Coucou tout le monde ! Me revoilà pour poster le chapitre 46 de "La Triste Mascarade" ! Il se sera fait attendre, je ne le cache pas, mais j'ai une... non, deux bonne nouvelles à vous annoncer !
Déjà, j'ai plus ou moins rattrapé mon retard. Il me reste seulement deux chapitres plus l'épilogue à écrire et cette fanfiction sera terminée (je ne vous cache pas que ça me fait bizarre de vous dire ça...). Qui plus est, j'ai bien avancé dans la rédaction de mon avant dernier chapitre. Si je garde ma motivation, il sera bouclé pour mi-décembre. On y croit !
La deuxième bonne nouvelle -du moins pour moi- c'est que je suis inspirée pour une toute nouvelle fanfiction. J'ai terminé le plan, et elle n'attends plus qu'à être rédigée ! Évidemment, j'attends de terminer celle-ci pour ne pas me mélanger dans mes projets, et je dois vous avouer que c'est pour ça que j'ai retrouvé ma motivation d'antan. Je n'en dis pas plus sur ce futur projet, car je préfère m'organiser avant :)
Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture !
Chapitre XLVI : Effacer, reconstruire
La nuit du 10 janvier resta à jamais graver dans l'esprit de tous ceux présents ce soir-là. Après les événements opposant les Next à la solde d'Aiden et les forces de Police, Karina passa la nuit à l'hôpital avec un Barnaby silencieux et constamment perdu dans ses pensées. Quoi de plus normal, étant donné qu'ils revenaient tous deux d'une épreuve difficile et traumatisante. Comme elle n'avait que des blessures superficielles, les médecins l'autorisèrent à quitter les lieux le lendemain, et bien qu'elle désirât de tout cœur pouvoir s'entretenir avec Barnaby le temps d'une petite heure, elle n'y parvint pas à cause des soins qu'ils durent lui prodiguer.
Le cœur serré, elle finit donc par rentrer chez elle, et resta toute la journée avec ses parents. Dans leurs discussions, elle en profita pour les rassurer et leur faire part de la résurrection soudaine de ses pouvoirs. Durant ses explications, une drôle de sensation s'empara d'elle lorsqu'elle posa ses billes de bronze sur ses mains, et les paroles qu'Aiden avait adressées à Barnaby lui revinrent en mémoire :
« Cette chère Blue Rose qui affrontait toute seule la réalité... Vous vouliez la sauver n'est-ce pas ? Qu'avait-elle de plus pour qu'elle vous pousse à vous libérer d'un monde illusoire mais parfait ? Vous teniez tant que ça à la secourir ? A croire qu'au final, vous l'aimez bien ! »
Une boule au ventre bloqua sa respiration, et sa mémoire rejoua ensuite la scène qu'elle avait vécu dans le monde « illusoire », cette même scène où elle s'était avouée qu'elle ressentait bel et bien quelque chose à l'égard de Barnaby.
« Comment en suis-je arrivée là ? » s'était-elle dit, rouge de honte.
Puis les jours passèrent en toute tranquillité. Karina demeura avec ses parents afin de se couper du monde extérieur pour se remettre en question. Néanmoins, elle prit tout de même des nouvelles de ses collègues de temps à autre. Elle apprit ainsi que l'audience d'Hero TV baissait depuis l'hospitalisation de Barnaby, et que beaucoup de fans exigeaient de connaître la vérité au sujet de la nuit du 10 janvier. Quelques informations de l'enquête réussissaient à fuiter, et comme elle l'avait prédit, de nombreuses rumeurs concernant son grand retour décoraient la une des magazines peoples.
Enfin, un jour, dans l'espoir de pouvoir se changer les idées, Karina se rendit à l'hôpital pour voir Barnaby. Pour l'occasion, elle lui avait ramené une boite de chocolats, persuadée que venir les mains vides ne serait pas bien vu.
Les joues légèrement rosées, Karina traversa le couloir, pria pour que son attention ne soit pas mal prise, et s'inventa une excuse si jamais cela arrivait.
« Quelle idiote je fais quand je m'y mets. Voilà que je me remets à m'inquiéter pour un rien », pensa-t-elle, avant de frapper à la porte menant à la chambre du Next.
Personne ne répondit. Elle réessaya une fois, en vain. Dans un haussement d'épaules désinvolte, elle se demanda s'il ne s'était tout simplement pas endormi, et abaissa la poignée pour entrouvrir la porte avant d'y passer la tête.
A sa grande surprise, l'ouverture encadra un lit vide. Elle écarquilla les yeux à cette vision, pénétra avec inquiétude dans la pièce, et se retrouva nez-à-nez avec un homme qu'elle connaissait bien.
Bouleversée, incapable de prononcer un mot, la Rose dévisagea l'homme de ses pupilles noisette : les mains dans les poches, le visage alourdi par une inquiétude qu'il tentait de cacher, il arqua un sourcil, ne la reconnaissant pas.
- Vous... Vous êtes le manager de Barnaby, non ? Alexander Lloyds ? osa-t-elle, après avoir dégluti.
- Nous nous connaissons ? demanda-t-il de sa voix hautaine et nasillarde.
- … Il est vrai que vous n'avez pas eu l'occasion de me voir ainsi. Je suis l'héroïne rattachée à Titan Industry.
- … Blue Rose ?! Vraiment ?
La surprise se transforma alors en doute. Après tout, le manager avait souvent eu affaire à des fans dépravés se faisant passer pour leur idole. Karina le comprit, et elle s'empressa de lui montrer son ancien badge d'héroïne, qu'elle prenait toujours soin de garder dans son portefeuille, à l'instar d'une pièce d'identité.
- Hum, en effet. Vous savez que ce n'est pas très malin de conserver une telle preuve dans votre portefeuille ? Et si on vous le volait ? prononça Lloyds dans un ton exaspéré.
Karina étouffa le souffle agacé qui manqua de se faire entendre. Ce type et ses manières l'énervaient déjà. Cependant, l'heure n'était pas aux règlements de compte, et au moins, il ne la prenait pas en pitié.
- Ne vous inquiétez pas pour ça, dit-elle en rangeant ses papiers. Barnaby n'est pas là ? C'est pour lui que je suis venue.
L'homme en costume n'offrit aucune réponse, laissant son expression initiale reprendre le dessus. Il s'égara ensuite dans ses pensées, fixa un point invisible, et offrit à l'ancienne héroïne un mauvais pressentiment.
- Que se passe-t-il monsieur... ? demanda-t-elle, inquiète.
- Rien. Rien du tout. Mais vous devriez rentrer chez vous, vous ne le trouverez pas ici.
Il tourna ensuite le dos à Karina pour récupérer une valise qui se trouvait sous le lit, puis se dirigea vers la porte, sous le regard perdu de la jeune femme.
- Où est-il ?! insista-t-elle, en stoppant par la même occasion le manager.
- Ça ne vous regarde pas mademoiselle, répondit-il sèchement.
- … Il vous a demandé de ne rien dire, c'est ça ? Cette valise... Ce sont ses affaires ?
Llyods tourna la tête en sa direction pour lui adresser une expression froide. Pourtant, cette réaction encouragea Karina à continuer son interrogatoire, prouvant qu'elle était sur la bonne voie, et qu'il ne fallait surtout pas abandonner.
- Il a donc quitté l'hôpital ?! Il est chez lui ?
- J'ai dit que ça ne vous regardait pas ! s'énerva l'homme.
- Je vous interdis de dire ça ! s'emporta à son tour Blue Rose, excédée. Je suis la première concernée ! J'ai besoin de savoir ce qui se passe ! … S'il-vous-plaît …
Quelque peu heurté par la rébellion imprévue de son interlocutrice, l'homme d'affaires plongea ses yeux les siens, s'égarant un instant dans ses réflexions, à la recherche du meilleur moyen pour s'échapper de cette situation. Il saisit rapidement que cela ne mènerait à rien, et que l'entêtement de l'ancienne héroïne aurait bien vite raison de lui.
Il finit par pousser un profond soupir, dévoilant son abandon.
- Il n'est pas chez lui, avoua-t-il enfin.
A l'entente de cette révélation, les sourcils de Karina se froncèrent et sa mauvaise impression s'accrut.
- Il avait besoin de se changer les idées. De ce fait, il a préféré prendre des vacances, développa Lloyds.
- Des vacances ? Mais... où ?
- Je n'ai pas à vous en dire plus ni à vous dévoiler sa vie privée ! Laissez-lui le temps de se changer les idées, c'est parfois mieux de se couper du monde. Vous êtes bien placée pour le savoir, non ?
Un brin de mépris se voila dans ses derniers mots que la Rose prit comme une attaque personnelle. Elle voulut rétorquer, mais la confusion l'en empêcha.
Comment pouvait-il se permettre de tenir de tels propos ? Pourquoi tant de mépris se percevait-il dans sa voix ? Un sentiment de colère, mêlé à une sensation de tristesse, s'imbiba en elle pour la paralyser sur place, si bien que le manager en profita pour lui lancer un glacial « Bonne journée. » avant de partir pour de bon, l'abandonnant à son propre sort.
Le lendemain, en ce 21 janvier, Karina restait assise à sa fenêtre, l'expression perdue sur l'horizon grisâtre de Sternbild. Plusieurs questions subsistaient en son esprit tourmenté, et toutes se concentraient sur Barnaby. Seulement sur Barnaby.
Où se trouvait-il à l'heure actuelle ?
Que faisait-il ?
Comptait-il rentrer ? La contacter ? La prévenir ?
Pourquoi ne l'avait-il pas au moins averti de son départ ? Parce qu'il ne lui faisait pas confiance ?
Et Kotetsu, était-il au courant ?
Face à ces interrogations, elle secoua la tête lorsqu'elle constata qu'elle allait trop loin. En effet, il l'avait pris sous son aile le temps qu'elle aille mieux. Certes, elle ressentait quelque chose à son égard. Toutefois, pouvait-elle s'autoriser à croire qu'il se devait de se confier à elle au moindre souci ? Non. Bien sûr que non ! Ce n'était pas son rôle, mais celui de Kotetsu !
Qui était-elle aux yeux du Héros ? Une princesse en détresse qu'il se devait de protéger ? Une simple collègue qu'il s'était permis de prendre en pitié ?!
L'un comme l'autre, cela restait douloureux. Horriblement douloureux.
Par fierté, elle ravala ses larmes et fixa un dernier instant l'horizon afin de chasser ses mauvaises idées. Et alors qu'elle se leva pour fermer sa fenêtre, une silhouette familière, qui se tenait derrière la clôture de sa maison, la fit sursauter.
- Kotetsu ?! s'exclama-t-elle.
Comme si le concerné l'avait entendu, il leva la tête en direction de la fenêtre, et la regarda sans un mot. Elle aussi l'observa en silence, surprise par sa visite imprévisible, puis finit par le rejoindre à l'extérieur.
- Salut ! s'empressa-t-il de dire d'un geste de main en la voyant arriver.
Un petit sourire en coin s'esquissa sur les lèvres de la jeune femme lorsque la voix du Tigre retentit.
- Bonjour Kotetsu, répondit-elle. Comment vas-tu ? Je ne m'attendais pas à te voir ici... Tu faisais un détour ?
- Ah heu... Non, pas vraiment...
Karina pencha la tête sur le côté pour dévisager avec interrogation le Next. Remarquant son expression un brin gênée, elle fronça les sourcils avec incompréhension, et croisa ensuite les bras devant sa poitrine pour se protéger du vent frais.
Muette, elle continua de le fixer, bien qu'elle ressentît l'envie de lui demander s'il savait quelque chose au sujet de Barnaby. Mais étrangement, son intuition lui dicta d'attendre encore un peu.
Pendant ce temps, Kotetsu baissa à plusieurs reprises les yeux, tiraillé par une soudaine envie de discuter avec son ancienne rivale. En effet, depuis qu'elle était retournée chez ses parents, son esprit lui avait remis en mémoire ce jour de novembre où il avait tenté d'aller lui rendre visite pour s'entretenir avec elle au sujet de sa déclaration.
Il s'en souvenait comme si c'était hier : il avait appris par le biais de Barnaby, au détour d'une conversation tendue, que la Rose souffrait d'une peine de cœur. Une peine de cœur causée par Kotetsu, qui n'avait pas répondu à ses sentiments, en plus d'ignorer son état pendant plusieurs mois.
Alors qu'elle souffrait en silence, lui croyait qu'elle avait tourné la page. Et devant elle, sans le moindre doute, il continuait de lui parler avec un sourire insouciant, sans se douter que ce même sourire devait forcément la peiner.
Quel idiot égoïste.
Ces mots qu'il n'avait jamais pu dire, ces excuses qu'il souhaitait prononcer plus que tout, l'heure était venue de les dire, et ainsi de repartir sur de bonnes bases.
- Kotetsu ? s'inquiéta Blue Rose.
- Ah ! Désolé j'étais dans mes pensées ! Donc, comme je le disais : non, je ne faisais aucun détour... Je voulais te voir en fait.
- Me voir ? Que se passe-t-il ?
- Rien ! Rien du tout ! C'est juste que... Il faut que je discute un peu avec toi.
Une boule d'angoisse se forma tout à coup dans le ventre de Karina. Entendre Kotetsu parler ainsi ne lui ressemblait pas, si bien qu'instinctivement, elle se remémora la chambre la chambre vide de Barnaby, suivis des propos d'Alexander Lloyds, et de nouvelles spéculations assaillirent son esprit.
Que se passait-il au juste ? Est-ce que Barnaby cherchait à lui transmettre un message par le biais de Kotetsu ? Non. Ce n'était pas son genre.
- Qu'est-ce qui se passe Kotetsu ? C'est Barnaby ?! s'impatienta-t-elle, sans remarquer qu'elle commençait à trembler.
- Barnaby...? répéta Wild Tiger en arquant un sourcil. Non ! Non ça n'a aucun rapport avec lui...
A cette annonce, les muscles de la Next se dégourdirent, et un soupir s'échappa de ses lèvres à demies ouvertes.
- Je ne connais pas l'histoire, et pour le moment, je ne veux pas la connaître, reprit sérieusement Kotetsu avant d'ôter sa casquette. Ça ne t'embête pas si on marche un peu ?
Encore plus perdue que tout à l'heure, les yeux de la jeune femme s'écarquillèrent et restèrent figer un laps de temps sur son visage sévère. En s'attardant sur son expression profonde, elle ne tarda pas à saisir que cette discussion lui tenait à cœur.
Karina lui fit alors part de son accord d'un signe de tête, alla prévenir ses parents et attrapa son manteau dans la volée pour le rejoindre.
Kotetsu la remercia d'un doux sourire, et ils partirent ensemble vers une destination inconnue.
Bruyante comme à son habitude, Sternbild se révélait être une ville peu agréable pour discuter en toute intimité. C'est pourquoi Kotetsu guida Karina vers le parc le plus proche, espérant que les alentours s'avérèrent plus calmes. Ils pénétrèrent les grilles immenses, et furent accueillis par le gazouillement des oiseaux ayant trouvé refuge dans ce petit coin naturel.
Karina observa les environs, laissant le vent effleurer sa chevelure dorée. Les arbres, toujours démunis de leurs feuillages, étendaient vers le ciel leurs imposantes branches, invitant les enfants à les escalader. A cette heure-là, peu de personnes profitaient du parc, exceptés quelques joggeurs motivés.
Elle glissa discrètement ses disques de bronze sur Wild Tiger : ses sourcils froncés et le long caban noir qu'il portait lui conféraient une allure sérieuse qu'elle ne lui connaissait pas. Et le silence qui s'était installé entre eux ne l'inspira guère.
Bercée par le chant des oiseaux, elle repensa à tous ces mois passés à essayer de lui déclarer sa flamme, puis de ce jour fatidique où elle y était enfin arrivée... et de tout ce que cela avait impliqué par la suite.
A peine cinq mois s'étaient enfuis depuis cet événement, et pourtant, Karina avait l'impression que bien plus de temps s'était écoulé, tant cette histoire se trouvait loin derrière elle, dorénavant.
- Au fait, comment vas-tu ? demanda-t-elle, espérant ainsi briser le mur du silence.
- T-très bien ! J'ai jamais été... aussi en forme ! s'exclama Wild Tiger d'une voix hésitante. Et toi... ?
Un brin d'embarras se mêla à son intonation lorsqu'il prononça la question. Blue Rose comprit qu'il lui était encore difficile de poser ce genre de questions après tout ce qu'elle avait enduré. Cependant, elle était la première à penser que ses proches ne devaient en aucun cas se sentir mal d'oser prendre de ses nouvelles, bien au contraire.
- Je vais bien, rassura-t-elle. Je ne dirais pas que tout est rose, bien sûr, mais ça va quand même !
- Ouais ? Avec tout ce qui s'est passé, je n'ai pas eu le temps de prendre plus souvent de tes nouvelles... Désolé.
- Ne te justifie pas Kotetsu. Je ne t'en tiens même pas rigueur !
Les lèvres du concerné s'étirèrent légèrement, soulagé de constater que la maturité de Karina restait intact.
- Et ton travail au sein de l'émission ? Que devient-il après tout ça ? osa-t-il, un peu plus confiant.
La Next s'attendait à cette question. Toutefois, elle ne lui répondit pas de suite, préférant contempler en silence le ciel, à la recherche de ses mots.
- Peu après avoir quitté l'hôpital, mon manager m'a contacté..., commença-t-elle. Il y a eu un long silence car on ne savait pas trop comment engager la conversation après les habituels « Bonjour. » et « Comment allez-vous ? », mais au final, ça s'est plutôt bien passé... Moi qui pensais qu'on allait me reparler de chiffre, de mon retour, ou même de mes futurs interviews, j'ai été surprise de l'entendre me rassurer. Puis de ce que j'ai compris, ma popularité est toujours haute, car beaucoup de spectateurs me soutiennent...
- Je vois... Quoiqu'on en dise, les supérieurs peuvent se montrer compatissants quand ils le veulent, dévoila Kotetsu.
- Oui ! Après ça, je lui ai avoué que de toute façon, j'avais besoin de me ressourcer un peu... Car je ne me voyais pas reprendre mon travail d'Héroïne tout de suite. Il l'a compris et n'a pas insisté.
Son regard se perdit dans le vague pour se remémorer la conversation en question. Tant d'interrogations subsistaient en elle, sans qu'aucune réponse ne vienne la sortir de ce labyrinthe infernal.
Depuis quelques temps, elle était en proie à un doute persistant. Un doute qui la rongeait de l'intérieur et la faisait culpabiliser.
- Je ne sais plus quoi faire Kotetsu..., murmura-t-elle. Ces derniers mois m'ont épuisée au point de me faire douter de mes compétences...
- … Que veux-tu dire ? demanda le Héros.
Le visage de Karina s'était soudainement attristé sans qu'elle-même ne s'en aperçoive. Mal à l'aise, elle glissa le regard sur le côté, par peur de voir la réaction de Kotetsu.
- Suis-je assez forte pour passer au-dessus de tout ça ? Je ne sais plus quoi penser. Je suis perdue, je...
Elle n'osa terminer sa phrase, honteuse.
- Excuse-moi. Laisse, ça n'a pas d'importance..., finit-elle par dire.
A nouveau, Wild Tiger fixa son interlocutrice sans un mot. L'idée de la pousser à terminer sa phrase le titilla, car il remarquait bien, par le biais de sa voix tremblante et ses yeux attristés, que quelque chose n'allait pas au point de la troubler.
Hélas, que pouvait-il faire ? Lui qui n'avait même pas cherché à lui porter secours ? Lui qui s'était persuadé que lui offrir son aide serait inutile et vain ?
Et il se disait « Héros » ? Lui, un homme lâche et impuissant ?
Quel idiot.
L'esprit noirci par la frustration, Kotetsu poussa alors un long soupir, et en conclut que le moment était enfin venu pour prononcer les trois mots qui lui tenaient à cœur :
- Je suis désolé.
- Hum ?
Le visage de la Rose se releva pour observer son collègue : les yeux d'abord abaissés, Kotetsu prit une profonde inspiration avant de se tourner vers elle.
- Je suis désolé de t'avoir fait du mal en ignorant à quel point tu souffrais par ma faute, d'avoir décliné tes sentiments, et d'avoir été stupide en règle générale..., continua-t-il. Quand Barnaby m'a fait part de tes tourments, j'ai cherché à te contacter, à m'entretenir avec toi mais... c'était trop tard...
Les billes de la blonde s'écarquillèrent à ces mots. Elle chercha à lui répondre, mais Kotetsu continua son monologue :
- Tout ce qui t'est arrivé... J'ai été incapable de faire la moitié de ce qu'a pu faire Barnaby pour toi. Je n'ai fait qu'attendre que les choses s'arrangent, persuadé que je te ferais plus de mal qu'autre chose si je m'en mêlais !
- Kotetsu...
Karina n'en croyait pas ses oreilles. Jamais elle ne se serait douté que Kotetsu irait jusqu'à s'excuser pour un comportement aussi anodin.
- J'ai été lâche, Karina. Alors je te le redis, parce que ça me tient à cœur : je suis désolé. Et je comprendrais si tu m'en veux...
- … Kotetsu, tu es vraiment bête.
Sous le gémissement surpris du Next, Blue Rose porta les mains sur ses hanches et afficha une moue renfrognée.
- Pourquoi t'en voudrais-je au juste ? Pour avoir été sincère dans tes sentiments ? Tu ne pouvais pas te forcer à accepter les miens dans le but de me faire plaisir... Quant au fait que tu n'ais rien remarqué pour mon état... Je me cachais derrière un masque en même temps, comment pouvais-tu savoir ? A aucun moment je ne t'en ai voulu ! Même lorsque je vivais chez Barnaby ! déclara-t-elle, avec une sincérité troublante.
- V-Vraiment... ? balbutia-t-il.
- Vraiment.
Elle ponctua son affirmation par un sourire qui se voulut chaleureux, balayant ainsi toutes les craintes du Tigre.
De nouveau, un silence s'installa entre eux, sauf que cette fois-ci, il fut bien plus agréable. Apaisés par la mélodie du vent et du chant des oiseaux, les deux Next restèrent un moment perdu dans le regard de l'autre, sans que rien ne vienne gâcher ces réconciliations.
Du moins, jusqu'à ce que le vétéran se souvienne d'un détail...
- Au fait ? Pourquoi m'avoir parlé de Bunny tout à l'heure ?
- … Tu n'es pas au courant ? demanda Karina après un moment de réflexion. Il a quitté l'hôpital ce matin.
- Je ne savais pas... C'est une bonne chose alors !
- Je devrais penser pareil mais... A vrai dire, je l'ai appris de la bouche de votre manager...
Kotetsu fronça les sourcils à l'annonce. L'expression tiraillée qu'affichait Karina ne signifiait rien de bon, si bien qu'un mauvais pressentiment s'infiltra en son subconscient.
- Lloyds ? Pourquoi lui ? interrogea-t-il.
- Je ne sais pas... A la base, j'étais venue rendre visite à Barnaby, mais quand je suis arrivée, il n'y avait que Lloyds dans la chambre, expliqua-t-elle d'une voix chevrotante. J'ai dû insister pour comprendre ce qu'il se passait, et d'après ses dires, il serait parti en vacances pour se « changer les idées ».
Le visage du Tigre se décomposa peu à peu aux mots de la jeune femme, et un voile d'incompréhension se posa sur ses yeux grands ouverts.
Partir ainsi sans prévenir ne lui ressemblait pas.
- Je pensais qu'il t'avait tenu au courant, et que tu savais quelque chose à ce sujet..., termina la Rose, après avoir remarqué l'attitude son interlocuteur.
- Non... Non, il ne m'a rien dit...
- Rien de rien ?
Comprenant le double sens de sa question, Wild Tiger ferma les yeux et tenta de se remémorer les rares échanges qu'il avait entretenus, ces derniers jours, avec son ancien collègue. En y repensant, il est vrai qu'il lui arrivait, par moment, de se tourner vers la fenêtre pour contempler l'horizon d'un regard lointain, tel un prisonnier à la recherche d'une liberté éphémère.
Cachait-il un profond mal-être derrière ce sourire, qu'il se forçait à afficher, lorsque la question « comment te portes-tu ? » retentissait ?
La réponse parut évidente.
Kotetsu releva la tête vers Karina et resta plusieurs secondes dans ses pensées, rejouant dans sa tête les dialogues échangés avec Barnaby.
Et soudain, à l'instar d'un éclair de lucidité, ses billes d'or s'écarquillèrent quand un détail lui revint subitement en mémoire :
- « Je comprends maintenant ce que pouvait ressentir Blue Rose à l'hôpital. », répéta-t-il.
- P-Pardon ? rougit la concernée.
Le Héros porta son regard sérieux sur elle, et cela ne fit que renforcer son malaise. En baissant les yeux, Karina réfléchit au sens que pouvaient cacher ces mots, et cela ne fit que bâtir un mur de questions en plus dans son esprit.
Est-ce que Barnaby attendait qu'elle vienne le chercher, comme il l'avait jadis fait pour elle ? Espérait-il porter ses espoirs sur elle, maintenant qu'elle avait récupéré ses pouvoirs ?
Elle qui avait mis tant de temps à se décider de lui rendre visite, elle se sentit mal en songeant au fait que Barnaby l'attendait, là, dans sa chambre d'hôpital vide et blanche, avec son impuissance pour seule compagne.
La vérité était que Karina pensait qu'il ne lui arriverait rien, car elle le savait bien plus fort qu'elle.
La honte et la tristesse s'emparèrent d'elle quand elle se remémora à quel point il lui avait été difficile de rester dans un lit, sans la possibilité d'user de son don, et attendant la venue de quelqu'un pour la sortir de cet enfer.
Oui, Barnaby Brooks Jr. s'avérait fort et courageux, mais n'importe qui dans sa situation se serait affaibli.
Quelle idiote.
- Karina, prononça tout à coup Kotetsu pour l'expulser de ses pensées. Est-ce que Lloyds t'a dit où il était parti ?
- N-Non... Il n'a rien voulu me dire... Je crois que Barnaby lui a donné l'ordre de rester discret...
- L'imbécile !
Sans se soucier de Karina, Kotetsu lui tourna le dos et commença à quitter le parc d'un pas hâtif. Celle-ci sursauta face à cette réaction imprévisible et poussa un petit gémissement étonné.
- Où vas-tu ?! s'écria-t-elle.
- Je vais le faire parler ! Ensuite j'irais chercher Barnaby !
Stupéfaite, elle pencha la tête sur le côté avant d'arborer une expression sidérée que Wild Tiger ne remarqua pas.
- C'est de la folie ! Tu crois vraiment qu'il crachera le morceau ?!
- Autant essayer ! répondit simplement le Tigre.
Étrangement, Karina s'attendit à ce retour.
Toujours interloquée, elle le regarda s'éloigner petit à petit, rejoignant un peu plus les grandes grilles d'entrée. Elle qui ne savait plus quoi penser de tout cela.
Les cheveux au vent, elle s'égara une énième fois dans ses pensées, tiraillée par deux choix qui s'offraient à elle : suivre Kotetsu et l'aider dans sa tâche, ou bien le laisser faire et rentrer chez elle.
Agir ou attendre ?
Écouter son cœur ou sa raison ?
Questions stupides tant les réponses lui parurent évidentes.
Dorénavant, elle souhaitait écouter ce que son cœur lui dictait. Plus que tout, elle désirait effacer les pires expériences de sa vie pour en reconstruire des bien meilleures.
Alors, avec le cœur léger, elle offrit au monde un sourire confiant, teinté d'un peu de crainte, et s'empressa de rejoindre Kotetsu en hurlant à plein poumons de l'attendre.
- Tu es certaine de vouloir venir ?
Postés devant l'entrée de l'agence où travaillait Alexander Lloyds, Karina et Kotetsu se tenaient à quelques centimètres de la poignée de la porte, prêts à entrer. Wild Tiger avait posé sa question avec calme et prudence, sans chercher à influencer la jeune femme d'une quelconque manière. Il souhaitait simplement entendre de sa bouche la confirmation.
- Oui, dit-elle immédiatement après. On y arrivera mieux à deux.
Les lèvres du vétéran s'étirèrent en un sourire malicieux. Sans rien dire de plus, il ouvrit la porte et pénétra dans l'enceinte de l'agence, accompagné d'une Karina déterminée.
Tandis que Kotetsu se dirigea vers les bornes d'accès avec son passe à la main, la Rose analysa les alentours : l'agence d'Apollon Média s'apparentait à n'importe quelle structure médiatique. Les murs blancs et vert égayaient un peu les environs, mais l'ambiance glaciale et sévère demeurait la même que dans les bâtiments administratifs, à la différence qu'aucune sonnerie de téléphone ne retentissait, laissant le silence morose imbiber les lieux.
La voix du Tigre l'extirpa de ses pensées, et elle s'empressa de le rejoindre lorsqu'il l'appela. Il profita de leur marche pour lui expliquer que le bureau d'Alexander Lloyds se trouvait au dernier étage, au bout du couloir. De ce fait, ils empruntèrent l'ascenseur, traversèrent le grand corridor, et fixèrent la porte en silence.
Lorsque Kotetsu s'apprêta à ouvrir, la voix de Blue Rose le ramena à l'ordre :
- Tu ne vas quand même pas entrer comme ça... ?!, murmura-t-elle, avec une intonation tout de même plus forte que la normale.
- Hum ? Il y a un problème à ça ? questionna innocemment Kotetsu.
- Il faudrait quand même frapper. Imagine qu'il soit en entretien !
Remarquant le visage pantois du Héros qui la fixait, Blue Rose fronça les sourcils et poussa un soupir blasé.
- Ça ne se fait pas d'entrer comme ça ! Si on veut qu'il avoue, autant le caresser dans le sens du poil. S'il se sent agressé, ça va se retourner contre nous..., développa-t-elle.
- Loin de moi l'intention de l'agresser de toute façon..., prononça Kotetsu en arquant un sourcil.
- Alors frappe !
A son tour, le Tigre soupira et préféra obéir à sa collègue. Néanmoins, au moment où son poing se dirigea vers la porte, celle-ci s'ouvrit pour dévoiler un Lloyds agacé. Ce dernier pestiféra dans sa barbe, puis se tut immédiatement en reconnaissant Wild Tiger et Blue Rose.
Dès lors, son nez se retroussa, et ses yeux à l'expression hautaine dévisagèrent les deux Next dans une mine arrogante.
- C'est vous qui faites un vacarme pareil ?! siffla-t-il.
- Ah bonjour... Content de vous voir aussi, monsieur ! plaisanta Kotetsu, dans l'espoir -vain- de détendre l'atmosphère.
- Qu'est-ce que vous me voulez ? Wild Tiger, je n'ai pas souvenir de vous avoir convoqué.
- Non non, en effet, en fait, nous venons pour quelques renseignements...
Le manager souffla discrètement avant de poser le regard sur la jeune femme qui se tenait aux côtés du vétéran. Il comprit rapidement où ce dernier voulait en venir.
- Si c'est au sujet de Barnaby Brooks Jr., je ne peux rien vous dire, déclara-t-il. Pas même à vous, monsieur Kaburagi.
- Et pourquoi ça ?, interrogea Wild Tiger, vexé.
- Parce que l'époque où vous étiez collègues est révolue. C'est comme ça et j'en suis désolé. Et vous, Blue Rose, vous feriez mieux de vous occuper de vos affaires. Maintenant, si vous voulez bien m'excuser, j'ai du travail qui m'attend !
Les mots de trop, ceux qui poussèrent les deux Héros à revoir leur « stratégie ». Tandis que Lloyds commençait à refermer la porte de son bureau, Karina lança un coup d'œil à Kotetsu qu'il remarqua et comprit rapidement.
D'un signe de tête, le vétéran acquiesça en silence, et plaqua sa main sur la porte, empêchant le manager de bien la refermer. Il lui adressa ensuite un sourire hypocrite, poussa violemment la porte, puis entra dans la pièce avec Karina, arrachant à l'homme d'affaires une expression des plus furieuse.
- C... Comment osez-vous ?! fulmina-t-il.
Les Next ne répondirent que par un regard glacial, mêlé à une certaine rancœur envers Lloyds qui se terrait dans son entêtement. Ce dernier porta son regard outré sur la jeune femme, et celle-ci en profita pour prendre la parole.
- Alexander Lloyds, articula-t-elle. Loin de nous l'envie de vous déranger en plein travail, nous ne sommes pas venus pour ça. Ni même pour vous faire perdre votre temps, loin de là ! Nous souhaitons simplement savoir où se trouve Barnaby...
La silhouette droite, la poitrine bombée, le visage caché sous le masque de la fermeté, Karina ressemblait à la Blue Rose d'autrefois. L'héroïne d'antan qui savait se faire entendre quand la situation l'exigeait.
Sauf qu'aujourd'hui, elle ne jouait pas un rôle, non. Elle était sincère envers ses propres sentiments et ses désirs.
- Je sais bien que Barnaby vous a interdit de divulguer ces informations, reprit-elle. Mais...
Elle s'arrêta et hésita un court instant à terminer sa phrase.
Ses paupières se baissèrent à moitié, ses iris regardèrent le sol, et une drôle d'impression comprima son estomac. Attristée par une force invisible, elle releva la tête, observa en silence Kotetsu qui soutint son regard. Elle tourna enfin la tête vers le manager, qui semblait hypnotisé par les paroles et l'attitude qu'elle dévoilait.
- Mais je veux lui venir en aide, décida-t-elle. Je veux qu'il puisse compter sur moi, comme j'ai pu compter sur lui ! Je connais bien la situation dans laquelle il se trouve puisque je l'ai vécu il y a encore quelques semaines. Et je sais aussi que se couper du monde ne l'aidera pas... Alors s'il-vous-plaît, monsieur, dites-nous où il est allé !
Les deux hommes présents dans la salle restèrent bouche bée devant les aveux de la Rose. Il émanait d'elle une aura bienfaitrice et résolue, comme si quelque chose, enfoui au plus profond de son âme, venait enfin de s'éveiller.
Les yeux grands ouverts, Lloyds dévisagea l'Héroïne avec incompréhension, sans savoir s'il devait lui obéir, ou tenir sa promesse.
- Lloyds, prononça tout à coup Kotetsu. Il ne vous en voudra pas. On vous défendra et on lui expliquera bien qu'on vous a forcé si ça peut vous rassurer.
Le manager gratta ses cheveux poivre et sel tout en analysant les deux Next, et plus particulièrement Blue Rose, qui continuait de le fixer avec un visage sérieux. Elle paraissait vraiment déterminée à le retrouver.
Seuls les « tic-tac » de l'horloge accrochée au mur retentirent, laissant son propriétaire réfléchir un long moment. Alors que Kotetsu affichait un début d'agacement, Karina demeura sereine, car elle se doutait qu'insister encore une fois risquerait d'effacer toute chance de le faire changer d'avis.
Alors, sans un mot, elle attendit calmement qu'il se décide. Durant ce laps de temps, elle commença à réciter des mots qu'elle pourrait prononcer si jamais le manager campait sur sa position.
Toutefois, celui-ci resta silencieux et se dirigea vers son bureau. Sous le regard surpris des deux « invités » il se pencha sur un tiroir, l'ouvrit avec fermeté, et récupéra un papier qu'il tendit à Karina.
Sans se faire prier, elle l'attrapa et le regarda plus en détail : il s'agissait d'une brochure aux teintes chaudes. Le devant représentait un coucher de soleil sur l'océan, encadré par l'ombre de deux palmiers. Une fois ouverte, l'intérieur de la brochure dévoilait l'adresse de plusieurs hôtels et restaurants à proximité de ce petit coin de paradis.
Kotetsu passa sa tête par-dessus l'épaule de sa collègue et regarda à son tour le contenu de l'imprimé. Ses yeux glissèrent de gauche à droite, et un cri de surprise s'échappa de sa gorge lorsqu'il comprit où son ancien camarade se trouvait.
- C'est à l'étranger... ?! s'exclama-t-il.
- Oui, c'est moi qui lui ai conseillé ce pays, confirma Lloyds.
Muette, Karina continua d'analyser la brochure afin d'en tirer un maximum d'informations. Son attention se porta alors sur l'adresse d'un hôtel entourée par l'encre d'un stylo noir.
- Il a pris cet hôtel ? demanda-t-elle en désignant l'adresse en question.
Le manager acquiesça, ce qui offrit à la jeune femme un sourire en coin rassuré.
Les iris figées sur le contenu du prospectus, un sentiment de joie l'accabla au point de bloquer sa respiration plusieurs secondes.
Elle savait où se rendre maintenant, et elle était bien décidée à « le » retrouver pour lui venir en aide et le soutenir, comme il l'avait fait pour elle.
Note de l'auteur : On entre dans le dernier arc de l'histoire. J'espère qu'il ne vous décevra pas ! Qu'avez-vous pensé de l'échange entre Kotetsu et Karina ? Il y avait longtemps qu'on ne les avait pas vu en tête à tête lol !
Je vous donne rendez-vous le 10 décembre pour la suite si j'ai terminé mon chapitre en court d'écriture d'ici là, sinon se sera pour le 17 !
See ya !
