ils menassent tous deux au même endroit, le premier s'avéraient plus rapide malgré les embûches et le risque de voir les environs s'écrouler au moindre choc.
Il ne pouvait pas flancher si près du but. Surtout pas.
Avec conviction, il accéléra sa course malgré la douleur qui lui tailladait le bras, malgré la boue qui le ralentissait, malgré la fatigue qui commençait à se jouer de lui.
Non, il ne fallait pas faiblir.
La communauté Next comptait sur lui. Itsuki Shirow lui avait accordé sa plus grande confiance. Et ses hommes ! Tous leurs espoirs reposaient sur lui ! Il ne pouvait les décevoir, les abandonner.
Soudain, un éclair de lucidité stoppa sa course, et ses iris se perdirent sur un point imperceptible.
« Ses hommes ».
Que faisaient-ils en ce moment ? Se battaient-ils en son nom ? Fuyaient-ils, eux aussi ? Que se passait-il au juste de leur côté ? Et Ascelin ? Allait-il bien ?
Face à ces questions perturbantes, Aiden déglutit avec difficulté, et sentit un profond sentiment de tristesse le paralyser.
Une fois dehors, une fois sauvé, qu'adviendrait-il de ses plus fidèles compatriotes ? Et lui ? Que pourrait-il bien faire sans eux ?
Bien sûr, il allait se retrouver seul, sans aucun soutien. Humilié et désabusé. Plus personne ne lui accorderait sa confiance, jamais plus il ne retrouverait une armée capable de rivaliser avec la sienne.
Quel idiot.
- C'est fichu. Tout est perdu. J'ai perdu, murmura-t-il.
Exténué, il ôta son masque, qu'il avait conservé jusque là.
Fallait-il encore se battre dans cette situation ? Est-ce que la vie valait vraiment la peine d'être vécue si on se retrouvait sans rien ? Même s'il parvenait à s'échapper vivant, Itsuki Shirow le renierait, et ce quoiqu'il fasse pour se racheter.
Et ses sujets... Ah, ses sujets.
Qui donc suivrait un lâche comme lui ? Il se doutait bien, en y repensant, que le brouhaha entendu un peu plus tôt cachait en réalité une probable attaque. Peut-être celle des Héros, justement.
La roue ne tournait plus en sa faveur.
- Aiden J. Howards !
La voix féminine qui venait de prononcer son nom lui glaça le sang, et un souffle froid le poussa à se retourner hâtivement. Il évita de justesse une attaque de glace, et posa le regard sur les trois nouveaux arrivant pour leur adresser une expression emplie de dédain.
- Wild Tiger, Barnaby Brooks Jr., et Blue Rose... Évidemment.
En position d'attaque, prêts à l'assaillir à tout instant, les nommés fixèrent durement l'homme, restant attentif sur ses moindres faits et gestes.
- Je ne pensais pas que vous réussiriez à me rattraper. Je dois vous avouer que je suis assez surpris, prononça Aiden, en essayant de conserver une attitude calme.
- C'est terminé Aiden. Rends-toi ! ordonna Kotetsu.
- Me rendre ? ricana-t-il. Dans quel but ?
Un ricanement perçant résonna aux alentours, et sous le regard méfiant des Héros, Aiden s'esclaffa pour une raison que lui seul comprit. Dans sa courte démence, il plaqua la main sur son visage et continua de rire un bon moment, plus fort.
Pensaient-ils vraiment l'arrêter ? Croyaient-ils vraiment le stopper dans son ascension merveilleuse ? Oh non. Il ne se laisserait pas faire, il ne laisserait personne le rabaisser une nouvelle fois.
Alors, dans un élan de folie, il se saisit de son katana, celui dont il s'était servi pour déshabiller Barnaby, et se jeta sans réfléchir sur Karina. Cette dernière eut le réflexe d'user de son don pour le repousser : des stalactites le jetèrent violemment contre le mur. L'impact fut si puissant que quelques cailloux tombèrent du plafond et s'écrasèrent au sol.
A quoi pensait-il ? Était-il à ce point désorienté pour oser penser pouvoir s'en sortir de cette manière ?
Bien trop arrogant pour admettre son échec imminent, l'homme se releva, pointa son arme vers Barnaby, et lui adressa des menaces derrière un sourire aliéné. Cependant, il eut à peine le temps d'accourir vers lui que des pics de glaces lui transpercèrent l'épaule et la jambe, le faisant tomber à genoux.
Dans un hurlement de douleur, il injuria Blue Rose avant de se relever -non sans difficulté- et s'adossa au mur, un filet de sang au coin de la bouche. Sa condition actuelle le rendait encore plus pitoyable.
- Je vous maudis ! Du plus profonds de mon être !, vociféra-t-il, en proie à la fureur. Vous ne comprenez rien ! Vous ne voyez rien ! Stupides moutons corrompus par la société ! Continuez de servir ces êtres inférieurs ! Continuez de croire en vos idées puériles ! De toute manière, même en m'éliminant, Ouroboros perdura, et ce jusqu'à la fin des temps ! Le monde est régi par une roue éternelle qui tourne en votre défaveur !
- C'est faux ! le coupa Karina. Qu'importe si Ouroboros continue ses manigances et si l'organisation renaît encore et encore. Nous serons là pour l'arrêter et stopper un moment cette roue dont vous parlez ! Et ce pour l'éternité s'il le faut !
L'intonation de sa voix reflétait clairement toutes ses convictions, ses projets et ses rêves les plus fous, ce qui arracha à Kotetsu et Barnaby une expression sidérée. De son coté, Aiden sentit la rage monter en lui, prête à le manipuler comme une vulgaire marionnette. Toutefois, au même instant, un bruit derrière lui le fit se retourner, et son visage se décomposa à la vue des trois nouveaux venus, plus particulièrement d'une.
- Comme on se retrouve, Aiden, prononça calmement Lian-Hua.
- Non... Pourquoi es-tu avec eux ?! C'est impossible ! Lian-Hua, qu'est-ce que ça signifie ?! s'emporta Aiden.
Un bruit sourd, causé par l'environnement qui commençait à s'effondrer, empêcha la chinoise de répondre. Dans l'espoir vain de s'échapper, Aiden profita de ce moment d'inattention pour longer le mur et s'éloigner de ses ennemis. Dragon Kid fut la première à le remarquer, si bien qu'elle décida d'user de son pouvoir électrique pour le paralyser. Malheureusement, le sol tremblant la fit trébucher, et les éclairs s'écrasèrent sur le plafond. L'attaque fut si puissante que de gros rochers tombèrent au sol, formant alors un mur artificiel, emprisonnant Aiden entre deux murs.
- Merde ! s'écria Kotetsu.
Il s'avança vers l'énorme pierre, actionna son pouvoir, puis tenta désespérément de libérer le Next. Hélas, d'autres rochers vinrent s'entasser devant le vétéran, et l'empêchèrent de mener son projet à terme.
- Kotetsu ! Allons-nous en ! s'exclama Barnaby en le tirant par le bras.
- Mais il faut le sortir de là ! rétorqua le Tigre.
Les murs se brisèrent, une bonne partie du plafond tomba, et Kotetsu peina à se débarrasser des obstacles qui retenait prisonnier leur ennemi. A chaque rocher enlevé, d'autres s'en remettaient, et bien qu'il essaya de tenir bon, de ne pas laisser tomber, il dut se résigner à abandonner quand ses collègues le forcèrent à s'éloigner, auquel cas il se serait retrouvé sous les décombres, à son tour.
- C'est trop tard Kotetsu... Il faut partir, ou nous aussi, nous serons ensevelit ! s'exclama Karina, bouleversée.
Wild Tiger resta figé un instant sur les décombres. Il serra les poings lorsqu'il comprit que c'était peine perdu, et finit par se résoudre à abandonner Aiden J. Howards à son sort. Désemparé, il lâcha une injure que lui seul entendit, puis emprunta l'échelle un peu plus loin menant à la sortie. Les autres le suivirent en vitesse. Une fois à l'extérieur, ils se sentirent soulagé de sentir le vent frais de la nuit hivernale caresser leur visage.
Ils étaient enfin dehors.
Prisonnier de sa cage rocheuse, Aiden essaya de déplacer les pierres pour se creuser une sortie.
En vain. Il ne s'en tira qu'avec des mains écorchées.
« Non... C'est fichu... », se dit-il.
Affaibli et anéanti par cette conclusion, Aiden s'abandonna au désespoir et se laissa tomber dans la boue pour fixer le plafond. Lui et ses hommes étaient partis faire une rébellion qui n'aura duré qu'une année. Une simple année. Une année d'efforts et de sacrifices pour en arriver à un tel dénouement.
Ils partaient changer le monde. Ils rêvaient d'égalité, et d'un matin de lumière qui ne se lèvera jamais.
Dans cette base souterraine, habité d'un espoir innocent, des Next ambitieux et déterminés prirent les armes, et étrangement, les mots brûlants qu'ils chantèrent à la gloire de leur chef revinrent à la mémoire de ce dernier. Cet enfant gonflé d'idéal qui se croyait capable de tout, ce Héros d'un peuple sans uniforme, qui se voyait déjà au sommet d'une nouvelle ère, d'une époque qui aurait connu l'ultime bénédiction, ne laissera que des adeptes en larmes, sans faire avancer les choses.
Rien ne changera.
Ô, parias de la société, gardez vos pleurs, votre rage et vos doutes.
Gardez vos prières puisque personne là-haut n'écoute.
Les vainqueurs resteront les mêmes, et il en va de même pour les perdants.
Non, rien n'a changé, rien ne changera jamais.
Voilà le cercle vicieux du monde, l'Ouroboros d'une misérable existence. C'est un manège qui tourne, tourne, tourne et n'accueille que les hommes insipides et obsédés par la normalité.
Alors que des larmes d'amertume picotèrent ses iris, un bruit sourd retint son attention.
Et il comprit.
Il comprit que sa dernière heure allait sonner.
Il comprit que ses rêves de grandeur ne se réaliseraient jamais.
Il comprit que tout ce temps à se battre, à espérer, à persévérer, n'avait fait, au final, que causer sa perte.
Il comprit que c'était la fin.
En effet, un énorme rocher se décolla brusquement du plafond puis s'effondra violemment sur lui.
A cet instant, la dernière étincelle de vie qui subsistait encore dans le regard d'Aiden J. Howards s'éteignit. Il ne laissa derrière lui qu'un voile de terreur peint sur son visage.
Les nuages dans le ciel encadraient parfaitement la lune, divine spectatrice du monde, lorsque Lian-Hua reconduisit les Héros jusqu'au parking principal. Wild Tiger en profita pour expliquer la situation à Barnaby et Karina, sans omettre le fait qu'une bataille sanglante avait débutée depuis leur arrivée. Retournés, ils s'échangèrent un bref regard, finirent par refouler leurs craintes pour voir de leurs propres yeux.
Il flottait dans les environs une odeur nauséabonde, et une atmosphère morbide : les sirènes bicolores des véhicules policiers éclaircissaient les environs, renvoyant comme des projecteurs l'horrible tableau qui se présentait devant les Héros.
Des cadavres jonchaient le sol artificiellement écarlate. Des corps de policiers, de Next. Qu'importe leur rang, leur visage arborait tous une expression mêlant à la fois rage et dégoût.
Karina observa la scène avec un haut le cœur. Elle plaqua rapidement une main sur sa bouche quand ses yeux se posèrent sur une dépouille démunie de ses membres.
Épuisée, horrifiée, déstabilisée, Dragon Kid peina à retenir des larmes de répulsion face à un tel spectacle. Une violente toux lui agressa la gorge, faisant remonter la bile le long de son estomac, toutefois, elle refusa de détourner le regard.
Sous l'expression attristée d'Origami Cyclone, qui peinait à se contenir, l'adolescente sanglota silencieusement, terrifiée à l'idée de penser qu'un tel carnage s'était produit si récemment et rapidement.
Lian-Hua, elle, préservait un masque d'indifférence, bien que mille et une questions ne cessèrent de tourner en continue dans son esprit, tiraillée par ce que ses yeux voyaient.
Tout ce sang versé, tout ce temps de perdu, toute ces vies fichues. Et dans quel but au juste ? Pourquoi ? Qui était responsable d'un tel désastre ? Les Next ? Les Humains ? Non, aucun des deux. Toutefois, une part inconsciente de chacun des deux partis ne pouvait s'empêcher de se demander si l'un d'entre eux aurait pu éviter cette catastrophe.
Kotetsu et Barnaby balayèrent du regard les alentours, essayant d'éviter du mieux que possible la sanglante peinture qui se dressait devant eux. Au bout de quelques secondes, l'attention de Barnaby se posa sur les véhicules de police : des policiers tenaient en joue des Next blessés et affaiblis pour les conduire de force dans des fourgons, tandis que d'autres se chargeaient de ligoter ceux ayant perdu connaissance. Les forces de l'ordre se hâtaient d'arrêter leurs ennemis, et bien que certains n'hésitaient pas à clamer la grandeur de leur race, personne ne souhaita y prêter grande attention.
- Vous revoilà..., prononça une voix qu'il connaissait.
Pris au dépourvus, les deux Héros se tournèrent vers l'auteur de la phrase dans un sursaut. Avec une expression à la fois fatiguée, accablée et attristée, l'inspecteur Dean Crowel les fixait sans un mot.
- Inspecteur ! s'exclamèrent en chœur Kotetsu et Barnaby.
- Je suis... soulagé de constater qu'au moins, vous avez pu vous en sortir vivant, souffla le nommé. On ne peut pas en dire autant de mes collègues...
Les Héros ne surent quoi répondre à cela, laissant le malaise s'installer en eux.
- Ne le prenez pas comme une atteinte personnelle, rassura Dean. Je savais bien que ce combat ferait des victimes, mais je ne m'attendais pas à ce qu'un tel carnage se produise.
- Que s'est-il passé... ? demanda avec hésitation Barnaby.
- Ils étaient trop nombreux. Trop forts aussi. Quand nous sommes arrivés, ils nous ont attaqués, et bien évidemment nous nous sommes défendus. Ça hurlait des diffamations du côté des Next, des délires un peu trop axés sur leurs soi-disant « supériorité ». Vos collègues sont ensuite arrivés et nous ont bien aidés. Hélas, comme vous pouvez le constater, les dégâts sont quand même là.
Expliquer la situation renforça la souffrance qu'il tentait depuis le début de dissimuler au fond de lui. Sans s'en rendre compte, il poussa un soupir, passa instinctivement une main dans ses cheveux, et serra le poing au moment où son regard dévia sur la marée de cadavres.
Pendant que l'inspecteur discutait avec le duo de Héros, expliquant entre autre l'avancement de l'enquête et ses déboires, Lian-Hua s'extirpa de ses pensées pour examiner les alentours. Les caméras, tenues éloignées par les forces de l'ordre, filmaient un Sky High qui expliquait tant bien que mal la situation. Le staff d'Hero TV se montrait étonnement coopératif, admettant qu'enregistrer de telles images n'en valaient pas la peine.
Tandis que les policiers se tuaient à la tâche, un électrochoc parcourut l'échine de l'asiatique pour lui remettre en mémoire les événements survenus peu avant : qu'en était-il de Lina et Ascelin ?
Manipulée par une angoisse imprévisible, Lian-Hua balaya du regard les alentours, à la recherche des deux sujets qu'elle avait abandonnés. Ne les voyant nulle part, son cœur tambourina rapidement contre sa poitrine et ses doigts chevrotèrent, et dès lors, moult scénario et questions pénétrèrent son esprit.
Et si Ascelin avait fini par se réveiller et s'était attaqué à elle ?
Connaissant son orgueil et sa fierté mal placés, il se serait sauvagement vengé et l'aurait sans aucun doute torturé avant de la tuer sans la moindre pitié.
La panique paralysa progressivement Lian-Hua, si bien que ses réflexions s'entremêlèrent pour ne former que des pensées sans formes ni fond. Néanmoins, alors que sa vision commença à se troubler sous l'effet de l'adrénaline, sa respiration reprit peu à peu un rythme normal au moment où ses billes noires décélèrent une silhouette qu'elle connaissait bien.
En effet, avec un peu de concentration, Lian-Hua reconnut la femme qu'elle cherchait. Elle se tenait un peu plus loin, éloignée des caméras et des véhicules, et qui plus est en compagnie de Walter. Dès lors, un sourire en coin apaisé s'invita sur son visage, et elle se hâta de les rejoindre, le cœur plus léger.
- Lian-Hua ! s'exclama la veuve, les larmes aux yeux.
- Je suis soulagée de vous voir ici, saine et sauve..., dit la chinoise, encore retournée.
Un petit rire s'échappa des lèvres de Lina. Retrouver Lian-Hua, vivante, fit redescendre la tension qui subsistait en elle, si bien que les larmes brisèrent le dernier rempart de ses yeux pour rouler sur ses joues.
Il n'y avait plus raison de s'inquiéter, maintenant.
- Il en va de même pour moi, Lian-Hua... Je suis rassurée. Tellement rassurée !
Néanmoins, son visage se teinta d'incompréhension quand elle remarqua l'asiatique étudier les alentours, comme à la recherche d'une chose précise.
Elle finit par comprendre au bout de plusieurs secondes.
- Des policiers sont descendus en compagnie de Walter et m'ont raccompagnée en haut. Puis ils ont embarqués Ascelin, expliqua-t-elle.
- Je vois...
- Son cas semble assez sévère : il était complètement amorphe quand on est arrivé, si bien qu'on a dû le porter, détailla Walter.
L'explication sonna comme un aveu aux teintes mélancoliques.
Lian-Hua dévisagea le jeune inspecteur d'une expression qu'elle voulut impassible. Mais derrière son masque fort se cachait en réalité une profonde tristesse qu'elle refusa de divulguer. Bien entendu, Ascelin méritait ce qui lui arrivait, néanmoins une part inconsciente au fond d'elle-même demeurait attristée par son sort.
Qu'allait-il advenir de lui ?
Cet homme au service d'un supérieur qu'il admirait plus que quiconque, ce marionnettiste qui ne vivait que pour concrétiser une promesse d'enfance... Comment vivrait-il, dorénavant ? Aurait-il encore une raison de vivre ? Un rêve à réaliser ?
Quelle ironie ! Elle qui se trouvait libérée de ses chaînes d'or, voilà que son entourage se retrouvait prisonnier d'une affreuse fatalité.
- J'ai proposé à Lina de la ramener chez elle pour ce soir, reprit Walter, en remarquant le mutisme de Lian-Hua. Je peux aussi vous déposer quelque part si vous le souhaitez ?
L'interpellée releva le menton pour plonger son regard d'ébène dans celui de son interlocuteur. Après un instant de silence, elle lui adressa un doux sourire énigmatique.
- C'est gentil, mais... J'ai encore quelque chose à faire ce soir, avoua-t-elle.
- Rien de dangereux j'espère ? s'inquiéta Lina.
- Non. Ne vous en faites pas. Je dois simplement... terminer quelque chose.
Un double sens se cachait dans sa dernière phrase. Walter et Lina s'en doutait bien. Toutefois, ils n'insistèrent pas, et se montrèrent même compatissants à ce sujet : eux aussi avaient leurs secrets.
- Il faudra tout de même que vous repassiez nous voir au poste dans la matinée, informa l'inspecteur.
- Il en va de soi, je serai là, répondit l'asiatique.
Sur ces mots, Walter et Lina montèrent dans un véhicule, adressèrent un sourire à Lian-Hua en guise d'au revoir, et finirent par s'éloigner de la scène du crime pour disparaître dans la pénombre.
Perdue sur un point invisible, la Next demeura un moment immobile, et murmura quelque chose qu'elle seule put entendre.
« Je suis désolée. »
Tandis que Lian-Hua quittait les lieux, sans attirer la moindre attention sur elle, les Héros s'entraidaient pour expliquer la situation aux caméras d'Hero TV. Pao-Lin et Origami Cyclone décidèrent de rejoindre leurs collègues pour approfondir leurs propos, et surtout pour se changer les idées, car la vision des cadavres leur était devenue insoutenable.
Wild Tiger et Barnaby gardèrent leur distance vis-à-vis des employés de l'émission, préférant rester auprès de Blue Rose, qui ne pouvait se permettre de se montrer au grand jour, au risque de divulguer sa véritable identité aux spectateurs. Après tout, plusieurs décombres glacées se trouvaient dans les sous-sols, les policiers n'hésiteraient pas à évoquer ce détail à la presse, si bien que tout cela remonterait aux paparazzis. Ces derniers joueraient de cet atout pour vendre leur magazine.
Elle voyait déjà les gros titres sur les journaux : « Le retour insoupçonné de Blue Rose ?! », « Une femme aperçue aux côtés des Héros ! ».
Alors qu'elle serrait les poings, à la recherche d'un secours illusoire, Kotetsu glissa les yeux vers son ancien coéquipier, attendant qu'il le remarque. Une fois son but atteint, il le fixa avec insistance, et désigna d'un signe de tête la Rose, qui demeurait anéantie. Barnaby arqua un sourcil, observa silencieusement la jeune femme à son tour, et saisit au bout de quelques secondes ce que le vétéran cherchait à lui faire comprendre.
- Karina ? fit-il, après l'avoir rejoint.
Machinalement, l'interpellée tourna la tête en direction de son interlocuteur, et se perdit immédiatement dans ses émeraudes profondes et sérieuses, à la limite perturbantes.
- Ne te prends pas la tête pour le moment, d'accord ? On est là, et on fera en sorte de t'aider si tu en ressens le besoin.
L'ombre qui devient clarté.
Aussi anodines soient les paroles de Barnaby, elles agirent immédiatement comme un baume sur Blue Rose. Si bien que ses larmes de désespoir se transformèrent en larmes de soulagement.
- Merci Barnaby... murmura-t-elle. C'est juste que... Je suis perdue, je ne sais plus quoi faire...
- Nous avons eu assez d'émotions pour ce soir. L'inspecteur Crowel nous a préparé une voiture qui nous conduira à l'hôpital. On part dès que tu es prête.
- … Je le suis, affirma la Rose après un court silence. Partons. Je n'en peux plus de cet environnement...
Barnaby acquiesça d'un signe de tête, et sous l'œil inquiet de Kotetsu, les deux Héros s'installèrent dans le véhicule de Dean pour partir à leur tour, et laisser derrière eux cette sombre soirée qu'ils n'oublieront jamais.
Note de l'auteur : ... Alors ? Pas trop déçu de cette fin ? xD Certain diront peut-être que la mort d'Aiden est rapide, voire un peu trop subite, mais c'est ce que je désirais. Je souhaitais d'abord "casser" son image de Next calme et calculateur en le transformant en un homme presque fou, incapable de conserver son sang froid face à l'humiliation et l'échec qu'il subit dans ce chapitre. Mourir écraser comme un insecte était, pour moi, une manière ironique de le faire mourir.
N'hésitez pas à me donner votre avis ! Le prochain chapitre arrive le 26 Novembre ! Je sais, c'est loin, mais j'essaie de ratrapper mon retard, même si j'ai du mal :'(
See ya !
