Woooooooow ! Je suis en retard ! Désolée, la semaine est passée tellement vite que je ne me suis même pas rendu compte que nous étions déjà le 17 ! (même le 18, vu que je poste ce chapitre à deux heure du mat'). J'espère que vous vous portez bien, et que vous allez pouvoir profiter de ces fêtes de fin d'années pour bien vous remplir la pense ! :p
Je vous souhaite une agréable lecture !


Chapitre XLVII : Je veux te revoir

La tête dans les nuages, Karina se laissa bercer par le silence presque omniprésent de l'avion dans lequel elle se trouvait depuis maintenant plusieurs heures. Le front posé contre le hublot, elle admira le soleil peindre le ciel de chaudes couleurs, créant ainsi divers dégradés orangés qui annonçaient l'arrivée imminente du crépuscule. Puis, elle ferma les yeux et tenta de se reposer avant l'atterrissage. Ses pensées se mêlèrent dans son esprit, et elle se remémora les jours précédents son départ.
Tout avait commencé lorsque Lloyds, convaincu par le regard ardent qu'elle lui adressait, avait abdiqué en lui révélant l'endroit où se cachait Barnaby. Elle était ressortie ensuite avec Kotetsu, et après une courte discussion récapitulative, ils étaient d'avis commun d'aller chercher leur collègue ensemble. Néanmoins, à sa grande surprise, Kotetsu l'avait lâchée la veille, sous prétexte « qu'elle seule pouvait réussir à le ramener ». A ce jour, elle n'en comprenait toujours pas le sens. Après tout, Tiger s'avérait le coéquipier et l'ami du héros disparu, alors qu'elle... Que représentait-elle au juste vis-à-vis de lui ? Ou même pour lui ?
Blue Rose secoua la tête et se souvint soudain qu'elle devait absolument prévenir ses parents dès qu'elle descendrait de l'avion. En effet, ceux-ci avaient bien essayé de la persuader de ne pas partir, que c'était déraisonnable, mais en voyant sa détermination, ils avaient fini par abandonner, lui faisant simplement promettre de les tenir au courant le plus souvent possible.
Tandis que Karina continuait de se perdre dans le flux désordonné de ses pensées, une voix féminine annonçant l'atterrissage proche de l'avion, la ramena à la réalité. Elle prit une profonde inspiration et son regard se voila d'une solide témérité.
Non elle ne faillerait pas.
Elle retrouverait Barnaby Brooks Jr. et elle comptait bien avoir une conversation avec lui.

Une fois l'avion posé, elle le quitta, récupéra sa valise, et examina ensuite les environs. L'aéroport paraissait bien plus petit que celui de Sternbild en plus d'être moins bombé que celui-ci.
Karina lâcha un soupir : au moins, elle ne risquait pas de s'y perdre.
Le cœur alourdi par une légère angoisse, elle quitta le lieu et entreprit de prendre un bus qui la conduirait à son hôtel. Là-bas, elle en profiterait alors pour déposer ses affaires et commencer ses recherches. En traversant la porte de sortie de l'aéroport, une lourde chaleur l'agressa. Comme elle s'était habituée au froid saisonnier de son pays, elle était partie en manteau et en pull, pourtant consciente que le climat ne serait pas le même. Tout en ôtant sa veste, elle prit une profonde inspiration, se rendit à son arrêt, et observa les alentours. Dissimulé derrière le feuillage des arbres, le soleil éclairait le paysage de ses couleurs mauves, pointant de ses rayons une ville portuaire un peu plus à l'est. La mer s'étendait sur l'horizon comme une toile azure, laissant ses vagues murmurer leur chant enivrant.
Hypnotisée par ce paysage, Karina le contempla sans un mot jusqu'à ce que le moteur d'un bus retentisse pour annoncer son arrivée.
Elle entra avec hésitation, vérifia s'il passait bien à son arrêt, puis s'installa à une place près de la fenêtre. Quelques minutes s'écoulèrent sans qu'il ne démarre, laissant la chance à d'autres touristes de prendre place pour ainsi rejoindre leur hôtel. Une vieille femme s'assit plus tard à côté de Karina, elles s'échangèrent un sourire poli, et le bus finit par reprendre sa route.
Le paysage défilait comme un panorama derrière la vitre, quelques mots entre les passagers s'échangèrent, et Blue Rose ne cessa de fixer l'horizon avec un regard rêveur, songeant à ce qu'elle pourrait dire à Barnaby, une fois ce dernier retrouvé.
Elle avait déjà retourné la situation dans tous les angles, pourtant, elle se bloquait sur l'éventuelle question qu'il lui poserait forcément.
« Pourquoi avoir fait tout ça ? »
Au fond elle connaissait la réponse, mais elle n'osait s'imaginer la lui dévoiler.
Et soudain, les habituelles craintes pointèrent le bout de leur nez : et s'il n'acceptait pas son initiative ? S'il se montrait froid et l'obligeait à retourner chez elle ? Et s'il ne lui accordait aucune confiance ?
Ces éventualités la blessèrent profondément tant elles lui parurent probables, néanmoins, l'heure n'était plus du tout propice aux hésitations.
Lorsque le bus arriva enfin à destination, Blue Rose prit ses affaires et sortit du véhicule. Elle n'eut pas à faire trois mètres, qu'elle trouva son hôtel. Après une grande expiration, elle traversa la route et scruta la bâtisse. De forme ovale, l'hôtel s'apparentait plus à un appartement de trois étages d'un quartier populaire. Étonnée par l'aspect banal du bâtiment, qui pourtant vendait du rêve sur le prospectus, elle vérifia l'adresse et comprit qu'il s'agissait bien du sien. Elle finit donc par entrer.
Après avoir contacté l'accueil et récupéré la clef de sa chambre, Karina s'y rendit et posa sa valise au sol une fois à l'intérieur.
Dès qu'elle referma la porte, elle put s'attarder plus en détails sur sa chambre d'appoint. Sa première surprise concerna la luminosité générale qui régnait dans la pièce ; en effet, aussitôt entrée, elle faisait face à un petit balcon, suffisamment grand pour y prendre son petit déjeuner le matin de par sa terrasse présente, et accompagnée d'une table ainsi que de ses deux fauteuils bien moelleux. Par ailleurs, grâce aux rideaux en mousseline blanc qui ornaient chaque côté des fenêtres, les rayons de soleil venaient se glisser dans la chambre, l'inondant d'une douce chaleur constante.
Apaisée par cette agréable lumière, Karina fit quelques pas en avant, et regarda les meubles mis à sa disposition. La pièce principale comportait évidemment le lit, double en l'occurrence, dont les draps d'un bleu fantomatique aurait fait pâlir n'importe quel ciel d'été. Les taies d'oreillers, quant à eux, brillaient par leur blancheur immaculée. Sans nul doute, Blue Rose aurait l'impression de dormir sur un petit nuage cette nuit.
Une table de chevet était placée à la gauche du lit, tandis qu'une commode supportant fièrement une télé HD, se dressait en face. Une penderie se cachait près du balcon, et ce n'est qu'en l'ouvrant que la jeune femme remarqua son existence.
Enfin, elle découvrit la salle de bain à droite de la porte d'entrée, dans une seconde pièce, plus intime. Elle ne manquait pour autant pas de cachet avec son sol en carrelage bleu perle, sa double vasque, et sa grande baignoire. Elle possédait même, en face de toilettes simples, une douche italienne supplémentaire pour ceux ou celles préférant ce système plutôt qu'un bon bain relaxant.
Oui tout était propre, ordonné, spacieux.
Parfait.
Et impersonnel.
Heureusement, elle n'y resterait que le temps de retrouver Barnaby. Et elle comptait bien ne pas perdre pas de temps !
Avec ces pensées en tête, elle quitta sa chambre et ressortit de sa poche la note qui contenait l'adresse de l'hôtel de Barnaby. Selon le plan, il se trouvait en face du sien. Il ne serait donc pas bien difficile de le retrouver.
Du moins, c'est ce qu'elle espérait.


La première chose qui retint l'attention de Karina, une fois arrivée à destination, fut l'aspect imposant de la bâtisse. En effet, contrairement à son hôtel qui possédait un aspect banal et en osmose avec son environnement, celui de Barnaby se différenciait par son côté luxurieux et majestueux. Plusieurs étages s'élevaient jusqu'au ciel, il devait y en avoir au moins une quinzaine. Karina pensa que cet endroit avait dû être construit dans le seul but d'accueillir de riches touristes ou d'importants hommes d'affaires en déplacement, et cela ne l'étonna qu'à moitié de se dire que Barnaby y séjournait.
Un peu mal à l'aise à l'idée de devoir entrer dans ce genre d'endroit, la Rose respira profondément, et prit son courage à deux mains pour traverser les portes d'entrée.
Comme elle s'y attendait, bien qu'elle espérât se tromper, le hall se présenta à elle d'une façon clinquante, luxueuse. Pavé d'un carrelage doré, les lumières, disséminaient à chaque palier, et au centre du plafond, donnaient l'impression aux touristes de marcher sur des lingots d'or. Quatre grands palmiers avaient été plantés à l'entrée dans un petit parterre, amenant un côté vacancier et détendu à l'endroit. L'escalier central, quant à lui, se divisait en deux parties ; partant tout d'abord de droite et de gauche, il se retrouvait à l'étage suivant, pour se relier, et formait comme une sorte de boucle. Enfin, il n'était sans dire qu'une ambiance chatoyante se dégageait de l'endroit.
La grande horloge en marbre située entre les deux escaliers affichait dix-neuf heures trente. Il n'était donc pas étonnant que le hall soit presque vide, si bien qu'elle en vint à se demander si venir à une heure pareille n'était pas un peu exagéré. Néanmoins, elle finit par se convaincre qu'il valait mieux faire tout cela ce soir que de reporter au lendemain.
Plus décidée que jamais, elle se dirigea donc vers l'accueil, où une femme en tailleur l'attendait. Elle savait que la communication ne serait pas difficile vu que les habitants de ce pays semblaient parler la même langue qu'elle.

- Bonjour, dit-elle. Excusez-moi de vous déranger, j'aurais besoin d'un renseignement...
- Bonjour, répondit la femme d'un sourire poli. Bien sûr, je vous écoute ?

Karina demeura un quart de seconde silencieuse, hésitante,

- En fait... Je cherche quelqu'un, et j'ai cru comprendre qu'il séjournait ici... Il s'agit de Barnaby Brooks Jr. L'avez-vous dans vos registres ?
- Je vais vous dire ça.

L'employée rehaussa ses lunettes, et porta son regard sur l'ordinateur qui se tenait juste à côté. Ses doigts tapotèrent avec rapidité le clavier, ses yeux noirs glissèrent de gauche à droite sur l'écran, et après un bref instant, elle tourna la tête en direction de la Next.

- En effet, monsieur Brooks Jr. est dans nos registres. Sa chambre est la numéro 308, confirma l'hôtesse avec un sourire en coin. C'est au troisième étage.

Les billes de bronze de Karina s'écarquillèrent à l'entente de la confirmation, et sans qu'elle ne s'en rende compte, ses lèvres s'étirèrent en un sourire soulagé. Elle remercia son interlocutrice, et s'empressa donc de prendre l'ascenseur. Tandis qu'il s'élevait, plusieurs questions, jusque-là scellées en son esprit, ressurgirent. Elle se demanda d'abord de quelle manière le saluer et s'il était décent de « lui » adresser un sourire amical en guise de salut, ou s'il valait mieux conserver une attitude sérieuse.
Et puis, que devait-elle lui dire ?
Elle avait maintes et maintes fois réfléchi aux mots qu'elle prononcerait, aux explications qu'elle donnerait, ou encore aux excuses qu'elle articulerait, mais chaque tentative à les prononcer de vive voix, même face à un miroir, se terminait en un échec.
Alors que faire ? Que dire ? Que décider ?
Le cœur lourd, la jeune femme déglutit et porta une main sur sa poitrine pour tenter de calmer l'angoisse qui ne cessait de monter en elle. A bien y réfléchir, seule la spontanéité ferait une parfaite alliée, car il lui était impossible d'appréhender les réactions de Barnaby.
Un long soupir s'échappa de ses lèvres lorsque l'ascenseur se stoppa. Les sourcils froncés, l'expression à la fois inquiète et déterminée, elle sortit de la cage d'acier pour traverser le couloir, à la recherche de la porte comportant le numéro de la chambre de l'homme qu'elle recherchait.
« 300 »
Karina était donc sur la bonne voie.
« 302 »
Avancer. Il suffisait d'avancer.
« 304 »
Garder la tête haute, tenter de se rassurer en se disant que tout se passerait bien...
« 306 »
Avancer encore un peu. Ignorer la boule à la gorge, le poids au ventre et la douleur à la poitrine qui l'assaillirent.
« 308 »
Enfin, à la vue de ce chiffre, le cœur de la Rose s'arrêta un quart de seconde, et sa respiration se bloqua.
La porte, sculptée dans un bois lustré, arborait une somptueuse plaque dorée où reposait le numéro redouté. Karina resta un moment figée sur cette porte, entreprit un long combat contre sa peur, puis finit par revenir à la réalité en poussant un long soupir. Après son inspiration, elle dirigea son poing vers la porte pour le frapper contre le bois.
L'initiative enfin prise, le cœur serré, elle attendit qu'on vienne lui ouvrir. Ses angoisses vagabondèrent dans son esprit avant de s'estomper lorsqu'elle constata que personne ne lui répondit.
Étonnée, elle frappa une nouvelle fois, néanmoins, le résultat fut le même.
« Il s'est absenté ? », se dit-elle en penchant la tête sur le côté.
Une petite moue se dessina sur son visage face à sa déduction, toutefois, elle se refusa de faire demi-tour. Après une troisième frappe qui se conclut comme les précédentes, Blue Rose décida d'attendre le retour de Barnaby.
Dix minutes s'écoulèrent dans le silence. Quinze. Trente. Quarante-cinq.
Bien sûr il lui arrivait de refrapper à la porte de temps à autre, mais Barnaby ne répondait toujours pas. Agacée, elle regarda son portable, et soupira en constatant qu'il était déjà vingt heures vingt. Il allait sans dire qu'il commençait à se faire tard. De plus, comme elle avait passé une nuit désagréable à cause du stress lié au départ, ainsi qu'un voyage éprouvant, la fatigue pointait déjà le bout de son nez.
Excédée, Karina décida donc de redescendre pour attendre à l'extérieur, non loin de l'entrée.
Le soleil venait de disparaître pour laisser place à la lune, et tandis qu'un vent frais, mais agréable, caressa ses cheveux, la jeune femme leva la tête vers le ciel pour contempler les étoiles. Perdue dans ses nombreuses réflexions et remises en question, elle réalisa que tous ses espoirs commençaient à partir en fumée au vue des événements.
Et si elle ne retrouvait pas Barnaby ?
Pourquoi n'arrivait-elle donc jamais à bien faire les choses ?
Bouleversée, la frustration au ventre, elle se mordit les lèvres pour retenir ses larmes et se redonner du courage : elle le retrouverait, coûte que coûte. Elle se le promit.
Soudain, alors qu'elle posa une main sur son visage, une présence à ses côtés se fit sentir et se rapprocha progressivement. Elle se retourna en un sursaut, et se retrouva nez-à-nez avec un homme qu'elle ne connaissait que trop bien.
Avec ses cheveux blonds ondulés retombant sur sa nuque, ses yeux verts la dévisageant avec stupéfaction, ses lèvres rosées à demies ouvertes, Karina le reconnut facilement, mais fut incapable de prononcer quoi que ce soit.
« Lui », par contre, parvint enfin à articuler quelque chose :

- K-Karina ?!

La bouche entrouverte et le regard figé sur le nouvel arrivant, Karina bredouilla des mots qu'elle-même ne parvint à comprendre.
Rêvait-elle ? Est-ce que ces espoirs s'étaient matérialisés pour lui jouer un mauvais tour ? Elle refusa de s'adonner à ce genre de déduction, préférant se perdre dans les yeux consternés de l'homme qu'elle recherchait depuis son arrivée.

- B... B-Barnaby..., réussit-elle à bredouiller.

Le nommé, toujours abasourdi par cette rencontre inattendue, continua de dévisager Karina de ses émeraudes grands ouverts.
Alors qu'il s'apprêtait à retourner dans son hôtel et dans sa chambre, Barnaby avait aperçu la silhouette de cette jeune femme qui se tenait non loin de l'entrée. De base, il serait entré sans s'en occuper, mais en s'y attardant, il constata qu'elle ressemblait comme deux gouttes d'eau à Karina.
« La fatigue me joue des tours », avait-il pensé. Toutefois, son instinct lui avait dicté de se rapprocher pour en avoir la confirmation.
Au final, il s'agissait bien de l'Héroïne.
Il ne comprenait plus rien.

- Mais... euh... Enfin... Que fais-tu ici ?! balbutia-t-il.

La question tant redoutée fut prononcée plus vite que prévue.
Néanmoins, avant même qu'elle ne puisse s'expliquer, un couple passa à côté d'eux et leur lança un regard curieux, suivi d'un « Excusez-nous » signifiant qu'ils souhaitaient passer. Barnaby comprit alors qu'à discuter dans un lieu de passage comme celui-ci, ils gêneraient les gens cherchant à rentrer. De ce fait, il invita Karina à se rendre dans un endroit un peu plus reculé afin d'être au calme. Cette dernière accepta d'un mouvement de tête silencieux, et tandis qu'il l'entraînait ailleurs, elle en profita pour réfléchir à sa réponse prochaine.

- C'est une longue histoire..., dit-elle, espérant pouvoir gagner encore un peu de temps.
- Je t'écoute.

A voir son expression redevenue sérieuse, la jeune femme comprit rapidement qu'il n'était pas vraiment d'humeur à attendre.

- Et bien...

Nerveuse, elle joua avec ses doigts, incapable de réfléchir convenablement aux phrases qu'elle devrait prononcer. Et plus le regard de Barnaby se montrait insistant, plus la panique bloquait les mots dans sa gorge.
Pourtant, il fallait bien se lancer.

- J... Je voulais te voir ! articula-t-elle plus fort qu'elle ne le voulut.

Les yeux fermés, les sourcils froncés, Karina se fit violence pour relever la tête et regarder le jeune homme. Celui-ci arborait toujours une expression déconcertée, et ses lèvres, à demie ouvertes, essayaient probablement de prononcer des milliers de questions.

- Pourquoi t'as fait ça... ? reprit tristement Karina. Tu ne pouvais pas au moins nous prévenir ?

Les mots sonnèrent comme des reproches aux yeux du Next.
Heurté, il serra les poings sans savoir que dire : ce qui se passait le déboussolait complètement, et il se trouvait incapable de s'expliquer.

- Kotetsu s'inquiétait, et moi aussi je m'inquiétais... Alors... Je me suis dis qu'il valait peut-être mieux que je vienne te voir pour me rassurer, hésita Blue Rose.

Elle se stoppa lorsqu'elle remarqua un petit sourire en coin se dessiner sur les lèvres de Barnaby.

- Tu t'inquiètes pour moi ? Pour quoi au juste ? Par pitié ? demanda-t-il.

Son intonation paraissait tellement insolente, tellement hautaine et dépitée. Cependant, malgré la montée de colère qui la titilla, Karina ressentit avant tout de la tristesse, et surtout de la compassion à son égard. A l'écouter, elle crut se revoir.

- Non. Non, ce n'est pas de la pitié Barnaby, dit-elle doucement. Comment peux-tu penser ça ? Tu devrais pourtant être le premier à savoir que je comprends parfaitement ta situation. Je sais ce que ça fait de ne plus savoir où on en est. Je sais à quel point il est douloureux de se sentir inutile, faible, incompétent, et de repenser aux causes de notre mal-être. C'est pourquoi je suis venu : je veux t'aider, Barnaby !

« Je veux t'aider, Barnaby »
Inconsciemment, cette phrase réveilla des souvenirs enfouis dans l'esprit du Next. Ces souvenirs le ramenèrent à la nuit où il avait entrepris de sortir la Rose de l'hôpital. C'était parti d'un besoin de lui venir en aide, lui-même ne se reconnaissait plus dans cette initiative, et quand il avait réussi à la retrouver, il n'avait eu la force de lui avouer qu'il souhaitait la sauver, préférant se cacher derrière un « on » protecteur.
« Nous voulons t'aider, Karina ! » s'était-il exclamé, comme un lâche.
Sur ce coup, le Next admirait la spontanéité de son ancienne rivale : elle paraissait si déterminée et honnête envers ses désirs et ses sentiments.
Tout son inverse, en somme.

- Karina...
- Si tu ne veux pas de mon aide, alors je n'insisterai pas et je rentrerai ! le coupa-t-elle.

Barnaby observa silencieusement Karina. Tout en portant une main à sa hanche, il finit par soupirer.

- Tu sembles être du genre à abandonner vite, souffla-t-il.

La jeune femme baissa les yeux et ne sut quoi répondre à cela. En vérité, elle donnait son maximum pour ne pas renoncer, mais elle ne souhaitait pas qu'il la voit comme une fille insistante et gênante.

- C'est juste que je ne veux pas m'imposer si tu penses que tu n'as pas besoin de moi, avoua-t-elle, gênée.

Barnaby ne sut quoi répondre à cela.
A vrai dire, lui-même ne savait plus où il en était, ni même ce dont il avait besoin. Il se revoyait simplement dans sa chambre d'hôpital, à la recherche d'une présence rassurante, d'une personne capable de lui faire oublier tous ses tourments. Perdu vers l'horizon bétonné d'une ville artificielle et démunie de toutes couleurs, il savait que sa place n'était plus ici, lui qui ne possédait plus rien.
Non, plus rien.
C'est sans doute pour cela qu'il s'était décidé à quitter Sternbild : parce qu'il se doutait qu'elle ne lui apporterait plus rien, maintenant que ses pouvoirs n'existaient plus.
Pauvre lâche imbécile !
Non, en vérité, il fuyait. Il fuyait la présence de ces gens qui cherchaient à l'aider, car l'idée de devenir un fardeau l'effrayait bien plus que n'importe quoi d'autre.
Il n'avait jamais réussi à compter sur les autres, même si Kotetsu l'avait aidé à se sociabiliser. Sa fierté l'enchaînait à une méfiance constante, lui qui, pourtant, avait encouragé Blue Rose à se reposer sur lui.
Lâche et hypocrite, voilà un bien lugubre combo qu'il tenait là.
Toutefois, en observant son ancienne rivale, il se dit qu'elle se trouvait bien plus courageuse et déterminée qu'il ne le fut jadis pour elle.
A la voir ici, répétant dans sa tête ses derniers mots et explications, le poids sur son cœur s'amenuisa, et il ne put s'empêcher de penser que sa présence lui était un minimum bénéfique.
Lui qui avait besoin de quelqu'un sur qui compter, il essaya de ranger son orgueil de côté, et finit par reprendre la parole.

- Je veux bien que tu restes, prononça-t-il enfin.

La Rose posa ses grands yeux sur Barnaby avant de sentir ses joues rosirent. Ce dernier soutint son regard avec un sourire en coin à la fois timide et conciliant.

- Et puis, il serait dommage pour toi de repartir alors que tu as quand même payé le voyage et l'hôtel, ajouta-t-il.

Un petit silence s'invita tout à coup entre les deux Next, laissant comprendre au jeune homme que sa semblable ne lui avait encore pas tout dit.

- A vrai dire..., commença Karina en jouant avec ses doigts.
- Hum ?
- C'est ton manager qui a tout payé...

De nouveau, un ange passa.
Durant ce laps de temps, l'ancien Héros se rappela de la promesse prononcée par Alexander Lloyds, et bien qu'il aurait pu ressentir de la rancœur à son égard, il s'esclaffa face à la face à la spontanéité de Karina, mêlée à sa gêne enfantine.
Avec surprise, cette dernière releva la tête pour le dévisager avec consternation. Son rire était si doux, si agréable, et avant tout libérateur. Il s'apparentait à une douce mélodie invitant son interlocutrice à rejoindre la danse de la vie.
Elle qui ne l'avait vu rire que très rarement, voire jamais, elle se sentait apaisée d'entendre sa discrète joie rejaillir.
Et du plus profond de son cœur, en toute conscience, elle souhaita profiter autant que possible de ce spectacle.

- Moi qui pensais qu'il tiendrait parole, lâcha le jeune homme.
- A vrai dire, nous avons quelque peu insisté, Wild Tiger et moi... avoua Karina.
- Kotetsu ?
- Oui. Mais il n'est pas venu.

Au grand dam de Karina, Barnaby regagna son calme habituel à l'entente de ces mots. La présence de Blue Rose le surprenait énormément, cependant, le fait de savoir que Kotetsu ne l'avait pas accompagné l'abasourdit encore plus. Et bien qu'il fît de son mieux pour ne rien divulguer, la jeune femme le remarqua.

- Tu sais ce que tu vas faire maintenant ?

L'interrogation survenue de nulle part força la Next à porter une énième fois le regard vers son ancien collègue, à la recherche de la réponse qu'il attendait de sa part.

- Tu ne t'es pas encore habituée aux environs, n'est-ce pas ? continua le jeune homme.
- Pas vraiment, en effet.
- … Tu voudrais que je te fasse visiter demain ?

Une petite exclamation de surprise s'éjecta des lèvres de la Rose à l'entente de cette proposition.

- Ne me dis pas que tu comptais rester à l'hôtel sans rien faire, quand même ? souffla Barnaby après avoir arqué un sourcil.
- N-Non ! Bien sûr que non ! se défendit Karina.

Le visage de l'ancien Next s'adoucit tandis que celui de la jeune femme s'empourpra. Pourtant, Barnaby ne sembla pas le remarquer. Au contraire, il constata qu'elle grelottait légèrement.

- Il se fait tard, et le temps se rafraîchit un peu, commença-t-il.
- C'est vrai..., confirma Blue Rose.
- Je te raccompagne à ton hôtel ? Où se trouve-t-il ?
- Je suis juste en face...

La pensée que son manager avait vraiment tout fait pour faciliter Karina de le retrouver traversa l'esprit de Barnaby. Il se promit qu'à l'avenir, il ne lui confierait plus la responsabilité de garder un secret, surtout en ce qui le concerne. Finalement, il se retourna, et partit dans la direction donnée, invitant son ancienne collègue à le suivre.
Sur le chemin du retour, Karina en profita pour lui raconter l'altercation qu'elle et Kotetsu avaient eue avec Alexander Lloyds, et la manière dont ils avaient usés pour le faire parler. Attentif, Barnaby écarquillait par moment les yeux, retenait un sourire en coin à d'autres, et demeurait silencieux face à ces révélations.
Toutefois, à mesure que les explications fusaient, bon nombres d'interrogations s'installaient dans son esprit sans qu'il ne parvienne à les prononcer.
Blue Rose, de son côté, entamait un combat avec elle-même pour ne pas trop en divulguer : elle omit par exemple de lancer le sujet de son départ brusque de crainte que cela se termine sur des représailles. Elle garda aussi pour elle la phrase que lui avait répété Kotetsu à son sujet.
Oui, en cette douce et mystérieuse nuit, elle préféra profiter de cet instant de tranquillité en compagnie de celui qu'elle n'avait cessé de chercher.

Après quelques minutes de marche, le duo arriva enfin à l'hôtel où séjournait Karina. Les échanges furent courts une fois devant les portes d'entrée : ils se saluèrent poliment, se donnèrent une heure et un lieu de rendez-vous pour le lendemain, puis se souhaitèrent mutuellement une bonne nuit.
Rien de plus, car ils savaient que s'ils reprenaient une quelconque discussion, les heures passeraient et ils finiraient par en oublier le reste.
Il valait donc mieux pour eux d'aller se coucher, et discuter le lendemain à tête reposée.


Une fois son pyjama enfilé, Karina se laissa tomber sur son lit puis contempla de sa fenêtre le ciel illuminé par les étoiles. Le bonheur au ventre, elle serra contre sa poitrine son oreiller et ne put s'empêcher de songer à la journée de demain. Un élan de joie s'empara d'elle quand elle se remémora cette soirée brève mais intense. Elle eut soudain le sentiment étrange de se retrouver en harmonie avec elle-même.
Le sourire aux lèvres, elle s'abandonna aux bras de Morphée.


Note de l'auteur : Qu'est-ce que j'aime rédiger les interactions entre Barnaby et Karina, même si j'admets avoir eu un peu de mal. Heureusement que ma super bêta lectrice était là. Cette fic n'aurait pas connu un aussi long parcours sans elle haha. J'attends vos avis avec impatience ! Je vous dis à l'année prochaine pour la suite, c'est à dire le 07/01 !
En attendant, Bonnes vacances et Joyeuses Fêtes de fin d'année ! ^^